The Project Gutenberg EBook of La lutte pour la sant, by Dr. Burlureaux

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Title: La lutte pour la sant

Author: Dr. Burlureaux

Release Date: April 21, 2004 [EBook #12105]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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LA LUTTE

POUR LA SANT




DU MME AUTEUR

Considrations sur la folie paralytique Paris, J.-B. Baillire, 1874.

Article pilepsie du Dictionnaire encyclopdique des Sciences mdicales
(1886).

Pratique de l'antisepsie dans les maladies contagieuses (Prix Stansky,
de l'Acadmie de mdecine). J.-B Baillire, diteur (1892).

Traitement de la Tuberculose par la crosote (Couronn par l'Institut,
Prix Brant). 1 vol. in-8, Rueff, diteur, 1894.


_En prparation_:

Psychothrapie et Morale religieuse.




Dr. BURLUREAUX
PROFESSEUR AGRG LIBRE DU VAL-DE-GRACE




LA LUTTE
POUR LA SANT


ESSAI DE PATHOLOGIE GNRALE

PARIS
1908



A MON CHER LUCIEN CLAUDE
EN TMOIGNAGE DE MA VIVE AFFECTION
ET EN SOUVENIR
DE NOS CAUSERIES MDICO-PHILOSOPHIQUES




PRFACE

La lutte pour la sant qui fait le sujet de ce livre n'est pas celle
qu'ont entreprise, et que poursuivent avec un succs toujours plus
marqu, nombre de ligues et socits philanthropiques. Certes, personne
n'admire plus que moi l'effort gnreux de ces socits. Qu'il s'agisse
de combattre la mortalit infantile, ou de rpandre et de faire
appliquer les rgles de l'hygine, ou encore d'enrayer l'extension de
ces trois plaies sociales, la tuberculose, l'alcoolisme, et la syphilis,
ce sont l des campagnes infiniment bienfaisantes; et je considre comme
un honneur d'avoir pu, modestement, prendre ma part de quelques-unes
d'entre elles.

Mais  ct de cette grande lutte collective, il y a une autre lutte
pour la sant, tout individuelle, qui se livre tous les jours dans la
vie de chacun de nous. Celle-l est une forme de la loi universelle
de la lutte pour l'existence. Sans cesse, depuis l'instant o nous
naissons, notre organisme tend  maintenir ou  rtablir cet quilibre
de ses forces que l'on appelle la sant; et sans cesse une foule
d'influences, intrieures ou venues du dehors, tendent  dtruire cet
quilibre, minemment instable.

Ces influences varient  l'infini, suivant l'ge, le sexe, l'hrdit,
les conditions de la vie: mais toutes travaillent, en nous,  la mme
fin; et l'on peut dire que l'histoire entire de notre vie physique
n'est que l'histoire des pripties de la lutte incessante qui se
droule entre elles et la tendance naturelle de l'tre  persvrer dans
son tre. Et si, parmi ces influences hostiles  notre sant, beaucoup
ont un caractre fatal et invitable, s'il y a malheureusement beaucoup
de causes de maladie contre lesquelles nous sommes dsarms, il y en
a aussi un trs grand nombre qui peuvent tre vites, ou combattues
victorieusement. Toute la mdecine, en fait, ne consiste qu' aider la
nature dans sa lutte contre elles.


Mais la mdecine est moins une science qu'un art. De la multiplicit
des circonstances, de la diversit des esprits, il rsulte que chaque
mdecin, quand il est parvenu  un certain point de sa carrire,
s'aperoit que l'ensemble de ses observations et de ses rflexions l'a
amen  se faire une exprience propre, personnelle, des conditions
gnrales de la lutte pour la sant et des moyens d'aider l'organisme
 la bien conduire. C'est le fruit de mon exprience particulire que
j'ai essay de recueillir et de prsenter, dans le livre que voici.

De longues annes de pratique mdicale m'ont donn l'occasion de
voir, sous des aspects trs varis, la naissance et l'volution de la
maladie. J'ai aussi vu  l'oeuvre bien des mthodes de traitement,
anciennes et nouvelles. Pntr, ds le dbut, de l'importance de la
tche qui m'tait confie, je me suis efforc de ne subir aucun parti
pris d'cole ni de doctrine, de ne rien rejeter ni de ne rien admettre
sans l'avoir contrl, de borner toujours mon ambition  empcher ou 
soulager la souffrance par tous les moyens,--que l'ide de ces moyens me
vnt de moi-mme ou d'autrui, qu'ils fussent ou non approuvs par les
autorits du moment, qu'ils appartinssent  la thrapeutique d'hier ou 
celle de demain. Et maintenant, ayant parcouru dj une grande partie
de ma route, il m'a sembl que j'avais le devoir de faire profiter les
autres de tout ce que mon exprience, ainsi acquise, pouvait contenir
d'intressant et d'utile pour eux.

C'est dire que ce petit livre s'adresse  tout le monde. Je n'ai pas
voulu en faire une thse scientifique, mais plutt quelque chose
comme ces _Conseillers de la Sant_ que l'on tait assur de trouver,
autrefois, au chevet du lit de nos grands-parents. Laissant aux ouvrages
spciaux l'tude des maladies accidentelles, de ces chocs extrieurs
o notre organisme est sans cesse expos, je m'en suis tenu aux
diffrentes manifestations de ce que j'appellerai, d'un terme gnral,
la maladie, en entendant par l cette rupture de l'quilibre normal
de nos forces, cette dprciation plus ou moins complte de notre
capital biologique, qui se produit, tt ou tard, dans l'existence
de chaque crature humaine, et s'exprime par une varit infinie de
symptmes morbides. J'ai essay d'indiquer les principales causes qui,
aux diffrents ges, depuis l'enfance jusqu' la vieillesse, risquent de
compromettre ou de dtruire la sant; et surtout j'ai essay de montrer,
au fur et  mesure, par quels moyens ces causes peuvent tre vites, ou
leurs mauvais effets heureusement rpars.

Plusieurs de ces moyens tonneront peut-tre le lecteur, accoutum aux
complications savantes de la mdecine d'aujourd'hui; et leur simplicit
mme lui semblera peut-tre avoir quelque chose de rvolutionnaire.
C'est un danger que j'ai prvu, et que, certes, je n'affronte pas de
gat de coeur. Mais il n'y a pas une ligne de mon livre qui ne drive,
 la fois, d'une exprimentation mthodique et de rflexions patiemment
mries. Si jamais l'on peut tre sr de quelque chose, en une matire
aussi variable et aussi dlicate, je suis sr de l'efficacit des
avertissements et des conseils qu'on trouvera ici. Puissent-ils
seulement tre entendus, et porter leur fruit!


Ce livre tait dj sous presse lorsque j'ai reu l'intressant ouvrage
de mon confrre et ami le Dr. Sigaud sur _Les Origines de la maladie_
(1 vol. Maloine, 1906). Je regrette de n'avoir pas pu en citer certaines
pages qui s'accordent avec les ides que j'ai moi-mme exprimes sur
plusieurs points, et, notamment, sur le danger qu'il y a  attacher trop
d'importance aux symptmes en pathologie.




LA LUTTE POUR LA SANT




PREMIRE PARTIE




CHAPITRE I

LE CAPITAL BIOLOGIQUE



L'hypothse joue, dans les progrs do toutes les connaissances humaines,
un rle considrable; ce n'est une nouveaut pour personne, mais cette
vrit nous a t rcemment rappele, et expose avec une clart
nouvelle, par le remarquable travail de M. Poincar, intitul: _La
Science et l'Hypothse._ Il y est dmontr que ni les mathmatiques,
ni les sciences physiques ou chimiques, ne pourraient exister si elles
n'avaient pour point de dpart des hypothses. Il y a, dit M. Poincar,
plusieurs sortes d'hypothses: les unes sont vrifiables, et, une fois
confirmes par l'exprience, deviennent des vrits fcondes; les
autres, sans pouvoir nous induire en erreur, peuvent nous tre utiles en
fixant notre pense; d'autres enfin (comme le _postulatum_ d'Euclide) ne
sont des hypothses qu'en apparence, et se rduisent  des dfinitions
et  des conventions dguises. Plus encore que les sciences dites
exactes, les tudes biologiques ont besoin du secours de l'hypothse,
car c'est d'elles que l'on peut surtout dire que nous n'y savons le
tout de rien.

Sans avoir aucunement la prtention de bouleverser les sciences
biologiques, mais simplement pour m'aider  fixer ma pense, je
demanderai,  mon tour, qu'on m'accorde une sorte de _postulatum_, qui
nous aidera  nous rendre compte de la plupart des phnomnes de la
biologie et de la pathologie.

Voici ce _postulatum_:

Je supposerai que chaque tre, en naissant, reoit un certain capital
d'nergie vitale, de la valeur et de l'emploi duquel dpendront et
sa sant, et sa longvit: un capital donnant des intrts variables
suivant chaque individu et suivant chaque priode de la vie. J'ajouterai
que ce capital peut tre,  toute priode de la vie, amoindri par une
cause accidentelle, et que les intrts qu'il produit sont galement
variables aux diverses priodes de la vie.

Or, cette hypothse tant accorde, l'objet du prsent travail sera
d'tudier, d'un bout  l'autre de la vie, la meilleure manire de faire
valoir ce capital, et de le dfendre contre les influences qui ne
cessent pas de le menacer. Ces influences sont ce qu'on appelle les
causes morbignes, et leurs assauts sont ce qu'on appelle les
maladies.

L'homme malade est donc, dans notre hypothse, celui qui vient de subir
une de ces diminutions de son capital biologique: d'o il rsulte que,
avant d'tudier le malade, et les causes morbignes, nous devons d'abord
envisager le capital initial, et les causes qui en font varier la
valeur.

Considr au point de vue thorique, c'est--dire en ngligeant les
influences qui peuvent le faire accidentellement diminuer, le capital
initial est comparable  la force qui lance un projectile dans l'espace.
Or, les mathmaticiens savent exactement quelle doit tre la courbe
parcourue par le projectile, du moment qu'ils connaissent la vitesse
initiale et la masse. Et pareillement nous pourrions, nous aussi,
prvoir la courbe que suivra la sant d'un sujet, si nous pouvions
connatre exactement le capital de vie qu'il apporte en naissant. Mais
le fait est que, chez les diffrents tres humains, le capital initial
varie dans des proportions si normes que nous ne pouvons gure nous
flatter d'en avoir une notion prcise.

Pour des causes que nous chercherons  analyser, il y a des tres chez
qui le capital initial est nul: ce sont eux qui meurent en naissant,
ou un ou deux jours aprs leur naissance, sans maladies ni lsions
apprciables; tels certains enfants de syphilitiques, qui meurent parce
qu'il n'ont pas la force de vivre.

A l'autre extrmit de l'chelle se placent les aristocrates de la
sant, dous d'un capital norme, et qu'on voit atteindre  des ges
avancs sans avoir jamais t malades, sans avoir jamais pris de
prcautions spciales pour conserver leur sant. Ainsi, j'ai connu, non
comme mdecin, mais comme ami, un gnral mort  quatre-vingt-douze ans,
et qui n'avait jamais t arrt par la moindre indisposition. On peut
mme dire qu'il est mort sans maladie; il a tout simplement cess
de vivre, comme le boulet, arriv  la fin de sa course, cesse de
progresser et rentre dans l'immobilit.

Entre ces deux extrmes se trouve une varit infinie d'intermdiaires;
et l'on peut dire qu'il n'y a pas deux personnes ayant le mme capital
biologique initial.

Cependant les diffrences dans le capital initial ne sont pas si grandes
qu'on ne puisse, tout au moins, en dterminer les causes principales,
dont l'tude se trouve tre, ainsi, d'une importance majeure. Ces causes
peuvent tre groupes sous trois chefs:

1 Les influences hrditaires;

2 La valeur actuelle des gnrateurs au moment de la conception;

3 Les influences qui ont pu atteindre le produit pendant la gestation.



CHAPITRE II

HRDIT



L'hrdit tient une place considrable dans tous les problmes de la
vie; et, comme l'indique bien l'tymologie du mot _hoerere_, (tre
attach), tout tre vivant est reli  un long pass ancestral.
Les vgtaux eux-mmes n'chappent point  cette loi: le souci des
horticulteurs n'est-il pas de crer, par de savants procds de culture
et d'habiles slections, des types capables de transmettre par hrdit
certaines qualits dveloppes? Ils y arrivent jusqu'au jour o, quand
ils ont voulu trop profondment ou trop vite forcer la nature, la plante
revient  son tat sauvage, ou demeure strile pour avoir t trop
surmene. Et les mmes observations sont familires aux leveurs qui
cherchent  perfectionner les races d'animaux domestiques.

Hrdit est donc un terme de physiologie signifiant que la constitution
organique, la manire d'tre physique ou mentale, se transmet des
parents aux enfants ou aux descendants.

L'hrdit se rencontre partout; c'est elle qui constitue les grands
traits de caractre si diffrents de chaque race; c'est elle qui fait
que les vertus, les vices, les passions, les haines, se transmettent
dans le sein des familles aussi bien que la beaut, la couleur des yeux,
la taille, etc. Souvent elle est directe, c'est--dire qu'elle provient
du pre ou de la mre; parfois elle saute une ou deux gnrations;
d'autres fois, enfin, elle est indirecte: c'est le type d'un parent de
la ligne collatrale qui prend la place. Mais il est rare que, dans le
cours de la vie, elle ne se manifeste pas d'une manire quelconque.

Le rle de l'hrdit a t reconnu de tout temps. Dans son langage
imag, la Bible nous dit qu'il a encore les dents agaces, celui dont
l'anctre de la septime gnration a mang des raisins verts. Si
cette parole tait l'expression exacte de la vrit, elle serait bien
dcevante, car elle paralyserait tous les efforts destins  lutter
contre les tares ancestrales. Mais dj Ezechiel avait nergiquement
protest (chap. XVIII) contre la fatalit des tares hrditaires; et la
vrit est que l'influence de l'hrdit est modifie grandement par la
tendance qu'a tout tre vivant  retourner  son type primitif, comme
aussi par les influences du croisement, en vertu desquelles l'un des
gnrateurs peut rectifier la tare transmise par son partenaire. Ce
n'est que quand les deux gnrateurs ont les mmes tares que l'hrdit
svit avec son maximum d'intensit; et alors non seulement les tares
s'ajoutent, mais elles semblent se multiplier l'une par l'autre,
au point de rendre l'enfant incapable de soutenir la lutte pour
l'existence; ou bien, s'il vit, il n'a pas la force de transmettre la
vie. Ainsi s'teignent les familles par les maladies hrditaires, 
moins qu'un des membres de la race dchue, revenant pour ainsi dire
au type primitif, ne porte en lui une force de raction
insouponne,--hritage peut-tre d'un pass plus lointain,--qui lui
permette de reconstituer la famille.

Telles sont les considrations gnrales qu'il m'a sembl utile
d'indiquer, parce qu'il en pourrait sortir un grand nombre de
conclusions pratiques pour qui sait rflchir. Mais il faut  prsent
que j'insiste sur quelques dtails plus particuliers.

D'abord, l'hrdit de la longvit.

Il est des familles o l'on meurt vieux, de pre en fils. On dirait des
horloges remontes pour sonner  peu prs le mme nombre d'heures. Il
est d'autres familles o tout le monde meurt jeune, sans cependant qu'on
puisse incriminer des maladies spciales. Pourquoi? Force est bien de
le dire, nous ne le savons pas.

Notons, en passant, combien sont errones les thories qui attribuent
 l'homme moyen une longvit moyenne, calcule d'aprs l'poque de la
soudure des piphyses, ou d'aprs la dure de la croissance: suivant les
calculs de Flourens, cette moyenne devrait tre de cent ans. Mais c'est
l une simple vue de l'esprit, qui ne repose sur aucune observation
srieuse.

Certes, on peut tablir des moyennes. C'est sur des moyennes de ce
genre, et sur le calcul des probabilits, que sont bass les statuts des
compagnies d'assurance. De mme, il n'est pas draisonnable de supputer
la longvit probable d'un individu donn, quand on est en mesure
d'apprcier son capital biologique et la faon dont il sait s'en servir.
Mais dire que l'homme est bti pour vivre cent ans, parce que, dans les
espces animales, la longvit a cinq fois la dure de la croissance,
et que, chez l'homme, la dure de la croissance est de vingt ans, c'est
tablir une thorie sur des bases absolument fragiles.

Plus importantes encore que la plus ou moins grande longvit des
parents, sont, pour nous, certaines particularits de leur tat
pathologique, qui retentissent d'une faon souvent trs profonde sur la
valeur de leurs enfants.

On sait, par exemple, les influences nfastes de l'alcoolisme
hrditaire, qui non seulement restreint la natalit, mais condamne ceux
qui naissent  une mort rapide.

La syphilis ne rduit pas la natalit; au contraire, elle semble la
favoriser, et tout le monde connat, en effet, de ces nombreuses
familles fauches par la syphilis hrditaire. En vain les gnrateurs
s'obstinent  mettre au monde de nouvelles victimes: aucune ne survit, 
moins qu'un traitement mdical bien compris ne vienne mettre fin  cette
lamentable situation [1].

[Note 1: Je ne puis m'empcher de reconnatre, dans cette
polynatalit des hrdo-syphilitiques, une affirmation de ce qu'on
serait tent d'appeler la loi de protection des faibles.

N'est-il pas remarquable, en effet, que, dans la nature, les tres sans
dfense luttent par leur polynatalit contre les causes de destruction
auxquelles les expose leur faiblesse? Voyez dans le monde animal. Les
animaux puissants, arms pour la dfense ou pour la lutte, sont toujours
de mdiocres gnrateurs; l'lphant, par exemple, ne donne naissance
qu' un nombre trs restreint d'individus, la femelle porte longtemps;
mme remarque pour le lion. Au contraire, les animaux sans dfense, se
multiplient avec une rapidit qui les rend parfois redoutables: tels les
lapins d'Australie. Il a suffi d'un couple import par hasard dans cette
colonie pour que ces animaux se soient multiplis au del de toute
mesure. A l'heure qu'il est, ils constituent encore un flau pour
l'agriculture. C'est que le lapin est un tre faible, qui n'a de moyens
ni d'attaque, ni de dfense, ne sachant que fuir et se cacher. Dans
l'espce humaine, combien ne voit-on pas de ces couples admirablement
bien assortis, de sant parfaite, et qui n'ont pas d'enfants? Nous ne
parlons pas de ceux qui n'ont qu'un ou deux, enfants; car ici intervient
un autre facteur, la restriction volontaire; mais de ces mnages
exemplaires, o la venue d'un enfant serait une joie, et qui restent
striles, sans que rien dans l'tat des conjoints explique cette
strilit.

Au contraire, des gnrateurs de mdiocre valeur, au point de vue de
la sant, mettent au monde de nombreux enfants, qui bien souvent
constituent pour eux une richesse ngative. Ces malheureux portent le
beau nom de proltaires _(proles, race)_.

Mais que dis-je? la loi de protection des faibles s'tend  l'infini.
Pourquoi nat-il plus de femmes que d'hommes? Pourquoi tel couple ne
donne-t-il naissance qu' des filles, tel autre qu' des garons?
C'est que, dans le premier cas, la valeur biologique de la mre tait
sensiblement infrieure  celle du pre. Quand il y a une disproportion
marque entre les deux gnrateurs, l'enfant qui nat a le sexe du
gnrateur qui vaut le moins.

Quand un homme vieux et us pouse une jeune femme pleine de vie et
de sant, l'enfant qui natra de leur union sera presque toujours un
garon.

Dans le monde vgtal, la mme loi de protection des faibles s'observe
pour qui sait ouvrir les yeux. Voyez les plantes sans dfense: elles
pullulent partout, on les trouve sous toutes les latitudes,  toutes les
altitudes; au contraire, celles qui se dfendent, ont ce qu'on appelle
en botanique des aires trs limites.

Dans le monde minral lui-mme, on observe la mme loi: les mtaux qui
se dfendent sont des mtaux rares, et c'est prcisment parce qu'ils
sont rares et incorruptibles (mais non incorrupteurs) que l'homme les
a pris comme reprsentant la valeur du travail. L'or, par exemple, que
rien n'attaque, est plus rare que les mtaux qui s'oxydent facilement,
tels que le fer, le cuivre.

Le diamant inaltrable, qui dfie l'injure du temps, est d'une raret
qui lui donne tout son prix.

C'est de cette loi de protection des faibles, faisant contrepoids aux
lois darwiniennes (slection, adaptation aux milieux, etc.) que rsulte
un quilibre presque stable dans le monde des tres crs.]

La syphilis est un des principaux facteurs de dgnrescence. On
commence seulement  connatre l'tendue de ses ravages. On sait
aujourd'hui qu'elle se transmet aux enfants; qu'elle les fait mourir
avant leur naissance, ou le jour mme de leur naissance; qu'elle se
traduit plus souvent encore, dans les deux premiers mois qui suivent la
naissance, par des accidents contagieux; que, dans les premires annes
de la vie, elle entrane la mort par mningite (mningite spciale que
l'on prend trop souvent pour une mningite tuberculeuse, et qui serait
justiciable d'un nergique traitement anti-syphilitique).

On sait aussi que, dans les cas exceptionnels, la syphilis des
gnrateurs provoque,  l'ge de huit, dix, quinze ans, des dystrophies,
parfois des accidents tertiaires (pilepsie, gommes, etc.): mais ce sont
l des curiosits scientifiques.

Ce qu'on ne sait pas encore, c'est dans quelle proportion la syphilis
des parents diminue la valeur biologique des enfants en apparence bien
ns, c'est son influence sur les produits de la deuxime et mme de la
troisime gnration. C'est l la science de l'avenir[2].

[Note 2: Nous ne voulons pas insister davantage sur les mfaits de
la syphilis, envisage en tant que pril social, mais nous ne pouvons
laisser passer l'occasion d'appeler l'attention du lecteur sur les
efforts tents pour faire connatre au grand public ces tristes vrits.

Il existe une _Socit internationale de prophylaxie sanitaire et
morale_ contre les maladies vnriennes, sigeant  Bruxelles, et
ayant comme filiales des socits franaises, allemandes, etc., qui
toutes poursuivent un but commun: faire connatre les mfaits des
maladies vnriennes, les teindre dans la mesure du possible et par
tous les moyens possibles.

La socit franaise est certainement l'une des plus actives: sous la
vigoureuse impulsion de son prsident, M. le professeur Fournier, elle a
dj fait beaucoup depuis cinq ans qu'elle est fonde.

Elle a tudi la syphilis dans l'arme, dans la marine, les colonies,
dans les populations ouvrires; la syphilis des nourrices et des
nourrissons; la syphilis et le mariage, etc. Grce  elle, l'opinion
publique commence  s'intresser au redoutable problme, on ose
envisager en face la syphilis, on ose prononcer son nom, et tout fait
esprer que l'action de la Socit de prophylaxie sera au moins aussi
utile que celle des ligues contre l'alcoolisme et la tuberculose.

Car, en ralit, que peut-on contre l'alcoolisme? Rien tant qu'on ne
modifiera pas nos lois et nos moeurs. Que peut-on contre la tuberculose?
Presque rien, tant qu'on ne changera pas notre tat social, tant qu'il
y aura l'affreuse misre et la promiscuit. Tandis qu'on peut beaucoup
contre la syphilis, maladie vitable s'il en fut, maladie
essentiellement curable. Mais il faut la faire connatre dans tous les
milieux, son danger provenant de l'ignorance. C'est surtout contre cette
ignorance que lutte la Socit franaise de prophylaxie sanitaire et
morale  laquelle devraient tre affilis tous les gens de bien, toutes
les personne soucieuses de l'avenir de la nation.]

L'hrdit tuberculeuse est-elle aussi redoutable qu'on se plaisait  le
dire? Non. Voil, du moins, ce qu'affirment la science exprimentale et
l'observation des jeunes animaux issus de gnrateurs tuberculeux. Mais,
dans la pratique, il serait sage de se conduire comme si la tuberculose
tait hrditaire: 1 parce que les enfants de tuberculeux sont,
par cela mme qu'ils vivent dans un milieu contamin, exposs 
la contagion[3]; 2 parce que l'enfant, s'il n'hrite pas do la
tuberculose, hrite incontestablement de la prdisposition  devenir
tuberculeux. Il ne nat pas tuberculeux, mais il nat tuberculisable: de
sorte que, au point de vue scientifique, l'apprhension qu'avaient
nos pres au sujet de l'hrdit de la tuberculose tait parfaitement
lgitime.

[Note 3: Le souci de soustraire au milieu contamin les enfants de
tuberculeux a inspir au professeur Grancher une ide gniale: c'est de
prendre, dans les familles de tuberculeux, les enfants encore sains,
pour les faire lever  la campagne dans des familles saines. C'est
ce que ralise l'Oeuvre de prservation de l'enfance contre la
tuberculose. (Sige social, 4 rue de Lille.) C'est une oeuvre
scientifique, puisque, suivant le prcepte de Pasteur, elle cherche 
sauver la race en sauvant la graine. C'est une oeuvre pratique; elle a
fait ses preuves, et elle ne peut pas satisfaire au dixime des demandes
des parents tuberculeux, qui commencent  comprendre la ncessit de se
sparer de leurs enfants encore sains pour les confier  des familles
de braves gens dsignes par l'oeuvre, surveills par ses mdecins,
et offrant toutes garanties de moralit. Cette Oeuvre, bienfaisante 
plusieurs titres, est en outre _conomique:_ chaque pupille ne cote
en effet qu'un franc par jour, parce que tous les dvouements sont
gratuits. Cette faible somme d'un franc, bien employe, sans aucune
fuite, sert ainsi les intrts de deux familles et sauve la vie d'un
enfant.]

L'hrdit du cancer est loin d'tre dmontre. Tout est obscur dans
la question du cancer: son tiologie, ses modes de transmission, ses
varits d'volution; et la thrapeutique se ressent de toutes ces
incertitudes, malgr les belles promesses de la srothrapie, de la
vaccination anti-cancreuse, et de la radiothrapie.

En rsum, l'hrdit est le principal facteur de la valeur biologique
des individus. Chacun, de par son hrdit, nat avec une valeur
diffrente: l'invitable ingalit sociale existe non seulement le jour
de la naissance, mais le jour mme de la conception.

C'est encore  l'hrdit qu'il faut attribuer la diffrente valeur des
diffrents organes. Beaucoup naissent avec un organe plus faible que les
autres, de par la tare ancestrale; et le clinicien doit tenir compte
de l'existence de ces points faibles, lorsqu'il se trouve en face d'un
malade quelconque.

Les organes qui subissent le plus notablement la tare hrditaire sont:
le systme nerveux, le coeur, et les reins.

_A_) Les tares nerveuses se transmettent avec une constance redoutable;
et c'est  juste titre qu'on craint les alliances avec des sujets
dont les parents sont entachs d'alination mentale, ou de nervosisme
exagr.

Il ne faut pas, cependant, pousser cette terreur de l'hrdit nerveuse
 des limites excessives: car, ainsi que je l'ai dit, nous devons
compter avec une sorte de tendance naturelle en vertu de laquelle l'tre
naissant est dbarrass de sa tare ancestrale; l'hrdit n'est jamais
absolument fatale. Et nous devons prvoir aussi les attnuations que
peuvent amener les croisements. Ainsi l'hrdit nerveuse du pre peut
trs bien tre attnue par le bon quilibre nerveux de la mre, le
croisement bien compris entranant une sorte de rgnration. Enfin, il
est certaines maladies nerveuses qui ne se transmettent jamais par
hrdit: telle la paralysie gnrale des alins. De ce qu'un homme est
mort dans un asile, par le fait de la paralysie gnrale, il ne faut pas
conclure que ses descendants soient menacs de folie, ou mme de tares
nerveuses. Le paralytique gnral a pris la maladie uniquement pour
son compte, et il ne la transmet pas plus que ne transmettrait sa tare
nerveuse un homme qui serait, accidentellement, empoisonn par le plomb.
Tout ce qu'on peut dire du paralytique gnral, c'est que, neuf fois sur
dix, c'est un syphilitique, et que sa descendance peut tre entache de
syphilis au mme titre que la descendance d'un syphilitique quelconque.

_B_) L'hrdit des cardiopathies est galement trs intressante 
tudier: elle n'est pas assez connue.

Il y a des familles dans lesquelles tous les membres succombent aux
affections cardiaques. C'est donc que, l, les enfants apportent, en
naissant, un point de plus faible rsistance du ct du coeur. Chose
curieuse: dans ces familles, la lsion cardiaque ne devient perceptible,
chez ses divers membres, qu' des ges plus ou moins avancs. Vers
trente ans, l'un d'eux prouvera de l'arythmie, suivie, six ou sept ans
plus tard, de myocardite sclreuse. Un autre, tout en ayant le coeur
sain  l'auscultation, succombera par le coeur, dans le cours d'une
pneumonie. La maladie tait au poumon, et le danger au coeur
(Huchard). Un troisime membre mourra  cinquante ans,  son quatrime
accs d'angine de poitrine, sans qu'aucun des trois ait jamais eu la
moindre attaque de rhumatisme articulaire, ou autre affection capable
de dterminer des lsions cardiaques. Enfin un quatrime aura de la
tachycardie paroxystique. Et tout cela parce que la mre des quatre
enfants aura eu, avant la naissance du premier, le coeur touch
accidentellement par le rhumatisme; je connais mme une famille o
l'hrdit remonte  deux gnrations: presque tous les membres de cette
famille sont des cardiopathes.

C) Le rle de l'hrdit pathologique rnale mrite d'tre signal au
mme titre. On connat l'albuminurie hrditaire et familiale: mais les
rcents travaux de MM. Castaigne et Rathery (1904) ont dmontr, en
outre, qu'une mre atteinte de nphrite donne naissance  des
enfants dont les reins sont moins rsistants aux infections et aux
intoxications, ou mme sont altrs au point d'entraner la mort ds les
premiers jours de la vie. De plus, chacun nat avec une prdominance de
tel ou tel systme organique. Chez les uns, c'est le systme nerveux qui
prsente un dveloppement hors de proportion avec les autres systmes
organiques; chez d'autres, c'est le systme musculaire.

Ni les uns ni les autres ne sont,  proprement parler, des malades,
ni mme des candidats  la maladie; ils peuvent avoir un excellent
capital biologique. Mais, pour le faire valoir, il ne faut pas commettre
de fautes dans la direction  leur conseiller. Et nous retrouverons
cette importante donne quand nous parlerons des grands problmes de
l'ducation.

Est-ce encore  l'hrdit qu'il faut attribuer cette singulire
prdominance d'un des cts du corps sur l'autre que l'on observe chez
la plupart des malades? En gnral, c'est le ct gauche qui est le plus
faible; c'est lui qui est le sige des nvralgies, des pneumonies, des
misres varies que les malades accusent; c'est lui qui est le plus
faible au dynamomtre; et tout le monde sait que la main gauche est, en
gnral, moins habile que la main droite; le langage courant traduit
cette infriorit, en faisant de gauche le synonyme de malhabile. Chez
d'autres, au contraire, c'est le ct droit du corps qui est le sige de
toutes les douleurs nvralgiques, rhumatismales, sans pour cela que
ces malades soient gauchers. J'avoue ne pas avoir recherch la part de
l'hrdit dans cette rpartition ingale de l'influx nerveux, que je ne
fais que signaler en passant.

Mais ce qui rsulte de tout ce que nous venons de voir, et qui doit en
former pour nous la conclusion pratique, c'est que, pour difficile que
soit la connaissance prcise de l'hrdit d'un sujet, peut-tre n'y
a-t-il pas de point sur lequel l'attention du clinicien doive se porter
plus soigneusement! En prsence d'un malade, notre premier effort
doit tre de dterminer ce qu'il a pu recevoir de ses parents; et les
rsultats de cette premire enqute doivent toujours nous tre prsents
 l'esprit, tout dans le cours de la vie pathologique du sujet, mais
surtout quand nous aurons  diriger sa sant.



CHAPITRE III

CONCEPTION



L'influence de la valeur actuelle des gnrateurs, au moment de la
conception, est  peine souponne, et le fait est qu'il serait bien
difficile de la dmontrer; elle doit tre, cependant, considrable, et
il y a tout lieu de croire que la valeur d'un individu  natre varie
du tout au tout selon qu'il a t conu dans de bonnes ou de mauvaises
conditions.

Depuis longtemps, les mdecins protestent contre les voyages de noces.
On ne saurait trop faire campagne contre cette coutume, tout au moins
antihyginique. Considrez, en effet combien s'accumulent les conditions
dplorables pour la procration, chez deux conjoints dont le systme
nerveux a t mis  l'preuve par les proccupations prmonitoires du
mariage, par la fatigue des journes consacres  sa clbration, par
les motions insparables de cet acte important de la vie! Et voil ces
jeunes gens qui, aussitt aprs, se pressent pour un voyage lointain,
qui s'exposent  des fatigues de toute sorte,  la dplorable
alimentation de l'htel, qui s'infligent le souci de changer de
rsidence tous les jours, etc.! C'est dans ces conditions que, sans
recueillement,  la lgre, ils accomplissent l'acte qui doit donner _la
vie_.

Dans d'autres milieux moins favoriss, l'acte conjugal s'opre  la
suite de repas copieux, dans des conditions non moins dplorables.

Pour combien ne faut-il pas compter aussi l'motion de la jeune femme,
trop souvent surprise par les conditions nouvelles de l'existence
qu'elle a adopte, ou qui lui a t impose? Comme le disait le
professeur Pinard: En plein XXe sicle, nous procrons comme les
hommes des cavernes.

Que faire  tout cela? C'est dj quelque chose que d'appeler
l'attention sur un mal dont presque personne ne souponne l'importance,
en dehors du monde mdical. Les remdes viendront, pour ainsi dire,
d'eux-mmes,  partir du jour o l'on connatra le danger.

Appelons aussi l'attention sur un point dlicat: sur la ncessit de
faire l'ducation de la jeune fille, pour qu'elle sache ce qu'est le
grand acte de la procration.

Je vois d'ici les mres franaises frmir, et s'armer en guerre les
bataillons de ceux qui confondent la pudeur avec la pudibonderie. Nul
doute, cependant, qu'il y ait une rforme  oprer dans nos moeurs, 
cet gard, et dans tous les milieux sociaux. Et pourquoi ne pas rappeler
ce que dit la Bible, dans le livre de _Tobie_, chapitre VII? Le fils
du vieux Tobie, sur le conseil de l'ange Raphal, allait pouser Sara,
fille de Raquel, laquelle avait vu mourir subitement ses sept premiers
maris, aussitt qu'ils s'taient approchs d'elle; et, pour lui viter
pareil sort, l'ange donnait au jeune homme les conseils suivants: 
Lorsque des personnes s'engagent tellement dans le mariage qu'elles
bannissent Dieu de leur coeur et de leur esprit et qu'elles ne pensent
qu' satisfaire leur brutalit, comme les chevaux et les mulets qui sont
sans raison, le dmon a pouvoir sur elles. Mais pour toi, aprs que tu
auras pous cette fille, tant entr dans la chambre, vis avec elle en
continence pendant trois jours, et ne pense  autre chose qu' prier
Dieu avec elle! La troisime nuit tant passe, tu prendras cette fille,
dans la crainte du Seigneur, et dans le dsir d'avoir des enfants
plutt que par un mouvement de passion, afin que vous ayez part  la
bndiction de Dieu.

Dans le cours de la vie conjugale, on ne prend pas, pour procrer, plus
de prcautions qu' l'poque des premires ardeurs; c'est galement une
faute dont se ressent le produit de la conception.

Il y aurait  faire tout un trait sur l'hygine de la procration. Ce
trait, conu dans un esprit large, libral, scientifique, qui tiendrait
compte de tous les lments du problme, c'est--dire non seulement du
point de vue mdical, mais aussi de l'lment passionnel, rpondrait 
un vritable besoin.

Et un chapitre, et l'un des plus importants, devrait y tre consacr
au traitement prventif de la syphilis hrditaire. Combien d'hommes
atteints de syphilis huit ans, dix ans avant leur mariage, ignorent les
bienfaits d'un traitement spcifique, qu'ils suivraient deux ou trois
mois avant de se marier, pour prserver leurs enfants de la terrible
maladie! Combien peu de mdecins pensent  instituer ce traitement
prventif, alors mme qu'ils savent que le gnrateur a eu la syphilis!
Mais je ne sauvais m'tendre ici davantage sur ce sujet.



CHAPITRE IV

GESTATION



Sur les influences qui atteignent l'enfant pendant la gestation, nous
n'avons aucune donne prcise  fournir. Nous n'avons pas remarqu, par
exemple, qu'une mre ayant eu une grossesse pnible, voire mme
des vomissements incoercibles, donnt naissance  un enfant plus
spcialement faible; inversement mme, bien des femmes d'une sant
mdiocre ont des grossesses superbes. J'tonnai fort une malade, un
jour, en lui disant qu'elle ne devait aller bien que pendant ses
grossesses. C'est qu'elle avait de la ptose abdominale, et que la
grossesse devait lui produire l'effet d'une sangle, en soutenant les
organes. Mais il n'est gure vraisemblable qu'un tat de sant
aussi artificiel, et aussi transitoire, soit, pour le produit de la
conception, un brevet de sant future.

Par contre, les maladies de la mre pendant la grossesse ont une
influence bien connue sur la valeur de l'enfant  natre. Quand elles ne
provoquent pas l'avortement, elles impriment  l'enfant une tare.

J'ai observ,  cet gard, un fait bien suggestif. Une jeune femme, au
quatrime mois de sa premire grossesse, avait eu une appendicite si
nettement caractrise que le confrre qui devait l'accoucher, et
moi-mme, avions t sur le point de provoquer l'intervention d'un
chirurgien. La malade avait pu, cependant, tre traite mdicalement:
mais l'enfant, n  terme, a prsent ds sa naissance une intolrance
intestinale vritablement anormale. Une premire nourrice, choisie par
l'accoucheur, lui a donn un lait qui a sembl trop fort, car l'enfant a
eu, ds le deuxime jour, de la diarrhe verte et des vomissements. Dans
l'espace de quatre semaines, trois autres nourrices, toujours choisies
avec le plus grand soin, n'ont pas eu plus de succs:  chaque nouvelle
nourrice, vomissements, fivre ardente, diminution rapide du poids.
Mais, pendant qu'on cherchait  grand prix des nourrices idales, on
tait bien oblig de donner  l'enfant du simple lait de vache coup;
alors il allait mieux, la fivre tombait, le poids augmentait trs
vite, la vie revenait: de telle sorte que, aprs ces quatre tentatives
d'allaitement par le lait de femme, l'accoucheur me dit: Mais enfin,
pourquoi s'obstiner  trouver une nourrice? Cet enfant a probablement
un intestin extrmement dlicat,  cause de l'appendicite de sa mre
pendant la gestation; donnons-lui simplement du lait strilis coup!
Et il eut raison; grce  d'infinies prcautions,  une surveillance
mthodique, l'enfant put tre lev.

Il est bien clair qu'en rapportant ce fait je n'entends pas faire le
pangyrique de l'allaitement artificiel: je ne le cite que pour prouver
comment la maladie d'un organe de la mre pourrait bien avoir une
rpercussion sur le fonctionnement du mme organe, chez l'enfant qu'elle
porte en son sein.

Ce que l'on sait encore, c'est que les motions de la mre, pendant la
grossesse, peuvent avoir un retentissement sur la qualit du produit.
Et de l drive le devoir strict, pour la socit, de protger la femme
enceinte. Quelques philanthropes l'ont bien compris; mais cette notion
n'a pas assez pntr dans nos moeurs, et l'on peut dire que c'est un
scandale, pour une nation civilise, de voir le peu qui est fait pour
assister la femme enceinte, pour lui pargner les soucis de l'avenir
prochain et les fatigues des derniers jours de la gestation.

Un mot, enfin, sur les enfants ns avant terme. S'ils naissent avant
terme par le fait de la maladie des gnrateurs, de la syphilis par
exemple, leur valeur biologique est sensiblement rduite, et peut mme
tre rduite  zro. Mais s'ils naissent avant terme accidentellement,
par exemple  la suite d'une chute de leur mre, ou d'une intervention
obsttricale raisonne, leur sort est beaucoup moins compromis qu'on ne
le croit dans le public non mdical. Le tout est de leur assurer une
temprature qui se rapproche de celle qu'ils avaient dans le sein
maternel.

Pour ce faire, les inventeurs ont multipli les modles de couveuses
artificielles. Ces appareils, certes, peuvent rendre des services; mais
il ne faut pas oublier qu'on peut trs bien s'en passer, en prservant
l'enfant du froid, ce qui s'obtient: 1 en chauffant convenablement sa
chambre, et en l'entourant de boules d'eau chaude; et 2 en sachant
l'alimenter ds sa naissance. Ce second problme est difficile; pour
le rsoudre, il faut se rappeler une grande loi que nous retrouverons
plusieurs fois dans le cours de cette tude, et qui consiste 
proportionner la valeur nutritive de l'aliment, et le nombre de prises
alimentaires,  la puissance de l'estomac. Chez l'enfant n avant terme,
on donnera donc, toutes les demi-heures, une cuillere  caf de lait,
coup de 2/3 d'eau bouillie sucre.

L'enfant va natre; quel prjudice lui cause l'accouchement au forceps?
Nous ne pouvons pas nous dfendre de redouter, pour notre part, la
compression colossale qu'impose l'application du forceps  la masse
crbrale de l'enfant. Mais l'tude approfondie de cette question, qui
aurait pourtant de quoi intresser les neurologistes, n'a pas encore t
faite,  notre connaissance du moins, d'une faon suffisante. En tout
cas, on est en droit de considrer comme coupable une intervention au
forceps faite pour gagner du temps, ou pour faire valoir l'importance
des soins obsttricaux.



CHAPITRE V

LES INFLUENCES MORBIGNES ET LES SYMPTOMES MORBIDES



L'enfant est n; il vaut ce qu'il vaut. Personne ne le sait, sauf dans
les cas extrmes o il vient au monde avec des apparences tellement
misrables que, ds son premier vagissement, son infriorit saute aux
yeux; c'est ce qui arrive chez les hrdo-syphilitiques, et rien n'est
aussi navrant que l'apparition du petit monstre aux lieu et place d'un
enfant bien vivant, attendu avec une lgitime impatience. Il faut avoir
assist  ce spectacle pour en comprendre la poignante horreur. Tout le
monde, sauf la mre, s'accorde alors  penser qu'il vaudrait mieux que
l'enfant ne ft pas n. Mais, en dehors de ces cas, il est impossible
de savoir le capital de vie que l'enfant apporte avec lui; c'est son
secret, qu'il gardera pendant toute la dure de son existence, mais que
le mdecin parviendra cependant  deviner en partie, s'il sait fouiller
l'hrdit de son malade et s'inspirer des quelques principes que nous
avons esquisss  grands traits dans le chapitre prcdent.

L'enfant est n: toute sa vie, dsormais, va tre une lutte pour la
sant, une suite d'efforts, volontaires ou instinctifs, pour dfendre
son capital naturel de sant contre les influences morbignes qui vont
le guetter  chaque pas.

Ces influences morbignes, que l'tre vivant va rencontrer sur sa route,
depuis le jour de sa naissance jusqu' la fin de sa carrire, nous
allons tout de suite les esquisser  grands traits.

Au dbut, nous avions assimil, pour les besoins de la thorie, l'tre
humain  un projectile lanc dans l'espace avec une vitesse initiale
dtermine; mais, tandis que le projectile parcourt une courbe
mathmatique, qu'on appelle une parabole, la courbe volutive de l'tre
humain est une courbe irrgulire qui flchit chaque fois qu'une
influence morbigne survient, puis remonte pour osciller de nouveau,
puis flchir dfinitivement  partir d'un certain moment de la vie que
nous appellerons le dbut de la priode de dclin, et toujours avec des
oscillations  amplitude de moins en moins considrable, jusqu'au moment
o toutes les rserves se trouvent puises.

La mort peut encore interrompre brusquement la courbe volutive; c'est
ce qui arrive quand la brche faite au capital est irrparable, soit
 cause de l'importance de l'assaut perturbateur, soit  cause de
l'insuffisance des rserves, ou bien quand ces deux influences se
combinent; et le nombre de leurs combinaisons est incalculable.

La varit des causes morbignes est elle-mme infinie; mais la nature
n'a qu'un nombre limit de moyens pour exprimer ses plaintes, de sorte
que les causes les plus varies peuvent se traduire par les mmes
symptmes. Aussi accordons-nous relativement peu de valeur  l'tude
du symptme. Les symptmes s'associent de mille et une faons, pour
constituer autant dformes morbides diffrentes. Que dis-je? Il n'est
pas deux malades qui se ressemblent, Ce n'est que pour la facilit de
l'tude que les pathologistes ont cr des cadres posologiques; mais
on comprend assez que ces cadres devraient tre aussi lastiques
que possible. Le vrai mdecin, aprs s'en tre servi pour faire
d'excellentes tudes, ne craindra pas, dans la pratique, d'en faire
abstraction, de penser et d'agir comme si les cadres n'existaient
pas. Et un moment viendra mme, quand son exprience clinique sera
suffisante, o il aura tout intrt  faire table rase des notions qu'il
a pniblement accumules par un travail assidu et prolong; tout comme
l'architecte, qui, une fois la construction termine, fait enlever les
normes chafaudages qui avaient t ncessaires  la construction de
l'difice.

Certes, l'tude approfondie des symptmes morbides est indispensable au
clinicien, et l'on ne saurait apporter trop de soins  connatre, dans
tous leurs dtails, les divers troubles de la sant. Mais il y a
un cueil: c'est que, la thorie du moindre effort s'appliquant
naturellement  l'esprit humain, on a une tendance involontaire 
attribuer aux symptmes une influence pathologique qu'ils n'ont pas; en
d'autres termes, ce qui n'est en ralit qu'une manifestation morbide
devient, trop aisment, dans l'esprit du mdecin, la cause de la
maladie.

Prenons comme exemple la constipation: ce n'est en ralit qu'un
symptme, et qui peut se trouver chez une foule de malades diffrents.
Nous ne parlons pas, bien entendu, de ceux chez qui elle est d'origine
mcanique (cancer du rectum, de l'iliaque, etc.). Un mot cependant, en
passant, pour dire que le mdecin a le tort de ne pas assez penser  ces
causes mcaniques, et de traiter par des moyens mdicaux des malades
dont une intervention chirurgicale aurait pu prolonger la vie ou
attnuer les souffrances.

Mais chez les malades qui ne sont pas tributaires de la chirurgie,
n'est-il pas vrai que la constipation est un symptme banal, pouvant
tre attribu  une foule de causes? Parfois, elle est due  des lsions
d'organes lointains, par un mcanisme rflexe  long circuit, suivant
l'ingnieuse expression de M. Mathieu (appendicite chronique, lsions
utrines, etc.). D'autres fois, et plus souvent encore, elle est due 
un trouble profond du systme nerveux, qui, avant l'apparition de la
constipation, avait traduit son malaise par des plaintes varies.
D'autres fois, elle apparat brusquement, en mme temps que
l'entro-colite sa compagne,  la suite d'un choc brutal, moral ou
traumatique.

De plus, tout le monde sait qu'elle peut tre due tantt  un manque,
tantt  un excs d'exercice musculaire. Les hommes qui ont besoin de
beaucoup d'exercice, s'ils n'en ont pas assez, deviennent, suivant les
prdispositions hrditaires, ou des crbraux, ou des goutteux, ou
des lithiasiques, mais toujours des constips: et leur constipation
disparat a partir du jour o l'on a trouv le dosage prcis de
l'exercice qui leur convient. Inversement, les hommes qui prennent trop
d'exercice deviennent dyspeptiques et constips, et le lit est leur
meilleur laxatif.

Enfin la constipation peut tenir  une erreur de rgime, soit  l'abus
du lait (le cas est frquent), soit  l'usage abusif de la viande: alors
le rgime semi-vgtarien serait indiqu, et il suffit de changer de
rgime pour voir disparatre la constipation.

La constipation n'est donc qu'un symptme.

Certes, en vertu de la synergie des fonctions, des rpercussions 
distance, en vertu de ce principe que le systme nerveux abdominal a des
relations intimes avec le systme nerveux central, que, d'une faon plus
gnrale, le trouble d'un dpartement quelconque du systme nerveux
retentit sur les autres dpartements, la constipation, bien que
symptomatique, contribue dans une certaine mesure  entretenir la
maladie, ne ft-ce que par la proccupation qu'elle cause au malade,
et qui peut dgnrer quelquefois en vritable obsession. Mais ce qu'il
faut se rappeler, quand on aborde le problme thrapeutique, c'est que
le systme nerveux est une chane sans fin. Or, si l'on veut bien nous
accorder que la solidit d'une chane est gale  celle du plus faible
de ses anneaux, on comprendra l'importance qu'il y a  rechercher quel
est l'anneau le plus faible; en d'autres termes, quelle est la partie du
systme nerveux qu'il faut viser et consolider, pour gurir le constip
mdical.

Il n'y a donc pas de remde contre la constipation, et, pour
l'atteindre, il faut atteindre la maladie, dont elle constitue une
des manifestations les moins importantes et, disons-le tout de suite,
les plus faciles  faire disparatre. Oui, duss-je sembler paradoxal,
j'affirme que la constipation est, de tous les symptmes observs chez
le constip mdical, celui qui disparat le plus vite. Prenez un malade
qui souffre, depuis des annes, de ces misres varies qu'on est
convenu de dsigner sous le nom un peu vague de neurasthnie, et
parmi lesquelles la constipation joue un rle capital; aprs enqute
minutieuse, trouvez la formule exacte de son rgime, et par rgime je
n'entends pas seulement le rgime alimentaire, mais la rglementation
minutieuse de sa vie, le dosage de son exercice et de son travail
crbral, etc.; supprimez les agents thrapeutiques qui entretiennent la
maladie (douches froides, exercice forc, mdicaments varis, dite
lacte); supprimez surtout les influences qui entretiennent le trouble
nerveux de son intestin,  savoir les purgatifs, lavages  grande eau,
etc.: et vous serez tonn de voir la constipation disparatre, avant
mme toutes les autres misres. Le malade vous dira, au bout de huit
jours: Chose curieuse, docteur, je souffre encore de la tte, de
l'estomac, du dos, d'une faiblesse extrme, mais je commence  retrouver
le sommeil, et surtout je vous suis bien reconnaissant parce que ma
constipation, si rebelle, est presque entirement vaincue. Je n'ai
presque plus de peaux dans les selles, et je commence  reprendre
confiance. A partir de ce moment prcis vous tenez le malade, il a en
vous une foi aveugle, et, si vous continuez  le soigner mthodiquement,
si surtout des influences trangres ne viennent pas contrecarrer la
vtre, si le malade est assez intelligent pour s'abandonner entirement
 votre direction, vous lui rendrez, peu  peu, la sant. Il aura des
rechutes invitables: mais lui annoncer  l'avance ces rechutes,
c'est consolider sa foi. Il aura aussi des rechutes, plus ou moins
importantes, chaque fois qu'il s'cartera de la ligne trace par vous:
s'il commet un cart de rgime, un excs d'exercice, ou s'il a une
commotion morale, l'odieuse constipation reparatra, accompagne d'tat
gastrique, de douleurs abdominales, de glaires sanguinolentes, de fivre
quelquefois; mais ce sera pour le bien du malade, si vous parvenez 
lui faire toucher du doigt la cause de cette rechute, et  lui faire
comprendre que cette rechute tait vitable.

Si nous prenions une autre manifestation morbide quelconque, nous
verrions qu'elle appartient, de mme,  une foule d'affections. Le mal
de tte, par exemple, ne se rencontre-t-il pas dans les cas les plus
varis, n'est-il pas produit par les influences les plus diverses?
Heureusement pour les malades, il n'est encore venu  l'ide de personne
de trouver un remde applicable  tous les cas de mal de tte. Nous
en connatrions un, par hasard, que nous nous garderions bien de le
divulguer: car, si la mdecine du symptme est dtestable au point de
vue de l'tude nosographique, elle l'est encore plus au point de vue
thrapeutique.

Mais qu'on lise une monographie quelconque sur un symptme, ou un
ensemble de symptmes (ce qu'on appelle un _syndrome_): on y trouve
toujours en germe la pathologie tout entire. Ainsi dans mon article
_Epilepsie_ du _Dictionnaire Encyclopdique_, j'ai essay de montrer
combien il faut se mfier des cadres trop rigides, si l'on veut avoir
une conception nette de l'pilepsie, et une thrapeutique utile des
pileptiques. De mme, en lisant ces jours-ci une intressante tude du
Dr Baraduc sur l'entro-colite et son traitement  Chatel-Guyon, j'y
voyais une conception qui se rapproche grandement de la mienne. Qu'on
en juge par les quelques lignes que voici: L'entro-colite
muco-membraneuse est un syndrome clinique dpendant d'un trouble
fonctionnel du grand sympathique abdominal, des causes nombreuses et
varies tant capables de retentir sur les plexus intestinaux et de
troubler leur dynamisme. Mais aucune de ces causes n'est suffisante, 
elle seule, pour produire l'entro-colite. Il faut de toute ncessit
une prdisposition spciale du systme nerveux, et plus particulirement
du sympathique abdominal,  se troubler aux chocs qu'il reoit. Cette
prdisposition ncessaire spciale, le plus souvent hrditaire, est
l'apanage des neuro-arthritiques. Si l'auteur voulait bien avouer
seulement que cette expression de neuro-arthritiques ne fait que
dissimuler notre ignorance, nous serions tout  fait d'accord avec lui.

En rsum, si le mdecin doit bien connatre dans tous leurs dtails,
sous tous leurs aspects, dans leurs moindres nuances, les manifestations
morbides, il doit surtout chercher leur pathognie, et ne pas
s'hypnotiser sur tel ou tel symptme. En un mot, il doit voir de haut
pour voir loin,  condition toutefois de ne pas se perdre dans les
nuages.

Quelquefois, tous les systmes organiques sont troubls  la fois sous
l'influence d'une cause morbigne. C'est ce qui arrive, par exemple, 
la suite d'un choc traumatique violent, On voit, du jour au lendemain,
le bless devenir  la fois dyspeptique, dsquilibr abdominal,
constip avec entrite muco-membraneuse, dsquilibr crbral; et il
peut rester longtemps dans ce misrable tat qu'on dsigne sous le nom
d'_hystro-neurasthnie traumatique._

La fivre typhode, la grippe infectieuse, impressionnent galement  la
fois, tous les appareils de l'organisme,  des degrs divers. Tantt la
sidration peut tre telle que le capital vital initial et les rserves
antrieures se trouvent tout  coup puiss: c'est la banqueroute
totale, c'est la mort. D'autres fois, le capital et les rserves ne sont
que profondment entams. C'est la maladie grave, aggrave encore par
des mdications et des pratiques intempestives;  un moment donn, le
capital peut tre rduit  si peu de chose, que la moindre dpense
suffit pour l'anantir. Le malade est une flamme vacillante que le
moindre souffle peut teindre, mais  laquelle un savant dosage
d'oxygne rendra, peu  peu, la vie.

Quand le capital est moins profondment atteint, ou quand la cause
morbigne est moins importante, les troubles fonctionnels, au lieu
d'tre gnraliss, atteignent plus spcialement tel ou tel organe:
l'organe le plus faible, qu'il soit plus faible par le fait de
l'hrdit ou par le fait d'une atteinte antrieure. Mais, en vertu de
la synergie qui existe entre tous les organes, le trouble fonctionnel ne
reste pas longtemps limit  un organe ou  un systme organique. Voyez
le grand neurasthnique: il est  la fois dyspeptique, entralgique,
crbral, mdullaire. Quel est l'organe qui, chez lui, a t le premier
atteint? Impossible de le dire, aprs deux ou trois ans de maladie.
Cependant une enqute bien conduite peut permettre souvent de
reconstituer son histoire pathologique, de voir par o la maladie a
commenc, quel tait le point initial. Et c'est de la connaissance de ce
point faible initial que drivera, en grande partie, la thrapeutique.
Le mdecin portera la plupart de ses efforts sur le point faible qu'il
aura dcouvert, sans ngliger, cependant, les perturbations secondaires
attribuables  la synergie des fonctions de tout tre vivant.

Il arrive mme, quand l'influence morbide est peu intense, ou quand les
rserves sont bonnes, que le trouble de la sant ne se traduit que par
un nombre trs limit de symptmes, parfois mme par un seul. Ainsi il
y a des migraineux qui n'ont que de la migraine, des malades qui n'ont,
comme manifestation morbide que le symptme constipation, d'autres qui
n'ont que de la sciatique; mais ces cas sont exceptionnels, et, en bonne
clinique, et surtout pour faire de la bonne thrapeutique, il faut,
presque de parti pris, les liminer, et chercher au del de la
manifestation monosymptomatique. Presque toujours, alors, ou trouvera
que la maladie n'est monosymptomatique qu'en apparence.

De mme que, dans une compagnie de chemins de fer, une irrgularit
dans le service, minime en apparence, dnonce, si elle se renouvelle
frquemment, une mauvaise direction gnrale, de mme, en biologie, il
n'est pas d'indispositions insignifiantes, si limites soient-elles 
tel ou tel organe. L'apparition d'une douleur  l'paule, par exemple,
qui parat une affection bien locale, est l'indice d'une perturbation
plus profonde qu'on ne le croit du systme nerveux central.

Nous venons de prononcer un grand mot, et c'est toute une doctrine qui
est contenue dans cette affirmation; c'est que en effet c'est le systme
nerveux central qui  notre avis est le grand rservoir de l'nergie.
C'est par lui que nous vivons, que nous nous mouvons, et que nous
sommes. C'est lui qui dirige le fonctionnement de tous les organes,
de sorte que quand il est perturb, il n'engendre pas seulement, la
nvrose, la neurasthnie, l'hystrie, l'irritation spinale, la folie, la
nvropathie gnralise, etc., mais encore les troubles de circulation
vaso-motrice des diffrents organes. En dernire analyse, il est la
clef de vote de la pathologie. Ses perturbations se traduisent par
les symptmes les plus varis, au point d'garer presque fatalement le
diagnostic qu'on voudrait fonder sur eux seuls. Quelles que soient donc
la forme, la gravit, l'apparence de la manifestation morbide, c'est
toujours le systme nerveux central qu'il faudra tudier, c'est sur lui
que devra porter le grand effort thrapeutique.

Ce qu'il faut toujours voir, c'est l'ensemble du malade et surtout la
cause ou la srie de causes qui ont fait flchir momentanment son
systme nerveux, qui ont, en d'autres termes, diminu sa valeur
biologique.

Or, comme nous l'avons dit, ces causes sont multiples. Il en est qui
appartiennent  tous les ges, mais d'autres qui appartiennent plus
spcialement  un ge dtermin.

Pour mettre un peu d'ordre dans cette tude, c'est d'aprs ce plan que
nous passerons en revue les principales de ces causes morbignes. Nous
les tudierons donc suivant l'ge de l'tre humain: 1 depuis le jour
de la naissance jusqu'au sevrage; 2 du sevrage  la pubert; 3 de la
pubert  l'ge adulte; 4 pendant l'ge adulte; 5 aux diffrentes
phases du dclin; 6 pendant la vieillesse.

Nous introduirons, en outre, des subdivisions, suivant que les
influences pathognes atteignent plus spcialement: 1 le systme
nerveux digestif; 2 le systme nerveux musculaire; 3 le systme
nerveux central. Enfin, pour chaque ge de la vie, nous mentionnerons
les affections accidentelles qui portent atteinte  la fois  tous
les systmes organiques: nous voulons parler des maladies aigus
(rougeole, scarlatine, fivre typhode, etc.), des intoxications
(syphilis, intoxications alimentaires, etc.), toutes affections qui, par
la brutalit de leurs assauts, ont surtout attir l'attention des
gens du monde et de beaucoup de mdecins, mais qui, en ralit, ne
constituent que la partie la moins importante de la pathologie, surtout
au point de vue thrapeutique. La suite de ce travail dmontrera,
j'espre, que cette formule n'est paradoxale qu'en apparence[4].

[Note 4: Certes, quelques-unes de ces influences morbignes sont
invitables et la prudence la plus vigilante n'en prserve pas l'tre
vivant. Mais beaucoup seraient vitables: ce sont celles qui constituent
le domaine de l'hygine, de sorte que notre travail, en mme temps qu'il
dessinera  grands traits toute la pathologie, effleurera forcment
les problmes affrents  l'hygine et a la thrapeutique, en d'autres
termes,  la gestion du capital.

L'hygine publique est la gestion de la fortune de la communaut,
l'hygine prive est la gestion de la fortune de chacun, constitue
essentiellement par le capital initial, et par les intrts qu'il
rapporte.]



CHAPITRE VI

DE LA NAISSANCE AU SEVRAGE (PURICULTURE)



Ainsi donc, suivant que le capital sera fort ou faible et qu'il sera
bien ou mal gr, l'tre vivant sera sain ou malade, donnera ou ne
donnera pas son maximum de rendement, fournira ou ne fournira pas la
carrire qui lui tait originairement dvolue.

Dans les premires annes de la vie, la gestion du capital appartient
tout entire aux parents. Bien peu savent lever leurs enfants; et s'il
est des connaissances qu'on devrait rpandre  profusion dans tous les
milieux sociaux, ce sont celles relatives  la puriculture, d'autant
que les rgles en sont simples et peu nombreuses, ainsi que le dmontre
le _Trait de Puriculture_ du professeur Pinard, qui devrait tre entre
les mains de toutes les mres de famille.

Rien de plus simple, d'ailleurs, que cette science de la puriculture.

Surveiller le repos de l'enfant, ne pas l'exciter  tout propos et
hors de propos, l'alimenter intelligemment, lui pargner toute
mdicamentation meurtrire, le prserver du froid et des changements
brusques de temprature: et c'est tout.

Si seulement on savait la manire d'conomiser les vies d'enfants, on
pourrait le faire dans les milieux en apparence les plus dfectueux;
c'est ainsi qu'au Creusot, grce aux incessants efforts de MM.
Schneider, la mortalit des enfants au-dessous d'un an n'est que de 110
p. 1000, alors que, dans le canton de Vaud, renomm pour l'excellence
de ses conditions hyginiques, elle atteint 155 p. 1000. Ce magnifique
rsultat est d surtout  l'lvation des salaires, qui permet aux mres
de se consacrer librement  leur mission maternelle. Prs de 80 p. 100
des mres allaitent leurs enfants, toutes font de la puriculture avant
la naissance. (_Rapport_ de M. le professeur Pinard,  l'Acadmie de
mdecine, 25 juillet 1905.)

Il est bien vident que le capital initial ne suffit pour entretenir la
vie que pendant quelques jours; il a besoin d'tre sans cesse renouvel
et augment, pour permettre de faire des rserves, de donner 
l'individu les moyens de vivre, et, plus tard, de transmettre la vie 
son tour. C'est l'aliment qui pourvoit  ce besoin incessant; et par
aliment nous entendons non seulement ce qui entre dans le tube digestif,
mais aussi l'air, que les anciens dfinissaient trs justement le
_pabulum vitae_.

Quand l'aliment pche par sa qualit, par sa quantit, par une
rpartition vicieuse, la maladie ne tarde pas  natre; c'est l la
cause essentielle de toute la pathologie infantile. Et l'on ne saurait
croire, en vrit, dans quelle mesure une mauvaise alimentation du
premier ge retentit sur toute la vie pathologique de l'individu.
Quelques mdecins le disent, le crient mme, mais c'est dans le dsert;
la plupart le nient, ou passent indiffrents  ct de cette vrit
profonde. Quant aux gens du monde, ils en souponnent  peine
l'importance.

La vrit est que, quand un enfant a t mal nourri loin de sa famille,
quand il revient de nourrice avec un gros ventre, on peut affirmer que,
toute sa vie, il sera un valtudinaire.

Quand, pour obir aux injonctions d'un cnacle de gens incomptents,
ou quand, pousse par son mdecin, qui veut mettre  l'abri sa
responsabilit, une mre consent  abandonner les doux devoirs de
la maternit et  confier  une nourrice l'enfant qu'elle aurait d
allaiter, quand  cette nourrice en succdent deux ou trois autres,
sous des prtextes quelconques, on doit tout craindre pour l'avenir de
l'enfant. Il sera, dans sa prime jeunesse, un tre insupportable, puis
un colier de quatrime ordre, dans son adolescence un rat,
incapable de payer sa dette au pays; toute sa vie, un malheureux. Ces
considrations doivent tre prsentes  l'esprit du clinicien qui, se
trouvant en face d'un malade quelconque, arriv  un ge quelconque,
doit chercher  connatre ce que vaut ce malade.

On comprend donc l'importance du problme de l'alimentation dans la
premire enfance. En principe, comme l'a bien dit M. Pinard, le lait de
la mre appartient  l'enfant; et si l'on veut faire quelque chose
qui soit puissamment efficace et fructueux, il est ncessaire, il est
indispensable de faire tout d'abord ce que demandait la Convention, et
ce qu'ont ralis MM. Schneider au Creusot, il faut permettre  la
mre de donner ce qu'elle possde. (_Rapport_ du professeur Pinard 
l'Acadmie, juillet 1905.)

Mais si la mre ne peut absolument pas nourrir, il faut recourir
immdiatement  l'alimentation artificielle, soit avec le lait strilis
du commerce,--dont l'innocuit est quotidiennement dmontre par les
rsultats obtenus,  la Goutte de lait de Belleville, au dispensaire
trs habilement dirig par M. le Dr Variot,--soit encore avec le lait de
vache bien surveill, frachement et proprement trait, sucr, plus ou
moins tendu d'eau, puis strilis dans la famille, avec des appareils
Sosclet, ou mieux encore avec l'appareil la Tutlaire.

C'est ce dernier appareil qui est utilis  cette Goutte de lait
de Saint-Pol-sur-Mer, qui pourrait servir de modle  toutes
les institutions du mme genre,  cause de la simplicit de son
organisation.

Fonde, en 1902, par M. Georges Vancauwenberghe, maire de
Saint-Pol-sur-Mer,  l'aide d'un subside de trente mille francs mis 
sa disposition par un autre philanthrope, cette Goutte de lait a dj
rendu d'importants services: elle a fait tomber la maladie des enfants
de 0  1 an de 288 p. 1000 (c'tait le chiffre de mortalit infantile le
plus lev de toute la France)  51 p. 1000.

La consultation des nourrissons a lieu tous les dimanches matin, dans
un local mis  la disposition de l'Oeuvre par la municipalit de
Saint-Pol-sur-Mer: 120 enfants, en moyenne, sont prsents tous les
dimanches.

Les mres arrivent par sries, et se runissent dans une grande
salle chauffe o elles dshabillent leurs enfants. Elles pntrent
successivement dans la salle de consultation. Chaque enfant est pes,
puis examin par le mdecin, qui compare le poids actuel  celui du
dimanche prcdent, l'inscrit sur la fiche individuelle du nourrisson,
et fixe le rgime pour la semaine qui va commencer. Toute mre reoit,
soit un important secours _en nature,_ si l'enfant est nourri au
sein,--car on fait tout ce qu'on peut pour favoriser l'allaitement
maternel,--soit des biberons de lait _pasteuris_, si l'enfant est 
l'allaitement mixte ou artificiel.

Le lait est distribu tous les jours au local de l'Oeuvre. Chaque enfant
 l'allaitement artificiel a un double jeu de biberons et de paniers,
qui lui sont personnels. En venant chercher les biberons prescrits, la
mre remet ceux que l'enfant a vids la veille. Un seul homme suffit
pour assurer tout le service.

Le lait est distribu gratuitement  tous les enfants indigents. Fourni
 l'Oeuvre  son prix cotant, il provient des tables du Sanatorium de
Saint-Pol-sur-Mer, o aucune vache n'entre sans avoir t pralablement
soumise  l'preuve de la tuberculine.

Aussitt reu, il est pasteuris suivant le procd Coutant:
c'est--dire que, dans le biberon mme o la mre devra l'utiliser pour
son enfant, le lait est port  75, puis les flacons sont brusquement
refroidis par immersion dans l'eau. Ce refroidissement brusque a t
rendu possible par la contexture mme du verre des flacons.

Le lait ainsi trait a perdu tous ses microbes pathognes, et, 
l'inverse du lait strilis  110, a conserv toutes ses proprits
digestives et nutritives.

Aprs la pasteurisation, les biberons restent plongs dans des bacs
remplis d'eau froide, jusqu' la livraison aux mres.

La pathologie infantile est relativement simple. Faut-il donc, comme on
le propose de divers cts, faire faire  tous les tudiants en mdecine
un stage dans les hpitaux d'enfants, pour les initier aux mystres de
cette pathologie? Remarquez que d'autres mdecins demandent un stage
spcial pour l'tude des maladies vnriennes et cutanes; d'autres
encore un stage pour l'tude des maladies nerveuses, sans parler de
ceux qui voudraient un stage pour les maladie des yeux, des organes
gnito-urinaires. Pourquoi pas un stage, aussi, pour celles des oreilles
et du nez? et,  ce compte, combien de temps dureraient les tudes
mdicales? Tous ces stages successifs seraient excellents s'ils taient
praticables; mais ils auraient pour effet de restreindre plus que de
raison le nombre des futurs mdecins, et de remplacer la plthore
mdicale actuelle par une anmie encore plus regrettable.

Non, ce qu'il faut apprendre  l'tudiant, c'est qu'il lui reste
beaucoup _ apprendre_, c'est que toute sa vie de praticien ne sera pas
trop longue pour savoir lire dans le grand livre de la nature. Mais il
nous semble que, pour ce qui concerne en particulier la pathologie des
enfants, un peu de bon sens, beaucoup de prudence, pas de mdicaments,
de la patience, suffisent pour faire de bonne thrapeutique infantile,
quand, par ailleurs, on connat les lois gnrales de la pathologie.

Sans tre spcialiste pour les maladies d'enfants, je me rappelle
avoir t appel en consultation, en province, pour un enfant de six
mois soign par deux distingus confrres. Il avait, depuis cinq jours,
une entrite aigu avec fivre, amaigrissement rapide. Pendant les
trois quarts d'heure que dura mon enqute, je vis cet enfant passer
successivement des bras de sa mre dans ceux de la nourrice _sche_,
puis dans ceux d'une tante affole, le tout pour calmer les faibles cris
qu'il avait encore la force de pousser. J'appris que ce mange durait
depuis deux jours, que l'enfant avait pris du calomel, trois fois de
grands lavages intestinaux, et qu'on l'alimentait toutes les heures, 
grand'peine, avec du lait strilis! Je proposai simplement de mettre
cet enfant dans son berceau et de l'y laisser, de lui appliquer sur le
ventre un large cataplasme, de le laisser  la dite absolue pendant
quatre heures puis de lui donner de l'eau pane, et de le laisser dormir
si le sommeil pouvait venir. Le lendemain, la fivre avait cess,
l'enfant avait dormi; j'autorisai alors, toutes les heures, le lait
naturel, crm et coup avec parties gales d'eau de riz; je conseillai
de ne pas trop dranger l'enfant, de ne plus explorer son ventre. Le
surlendemain, il prenait du lait crm pur, et j'appris qu'il avait
retrouv sa gat. Un sommeil prolong mit fin  la grave alerte, et
aussi  la maladie, qui avait failli rendre Je pauvre enfant victime
de soins trop empresss.

Dans d'autres cas d'entrite cholriforme, le grand secret de la
thrapeutique consiste  savoir rchauffer les enfants, tout en les
tenant  la dite absolue pendant six ou douze heures, puis au rgime
avec restriction des liquides pendant deux ou trois jours.

Avouons cependant que, parfois, les problmes de pathologie infantile
sont trs difficiles  rsoudre. J'ai parl plus haut de cet enfant qui
ne supportait aucun lait de femme, pris en n'importe quelle quantit.
D'autres fois, les enfants s'empoisonnent avec le lait mme de leur
mre. C'est, tout simplement, parce qu'ils en prennent trop  la fois;
mais il faut quelquefois chercher longtemps pour trouver cette cause si
simple. On ne se figure pas le nombre d'enfants qui ont des indigestions
chroniques, parce qu'ils ne sont pas rationns, surtout quand ils sont
nourris par de plantureuses mercenaires qu'on ne sait comment tonifier,
dans la pense de donner plus de forces au prcieux rejeton.

Dans certains cas, mme, le diagnostic des maladies des enfants est
tellement difficile que les spcialistes se dclarent incomptents. Que
d'erreurs de diagnostic commises  propos des mningites! Et comment
aussi interprter le cas suivant? Sans cause connue, un enfant d'un
an, bien lev au sein maternel, prouve un malaise insolite, devient
grognon, refuse de prendre le sein, a de la fivre. Les jours suivants,
la fivre augmente, une pleur inquitante s'tend sur la face, un
amaigrissement rapide proccupe  juste titre tout l'entourage; puis, au
bout de quelques jours, sans qu'on ait rien fait que de laisser l'enfant
bien tranquille, l'apptit revient peu  peu, la fivre diminue, et tout
rentre dans l'ordre. Divers confrres appels en consultation n'ont pas
pu tiqueter cette maladie, ni se prononcer sur son issue; mais,
tous ayant eu le bon esprit de ne pas aggraver la situation par une
mdication intempestive, tout s'est termin pour le mieux, et l'enfant a
gard son secret.

La faute de ces insuffisances et de ces erreurs de diagnostic n'est
pas aux mdecins, mais aux difficults des problmes cliniques. En les
dnonant, nous ne voulons nullement dnoncer la faillite de la science:
bien au contraire, ce que nous voulons dire, c'est qu'en thrapeutique
infantile il faut avant tout de la sagacit, et que, dans certains cas,
il faut que le mdecin sache reconnatre son incomptence.

Dans d'autres cas, d'ailleurs, la science prend une revanche clatante,
et c'est alors que le mdecin est en droit de se fliciter d'avoir fait
de bonnes tudes de pathologie gnrale.

Voyez, par exemple, cet enfant n  terme, et qui vient bien pendant les
six premires semaines; puis voici que, tout en continuant  prendre
ardemment le sein, sans avoir ni diarrhe, ni vomissements, son poids
cesse d'augmenter; il diminue de 200, de 300 grammes en quelques jours.
Qu'est-ce  dire? Mais c'est que l'enfant est un hrdo-syphilitique. Le
traitement mercuriel, sous forme de liqueur de Van Swieten, de frictions
mercurielles, ou mieux encore d'injections de sublim  la dose de 3 
5 milligrammes par jour, fait merveille et rtablit entirement cet
enfant.

Nous avons dit plus haut combien souvent la mningite, qu'on croit
tuberculeuse, et qui survient de deux  cinq ans, est d'origine
syphilitique. Dj en 1872, quand nous faisions nos tudes 
Montpellier, le regrett professeur Fonsagrives nous disait qu'il avait
sauv beaucoup d'enfants, atteints de mningite tuberculeuse, en leur
donnant de l'iodure de potassium. C'est, sans doute, qu'il s'agissait de
mningites syphilitiques. Mais pour formuler un diagnostic de mningite
syphilitique, pour dpister l'hrdo-syphilis, soit par l'examen de
l'enfant, soit par une enqute sur les parents, ne faut-il pas que le
mdecin ait beaucoup travaill, beaucoup vu et beaucoup retenu? Son rle
n'est donc pas inutile, et si, le plus souvent, il doit se contenter de
faire de l'expectation arme, il peut, dans beaucoup de cas, rendre aux
enfants malades des services inapprciables.

Que dire d'un bain chaud donn, en temps utile,  un enfant atteint de
pneumonie; de l'immersion alternative dans l'eau chaude et dans l'eau
froide d'un enfant nouveau-n atteint de congestion pulmonaire, sinon
que, dans certaines circonstances, le mdecin opre ainsi de vritables
rsurrections?

Encore une fois, nous ne voulons ni rabaisser le rle social du mdecin,
bien au contraire, ni introduire dans l'esprit des jeunes confrres un
scepticisme infcond: ce que nous voulons, c'est leur dire qu'il ne faut
pas se spcialiser dans l'tude de la pathologie infantile, et que, pour
bien soigner un enfant, il faut savoir beaucoup, mais surtout qu'il faut
souvent savoir s'abstenir.

En rsum, la pathologie de l'enfance, tout en tant complique, comme
tout ce qui touche au problme de la vie, nous semble tre relativement
simple, l'enfant n'tant, pour ainsi dire, qu'un tube digestif perc
aux deux bouts.

Plus nous allons voir l'tre humain avancer dans sa carrire, plus vont
devenir nombreux et compliqus les problmes de la vie. Le systme
nerveux ne va pas tarder  entrer en scne, les mille et une conditions
dfavorables qu'impose  l'homme le milieu cosmique vont imprimer  son
capital biologique des dpenses qu'on ne peut certainement pas valuer
mathmatiquement, mais qui se traduiront par une diminution de sa
valeur. La vie ne va tre de plus en plus qu'une srie d'oscillations,
de luttes entre la tendance  persvrer dans l'tre et les causes de
destruction de l'tre vivant; bref, un tat d'quilibre instable, la
sant n'tant qu'un bel accident passager.



CHAPITRE VII

DU SEVRAGE A LA PUBERT



Il est logique d'introduire une subdivision dans ce chapitre, et
d'tudier d'abord l'enfant de deux  sept ans, d'autant que,  cette
priode de la vie, il n'y a pas  tenir compte de la diffrence des
sexes.

I

Pendant cette priode, la nutrition a son activit maximum, l'enfant
amliore son capital, accumule les rserves; mais il faut bien savoir
qu'il a aussi des dpenses colossales. Combien d'influx nerveux doit
tre dpens pour faire connaissance avec le monde extrieur, pour
apprendre le sens des mots, la notion des distances, etc.! On est
effray en pensant au travail crbral que supposent ces acquisitions.

De l ce grand principe, qu'il faut viter  l'enfant toute fuite
nerveuse inutile. Il faut presque se borner  le faire boire, manger,
dormir; manger, dormir et boire. Il faut avant tout, que l'enfant de
cet ge dorme beaucoup. En aucun cas, on ne devrait le rveiller. Pour
dmontrer combien peu d'enfants ont leur dose _optima_ de sommeil,
prenez au hasard un enfant de cinq ans, laissez-le, un premier jour,
dormir  volont; il s'octroiera douze heures de sommeil. Le lendemain,
il se rveillera aprs onze heures, le surlendemain et les jours
suivants aprs dix heures. C'est donc que, au moment prcis o
l'exprience a commenc, il avait un arrir de besoin de sommeil.

Quant au problme de l'alimentation, il est relativement simple, et
l'exprience des mres de famille rpond  la plupart des indications.
L'enfant doit manger quatre fois par jour; mais, en gnral, il mange
trop vite. Les parents devraient, pour leur usage personnel et pour le
bien de leurs enfants, se rappeler qu'il existe des glandes salivaires
scrtant, chez l'homme adulte, 1 500 grammes de salive par jour, et
que, si une bonne digestion commence dans la cuisine, elle se continue
dans la bouche.

En ralit, cet ge de la vie est celui o il y a le moins d'influences
nocives; et un peu de surveillance suffit pour que l'enfant se porte
bien.

Les maladies accidentelles elles-mmes voluent, en gnral, d'une
faon bnigne, quand elles ne sont pas troubles par une thrapeutique
incendiaire. De l la faible mortalit affrente  l'ge que nous
tudions, dnonce par les tables qui servent de base aux calculs des
Compagnies d'assurances sur la vie.

Quand l'enfant subit un choc accidentel quelconque, scarlatine,
rougeole, angine, il se rtablit avec une rapidit contrastant avec la
lenteur de la convalescence chez l'adulte, et encore bien plus chez le
vieillard. Voyez, par exemple, une angine herptique! Elle occasionne
chez l'enfant de tumultueux symptmes: de la fivre, du dlire; mais,
au bout de quatre jours, tout rentre dans l'ordre, et, quatre jours
aprs, l'enfant parat aussi bien portant qu'avant. Chez l'adulte, au
contraire, le mme nombre de points d'herps sur la gorge provoque un
tat maladif moins tumultueux, mais qui se termine par une convalescence
de quinze jours  un mois, pendant laquelle il a besoin de soins, ou
tout au moins d'un repos, qui ne sont nullement ncessaires  l'enfant
convalescent, dou de plus d'lasticit.

A partir de sept ans s'esquisse, chez certains enfants, une
diffrenciation qui ira s'accusant d'anne en anne. Un oeil attentif
va percevoir si l'enfant appartient au type _musculaire_ ou au type
_crbral_. Le _musculaire_ est cet enfant actif, aimant  jouer,
turbulent, ne parvenant pas  fixer son intention pour un quart d'heure
de suite, n'ayant, par consquent, aucun got pour l'tude telle qu'elle
lui est impose. Le _crbral_ est l'enfant rflchi, n'aimant pas les
jeux bruyants, et dont l'esprit est en avance notable sur celui des
enfants de son ge. A chacun de ces deux enfants conviendrait une
ducation diffrente; malheureusement, les ncessits sociales les
soumettent, l'un et l'autre,  la mme discipline pdagogique,--bien
comprise, il faut l'avouer, pour les individus moyens. Mais si, pour
ces enfants moyens, le systme pdagogique actuellement en vigueur
s'approche autant que possible de la perfection, il faut bien dire qu'il
convient moins aux types extrmes que nous venons de mentionner. Le
petit _musculaire_, condamn  de longues heures d'tude, s'agite,
s'inquite, devient de plus en plus dissip, et ne tarde pas  entrer
dans la catgorie des enfants dits paresseux. Sa sant physique peut
ne pas souffrir outre mesure du rgime compressif auquel il est soumis;
il grandit, se porte bien en apparence; mais son cerveau est, pour ainsi
dire, fauss, et ne donnera qu'un rendement infrieur. Chez le petit
_crbral_, au contraire, l'ducation moyenne peut amener des troubles
de la sant physique: les rcrations bruyantes et agites, imposes
aprs les repas, les longues promenades hebdomadaires, l'insuffisance
du sommeil, une alimentation mal adapte  son tube digestif, trs
vulnrable le plus souvent, le fatiguent  la longue; et, d'un enfant
qui aurait pu donner les plus belles esprances, la pdagogie officielle
fait un tre malingre, nerveux,  terreurs nocturnes, en un mot un
malade.

Faut-il donc prconiser l'ducation individuelle? Oui, dans les cas
extrmes et dans des circonstances exceptionnelles.

Une autre classe d'enfants chez lesquels l'ducation collective et le
surmenage crbral impos par nos programmes amnent les plus fcheuses
consquences, pour le prsent et pour l'avenir, c'est celle des enfants
que l'hrdit n'a pas prpars au travail crbral. Tels ces fils
de cultivateurs qui ont une longue hrdit terrienne, et que leur
intelligence htive semble dsigner comme particulirement aptes aux
tudes suprieures. Ce sont, quelquefois, de trs brillants lves; ils
arrivent aux coles suprieures: mais ils y arrivent malades, et seront
malades toute leur vie.

De l'ge de sept ans  celui de la pubert, les maladies accidentelles
sont presque invitables,  cause de la promiscuit des enfants dans les
coles; mais elles sont, en gnral, de peu de gravit. Ce ne sont pas
elles qui diminuent sensiblement le capital biologique individuel. Les
fautes commises contre l'hygine alimentaire sont d'une bien plus grande
importance.

Combien on voit, notamment, de maladies aigus qui ressemblent plus
ou moins  la fivre typhode, et qui sont dues  des indigestions! En
gnral, l'hygine alimentaire de l'enfant n'est pas assez surveille.
Les enfants mangent trop vite, comme nous l'avons dit plus haut; et,
trs souvent, ils mangent trop, prcisment parce qu'ils mangent trop
vite, la sensation de faim n'tant pas calme par l'introduction
brusque, dans l'estomac, d'une masse alimentaire mal labore. D'autre
part, de trop nombreux parents, oubliant que ce n'est pas ce qu'on mange
qui profite, mais ce qu'on assimile, se figurent qu'il faut que l'enfant
mange beaucoup pour se donner des forces; et ce prjug amne chez
l'enfant des intoxications chroniques qui retentissent sur son systme
nerveux, sur sa croissance, jusqu'au moment o l'estomac surmen
commence  protester. A partir de ce moment, le cercle vicieux est
tabli, et, si un rgime alimentaire bien compris n'est pas institu,
l'enfant devient un malade, et restera malade indfiniment. C'est ce que
M. le Dr Laumonier a trs bien expos dans un article du _Correspondant
mdical_ de 1905:

Voici des enfants qui sont, en apparence, bien portants; ils mangent
beaucoup, sont gros et gras, et bien que leur sommeil ne soit pas
toujours aussi calme qu'il faudrait, pourtant on ne peut,  premire
vue, les accuser d'aucun trouble vident. Cependant, certains soirs
principalement, ils se montrent tantt plus nervs que d'habitude,
tantt plus abattus au contraire, et si,  ce moment, on prend leur
temprature rectale, on constate 38 C, 385, parfois mme 39 et au
del. Cet accs fbrile est d'ailleurs passager; le lendemain, il n'y
parat plus. On ne lui attribue gnralement aucune importance, et les
parents se gardent bien, pour si peu de chose, de faire appeler le
mdecin; ils ont tort, car cette fivre digestive est le symptme
de troubles fonctionnels d'assez grande importance, et qu'il est en
consquence ncessaire de soigner ds le dbut.

Ces enfants, en effet, ne restent pas toujours gras et de belle
apparence: peu  peu leur apptit, qui faisait l'admiration de leurs
parents, flchit; et aussitt l'embonpoint et les belles couleurs
disparaissent. Ils finissent ainsi par se transformer en enfants
chtifs, maigres, ples, ayant mauvaise haleine, prsentant des
alternatives de constipation et de diarrhe, souffrant parfois de
douleurs stomacales vives; en un mot ce sont maintenant de vritables
dyspeptiques.

Or, cette dyspepsie n'est que l'aboutissant fonctionnel extrme, pour
ainsi dire, de troubles longtemps existants et dont les accs lgers de
fivre digestive ont t l'un des premiers et des plus caractristiques
symptmes. Il suffit, pour s'en convaincre, de suivre avec quelque
attention l'volution progressive des phnomnes.

Trs souvent, les enfants qui manifestent ces accs fbriles ont t,
pendant leur premire enfance, mal nourris, sinon comme qualit du lait,
au moins comme quantit; en d'autres termes, leur ration a t trop
copieuse. Puis, aprs le sevrage, ils ont t mis rapidement  la
nourriture commune de la famille; ils ont mang de tout, et trop;
parfois aussi on leur a laiss prendre l'habitude de boire du vin, du
caf. Peu  peu, ainsi, ils sont devenus polyphages et polydipsiques.

C'est une grosse erreur de croire que l'enfant,--pas plus que l'homme,
du reste--ne mange qu' sa faim; toujours, ou presque toujours,  ce
point de vue, la limite est dpasse. La quantit d'aliments ingrs
est beaucoup plus une affaire d'habitude que de besoin rel, comme le
prouvent manifestement les rsultats du traitement impos  ces petits
malades. Quoi qu'il en soit, le fait est qu'ils mangent trop, dpassent
ainsi les limites du pouvoir digestif de l'estomac, dans lequel les
aliments, tant insuffisamment labors par les scrtions digestives,
stagnent et donnent lieu  des fermentations anormales. D'o, d'une
part, l'insuffisance et l'puisement des glandes gastriques, la
dilatation et l'atonie stomacales, et, d'autre part, la production des
substances toxiques qui, rsorbes, entranent l'auto-intoxication et
l'lvation thermique qui en est la consquence. Notons d'ailleurs,--et
c'est l un point essentiel,--que la fivre digestive peut se produire
et se produit ordinairement avant que l'puisement glandulaire et
l'atonie ou l'ectasie gastriques soient compltement raliss;
elle coexiste plutt  la phase de polyphagie et constitue un signe
prodromique, avertissant que la limite digestive est dpasse, que
l'estomac commence  se fatiguer, que l'auto-intoxication d'origine
digestive est dj manifeste.

Il est inutile d'insister ici sur les signes physiques divers de cet
tat, gros ventre, clapotage ou ectasie gastrique, gros foie... etc.,
ils sont bien connus et faciles  mettre en vidence; d'autres signes,
plus incertains, dyspne, terreurs nocturnes, manifestations cutanes,
peuvent exister aussi, qui compltent la signification des premiers.
Passons donc et arrivons au traitement.

La premire indication est de rduire la ration alimentaire  ce qui est
strictement ncessaire  l'enfant, suivant l'ge, le sexe, le poids,
la taille, et de composer cette ration d'aliments faciles  digrer,
fournissant le minimum de fermentation, tels que lait, oeufs, pain
grill, viande crue, pure de lgumes. Sans en arriver au rgime sec,
qui a beaucoup d'inconvnients, on rduira cependant le plus possible la
quantit de la boisson, constitue par de l'eau pure de bonne qualit ou
des tisanes chaudes. Enfin, en outre des mesures hyginiques gnrales,
on assurera la libert du ventre par des habitudes rgulires ou 
l'aide de quelques lavements tides, mais sans en abuser.


DE LA PUBERT A L'AGE ADULTE


I.--CHEZ LA FILLE

Chez la petite fille, l'apparition des rgles constitue un moment
solennel dans l'existence. La plupart des mres de famille le savent,
s'en inquitent, mais ne connaissent pas les prcautions  prendre. Ces
prcautions consistent  supprimer plus que jamais les fuites nerveuses.
Ainsi, il convient alors de diminuer le travail crbral, le travail
musculaire, d'viter  l'enfant les motions, de la mettre  l'abri de
toutes les influences qui, par action rflexe, retentissent sur son
systme nerveux (indigestions, coups de froid).

Pendant les premires priodes menstruelles, le repos presque absolu au
lit s'imposerait, si les rgles taient douloureuses ou trop abondantes;
et un repos relatif s'impose mme quand elles sont correctes. Ce qu'il
faut bien savoir, c'est que l'anmie qui accompagne, en gnral, cette
priode de la vie n'est justiciable ni du fer, ni du quinquina, ni de
la suralimentation; ce qu'il faut pour la combattre, ce sont les
prcautions cites plus haut, et, par intervalles, quelques injections
de cacodylate de soude, ou mieux, de cacodylate de magnsie. C'est l un
des rares mdicaments capables de rendre des services,  la condition
formelle qu'il ne soit pris ni par l'estomac ni par l'intestin.

Une fois la menstruation tablie, il ne faut pas s'inquiter outre
mesure si, pendant les premires annes, les rgles ne viennent pas 
poques fixes, et il faut se dclarer satisfait si elles ne sont ni
douloureuses, ni trop abondantes.

Plus tard, vers l'ge de dix-huit ans, il est frquent de voir la sant
des jeunes filles subir un assaut considrable, qui se traduit par de
la chloro-anmie, avec tat nerveux, suppression des rgles, troubles
dyspeptiques, constipation, etc.

Les causes en sont multiples. Chez la jeune ouvrire, c'est, le plus
souvent, le surmenage physique, la vie anti-hyginique des ateliers,
l'accumulation des privations. Dans d'autre milieux, c'est le fait du
surmenage intellectuel pour l'obtention des brevets. Mais, plus souvent
encore, ce sont les causes morales qui portent atteinte au systme
nerveux. C'est une vocation contrarie, une suite continue de petits
malentendus avec la famille, avec la mre en particulier. La mre, ne
se dcidant pas  s'apercevoir que sa fille grandit, continue  vouloir
exercer sur elle une autorit despotique, contre laquelle l'enfant se
cabre en vain pendant de long mois, et dont elle souffre de jour en jour
davantage.

Dans d'autres cas, enfin, c'est une passion contrarie, un mariage
dsir qui se trouve rendu impossible par la volont intransigeante des
parents, ou par des circonstances indpendantes de toute volont ou mme
c'est un vague et obscur besoin du mariage: pour suivre, en somme, les
lois de la nature, et donner satisfaction  cette sorte d'instinct de la
maternit qui se rencontre chez la femme depuis son plus jeune ge, et
se traduit, dans la premire enfance, par le besoin de la poupe.

Quelle que soit la cause, le mal se prpare sourdement; puis, un jour,
la maladie clate, souvent  la suite d'une affection aigu qui
contribue  faire tomber brusquement la force de rsistance du systme
nerveux.

Si varis que soient les symptmes par lesquels le mal se traduit, la
thrapeutique doit tre la mme. Elle consiste  ne pas aggraver la
maladie par une mdicamentation intempestive; ce ne sont ni les
pilules de fer, ni le drap mouill, ni la douche froide qui
pourront faire du bien  une jeune fille ainsi atteinte, ni mme la
suralimentation, malgr l'anmie vidente. Non: ce qu'il faut, c'est
chercher la cause de la maladie, et la supprimer ou l'amoindrir autant
que possible.

Quand c'est le surmenage physique, le repos absolu s'impose, et la jeune
malade arrive trs vite  la gurison. Quand le surmenage physique n'est
pas la seule cause  invoquer, rien n'est plus difficile que de doser le
repos et l'exercice. Le plus souvent, le repos relatif est de rigueur.
Dans d'autres cas, au contraire, chez les musculaires en particulier, un
exercice modr, et mme pouss assez loin, peut produire d'excellents
effets. Le mdecin, appel  se prononcer sur l'opportunit de ce moyen
thrapeutique, basera son jugement sur les rsultats de l'enqute qu'il
fera au sujet du pass de la malade, et il aura le droit de procder par
ttonnements. J'ajouterai que, dans les cas graves o le repos absolu
s'impose d'abord, rien n'est plus difficile que de doser l'exercice
ds que la malade est capable de le supporter, mais le principe est de
rester en de de ce que la malade peut donner.

Quand la maladie de la jeune fille est due au milieu familial, le
remde essentiel est de le lui faire quitter. Malheureusement, on attend
souvent trop longtemps pour prendre ce parti radical; on attend que la
vie soit devenue impossible, que la jeune fille ait perdu le sommeil,
les forces, l'apptit, et soit dans un tat d'excitation inquitant. On
l'isole alors dans une maison de sant ou d'hydrothrapie, o on lui
impose le plus souvent,  notre avis, une squestration trop radicale.
Car la priver de toute visite, de toute correspondance, la soumettre 
une discipline d'une svrit exagre, nous semble vraiment excessif.
L'enfant se rvolte, et ne tire de la cure d'isolement qu'un bnfice
relativement restreint. Elle prend sur elle pour simuler la gurison, et
pour chapper  la tutelle des mdecins; elle sort avec les apparences
de la sant; mais elle n'est pas gurie, et, comme elle retombe dans le
milieu familial hostile, la maladie ne tarde pas  renatre de ses
cendres, jusqu'au jour o une circonstance quelconque amne enfin un
changement de vie radical, qui la gurit.

Le mieux ne serait-il pas, quand c'est possible, d'loigner l'enfant, de
temps  autre, du milieu familial, ds qu'on s'aperoit que c'est lui
qui est l'ennemi, en la confiant soit  une parente intelligente, soit
mme  une garde bien choisie, jusqu'au moment o on trouvera  la
marier, chose qu'il ne faudra faire qu'aprs mre rflexion, mais qui,
dans bien des cas, est le remde par excellence? Pendant les absences de
la jeune fille, l'tat nerveux du milieu familial lui-mme se calme, ce
qui rend la vie commune acceptable par intermittences. Loin de nous,
cependant, l'ide de porter atteinte  l'esprit de famille en proposant
pareille mesure; nous ne la considrons que comme exceptionnelle et
comme un pis-aller, prfrable souvent  la maison de sant, et, en
dfinitive, moins onreuse.

Chez les gens peu fortuns, on n'a pas la ressource de la sparation,
mme momentane. Heureusement, chez eux, les contacts entre parents et
enfants ne sont pas incessants. La jeune fille a toujours une certaine
indpendance; elle n'est pas soumise  une tyrannie de tous les
instants. En outre, son systme nerveux est moins vulnrable, de sorte
que l'influence nfaste du milieu familial est rarement une cause de
maladie. Nous connaissons cependant de jeunes ouvrires dont la
sant a fini par sombrer, du fait du milieu dans lequel elles taient
condamnes  vivre: pre alcoolique, qui les battait au retour de
l'atelier, mre ou belle-mre acaritre, frre dbauch, etc. La pauvre
victime rsiste tant qu'elle peut, jusqu'au jour o elle quitte avec
clat la maison paternelle,  moins que, victime rsigne, elle ne voie
peu  peu s'effriter son capital nerveux. Elle devient ainsi une proie
toute dsigne pour la tuberculose, qui met fin  ses misres; souvent
aussi sa dchance se traduit par l'apparition de la folie, et l'asile
d'alins lui ouvre ses portes.

D'autres fois, avons-nous dit, c'est une vocation contrarie qui met
la jeune fille en tat de maladie. Il n'y a pas  se le dissimuler,
quelle que soit l'opinion que l'on puisse avoir sur la lgitimit des
vocations religieuses, lorsqu'une vocation est sincre, toutes les
entraves qu'on lui apportera ne serviront de rien. La jeune fille
souffrira, deviendra de plus en plus malade, et force sera un jour de
cder. Nous avons suivi plusieurs de ces drames intimes et ignors, qui
torturent mme les familles chrtiennes; et le rsultat final a toujours
t le mme: la jeune fille a retrouv la sant ds qu'elle a eu gain de
cause.

Exemple. Une jeune fille de vingt-deux ans luttait respectueusement,
depuis trois ans, contre sa famille, pour obtenir l'autorisation
d'entrer au Carmel. Elle en tait arrive  un degr avanc de
maladie, restant des huit et quinze jours sans garde-robe, malgr
l'hygine intestinale la plus soigne, ne pouvant plus lire ni supporter
une conversation; elle maigrissait  vue d'oeil, et ne pouvait plus
quitter son lit, tant les forces physiques taient diminues. Gravement
proccup de l'issue de cette maladie, dont je connaissais la cause,
je crus remplir mon rle de mdecin en m'instituant l'avocat de la
malade. Or, ds qu'elle eut obtenu l'autorisation sollicite depuis si
longtemps,--et que, par parenthse, elle avait cess de demander depuis
un an, pour ne pas torturer sa famille,--nous vmes la sant revenir
avec une rapidit prodigieuse. Tous les organes inhibs se remirent 
fonctionner, et, un mois aprs, la jeune fille entrait au Carmel. Quelle
ne fut pas notre stupfaction d'apprendre que, le troisime jour, elle
lavait les escaliers  grande eau, pleine d'nergie et de bonne humeur!

Quelque respectueux que l'on doive tre de l'autorit des parents,
il faut que cette autorit sache s'effacer devant la volont ferme,
rflchie, bien arrte d'une jeune fille; la justice le demande, et
ajoutons que l'intrt l'exige.

Les mmes considrations s'appliquent au cas o une jeune fille veut,
envers et contre tous, pouser le jeune homme de son choix. Certes, neuf
fois sur dix, elle ferait mieux de suivre l'avis de ses parents, qui ont
l'exprience de la vie. Mais l'exprience est semblable  un habit fait
sur mesure, et qui ne va bien qu' celui pour lequel il est fait. Aussi,
lorsque, malgr les sages raisonnements, la jeune fille s'obstine et
s'entte, estimons-nous qu'il faut lui cder aprs un dlai raisonnable.
On doit har la perscution, de quelque part qu'elle vienne.

Dans d'autres cas, avons-nous dit encore, la jeune fille est victime
de son temprament, qui ne trouve pas dans les joies de la famille une
satisfaction suffisante: elle prouve le _besoin_ de se marier. C'est
alors aux parents  l'aider dans son choix, car cet tat d'me peut
amener la maladie.

Mais, dans tous les cas, la jeune fille malade doit, avant de se marier,
subir un traitement mdical; car elle n'a pas le droit de se marier en
tat de maladie. Le mariage, le plus souvent, ne la gurirait pas. Or
il faut bien savoir que, au dbut de la vie conjugale surtout, elle
n'a pas le droit d'tre malade. C'est donc une raison de plus pour la
soigner avant le mariage. En gnral, d'ailleurs, cette cure est des
plus simples: la cause de la maladie ayant disparu, et le capital
biologique n'tant pas encore gravement entam, le rle de la
thrapeutique se rduit  peu de chose.


II.--CHEZ LE GARON


Chez le jeune garon, de la pubert  l'ge adulte, les influences
capables d'amener la maladie sont galement multiples. Signalons,
parmi les principales :

I. Le surmenage scolaire;

II. L'abus des sports;

III. Les dviations de l'hygine sexuelle (habitudes solitaires et
prmaturation).

I. Que faut-il penser du surmenage scolaire, dont on a fait si grand
bruit il y a quelques annes? Les brillantes discussions de l'Acadmie
de mdecine n'ont pas empch les programmes de se surcharger d'anne en
anne; et ils se surchargeront encore davantage, cela est invitable,
c'est la loi mme du progrs; vouloir aller contre, c'est vouloir
remonter le courant. Mais,  la vrit, ce soi-disant surmenage ne nous
effraie pas outre mesure, car il faut compter: 1 avec les nouvelles
mthodes d'enseignement, suprieures  celles d'autrefois; 2 avec une
adaptation du cerveau des gnrations actuelles et futures  un travail
crbral plus considrable. N'est-ce pas ce manque d'adaptation qui rend
si dangereux le travail crbral chez les dracins dont nous avons
dit un mot au chapitre prcdent?

Est-ce  dire que tout soit pour le mieux dans le meilleur des systmes
pdagogiques? Non. Le jeune homme ne travaille pas trop, mais il
travaille mal, il n'a pas le respect du temps. En outre, il ne dort pas
assez, et on n'a pas assez le respect de son sommeil: du sommeil qui
dompte tout, suivant la forte expression d'Homre.

Un groupe de mdecins anglais vient de commencer une campagne de presse
pour obtenir que l'lve des collges anglais puisse dormir plus
longtemps. Ils avaient t prcds dans cette voie par le Dr
Chaillou[5], directeur de l'hygine d'un grand tablissement
d'instruction, qui ds 1903, a eu l'ide excellente d'installer, dans le
pensionnat, ce qu'il appelle une chambre des dormeurs. L, les jeunes
gens fatigus momentanment vont, tout simplement, se reposer suivant
leurs besoins; et jamais ils n'abusent de la permission. Il est vrai de
dire que ce sont de grands jeunes gens, candidats aux coles, et que
l'intelligente discipline gnrale de la maison est de nature  prvenir
tout abus.

[Note 5: _Hygine, exercices physiques, et services mdicaux dans
un grand collge moderne_, par le Dr Chaillou, attach  l'Institut
Pasteur. Paris 1903.]

II. _Abus des sports_.--Si pour l'homme sain l'exercice est ncessaire
 la sant, cet exercice, lorsqu'il est pouss  un degr excessif,
devient un facteur important de maladie.

L'exercice, quand il est mthodique, bien gradu, peut tre pouss
trs loin sans provoquer d'accidents; c'est ainsi que, chez les
professionnels des cirques, la sant se maintient excellente, comme j'ai
pu m'en rendre compte par une enqute faite chez Barnum. Le mdecin
attach  la troupe de Barnum jouirait d'une vritable sincure, s'il
n'avait pas  compter avec les accidents d'ordre chirurgical.

Mais, remarquons-le, les hommes du cirque sont _slectionns_, ce sont
des professionnels: ils ne font pas autre chose que des tours de force;
toute leur activit, physique, intellectuelle, est concentre sur ces
questions d'exercice musculaire.

Ajoutons que l'exercice est savamment gradu par des gens du mtier, qui
savent par exprience ce que c'est que l'entranement; disons enfin que
les gens des cirques observent une sage hygine; ils savent que tous les
carts se payent, et ils sont,  tous gards, d'une sobrit exemplaire.

Tout autres sont les conditions dans lesquelles se trouve l'homme du
monde qui fait du sport. Parfois il a une profession; c'est donc sur les
loisirs qu'elle lui laisse, et souvent sur son sommeil, qu'il prend le
temps de faire les exercices qui le passionnent; quand il n'a pas de
profession, il est rare qu'il ait la modration exemplaire signale plus
haut, et, alors, il ne dpense pas son influx nerveux qu'en exercice
physique.

Mais, dans tous les cas, le principal ennemi du sportsman, c'est le
_sport_, c'est--dire l'mulation qui existe presque fatalement entre
ceux qui s'occupent avec passion d'exercices physiques, et qui fait que
chacun d'eux veut devancer son voisin.

Le bicycliste isol risquerait rarement d'arriver au surmenage; ce qui
le fatigue, c'est de voyager en compagnie d'autres camarades,  cause de
l'excitation qui se communique des uns aux autres, et qui les porte tous
 donner plus qu'ils ne peuvent. L'escrime, souvent, n'aurait pas sa
raison d'tre, sans le dsir de l'emporter sur ses partenaires; de l le
danger spcial de cet exercice. Si l'on veut bien se rappeler qu'il
est pris, en gnral, dans un air confin, qu'il exige une dpense
considrable d'influx nerveux, une tension permanente de l'esprit, un
excs de rapidit dans les mouvements, on comprendra que c'est plus un
exercice crbral qu'un exercice musculaire, et que les gens qui croient
se reposer du travail crbral en faisant de l'escrime sont bien vite
dtromps. Le sage est celui qui, dsirant se reposer du travail
crbral par l'exercice, s'attache aux exercices qui ne demandent pas
d'attention, aux exercices automatiques dans lesquels la moelle seule
intervient; marcher, ou mieux encore courir suivant les bons principes,
scier du bois, tourner une roue de pompe, labourer, ramer, etc.

L'automobilisme tient le record parmi les exercices qui puisent le
systme nerveux; nous ne parlons pas, bien entendu, des hommes qui se
servent de l'automobile comme d'un moyen de locomotion, mais de ceux qui
en font un moyen de distraction. Quelques-uns arrivent  une mentalit
toute spciale,  un tat de folie qui n'a pas encore reu de nom, et
qu'on pourrait appeler la folie de la vitesse: quand ils sont sur leur
machine, ils ne voient que le ruban de route qui se droule devant
eux, le reste de la terre a cess d'exister. Ils ne voient point, ils
n'entendent point: ce sont des mangeurs de kilomtres, ce ne sont
plus des hommes. Et, chose curieuse, l'automobiliste n'a pas besoin
d'mulation, il se suggestionne lui-mme, et devient le propre artisan
de son dlire.

Mais les dangers des sports deviennent encore plus considrables quand
ils sont pratiqus par des organismes en voie de formation, par des
jeunes gens, par des coliers. Or, il y a quelques annes, avait souffl
un vent, venu d'Angleterre, qui avait vritablement tourn la tte 
certains hommes s'occupant des problmes de pdagogie,--ou plutt qui
avait affol l'opinion publique, et les pdagogues subissaient le
courant. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ne parlait plus, dans les
tablissements scolaires, que de sports et de gymnastique. La culture
intellectuelle paraissait devoir tre mise au second plan. Mais on
n'a pas tard  voir qu'il y avait abus. Les excellents travaux du Dr
Lagrange et du Dr Legendre, l'intervention des mdecins dans la _Ligue
des Pres de Famille_, ont mis un frein  cet engouement, qu'on ne
rencontre plus que dans quelques institutions o l'on s'obstine  imiter
l'ducation anglaise, sans se rappeler que nos petits Franais ne
sont pas des Anglo-Saxons. Je me demande d'ailleurs si les petits
Anglo-Saxons eux-mmes de l'ge de douze et treize ans se trouveraient
bien de faire des courses de 4 et 5 kilomtres au pas gymnastique, sans
progression et sans entranement pralable, comme je sais qu'on en
impose aux enfants dans les institutions dont je parle.

III. _Dviations de l'hygine sexuelle_.--Tous les pdagogues et tous
les pres de famille soucieux de l'avenir de leurs enfants sont,  juste
titre, proccups de l'important problme de l'ducation sexuelle; mais
tous sont loin de le rsoudre dans le mme sens. Les uns estiment qu'il
ne faut rien dire aux enfants, ni mme aux jeunes gens; les autres,
qu'il faut au contraire aborder le redoutable problme en face, et le
plus tt possible. La vrit, comme en bien d'autres circonstances, se
trouve entre ces deux extrmes.

Il est bien certain qu'il faut que,  un moment donn, le jeune homme
soit averti des dangers qu'il court en s'abandonnant  des aberrations
de l'instinct gnsique, ou encore  l'usage prmatur des fonctions
sexuelles, et qu'il faut aussi qu'il connaisse de bonne heure le pril
vnrien. Mais quels moyens employer pour l'instruire? Est-ce au pre de
famille que revient ce rle ducateur? Oui, s'il a suffisamment gagn
la confiance de ses enfants, et s'il se sent capable de cette mission
dlicate; dans d'autres cas, c'est au mdecin de la famille que doit
tre dvolu ce soin; et, dans les pensions, lyces, institutions, c'est
encore au mdecin de la maison, et, dans une certaine mesure,  ceux des
professeurs qui vivent le plus avec les lves.

Convient-il de donner  ceux-ci un enseignement collectif? La tentative
a t faite, rcemment, dans plusieurs lyces de Paris. Il faut avouer
qu'elle est ardue, mais les bons rsultats ont dpass toute attente.
Cependant je suis avec M. l'abb Fonsagrives partisan plutt de
l'enseignement individuel, compris dans un sens libral, sous forme de
causerie du professeur avec un petit nombre d'lves.

Jusqu'au moment o il est raisonnable d'aborder devant les enfants ces
dlicats problmes, le rle de l'ducateur doit se borner  exercer
autour d'eux une surveillance assidue, et  retarder le plus possible
l'closion de l'instinct sexuel. Pour ce faire, il faut imposer
 l'enfant de la fatigue physique, la pousser au maximum de la
_tolrance_, dussent les tudes en souffrir momentanment. C'est de la
bonne conomie, sans cependant qu'on doive verser dans cet abus des
sports que nous avons dnonc plus haut. Ici se retrouve, comme dans
tous les problmes de l'hygine, cette question de dosage, de mesure,
qui comporte un nombre indfini de solutions, d'aprs la varit des cas
individuels.

Les dangers que court l'enfant en s'abandonnant  des aberrations de
l'instinct sexuel sont moins grands que ne l'a dit Tissot, mais ils sont
nanmoins considrables, et le capital nerveux de l'enfant est vite
entam par les habitudes vicieuses. De l ces formes vagues de
neurasthnie avec difficult pour le travail, timidit maladive,
manque de confiance en soi, cphale, traits tirs, yeux cerns,
amaigrissement, amoindrissement de la valeur du sujet. Un mdecin
clair ne s'y trompe pas. Il doit alors trouver moyen de prendre
l'enfant  part,  la fin de la consultation, et lui dire 
brle-pourpoint, en le regardant fixement: Mon ami, je sais la cause de
votre mal! Il faut ensuite provoquer quelques aveux _discrets_, et la
consultation doit se terminer par une promesse formelle de l'enfant
de se corriger. La psychothrapie, en ce cas, vaut mieux que les
mdications pharmaceutiques les plus savantes: elle manque bien rarement
son effet et elle peut tre grandement aide, dans certains cas, par la
psychothrapie hypnotique, dont nous parlerons plus loin.

Quant au danger que fait courir la prmaturation des fonctions
sexuelles, c'est chose certaine que tout usage de ces fonctions devient
un abus, tant que l'organisme n'a pas atteint son complet dveloppement.
L'tre humain ne devrait aborder l'acte destin  perptuer la vie qu'
partir du moment o il est, lui-mme, en pleine possession de toute
sa vigueur physique. Jusqu' ce moment, la continence n'est pas
prjudiciable. La question a t tudie  fond, et rsolue dans le mme
sens par les moralistes et par les hyginistes. La continence n'est
presque pas pnible, elle ne le devient que si des excitations
factices ont veill de trop bonne heure l'instinct sexuel. Elle est
recommandable au point de vue moral; elle entretient, chez le jeune
homme, ce sentiment qu'on ne saurait trop dvelopper, le respect de la
femme; et,  vrai dire, c'est elle seule qui le met srement  l'abri
des contaminations vnriennes.

Le grand public commence  connatre le pril vnrien, et, surtout, 
oser en parler. On ne saurait croire combien l'ingnieuse trouvaille de
M. Brieux, qui a dsign sous le nom d'_avarie_ la plus redoutable des
maladies vnriennes, la syphilis, a fait faire de progrs  l'opinion
publique. Le mot, d'ailleurs, mritait de faire fortune; et nous
aimerions aussi voir employer le terme de petite avarie pour dsigner
la blennorragie, dont les mfaits sont plus considrables que ne le
croit le public, et mme que ne le croient beaucoup de mdecins.

Ce que le public ignore encore, c'est l'ge auquel les jeunes gens sont
le plus souvent contamins. Ainsi que l'a dmontr le Dr Ed Fournier,
c'est beaucoup plus tt qu'on ne se le figure gnralement; et
non seulement  Paris, mais partout, ainsi que le dmontrent les
statistiques de _toutes_ les armes, qui enregistrent beaucoup plus de
maladies vnriennes  la premire anne de service qu'aux annes
ultrieures, parce que, parmi les malades enregistrs  la premire
anne, figurent tous ceux qui taient contamins avant leur entre au
rgiment.

Nous ne saurions trop recommander  ce sujet la lecture et la mditation
de l'excellente brochure du professeur A. Fournier: _Pour nos fils quand
ils auront dix-huit ans_. En quelques pages s'y trouvent nettement
indiques, et sans aucune exagration, la gravit du pril vnrien, la
conduite  tenir pour l'attnuer quand on est atteint, et pour l'viter.
Cette brochure est bonne  lire, elle est ncessaire et suffisante aux
confrenciers qui veulent rpandre la vrit.

Nous n'avons pas  insister ici sur les mfaits de la syphilis. C'est
toujours une maladie grave, quelquefois elle est trs grave, et cela
ds les premiers mois qui suivent son apparition. Elle se traduit alors
par les plus importants symptmes de la dchance organique, cphale
violente, anmie aigu, perte des forces, albuminurie, etc.; inutile de
dire que, dans ce cas, elle fait subir au capital biologique un dchet
norme. Heureusement le traitement mercuriel intensif est l pour
rparer, dans une certaine mesure, le dsastre.

D'autres fois, la syphilis amne chez le malade de telles proccupations
morales qu'elle devient un danger imminent. L'angoisse peut mme
conduire au suicide. Il faut que le mdecin et le pre de famille
connaissent cette syphilophobie, pour rassrner la victime, dans
la mesure ncessaire. Mais dans tous les cas la syphilis, cause
d'amoindrissement norme de la valeur du sujet, devra tre traite
nergiquement, ds le dbut et pendant un temps prolong,--au moins
quatre ans,--par des traitements successifs.

Chez la jeune fille, la syphilis est galement  redouter. Nombre de
jeunes filles de la classe ouvrire connaissent tout ce qui est relatif
aux questions vnriennes; elles n'en ignorent que le danger. C'est 
leur usage que j'ai crit nagure une petite brochure intitule: _Pour
nos filles_. Les services qu'elle est appele  rendre ne sont pas
comparables  ceux que rendra sa soeur ane, l'excellente brochure du
professeur Fournier; et si je la mentionne, ce n'est certes point par
une enfantine vanit d'auteur: c'est que, de divers cts, on m'a
affirm qu'il tait bon de la faire connatre.


III--CAUSES MORBIGNES COMMUNES AUX DEUX SEXES.--MALADIES
ACCIDENTELLES


C'est  dessein que nous plaons ces observations  la suite de l'tude
consacre aux jeunes garons, car les jeunes filles, entoures de
soins  l'ge qui nous occupe, ont relativement peu de maladies
accidentelles. Chez le jeune homme, au contraire, plus ou moins mal
surveill, plus ou moins surmen par un travail crbral auquel son
cerveau n'est pas encore compltement adapt, ou par le travail
musculaire, pour lequel ses muscles, encore en tat de dveloppement, ne
sont pas suffisamment prpars, la flore microbienne trouve un excellent
terrain de culture. Nous ne pouvons pas passer en revue la pathologie de
cet ge; faisons seulement remarquer que la maladie accidentelle ou
bien tue l'individu, ou bien laisse un reliquat dfinitif sur un organe
quelconque (endocardite du rhumatisme, etc.): mais il est trs rare que,
 cette priode de la vie, elle amne l'amoindrissement prolong ou
dfinitif de la valeur du sujet. En d'autres termes, souvent, chez les
jeunes gens, l'affection aigu aboutit  une convalescence franche, sans
branler l'organisme;  cet ge, comme dans l'enfance, l'organisme est
dou d'une grande lasticit, et rebondit facilement.

Exception doit tre faite pour la tuberculose; c'est, par excellence,
la maladie de l'ge adulte. Contracte, le plus souvent, dans la
plus tendre enfance, elle sommeille jusqu'au moment o les mauvaises
conditions de milieu, la misre physiologique, le surmenage, mettent le
terrain en tat de moindre rsistance. De l son maximum de frquence de
dix-huit  trente-cinq ans.

De cette conception, qui n'est pas encore classique, mais qui commence 
pntrer dans les esprits, grce aux travaux du professeur Grancher,
et  ceux de M. le mdecin inspecteur Kelsch, sur la tuberculose dans
l'arme, dcoule la vritable prophylaxie de la tuberculose. C'est en
vain que l'on dpenserait beaucoup d'argent pour fonder des sanatoria;
le sanatorium ne convient qu'aux riches. C'est peut-tre un bon
instrument de cure: srement ce n'est pas le meilleur, et, en tout cas
ce n'est pas le meilleur instrument de la lutte contre la tuberculose
en tant que maladie sociale (Grancher). Voyez, en effet, ce qu'il
faudrait pour qu'un sanatorium populaire donnt un rendement social
apprciable! Il faudrait: 1 l'entre du sanatorium, un dispensaire de
dpistage pour ouvrir la porte aux seuls malades lgrement atteints;
2 pendant le sjour du malade au sanatorium, une oeuvre de secours pour
sa femme et ses enfants; 3  la sortie du sanatorium, la double ration
de repos et la demi-ration de travail pendant un temps presque illimit!
Le Congrs de la tuberculose de 1905 a d'ailleurs sonn le glas sur les
sanatoria populaires, et les mdecins de tous les pays, dans une heure
de sens commun et de clart, ont vot la mme formule: En fait de
tuberculose, la prservation domine l'assistance. Nous serons moins
svres dans notre apprciation des dispensaires: ils peuvent rendre
quelques services pour l'ducation populaire; mais les vritables
oeuvres de l'avenir, on ne saurait trop le rpter, sont les oeuvres de
prservation, celles qui arrachent un enfant sain d'un milieu contamin;
ce sont les oeuvres d'hpitaux marins, pour les enfants atteints de
tuberculose locale et non contagieuse; ce sont les colonies de vacances,
etc. Ce sont, surtout, les diverses oeuvres sociales luttant contre
la misre: car la misre est le grand, le plus grand facteur de la
tuberculose.




DEUXIME PARTIE




CHAPITRE I

MATURIT



Voici l'homme arriv  l'ge adulte; il est en pleine possession de tous
ses moyens, son capital a t progressivement amlior et lui rapporte
de gros intrts; il s'agit maintenant de l'utiliser, de le faire
valoir, d'obtenir de lui son rendement maximum.

L're des mnagements est passe, il faut  tout prix que l'homme
travaille et produise. On l'alimentera en consquence: la dpense
tant considrable, il faudra que l'aliment soit rparateur. Le point
essentiel est de ne pas dpasser la dose des dpenses, d'utiliser le
capital, mais non de l'amoindrir, de chauffer la machine, sinon  blanc,
du moins  la temprature maxima tolre, pour ne pas l'user trop vite,
et surtout pour ne pas la faire clater. Il faut, en somme, que l'homme
produise; et,  s'couter vivre avec trop de prudence, il ne ferait que
s'empcher de mourir. Bien plus; de mme qu'un capitaliste avis, quand
il possde beaucoup de fonds disponibles, quand il a ce qu'on appelle
de la surface, n'a pas peur, de temps  autre, de risquer une somme
raisonnable dans une affaire qui n'est pas de tout repos; de mme
l'homme bien portant,  capital solide, ne doit pas craindre,  certains
moments, de se dpenser un peu plus que ne l'exigerait la sage hygine,
 la condition que l'effort ne soit ni trop excessif, ni trop prolong,
et qu'une priode de repos succde  cette priode de travail intensif.
(De l la ncessit des vacances et du repos hebdomadaire).

Soit, dira-t-on, nous acceptons le principe, nous croyons qu'il est bon
que l'homme actif, intelligent, bien portant, donne de temps  autre
ce qu'on appelle un coup de collier, quitte  rparer sa dpense
excessive par un repos plus ou moins prolong, mais quel est le
critrium?  quel signe reconnatrez-vous que l'homme n'a pas dpass la
mesure de ses forces, et qu'il ne court pas  la banqueroute?

Le principe gnral est qu'il faut arriver aux confins de la fatigue,
mais ne jamais atteindre la fatigue douloureuse. Quand il s'agit de
travail musculaire, le critrium est relativement facile  trouver. On
est averti qu'on a dpass la mesure de ses forces par deux symptmes
caractristiques: la diminution d'apptit et la diminution de sommeil.

Cette donne pourrait mme rendre de grands services aux chefs
militaires, dont l'idal, trs lgitime, est de faire produire  la
machine humaine son maximum de rendement, sans puiser cependant les
forces des soldats. Malheureusement, quelques-uns d'entre eux confondent
l'entranement et l'puisement; ils arrivent  avoir des troupes qui
n'ont pas de valeur relle, tout en ayant les apparences de la force.
Ces troupes, qui se sont prsentes sous le plus bel aspect  des
manoeuvres de quelques jours, seraient incapables d'entrer en campagne
et de supporter des fatigues prolonges. Si les chefs de corps avaient
eu la prcaution de s'enqurir de la faon dont les soldats mangent,
ou de _voir_, aprs une marche prolonge, comment ils mangent, de
surveiller de temps  autre le tonneau des eaux grasses, qui recueille
tous les restes des repas, ils auraient vu que le travail excessif se
traduit par une baisse dans l'apptit. S'ils passaient, le soir, dans
les chambres, d'une faon inopine, ils verraient qu' la suite de
fatigues excessives les hommes ne dorment pas bien. Et rien ne les
empcherait, d'ailleurs, de prendre parfois l'avis de leurs mdecins.

Nous ne dissimulons pas la difficult du problme, d'autant que, chez
l'homme qui a subi un entranement mthodique, la sensation de _fatigue_
disparat; l'homme entran ne connat pas la fatigue. L'puisement,
chez lui, se traduit exclusivement par la diminution du poids, de
l'apptit et du sommeil, comme aussi, dans le milieu militaire en
particulier, par l'apparition des maladies dites accidentelles.

Et si le problme est difficile tant qu'il ne s'agit que de dpenses
musculaires, il devient plus complexe encore quand il s'agit de dpenses
crbrales. Voici un commerant oblig de brasser de grosses affaires.
Il est rveill, le matin, par le tlphone voisin de son lit; pendant
toute la journe, il n'a pas un quart d'heure de tranquillit; il sent
peser sur lui des responsabilits crasantes; sa vie n'est qu'une srie
d'inquitudes. Qu' ce surmenage incessant viennent s'ajouter des
chagrins de famille, etc., voici notre homme qui, tout d'un coup,
tombe dans la maladie. Le moindre prtexte suffit pour amener le
dclanchement: c'est une motion un peu violente, c'est une perte
d'argent, c'est une maladie infectieuse plus ou moins lgre, qui
ouvre la brche, et voil la maladie installe!

Cet homme aurait-il pu viter le cataclysme? A-t-il eu, depuis dix ans
qu'il surmne son cerveau, un avertissement quelconque lui indiquant
qu'il dpasse les limites de son lasticit, et qu'il puise  pleines
mains dans un capital insuffisamment rpar chaque jour? Oui, le plus
souvent! C'est, par exemple, un vertige qui est apparu,  un moment
donn. Si cet homme avait tenu compte de ce qu'on pourrait appeler un
avertissement sans frais, il aurait immdiatement diminu le travail,
ou mme l'aurait suspendu pendant quelques jours. Mais il n'en a pas
tenu compte, il a pens que _a passerait_. D'autres fois, c'est une
sorte d'endolorissement de la tte, non pas passager, mais permanent,
qui constitue l'avertissement, avec bourdonnements de l'oreille gauche.
(Cette prdominance des bourdonnements  gauche, de la diminution de
l'acuit auditive  gauche, se rencontre  toutes les phases de la
maladie.) D'autres fois encore, c'est une sorte de sensation
de fatigue permanente, exagre surtout le matin, avec diminution
d'apptit, constipation, autrement dit avec les petits symptmes de
la grande maladie. Il est tout  fait exceptionnel que le krach se
produise sans de tels phnomnes prmonitoires. Cela arrive, cependant,
et c'est chez les natures les plus admirablement doues en apparence.

Quand le sujet est soumis  un surmenage intellectuel et musculaire 
la fois, il ralise les conditions les plus parfaites pour arriver 
l'puisement rapide; aussi ne saurait-on protester trop nergiquement
contre le prjug des gens du monde, qui se figurent que l'exercice
musculaire repose du travail crbral, et que le surmen crbral doit,
pour bien se porter, faire de l'exercice, de la bicyclette, de la marche
force,  ses moments disponibles. C'est l une erreur norme dont
la pdagogie commence  faire justice. Certes il est des hommes,
admirablement dous, qui peuvent supporter une dpense considrable 
la fois au point de vue musculaire et au point de vue crbral: mais ce
qu'il faut bien se rappeler, c'est que, ds que surviennent les premiers
symptmes du surmenage, on doit aussitt rduire la dpense totale, et
la dpense musculaire en particulier;  ce prix seulement on aura chance
d'chapper aux griffes, toujours prtes  s'abattre sur nous, de la
maladie.



CHAPITRE II

CARACTRES GNRAUX DE LA MALADIE



Plusieurs fois dj, dans le cours de ce travail, j'ai eu l'occasion de
parler de la maladie, sans prciser le sens exact que je donnais
 ce mot. Mais le moment est venu de tenter, sinon une dfinition
scientifique de la maladie,--dfinition aussi impossible que celles,
par exemple, de la richesse, de la vertu, ou de la beaut,--tout au
moins une explication sommaire de ce qu'est,  mes yeux, cette chose
indfinissable; des principaux caractres qui lui sont propres; et des
traits qui la distinguent de ces manifestations pathologiques bien
dtermines que l'on appelle communment les maladies, et que
j'appellerais volontiers des accidents, par opposition  la nature
plus gnrale, plus profonde, et infiniment plus complexe, de la
maladie.

Voici quatre personnes qui, dans une mme aprs-midi, se prsentent  ma
consultation. Ce sont quatre malades: il ne faut pas tre grand clerc
pour l'affirmer _a priori_. Mais voyons ce que nous enseignera l'tude
dtaille, et surtout rflchie, de chacune de ces quatre personnes, qui
paraissent se ressembler aussi peu que possible, et n'avoir l'une avec
l'autre absolument rien de commun. L'une est grande et forte, l'autre
petite et malingre; l'une est obse, l'autre d'une maigreur inquitante.
Les souffrances que chacune accuse sonttout  fait diffrentes, de
l'une  l'autre; les causes qui ont paru engendrer ces souffrances
semblent opposes: chez l'une l'excs de fatigue, chez une autre
l'excs d'oisivet, etc.

Essayons  prsent d'approfondir un peu notre investigation. Ah! ce
n'est pas un mince travail que d'tudier un malade, de fouiller son
hrdit, de le suivre depuis le jour de sa naissance, voire mme de sa
conception, de noter tous les incidents pathologiques de son enfance, de
sa jeunesse, de son adolescence, d'apprcier son degr de sant pendant
les priodes qui ont spar ces divers incidents, de se reconnatre au
milieu du luxe de dtails avec lequel il dcrit ses misres, en un mot
de reconstituer  la fois le bilan complet de son tat prsent et le
tableau du chemin qu'il a suivi pour y parvenir. Mais cette tude
mticuleuse est ncessaire; sans elle, pas de diagnostic possible, pas
de traitement rationnel; d'elle seule pourra rsulter la connaissance
vritable du malade, c'est--dire l'apprciation de ce qu'il vaut, du
point prcis o il en est dans son volution. Et j'ajoute que ce n'est
que lorsqu'on a tudi ainsi des centaines et des centaines de malades
que l'on commence  avoir une ide nette de ce que c'est que la
maladie.

Voici donc une premire malade, que je connais depuis cinq ans. C'est
une femme de trente-deux ans, dont on devine ds le premier abord la
vivacit d'intelligence, et avec laquelle le mdecin comprend tout de
suite,-- sa grande satisfaction,--qu'il va pouvoir causer utilement.

L'enqute m'apprend qu'elle a eu un capital initial excellent: un
grand-pre paternel mort  soixante-quinze ans, asthmatique, la
grand'mre paternelle morte  quatre-vingt-quatre ans. Du ct de
l'hrdit maternelle, il n'y a pas non plus de tares transmissibles:
le grand-pre mort  soixante-quinze ans, la grand'mre vivant encore 
quatre-vingt-deux ans. Il est vrai que l'hrdit directe est peut-tre
un peu moins parfaite. Le pre de Mme X... est mort  cinquante-deux
ans, d'une affection crbrale, aprs avoir toujours t trs nerveux.
La mre, d'autre part, un peu dlicate, continue  se bien porter,  la
condition de s'couter vivre.

Ce capital initial a t bien gr pendant les premires annes de la
vie. Nourrie au sein, Mme X... a pu supporter sans dommage apprciable
divers assauts, tels que la coqueluche, la rougeole, la varicelle.
A huit ans, cependant, s'est produit un pisode plus important: une
jaunisse, qui a dur un mois, et qui semble indiquer que le systme
digestif tait, chez cette malade, le point faible. Un mdecin avis,
qui l'aurait suivie de prs depuis lors, n'aurait pas manqu de
remarquer qu'elle tait, si l'on peut dire, une candidate  la
dyspepsie.

Toutefois, jusqu' l'ge de vingt-six ans, Mme X... n'eut aucun
phnomne grave, d'origine stomacale ou intestinale: mais elle avait
de petits symptmes, un manque d'apptit entreml de fringales, de la
constipation, etc... Et, malheureusement pour elle, ces petits symptmes
ont pass inaperus. L'enfant a t soumise, dans un couvent, 
l'alimentation des autres pensionnaires; elle a mang vite, par
consquent mang mal; bref, rien n'a t fait pour mettre en bon
tat son systme nerveux abdominal, qui, sans protestations graves,
fonctionnait dj d'une faon dfectueuse.

De onze  vingt-six ans, c'tait le systme nerveux crbral qui, seul,
paraissait dfectueux. Ds l'ge de onze ans, elle avait des tristesses
vagues, des ides de mort, qui ne firent que s'accentuer.

A dix-sept ans surtout, son entourage remarquait cet tat de mlancolie.
D'un caractre ingal, la jeune fille ne travaillait qu' sa guise,
acceptant pniblement toute discipline.

A dix-huit ans, la mort de son pre lui causa un violent chagrin; et cet
assaut branla si fortement son systme nerveux que, six semaines aprs,
sans cause connue, sans refroidissement pralable, elle dut garder
le lit pendant un mois, pour une maladie qualifie rhumatisme
mono-articulaire, mais avec prdominance de symptmes nerveux graves
(angoisses cardiaques, insomnies). Elle ne se remit vraiment de cette
crise qu'un an aprs, lorsque des projets de mariage oprrent en elle
une sorte de drivation.

Marie  dix-neuf ans, elle ne tarda pas  retomber dans le mme tat
nerveux, auquel se joignirent des phnomnes nvralgiques (nvralgie
lombo-abdominale gauche), apparaissant subitement, et l'immobilisant
pendant quelques heures. Puis vinrent des crises de nerfs, le plus
souvent nocturnes, avec angoisses prcordiales terribles, peur de toutes
les maladies, etc...

C'est dans ces conditions qu'elle devint enceinte; et, pendant la
grossesse, elle se porta admirablement. Mais, aussitt aprs sa
dlivrance, l'estomac, qui n'avait jusqu'alors traduit son malaise que
par des phnomnes insignifiants, entra dfinitivement en scne: perte
absolue d'apptit, crampes, gastralgie. Puis, l'anne suivante, ce fut
le tour de l'intestin: diarrhes frquentes, incoercibles, bientt
apparition de selles noires, survenant trois  quatre fois par jour avec
fortes coliques, et qui durrent quatre mois. A la fin de cette priode,
l'tat gnral tait des plus mauvais, et la vie semblait vraiment
compromise.

Heureusement une anne passe dans l'isolement, et suivie d'une cure
dans un sanatorium de Suisse, enraya relativement le mal. Lorsque je vis
la malade pour la premire fois, un an aprs son retour de Suisse, voici
les principales constatations que je pus faire:

Cphale permanente,--picotement des yeux,--sciatique gauche
survenant au moment des rgles,--inquitudes vagues,--peur de mourir
subitement,--trois heures  peine de sommeil dans les meilleures nuits.
L'estomac et l'intestin laissaient galement  dsirer: apptit nul,
alternatives de diarrhe et de constipation.

L'examen des organes me dmontra qu'il n'y avait rien  la poitrine,
mais qu'au coeur existait un souffle, au premier temps,  la base,
perceptible seulement dans la position horizontale; ventre plat, peu
lastique, sonorit basse et gale. La malade, qui pesait 50 kilogrammes
 dix-huit ans, n'en pesait plus que 46.

Voil donc une jeune femme qui a toutes les apparences extrieures d'une
personne trs souffrante, et dont la vie est empoisonne par une srie
ininterrompue de misres varies. Et cependant l'histoire mme de ces
misres prouve qu'il n'y a point chez elle d'organe particulirement
atteint, et que le capital biologique est, au fond, moins mauvais qu'il
ne parat l'tre. Mon premier soin fut de la rassurer, notamment sur
l'tat de son coeur, sur lequel un confrre un peu imprudent l'avait
fort inquite. Je m'efforai ensuite de lui refaire un estomac, par
un rgime svre, puis de plus en plus large. Je dirigeai son hygine
musculaire, intellectuelle et morale. Et ainsi, aprs deux ans o je
m'tais born, en somme,  faciliter le retour  l'quilibre du systme
nerveux, Mme X... se vit dlivre de la plupart de ses maux, et ramene
enfin  une vie des plus supportables.

Qu'avait-elle donc au juste? me demandera-t-on Elle avait, sous une
forme spciale, ou plutt sous plusieurs formes, ce que j'appelle la
maladie. Sous toutes ces misres, c'tait le systme nerveux qui, chez
elle, flchissait. Tout son systme nerveux tait malade, et chacun de
ses centres, tour  tour, avait accus le contre-coup de la dprciation
de l'ensemble. Au moment o j'ai vu la malade, le centre le plus atteint
tait celui qui prside aux fonctions digestives; mais, si je m'tais
limit  ne soigner que celui-l, toute ma peine aurait risqu d'tre
perdue. Il fallait, derrire les symptmes locaux, atteindre le trouble
gnral; il fallait dpasser les incidents pour parer  la maladie.

Voici maintenant une autre malade, Mlle T..., chez qui les
manifestations morbides n'ont certainement rien de commun avec celles
que je viens de signaler chez Mme X... C'est une jeune fille qui,
lorsque je l'ai vue d'abord, en janvier 1901, avait progressivement
maigri, en six mois, de 50  41 kilogrammes, sans autre cause
connaissable que certaines influences morales. Elle ne se plaignait de
rien, ne se sentait pas malade; et cependant elle l'tait, puisqu'elle
maigrissait sans cesse, puisqu'elle avait le teint terreux et la peau
rugueuse, puisque ses rgles taient supprimes depuis un an. Pas de
lsions organiques, pas d'albumine, ni de sucre: mais toute l'apparence
d'une grande malade.

Pourtant, aprs un examen plus approfondi, j'augurai bien de l'avenir,
parce que le capital initial tait assez bon, parce que Mlle T...
n'avait pas eu de graves assauts dans son enfance, enfin parce qu'elle
tait jeune, et malade depuis peu de temps. Et le fait est qu'un
traitement trs simple, mais bien suivi (quinze heures de lit par jour,
puis douze heures, 5 repas par jour, d'abord sans viande, puis avec un
plat de viande  midi, et 30 injections de cacodylate de magnsie),
amena un rsultat extraordinaire: rapparition des rgles, augmentation
du poids, disparition de la rugosit cutane, relvement de l'apptit,
etc.

C'est que cette malade, qui ne prsentait aucun trouble nerveux, n'en
tait pas moins une nerveuse. Toutes ses misres ne venaient, comme
chez Mme X..., que d'un branlement du systme nerveux; quand ce systme
se trouva modifi, par le repos, le rgime et la psychothrapie, la
malade gurit.

Elle revint alors dans son pays; six mois aprs, elle allait trs bien,
mangeant de tout, pesant 58 kilogrammes. Mais voici que, dix-huit mois
plus tard, elle perd sa mre. De nouveau le chagrin la mine sourdement;
elle redevient malade, maigrit jusqu' 37 kilogrammes, toujours sans
accuser la moindre douleur, et sans ressentir aucune souffrance. Un
jour, le 25 dcembre 1903, elle est tellement puise qu'elle a une
syncope grave, et que son entourage est convaincu qu'elle va mourir.
J'avoue que moi-mme, quand je la vis alors avec le Dr C..., je fus
pouvant, malgr la bonne opinion que j'avais de sa valeur biologique.
C'tait littralement un squelette (34 kil.), elle n'avait plus qu'un
souffle de vie.

Eh bien! elle se ressaisit encore. Que dis-je? En juin 1904, elle fit
une pleuro-pneumonie. Deux mois aprs, ds qu'elle fut transportable,
elle voulut venir  Paris, et se soumit, pendant trois mois, aux
injections d'huile crosote. En octobre 1904, elle avait dfinitivement
retrouv sa sant.

Comment douter que toutes les souffrances de cette jeune fille aient t
surtout d'origine nerveuse? Et cependant voil un cas o la perturbation
du systme nerveux central s'est traduite par des phnomnes qui
n'avaient rien de ce que les neurologistes constatent d'ordinaire. Et
c'est bien le systme nerveux crbral qui tait en cause, chez cette
malade: car ses deux grandes crises morbides n'ont absolument pas
eu d'autre cause que le chagrin. Mlle T... tait une nvrose sans
manifestations nerveuses. Tout  fait comme Mme X..., malgr la
dissemblance des symptmes, c'tait une malade, c'est--dire une
personne dont le capital nerveux s'tait trouv entam.

Dans l'exemple suivant, la maladie s'est traduite par des phnomnes
cardiaques. Chaque fois qu'il y a eu chez le malade une dfaillance du
systme nerveux, c'est le coeur qui a cess de fonctionner normalement,
 tel point que tous les mdecins qui ne connaissaient pas M. Z... le
traitaient infailliblement par la digitale et la cafine.

En ralit, M. Z... n'est ni un cardiaque, ni mme un faux cardiaque:
c'est simplement un malade chez qui le systme nerveux qui prside aux
mouvements du coeur est plus spcialement impressionnable.

Depuis l'ge de vingt et un ans,  la suite d'un rhumatisme (sans
endocardite), chaque fois qu'il y a eu un assaut quelconque dans la
sant du malade, le coeur a aussitt protest. En 1886,  la suite d'une
bronchite grippale, je constatai, pour la premire fois, de l'arythmie,
et un souffle au 2e temps,  la base du coeur. Depuis lors, ce
souffle persiste, mais avec une telle ingalit que, parfois, il est
imperceptible, tandis que, d'autres fois, il est d'une nettet extrme:
si bien que plusieurs mdecins ont affirm une lsion de la valvule de
l'aorte.

Or, je le rpte, il n'y a pas de lsions: M. Z. n'a jamais de pouls
bondissant, et de nombreux tracs de pouls, pris par le Dr Lagrange,
dmontrent qu'il n'y a pas d'insuffisance aortique. Quand M. Z... va
bien, son coeur va bien: quand il va mal, quand il se surmne, ou
prouve une motion vive, son coeur se fche, et traduit son malaise par
les manifestations les plus varies: syncopes, arythmie, fausses angines
de poitrine.

M. Z... est un de ces hommes qui sont faits pour le travail intensif:
chez lui, quelle que soit l'normit du travail, il n'y a jamais
de surmenage crbral; mais c'est un _sensitif_, que le surmenage
motionnel guette  tout instant. En 1898,  la suite d'motions
vives, tout son systme nerveux entre en rvolte: le systme digestif
(dyspepsie, constipation, etc.), le systme nerveux central (insomnie
absolue, tristesse, pleur insolite, puisement des forces). En mme
temps la glycosurie fait son apparition (10 grammes de sucre par litre).
Enfin les troubles du coeur atteignent une intensit extrme et dfient
tous les traitements classiques (digitale, spartine, bromures, etc.).

Dsirant me voir avant de mourir, le malade me fit appeler le 28 avril
1898, et me raconta les soucis qui l'avaient accabl. Ces soucis
taient, sans aucun doute, l'unique cause de la maladie: une
psychothrapie prolonge, et accompagne d'un rgime alimentaire trs
modr, russit parfaitement  remettre le malade sur pied. Les deux
annes qui suivirent furent mme excellentes.

En 1901, une petite grippe suffit pour ramener le trouble cardiaque,
avec mme, cette fois, un pouls bi-gmin. Mais une saison  Vichy, sous
la direction du Dr Lagrange, produit un trs bon rsultat. En 1903, ni
le Dr Lagrange, ni moi, ne percevons plus le souffle coutumier.

Mais voici qu'en 1904,  la suite d'une nouvelle motion, reparaissent
l'arythmie, le souffle, la glycosurie: de nouveau, une saison  Vichy
supprime tout cela.

En avril 1905, enfin,  la suite de nouvelles contrarits,
l'branlement du systme nerveux se traduit par un lumbago, mais surtout
par une anesthsie de la main et de la joue droites, qui effraie
beaucoup le malade. Je le rassure encore, je le renvoie  Vichy, d'o il
revient en parfait tat, toujours jeune, malgr ses cinquante-deux ans,
toujours avec une activit dvorante.

C'est que ce prtendu cardiaque, comme les deux malades prcdents, est
simplement un malade, avec cette particularit que c'est sur le
coeur que se portent de prfrence, chez lui, les plus importantes
manifestations de la maladie.

Dans les trois observations que je viens de citer, c'tait tel ou tel
dpartement du systme nerveux qui manifestait plus spcialement les
souffrances de l'tre entier, et les priodes de malaise taient
spares par des priodes de sant, tout au moins relative. Voici
maintenant un cas o tous les lments du systme nerveux sont tellement
excits que la maladie revt les formes les plus diverses, et sans
qu'il y ait eu, pour ainsi dire, un seul jour de rmission, depuis
l'poque o le systme nerveux a t branl,--c'est--dire depuis l'ge
de huit ans,--jusqu' l'ge de la cessation des rgles. La malade dont
je vais parler a t vraiment, pendant plus de trente ans, un parfait
muse pathologique. Mais, malgr mille misres qui se succdaient chez
elle comme les figures d'un kalidoscope, je n'ai jamais dsespr de sa
survie, ni de sa gurison,  cause mme de la mobilit et de la varit
des manifestations morbides, tant donn, d'autre part, l'intgrit des
organes.

La maladie de cette personne a commenc  huit ans,  la suite d'une
fivre typhode grave. Pendant cinq ans, elle ne s'est traduite que par
des migraines trs intenses et trs frquentes; mais ds l'apparition
des rgles, aux migraines se sont jointes des douleurs d'estomac et de
la constipation. Vers l'ge de trente ans, le systme nerveux crbral a
manifest son trouble par des vertiges, bourdonnements d'oreilles, etc.
Deux ans aprs, c'est le tour de la moelle: douleurs rhumatismales
et nvralgies erratiques. Vers l'ge de trente-trois ans, le systme
nerveux cardiaque donne sa note dans le concert: syncopes qui durent de
dix minutes  une demi-heure, avec perte complte de connaissance.

En octobre 1889, une crise gastralgique survient, qui se prolonge
pendant trois jours conscutifs. L'anne suivante, c'est une douleur
intercostale gauche qui immobilise la malade pendant plusieurs jours;
mais, par contre, la tte est redevenue parfaitement libre, les
vertiges, la cphale, ont disparu. En 1893, apparat une dermalgie qui
occupe les deux bras. Puis voici que la fivre survient: la malade a
jusqu' 40, sans cause connue,  l'poque de ses rgles. En 1895, se
produit un tat de pritonisme,--avec douleurs trs vives dans l'estomac
et le foie, urines acajou charges d'urobiline,--qui semble mettre la
vie en danger. Mais la malade sort de cette preuve; et, pendant les
dix mois qui suivent, elle maigrit, trs heureusement, de 93  87
kilogrammes.

L'anne suivante fut trs bonne. Le sommeil revint, l'estomac rentra
dans l'ordre, la malade put croire que ses misres allaient prendre fin.
Mais voici que, en 1897,  la suite d'un coup de froid l'intestin  son
tour se met de la partie: fausses membranes dans les selles, coliques,
diarrhe et faux besoins d'exonration extrmement pnibles. L'appendice
mme parat touch: il y a une douleur trs nette au point de Mac
Burney. Un autre jour, en 1899, le foie se trouble: urines fonces,
selles dcolores, fivre; mais la menace ne persiste que quatre jours.
En 1900, ulcre de l'estomac, vomissements noirs. La mme anne, je note
une sorte d'inhibition du fonctionnement de la jambe droite, qui,  un
moment donn, deux ou trois fois par mois, refuse tout service, au point
que la malade tombe brusquement. Enfin, cette mme anne, se dclare un
oedme des jambes, disparaissant aprs la marche;--c'est l un phnomne
que j'ai souvent observ chez les malades dits _arthritiques_.

Cet tat lamentable s'est prolong jusqu'en 1904; la malade tait,
suivant son expression, un faisceau de douleurs, mais elle avait un
excellent moral, et restait sre qu'un jour ou l'autre elle reviendrait
 la sant. Or, le fait est que, depuis la fin de 1904, en mme temps
que disparaissaient ses rgles, l'tat gnral s'amliorait d'une faon
surprenante. Aujourd'hui Mlle X..., absolument gurie, dfinitivement
dlivre de toutes ses misres, promne joyeusement ses 105 kilogrammes
et se dclare enchante de vivre.

C'est que, mme dans ses preuves les plus douloureuses, mme quand elle
prsentait les symptmes les plus inquitants, cette personne n'tait ni
une hpatique, ni une mdullaire, ni une crbrale, ni une gastrique, ni
une cardiaque, mais simplement une malade  manifestations crbrales,
mdullaires, gastriques, intestinales, etc. Pendant les longues annes
o je lui ai donn des soins, toute ma thrapeutique n'a consist qu'
essayer de dynamiser son systme nerveux, et de le dynamiser tout
entier, sans presque chercher  atteindre, en particulier, tel ou tel de
ses centres qui semblait, provisoirement, le plus branl. J'ai eu le
bonheur de deviner que cette personne avait les apparences de trop de
maladies pour en avoir la ralit; et, de fait, quand son systme
nerveux a retrouv l'quilibre, la gurison de la vritable maladie
a aussitt amen la gurison de toutes les pseudo-affections qui n'en
taient que le contre-coup.

Le trouble du systme nerveux central peut encore se traduire par
les symptmes qui caractrisent, de la faon la plus formelle, des
maladies organiques. J'ai parl dj, plus haut, de ce malade qui
avait toutes les apparences d'une lsion du coeur, sans avoir le coeur
ls. On sait que, par ailleurs, ce qu'on appelle l'hystrie simule
les maladies organiques les plus varies. Les hystriques peuvent
prsenter les symptmes de la mningite, de la grossesse, voire mme des
maladies les plus graves de la moelle pinire. Ainsi j'ai vu un jeune
soldat qui offrait tous les signes de la sclrose en plaques. Aprs
trois mois d'examen, on a fini par le rformer; or, ce n'tait qu'un
hystrique. Non pas que ce jeune homme ait t un simulateur: car on ne
simule pas les symptmes de la sclrose en plaques!

Et quand je dis que ce n'tait qu'un hystrique, j'exprime mal ma
pense. En ralit, c'tait un malade. Je l'ai suivi pendant
longtemps, aprs son dpart du rgiment. Une fois rform, il n'eut plus
le moindre phnomne mdullaire; mais il eut de la dyspepsie, et j'ai
su que, dans son enfance, il avait eu d'autres manifestations de ce que
j'appelle la maladie. Ce n'est qu' une phase dtermine de sa vie,
quand il s'est agi pour lui de faire son service militaire, que la
maladie s'est traduite, pendant quelques mois, par ces troubles de
l'axe crbro-spinal qu'on est convenu d'appeler hystrie.

Je pourrais multiplier les exemples: mais ceux que j'ai cits suffiront,
je crois,  donner une ide de ce que j'entends,  proprement parler,
par la maladie. D'une faon gnrale, je veux dire que la maladie
embrasse tout le domaine pathologique qui n'appartient pas  ce qu'on
pourrait appeler les accidents--accidents qui vont depuis les
fractures et les intoxications jusqu' des lsions d'organes (cancer,
hmorragies crbrales, etc.), en passant par toute la srie des
affections  microbes, connus et inconnus.--Au-dessous de ces
accidents s'tend une srie indfinie de troubles pouvant revtir
toutes les formes et donner mme l'illusion de toutes les maladies
organiques, mais qui, en ralit, ne sont tous que d'origine nerveuse
(en donnant  ce mot toute l'extension qu'il comporte), ainsi que cela
apparat clairement pour peu que l'on considre leurs causes, leur
marche et leur terminaison. Dans la maladie rentrent donc toutes les
nvroses; la folie quand elle n'est pas produite par des lsions du
cerveau, l'hystrie, l'pilepsie dite idiopathique, la neurasthnie, les
algies, tous les troubles fonctionnels des divers organes, _tant que ces
troubles fonctionnels n'ont pas amen de lsion des organes_.

Les mdecins voient quotidiennement la maladie sous une de ses formes
prfres. C'est la forme gastrique, qu'on dsigne vulgairement sous le
nom d' embarras gastrique, synonyme d'embarras de diagnostic. Dans
cette affection, il ne faut pas croire que le systme nerveux soit
indemne; les malades prouvent de la cphale, des vertiges, souvent
des bourdonnements d'oreille, un tat de fatigue gnrale du systme
musculaire, de l'insomnie, de la difficult pour lire, pour supporter
une conversation; ils ne souhaitent que le repos et la tranquillit. Si
on les leur accordait, si une mdication perturbatrice n'intervenait
pas, si on graduait sagement leur alimentation, il ne surviendrait,
en gnral, aucune complication; et aprs quinze jours, un mois, ils
reviendraient peu  peu  la sant[6].

[Note 6: La gurison, souvent, s'annonce chez eux par une crise
urinaire. Les urines, qui avaient t trs uraliques, quelquefois mme
urobilinuriques, et rares, deviennent, d'un jour  l'autre, claires et
abondantes. En mme temps la temprature tombe, pendant deux ou trois
jours, au-dessous de la normale, le sommeil reparat, l'apptit
galement, et tout rentre dans l'ordre.]

Dans d'autres cas, la maladie volue sur le mode chronique; et c'est
pendant des mois et des annes que l'on voit tout le systme organique
compromis dans son fonctionnement. Le systme nerveux, l'estomac,
l'intestin, laissent  dsirer d'une faon  peu prs gale. C'est chez
ces grands malades qu'on est en droit de se demander si c'est le cerveau
qui tient sous sa dpendance les troubles nerveux de l'estomac ou de
l'intestin, ou si c'est l'inverse. Selon qu'on adopte telle ou telle
manire de voir, on adopte telle ou telle thrapeutique exclusive: on
s'acharne  remdier aux troubles du systme nerveux, en ngligeant les
troubles digestifs, ou inversement. Dans les deux cas on a tort. Pour
faire de la bonne thrapeutique, il faut _ la fois_ soigner le cerveau,
l'estomac, l'intestin, la moelle, le malade entier, en un mot, tout en
recherchant, si possible, quel est le systme le plus compromis et dont
le fonctionnement laisse le plus  dsirer.

C'est de la maladie ainsi comprise que je voudrais, maintenant,
rechercher les causes les plus habituelles, avant d'en indiquer, dans
ses grandes lignes, le mode de traitement: traitement qui doit tre
toujours _gnral_, puisque toujours la maladie, mme quand elle ne
se traduit que par des troubles locaux, est, par son essence, d'ordre
gnral.

Quant au traitement particulier des maladies accidentelles, il va sans
dire que je n'aurai pas  m'en proccuper dans ce travail.



CHAPITRE III

LES CAUSES DE LA MALADIE



I.--CAUSES PHYSIQUES


Je ne saurais songer  suivre l'homme  travers toutes les circonstances
de sa vie qui compromettent sa valeur, soit momentanment, soit d'une
faon dfinitive et irrmdiable. Elles varient  l'infini; l'homme
heureux seul n'a pas d'histoire, et l'homme heureux est un tre de
raison, qui n'existe pas dans la ralit.

Mais, d'une faon gnrale, je puis faire remarquer que ce n'est pas
le surmenage crbral, ni le surmenage musculaire, ni mme les vices
d'alimentation, le dfaut de confort, l'aration insuffisante, etc.,
qui constituent les grands facteurs de la maladie: c'est le surmenage
motionnel, c'est le chagrin,--l'influence psychique, en un mot.

Cependant les autres influences morbignes mritent une mention
dtaille. Je les rapporterai aux trois chefs suivants:

I. Surmenage crbral.

II. Surmenage musculaire.

III. Alimentation dfectueuse ou insuffisante.

1 _Surmenage crbral_.--Le cerveau est fait pour fonctionner, comme le
coeur est fait pour battre; et il est bien rare que le travail crbral,
 lui seul, si excessif qu'il puisse paratre, soit une cause de
dtrioration profonde, et surtout de dchance dfinitive. C'est bien
plutt un lment de survie prolonge.--Voyez cet crivain qui, 
l'ge de soixante-dix-huit ans, continue  tonner le monde par les
productions de son gnie; il n'a jamais cess de travailler, et il a pu
faire les frais,  soixante-quinze ans, d'une pneumonie qui,  cet ge,
est presque toujours fatale. Quel est donc son secret? Son secret, c'est
de n'avoir aucune proccupation trangre  son travail; c'est d'avoir
une femme qui pense pour lui  tous les dtails de la vie; c'est d'avoir
une excellente hygine morale, la paix du coeur et de l'esprit.

Bien plus nombreuses sont les victimes d'un travail crbral
insuffisant, et tout le monde sait que les dsoeuvrs sont bien 
plaindre. Ce sont des coupables, puisqu'ils n'apportent pas  l'oeuvre
sociale le contingent d'efforts et de travail qu'ils lui doivent; mais
ce sont aussi des malheureux, car la maladie les guette. Le dsoeuvr
accidentel lui-mme, habitu  un travail crbral considrable, s'il
est condamn trop longtemps au repos de l'esprit, sent qu'il lui manque
quelque chose: il perd son bon sommeil coutumier, et a hte de reprendre
le travail crbral, qui lui est aussi ncessaire que l'air respirable.

Quand, cependant, le travail crbral est pouss  une limite
vritablement excessive, il amne aussi ce que nous avons appel la
maladie, c'est--dire la dtrioration, quelquefois dfinitive ou
prolonge pendant des annes. On en voit des exemples chez les candidats
aux coles,  l'internat,  l'agrgation, etc. On serait port  croire,
_a priori_, que, dans ces cas, la maladie atteint l'organe surmen;
c'est vrai quelquefois, mais pas toujours, mme quand elle est de cause
crbrale, elle peut trs bien revtir les symptmes de la dyspepsie, de
l'entrite, tout comme si elle avait t produite par une intoxication.
Il faut toujours en revenir aux notions que nous avons dveloppes au
chapitre prcdent:  la notion des points faibles, et  la varit des
manifestations par lesquelles l'organisme traduit le malaise caus par
une influence dtermine.

2 _Surmenage musculaire_.--Il n'amne qu'exceptionnellement la
maladie. Chez le surmen musculaire, quelques jours ou quelques
semaines de repos suffisent pour remettre toutes les fonctions d'aplomb;
et l'on ne saurait se figurer le rendement dont est capable la machine,
quand, par ailleurs, il n'y a pas de fuites occasionnes par la dpense
crbrale. Ainsi nous avons vu des ouvriers italiens produire un travail
musculaire vritablement colossal, tout en ayant une alimentation trs
restreinte (polenta, macaroni, gruyre, viande une fois par semaine,
eau claire), et ce, sans le moindre prjudice pour leur sant. Ils se
contentaient du salaire dit de famine, salaire qu'on serait mal venu
de proposer  nos ouvriers franais.

Il est cependant incontestable que le travail musculaire, pouss  de
trop grands excs, peut devenir une cause de maladie momentane, et
prparer le terrain  l'closion des affections accidentelles. Nous en
avons dj dit un mot  propos de l'entranement dans l'arme, et des
sports chez les jeunes gens.

3 _Vices d'alimentation_.--Ils jouent un rle important dans
la pathognie de la maladie, d'autant que, en dehors des cas
d'intoxication aigu, ils n'agissent qu' la longue, tratreusement,
insidieusement. Le plus souvent, en effet, l'estomac et l'intestin ne
se rvoltent qu'aprs de longues annes de protestations presque
silencieuses. Mais,  partir du jour de cette rvolte, la maladie
est constitue. Les symptmes d'ordre dyspeptique y tiendront le plus
souvent la premire place, ce qui n'est pas fait pour surprendre,
puisque c'est l'estomac qui a t, dans ces cas, le plus spcialement
molest. Cependant, dans certains cas, les troubles dyspeptiques
passeront  l'arrire-plan, au point d'garer compltement le
diagnostic. Voyez cet hystro-pileptique qui n'a, pour un examinateur
superficiel, que des troubles crbraux; il peut trs bien se faire
qu'il ait de l'pilepsie gastrique, qu'on fera disparatre par un bon
rgime. Dans ce cas, les phnomnes gastriques taient au second plan
pour le clinicien, alors que, pour le thrapeute, ils doivent tre au
premier plan. Si donc le clinicien veut tre bon thrapeute, il doit se
rappeler les grandes lois que nous avons dj formules: s'il traite
comme crbral un sujet dont la maladie a t provoque par des
troubles alimentaires, il fait fausse route; de mme qu'il ferait
fausse route en traitant comme dyspeptique un sujet ayant des misres
gastriques, intestinales, hpatiques, mais dont l'tat pathologique
aurait t occasionn par du surmenage crbral, mdullaire, motionnel.

Maintenant, essayons d'expliquer comment l'alimentation dfectueuse
retentit sur l'ensemble de l'organisme.

On a fait grand bruit, ces derniers temps, de l'auto-intoxication
d'origine alimentaire; et beaucoup de mdecins s'obstinent  ne voir
dans la maladie, quelle qu'en soit la forme, et surtout quand elle
revt la forme nerveuse, qu'une sorte d'empoisonnement de la cellule
crbrale par les toxines alimentaires.

C'est l une hypothse assez commode, et qui rend compte d'un nombre
considrable de faits: mais ce n'est, en somme, qu'une hypothse, et
ne pouvant pas tre dmontre par des observations vritablement
scientifiques. On pourrait tout aussi bien expliquer les phnomnes
rapports  l'auto-intoxication par l'irritation que provoque, sur le
plexus solaire, un aliment dfectueux, ou encore par l'irritation des
extrmits nerveuses du pneumo-gastrique. On sait que ce nerf tend ses
ramifications sur le coeur, l'estomac, le poumon; et on s'expliquerait
ainsi les irradiations  distance provoques par l'irritation stomacale:
la dyspne, l'asthme, les fausses cardiopathies, etc.

Quoi qu'il en soit, les vices d'alimentation peuvent incontestablement
provoquer,  eux seuls, la maladie. Mais, le plus souvent, ils
s'associent  d'autres causes: aux chagrins, au surmenage,  la
dbauche, etc.

Les vices d'alimentation peuvent,  leur tour, se classer en quatre
catgories distinctes:

I. Alimentation excessive en quantit.

II. Alimentation insuffisante en quantit.

III. Alimentation insuffisante en qualit.

IV. Abus de l'alcool.

I. _Alimentation excessive_.--Nous ne voulons pas nous tendre ici sur
les inconvnients, vraiment assez connus, de l'alimentation excessive.
Disons seulement que l'alimentation excessive empoisonne peut-tre la
cellule nerveuse par les toxines alimentaires, mais que srement elle
impose aux organes chargs de l'limination (foie, reins, peau), un
travail exagr, inutile, et par consquent nuisible; de l,  la
longue, le surmenage et les protestations de ces divers organes, se
traduisant de mille et une faons (eczma, urticaire, gravelle,
etc.). Cette manire de voir donne satisfaction aux partisans de
l'auto-intoxication; ou bien si l'on admet la thorie de l'irritation
du pneumo-gastrique, ou du plexus solaire, on peut galement comprendre
comment cette irritation, presque permanente, des nerfs de l'estomac par
une alimentation incendiaire, amne, par action rflexe, des troubles de
coeur (palpitations, arythmie, etc.) et du poumon (asthme, dyspne), du
cerveau et de la moelle, voire mme des troubles cutans, etc. Pourquoi,
d'ailleurs, ne pas adopter les deux thories  la fois? ce ne serait, en
tout cas, pas draisonnable.

Mais, dira-t-on, quelle est donc la dose _optima_ d'aliments qui
convient pour entretenir la vie et pour rparer les dpenses incessantes
de l'organisme? Elle doit varier, videmment, suivant le travail
produit, et suivant les individus. Tous n'ont pas le mme besoin
d'alimentation, pas plus que, dans un rgiment de cavalerie, tous les
chevaux n'ont pas les mmes besoins, bien qu'ils soient obligs aux
mmes dpenses musculaires. On a essay de fixer mathmatiquement ce
qu'on appelle la ration d'entretien et la ration de travail; et les
diffrents chimistes qui se sont livrs  ce calcul sont arrivs  des
chiffres qui variaient du simple au quadruple: mais tous s'accordent
pour dmontrer qu'il faut _trs peu d'aliments_ pour subvenir  la
ration d'entretien, et mme  la ration de travail, de l'homme. La
vrit est que nous mangeons, presque tous, trop, et qu'il faut que la
machine humaine soit bien admirablement construite pour qu'elle rsiste
aux assauts quotidiens que nous lui imposons.

Comme ce problme de la ration physiologique m'a toujours intress, je
me suis livr  une enqute sur le rgime des Chartreux; et j'affirme
que l'insuffisance apparente d'alimentation n'est pour rien dans leur
morbidit. Ils ont beaucoup moins de jours d'indisponibilit que
la plupart des autres hommes du mme ge, meurent plus vieux, et
s'teignent sans maladie. Pareillement, chez les Trappistes, le rgime
fort svre n'est pas une cause de morbidit; j'ai mme t tonn,
 leur propos, de voir la flexibilit de l'organisme humain, et de
constater qu'un homme habitu  manger comme tout le monde pouvait, d'un
jour  l'autre, sans troubler sa sant, passer au rgime ultra-restreint
d'une Trappe.

Mais, dira-t-on, avez-vous tudi le rgime restreint chez les individus
qui dpensent beaucoup? Oui, je l'ai tudi dans l'arme[7], et
j'affirme, au nom d'une exprience de deux annes, pendant lesquelles je
me suis occup de l'alimentation du soldat avec un colonel qui avait,
de ce grave problme, tout le souci qu'il mrite, que, si le soldat
franais, le seul que je connaisse, avait la quantit et la qualit des
aliments auxquels il a droit de par les rglements, et si ces aliments
taient prpars comme ils devraient et comme ils pourraient l'tre dans
toutes les garnisons, sa nourriture serait tout  fait suffisante. Elle
n'est un peu au-dessous des besoins que pour les jeunes soldats, pendant
les trois premiers mois de la nouvelle existence qui leur est impose;
aussi les officiers soucieux de la sant de leurs soldats rservent-ils
pour les nouveaux arrivants les _boni_ qu'ils ont pu raliser sur les
hommes dits de la classe.

[Note 7: _La vie du soldat en temps de paix (Ann. d'hyg. et de
mdecine lgale_, fvrier 1890).]

Tout le monde, du reste, connat la sobrit des guides alpins, qui,
non seulement, les jours d'excursion, se contentent d'une alimentation
extrmement rduite (quelques morceaux de sucre et des fruits secs),
mais, en temps ordinaire, mangent trs peu, pour conserver leurs forces.
Les professionnels du sport, galement, savent que la sobrit est la
condition de leur succs.

Autre exemple: j'ai donn, pendant plusieurs annes, des soins  une
dame qui, avec toutes les apparences de la sant, tait constamment
souffrante: migraines, eczma, urticaire, affections cutanes
polymorphes, palpitations, dyspne, insomnies, caractre inquiet,
motivit exagre, sensation de fatigue permanente, tendance 
l'obsit,--et j'en passe, pour ne pas faire le tableau complet de ce
qu'on est convenu d'appeler la grande neurasthnie. Chose curieuse,
elle avait peu de phnomnes digestifs, seulement de la constipation et
des hmorrodes. Elle avait mme un vigoureux apptit, bien qu'elle prt
fort peu d'exercice. En vain, je m'acharnai  diminuer son alimentation:
prcisment  cause de cet apptit de premier ordre, elle ne voulait
pas entendre parler de rgime restreint. Mais voici que l'adversit
s'abattit sur elle, sous la forme de la ruine absolue; elle en fut
rduite  ne plus manger que des pommes de terre cuites dans le four
d'un petit pole en faence, et des haricots; un demi-litre de lait
tait pour elle un grand extra. Or,  partir de ce jour, elle alla bien.
Toutes ses misres disparurent successivement, en trois ou quatre mois,
y compris les misres nerveuses et les migraines; et force me fut
d'attribuer au seul changement de rgime la surprenante modification de
sa sant. Car on croira peut-tre que, presse par le besoin, elle s'est
mise  marcher davantage, pour chercher du travail, ou pour se crer
des relations? Non, elle savait trop bien ce qu'il faut esprer des
relations quand on est dans l'extrme dtresse; et je lui procurai un
travail sdentaire, qui consistait  faire des adresses sur des bandes,
pour un grand magasin de nouveauts. On avouera que ce n'est pas,
non plus, l'intrt palpitant de ce travail qui a pu modifier
avantageusement sa mentalit. En dehors de ses douze heures de travail
quotidien, elle avait des proccupations angoissantes, qui auraient
suffi pour branler un systme nerveux moins quilibr. C'est donc bien
uniquement, toute analyse faite,  la restriction du rgime, et  cet
lment seul, qu'elle a d son retour  la sant. Et je pourrais, l
encore, multiplier les exemples: mais aucun ne peut tre plus typique
que celui que je viens de relater  grands traits.

Ceci tant, j'aurai peu de choses  dire de l'alimentation insuffisante.

II. _Alimentation insuffisante en quantit_.--Tout le monde connat
les dsastres occasionns par les famines qui sont encore, hlas! trop
frquentes en Russie, aux Indes, en Algrie. En France, nous estimons
que personne ne doit avoir une alimentation insuffisante, et que c'est
une honte pour une socit civilise d'avoir un seul de ses membres
manquant du ncessaire. Nous n'hsitons pas  proclamer que ce dshrit
aurait, dans ce cas, le droit absolu de prendre ce qui est indispensable
 sa vie, et cela sans tre mme tenu de le rendre si un jour la
capricieuse fortune venait  lui sourire. C'est d'ailleurs la doctrine
de l'glise, nettement formule par saint Thomas, et trs bien explique
dans un livre rcent (_Socialisme et Christianisme_) de l'abb
Sertillanges, professeur de philosophie  l'Institut catholique. Mais
laissons l ces considrations d'ordre social, renonons au dlicat
plaisir qu'il y aurait  errer dans les sentiers adjacents, et
reprenons notre grande route! Ce qui est sr, c'est que le problme de
l'insuffisance d'alimentation n'a pas souvent  tre rsolu, chez les
gens bien portants; notre tat social n'tant pas aussi dtestable
que se plaisent  le dire quelques pessimistes, ou encore quelques
jouisseurs, qui semblent n'avoir pour but que de semer la haine par
leurs discours et par leurs crits. En France, personne ne meurt de
faim, et bien peu de gens sont menacs d'insuffisance alimentaire, tant
donn le peu qu'il faut pour vivre et se bien porter.

L o le problme de l'insuffisance alimentaire devient, pour le
mdecin, d'une douloureuse perplexit, c'est quand il s'agit de malades
ne pouvant ou ne voulant pas manger, ne pouvant en apparence rien
digrer, vomissant tout ce qu'ils prennent, arrivs au dernier degr de
la consomption, n'urinant presque plus, restant des semaines entires
sans aller  la garde-robe, ne dormant plus, ne pouvant plus ni lire, ni
supporter une conversation, ni penser. Tous les mdecins ont vu de ces
grands malades sans lsions organiques, auxquels il est trs difficile
de faire du bien, et auxquels on fait trop facilement du mal par une
intervention intempestive. Est-il admissible que la vie persiste dans
ces conditions dplorables, et faut-il, oui ou non, forcer ces malades 
manger?

Il est certain que, parfois, en brusquant la rsistance du systme
nerveux, en domptant sa rvolte, on arrive  des rsultats remarquables.
Chez de grands nvropathes, on est tout tonn de voir qu'une seule
application de la sonde oesophagienne suffit pour faire renatre
l'apptit, et rendre  l'estomac la tolrance qu'il avait perdue depuis
longtemps. Le plus bel exemple dont j'aie souvenance,  cet gard, est
celui d'une jeune femme marie  un capitaine au long cours. Ds le
lendemain du mariage, il l'emmenait en voyage de noces  San Francisco,
en passant par le dtroit de Magellan, sur un navire  voiles. Pendant
ce voyage, qui dura six mois, la jeune femme commena  prouver divers
symptmes morbides. Elle en arriva  tre gravement atteinte, et on dut
la faire revenir, par les voies les plus rapides, de San Francisco
 Paris, o elle dsirait se confier  mes soins. A son arrive, je
trouvai une vritable loque humaine, ayant toutes les apparences d'une
tuberculeuse avance; l'auscultation ne rvlait cependant rien. Pendant
les trois premires semaines de son sjour  Paris, elle avait une
inapptence absolue, ne tolrait aucun aliment, pas mme le lait coup,
et tait dvore par une fivre qui atteignait, le soir, 44. La
temprature s'abaissait  40 le matin. Bien que la chaleur de la peau
ft mordicante, bien que la malade n'et aucun intrt  me tromper
puisque c'est de son plein gr qu'elle m'avait appel, je me refusai 
croire  la possibilit d'une fivre aussi ardente et aussi continue. Je
m'attachai  vrifier et  faire vrifier avec le plus grand soin les
indications thermomtriques; elles taient parfaitement exactes. C'est
alors que, en dsespoir de cause, voyant que ni la quinine en injections
ni les lotions fraches ne modifiaient cette temprature, je me dcidai
 recourir aux lumires du Dr Babinski, qui, aprs examen, me dit: Je
ne trouve pas, non plus, de tuberculose, il n'y a certainement pas
d'impaludisme; nous sommes donc en prsence d'une de ces hyperthermies
comme on en rencontre chez les grandes hystriques. Mais le plus press
est d'empcher cette femme de mourir de faim, et, puisqu'elle ne peut
pas manger, il faut la suralimenter par la sonde. Ainsi fut fait; et,
aprs cinq repas assez copieux donns  la sonde, la malade retrouva
l'apptit, la fivre tomba, le sommeil revint. Deux mois aprs, elle
pouvait quitter Paris, et, vingt-huit mois aprs, je recevais une lettre
m'annonant la naissance d'un enfant. Suivant la formule traditionnelle,
la mre et l'enfant se portaient bien.

Autre exemple. Quand j'tais au Val-de-Grce, le professeur Delorme
m'invita  voir l'un de ses malades, opr depuis dix jours, et qui,
depuis, ne voulait pas manger. Il tait guri de son opration, n'avait
aucune fivre, aucune lsion organique, mais il se refusait obstinment
 avaler quoi que ce ft. C'tait probablement le choc opratoire qui
avait produit une folie passagre. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il
maigrissait  vue d'oeil. Je n'hsitai pas, alors,  lui donner du
premier coup, par la sonde, avec le plus de douceur et de bienveillance
possible, un repas complet; ds le mme soir, il demandait  manger, et,
s'tant mis  digrer, il tait guri. Huit jours aprs, il sortait de
l'hpital en trs bon tat. Nul doute encore que, chez les alins, il
ne soit du devoir strict du mdecin de prolonger l'alimentation  la
sonde aussi longtemps qu'elle est ncessaire, aprs s'tre toutefois
bien enquis du fonctionnement du systme digestif. Il y a l de grosses
difficults cliniques.

D'une faon gnrale, cependant, nous hsitons toujours  employer ce
moyen brutal qu'est la sonde oesophagienne; le plus souvent, quand
l'alimentation est indique pour une grande neurasthnique qui ne veut
ou ne peut pas manger, nous la lui imposons par suggestion  l'tat
de veille. Mais l n'est pas encore la difficult vritable. La
vraie difficult est de savoir  quel moment il faut alimenter. La
responsabilit du mdecin est, quelquefois, bien gravement engage
dans ce problme. S'il alimente  tort, soit  la sonde, ou mme par
suggestion ou par persuasion, il risque de donner  sa malade une
indigestion formidable, avec fivre ardente et quelquefois collapsus; il
risque, en d'autres termes, d'puiser les lueurs de vie qui soutiennent
l'existence de la malade. tant donn ce que nous avons dit du peu
d'aliments qu'il faut pour entretenir la vie, et les risques  redouter
d'une alimentation intempestive, nous croyons qu'il faut patienter le
plus possible, et ne donner  ces malades que le rgime ultra-restreint,
sans se laisser mouvoir par la tyrannie de l'entourage, toujours prt 
se figurer que la malade va mourir de faim. Et puis, peu  peu, quand,
par une alimentation restreinte mais bien conduite, on a t assez
heureux pour vaincre l'intolrance gastrique,--et on y arrive
toujours,--alors seulement on alimente plus gnreusement.

Nous savons que ce n'est pas la manire de procder habituelle de nos
confrres renomms pour le traitement des grandes nvroses; mais nous
ne pouvons pas admettre que tous les malades, quel que soit le degr de
leur maladie, soient justiciables d'un mme procd thrapeutique, et
que, aprs six jours de repos au lit et de rgime lact, il suffise
de leur dire: Mangez, je l'ordonne! pour qu'ils mangent et qu'ils
digrent n'importe quoi. Ils mangeront peut-tre, mais tous ne
digreront pas.

III. _Alimentation insuffisante en qualit_.--Si l'insuffisance
alimentaire quantitative joue, dans la pathognie de la maladie, un
rle relativement minime, il n'en est pas de mme de l'insuffisance
qualitative; et la dfectueuse qualit des aliments est un ennemi de
tous les jours, d'autant plus dangereux qu'on ne le souponne point. On
ne saurait croire combien les aliments les plus usuels sont frelats.
Si une chimie bienfaisante permet, par-ci par-l, de dcouvrir quelques
fraudes, il est une chimie malfaisante qui fait tous les jours des
progrs, et qui nous empoisonne sans que nous nous en doutions. Bientt
le dictionnaire des falsifications alimentaires atteindra le volume du
Bottin. Mais ce n'est pas tout: les sciences physiques se mettent aussi
de la partie, et, par les procds de conglation, en particulier, on
arrive  jeter sur les marchs des aliments de belle apparence, mais
qui deviennent toxiques avec une rapidit surprenante. Prenons,  titre
d'exemple, les poissons de mer. Je me souviens d'avoir t frapp, dans
un port de mer, par la vue de gros blocs de glace que des pcheurs
emportaient avec eux. Ces blocs ne me disaient rien qui vaille; et
j'appris, en effet, que ces pcheurs partaient pour huit ou dix jours,
et que, au fur et  mesure qu'ils prenaient du poisson, ils le mettaient
dans la glace: de telle sorte que ce poisson congel arrive sur nos
marchs avec bel aspect, mais, passant par cinq ou six intermdiaires
avant de parvenir  notre table, il y parvient  l'tat d'aliment
toxique.

Certains procds de strilisation sont galement vus d'un mauvais oeil
par l'hyginiste. Pour les conserves de viande, notamment, on sait les
proccupations bien lgitimes de l'autorit militaire; et le problme
vient seulement d'tre rsolu, grce au zle d'une commission compose
de nos plus distingus matres, en hygine, en chimie, en bactriologie
qui ont travaill pendant de longs mois.

Le lait subit aussi mille et une tortures; c'est pourquoi il est si
souvent un breuvage meurtrier, non seulement pour les enfants, mais mme
pour les adultes; et c'est quelquefois parce qu'il est falsifi, ou
adultr spontanment, qu'il est, chez les malades, d'un emploi si
dlicat. Remarquez que nous disons: quelquefois, car le plus souvent, si
le lait n'est pas support par les malades, ce n'est pas parce qu'il
est altr, c'est parce qu'il est trop riche en crme, ou pris en trop
grande quantit, c'est aussi sans que nous sachions pourquoi. Le simple
bon sens indique alors qu'il faut soit l'crmer, ou s'en abstenir, sans
poursuivre le projet insens de vaincre l'intolrance des malades. A
cela on y arrive parfois, quand le malade est complaisant, mais le plus
souvent on choue.

Les aliments adultrs, quels qu'ils soient, poissons, mollusques,
viandes, provoquent des empoisonnements dont on nglige souvent de
chercher la cause. Ils revtent parfois les apparences de la fivre
typhode grave, ou de la typhodette, et, entre ces deux extrmes,
toutes les varits cliniques se rencontrent. D'autres fois, ils
empruntent le masque du cholra ou de la cholrine. Il va de soi que le
traitement consiste  attendre que l'conomie soit dbarrasse de ces
poisons (dite absolue d'abord, puis tisanes et repos); quant  chercher
 favoriser l'limination des poisons par des purgatifs ou des vomitifs,
c'est trs lgitime en thorie, mais, en fait, trs dangereux, car on
ajoute ainsi un lment de perturbation qui aggrave parfois grandement
l'tat morbide.

Ajoutons enfin que, le plus souvent, l'intoxication alimentaire
n'occasionne qu' la longue la perturbation du systme digestif; et
c'est alors qu'il est si difficile de rapporter les effets directs et
loigns de cette perturbation  leur cause vritable.

IV. _Alcool_.--Certes, l'alcool et toutes les boissons distilles,
quelque pompeuse que soit l'tiquette de leur flacon rcepteur,
constituent un aliment meurtrier; et nous leur faisons grand honneur en
leur conservant le nom d'aliment. C'est par dfrence pour la mmoire de
Duclaux, qui a excit de si vives polmiques en crivant que l'alcool
tait un aliment. Les ravages produits par l'alcoolisme sont de ceux
que dplorent tout hyginiste et tout bon citoyen; aussi ne saurait-on
encourager trop les ligues contre l'alcoolisme, les socits de
temprance, etc. Mais que peuvent tous ces petits efforts contre
les vraies causes de l'alcoolisme, qui se rattache aux conditions
conomiques de la socit? L'alcoolisme durera aussi longtemps que
l'impt sur l'alcool, qui, au dernier exercice, avait rapport  l'tat
358 392 000 francs (et dans ce chiffre ne sont pas compris les droits
sur les vins, cidres, bires, etc.); aussi longtemps que la puissance
lectorale du marchand de vin; aussi longtemps que le malaise
de l'ouvrier, pouss au cabaret par la destruction du foyer et
l'insalubrit du logis...

Et l'on ne peut mme s'empcher, tout en souhaitant sincrement le
succs des gnreux efforts des ligues anti-alcooliques, de conserver un
reste de piti pour les malheureux qui trouvent dans l'alcool un oubli
momentan aux misres humaines. C'est souvent leur malheur, et non leur
faute, s'ils tombent dans la dgradation progressive qu'on dplore 
trop juste titre.

Mais autant est lgitime la campagne contre les boissons distilles,
autant,  notre avis, les boissons fermentes devraient trouver grce
devant la rigueur des hyginistes; et nous pensons que la ligue
anti-alcoolique franaise, pour ne parler que d'elle, compromet d'une
faon irrmdiable le rsultat qu'elle poursuit, si elle continue 
proscrire les boissons _fermentes_. Qu'un intellectuel dyspeptique ne
tolre pas une goutte de vin  ses repas, c'est chose possible, et il
fera bien de s'en abstenir; mais proscrire le vin, la bire, le cidre,
c'est commettre une faute contre le bon sens. Il y a quelques annes,
on pouvait dire qu'un litre de vin reprsentait 100 grammes de mauvais
alcool; mais depuis la surproduction des vignes franaises, et depuis
qu'on a diminu les droits d'octroi, le vin est devenu une boisson
hyginique, quand elle est prise  petite dose par des gens dont
l'estomac n'est pas dlabr. Certes, l'ouvrier charg de famille ferait
mieux, comme le lui conseillent les hyginistes en chambre, de dpenser
 l'achat d'aliments azots, ou hydro-carbons, le franc qu'il dpense
 acheter du vin; mais que deviendrait la vie si elle tait soumise aux
tyrannies des thoriciens hyginistes?

Pour les soldats, en particulier, il serait  souhaiter que le vin
entrt dans la ration rglementaire. Presque tous apprcient normment
le vin, et rien ne leur va plus au coeur que l'attention du chef qui
leur octroie aimablement un quart de litre de vin. Malheureusement, il
ne faut pas songer avant longtemps  introduire l'usage rgulier du vin
dans l'arme,  cause de la dpense: si l'on voulait se rappeler que,
chaque fois qu'on augmente d'un centime par jour la dpense du soldat
franais, le budget se trouve grev d'un million par an, on mettrait fin
du coup  toutes les discussions, plus ou moins intresses, qui font
perdre  nos lgislateurs un temps prcieux.

Un esprit chagrin pourrait nous rpondre que l'eau strilise que l'on
donne aux soldats cote plus cher que le vin, si l'on tient compte du
prix d'achat des appareils strilisateurs, du prix du combustible, et
surtout de la rpugnance invincible qu'ont les soldats  boire cette eau
cuite, presque toujours tide malgr les soins qu'on met  la refroidir
aprs la strilisation; mais nous aurions mauvaise grce  nous associer
 ces critiques. Il ne faut dcourager les efforts de personne.

Je m'empresse d'ajouter que, si le vin est une boisson recommandable
pour l'adulte valide, chez le malade le vin et les autres boissons
fermentes sont, en gnral, de vritables toxiques; et c'est par
la suspension du vin qu'il faut commencer le traitement de tous les
dyspeptiques. Mais quand l'estomac a cess de protester, quand il s'agit
d'aider  la reconstitution du systme nerveux, le vin devient un
adjuvant utile; et non pas sous une forme pharmaceutique quelconque,
mais sous la forme de bon vin naturel peu acide (bordeaux, vin
d'Algrie, du Midi, etc.).

En rsum, les erreurs de l'alimentation sont essentiellement
regrettables, comme le sont toutes les erreurs contre la vritable
hygine; elles entrent pour une bonne part dans la gense de la
maladie; mais elles ont t dnonces de toutes parts, tudies 
fond, tandis que les influences qui nous restent  passer en revue
agissent plus profondment encore, d'une manire plus insidieuse et plus
malfaisante; et leur rle pathognique n'est, en gnral, pas apprci 
sa juste valeur. Nous voulons parler des influences morales.


II.--CAUSES MORALES


Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on admet l'influence du moral sur le
physique; mais, malgr les travaux de divers philosophes, les mdecins
en gnral ne connaissent pas encore assez cette influence du moral, et
ne lui attribuent pas assez d'importance. En ralit, elle joue un rle
norme, et dans presque tous les cas elle se rencontre, pour qui sait la
chercher. Malheureusement, pour faire de semblables enqutes, il faut
beaucoup de temps, il faut que le mdecin devienne le confident, l'ami
de son malade, et qu'une regrettable suspicion de l'entourage ne
l'empche pas d'accomplir son oeuvre. Il faut, en outre, que le mdecin
ait des qualits de psychologue. Il doit savoir lire dans la pense du
sujet, deviner ce qu'on lui laisse entendre  mots couverts.

Chez l'adulte des deux sexes, les causes morales de maladie sont
multiples, et peuvent tre rapportes aux quatre grands chefs suivants,
que nous classons par ordre d'importance effective, sans aucune
prtention psychologique:

1 Pertes matrielles, pertes de fortune, pertes au jeu, etc., ambitions
dues.

2 Influences qui compromettent, par une action lente et continue, la
quitude de l'me (passions contraries, chagrins d'amour).

3 Inquitudes d'origine altruiste (chagrins occasionns par
l'loignement ou la perte d'tres aims).

4 Choc moral et choc traumatique.

1 _Pertes matrielles_.--Les pertes de fortune, les changements de
situation, sont des facteurs moins importants qu'on ne se le figure
d'ordinaire, relativement  l'closion de la maladie. Une fois le
premier choc reu, les victimes s'adaptent assez vite aux nouvelles
conditions d'existence qui leur sont faites, si elles n'ont pas, par
ailleurs,  s'alarmer pour leurs enfants, et si elles sont pralablement
bien portantes. On pourrait paraphraser la pense d'Horace, en disant:
_Sanum et tenacem impavidum feriunt ruinae_. C'est ainsi qu'on a pu
dfinir l'homme: Un tre qui s'habitue  tout; et c'est peut-tre la
meilleure dfinition qu'on en ait donne.

Mais il n'en est pas moins vrai que, dans certains cas, les
perturbations dans la situation sociale, les pertes d'argent, provoquent
des assauts considrables,--que le mdecin doit savoir deviner,--
capables de produire la maladie, et surtout de l'aggraver quand elle
existe dj  un degr quelconque. Voyez ce diabtique qui, d'un jour
 l'autre, rend une quantit triple de sucre, et cherchez bien: c'est
souvent parce qu'il a eu, la veille, une perte d'argent.

Les pertes au jeu sont encore plus pathognes qu'une perte survenue
accidentellement ou par imprudence; c'est que le jeu, en lui-mme, a une
influence morbide considrable. Le joueur, en effet, vit dans un milieu
anti-hyginique; il joue, le plus souvent, la nuit, et se prive de
sommeil; en outre, son surmenage motionnel est doubl de surmenage
crbral; bref, la funeste habitude du jeu mrite une place d'honneur
parmi les causes morales pathognes.

Les ambitions dues ont beaucoup d'analogie avec les pertes au jeu.
Ici l'enjeu, au lieu d'tre une somme d'argent, est un grade, une
dcoration, un hochet quelconque, auquel l'intress attribue
quelquefois une importance qui nous fait sourire, mais qui, cependant,
lui tient grandement au coeur: car tout est relatif dans la vie, et
l'ambition due aprs de longs efforts, aprs des tentatives souvent
rptes, se traduit par l'apparition de la maladie. Qui ne connat,
dans son entourage, un officier navr d'avoir  prendre sa retraite sans
avoir obtenu le grade ou la distinction rvs, et qui fait le malheur
d'une famille, et son propre malheur, au point d'en perdre la sant, ou
quelquefois la vie? Vanit des vanits, disait le sage; mais c'est de
cette nourriture que vivent les hommes.

2 _Influences qui compromettent la quitude de l'me_--Les unes
agissent par leur continuit: ce sont les coups d'pingles incessants
dans un mnage o il y a incompatibilit d'humeur, les petites querelles
de famille quotidiennes, l'impossibilit de fuir un milieu o l'on ne se
sent pas  l'aise. C'est le fait d'tre souvent en butte aux taquineries
ou aux caprices d'un chef avec lequel on ne s'entend pas, d'avoir 
subir l'autorit malveillante d'un parent, d'une mre. La victime se
trouve tiraille  tout instant, retenue, d'un ct, par la notion plus
ou moins forte du devoir, et, d'un autre, pousse  la rvolte par les
vexations, relles ou imaginaires, qu'elle subit. Ce supplice
incessant finit par nerver,--c'est le mot qu'on emploie
journellement,--autrement dit, finit par amener la maladie,  un degr
variable: et l'une de ses formes les plus connues s'appelle le dlire de
la perscution, quand le trouble mental domine la scne morbide. Mais,
si l'on tudie de prs un perscut, on verra bien vite qu'il n'est
pas malade que de la tte; il digre mal, il est constip, il maigrit,
il a souvent des battements de coeur, de la dyspne, la peau sche,
etc., etc.; toutes ses fonctions sont en dlire. Tout est fou chez
l'alin, parce que l'alin n'est pas autre chose qu'un grand malade.

D'autres fois, c'est une passion vive, intense, qui compromet
l'quilibre de la sant. La passion amoureuse mrite,  ce titre, d'tre
signale au premier rang; nous en avons dit un mot dj,  propos de la
jeune fille: mais ici nous l'tudions dans sa forme ardente, fougueuse,
la forme qu'elle revt chez l'tre adulte. Alors elle met le systme
nerveux dans un tat d'rthisme, d'hyperesthsie, qui peut se traduire
par la production de chefs-d'oeuvre, comme le second acte de _Tristan
et Yseult_, ou comme la _Nuit d'Octobre_, mais qui amne souvent, chez
celui qui en est victime, une perturbation gnrale de la sant, quand
un obstacle d'ordre moral ou matriel empche cette passion de se
satisfaire. La victime perd alors le sommeil, s'agite dans le vide,
est dans un tat d'inquitude mentale qui compromet les fonctions
digestives; l'estomac entre en scne, le cercle vicieux s'tablit; la
maladie est constitue. Elle durera tant que durera sa cause, ou
qu'une savante hygine morale n'aura pas port le remde efficace. Bien
souvent, d'ailleurs, le temps seul est le remde; et il faut savoir
attendre, sans imposer au malade une mdication perturbatrice, qui
aggraverait son tat.

Lorsque la victime est oblige de garder pour elle son secret, sans
pouvoir le communiquer  un confident, sa situation est encore plus
lamentable. Souffrir en silence, c'est deux fois souffrir; de l
l'importance que prend le mdecin, lorsqu'il parvient  inspirer
confiance  son malade et  provoquer chez lui des confidences, qui le
soulagent plus que ne le feraient l'hydrothrapie ou l'lectricit.

Combien de femmes sont malheureuses en mnage sans que personne s'en
doute! Elles dissimulent avec un soin jaloux  leur famille,  leurs
amis les plus intimes, les tortures quotidiennes. Et combien leur misre
n'est-elle pas attnue quand elles peuvent confier leur chagrin  un
homme de bon conseil?

3 _Inquitudes d'origine altruiste_.--Les inquitudes relatives  la
sant d'un tre cher sont souvent aussi une cause de neurasthnie, et il
n'est pas rare de voir les divers membres d'une famille devenir, tour
 tour, malades, par le fait des proccupations et des fatigues qu'a
causes l'atteinte d'un premier membre. Une mre qui, comme je l'ai vu,
passe vingt jours et vingt nuits sans quitter le chevet de son enfant
atteint de fivre typhode, sera une malade lorsque l'enfant sera guri.
Elle pourra peut-tre devenir,  son tour, une typhodique; mais, mme
si elle ne prend pas la fivre typhode, sa sant sera branle pour
longtemps. De mme encore le fait d'avoir un enfant infirme, qu'on
voit du matin au soir, empoisonne assez l'existence pour entraner,
quelquefois, la maladie.

Dans une famille bien unie, la nvrose de l'un des membres branle
tellement le systme nerveux des autres, que la ncessit de la
sparation s'impose. La contagion de la nvrose n'est cependant pas une
contagion au sens propre du mot; mais, en pratique, on est souvent
appel  traiter le malade comme s'il tait contagieux, dans son propre
intrt et dans celui de son entourage.

Le dpart des tres qui nous sont chers est un autre facteur important
de maladie:--mme la sparation momentane, (femmes de marins ou de
militaires partant en campagne),--sans compter que le chagrin de la
sparation se double, en ce cas, d'inquitude pour les dangers que va
courir l'tre aim. On voit alors la maladie survenir au bout de
quelque temps, revtir une forme quelconque, avec des manifestations
variant  l'infini (insomnie, gastralgie, phobies, etc.), tous symptmes
traduisant le malaise du systme nerveux central, qui ne s'attnuera
que quand la cause disparatra. Et mme, une fois la cause disparue, il
pourra persister encore des mois et des annes, parce que l'habitude
morbide est prise, parce que le systme nerveux a reu le choc. La
cellule continuera  vibrer de travers, comme la surface d'un lac
continue  tre agite bien longtemps aprs la chute de la pierre qui a
troubl son repos.

Quand la sparation est dfinitive, le mal est plus profond encore, et
l'expression de vie brise est absolument juste. La perte d'un tre
cher atteint la vie dans ses sources profondes, amoindrit, d'un seul
coup, le capital biologique. Le malade tranera une existence plus
ou moins lamentable, et plus ou moins prolonge; mais les moyens
thrapeutiques les plus actifs ne le guriront pas. Seule une saine
philosophie attnuera ses maux, et le mdecin a surtout  lui offrir une
bonne psychothrapie. Le temps, aussi, devient un remde avec lequel il
faut compter; le rle principal du mdecin, dans les cas de ce genre,
doit tre d'empcher l'organisme de s'effondrer, pour permettre au temps
d'accomplir son oeuvre rparatrice.

4 _Choc moral et choc traumatique_.--Une motion violente, quelle
qu'en soit la cause, peut galement amener la maladie sous une forme
quelconque, et parfois lui faire revtir immdiatement, sans transition,
les formes les plus graves. Je connais un officier trs distingu, et
bien portant jusqu'alors, qui, tant  l'cole de guerre, fit une chute
de cheval sur la tte. Aprs deux jours de perte presque complte de
connaissance, il recouvra successivement la parole, la mmoire, le
mouvement, les forces; mais il tait devenu un malade. Depuis douze
ans, il trane une existence pitoyable. Ce ne sont pas seulement les
fonctions crbrales qui sont atteintes, chez lui; elles sont mme
relativement respectes, il n'a que des vertiges, des bourdonnements de
l'oreille gauche, des picotements dans les yeux, de la difficult  lire
et  causer. Au demeurant, son intelligence est reste intacte: mais
toutes ses autres fonctions ont t perturbes. Il a des nvralgies
erratiques,--plusieurs mdecins ont cru que c'tait un candidat 
l'ataxie locomotrice,--et surtout il a les troubles digestifs les plus
varis (gastralgie, pesanteurs, gaz, ainsi que de l'entrite membraneuse
avec alternative de constipation opinitre et d'une diarrhe qu'il est
difficile d'arrter). Les forces sont tellement rduites qu'il peut
 peine faire deux ou trois kilomtres, bien qu'il ait conserv les
muscles d'un homme vigoureux. Chez ce type de malade, atteint de ce
qu'on appelle la neurasthnie hystro-traumatique, ce sont les
troubles digestifs qui sont au premier plan, bien que le choc ait port
sur la tte.

De mme une frayeur, sans qu'il y ait eu de _trauma_ vritable de la
bote crnienne, suffit pour amener le choc dterminant la maladie.
J'ai vu  la Salptrire, autrefois, une malade qui, ds le dbut du
sige de Paris, devint folle pour avoir vu clater un obus  ses pieds.
On comprend donc qu'une srie d'motions et de frayeurs arrive au mme
rsultat. De l l'norme proportion d'alins observe aprs le sige
de Paris; de l, la multiplicit des cas de psychonvrose, d'alination
mentale, signals dans l'arme russe pendant le cours de la guerre
russo-japonaise. Jamais, depuis que les hommes s'entre-tuent, le systme
nerveux des belligrants n'avait t soumis  d'aussi dures preuves.
Tous les facteurs morbides s'accumulaient, chez les Russes, pour
produire le dsarroi du systme nerveux. loignement de la patrie,
voyage prolong en chemin de fer, alimentation insuffisante, manque
de confiance dans les chefs, menace incessante de surprise, surmenage
physique s'ajoutant au surmenage motionnel; c'est plus qu'il n'en faut
pour rendre malade le malheureux soldat ou officier russe, pour peu
qu'il soit prdispos par l'alcoolisme ou par l'hrdit nerveuse. Mais
que faire contre un semblable tat de choses? L'homme sens ne peut que
dplorer l'inanit des efforts de tous les pacifistes.

Ces maladies, conscutives au flau qu'on appelle la guerre, ne sont
pas assez connues du monde extra-scientifique. On se figure volontiers
que, quand la guerre a pris fin, tout est fini. Il n'en est rien; c'est
pendant quinze et vingt ans que les nfastes effets d'une guerre se font
sentir. Pendant vingt ans, nous avons eu  soigner des officiers qui
avaient pris le germe de leurs maladies pendant la campagne de 1870,
et surtout pendant la captivit.

Dans un cadre plus restreint, nous voyons tous les jours l'influence du
choc chirurgical sur la gense de la nvrose. On commence  connatre
les psycho-nvroses conscutives aux grandes oprations: mais c'est un
point sur lequel il convient d'attirer l'attention, pour modrer le zle
chirurgical des oprateurs. Ils doivent savoir que, quand l'opration
est finie et bien finie, tout n'est pas termin, et que le patient,
sorti guri de leurs mains, est quelquefois un malade qui restera tel
pendant plusieurs annes. Le choc traumatique produit par l'intervention
chirurgicale suffit pour expliquer ces accidents tardifs.

J'ai, pendant longtemps, donn des soins  une dame qui, d'une trs
belle sant jusqu' trente-huit ans, est devenue grande nerveuse, avec
anorexie, amaigrissement, etc., immdiatement aprs une opration de
tumeur bnigne du sein. Depuis lors, elle est sans cesse proccupe de
la rcidive possible d'une tumeur du sein, et sa vie est empoisonne par
des malaises de tout genre qu'elle n'avait pas avant l'opration.

Il faut aussi savoir qu'une intervention chirurgicale, mme de moindre
importance encore, d'importance ultra-minime, peut mettre le systme
nerveux dans un tat d'branlement durable: c'est quand elle occasionne
une violente douleur. La douleur provoque une fuite nerveuse norme.
Ainsi je connais une jeune fille, de bonne sant antrieure, qui est
devenue neurasthnique immdiatement aprs des oprations sur les dents.

Inutile de dire que, quand les interventions chirurgicales sont
pratiques sur des personnes dont le systme nerveux est dj branl
plus ou moins, elles deviennent une cause d'aggravation notable.
La seule crainte de l'opration possible suffit pour provoquer une
aggravation de la nvrose. Est-il un mdecin qui n'ait pas vu accourir
chez lui, forant sa porte, une cliente, affole parce qu'elle a
constat sur elle, ou cru constater, une tumeur du sein? Et c'est bien
autre chose encore quand le diagnostic est douteux, quand la malade
va de chirurgien en chirurgien pour obtenir un avis ferme; jusqu' ce
qu'elle soit fixe sur son sort, elle est dans un tat d'anxit que ne
connaissent peut-tre pas assez les chirurgiens, et qui devrait leur
dicter leur conduite non pas seulement au point de vue opratoire, mais
au point de vue psychique.

Personne plus que moi n'admire les chirurgiens. Leur sang-froid, leur
matrise d'eux-mmes, leur habilet manuelle m'tonnent; les merveilleux
rsultats qu'ils obtiennent le plus souvent me font les considrer, au
total, comme de vrais bienfaiteurs de l'humanit. Aussi ai-je l'espoir
qu'ils ne m'en voudront pas si je me permets de faire remarquer que,
 ct de beaucoup de bien, ils font un peu de mal, et un mal qu'ils
pourraient ne pas faire s'ils connaissaient mieux les rpercussions
qu'ont, sur le systme nerveux, leur intervention, et aussi les soins
qu'ils donnent  leur malade aprs l'opration. Je voudrais ne les voir
intervenir qu'en cas d'absolue ncessit, se dfendre nergiquement
contre les oprations qu'on pourrait appeler de complaisance:--comme
celle qui a t pratique, contre mon avis, sur une malade qui se
croyait atteinte d'appendicite chronique, et qui n'tait que grande
nerveuse. Cette malade avait dj appel, malgr moi, quatre chirurgiens
qui n'avaient pas voulu oprer; un cinquime se dcida  le faire, sans
avoir de conviction absolue, au sujet de l'existence d'une appendicite,
mais avec la persuasion que la malade, dbarrasse de son obsession en
mme temps que de son appendice, recouvrerait la sant. Or il n'en fut
rien: l'appendice tait sain, et la malade, lgrement amliore pendant
un mois, par le fait du repos au lit, du rgime svre, de l'espoir
qu'elle avait, et que je fus le premier  entretenir, vit bientt son
tat devenir pire qu'avant l'intervention.

Je demanderai aussi  nos confrres les chirurgiens de tenir le moins
possible les malades en suspens pour savoir si l'on oprera, et quel
sera le jour de l'opration. Cette attente, cette perplexit, sont
angoissantes au premier chef pour les personnes dj nerveuses. Et je
leur demanderai, enfin, de ne pas, si possible, faire oeuvre mdicale
aprs l'opration... Je sais bien que, dans certains cas, le chirurgien
doit suralimenter et mme mdicamenter son opr, au risque de lui
fatiguer l'estomac, et de compromettre les rsultats qu'une savante
hygine alimentaire avait difficilement obtenus, pendant les mois ou les
annes qui ont prcd l'intervention. L, il y a force majeure; et,
dans un cas semblable, M. Campenon me disait qu'il savait bien faire de
la mauvaise besogne, mais il se comparait aux pompiers que n'arrte
pas la considration de dgts limits, quand il s'agit de sauver un
immeuble. Mais, le plus souvent, l'opr gurirait sans intervention
mdicale et sans champagne, sans suralimentation, sans mdicaments, sans
morphine, sans purgatifs, sans lavements, et, au sortir de la maison
d'oprations, son systme nerveux serait moins branl qu'il ne l'est.
Il serait plus vite remis du choc traumatique invitable, qui,  lui
seul, est un important facteur de dprciation de la valeur biologique.

Pourquoi, par exemple, ce besoin de donner de la morphine aux malades,
et  des doses effrayantes? Je sais bien qu'en gnral ces doses
invraisemblables,--de 1  2 centigrammes rpts deux fois par
jour,--sont tolres, pendant les premiers jours qui suivent
l'opration, parce que l'opr a une telle sidration du systme
nerveux qu'il ne ragit pas au poison[8]. Mais combien, aussi, ont des
vomissements et des symptmes d'intoxication grave? Et plus fcheux
encore est le rsultat quand le malade se met  aimer l'odieux poison,
et devient morphinomane,--ce qui arrive quelquefois. De grce, rservez
donc la morphine pour les cas exceptionnels de souffrance, et n'en
confiez pas l'administration  une garde, si bien intentionne et si
intelligente que vous la supposiez; vos malades n'en seront que plus
vite guris!

[Note 8: J'ai trait plus longuement ce sujet dans le _Bulletin de
la Socit Thrapeutique_, novembre 1905.]

Ou bien encore cette habitude de purger les malades, deux ou trois jours
aprs l'opration, de leur donner des lavements, alors qu'ils auraient
tant besoin de repos! La constipation n'est-elle donc pas un symptme,
une manifestation, presque invitable, de l'branlement du systme
nerveux provoqu par le choc opratoire? Laissez le systme nerveux
reprendre son quilibre, et la constipation disparatra d'elle-mme,
quand l'opr, sollicit par son apptit spontanment renaissant,
recommencera  manger.

Et ne croyez pas que ce soit l de la thorie, une simple vue de
l'esprit d'un rveur qui n'a pas vu d'oprs! La dmonstration a t
faite pour moi, d'une faon dcisive, comme dans une exprience de
laboratoire. Quand j'tais au Val-de-Grce, le professeur Delorme a bien
voulu m'associer aux longues recherches qu'il a faites pour provoquer la
constipation chez ses oprs. Or, de ttonnements en ttonnements, il en
tait arriv  constiper tous les hommes ayant  subir des oprations
dans les rgions abdominales, inguinales et crurales; il vitait ainsi
la souillure, et, par consquent, le renouvellement des pansements. Et
ce n'tait pas une constipation de deux ou trois jours qu'il provoquait,
mais bien de douze ou quinze jours. Chez un malade de mon service, opr
par lui pour une cure radicale d'hmorrodes, la constipation a t
entretenue pendant dix-huit jours. J'ai demand rcemment  M.
Delorme s'il tait toujours fidle  cette pratique; il m'a rpondu
affirmativement, et il a bien voulu dresser pour moi une statistique de
laquelle il rsulte que, depuis le jour o il m'avait convi  assister
 ses premiers essais, en 1889, il avait opr, aprs constipation
provoque, tant au Val-de-Grce qu' l'hpital de Vincennes, 1600 cures
radicales de hernies, 50 cures radicales d'hmorrodes, 500
varicocles, 30 castrations, 500 oprations varies de la sphre
inguino-gnito-prino-fessire, enfin qu'il avait constip
mthodiquement 15 hommes atteints de fractures de la cuisse, pour que
leurs appareils contentifs ne fussent pas souills.

C'est une partie de ces faits que M. Delorme a brillamment exposs  la
Socit de Chirurgie, en 1892. Il y a prsent une srie de 160 courbes
thermiques, dmontrant que la temprature n'a pas mont au-dessus de la
normale, pendant toute la dure de la constipation, et que, mme, elle
a souvent t abaisse un peu au-dessous de la normale (90 fois sur ces
160 observations). Dans quatre cas seulement, elle a dpass la normale,
mais c'tait par le fait de maladies accidentelles: intoxication
iodoforme, rhumatisme aigu, congestion pulmonaire (deux fois). Chez 110
oprs de cures radicales, il y eut parfois des coliques, mais sans la
moindre importance. Elles disparaissaient aprs l'mission spontane de
gaz. La langue, saburrale les premiers jours, reprenait bientt l'aspect
normal; l'apptit tait conserv chez la majeure partie des constips.
Ds le troisime jour, on leur donnait  manger des potages, des oeufs,
de la viande blanche, du vin, en vitant que les aliments capables de
donner des dchets. Le sommeil restait bon, le caractre ne laissait
voir aucune modification, la soif n'tait pas excessive, et les analyses
d'urines, faites par le professeur Burcker, ont dmontr que l'conomie
ne subissait, du fait de la constipation provoque, aucune influence
nfaste. La premire selle tait, parfois, facile et spontane; d'autres
fois elle tait pnible; c'est ainsi qu'un malade ne put aller  la
garde-robe que le vingt-deuxime jour. En vain avait-on essay sur lui
les purgatifs, les lavements, depuis quatre jours; ce n'est que quand on
le fit marcher qu'il parvint  aller  la selle. Les selles suivantes
taient habituellement aises, et les fonctions de l'intestin
reprenaient leur rgularit. Ma communication, ajoutait M. Delorme,
pourrait avoir plus qu'un intrt clinique, tant donne les thories
qui ont cours sur l'importance et la frquence des intoxications
intestinales. Mais je dsire rester exclusivement sur le terrain de la
pratique, et je conclurai en disant que, chez les hommes adultes et
sains surpris par un traumatisme chirurgical qui doit gurir par
premire intention, la constipation, provoque pendant huit  quinze
jours, n'a pas les inconvnients qu'on lui attribue gnralement.

Je ne dirai pas par quels procds M. Delorme est arriv  obtenir ces
constipations prolonges, si peu nuisibles aux oprs: car ce serait
sortir de mon sujet; mais ce qui rsulte de cette trop longue
digression, c'est que la constipation de quelques jours, survenant
d'elle-mme et presque fatalement chez les oprs, quels qu'ils soient,
ne doit pas proccuper les chirurgiens, ni les entraner  imposer
 leurs oprs des purgations qui, fatiguant leur systme nerveux
abdominal, ont forcment un retentissement sur leur systme nerveux
central, et contribuent  en faire des malades, alors qu'au dbut ils
n'taient que des blesss, ou bien  aggraver leur maladie, quand ils
taient dj des malades avant l'opration.

Je n'ignore pas que, d'autre part, les accoucheurs affirment que la
constipation est l'ennemi des femmes qui viennent d'accoucher. Je n'ose
pas m'inscrire en faux contre cette opinion gnrale: mais peut-tre
serait-elle, comme tant d'autres affirmations, passible d'un procs en
rvision.


III.--CAUSES ACCIDENTELLES


Nous venons d'numrer les principales causes d'ordre psychique qui
amnent la dchance, totale ou progressive, du capital vital de l'homme
ou de la femme adultes. Ce sont elles qui, combines ou non aux
autres influences nfastes (surmenage crbral, surmenage musculaire,
alimentation dfectueuse, etc.), provoquent le plus souvent la
maladie.

Mais, d'autres fois, comme chez l'enfant du premier ge, comme chez
l'adolescent, la maladie, chez l'adulte, est provoque par une
affection aigu qui le frappe en pleine sant: telle la fivre typhode,
qui, vritable intoxication, surprend l'adulte dans le cours d'un tat
d'quilibre irrprochable, et qui, chose curieuse, parat tre d'autant
plus grave que le sujet tait plus robuste.

La fivre typhode, dis-je, peut parfois provoquer la maladie.
Ainsi, je connais un homme de quarante-huit ans, qui a vu sa sant
irrmdiablement branle  la suite d'une fivre typhode survenue 
l'ge de vingt ans. Mais le cas est rare; souvent, au contraire, on
observe qu'une fivre typhode, survenant chez un individu malingre, lui
donne une sant, pour la suite, qu'il ne se connaissait pas jusqu'alors.
Est-ce parce que, jusqu'alors, il surmenait son estomac, et que la dite
impose par la fivre typhode a remis l'organe en tat? Est-ce parce
que, jusqu'alors, il se soumettait  un exercice trop vigoureux pour ses
forces, et que la fivre typhode, en lui imposant le repos, a rectifi
ses erreurs d'hygine musculaire? Est-ce enfin parce que la fivre,
en brlant ce que les anciens appelaient ses humeurs peccantes, l'a
dbarrass de ses produits d'auto-intoxication antrieurs  l'affection
aigu? A vrai dire, nous ne pouvons rien affirmer, nous ne pouvons que
constater le fait. Trop heureux serait celui qui pourrait connatre les
causes de tous les phnomnes de la vie!

Quant aux autres affections accidentelles: rhumatismes, pneumonies,
etc., dans quelle mesure crent-elles, de toutes pices, la maladie?
Nous pensons qu'elles ne la crent jamais, et qu'elles ne font que
l'aggraver: car, toujours la maladie prexistait. Pour contracter
un rhumatisme, une pneumonie, une angine, il faut dj que le systme
nerveux se trouve dans un tat d'infriorit, soit dfinitif, soit
momentan. La premire condition pour ne pas prendre les maladies,
c'est de se bien porter.

Mais il n'en est pas moins certain que l'affection accidentelle, en
intervenant, imprime  la maladie un essor plus ou moins vigoureux,
suivant l'importance de la cause pathogne accidentelle, et aussi
suivant la valeur pralable du sujet.

De toutes les affections accidentelles, celle qui est le plus
remarquable,  cet gard, est la grippe. La dchance post grippale est
trs frquente, et parfois d'une longueur invraisemblable. On met des
annes, souvent,  se remettre d'une mauvaise grippe. Et cet ennemi est
d'autant plus dangereux que, loin de crer l'immunit, il a une tendance
 revenir  la charge; or, dans le cours de la maladie, chaque
atteinte de grippe fait faire un pas en arrire, et compromet les
rsultats pniblement acquis. La grippe est l'ennemie personnelle des
sujets  capital dfectueux, quelle que soit, bien entendu, la forme
symptomatique de leur maladie.

C'est aussi dans la priode que nous tudions que se manifeste
dangereusement la syphilis contracte  vingt ans, et insuffisamment
soigne; elle se traduit, maintenant, par de l'anvrisme de l'aorte, des
lsions du muscle cardiaque, de la nphrite dont personne ne souponne
la cause, des ictus crbraux, et toutes les manifestations de la
syphilis tertiaire. Elle cre de toutes pices l'ataxie locomotrice et
la paralysie gnrale, ou du moins elle prdispose singulirement
le terrain  l'apparition de ces cruelles maladies, d'volution
fatalement progressive. On commence  connatre ses mfaits, dans le
monde des assurances, et  savoir que la syphilis n'est pas un brevet de
longue vie! D'un travail statistique fait par le Dr Rungberg pour une
Compagnie d'assurances, il rsulte que l'ge moyen de la mort des
syphilitiques assurs  cette Compagnie a t de quarante-trois ans et
quatre mois, et que, au point de vue des causes de mort, la syphilis
vient immdiatement aprs la tuberculose.


IV.--INFLUENCES MORBIGNES SPCIALES A LA FEMME


Toutes les considrations que nous venons d'exposer peuvent s'appliquer
galement  l'un et  l'autre sexe: mais la femme a, en outre, le triste
privilge de pouvoir tre frappe par des influences morbignes qui
n'atteignent pas le sexe masculin, et qui mritent d'tre tudies 
part.

La menstruation joue, dans la vie de la femme, un rle de premier ordre.
Chez la femme trs bien portante, son influence est  peine perceptible,
mais chez la femme dj malade son influence est des plus nettes; chez
l'aline, en particulier, on observe d'une faon constante, quelques
jours avant les rgles, une aggravation du dlire; et, chez l'aline
qui semble gurie, on ne doit prononcer le mot de gurison que quand
deux priodes menstruelles se sont passes sans accident. Nous disons
 dessein _deux_ priodes: car si, chez les grandes nvroses, les
troubles menstruels sont mensuels, chez les malades moins atteintes ils
nous ont sembl souvent ne survenir que tous les deux mois[9].

[Note 9: Il y a de grandes nerveuses chez qui la menstruation
s'accompagne toujours d'une fivre ardente, se prolongeant deux ou trois
jours, et bien capable d'garer le diagnostic.]

Chez la grande neurasthnique qui a encore ses rgles correctes, on peut
affirmer que, douze jours avant l'apparition des rgles, les misres
nerveuses, abdominales, etc., s'accentuent considrablement, au grand
dsespoir des familles qui, ayant espr la gurison, croient que tout
est  refaire. Mais il n'en est rien: bientt tout rentre dans l'ordre,
quelquefois mme pendant les rgles,  partir du deuxime jour, et, le
plus souvent, immdiatement aprs la cessation de l'coulement. Les
malades entrent alors dans ce qu'elles appellent leur bonne semaine.

Le mdecin doit connatre ce dtail, et avertir les malades et leurs
familles de la rechute, qui est invitable tant que la maladie bat son
plein. Quand les grandes malades n'ont plus leurs rgles, ce qui est
frquent, c'est d'un pronostic assez important; et la rapparition des
menstrues aprs deux, trois, ou six ans, comme j'en ai vu plusieurs cas,
indique que la malade entre enfin dans la voie de l'amlioration, alors
mme qu'elle continue  souffrir.

L'influence de la grossesse est non moins vidente. Nous avons dit
qu'elle tait quelquefois salutaire, parce que l'utrus dvelopp
remplaait la sangle abdominale dfectueuse; mais, une fois l'utrus
revenu  son volume normal, la paroi abdominale se trouve encore un peu
plus flasque qu'avant; et, quand les grossesses sont rptes, la ptose
abdominale devient un des principaux lments de la maladie. C'est
alors qu'une ceinture bien faite, avec ou sans pelote  air suivant la
forme du ventre, peut rendre  la malade d'inapprciables services.

Mais, entendons-nous bien: la ptose n'est pas tout, chez les ptosiques.
Car enfin, pourquoi les malades ont-elles de la ptose? C'est parce
qu'elles taient dj dsquilibres antrieurement, c'est parce que
la sangle que forment les muscles du ventre n'avait pas la tonicit
normale. Si on avait soign la future ptosique en temps utile, alors
qu'elle n'avait encore que des troubles vagues du systme nerveux, de
l'estomac, de l'intestin, elle ne serait pas devenue ptosique, elle
n'aurait pas eu besoin de ceinture, elle aurait pu avoir des grossesses
multiples sans avoir de ptose. De sorte que la ceinture, cet instrument
si merveilleux, ne doit,  notre avis, tre considr que comme un moyen
thrapeutique d'attente. Ce qu'il faut, c'est rgnrer la malade et lui
permettre de se passer de ceinture.

On y parvient, sauf quand la dchance est trop avance, par une bonne
hygine gnrale, s'adaptant aux indications fournies par chaque
individu. Chez les unes, la ptose gurira par l'exercice, chez les
autres par le repos, chez les unes par une saison  Vichy, chez les
autres par un rgime restreint, chez toutes par la reconstitution du
systme nerveux, qui toujours laisse  dsirer.

La ceinture abdominale, pour en revenir  elle, ne sera employe que le
moins de temps possible. Chez les femmes non surmenes musculairement,
on se trouvera bien de tonifier la sangle abdominale naturelle, soit
par les exercices de plancher de la gymnastique sudoise, soit par la
pratique du chant, intelligemment comprise, telle que l'enseignent les
Italiens. Nul doute que, en utilisant la pression abdominale pour la
pulsion de l'air, on ne fasse  la fois de la bonne thrapeutique
abdominale et de l'excellent travail au point de vue du chant. Tous les
chanteurs et mme toutes les chanteuses dignes de ce nom ont une force
extraordinaire des muscles droits antrieurs; en se contractant, ils
repoussent la main qui les comprime[10].

[Note 10: Il serait intressant d'inventer un dynamomtre spcial
pour mesurer la force de ces muscles chez tous les malades. Ce
dynamomtre donnerait des indications trs intressantes sur la valeur
biologique, car on peut dire que, tant vaut la pression abdominale, tant
vaut l'individu.]

On voit combien nous sommes loigns de l'opinion qui attribue 
la ptose abdominale toutes les misres des dyspeptiques, des
neurasthniques, des malades qui souffrent de l'intestin, etc. Une femme
a de la ptose et mille misres varies: une ceinture fait disparatre
presque toutes ces misres, c'est donc, conclut-on que la ptose tait
l'unique cause? Mais non; c'est toujours la thorie du moindre effort
applique au raisonnement humain. La vrit est que la ptose est
symptomatique, que la ceinture ne gurit pas la malade, ne fait que la
soulager d'une partie de ses misres, et qu'il faut dj tre malade
pour devenir ptosique,--en dehors, bien entendu, des cas o la
contention abdominale insuffisante serait due  une ventration.

La ptose peut d'ailleurs n'tre que passagre. Il existe mme des ptoses
qu'on pourrait appeler aigus, si l'on nous permettait cette expression.
Nous voulons parler de celles qui surviennent brusquement, dans le
cours d'une bonne sant,  la suite d'un coup de froid, d'une motion
violente, d'une indigestion, d'un empoisonnement, d'une purgation. D'un
jour  l'autre, on voit le ventre s'effondrer, se vider, perdre son
lasticit, sa souplesse, donner la sensation d'un amas pteux, d'un
chiffon mouill: et l'exploration ne permet plus alors de noter ni
le caecum, ni le clon. On peroit, dans la fosse iliaque, un
gargouillement dont l'on enseigne  tort qu'il appartient en propre  la
fivre typhode: on ne le rencontre dans la fivre typhode que parce
qu'on l'y cherche.

Cet effondrement abdominal s'observe en outre, dans presque toutes les
maladies aigus. Il est toujours l'indice d'une sidration du systme
nerveux abdominal; et, comme le systme nerveux abdominal n'est pas
sans avoir des relations intimes avec le systme nerveux central,
l'effondrement en question est toujours l'indice d'un tat de maladie
assez grave. Mais il peut n'tre que passager, durer quinze jours, trois
semaines; d'autres fois, il dure deux  trois mois, dans certains tats
subaigus; puis, peu  peu, on voit le ventre se ressaisir, reprendre sa
forme, son lasticit, renatre: c'est le commencement de la gurison.

En mme temps que le ventre s'effondre et que survient la ptose
aigu, la sonorit abdominale subit des modifications extrmement
intressantes. Le son devient uniforme, tandis que,  l'tat normal,
ou ds que le ventre se ressaisit, la percussion donne des notes
diffrentes dans les deux fosses iliaques et sur la ligne mdiane. Le
plus souvent, c'est l'octave qu'on observe entre le ct droit et le
gauche (octave suprieure au ct droit).[11]

[Note 11: Cette exploration abdominale par la vue, le toucher, et
la percussion, donne les renseignements les plus prcieux sur la valeur
digestive de chacun, et des indications trs nettes sur le rgime
alimentaire qu'il convient d'imposer: rgime qui doit varier,
videmment, d'un jour  l'autre, comme varient l'aspect du ventre et les
sensations que donnent la palpation et la percussion. Ce sera la
gloire du Dr Sigaud d'avoir su lire dans l'abdomen, et d'avoir essay
d'apprendre cette lecture  ses contemporains. Mais, il ne faut pas se
le dissimuler, l'exploration abdominale est chose trs difficile; je la
pratique depuis dix ans que j'ai la bonne fortune d'tre en relations
scientifiques avec le Dr Sigaud, et je vois mieux, de jour en jour, la
difficult de cette tude, en mme temps que j'en apprcie mieux toute
l'importance.

Laissons d'ailleurs la parole  MM. Sigaud et Vincent, qui rsument
ainsi les donnes de l'exploration abdominale: Nous ne saurions trop
affirmer que l'exploration mthodique de l'appareil digestif est, pour
le biologiste, une source de faits inpuisable. Quelle varit de
renseignements, quelle prcision dans l'observation, ne devons-nous pas
attendre d'un procd  la perfection duquel nous voyons concourir les
donnes fournies, presque simultanment, par l'oue, la vue, le toucher?
Ajouterons-nous que, en raison de la nature spciale cavitaire de son
tissu, le tube digestif se modifie dans sa forme, dans sa densit,
dans sa consistance, sous les influences les plus lgres et les
plus fugitives? Alors que, chez un malade, nous ne trouvons aucune
modification du ct des appareils circulatoire, pulmonaire, nerveux ou
rnal, nous constatons toujours des signes positifs du ct de la sphre
gastro-intestinale. Les oscillations vitales que les autres appareils
organiques sont impuissants  objectiver, le tube digestif les
enregistre avec une fidlit remarquable et une varit de nuances que
l'on n'a point souponne jusqu'ici. Et toutes les modifications de
forme et de volume, d'lasticit et de rsistance du tissu abdominal,
toutes les variations de sonorit des membranes digestives, ne sauraient
tre considres comme des faits de valeur mdiocre inutilisable. Elles
portent en elles-mmes un double enseignement: elles traduisent, d'une
part, les diverses modalits fonctionnelles du tube digestif, d'autre
part, en vertu d'une loi sur laquelle nous allons revenir, l'orientation
gnrale des ractions de l'organisme correspond  ces modalits
digestives. (_Mmoire_ lu  la Socit de Mdecine de Gand, 4 avril
1905.)

Les intressantes tudes de MM. Sigaud et Vincent auraient encore 
tre compltes par l'tude de l'auscultation abdominale; c'est l un
chapitre de smiologie qui est tout entier  faire, et que je ne puis
qu'indiquer aux travailleurs de l'avenir. Munis d'un bon stthoscope,
ils trouveront dans l'auscultation abdominale des renseignements d'une
valeur insouponne jusqu' ce jour.]

Pour en revenir aux ptosiques, une bonne sangle leur rend un service
momentan qui n'est pas  ddaigner. Elle les soulage: mais ce qui les
gurit, quand il leur reste encore assez d'nergie vitale, c'est un
rgime appropri, et du repos ou un exercice gradu, suivant les cas. Le
rgime devra tre celui qui donne le moins  travailler  l'estomac et
 l'intestin sidrs; il devra donc tre liquide ou semi-liquide. Les
prises alimentaires devront tre frquentes,--trs frquentes, dans
l'tat aigu. Quant au repos, il s'impose; les malades, d'ailleurs, en
prouvent le besoin, et c'est dans ce cas qu'on peut dire que le lit est
le meilleur des agents thrapeutiques. Quand le ventre commence  se
ressaisir, le rgime devra tre plus substantiel: potages pais, pures
lgres prises toutes les trois heures en moyenne. Puis, quand il a fait
un nouveau progrs, alimentation plus dense et moins frquente (six
repas en vingt-quatre heures, dont un dans le courant de la nuit: pures
paisses, macaroni, riz, poisson, oeufs). Quand il est redevenu presque
normal, quatre repas par jour, assez copieux, presque gaux, dont un
avec viande non saignante. Enfin, quand l'orage est pass, quand le
ventre a retrouv sa souplesse, son lasticit et sa tension, alors
seulement il faut arriver aux trois repas: celui du matin, qui doit tre
assez copieux (caf noir, oeuf ou viande froide); celui de midi, compos
en gnral de trois articles: 1 macaroni, ou pure, ou pommes de terre
en robe de chambre; 2 viande non saignante; 3 fromage, peu de pain,
pas encore de vin, un verre de liquide  la fin du repas; enfin le repas
du soir, plus lger, comprenant aussi trois articles: 1 potage pais;
2 oeufs ou poisson; 3 fruits cuits.

Telles sont les grandes lignes de la dittique des tats aigus ou
subaigus. En mme temps, avons-nous dit, le repos s'impose: dans l'tat
aigu un repos absolu au lit; plus tard, deux heures de lever sur une
chaise longue, entre les repas. Il faut faire longtemps manger les
malades au lit; puis, jusqu' gurison complte, repos horizontal aprs
les repas; et toujours beaucoup de sommeil, mme diurne, le sommeil
diurne tant le meilleur agent provocateur du sommeil nocturne, 
l'inverse de ce que l'on croit ordinairement.

On comprend combien, dans cet tat d'quilibre instable, une violente
perturbation, produite soit par une purgation, soit par un vomitif, soit
par une alimentation trop htive, peut tre dfavorable au malade.



CHAPITRE IV

PSYCHOTHRAPIE



Nous avons, maintenant, suffisamment indiqu, les causes diverses qui
produisent la maladie. Mais cette tude mme n'a fait encore que mieux
nous montrer le rle prpondrant que joue, dans l'origine comme dans
l'volution de la maladie, l'branlement du systme nerveux. Et de l
rsulte l'importance, galement prpondrante, d'une mdication
destine  remonter le systme nerveux: mdication dont un des lments
essentiels est cette psychothrapie qui, depuis quelque temps, a
commenc  proccuper vivement le monde mdical, sans qu'on soit encore
parvenu  en fixer exactement le domaine et l'application.

A en croire un certain nombre de nos confrres, franais et surtout
trangers, le psychothrapie serait simplement destine  remplacer
toute thrapeutique. L'imagination, d'aprs ces savants, jouerait dans
la production et le dveloppement des maladies un rle si norme,
qu'il suffirait de dcouvrir, dans chaque cas, le moyen de persuader aux
malades qu'ils se portent bien, pour leur rendre aussitt la sant. La
psychothrapie consisterait donc  tudier,  ce point de vue, l'tat
d'esprit de chaque malade, de faon  pouvoir suffisamment s'emparer de
sa confiance pour lui ordonner de se croire guri. Mais les plus rcents
dfenseurs de cette doctrine avouent eux-mmes que les moyens de
persuasion sont, jusqu'ici, trs difficiles  trouver; et je dois dire,
quant  moi, qu'une conception aussi simpliste de la thrapeutique me
parat, jusqu' nouvel ordre, quelque peu fantaisiste.

Oui certes, la proccupation de l'tat d'esprit des malades, et de ce
qu'on pourrait appeler la cure morale, doit tenir plus de place qu'elle
n'en tenait, hier encore, dans la mdecine officielle. Mais j'estime
que la psychothrapie peut faire mieux que d'imposer aux malades
l'illusion,--toujours bien brve et bien fragile,--de se bien porter:
elle peut devenir un des agents les plus actifs et les plus prcieux de
la gurison.

tant donne l'ide que nous nous faisons de l'origine nerveuse de
la maladie, voici,  notre avis, la meilleure dfinition de la
psychothrapie: C'est l'ensemble des moyens d'ordre psychique par
lesquels on amliore ou on reconstitue le capital nerveux. Son action
s'tend: 1  toutes les dviations mentales; 2  un grand nombre de
troubles somatiques, tels que la constipation, l'insomnie, l'anorexie,
etc., l'incontinence d'urine, etc.

Quant  ses moyens d'action, ils peuvent, pour la facilit de l'tude,
tre diviss en deux grandes catgories:

1 Moyens par lesquels on diminue les dpenses;

2 Moyens par lesquels on augmente les recettes.


I

MOYENS PAR LESQUELS ON DIMINUE LES DPENSES


Il est une foule de malades qui gaspillent leur influx nerveux sans le
savoir; il faut leur apprendre  l'conomiser, leur dmontrer combien
est fatigante, pour le systme nerveux, l'hsitation perptuelle,
leur enseigner l'utilit qu'il y a  savoir prendre un parti dans
les moindres circonstances de la vie. Il vaut mieux prendre un parti
mdiocre immdiat qu'un parti plus sage aprs hsitation. Or, pour
savoir vite prendre parti et s'pargner la peine de remettre en
discussion tous les motifs et mobiles qui doivent dterminer l'acte 
accomplir, il y a un procd trs recommandable, qui consiste simplement
 adopter des principes, et  se dire: Dans telle circonstance, je
ferai ceci, dans telle autre je ferai cela; et puis, une fois le
principe adopt,  y rester fidle,--sans cependant en devenir esclave.
Car il ne faut pas que l'enttement remplace l'hsitation, que l'ocan
devienne terre ferme. Un petit moyen pratique  recommander aux
hsitants, c'est de fixer, sur un agenda, tout ce qu'ils doivent faire
dans la journe et les jours suivants, puis, une fois la chose crite,
d'excuter ponctuellement ce qui aura t arrt. La volont parvient
ainsi, peu  peu,  se discipliner, en mme temps qu'on s'vite des
pertes considrables d'influx nerveux.

D'une faon gnrale, il faut inspirer aux malades le respect du temps,
leur faire comprendre que le temps, c'est l'toffe dont la vie est
faite, et qu'il n'est pas permis d'en gaspiller une parcelle: que c'est
par le respect du temps qu'on trouve le moyen de faire une foule de
choses utiles avec un minimum de dpense. S'ils parviennent  comprendre
cette vrit, ils trouveront eux-mmes, peu  peu, un _modus vivendi_,
qui, sans qu'ils s'en doutent, leur fera faire des conomies de dpense
nerveuse. Recommander aux malades de prendre des habitudes _d'ordre_, de
tout rgler dans leur vie,--les heures du lever, du coucher, des repas,
etc.,--de donner  chaque chose,  chaque proccupation, la place et
l'importance qui lui conviennent, est encore un moyen de leur
pargner les dpenses nerveuses inutiles, et de faire de l'excellente
psychothrapie.

Appliquons ces ides gnrales  un cas particulier. Voici une jeune
fille atteinte de ce qu'on appelle la folie du doute; ds son lever,
elle ne saura quelle robe mettre, elle en essaiera trois ou quatre, et
finira par reprendre la premire; elle passera deux heures  faire sa
toilette, ne sachant si elle doit commencer par se coiffer ou par se
laver les mains; et toute sa journe se passera ainsi dans un tat vague
d'anxit. Le soir, la situation est plus pnible encore: la malade ne
parvient pas  se coucher, elle met deux heures pour se dshabiller,
s'interrompant  tout instant pour confier  un petit cahier une foule
d'ides qui ont tortur son cerveau et qui n'ont pas pu prendre corps.
On dirait qu'elle cherche  les fixer en les crivant. J'ai chez moi
plusieurs collections de petits registres qui sont tous inspirs par
ce mme esprit. Or, cette agitation strile, continue, occasionne une
dpense crbrale norme. Si l'on veut bien tudier une malade de ce
genre, on verra qu'elle n'est pas malade que de la tte, mais que tout
est malade chez elle. Elle digre mal, elle est amaigrie, elle a
des urines rares et charges alternant avec des urines claires et
abondantes. Elle est mal rgle, etc.

Il lui faut donc, avant tout, un traitement gnral; dont nous
indiquerons plus tard les grandes lignes, mais il lui faut aussi un
traitement psychothrapique.--Et lequel? La premire chose est de lui
dire combien cette manire de faire est ridicule: cela, on n'aura pas de
peine  le lui faire admettre, elle le sait trs bien; le preuve,
c'est qu'elle cache son infirmit avec le plus grand soin  tout son
entourage. Puis il faut lui expliquer comment cette dpense nerveuse,
si strile, la fatigue, et entretient ou cause sa maladie physique.
Enfin, d'accord avec elle, il faut lui tracer un plan de vie tel qu'au
lieu de gaspiller ses forces elle les concentre, pour les diriger dans
un sens dtermin. A l'une, on fera apprendre une langue trangre, 
l'autre on proposera une autre occupation, non moins prcise. Le
mdecin s'inspirera d'une foule de considrations d'ordre secondaire;
l'essentiel est qu'il atteigne son but, qui est de discipliner la
volont et d'viter  la malade les pertes nerveuses, par une bonne
orientation de son activit. Nous avons pris l,  dessein, un cas des
plus difficiles  gurir: et cependant nous affirmons que la gurison
y est possible, quand,  la psychothrapie, on joint un traitement
somatique convenable et suffisamment prolong.

Dans la manie aigu, ou certaines phases de la paralysie gnrale, dans
tous les cas de dlire aigu occasionns par les maladies infectieuses,
l'influx nerveux subit des dpenses colossales; les fuites se font de
toutes parts. La pense est si rapide, chez le maniaque, que l'aliniste
expriment ne parvient pas  la suivre. Les associations d'ides se
font avec une telle rapidit que le malade n'a pas le temps de les
exprimer, et, quelle que soit sa volubilit, sa langue n'a pas un dbit
gal  celui de son cerveau. La psychothrapie peut-elle tre utile 
des malades de ce genre? Oui, mais,  vrai dire, son rle est alors
ngatif; il faut savoir ce qu'il ne faut pas faire; il faut ne pas
s'acharner  discuter avec le malade,  rectifier ses apprciations; il
faut, en un mot, laisser passer l'orage, et se borner  viter au malade
toute cause d'excitation prochaine ou loigne. Il faut se rappeler,
surtout, qu'une fois l'orage pass, on aura longtemps encore  user
d'extrmes prcautions, et  mnager le cerveau fragile.

Lorsque la fuite nerveuse, au lieu d'tre dissmine, est limite  un
point fixe, la psychothrapie intervient d'une faon plus active. Voici
un homme en proie  une obsession: une ide a envahi son cerveau, il y
pense nuit et jour, en perd le boire et le manger. Toutes ses penses
ont pour pivot l'ide matresse, il en parle  tous ceux qu'il estime
pouvoir le comprendre, il demande conseil, s'agite en vain, et, ne
trouvant pas de solution, il s'puise. Faut-il, dans ce cas, essayer de
boucher la fuite, dire au malade qu'il ne doit pas penser  ce qui
le proccupe? Mais c'est lui demander l'impossible, et le torturer
inutilement. Il faut, au moins une fois, lui laisser exposer, avec les
plus amples dtails, les causes de sa souffrance morale; mais, ceci
fait, pour acqurir sa confiance, il ne faut presque plus lui permettre
d'en parler, et, en change, il faut lui trouver des drivatifs. De mme
que, dans une hmorragie pulmonaire, le mdecin bien avis fait une
saigne gnrale, qui arrte l'hmorragie, de mme le psychothrapeute
ne doit, pour ainsi dire, pas lutter contre l'ide obsdante, mais faire
natre des courants d'ides drivatifs; en d'autres termes, remplacer
une ide morbide par une srie d'ides saines. C'est la psychothrapie
_drivative_.

Un autre moyen d'conomiser les fuites nerveuses, moyen  employer dans
les cas exceptionnels, c'est de conseiller au malade l'acceptation du
fait acquis, en d'autres termes la rsignation; c'est la psychothrapie
_sdative_. Que le malade accepte le fait accompli, qu'il cesse de se
cabrer contre les circonstances qui ont produit ou qui entretiennent
la maladie, de se nourrir de son chagrin, de se remmorer les causes
morales qui l'ont amen; et il s'vitera une fatigue nerveuse norme.
Cette passivit produira sur lui l'effet sdatif d'une sorte de sommeil
de la cellule nerveuse.

Quand la rsignation, au lieu d'tre pour ainsi dire passive, est un
acte volontaire en vertu duquel le patient accepte, en toute libert,
sans restrictions, sans protestations, ses misres, pour les offrir
dans une intention quelconque, elle devient tout le contraire de la
passivit, et dj elle rentre dans la deuxime catgorie des moyens
psychothrapiques. L'tude de cette rsignation active va donc nous
servir de transition toute naturelle.

La rsignation ainsi comprise est un acte. Rpter plusieurs fois par
jour qu'on se rsigne, c'est faire, plusieurs fois par jour, acte de
volont; et encourager le malade  accomplir cet acte de volont, c'est
faire de l'excellente psychothrapie _reconstituante_. Malheureusement,
cette rsignation active est  la porte de peu d'initis. Elle suppose
toute une doctrine philosophique: la doctrine de la solidarit humaine,
de la rversibilit des mrites et des souffrances, en un mot la
doctrine du renoncement; et peu de malades la connaissent. Aussi est-ce
 titre exceptionnel que les ressources de la rsignation active peuvent
tre employes.

Mais, dira-t-on, quel peut tre le rle du mdecin en face d'un malade
qui va jusqu' voir dans la souffrance un bienfait? On croirait, _a
priori_, que le mdecin n'a qu' disparatre; en fait, il n'en est rien.
Le mdecin doit rester  son poste; et tout en encourageant le malade
dans cette voie, en fortifiant sa volont, il doit l'exhorter  ne pas
ngliger les moyens thrapeutiques que rclame son tat. Car enfin le
rsign actif ne commet pas une erreur de logique en dsirant gurir
et en acceptant les soins mdicaux. S'il fait bien de se rsigner  la
souffrance lorsque celle-ci est invitable, il est tenu, au contraire,
de se rsigner aussi  ce que veut pour lui la nature, c'est--dire  ne
rien omettre pour reconqurir, avec la sant, la possibilit d'une vie
plus active et plus utile. Ajoutons d'ailleurs que, en fait, le rsign
actif est d'ordinaire le plus obissant, le plus stable des malades, le
plus reconnaissant pour les soins mdicaux qui lui sont donns; c'est le
malade de choix.


II

MOYENS PAR LESQUELS ON AUGMENTE LES RECETTES


La deuxime catgorie des moyens psychothrapiques comprend, comme nous
l'avons dit, ceux qui ont pour but d'amliorer la part subsistante du
capital nerveux. On peut parvenir  ce rsultat de deux faons:

1 En dynamisant ce qui reste du capital nerveux par une savante
gymnastique de la volont. (L'homme ne vaut que par sa volont: donc
discipliner, fortifier, renforcer sa volont, c'est lui rendre le plus
grand des services.)

2 En insufflant, pour ainsi dire, au malade un fluide nerveux tranger.

Dans le premier cas, on fait appel au libre arbitre du malade. Celui-ci
devient le collaborateur du mdecin, dont le rle se borne  indiquer
les procds de gymnastique de la volont et  surveiller l'application.

Dans le deuxime cas, une volont trangre vient en aide  la volont
dfaillante, ou insuffisante, du patient.

1 _Gymnastique de la volont_.--Il y a des procds d'ducation de la
volont,--cette facult, comme la mmoire, comme l'attention, tant
susceptible d'tre amliore par une bonne gymnastique. Le principe
gnral, dans cette ducation, c'est de procder lentement, de ne pas
demander au malade un effort qu'il serait incapable de fournir, mais de
lui demander, au dbut, un tout petit effort, qui sera augment tous
les jours. Ainsi nous invitons nos malades  faire trois fois, tous les
matins, trois mouvements dtermins des bras, puis six, puis douze,
puis d'en faire autant avec les membres infrieurs. En ordonnant ces
exercices, nous comptons bien moins sur l'action utile de la gymnastique
musculaire elle-mme que sur l'effort de volont que nous obtenons du
malade, avec son libre consentement. Dans le mme esprit, nous envoyons
certains de nos malades faire une gymnastique spciale, tous les jours,
par tous les temps,  l'extrmit de Paris, aussitt qu'ils peuvent
supporter la fatigue d'un dplacement quotidien. L, nous leur faisons
faire la course en flexion, exercice musculaire excellent, qui, bien
gradu d'aprs des rgles prcises, rgularise la circulation du sang,
les battements du coeur, augmente la vigueur de tous les muscles, en
particulier des muscles inspirateurs, et favorise, par consquent,
l'acte respiratoire. Grce  cette gymnastique, on arrive, au bout d'un
mois,  faire courir pendant vingt minutes des malades qui ne marchaient
pas, ou qui ne croyaient pas pouvoir marcher[12].

[Note 12: Ajoutons que cette course ne provoque jamais
d'essoufflement le principe de la mthode tant, avant tout, d'viter
l'essoufflement par une progression sage et bien rgle dans la longueur
et la rapidit du pas. La mthode dont nous parlons a t institue par
notre regrett ami, le commandant de Raoul, qui avait fait des tudes
trs srieuses, thoriques au laboratoire de Marey et pratiques pendant
toute la dure de sa carrire militaire. Ce n'est pas le lieu de parler
avec dtail de cette mthode d'entranement; disons seulement qu'on ne
se fait pas une ide, dans le monde des gymnasiarques, de la lenteur
dans la progression  imposer au coureur. Ainsi la vitesse du pas
gymnastique de l'arme ne doit tre atteinte, chez l'homme mme bien
portant, qu'aprs quinze minutes de course progressivement plus rapide.
C'est comme cela que l'on arrive  obtenir le rendement maximum, et que
le pas gymnastique peut tre prolong trs longtemps sans fatigue.
De mme, avant d'arriver  la vitesse de six kilomtres  l'heure,
c'est--dire au pas d'un homme qui marche vite, il faut cinq minutes
de course en progression. Si,  cette prudence dans la progression, on
joint le soin de faire respirer le malade en temps utile, et de lui
apprendre  respirer, on lui vite l'essoufflement. Mais si le coureur
n'est pas essouffl, par contre il est envahi, au bout de vingt  trente
minutes, d'une transpiration norme, telle que la course en flexion a
pour complment indispensable, soit une friction sche avec changement
de linge, soit, mieux encore, une douche tide. Cette ncessit de la
douche finale limite beaucoup l'emploi de la course en flexion, et,
par parenthse, l'interdit  l'arme, pour laquelle, dans l'esprit du
commandant de Raoul, elle semblait surtout indique. Nos malades, au
contraire, trouvent toute facilit pour prendre la douche terminale,
puisque la course a lieu dans le jardin attenant  la maison
d'hydrothrapie d'Auteuil, qui est gracieusement mis  notre disposition
par le Dr Oberthur, directeur de l'tablissement.

Nul doute que cet exercice musculaire trs gradu, sous la direction de
moniteurs comptents, que l'exercice pris au grand air, dans la matine,
ne soient des facteurs importants dans l'excellent rsultat total que
j'obtiens de ce que j'ai appel la _dromothrapie_; mais j'estime qu'une
grande part du rsultat utile revient  cette gymnastique de la volont
que le malade fait, pour ainsi dire, sans s'en douter. Il assiste tous
les jours  ses progrs, il prouve un vague sentiment de contentement
 la pense qu'il a vaincu, tous les jours, une difficult nouvelle.
Dt-on m'accuser de paradoxe, je dirai que, en imposant  un malade la
course en flexion, fait-on surtout de la psychothrapie: psychothrapie
par exercice de la volont, et aussi psychothrapie drivative,
puisqu'on les distrait en leur procurant un exercice qui devient
vraiment une rcration, aprs les trois ou quatre premiers jours.]

Le Dr Lagrange a trs justement insist sur l'utilit de l'attrait dans
l'exercice physique. Or cet attrait manque absolument dans l'exercice de
la _gymnastique respiratoire_. Cet exercice est souverainement ennuyeux,
et c'est chose rare que nos malades les plus obissants le continuent
rgulirement plus de deux mois; mais c'est prcisment pourquoi il est,
pour le psychothrapeute, un agent de premier ordre, puisqu'il exige un
effort norme de volont. Aussi,  ce titre mme, ne saurions-nous trop
le recommander. En outre, il produit les effets les plus favorables sur
la circulation et la nutrition; c'est le seul moyen que je connaisse
de faire disparatre ces rougeurs motives, si dsagrables  certains
neurasthniques des deux sexes, et qui ne s'observent pas seulement chez
les timides, car les personnes hardies et dcides leur payent aussi
leur tribut. Quand cette infirmit arrive  provoquer l'obsession de la
rougeur, la peur de rougir rend la vie sociale insupportable, et mrite
l'attention du clinicien, d'ailleurs dsarm s'il n'emploie que les
moyens classiques. Or, si l'on tudie de prs ce symptme, on voit qu'il
s'accompagne, presque toujours, d'une perturbation respiratoire, et
quelquefois de sensations prcordiales; et c'est, sans doute, parce que
l'exercice en question rgularise la respiration, qu'il est le meilleur
traitement de la rougeur motive. En tout cas, le fait est certain,
je l'ai plusieurs fois observ. Mais comme ces exercices sont, je le
rpte, extrmement dsagrables, il faut savoir les graduer de faon
 ce que le patient ait au moins le plaisir d'assister  ses propres
progrs. On arrive ainsi, peu  peu,  faire faire au malade des
mouvements de respiration profonde pendant dix minutes, matin et
soir. On ne saurait croire l'effet utile,  divers titres, de cette
gymnastique mthodique, telle que les Sudois l'enseignent, c'est--dire
faite d'aprs les vrais principes de la physiologie; tandis que, quand
elle est enseigne, ce qui arrive trop souvent, par des instructeurs mal
instruits, elle trouble les phnomnes de la circulation, et peut mme
amener du vertige et de la syncope. C'est donc un moyen puissant,
mais qu'il faut savoir manier, comme toutes les autres armes de la
thrapeutique. Il existe, dans tous les Instituts Zander, un appareil
qui fait faire automatiquement d'excellente gymnastique respiratoire.
Aux malades qui n'ont pas l'nergie de la faire simplement dans leur
chambre sans le moindre appareil, nous conseillerons les instituts
mcanothrapiques.

On peut exercer la volont du malade, et, par consquent, la fortifier,
par mille autres moyens, qui seront inspirs par les diverses conditions
de milieu, d'aptitudes, etc. Mais, autant que possible, il faut faire
faire au malade un travail utile, et dont il puisse facilement mesurer
les progrs, et surtout un travail qui ne demande pas une dpense, soit
crbrale ou musculaire, excessive: car alors on perdrait d'un ct
ce qu'on gagne d'un autre. Il faut, enfin, se rappeler que le rle du
psychothrapeute doit prendre fin  un moment donn, quand le malade a
reconquis une puissance suffisante pour pouvoir voler de ses propres
ailes. On doit alors l'abandonner  lui-mme, mais non pas brusquement:
il faut, si l'on nous permet cette comparaison, que le mdecin imite
le professeur de bicyclette, qui soutient pendant un certain temps son
lve, puis l'abandonne momentanment, sans qu'il s'en doute; l'lve
confiant continue  pdaler, se croyant soutenu, jusqu'au moment o il
est assez sr de lui-mme pour aller tout seul. Si le professeur le
soutenait indfiniment, l'lve ne ferait pas de progrs.

2 _Moyens d'augmenter artificiellement le capital nerveux
insuffisant_.--Dans les cas o la volont est tellement dfaillante que
l'on ne saurait faire aucun fonds sur elle, le mdecin peut essayer de
fournir  son malade un apport tranger d'influx nerveux: il y arrive
par le procd de l'hypnose. Rien ne m'tera la conviction que, dans
l'hypnose, il y a une influence de l'hypnotiseur sur son sujet,
influence tant compris dans son sens tymologique (_fluere_, couler).
L'hypnotiseur envoie de l'influx nerveux, il donne quelque chose de
lui-mme; il a une action personnelle; et les mdecins qui prtendent
le contraire, qui disent que les passes peuvent tre remplaces par le
braidisme, par la fixation d'un objet brillant, immobile comme une boule
ou mobile comme un miroir  alouettes, ne me paraissent pas tre dans la
vrit.

L'hypnotisme peut rendre de grands services dans les cas les plus
varis; non seulement il peut rectifier des ides errones, faire
disparatre les mauvaises habitudes, les crises nerveuses, etc.: il agit
encore pour ramener chez le malade la quitude de l'esprit, la confiance
en soi-mme.

Il modifie aussi les fonctions organiques. Rien n'est, en effet, plus
facile, chez un sujet hypnotisable, et qui est bien en main, que de
faire disparatre des troubles dyspeptiques, nvralgiques, d'arrter des
vomissements, des mtrorragies, de faire revenir les rgles, le sommeil
naturel, de rgulariser les selles, etc.

Le malheur est que tous les sujets ne sont pas susceptibles de subir
l'influence hypnotique, et que, prcisment, ceux qui en auraient le
plus besoin se trouvent tre rfractaires; ainsi les alins, les
hallucins, les grandes hystriques, les malades atteints de dlire
systmatis, ne sont presque jamais hypnotisables. L'hypnose est
d'autant plus difficile  obtenir qu'elle serait plus utile. Ainsi,
chez les alins, nous avons vu notre excellent matre le Dr A. Voisin
s'acharner pendant des heures entires sans obtenir le moindre effet;
mais aussi quel triomphe quand, d'aventure, il russissait! Nous
connaissons pour notre part de grands nerveux qui, trs dsireux de
pouvoir tre endormis, sont alls, sur notre conseil, consulter tels ou
tels confrres renomms pour leur habilet ou leur connaissance spciale
de l'hypnotisme, et toujours avec un insuccs complet.

C'est l une premire raison qui restreint grandement l'emploi de
l'hypnose. Une deuxime raison qui doit le limiter, c'est que, quand
on emploie l'hypnotisme, on risque de se discrditer, dans l'esprit du
malade, si on ne russit pas du premier coup, et alors on le prive du
secours qu'on aurait pu lui donner si on n'avait pas, par une fausse
manoeuvre, perdu irrmdiablement sa confiance. Mais il existe des
procds permettant de savoir si oui ou non le malade est hypnotisable,
de faon qu'on puisse ne marcher qu' coup sr, et laisser de ct, sans
en avoir l'air, les sujets non facilement hypnotisables.

Un autre motif encore restreint l'emploi de l'hypnose: c'est que
celle-ci, quand elle russit, risque de devenir un moyen thrapeutique
trop actif. Mme avec la plus grande prudence, on ne parvient pas
toujours  en graduer les effets, et le mdecin s'empare souvent par
trop de l'esprit du malade, au point que ce dernier ne peut plus rien
faire sans son conseil.

J'ai connu un ingnieur des chemins de fer, renomm pour sa svrit 
l'gard des infrieurs, et nvropathe de grande marque. Son mdecin crut
bien faire en le traitant par l'hypnose; et il se trouva, par hasard,
que c'tait un sujet de premier ordre. Un jour, pendant le sommeil
hypnotique, le mdecin lui intima l'ordre d'avoir,  l'gard de ses
infrieurs, plus de bienveillance; et voici que, ds le lendemain, les
procds de cet homme  l'gard de ces infrieurs se firent tellement
bienveillants, affables, affectueux, qu'il devint la rise de ses
subordonns eux-mmes, et un sujet d'tonnement pour ses chefs. Il ne
parlait plus que de devoir social, d'altruisme, de solidarit humaine.
On le crut fou; il ne l'tait pas, mais il tait devenu tellement
diffrent de lui-mme qu'il fallait aviser. Le mdecin, averti de ce
changement  vue, s'effora, en plusieurs conversations, de modrer le
zle charitable du nophyte; il n'y parvint pas. Le malade discutait
avec lui les thories socialistes, et serait devenu le pire des
utopistes. Il fallut une nouvelle sance d'hypnose pour attnuer, au
point voulu, les effets de la suggestion premire.

Pourquoi employer un moyen aussi actif quand on peut s'en passer? Autant
demander pourquoi l'ingnieur ne se sert pas de dynamite pour faire
sauter une motte de terre. Pourquoi mettre un mors arabe  un cheval qui
ne demande qu' se laisser conduire? Rservons donc le mors arabe pour
les cas o l'animal est indocile, indomptable, et rtif!

Ajoutons que, une fois produit l'effet  obtenir, le mdecin doit cesser
de recourir  l'hypnose, sous peine de compromettre le rsultat final.
Une fois le bless remis en selle, on doit lui rendre la direction de
sa monture. Pour bien faire comprendre ma pense, je prendrai la
comparaison suivante: l'hypnose est  la dfaillance du systme nerveux
ce que l'opothrapie thyrodienne est  l'insuffisance fonctionnelle
du corps thyrode, ce que l'opothrapie hpatique est  l'insuffisance
fonctionnelle du foie. Or, de mme que le mdecin qui s'est servi
de foie de porc pour remettre en tat un hpatique, ne continue pas
indfiniment l'emploi du foie de porc, de mme le psychothrapeute doit
cesser l'emploi de l'hypnose ds qu'il a obtenu le rsultat voulu,
c'est--dire ds qu'il a remis le malade en assez bon tat pour pouvoir
compter sur sa collaboration consciente, et lui demander un effort
personnel de gymnastique psychique; de sorte que quatre ou cinq sances
suffisent, dans la majorit des cas.

Toutes ces considrations expliquent la raret des cas o l'hypnotisme
est  conseiller. Mais quant  dire, comme le font les adversaires
irrconciliables de la thrapeutique par l'hypnose, que quelques sances
amnent, chez le malade, une perturbation d'esprit incurable, que
l'hypnotisme dissocie la personnalit normale du sujet (Grasset),
aboutit  la ruine dplus en plus complte de ce moi qu'on voudrait
sauver (Duprat), c'est tout simplement noncer une erreur. L'hypnotisme
bien mani n'est pas si dangereux. Je n'ai vu qu'une fois, dans le
service de Charcot, l'hypnose amener chez un homme une violente attaque
d'hystrie. Et dire, avec certains scrupuleux, que les pratiques de
l'hypnotisme ont quelque chose de dgradant pour la dignit humaine,
parce que le mdecin qui impose sa volont au malade porte atteinte au
dogme de la libert, c'est noncer une erreur non moins absolue, la
suggestion hypnotique n'tant pas autre chose que la suggestion  l'tat
de veille pousse  sa deuxime puissance;  ce compte, on n'aurait
plus le droit de donner un conseil. Enfin, dire que les pratiques de
l'hypnose sont mal vues dans le monde, et discrditent le mdecin, c'est
affirmer une vrit, mais qui ne nous toucherait en rien, car le mdecin
n'est responsable que devant sa conscience. Or, nous le rptons, sa
conscience peut lui permettre, accidentellement, l'emploi des procds
hypnotiques, surtout s'il prend le soin de n'endormir les malades
qu'avec leur assentiment formel, et en prsence d'un tiers reprsentant
la famille.

Ajoutons enfin que le mdecin _seul_ doit avoir recours  ce procd
thrapeutique; et que ce mdecin doit agir uniquement pour le bien du
malade, sans la moindre proccupation trangre, voire mme sans aucune
proccupation scientifique.

_Conseils pratiques pour l'application des procds
psychothrapiques._--Nous venons de passer en revue les moyens
psychothrapiques par lesquels on peut amliorer le capital nerveux d'un
malade. Mais un aperu thorique ne suffirait pas au praticien voulant
employer la psychothrapie; il semble donc utile de le complter par des
considrations d'ordre tout  fait pratique, clinique, suggres par une
exprience personnelle.

1 Il est un principe qui domine tous les autres; c'est que, pour faire
de la bonne psychothrapie, il faut soigner le malade non seulement avec
toute son intelligence, mais surtout avec tout son coeur. Le mdecin qui
ne ferait que de la psychologie, dmontant curieusement pice  pice
tous les rouages du cerveau de son malade, pour chercher celui qui est
dfectueux, sans se proccuper avant tout d'tre utile, ne ferait pas de
bonne psychothrapie. Il lui faut tre bon mcanicien, bon psychologue,
c'est entendu; mais surtout il lui faut tre un homme charitable. Je
sais que le mot charit sonne mal aux oreilles, depuis qu'on ne parle
plus que d'altruisme, de solidarit, etc. Le mot charit pourra
disparatre du dictionnaire, bien qu'il exprime autre chose que ses
soi-disant synonymes; mais la charit restera toujours au fond du coeur
de l'homme, et sera, comme par le pass, l'inspiratrice des actions
gnreuses et vritablement utiles.

2 Encore n'est-ce pas assez que le mdecin aime son malade. S'il veut
avoir sur lui une autorit morale effective, il faut en outre qu'il ne
soit pas press: non seulement qu'il ne le paraisse pas, mais qu'il
ne le soit pas en ralit. Savoir se donner tout entier  l'affaire
prsente est la premire condition du succs, en psychothrapie. Il faut
que, ds la premire entrevue, s'tablisse entre le malade et le mdecin
un courant de sympathie; or ce courant ne peut s'tablir que si le
malade sent que le mdecin s'intresse profondment  lui, et ne lui
mnage pas son temps. La premire consultation, surtout, doit pouvoir
durer tout le temps ncessaire: mieux vaudrait la remettre  huitaine
que de l'baucher si le temps matriel fait dfaut.

3 Il faut encore que le mdecin sache couter, c'est--dire laisser
parler le malade aussi longtemps qu'il le dsire, surtout pendant les
premires consultations. Quelle que soit la prolixit, la volubilit
d'un malade, il y a toujours intrt  l'couter, parce qu'on apprend
toujours quelque dtail dont on pourra tirer profit: si l'on agit de
cette faon, le malade, par une sorte de discrtion inconsciente,
arrive, aprs quelques entrevues,  ne plus abuser de la patience de
son auditeur, et se contente de rpondre aux quelques questions bien
prcises qu'il lui pose.

Une fois que le mdecin aura ainsi pris position, les conseils qu'il
donnera, non seulement sur l'hygine mentale, mais sur l'hygine
alimentaire, musculaire, auront toutes chances d'tre suivis; et ainsi
tout concourra  la gurison ou  l'amlioration cherche.

4 Un autre principe, c'est de dire au malade la vrit dans la mesure
du possible. videmment, s'il y a une lsion organique incurable,
le mdecin doit avoir la discrtion de se taire, sauf dans les cas
exceptionnels o le malade a des motifs srieux pour savoir la vrit
entire. Mais le plus souvent il faut dire la vrit au malade, lui dire
trs franchement l'ide que l'on se fait de son tat, la dure probable
du traitement, etc. Si, cependant, le traitement doit demander des
annes, comme il arrive trop souvent chez les malades  capital
restreint, mieux vaut rester dans le vague, et dire: Le traitement sera
long, un peu pnible, mais la gurison est assure. Il faut encore,
ds les premires entrevues, avertir le malade des rechutes possibles,
probables, ou certaines: si c'est une femme, la prvenir que, dans les
douze jours qui prcderont l'poque menstruelle, elle aura fatalement,
durant quelques mois, une rapparition de toutes ses misres, mais  un
degr de moins en moins marqu; dans tous les cas, avertir le patient,
s'il s'agit d'un tat grave, que, tous les deux jours, il risque d'avoir
une lgre aggravation, puis, quand son tat s'amliorera, tous les
trois jours, puis tous les huit jours, et ce, en dehors de toute cause
apprciable, par le seul fait de cette tendance qu'a le systme nerveux
 protester d'une faon intermittente. Mais il faut, en outre, l'avertir
que toute motion violente, et surtout que toute infraction au rgime
alimentaire, musculaire, crbral, qui lui a t ou qui va lui tre
prescrit, se soldera invitablement par une rechute plus ou moins grave,
suivant la gravit de l'infraction,--une rechute qui, chose curieuse,
ne se manifestera que le lendemain ou le surlendemain de l'cart
commis;--l'avertir enfin qu'une affection accidentelle, la grippe en
particulier, fera faire un pas en arrire d'autant plus grand qu'elle
aura t plus grave, et soigne plus tardivement; donner, par
consquent, au malade des conseils prventifs, pour qu'il se mette, dans
la mesure du possible,  l'abri des affections intercurrentes, et lui
recommander de demander ou de prendre des soins immdiats, en lui
faisant bien remarquer que les affections accidentelles ne sont graves,
en gnral, que lorsqu'elles ne sont pas bien soignes ds leur dbut.

5 Le mdecin doit viter d'imposer au malade des prescriptions qui lui
seraient plus pnibles que les malaises dont il se plaint. Il doit mme
viter, en gnral, de multiplier ses prescriptions, sans quoi il risque
de dcourager le patient, ou, ce qui est pire encore, de le rendre
goste et hypocondriaque, et d'entretenir sa maladie par le soin
mme apport  la combattre. Aussi bien la thrapeutique est-elle, en
gnral, plus simple qu'on ne croit, et les questions de rgime, en
particulier, sont presque toujours faciles  rsoudre.

Ce dont il faut surtout tenir compte, avant de formuler une
prescription, c'est de la mesure o il sera possible et facile, au
malade, de l'appliquer. Pour ma part, je n'arrte jamais un programme
de vie sans l'avoir discut, point par point, avec le malade, et, si
possible, avec l'un des membres de sa famille. Je donne alors au malade
une feuille o est marque la ligne de conduite  suivre depuis l'heure
du rveil jusqu' l'heure du coucher, et o, aux heures prescrites, sont
indiqus les menus des repas, voire mme les livres  lire. J'ai soin,
en outre, d'indiquer que tout ce qui n'est pas permis est dfendu, en
laissant entendre au patient que, dans un avenir plus ou moins rapproch
tout ce qui ne sera pas dfendu sera permis. Le malade, pourvu de
cette feuille directrice, est averti qu'il doit s'en rapprocher le plus
possible, mais sans en devenir l'esclave.

On peut dire, en principe, qu'un traitement efficace de la maladie,
si grave qu'elle soit, est toujours praticable, quelles que soient
les conditions de la vie sociale du malade. Mais il est des cas o ce
traitement doit tre simplifi au maximum: par exemple, chez une mre
de famille ayant des occupations multiples de toutes sortes. Il serait
souverainement absurde de proposer  cette malade un rgime ou des soins
personnels qui l'empcheraient d'accomplir ses devoirs de tous les
instants; on doit se borner, alors, aux prescriptions les plus
importantes, en faisant comprendre  la malade que l'on ferait mieux
si les circonstances de sa vie n'taient pas un obstacle, mais que, en
dfinitive, le peu qu'on va faire sera dj trs utile, et qu'on en sera
quitte pour prolonger le traitement plus longtemps.

En fait, les seuls vrais obstacles qui s'opposent  un traitement
mthodique proviennent de deux sources: 1 De l'absence de foi du
malade, 2 de la mauvaise volont de son entourage.

1 Il est des malades qui viennent nous consulter malgr eux, sous la
pression de leur famille, avec l'ide bien arrte qu'ils vont prendre
une consultation de plus, tout aussi drisoire et inutile que les
prcdentes. Il faut que le mdecin, du premier coup, comprenne la
mentalit des sujets de ce genre; avec l'habitude, il peut tre fix
ds les premires paroles changes, voire ds le premier abord. A lui,
alors, de dployer toute sa puissance de suggestion. S'il sait s'y
prendre, il peut arriver  faire, d'un malade irrductible en apparence,
l'tre le plus doux, le plus confiant, le plus obissant, et il parvient
alors  des rsultats inesprs. Les choses se passent ainsi huit fois
sur dix.

Plus difficiles  convaincre sont les malades qui n'ont pas d'nergie,
qui, loin de se cabrer, semblent des victimes soumises  l'avance, ou
encore ceux qui, dsabuss, dsesprant de tout, ne souhaitent que la
mort. En face de tous ces malheureux, le mdecin ne doit pas se drober,
quelque souci que lui rservent les patients de cette sorte.

Enfin, plus difficiles encore sont les malades  thories, qui ont leur
sige fait, aprs avoir vu des mdecins de tous les pays, suivi, dans
les sanatoria les plus varis, les traitements les plus dissemblables;
qui connaissent toutes les dernires nouveauts sur les choses
mdicales, le discours de la veille  l'Acadmie de mdecine, les livres
qui vont paratre. Avec ceux-l, rien  faire. Le mieux, pour ne pas
perdre un temps prcieux, est de leur dclarer de suite qu'on ne
parviendrait pas  s'entendre avec eux. Fort heureusement, d'ailleurs,
ces cas sont assez rares.

Ajoutons qu'il est des malades  mentalit spciale qui commencent par
dire toujours non, ou  le penser, ce qui est encore plus grave. La
psychothrapie, comme tous les agents thrapeutiques, a  compter avec
ce que, dans notre langage barbare, nous appelons les idiosyncrasies.

2 L'autre obstacle, beaucoup plus frquent, provient de l'hostilit de
l'entourage du malade.

On ne peut se faire une ide de l'influence nfaste qu'exerce cet
entourage; quelquefois il contrecarre ouvertement les opinions du
mdecin, discute sa manire de penser, ses prescriptions; le malade,
alors, ne sait plus s'il doit donner sa confiance au mdecin ou 
l'entourage.

Le plus souvent, l'hostilit n'est pas franchement dclare. Mais c'est
pis encore: c'est alors une lutte sourde, de tous les instants,  propos
des moindres prescriptions. Le malade sent trs bien que le mdecin est
dans le vrai, qu'il a _compris_ sa maladie; il voudrait de tout son
coeur suivre ponctuellement ses conseils: mais l'entourage est l qui,
sans dire un mot, proteste intrieurement et excute  contre-coeur
tout ce qui a t prescrit. La position est des plus difficiles. Cette
contre-suggestion, qui s'exerce  tout instant, finit par diminuer
la confiance, si ncessaire, que le malade avait tout d'abord; les
prescriptions ne sont qu' moiti observes. Ces tiraillements continus
sont vritablement lamentables.

Et que faut-il entendre par entourage? C'est rarement le mari ou la
femme, c'est souvent la mre ou la belle-mre, plus souvent encore des
personnes qui touchent de moins prs au malade. Les plus dangereux
ennemis sont ceux qui ont  donner des soins immdiats; ce sont les
gardes, qui protestent par un silence loquent, ce sont surtout les
domestiques. De l la dure ncessit pour le mdecin d'tre bien avec
tout le monde, dans la maison. Quelquefois il s'en tire en expliquant
avec bienveillance, en un langage clair, pourquoi il prescrit telle ou
telle chose qui semble inutile ou dangereuse: le repos, alors que tout
le monde voudrait que le malade ft de l'exercice; le rgime restreint,
alors que, pour rendre du sang au patient, tout le monde voudrait qu'il
prt du jus de viande ou des vins fortifiants. Mais, le plus souvent, la
partie est perdue d'avance; et c'est alors que le mdecin doit user
de toute son autorit pour imposer l'isolement, tandis qu'il et t
quelquefois trs simple de gurir  peu de frais le malade, en le
laissant chez lui.

Quand on a la bonne fortune de s'tre gagn la confiance d'un malade,
et d'avoir conquis, non la neutralit,--elle n'existe nulle part,--mais
l'assentiment de l'entourage, on a fait la moiti de la besogne; il ne
reste plus qu' surveiller l'application du traitement, et surtout 
entretenir la foi du malade en sa gurison  chance plus ou moins
loigne. Pour remplir ce double but, il faut que le mdecin ait avec le
malade de frquents entretiens, au cours desquels il doit lui expliquer,
dans la mesure du possible, la raison de toutes ses prescriptions, lui
dmontrer ses erreurs d'interprtation, et lui affirmer instamment,
quelles que soient ses dolances, que la gurison est assure.

Le rle du mdecin, au dbut, est souvent difficile. Il l'est, par
exemple, chez les malades qui ont besoin du lit, pendant les premiers
temps, pour calmer leur systme nerveux. Ne dormant presque jamais, ces
malheureux ont toutes les peines du monde  rester au lit; il faut leur
faire bien comprendre que cette agitation, ce malaise inexprimable
qu'ils prouvent, proviennent non du sjour au lit, mais de l'excitation
du systme nerveux; que cette excitation disparatra dans huit ou quinze
jours, pour faire place  une dtente de bon aloi, avec sensation de
fatigue norme, mais non plus douloureuse, avec sommeil rparateur,
retour de l'apptit, disparition _spontane_ de la constipation, etc.
Bref, il faut les faire patienter; cette phase exige, le plus souvent,
des visites quotidiennes. Plus tard, les visites pourront tre espaces:
il faut savoir se faire dsirer.

Dans les cas graves, il faut donner aux familles l'habitude de laisser
le malade en tte--tte avec le mdecin. L'influence de celui-ci est,
alors, beaucoup plus active, et les malades, pouvant s'pancher en toute
libert, tirent un grand bnfice de la visite du mdecin, qui ne tarde
pas  devenir leur ami.

C'est dans ces tte--tte que le mdecin doit insister pour faire de
la suggestion optimiste et de la vritable psychothrapie, d'aprs les
principes que nous avons tudis antrieurement.

Nous avons parl dj,  propos de la nvrose provoque par les causes
morales chez les jeunes femmes, du rle que le mdecin pouvait acqurir,
 titre de confident de leurs misres: ce rle est toujours difficile,
et quelquefois dangereux. Le besoin qu'prouve l'tre humain de pouvoir
confier sa pense  autrui est bien connu de tous les psychologues;
c'est lui qui pousse les criminels  venir s'accuser d'un acte dont
l'auteur aurait pu rester inconnu; c'est lui qui, chose invraisemblable,
a excit un de mes malades  prendre sa femme, en tant que sa meilleure
amie, comme confidente d'une passion amoureuse qui le rongeait. On
comprend donc combien un confident sr et discret peut rendre de
services, chez les malades de tout ge atteints de psycho-nvrose. Comme
l'a dit le pote:

  En se plaignant on se console,
  Et quelquefois une parole
  Nous a dlivrs d'un remords.

Mais il est des cas o la douleur humaine ne peut tre attnue par une
confidence, si intime qu'on la suppose. Alors, la psychothrapie perd
tous ses droits.

Il est d'autres cas o elle est galement impuissante. C'est quand le
malade ne _veut_ pas gurir,--s'il se complat dans son chagrin, par
exemple.--Ou bien encore on voit des malades qui ont pris l'habitude de
se faire plaindre, et qui, inconsciemment, ne veulent pas gurir; dans
leur gosme morbide, ils mettent sur les dents tout leur entourage,
vritables vampires qui puisent jusqu'au bout la patience, les forces,
les ressources pcuniaires de leurs proches, sans avoir un clair de
reconnaissance pour ceux qui se sacrifient ainsi, ni pour le mdecin qui
se dpense en pure perte. Rappelons-nous bien que ces malades terribles
sont, avant tout, des malades, et ont droit  toute notre indulgence;
leur gosme froce n'est qu'un symptme morbide. Ainsi j'ai soign une
dame qui, avant d'tre malade, tait exquise de bont, de bienveillance,
de politesse. Or, quelques mois aprs le dbut de sa maladie, en
mme temps qu'elle devenait dyspeptique, constipe, obse, tout en ne
mangeant presque pas, grande malade en un mot, son caractre se modifia
et la fit devenir le tyran dont j'esquisse  grand traits l'image.
Aujourd'hui, elle fait le dsespoir de tout le monde. Inutile d'ajouter
qu'elle n'est pas hypnotisable. Chez ces malades, la psychothrapie
est impuissante. Si habilement manie qu'on le suppose, elle choue
quelquefois; elle a cela de commun avec tous les autres agents
thrapeutiques.


PSYCHOTHRAPIE ET PROBLME RELIGIEUX

Dans quelle mesure le mdecin peut-il utiliser, comme moyen
psychothrapeutique, les ressources que peut fournir la foi religieuse?
Grave question qui ne saurait tre traite avec trop de discrtion.

En principe, le mdecin ferait mieux de laisser ce soin au prtre, ou au
pasteur, ou au rabbin,  des manieurs d'mes plus habitus que lui  ces
dlicats problmes; mais il est des circonstances o il ne peut pas se
drober, et il nous faut en dire quelques mots.

Il est certain, en tout cas, que le mdecin ne doit jamais aborder, le
premier, ces questions d'ordre philosophique et religieux; ce n'est
pas son rle, et un zle immodr, de sa part, pour la dfense d'une
doctrine philosophique quelconque, pourrait tre, et serait  juste
titre, svrement juge. Mais, d'autre part, il doit s'attendre  ce
que, pouss par un besoin presque inconscient, le malade l'oblige 
entrer avec lui dans ce domaine.

Cela arrive bien plus souvent qu'on ne se le figure: le malade qui,
pendant ses douloureux loisirs, a eu tout le temps d'apprcier l'inanit
de toutes les ressources morales qu'on lui offre, et la banalit des
consolations habituelles, qu'il n'accepte d'ailleurs qu' son corps
dfendant, se sent,  un moment donn, proccup d'une faon insolite
par les grands problmes de l'au-del, de la destine humaine. Sans
compter qu'il est envahi d'une crainte angoissante. Combien de fois
n'ai-je pas entendu des malades me dire: J'ai peur! Peur de quoi? Ils
n'en savent rien; ce n'est pas, en gnral, d'avoir  quitter cette
lamentable existence, qui ne leur offre rien de bon;--encore que
parfois, sans qu'ils s'en doutent, la voix sourde de l'instinct de
conservation parle l en eux: mais, quoi qu'il en soit, ils ressentent
une peur vague, animale; et, dans cette dtresse morale, ils
s'accrochent dsesprment  tout ce qui peut leur donner du rconfort.

Ces deux motifs expliquent le besoin qu'prouve souvent le malade
d'aborder des problmes qui, en tat de sant, lui taient compltement
indiffrents. Or, avec qui les abordera-t-il? Est-ce avec la bonne
religieuse, qui rpondra  toutes les questions par de petites
dvotionnettes ou des pratiques tout  fait en dehors des habitudes du
malade, des pratiques qui n'ont de raison d'tre que pour les fervents,
et qui risquent de rvolter l'esprit de ceux qui n'en comprennent pas le
sens cach? Est-ce avec le visiteur plus ou moins press qui, entrant
en coup de vent prendre des nouvelles du malade, et ne pensant qu'
ses affaires pendant qu'il lui dtaille ses misres, se borne  lui
rpondre: Patience! si vous souffrez ainsi, c'est qu'il pleut, ou qu'il
fait chaud, etc.? Trop heureux encore le malade, quand ces visiteurs ne
l'assassinent pas en lui parlant de leurs affaires personnelles, alors
que la victime n'a qu'une affaire qui l'intresse au monde! Vraiment,
tous ces consolateurs de passage feraient mieux de rester chez eux;
non seulement ils ne sont d'aucune utilit, mais ils contribuent 
entretenir la maladie, surtout quand ils se succdent prs du lit des
patients. Chose curieuse, les amis les plus intimes, ceux qui dans le
cours ordinaire de la vie recevaient les confidences les plus secrtes,
n'ont plus, prs du malade, le crdit antrieur. Cela tient en partie
 ce que l'amiti d'autrefois tait entretenue par des confidences
rciproques; or,  partir du jour o le malade a t srieusement
touch, il n'y a plus de rciprocit possible, car les affaires de ses
meilleurs amis ne l'intressent plus, il ne s'intresse qu'aux siennes,
c'est--dire  sa maladie.

Le malade prendra-t-il, comme confidents de ses graves proccupations,
les personnes de son entourage immdiat, pre, mre, mari, femme, etc.?

Quelle mdiocre ressource!--Certes, ce n'est ni le dvouement, ni la
bienveillance, ni la tendre affection qui font dfaut aux membres de
la famille; mais le malade se garde bien de leur confier ses chagrins
intimes, d'abord par crainte de les alarmer, et ensuite parce qu'il sait
d'avance ce que pourront lui dire ces personnes, qu'il connat de tout
temps. Qui alors? Le prtre? Mais, bien souvent, le prtre n'a pas ses
entres dans la maison; et mme, s'il s'agit d'un malade dont l'tat
soit un peu inquitant, la famille de celui-ci fait tout ce qu'elle peut
pour retarder une visite qui risque de l'effrayer. Il sera bien temps
d'appeler le prtre quand le malade sera sans connaissance!

Que reste-il donc?--Le mdecin.

Le besoin qu'a de lui le malade, pour la sant de son corps, lui donne
une influence et une autorit morales suprieures  celles mmes des
parents ou des amis les plus respects. C'est  lui surtout que le
malade est tent de confier ses doutes, ses proccupations d'au-del,
ses vagues espoirs, tout ce monde d'ides qui s'agitent en lui avec une
abondance et une intensit inaccoutumes.

Au mdecin, donc, d'tre  la hauteur de sa tche, sur ce domaine
particulier de la psychothrapie, dont l'importance est souvent
capitale.

Mais que doit-il faire? En prsence d'un malade qu'il voit partag entre
des restes de foi plus ou moins effacs, et cet tat d'incrdulit,
active ou passive, qui est aujourd'hui si commun; en prsence d'un
malade qui, sans croire qu'il va mourir, craint cependant de mourir,
et se demande avec angoisse si cette mort signifiera vraiment pour
lui l'anantissement ternel, ou bien s'il y a quelques chances qu'il
retrouve ailleurs, avec une vie nouvelle, la socit de ceux qu'il a le
plus aims sur cette terre; en prsence d'un tel malade, que doit faire
le mdecin? Il faut que, dans ces graves circonstances, il ne perde
jamais de vue que le malade est semblable  un noy qui cherche  se
raccrocher  la moindre branche de salut; si donc il n'a  lui offrir
que de froides thories philosophiques, aboutissant  la dsesprance
finale, s'il est lui-mme bien convaincu que la mort signifie, pour le
malade, la fin absolue, et la sparation  jamais d'avec ce qui lui
est cher, alors il fera mieux de se taire et de garder pour lui des
doctrines qui, en admettant mme qu'elles fussent exactes, ne pourraient
tre, ici, d'aucun rconfort. Ce dont le malade a besoin, c'est
de soutien moral, c'est de foi, c'est surtout d'esprance. Or, o
trouvera-t-il tout cela en dehors de la doctrine de celui qui a dit:
Venez  moi, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai?

L'influence utile de la religion est, d'ailleurs, reconnue par tous les
mdecins qui se sont occups des maladies nerveuses; et c'est avec
plaisir que nous avons lu les lignes suivantes, dans le livre du Dr
Dubois[13], de Berne, qui cependant, dans le reste de son ouvrage,
dveloppe avec complaisance des thories philosophiques fort loignes
de l'orthodoxie chrtienne:

[Note 13: Dr Dubois. _Les Psychonvroses et leur traitement moral_,
1904.]

La foi religieuse pourrait tre le meilleur prservatif contre ces
maladies de l'me, et le plus puissant moyen pour les gurir, si elle
tait assez vivante pour crer, chez ses adeptes, un vrai stocisme
chrtien. Dans cet tat d'me, hlas! si rare, dans les milieux bien
pensants, l'homme devient invulnrable; se sentant soutenu par son Dieu,
il ne craint ni la maladie ni la mort. Il peut succomber sous les
coups d'une maladie physique, mais, moralement, il reste debout au
milieu de sa souffrance, il est inaccessible aux motions pusillanimes
des nvross. Et, plus loin,  la leon, XXXV: Ceux  qui leur
tournure d'esprit permet encore la foi nave trouveront un appui dans
leurs convictions religieuses,  condition qu'elles soient sincres et
vcues.

Mais, s'il en est ainsi, est-ce que le devoir n'en rsulte pas, pour le
mdecin psychothrapeute, d'encourager son malade dans ces convictions
religieuses qui peuvent le rendre inaccessible aux motions
pusillanimes des nvross?

Dans les cas o la foi religieuse, sans tre assez, vivante pour crer
un vrai stocisme chrtien, subsiste encore, et cherche vaguement  se
raviver sous l'enveloppe de l'indiffrence ou du scepticisme mondains,
est-ce que ce n'est pas une obligation pour le mdecin de l'y aider,
autant qu'il le peut?

Voici donc le mdecin transform, malgr lui, en aptre. Mais nous ne
craignons pas de le redire: pour soutenir ce rle, auquel il n'est pas
prpar, il a toujours besoin d'une discrtion extrme, et il ne doit
s'avancer qu' pas mesurs sur un terrain aussi dangereux.



CHAPITRE V

AUTRES AGENTS THRAPEUTIQUES



La psychothrapie est la base du traitement, pour les malades chez qui
les troubles nerveux et mentaux prdominent. Dans les autres formes de
la dchance du capital nerveux, elle joue aussi un rle important; de
l les rsultats remarquables obtenus, mme dans les maladies  forme
gastrique, abdominale, etc., par quelques-uns de nos confrres,
qui arrivent, en effet,  soulager et gurir un certain nombre de
dyspeptiques et abdominaux, tout en excluant systmatiquement toute
proccupation de rgime alimentaire. Mais,  mon avis, ces confrres
tombent dans l'exagration; mme s'il n'y a pas de troubles gastriques,
le rgime du malade doit tre surveill; et  plus forte raison quand
l'estomac ou l'intestin protestent. Le rgime, en ralit, joue, dans
la thrapeutique des malades  phnomnes intestinaux et gastriques, un
rle au moins gal  celui de la psychothrapie.

Erreur, rpondent les psychothrapeutes outranciers: lorsque vous
faites du rgime, lorsque vous imposez  vos malades telle ou telle
alimentation, qui varie d'ailleurs d'une latitude  l'autre, d'une
maison de sant  l'autre, les bons rsultats que vous obtenez sont dus,
exclusivement,  la psychothrapie que vous faites sans le savoir. Si
le docteur un tel gurit beaucoup de dyspeptiques en leur donnant du
macaroni sous toutes les formes, ce n'est pas parce qu'il remet leur
estomac en tat, c'est simplement parce qu'il leur inspire confiance; en
fait, il les gurit par suggestion, et malgr le rgime. Car le
rgime, ajoutent-ils, entretient plutt l'ide de maladie: le malade
s'auto-suggestionne  chaque prise alimentaire, et ce qui peut arriver
de plus malheureux  un nvropathe, c'est de trouver un mdecin qui le
soumette  un rgime alimentaire, quel qu'il soit.

Cette opinion me semble absolument excessive. Je voudrais bien voir
traiter, par la psychothrapie seule, telle ou telle jeune fille qui
vomit tout ce qu'elle prend, qui a des constipations de plusieurs
semaines, qui, outre les troubles nerveux, a des troubles digestifs
mettant sa vie en danger. Qu'on russisse souvent  gurir les malades
sans rgime, ou avec un rgime qui n'a rien de mthodique, qui n'est en
somme que la suralimentation, dans une maison de sant, c'est possible:
le changement de milieu, l'loignement des causes qui avaient produit et
entretenu la maladie, l'influence salutaire indiscutable du mdecin,
expliquent ces miracles. Mais c'est une exception qu'on doit se garder
de gnraliser; et mon avis est qu'il faut toujours, en mme temps qu'on
fait de la suggestion, instituer un rgime alimentaire appropri au
fonctionnement de l'estomac et de l'intestin malades.


I

RGIME


Nous avons dj mentionn des cas o l'estomac et l'intestin, atteints
d'une sorte d'inertie, se refusent  tout travail, et indiqu les
symptmes physiques qui permettent d'affirmer cet tat d'inertie. Il
est vident qu'alors il faut fournir  cet estomac et  cet intestin un
travail frquent, mais peu actif; de l, ncessit de la dite liquide
dans les cas trs graves, parfois mme de la dite absolue pendant
vingt-quatre ou trente-six heures, et de la dite semi-liquide dans les
cas moins graves, avec prises alimentaires toutes les heures, ou toutes
les deux heures, suivant le degr d'inertie constat.

Il n'est point ncessaire de varier  l'infini le nombre des aliments.
Je me rappelle un malade qui avait tout  fait l'aspect d'un cancreux,
qui depuis deux mois maigrissait  vue d'oeil, ne digrait plus rien,
avait une constipation invraisemblable, ne pouvait plus se traner,
ne dormait plus, etc. Or, il s'est admirablement trouv d'un rgime
consistant  s'alimenter exclusivement de Revalescire. Je lui ai donn,
toutes les demi-heures, pendant trois jours, puis toutes les heures,
jour et nuit, pendant trois autres jours, puis toutes les trois heures
pendant huit jours, uniquement de la Revalescire, cuite dans du
bouillon de lgumes et de poulet. Aprs ces deux semaines, son estomac
lui permit de tolrer d'autres potages, puis des pures, puis des oeufs
et du poisson, et enfin de la viande trois fois par semaine; et il
partit guri, ayant augment de 20 kilogrammes en trois mois. C'est que
je faisais, en mme temps, de la psychothrapie! me dira-t-on encore?
Sans doute, j'en faisais, et j'ai mme d me dpenser beaucoup pour
faire accepter ce rgime  mon malade, pour lui persuader qu'il n'avait
pas une maladie incurable, pour le faire rester  Paris, dans les
conditions d'installation mdiocre o il se trouvait, etc.; mais
j'affirme que ce n'est pas la psychothrapie qui l'a guri, et que,
malgr la confiance qu'il avait en moi, malgr toute l'autorit que
j'exerais sur lui, malgr le repos au lit, si je lui avais donn 
manger ce qu'il mangeait auparavant, si je l'avais mis au lait, si
surtout j'avais fait de la suralimentation, ce malade n'aurait pas
guri; et la preuve en est que,  partir du premier mois, sitt que
je m'cartais du rgime mthodique, et que, pour essayer de gagner du
temps, je faisais un essai d'alimentation un peu substantielle, cet
essai, si timide qu'il pt tre, amenait invariablement un petit recul.
Si cet essai avait t prolong, il aurait srement amen une rechute.

Inutile de dire, aprs cela, que la Revalescire n'est nullement un
spcifique. Tout autre aliment semi-liquide aurait amen le mme
rsultat (panade bien cuite et bien passe, tapioca, arrow-root,
phosphatine, avnose, aristose, crme d'orge, de riz, etc)

Dans d'autres cas d'inertie intestinale, c'est au contraire le rgime
ultra-sec qui convient mais pendant quelques jours seulement: Le rgime
sec est d'un maniement difficile et doit tre trs vite remplac par le
rgime  restriction des boissons. Ces cas sont ceux o,  l'inertie,
se joint un lment spasmodique. Il faut alors donner au malade, toutes
les demi-heures d'abord, puis toutes les heures, pendant deux ou trois
jours, des aliments secs  grignoter; et ce rgime est spcialement
indiqu chez les malades chroniques dont le capital est gravement
atteint. Il est bien certain que la psychothrapie intervient assez peu
dans ces cas, et que, si l'on fait fausse route, si l'on donne  un
malade qui aurait besoin d'un rgime sec le rgime liquide, ou mme
semi-liquide, il n'y a point de suggestion qui puisse empcher les
fcheux rsultats d'une pareille erreur thrapeutique.

Dans certains autres cas graves, le malade maigrit, semble ne pas
pouvoir digrer, et ne digre pas, en effet, simplement parce qu'il
a peur de manger; il s'auto-suggestionne lui-mme. Oh! alors la
psychothrapie fait merveille. On doit donc forcer le malade  manger,
et  manger n'importe quoi, pour lui bien dmontrer qu'il peut tout
digrer. Mais je ne conseillerai jamais  un mdecin d'essayer ce
systme, de prime abord, chez un malade dont il n'aurait pas tudi
de trs prs le fonctionnement gastro-abdominal; il risquerait de
compromettre gravement la situation du malade, et la sienne propre.

D'une faon gnrale, dans le doute, mieux vaut procder avec une
sage lenteur, et se rappeler ce que nous avons dit du peu d'aliments
ncessaire  la conservation de la vie.

Il nous est impossible de tracer, mme  grands traits, les indications
de rgime qui conviennent aux divers malades. Thoriquement, le rgime
doit varier d'un individu  l'autre, et mme d'un jour  l'autre,
pendant toute la dure de la maladie. Mais, en pratique, les choses
se passent plus simplement. Le principe gnral, c'est qu'il faut faire
manger souvent les malades, sans attendre qu'ils aient des phnomnes
spasmodiques (tiraillements d'estomac, billements, etc.), et qu'il faut
les faire manger ds le rveil, et mme pendant la nuit pour assurer
le sommeil. La moiti d'un oeuf dur pris vers minuit, aprs le premier
rveil, dans les cas o le rgime doit tre plutt sec, une tasse de
cacao dans les cas o le rgime doit tre plus liquide, font mieux, pour
procurer le sommeil, que la meilleure des prparations opiaces.

Une seconde recommandation, c'est de faire reposer les malades aprs
avoir mang. Nous avons dj dit que, dans les cas graves, il faut
qu'ils se couchent pour manger; dans les cas moins graves, la position
horizontale aprs les repas s'impose, et n'est pas moins ncessaire
aprs le goter. L'homme tout  fait valide se trouve bien de faire,
aprs les repas, un exercice modr; et il y a aussi quelques
dyspeptiques auxquels cet exercice est profitable: mais c'est la grande
exception.

Et enfin, il y a un prcepte que ni le dyspeptique ni l'homme bien
portant ne doivent oublier: c'est qu'il n'est pas bon de se mettre
 table immdiatement aprs un travail musculaire. C'est ce qu'a
parfaitement expliqu le Dr Lagrange, dans ses remarquables travaux sur
les exercices physiques; et je ne puis mieux faire que d'y renvoyer
mes lecteurs, s'ils dsirent tre renseigns en dtail sur toutes les
questions de l'alimentation dans ses rapports avec l'exercice.


II

MOYENS ACCESSOIRES


Outre le rgime, il est encore un grand nombre de petits moyens
thrapeutiques que la psychothrapie ne remplacera certainement pas. Il
est trs simple, en vrit, de dire que, si l'lectricit, le massage,
la douche tide, paraissent faire du bien aux malades, c'est parce
que ces agents provoquent des suggestions favorables. Mais c'est une
conception par trop facile, et qui se trouve dmentie par l'exprience.
Tous ces moyens accessoires ont leur action propre, indpendante de
toute suggestion, action quelquefois trs puissante; aussi doivent-ils,
tout comme l'hygine alimentaire, tre soumis  un contrle srieux,
et ne pas tre employs  tort et  travers: mais, quand ils sont bien
manis, ils jouent un rle incontestable dans la thrapeutique. Le
principe gnral, c'est qu'il faut en user avec une extrme prudence, et
que, dans le doute, il vaut mieux s'en abstenir.

_Hydrothrapie_.--L'hydrothrapie froide est rarement indique; on
commence  le savoir! Dans tous les cas graves, alors que le capital
nerveux est vraiment compromis, elle peut occasionner des dsastres.

Les mdecins alinistes qui, autrefois, faisaient de la douche froide la
base du traitement de la folie, y on tous entirement renonc: la douche
froide ne convient que dans les cas exceptionnels, chez les malades
ayant encore un excellent capital, et auxquels on peut impunment
soutirer une dose considrable d'influx nerveux. Je comparerais la
douche froide  la saigne faite chez les malades qui n'ont plus de
pouls, qui sont moribonds, et auxquels une saigne peut parfois rendre
le pouls et la vie. C'est ce que nos pres appelaient la saigne dans
les cas d'oppression des forces. Or, pour pratiquer  coup sr la
saigne, dans ces cas, il fallait tre un virtuose; et, de mme, il
faut tre dou d'un doigt exceptionnel pour appliquer convenablement
l'hydrothrapie froide, chez les malades graves.

Que dirai-je de la mthode Kneipp? Les affusions, les lotions, le
manteau espagnol, etc., ont une action moins brutale que la douche. Bien
appliques, ces pratiques peuvent rendre de grands services. Elles le
peuvent surtout si le malade, plein d'une foi aveugle, et suggestionn
par avance, quitte son milieu pour aller les suivre, s'il va, comme les
fervents de Woerishoffen, dans un endroit tranquille, bien ar, o son
cerveau reste en jachre par le fait de l'horrible tristesse du milieu,
et s'il s'y soumet  une alimentation plus raisonnable que celle qu'il
avait chez lui. Tous ces lments entrent pour une part indniable,
dans les remarquables succs qu' obtenus Mgr Kneipp, et qu'obtiennent
encore,  un moindre degr, ses successeurs et ses lves,  Altkirch,
en particulier.

Pour en revenir  l'eau froide, il ne faut pas, de parti pris, se priver
de ses services, mais se rappeler qu'elle ne doit tre employe que chez
les malades qui ont encore beaucoup de ressort. Chez les malades de ce
genre, le maillot humide, notamment, constitu par un drap mouill
et tordu tendu sur un lit et dans lequel le malade se jette, est un
procd souvent trs utile et  la porte de toutes les bourses. On
entoure, avec le drap, le malade comme une momie, en l'enveloppant
ensuite de trois couvertures pralablement tendues, sous le drap. Nous
avons vu des malades, qui ne parvenaient pas  dormir, trouver, vingt
minutes aprs qu'ils taient dans ce maillot, un sommeil rparateur.
La dure des applications ne doit pas dpasser trois quarts d'heure; et
leur nombre peut sans inconvnients atteindre 80, employes
quotidiennement, mme pendant les rgles.

L'hydrothrapie tide trouve plus souvent ses indications. Le _tub_
tide, pratiqu dans la matine, avec une infusion de tilleul et
l'enveloppement dans une couverture, est essentiellement sdatif, si le
malade prend soin de se recoucher sans s'essuyer.

Le bain rpond aussi  de nombreuses indications; mais c'est un moyen
beaucoup plus actif qu'on ne se le figure dans le monde. Il est des
malades qui ne le supportent pas, que le bain, mme de cinq minutes,
nerve, empche de dormir; on doit tenir compte de cette susceptibilit,
et ne pas insister si le malade affirme que le bain lui est contraire.
Les mdecins alinistes se trouvent quelquefois amens  donner des
bains de douze et de vingt-quatre heures: c'est l une mdication trs
active, et difficile  manier. Il arrive, en effet, que les malades ont
des syncopes dans le bain; c'est dire la surveillance qu'il faut exercer
autour d'eux. Les bains de six heures conscutives sont journellement
employs  Louche, et avec grand profit, pour les malades atteints de
certaines formes d'eczma. Les eaux de Louche ont peut-tre une qualit
particulire, qui rend tolrables ces bains prolongs; ce qu'il y a de
certain, c'est que les bains de la mme dure avec de l'eau de Paris,
comme on les employait autrefois  l'hpital Saint-Louis, ne sont, en
gnral, pas tolrs, et qu'on a d rserver ce traitement pour les cas
exceptionnels.

C'est galement une qualit particulire de l'eau qu'il faut invoquer
pour expliquer la tolrance de certaines eaux minrales. A Badenweiller,
en particulier,  Gastein,  Nris, les nerveux supportent des bains
trs prolongs (pendant une et deux heures), alors que, chez eux, un
bain d'un quart d'heure les mettrait dans un tat pitoyable.

Il est cependant des malades qui ne supportent pas le contact de l'eau,
mme aux stations minrales que je viens d'indiquer; les mdecins de ces
stations auraient tort d'insister si, aprs les deux ou trois premiers
bains, ils observaient une aggravation de l'tat maladif.

Il faut bien savoir qu'il y a des malades dont on ne doit pas mouiller
la peau. L'application d'un cataplasme leur est odieuse, un bain de
pieds les rvolutionne, ils prouvent le besoin de se laver la figure
avec trs peu d'eau tide, ou mme avec du cold-cream. Dira-t-on que ce
sont l des phobiques? Il n'en est rien. La vrit, c'est que nous ne
connaissons pas tous les degrs de susceptibilit du systme nerveux,
ractif d'une sensibilit invraisemblable; et cette intolrance de la
peau pour l'eau est symptomatique. La preuve, c'est qu'elle disparat en
mme temps que les vertiges, gastralgie, constipation, maux de tte,
et autres misres dont l'ensemble constitue la maladie. Mais, aussi
longtemps qu'existe cette intolrance, le mdecin doit savoir la
respecter, et ne pas s'obstiner  faire faire au malade l'hydrothrapie
mme la plus mitige.

C'est dans ces cas que convient souvent l'application de la chaleur
sche. Un sac en caoutchouc,  moiti rempli d'eau chaude, appliqu sur
l'estomac aprs les repas, et, le soir, au lit, pour chauffer les pieds,
est trs apprci de beaucoup de malades. Ce procd, trs simple,
facilite la digestion, surtout chez les malades spasmodiques. Cependant,
on ne doit pas le recommander dans les cas d'inertie. Dans ces cas,
c'est la compresse froide, tendue sur le ventre, recouverte de taffetas
chiffon, d'ouate, et d'une ceinture de flanelle, qui rend service au
patient.

Le sac d'eau chaude dont je viens de parler peut encore tre remplac
par un sac en caoutchouc contenant un produit solide, qui se dissout par
la chaleur et abandonne, en redevenant solide, sa chaleur de fusion.
Ces petits appareils, connus sous le nom de _dermothermes_ ou de
_dermophores_, ont l'avantage de garder pendant cinq ou six heures une
chaleur gale. Ils ont, par contre, l'inconvnient d'tre un peu lourds;
aussi, quand l'installation le permet, leur prfrons-nous un tissu
mtallique trs lger, recouvert d'une enveloppe de soie, et chauff par
un courant lectrique  70 volts.

_Massage_.--Ce que nous disons de l'hydrothrapie s'applique, de point
en point, au massage. Le massage est un moyen violent qui ne devrait
jamais tre pratiqu en dehors du mdecin. Employ mme lgrement, il
fatigue beaucoup certains malades. Le massage abdominal, en particulier,
qui a t fort en honneur il y a quelques annes, constitue un procd
thrapeutique dangereux dans bien des cas; il faut qu'il soit toujours
pratiqu par une main exprimente, c'est--dire avec la plus grande
douceur. Il peut rendre alors quelques services, lutter contre la
paresse de l'estomac et de l'intestin; mais il faut bien se rappeler
que, mme alors, ce n'est jamais qu'un moyen tout  fait accessoire. Les
mdecins qui auraient la prtention de gurir la constipation par le
massage abdominal exclusivement s'exposeraient  un chec certain, parce
que la constipation n'est pas cause seulement par une inertie des
muscles de l'intestin, mais n'est que le symptme d'un tat gnral,
ainsi que nous l'avons dj expliqu.

Les frictions de la peau rendent, d'ordinaire, au moins autant de
services que le massage, et sont d'une application plus facile,
puisqu'elles peuvent tre confies  toutes les mains. Elles sont faites
avec un gant de molleton, jamais ou trs rarement avec le gant de crin;
seules les personnes bien portantes, ou les malades ayant encore une
grande somme de rsistance, supportent la friction violente au gant de
crin. Une bonne manire de faire la friction humide est la suivante:

Mettre le malade tout nu dans une couverture de flanelle; en extraire un
des bras, le frotter de bas en haut avec le gant imbib d'une solution
alcoolique tidie; ter ce gant, le remplacer par un gant sec,
frictionner de bas en haut, remettre le bras du malade dans la
couverture; s'emparer ensuite de l'autre bras, et agir de mme.
Frictionner successivement les deux jambes, toujours de bas en haut,
puis faire asseoir le malade sur son lit, lui frictionner le dos,
n'importe en quel sens, l'tendre de nouveau, travailler lgrement le
devant de la poitrine sans toucher  l'estomac ni au ventre. L'opration
doit durer dix minutes. Elle est  recommander chez presque tous les
malades, mme chez ceux qui sont trs gravement touchs. Bien faite, et
comme nous venons de le dire, elle n'est jamais dangereuse.

Les bains de vapeur sont en gnral bien supports; mais les prendre
dans des tablissements spciaux expose  une grande perte de temps, et
 un refroidissement terminal. Mieux vaut les prendre  domicile, soit
dans des botes portatives, soit, mieux encore, au lit. On peut, dans
ce cas, utiliser la vapeur et l'air chaud manant d'une forte lampe 
alcool, et conduites sous les couvertures du lit par un tuyau en tle.
Mais un procd qui nous semble meilleur encore est le suivant: dans
des boites disposes _ad hoc_, mettre deux briques bien
chauffes,--appliquer une de ces botes aux pieds du malade couch, une
autre bote  chacun de ses cts, et attendre que la transpiration
survienne. Elle arrive infailliblement, avec une douce lenteur, et ce
systme permet: 1 de graduer la transpiration; 2 de ne pas mouiller
les draps et les couvertures, comme le fait l'air satur de vapeur qui
sort d'une lampe  alcool. Nous prconisons ces bains d'air sec chez les
malades obses, rhumatisants, atteints d'algies, de sciatique, etc.

En thrapeutique, il n'y a pas de menus dtails: tout ce qui peut tre
utile au malade doit tre l'objet de nos recherches; et c'est le soin
des dtails qui fait la force, et, disons-le franchement, le lgitime
succs de quelques-uns de nos confrres trangers.

_lectricit_.--L'lectricit n'est pas, non plus,  ngliger. Il est
certain que les courants de haute frquence ont, sur la nutrition en
gnral, et sur le systme nerveux en particulier, une action trs
puissante, notamment chez les nerveux atteints de prurit anal (Dr
Leredde), et chez les malades envahis par une sensation permanente
de froid. Mais c'est l un procd forcment limit,  cause des
difficults d'installation et du prix de revient. Les applications
faradiques ou galvaniques sur l'abdomen peuvent galement avoir
leur efficacit; mais c'est l un procd trs actif, et qui, fort
heureusement, n'est pas, non plus, d'un emploi facile.

Le tabouret lectrique est souvent recommandable,  condition qu'on ne
tire pas d'tincelles. Les machines statiques  domicile sont des jouets
qu'on peut concder aux malades; qui sait cependant si le peu d'ozone
qu'elles dgagent n'a pas une influence utile?

Les bains lectriques constituent aussi un moyen puissant, et,
par consquent, difficile  manier. Ce que nous avons dit des
contre-indications du bain ne s'applique pas aux bains lectriques; il
est des cas o le bain lectrique, bien appliqu, rend d'excellents
services: tant vaut l'application, tant vaut le moyen. D'une faon
gnrale, on peut dire que le bain lectrique occasionne une courbature
notable qui,  l'inverse de la courbature produite par l'excs
d'exercice musculaire, amne le sommeil. Ces bains ne devraient tre
donns que tous les deux ou trois jours, et sous surveillance mdicale
trs exacte pendant toute la dure du bain. Dire qu'un pareil moyen
agit par suggestion, c'est noncer une affirmation qui n'a rien de
scientifique.

_Injections hypodermiques_.--Les injections hypodermiques constituent un
des agents les plus utiles de la thrapeutique. On peut rapporter aux
trois chefs suivants leur action bienfaisante: 1 toute injection, en
tant qu'injection, a une influence utile; 2 le mdicament inject a
son action propre; 3 une part de suggestion s'attache  l'emploi des
injections.

I. On sait, depuis les remarquables tudes du Dr Chron, que toute
injection hypodermique, quelle qu'elle soit, pourvu que le liquide
inject ne soit pas toxique, produit un relvement momentan de la
tension vasculaire, se traduisant par une sensation de bien-tre, de
vigueur; produit, en un mot, un effet dynamognique plus ou moins
prolong, Suivant la dose injecte, et suivant une foule d'autres
conditions.

Ainsi, qu'on injecte de l'eau sale, du liquide de Brown-Squard,
de l'ocanine, etc.; il y a toujours  compter avec cette action
particulire de l'injection en tant qu'injection sous-cutane ou
intramusculaire, en tant qu'agent modificateur de la pression sanguine.
De l l'utilit des doses massives de liquide, comme aussi la vogue
qu'ont eue, pendant un certain temps, les injections de srum
artificiel, dont la formule habituelle est  7 grammes de sel marin pour
un litre d'eau strilise. Malheureusement on sait, depuis quelques
annes, que le sel n'est pas un agent indiffrent, et qu'il peut devenir
toxique chez les malades dont les reins ne fonctionnent pas trs bien.
Il faut donc en user avec grande prudence.

Depuis un an, on fait beaucoup d'injections d'eau de mer strilise
(ocanine). On donne de 300  500 grammes de liquide, et les promoteurs
de ce nouveau mdicament en disent merveille: il est possible que l'eau
de mer soit un heureux mlange de substances utiles  l'organisme. Je
n'ai pas fait d'tudes sur ce sujet; je dirai seulement que j'ai essay
l'ocanine chez trois malades, vus en consultation avec le Dr Marie,
sans rsultats apprciables. Il est vrai que nous ne leur donnions que
des doses de 30 grammes par jour. D'une communication sur ce sujet faite
 la Socit de Thrapeutique, le 11 octobre 1905, par le Dr Marie, il
rsulte que ces injections, pratiques  des doses plus fortes, ont des
effets vraiment importants chez les nerveux, les alins, et qu'elles
n'ont pas les inconvnients graves des injections sales ordinaires, si
bien mis en lumire par M. le Dr Hallion  la mme sance de la Socit.
L'eau de mer n'a donc pas dit son dernier mot, et c'est probablement
un des prcieux mdicaments de l'avenir, comme le dit le Dr R. Simon;
d'autant que les injections massives qu'on en fait agissent galement en
tant qu'injections de liquide non toxique.

II. Il faut tenir compte de la nature du produit inject. Il existe,
certainement, des mdicaments dous d'une action reconstituante sur
le systme nerveux: les glycrophosphates, le cacodylate de soude et
surtout de magnsie, le srum de Brown-Squard, peut-tre la lcithine,
les phosphates, etc. Loin de nous l'ide d'tudier l'action de tous ces
mdicaments: disons seulement un mot des principaux.

Le cacodylate de soude est incontestablement un reconstituant de premier
ordre; on peut l'employer sans danger  des doses beaucoup plus leves
qu'on ne l'indique gnralement, et j'ai publi,  la Socit de
Dermatologie, des observations prouvant la non-toxicit du produit,
ainsi que l'utilit des hautes doses longtemps continues, dans certains
cas exceptionnels[14]. Le plus souvent, la dose indique par le
professeur Gautier, de 10 centigrammes par injection, est suffisante, et
il n'est pas ncessaire de renouveler plus d'une fois par semaine cette
injection,  la condition de continuer le traitement pendant deux ou
trois mois dans les cas moyens.

J'ai, d'ailleurs, fait une tude clinique dtaille de l'action des
cacodylates de soude et de magnsie,  la Socit de Thrapeutique, en
1902, en indiquant les trs rares contre-indications, et en prcisant,
dans la mesure du possible, les indications[15]. Le cacodylate de fer en
injections rend aussi des services, dans les cas exceptionnels o le fer
est indiqu (chez certaines jeunes filles anmiques, chloro-anmiques):
mais quatre ou cinq injections de 5 centigrammes, faites  raison de
deux par semaine, nous ont toujours sembl suffisantes.

[Note 14: Considrations sur la mdication cacodylique, _in Ann. de
dermatologie et Syphiliographie_, 6 mars 1902.]

[Note 15: _Bull de la Soc. de Thrapeutique_, 27 mars 1901.]

Les injections orchitiques de Brown-Squard, aprs avoir eu un moment la
faveur que l'on sait, sont tombes dans un injuste oubli. Ayant eu la
bonne fortune d'tre en relations personnelles et suivies avec le vnr
matre, de recueillir de sa bouche des aperus thrapeutiques de grande
envergure, que la mort ne lui a pas laiss le temps de vrifier et
d'enseigner, je reste convaincu qu'il faudra reprendre l'tude de
l'action dynamognique du liquide de Brown-Squard, prciser les doses,
le nombre des injections, etc. Ce travail n'a t qu'bauch par le
grand initiateur.

D'ailleurs l'opothrapie, en gnral, nous semble une mthode pleine de
promesses; j'ai cit notamment,  la Socit de Thrapeutique, en 1904,
le cas d'une malade  foie dfectueux arrive au dernier degr du
marasme, avec muguet dans la bouche, qui a t comme ressuscite par
l'emploi de trois lavements quotidiens prpars avec une macration de
200 grammes de foie de porc, frachement tu, dans 300 grammes d'eau
bouillie. Cette dame, une grande malade avec phnomnes nerveux et
dyspeptiques anciens, avait eu,  un moment donn, une insuffisance
hpatique; son foie ne fonctionnait pour ainsi dire plus (fivre
intermittente hpatique, urobiline dans l'urine, etc.); au deuxime mois
de cette complication, elle tait arrive  l'tat lamentable que j'ai
indiqu, quand nous emes l'ide de lui rendre ce qui manquait  son
foie. Le rsultat a dpass toute esprance; trois heures aprs le
premier lavement, la malade avait des urines claires et abondantes; huit
jours aprs, elle avait retrouv le sommeil et l'apptit, les selles
rgulires, etc. Une fois l'orage pass, le danger immdiat conjur, il
m'a encore fallu continuer  soigner l'estomac, le cerveau, l'intestin,
la peau de ma malade: mais, trois mois aprs, elle put aller achever sa
convalescence dans le Midi, et, depuis deux ans, elle va presque bien.
La complication hpatique n'avait t qu'un pisode dans le cours de la
maladie, qui voluait depuis vingt annes.

D'une faon gnrale, les prparations opothrapiques, auxquelles un
immense avenir semble rserv, ne rendront tous les services qu'elles
peuvent rendre que quand on trouvera le moyen de les donner par
voie sous-cutane, comme le faisait Brown-Squard avec son liquide
orchitique.

Chez certains malades, les prparations de strychnine par injections
hypodermiques ont un effet trs utile: mais il ne faut pas dpasser en
gnral la dose d'un milligramme de sulfate, ou mieux encore d'arsniate
de strychnine, ni faire plus de huit ou dix injections, rparties sur
trente jours.

Nous avons dit combien la grippe est dangereuse pour les malades, quels
qu'ils soient. C'est l'ennemie personnelle des neurasthniques. De l,
la proccupation constante que nous avons de faire la guerre  cette
affection accidentelle, de la couper ds ses dbuts. Or, il m'a bien
sembl trouver, dans le _cacodylate de gaacol_, un agent antigrippal
spcifique, sur lequel j'ai cru devoir appeler l'attention de mes
confrres,  la Socit de Thrapeutique, en janvier 1906.

Il est certain qu'une injection de cinq centigrammes de cacodylate de
gaacol, dans un gramme d'eau strilise, et pralablement sature de
gaacol, fait merveille chez les gripps au dbut: elle les gurit
en quelques heures. Deux ou trois injections conscutives suffisent
toujours pour couper la grippe, mme quand elle n'est pas prise au
dbut,  moins qu'il n'y ait de graves complications pulmonaires, et,
mme alors, le cacodylate de gaacol me semble trs recommandable.
Il l'est aussi dans ces convalescences interminables de grippe qui
rsistent  tous les traitements.

Dans les cas de grippe avec fivre, voire mme avec pneumonie, nous nous
sommes trs bien trouvs de donner, pendant trois ou quatre jours de
suite, des injections de quinine. Une seringue de Pravaz de la solution
suivante, introduite profondement dans le muscle, est trs bien tolre
et n'occasionne jamais d'abcs:

  Chlorhydrate neutre de quinine   3 grammes.
  Antipyrine                       2   --
  Eau distille                    6   --

Ces injections de quinine ont aussi un effet merveilleux dans les
nvralgies postgrippales, qui sont quelquefois si tenaces, et qui
rsistent mme aux opiacs (nvralgies sous-orbitaires, sciatiques,
nvralgies intercostales).

Je n'ai pas essay la quinine en dehors de ces suites loignes de la
grippe, cas de grippe aigu et de nvralgies postgrippales,--on ne peut
pas tout faire,--mais je crois bien que la quinine  petites doses,
donne en injections  tous les malades  dprciation nerveuse
momentane, aurait un effet dynamognique prcieux.

Dans certains cas de douleurs nvralgiques trop pnibles, les injections
d'hrone sont indiques; mais il faut savoir que l'hrone doit se
manier  doses trois fois moindres que la morphine; en d'autres termes,
on ne doit jamais dpasser un milligramme d'hrone, surtout chez les
malades dont on ne connat pas la tolrance. L'action antinvralgique de
l'hrone nous a sembl suprieure  celle de la morphine; mais il faut
bien se rappeler que l'hrone est un mdicament aussi dangereux que la
morphine, auquel les malades s'habituent, et rserver son emploi pour
les cas exceptionnels. J'ai souvenir d'un malade chez lequel je me
disposais,  contre-coeur,  employer l'hrone, lorsque, me ravisant,
je me demandai si la nvralgie crurale qui le torturait ne serait pas,
par hasard, d'origine syphilitique. Or, en reconstituant son histoire,
j'acquis la conviction que la syphilis tait vraiment en cause; et une
seule piqre de calomel eut raison  tout jamais de cette nvralgie
si pnible; tant il est vrai que le mdecin doit toujours penser  la
syphilis, quel que soit le malade qu'il a devant lui.

Chez les adultes, le traitement de choix de la syphilis tertiaire,
quelle que soit la manifestation syphilitique (aortite, gommes), nous
semble tre les injections mercurielles; celles au benzoate sont
douloureuses, et donnent des nodosits dsagrables; celles de biiodure
en solution aqueuse sont trs douloureuses. Nous prfrons l'huile grise
pour les cas moyens, le calomel pour les grandes circonstances, et
l'huile au sublim,--dont nous avons donn la formule en 1881  la
Socit de Dermatologie,--chez les syphilitiques puiss, auxquels
l'huile sert d'aliment.

Et puisque nous parlons d'injections huileuses, le moment est venu de
dire un mot de nos travaux antrieurs sur l'action dynamognique de
l'huile crosote, en injections sous-cutanes _ dose maxima tolre_.
Nous les avons surtout employes et les employons encore chez les
tuberculeux; mais nous tions guid par une fausse conception thorique;
et si la crosote _bien manie_ reste,--et restera longtemps,--le
mdicament de choix chez les tuberculeux, ce n'est pas parce qu'elle
agit contre le bacille de Koch, comme antiseptique, c'est parce qu'elle
a une action non douteuse, extraordinairement puissante, sur le systme
nerveux.

La crosote est, en effet, un agent dynamognique de premier ordre.
Aussi les tuberculeux sont-ils loin d'tre les seuls malades qui
puissent tirer parti de ce prcieux mdicament; et si je ne craignais
d'tre accus de paradoxe, je dirais que ce sont eux qui en tirent le
moindre bnfice,  cause de la difficult que prsente le maniement de
la crosote chez ces malades, toujours prts  avoir la fivre. L
o les injections d'huile crosote font merveille, c'est chez les
pseudo-tuberculeux, qui sont tellement dmolis par les troubles
gastriques, nerveux, etc., qu'ils ont l'aspect de phtisiques tout en ne
l'tant pas. Chez eux, la crosote bien manie rend, en quelques jours,
l'apptit, la force, en un mot la vie.

Le seul inconvnient de la crosote, et qui restreindra longtemps son
emploi, c'est l'extrme difficult qu'il y a  la manier. Pour ma
part, je me suis attach  surprendre les moindres manifestations de
l'intolrance, et  les dcrire minutieusement afin de permettre aux
praticiens de ne jamais dpasser la dose utile;  appeler l'attention
sur les intolrances accidentelles, qui doivent faire immdiatement
suspendre le traitement, ou baisser la dose accepte les jours
prcdents. J'ai mme tellement insist sur les dangers de la crosote
que quelques confrres m'ont accus d'avoir fait son procs; mais la
dynamite aussi est une arme redoutable, ce qui n'empche pas que, bien
manie, elle rende des services[16].

[Note 16: Dans les injections d'huile crosote, il n'y a pas
seulement que la crosote qui soit utile. L'huile absorbe, digre par
la peau, est un aliment de premier ordre, et j'ai pu nourrir pendant un
mois, avec des injections sous-cutanes d'huile et des lavements aqueux,
un malade atteint d'ulcre de l'estomac. Un mois durant, ce malade est
rest  la dite _absolue_, ce qui a donn  l'ulcre le temps de se
cicatriser. Je lui faisais faire, tous les jours, une injection de
150 grammes d'huile convenablement prpare. Le danger des injections
huileuses est la pntration de l'huile dans un vaisseau sanguin, d'o
peut rsulter une embolie qui peut tre mortelle; mais j'ai indiqu le
moyen de se mettre _srement_  l'abri de tout accident grave. Le secret
consiste  bien connatre les moindres symptmes d'introduction de
l'huile dans le torrent circulatoire, et  arrter l'injection ds
l'apparition de ces symptmes. Rien n'est plus facile que d'arrter 
temps cette injection, si on la fait avec la lenteur voulue; mais
cette lenteur n'est possible qu'avec l'emploi d'un appareil spcial, 
fonctionnement automatique. Au reste tous ces points sont tudis dans
mon livre sur le _Traitement de la tuberculose par la crosote_.]

III. Les injections hypodermiques, quelles qu'elles soient, agissent
encore d'une autre faon. En dehors des proprits particulires 
chaque mdicament, et de l'action dynamognique reconnue  toute
injection sous-cutane et mme intra-musculaire, elles agissent encore
par suggestion. Elles font prendre patience au malade, en attendant
que les autres agents thrapeutiques, qui visent l'hygine crbrale,
mdullaire, gastrique, intestinale, cutane, etc., aient eu le temps de
produire leurs effets. Car, comme ces agents n'ont qu'une action lente,
comme ils ne procurent pas de rsultat immdiat, le malade serait vite
dcourag, si on ne lui donnait pas du premier coup, un remontant,
factice peut-tre, mais certainement utile, et ayant une action
vidente, rapide, qui le fait patienter et lui inspire confiance.

La pratique des injections hypodermiques est galement utile au mdecin
 un autre point de vue: elle lui permet d'apprcier trs vite le degr
de confiance que lui accordent le malade et son entourage. Or, de
ce degr de confiance drive, dans une notable mesure, le rsultat
thrapeutique final. Si le mdecin sent que son malade a foi en lui,
il dploiera, pour lui venir en aide, toutes les ressources de son
intelligence et de son coeur; dans le cas contraire, il se sentira 
tout instant, gn, paralys, inhib, et il risquera de n'avoir pas
toute la clairvoyance ncessaire. De l l'importance qu'il y a, pour
lui,  valuer le degr de confiance qui lui est octroy. Eh bien! pour
l'apprcier, il n'y a pas de meilleure pierre de touche que l'injection
hypodermique. Car si le malade et son entourage acceptent celle-ci
aveuglment, du premier coup, sans mme demander la formule du liquide
inject, c'est toujours signe que le terrain est bon, et que le malade
acceptera avec la mme obissance les diverses prescriptions qui lui
seront faites. Dans certains cas, il est vrai, le malade accepte, non
parce qu'il a confiance, mais par une sorte d'inertie; peu importe,
il acceptera avec la mme passivit les prescriptions qui lui seront
faites, et c'est l l'essentiel. Quand, au contraire, le malade, ou
surtout son entourage, manifestent une curiosit inquite, qu'on ne
parvient pas  satisfaire par une rponse banale, quand ils expriment
des apprhensions sur la nature et les effets du liquide inject, on
peut dire que le cas est mauvais, ou tout au moins mdiocre; et le
mdecin aura beaucoup  faire pour conqurir la confiance.

Certes, cette curiosit et ces apprhensions sont lgitimes, et ce que
nous disons ici ce n'est pas pour les empcher: mais il n'en est pas
moins vrai qu'elles constituent une sorte de suspicion, que le mdecin
a intrt  connatre afin de travailler  la faire cesser et d'tablir
ainsi, entre son malade et lui, cette confiance rciproque qui est la
condition indispensable d'un traitement efficace.--Or l'attitude des
malades en face des injections qu'on leur propose constitue,  ce
point de vue, un excellent moyen de diagnostic moral.

Parmi les autres moyens accessoires, il nous faut dire un mot des
applications locales, rvulsives ou drivatives, qui taient autrefois
si en honneur, et qui sont tombes dans un discrdit bien injuste.

_Vsicatoires_.--Autant nous protestons contre les larges vsicatoires
employs autrefois, et qui, chez quelques malades, produisaient de la
cystite, chez presque tous une douleur pire que le mal qu'on voulait
gurir; autant nous continuons  penser que le petit vsicatoire, sous
forme de mouche de Milan, ne doit pas tre ddaign. Chez les grands
malades qui ont le systme nerveux sens dessus dessous, une mouche,
applique derrire l'oreille, peut faire un mal extrme et produit
un tat d'agitation inconcevable, non pas  cause de la douleur
insignifiante qu'elle provoque, mais par le fait du trouble de
circulation qu'elle produit  distance. Ce seul fait suffirait  prouver
que l'application d'une mouche n'est pas indiffrente; rien, d'ailleurs,
n'est indiffrent en thrapeutique. Mais chez certains malades qui ont
encore un bon capital nerveux, la mouche, applique derrire l'oreille
droite, de prfrence, produit une sdation des plus remarquables, amne
le sommeil, dissipe le malaise mental et les divers troubles
innommables qui constituent l'tat nerveux; c'est sans doute  cause de
l'infriorit fonctionnelle de la partie gauche du corps,--habituelle
chez les malades, ainsi que nous l'avons dit,--que la mouche applique
derrire l'oreille droite produit ces effets favorables, qu'elle
produirait moins si elle tait applique  gauche; en tout cas, c'est un
fait d'observation. De mme, la mouche sur le creux de l'estomac peut
amener, si elle est applique trop tt, ou dans les cas trop aigus, une
aggravation notable des troubles gastriques; mais si elle vient  son
heure, elle provoque un apaisement notable des troubles digestifs. La
mouche lombaire, d'autre part, est souvent l'un des meilleurs remdes 
apporter  la constipation. Cette affirmation peut sembler singulire,
mais elle s'explique pour qui comprend l'origine, presque toujours
nerveuse, de la constipation.

_Empltres_.--Les applications d'empltres d'opium ne sont jamais
dangereuses, et font souvent le plus grand bien. tant donne l'extrme
susceptibilit d'un systme nerveux malade, qui se laisse impressionner
par les moindres influences, ce fait n'a rien d'extraordinaire. En tout
cas, j'affirme, au nom d'une exprience prolonge, qu'une mouche d'opium
applique  la tempe est souvent trs apprcie par les malades
cphalalgiques, qu'un empltre d'opium, ou de cigu et de belladone,
laiss sur l'estomac pendant huit jours, calme mieux, ou du moins d'une
faon plus continue, les douleurs gastralgiques, que ne le ferait une
srie d'injections de morphine.

De mme, l'empltre  l'oxyde de zinc, appliqu sur la colonne
vertbrale, immdiatement au-dessous de la premire vertbre dorsale,
sur une longueur de dix centimtres, attnue singulirement certains
phnomnes mdullaires dont se plaignent les malades, en particulier
les inquitudes dans les jambes qui sont si frquentes chez les grands
neurasthniques.

Tous ces moyens si simples ne sont donc pas  ddaigner. A eux seuls,
ils seraient insuffisants; mais, ajouts au rgime alimentaire, au repos
mthodiquement dos, aux applications hydrothrapiques raisonnables, et
 la psychothrapie, ils amnent srement la gurison, lorsqu'il reste
assez de capital biologique pour que la lutte ne soit pas impossible.

_Purgatifs_.--Nous usons trs peu des mdicaments fournis par la
pharmacope, pour ce motif bien simple que nous n'en avons pas besoin,
et que nous avons une crainte presque instinctive de tous ces agents
thrapeutiques  action violente et perturbatrice. Faut-il l'avouer?
c'est aussi parce que nous ne les connaissons pas.

Rien n'est, en effet, difficile comme l'tude d'un mdicament. J'ai
mis, quant  moi, des annes  tudier l'action du bromure, quand je
m'occupais plus spcialement des maladies nerveuses et mentales; et
quand, en octobre 1898, le professeur Gautier a bien voulu me confier
l'tude du cacodylate de soude, la premire chose que je lui ai dite,
c'est qu'il me fallait au moins deux ans pour pouvoir lui donner sur cet
agent thrapeutique une apprciation ayant quelque valeur. Enfin,
pour ce qui est de la crosote et du gaacol, j'ai mis cinq ans  en
connatre l'effet.

Comment, alors, avoir confiance dans des publications htives sur des
mdicaments dcouverts de la veille? Et, en ce qui est des mdicaments
anciens, ayant fait leurs preuves, je rpte que, en gnral, je les
redoute,  cause de l'extrme sensibilit des malades, qui dpasse tout
ce qu'on peut imaginer.

Les purgatifs, en particulier, quels qu'ils soient, m'inspirent une
vritable terreur. Mais, dira-t-on, tous les jours nous les voyons
employer sans dommage, et mme avec une apparence de succs qui
saute aux yeux! Leur emploi rpond d'ailleurs  une indication bien
rationnelle, puisqu'il faut vacuer les rsidus de la digestion qui
empoisonneraient l'conomie! Il nous faut rfuter ces objections en
passant: qu'on donne un purgatif  un homme solide qui a un lger
embarras gastrique, il le tolrera, et paratra mme s'en trouver bien;
mais c'est une erreur d'interprtation, et si le purgatif ne lui a pas
fait de mal apprciable, c'est que tout est sain chez les hommes sains.
Mais donner un purgatif  un malade grave dont le systme nerveux
est profondment atteint, c'est provoquer chez lui des rflexes dont
personne ne connat l'importance, c'est quelquefois sidrer son
systme nerveux abdominal. C'est alors qu'on voit le ventre, qui avait
jusqu'alors une certaine tonicit, devenir flasque, inerte, perdre toute
raction; l'intestin est alors inhib dans son fonctionnement, et il
faut quinze jours, un mois, pour qu'il se ressaisisse, quand il se
ressaisit. Mais, dira-t-on, que faut-il donc faire chez les malades
constips? La rponse est bien simple: il ne faut pas s'occuper de leur
constipation, qui n'est qu'un symptme, et il faut les soigner en tant
que malades; la constipation disparatra d'elle-mme. Le moment nous
semble venu de protester une dernire fois contre les ides des gens du
monde, et des mdecins, relatives  la constipation.

Nombreux sont les gens soi-disant bien portants qui sont atteints de
constipation chronique. Quand nous disons bien portants, c'est une faon
de parler: car, en ralit, les constips ne sont pas absolument bien
portants. Mais il en est beaucoup qui vont et viennent, vivent de la
vie commune, tout en ayant une constipation opinitre; de plus il y a
beaucoup de vrais malades qui vont moins mal quand ils sont constips.
Une dame nous disait plaisamment,  ce sujet, que son intestin avait
horreur du vide. Tant que ces personnes ne sont pas atteintes de cette
obsession spciale qui empoisonne la vie des constips, elles tolrent
leur infirmit sans se douter qu'elle existe. Mais malheur  elles quand
elles commencent  se proccuper de leur constipation! C'est  partir de
ce moment qu'elles rapportent  la constipation les mille et une misres
qui sont l'apanage des neurasthniques. Malheur  elles, surtout,
quand elles entrent dans la voie des soi-disant traitements de la
constipation! Elles commencent par user du lavement simple, tide
d'abord, puis trs chaud, puis trs froid; puis elles ont recours aux
purgatifs doux, aux purgatifs plus violents, elles en arrivent aux
grands lavages. Elles font tant et si bien qu'elles irritent leur
intestin, et qu' leur constipation anodine succde l'entro-colite
membraneuse.

A partir de ce moment, la vie leur devient insupportable et le cercle
vicieux est tabli. Plus elles irritent leur intestin, plus la
constipation devient opinitre, et, pour lutter contre cette
constipation opinitre, elles irritent de plus en plus leur intestin.
L'obsession entre alors en scne, elles ne pensent plus qu' leurs
fonctions alvines,  la libert du ventre, qu'elles disent tre la plus
ncessaire des liberts. Elles donneraient la vie du genre humain pour
obtenir une selle; elles se prsentent  la garde-robe plusieurs fois
dans la journe, sans succs ou avec des rsultats insignifiants, et,
cette impuissance les affolant, elles ont recours aux moyens les plus
extraordinaires pour lutter contre l'odieuse constipation. Cet tat
mental des constips mrite d'tre tudi de trs prs; et toute
thrapeutique qui ne cherche pas  le modifier est, par avance,
condamne  l'impuissance.

La premire chose  faire, quand on se trouve en prsence d'un de ces
constips  obsession, est de lui persuader que la constipation n'est
pas l'ennemie, n'est pas la cause immdiate de toutes les misres
qu'il ressent, qu'elle n'est au contraire qu'un symptme d'importance
secondaire, prouvant simplement qu'il y a quelque chose de dfectueux
dans le fonctionnement du systme nerveux abdominal.

Persuadez  vos malades qu'il leur suffit d'aller  la garde-robe tous
les deux ou trois jours pour commencer, que, lorsqu'ils iront mieux, ils
iront quotidiennement; invitez-les  ne s'y prsenter qu'une fois par
jour,  heure fixe, en leur interdisant, dans la mesure du possible d'y
aller en dehors de l'heure rglementaire. Recommandez-leur de ne pas
lutter contre la constipation, mais bien contre le trouble nerveux dont
la constipation n'est qu'un symptme, et, s'ils vous coutent, si vous
avez le don de les convaincre, ils seront par cela seul  moiti guris.

Cependant, comme il faut tenir compte de leur tat mental, et un peu
aussi de la mentalit de l'entourage, on peut autoriser un petit
lavement d'eau bouillie  prendre le matin du troisime jour de
prsentation inefficace,  l'heure rglementaire de la prsentation,
lavement qui sera gard cinq minutes seulement. On peut encore, si l'on
croit devoir faire de grandes concessions, permettre au malade, le soir
du troisime jour de prsentation inefficace, un lavement d'huile, non
pas avec 200 ou 300 grammes d'huile, mais avec quatre ou cinq cuilleres
 bouche d'huile pure, lavement destin  tre gard toute la nuit; si
l'on y ajoute une forte dose de suggestion, ce lavement aura, pour le
lendemain, un effet magique.

Les pilules de belladone d'aprs la formule de Trousseau sont galement
recommandables; elles ont tout au moins l'avantage de ne pas tre
nuisibles.

Mais un agent vritablement utile, c'est le liquide orchitique de
Brown-Squard; c'est de la bouche mme du savant professeur que je tiens
ce renseignement, et je me rappelle encore, comme si c'tait hier, le
jour o il me disait ces paroles: De tous les services que m'ont rendus
 moi-mme mes injections de suc orchitique, celui que je place en
premire ligne, bien avant tous les autres, c'est qu'elles m'ont guri
d'une constipation opinitre. Et, ajoutait l'illustre matre, il faut
avoir t, comme moi, tortur par la constipation pour savoir toutes les
angoisses qu'elle occasionne.

Or il faut remarquer que l'auto-suggestion n'a jou aucun rle dans la
circonstance, car M. Brown-Squard ne s'attendait pas le moins du monde
 cet effet des injections do liquide orchitique.

Pour moi, utilisant ce prcieux renseignement, j'ai trait et je
traite encore par les injections de liquide orchitique les grands
neurasthniques atteints de constipation opinitre avec entro-colite.

_Eaux minrales_.--Si nous donnons peu de crance aux mdicaments de
la pharmacope, nous croyons, par contre, que les eaux minrales
constituent des agents thrapeutiques trs actifs. Voltaire, qui ne
respectait rien, disait que les voyages aux eaux ont t invents par
des femmes qui s'ennuyaient chez elles, et Diderot affirmait que, en
gnral, les eaux sont le dernier conseil de la mdecine pousse  bout.
On compte plus, ajoutait-il, sur le voyage que sur le remde.

Tous les deux taient, certes, des hommes d'esprit, mais ils parlaient
l de choses qu'ils ne connaissaient point. Si incommensurable que soit
la sottise humaine, les eaux n'auraient pas joui, depuis la plus haute
antiquit, et ne jouiraient pas du renom qu'elles ont encore, si elles
n'avaient pas vraiment une certaine efficacit.

Certes, dans les bons effets des cures minrales, il faut compter, pour
une certaine mesure, avec le changement de milieu, l'influence agrable
du voyage; mais il ne faut pas oublier que cette influence, utile
quelquefois, est quelquefois fcheuse. Aussi faut-il n'envoyer aux eaux
que les malades qui ont encore beaucoup de ressort, et dont le capital
n'est pas srieusement compromis.

Le changement de rgime alimentaire qui est impos aux malades, dans les
stations thermales, leur est parfois favorable, et peut avoir une part
d'influence dans les bons rsultats obtenus. Nous savons, en effet, que,
 un moment donn, il est utile de ne pas se confiner dans un rgime
alimentaire suivi depuis trop longtemps, et aussi que, dans certains
cas, il faut savoir brusquer l'estomac. Mais ce changement brusque, qui
souvent est utile, peut tre dangereux, au contraire, quand le systme
nerveux n'est pas de taille  supporter le soudain assaut impos.

C'est ce qui arrive souvent aux stations minrales, o le bon effet
des eaux est, en grande partie, contre-balanc par la mauvaise hygine
alimentaire. De l l'utilit qu'il y aurait  instituer, dans toutes les
villes d'eaux, des tables de rgime comme il en existe dans toutes les
maisons de sant bien tenues, o chaque malade, pour ainsi dire, a le
rgime alimentaire qui lui convient, dos et surveill par le mdecin de
l'tablissement. Rien de semblable n'existe, malheureusement, dans nos
stations minrales, parce que les mdecins n'y sont pas libres de tous
leurs actes, et ont  compter avec les hteliers qui, eux-mmes, ont 
compter avec leurs chefs de cuisine.

A Carlsbad, on a bien essay de faire des tables de rgime; et j'y
ai vu moi-mme des menus imprims; mais un bon nombre des mets qu'ils
annonaient se sont trouvs n'exister que sur le papier. A Vichy, par
contre, plusieurs mdecins sont arrivs  imposer  des tenanciers de
pensions de famille l'obligation de donner aux malades des rgimes
varis, suivant les prescriptions mdicales.

Quant aux indications des eaux minrales, elles varient  l'infini.

Certaines eaux ont certainement une action prdominante sur tel on
tel syndrome. Ainsi, ce n'est pas du tout en vertu d'une erreur
d'observation, ou d'un engouement irrflchi, qu'on attribue aux eaux
de Bagnoles de l'Orne une action presque spcifique sur les troubles
priphriques de la circulation (varices, hmorrodes, phlbites).
Les malades atteints d'hmorrodes, par exemple, voient srement, 
Bagnoles, diminuer l'ensemble de leurs misres (troubles nerveux,
dyspeptiques), mais plus particulirement les misres locales causes
par leurs hmorrodes. De mme Chtel-Guyon a une action non douteuse
sur le symptme constipation, action que n'a pas Vichy, qui, au
contraire, favorise la constipation pendant la dure du traitement.

De mme, les eaux de Brides-les-Bains ont, chez certains entralgiques,
convalescents d'appendicite, etc., une action vritablement spciale. De
mme encore, dans l'obsit, qui, comme nous le verrons, n'est qu'un des
symptmes de la maladie, elles ont une bienfaisance incontestable,
surtout si,  leur action, on ajoute celle d'une gymnastique en montagne
bien comprise et bien rgle. Les eaux de Bagnres-de-Bigorre n'ont pas
d'action spciale, mais elles rendent de prcieux services aux nerveux
fatigus. Celles de Vichy sont absolument indiques chez les malades
dont le systme nerveux digestif est en dtresse, et la Grande Grille,
en particulier, a une action d'une puissance extrme, qui ne s'explique
pas plus par la thorie des _ions_ que par les thories chimiques, mais
qui est indiscutable. Et il ne s'agit pas l de psychothrapie ni de
suggestion; la Grande Grille a des effets qui lui sont propres, et Vichy
est souvent un adjuvant dont on ne peut se passer. Mais il faut se
rappeler que c'est une arme difficile  manier, comme toutes les armes
puissantes, et qu' Vichy il ne faut envoyer que les malades ayant
encore une grande force de rsistance vitale.

Par contre, il ne faut pas croire qu'on ne doive y envoyer que des
dyspeptiques. Parmi les 30 ou 35 malades que j'y envoie, chaque anne,
il y en a au moins une dizaine chez lesquels les symptmes crbraux
prdominent,  condition, bien entendu, que ces symptmes ne soient pas
en rapport avec des lsions organiques; et ces malades se trouvent
au moins aussi bien de Vichy que ceux qui n'ont que des symptmes
gastriques ou hpatiques.

Autrefois, on ne craignait pas d'envoyer  Bourbon-l'Archambault les
malades atteints de lsions organiques du cerveau ou de la moelle,
hmiplgiques, congestifs, etc. Depuis quelques annes, la physionomie
de cette station a chang. Il y a eu des accidents provoqus par l'eau
chaude sur les malades  artres friables; et l'on se borne actuellement
 y envoyer les malades  troubles mdullaires superficiels,
connus vulgairement sous les vocables de rhumatismes chroniques ou
articulaires, sciatiques, nvralgies, etc. Marienbad, avec ses bains de
boue, Franzenbad avec ses bains d'acide carbonique, rendent aussi de
grands services aux rhumatisants et aux obses sans lsions organiques
apprciables.

Seule, la station de Lamalou a gard le privilge de recevoir des
malades  lsions organiques nettement dfinies, et dont nous ne nous
occupons pas dans ce travail.

Vittel et Contrexville conviennent aux malades chez lesquels le trouble
de la nutrition, qui n'est, en gnral, qu'un trouble du systme
nerveux, se traduit, sans que nous sachions pourquoi, par la formation
de calculs, soit dans le foie, soit dans les reins[17].

[Note 17: Pour supporter le traitement de Vittel, il faut avoir bon
estomac,  cause de la quantit d'eau qu'on est oblig de boire. De l
le nombre relativement limit de malades qu'on peut envoyer  Vittel.
Mais fouillez le pass de ces malades, et vous verrez que, longtemps
avant d'avoir la gravelle, ils ont eu de petits troubles crbraux, ne
ft-ce que des migraines, de petits troubles cutans, de l'obsit. Un
beau jour, une colique nphrtique les surprend, et l'on se figure que
c'est  partir de ce jour qu'ils sont devenus malades. Il n'en est rien.
La colique nphrtique n'a t chez eux, qu'un accident; bien avant
de l'avoir, ils avaient, mme du ct du rein, de petites misres qui
passaient inaperues: du lumbago, des urines charges de sable. Et si,
au moment o l'on s'est aperu de ces petits symptmes, on les avait
soigns mthodiquement, par le repos ou l'exercice suivant les cas,
par telle ou telle hygine alimentaire, telle ou telle pratique
hydrothrapique, telle ou telle hygine crbrale, ils n'auraient pas eu
de coliques nphrtiques, et n'auraient pas eu besoin d'aller  Vittel.
Mais, ne cessons pas de le dire, ils sont bien heureux de recourir
au traitement bienfaisant de Vittel pour se dbarrasser d'une des
manifestations importantes de leur maladie, au moins d'une faon
temporaire. Ils doivent seulement se rappeler que Vittel seul ne les
gurira pas, quand mme ils y retourneraient tous les ans.]

Les eaux arsenicales conviennent souvent  nos malades; la Bourboule en
particulier, Saint-Nectaire chez les enfants et les jeunes gens.

Mais nous ne voulons pas faire une revue des eaux minrales franaises
et trangres. Tout ce que nous voulons prouver, c'est que les eaux
minrales sont un agent thrapeutique de premier ordre, un agent que
tous les mdecins doivent connatre, non seulement parce qu'ils voient
dans les livres, non seulement par ou-dire, mais en se donnant la peine
d'aller les visiter. Il n'est mme pas mauvais qu'ils gotent, par
eux-mmes, aux diverses sources, et qu'ils ttent parfois des bains. Ils
ne tarderont pas  voir que ce ne sont pas des agents indiffrents: je
leur recommande, en particulier, un bain  Salies-de-Barn,  forte dose
d'eau sale. Aussi le monde mdical doit-il tre trs reconnaissant 
celui de nos matres, le professeur Landouzy, qui a organis, tous les
ans, des caravanes scientifiques pour visiter les eaux franaises;
quinze jours de voyage sous une bonne direction mdicale sont plus
utiles que six mois de travail dans les livres. On apprend ainsi 
connatre non seulement les eaux, mais aussi les mdecins des stations,
parmi lesquels il en est beaucoup qui ont des ides gnrales trs
intressantes sur la pathologie. Ces mdecins des villes d'eaux sont,
d'ailleurs, pour les praticiens, de prcieux collaborateurs, quand ils
veulent bien ne pas se borner  prescrire les eaux en boisson, les
bains, les douches, etc., et consentir  faire, en mme temps, oeuvre
mdicale vritable, c'est--dire surveiller le rgime, doser avec soin
le repos et l'exercice, et se souvenir que la psychothrapie ne perd
jamais ses droits.

_Voyages_.--Les gens du monde se figurent que les voyages font le plus
grand bien aux malades en gnral, qu' la suite d'un tat aigu, par
exemple, ds que le malade est transportable, il faut l'envoyer bien
loin de chez lui, et que, dans les tats chroniques, ce dplacement
lointain est la condition _sine qua non_ d'une gurison. Cette opinion
est base sur une erreur d'interprtation. Il est certain qu'un homme
bien portant se trouve trs bien d'un dplacement annuel, et les
vacances sont chose indispensable pour cet homme, quels que soient son
ge et sa situation. Il faut que, au moins une fois par an, l'homme bien
portant mette, pendant quelques jours, son cerveau en jachre, prenne
l'exercice dont il a t en partie priv pendant le reste de l'anne.
Ce temps consacr au repos crbral n'est pas du temps perdu, c'est du
temps bien employ.

Les vacances sont galement ncessaires  l'enfant qui travaille: et par
vacances nous entendons non seulement le repos crbral, qui doit tre
presque absolu,--ce qui, par parenthse, contre-indique l'usage des
devoirs de vacances,--mais aussi, autant que possible, le changement de
milieu, ne ft-ce que pendant une trentaine de jours. De l l'utilit
des colonies de vacances, que le professeur Landouzy appelle des
croisades de paix et de rdemption. Elles sont, dit-il trs justement,
la premire ligne de dfense contre la tuberculose. M. Plantet a fait
sur ce sujet,  la demande de l'Office central du travail, un rapport
des plus intressants et des plus complets, publi dans la _Rforme
sociale_, (16 juin et 1er juillet 1905). Il rsulte de ce rapport que la
France est en retard sur les autres pays, sur le Danemark, l'Angleterre,
la Suisse, l'Allemagne, la Belgique; que nous n'occupons, en somme, que
le sixime rang dans la lutte des socits contre le dprissement
de leur race. Cependant, depuis 1882, la France est entre dans le
mouvement, et les colonies scolaires franaises sont dj en nombre
considrable: il y a les colonies de la ville de Paris, 26 institutions
prives parisiennes, 40 comits de patronage s'occupant de procurer des
vacances aux enfants pauvres de la capitale; et des colonies semblables
fonctionnant dans cinquante-six villes de France. Au total, en
1902, 14000 petits Franais ont bnfici de ces institutions
philanthropiques[18].

[Note 18: Dans l'intressant rapport de M. Plantet, chacune de ces
colonies est tudie avec des dtails suffisants pour qu'on puisse se
rendre compte de son fonctionnement, du prix de revient, des rsultats
obtenus. Dans un premier type, les enfants sont logs en commun dans un
mme local (villas scolaires, coles communales vacantes pendant l't,
proprits prives, loues, acquises, spcialement amnages pour
abriter une collectivit  la campagne ou  la mer). C'est la colonie
d'internat.

Dans un second type, les enfants sont confis par petits groupes de
deux  quatre au plus,  des familles de cultivateurs recommandables,
moyennant un prix dbattu, dans les rgions rputes les plus saines.
C'est le placement familial.--Les deux systmes prsentent des avantages
et des inconvnients qui sont analyss de trs prs dans le travail
que nous signalons.--En ce qui concerne la sant, tous les rapports
constatent la plus-value dans toutes les rgions, en montagne, en
plaine,  la mer, aussi bien dans les colonies collectives que dans les
colonies familiales.

Quant aux rsultats moraux, tout dpend de la colonie et de l'esprit
qui l'anime. Beaucoup pensent qu'il ne suffit pas de faire gagner  de
pauvres enfants une livre de graisse par semaine. Il y a mieux  faire,
on peut raliser un bien plus durable: il faut viser  ce qu'ils
rentrent meilleurs  leur foyer. Dans certaines colonies, un tel soin ne
se devine gure. Dans d'autres, au contraire, c'est la pense dominante
et le rve du directeur. Le tout est de savoir choisir.]

Non seulement l'homme bien portant, mais celui qui n'est qu'un peu
fatigu par le surmenage crbral, et par les petites motions
quotidiennes, se trouve trs bien de changer d'air, de milieu, non
seulement une fois par an, mais mme chaque fois qu'il sent, chez lui,
cette sorte de malaise crbral prmonitoire de la neurasthnie, ou
certains troubles digestifs mal dfinis qui prouvent que son systme
nerveux abdominal n'est plus en fonctionnement parfait. Pour lui, un
dplacement de quelques jours est extrmement favorable. O qu'il aille,
il verra son apptit renatre, sa constipation disparatre, la sant lui
revenir. Que dis-je? chez certaines femmes nerveuses, mais au demeurant
ayant encore un capital srieux, l'unique fait de monter en chemin de
fer produit des effets apprciables, et, le jour mme du dpart, on les
voit transformes. Elles laissent  la premire station leurs phobies,
leurs inquitudes; c'est un changement  vue, un vritable coup de
thtre.

Mais autre chose est l'hygine de l'homme bien portant, ou du candidat
 la maladie dont le capital est encore presque intact, et autre
l'hygine du vrai malade. Voil ce que, d'une faon gnrale, les gens
du monde ignorent. Ils s'obstinent, malgr eux, par le fait d'un faux
raisonnement,  croire que ce qui fait du bien  l'homme valide doit
en faire encore plus  l'homme malade. Un bon bifteck saignant est
certainement utile  un travailleur bien portant; combien il doit tre
plus utile  un malade affaibli! Il va certainement lui rendre des
forces. Donnons-lui donc de la viande saignante; plus il en prendra,
plus vite il sera guri! Le malade proteste, il affirme que la viande
saignante lui fait du mal: c'est gal, qu'on lui en donne au moins
autant que son estomac pourra en digrer, ce sera toujours pour son
bien! On disait la mme chose, autrefois, pour le vin; les gens
intelligents commencent  comprendre que le vin, si utile  un
travailleur bien portant, n'est pas un aliment hroque quand il est
donn  des malades, mme sous forme de vins mdicamenteux.

De mme l'on raisonne pour l'exercice. Un exercice modr est utile aux
gens bien portants; il faut donc l'imposer au malade. Ce dernier a beau
dire que la moindre marche le fatigue, lui te le peu d'apptit et de
sommeil qu'il avait encore; c'est gal, il faut qu'il marche! On ne
conoit pas qu'il doive rester  la chambre, du moment qu'il peut se
tenir sur ses jambes. Le pauvre malade voudrait rester couch, il sent
que le lit lui est utile; c'est encore l, dit-il, qu'il souffre le
moins. Mais non, il faut qu'il se lve! Le lit te les forces, le lit
constipe! Et plus le patient est soi-disant bien soign, plus il a 
lutter contre ces prjugs, qu'on parvient difficilement  draciner
mme dans les milieux intelligents. Il ne faut pas non plus, dit-on,
laisser le malade dormir le jour, sans quoi il ne dormira pas la nuit!
Malheureux, qui ne voulez pas comprendre que l'insomnie de votre cher
malade tient  une excitation de ses cellules crbrales, et que le
sommeil est le meilleur remde  apporter  cette excitation, et que,
par consquent, le sommeil du jour prdispose au sommeil nocturne! Quand
donc aurez-vous une notion un peu prcise et raisonne sur la pathognie
de tous ces troubles dont l'ensemble constitue la maladie?

C'est aussi par une faute grossire de raisonnement qu'on considre les
voyages comme utiles aux malades. Encore une fois, ils sont utiles aux
gens bien portants, et d'autant plus utiles qu'on se porte mieux, parce
qu'ils permettent  l'homme dou d'un beau capital biologique de faire
de ces petites avances dont nous avons parl dj, de ces placements 
gros intrts qui augmentent sa fortune. Accidentellement, il est vrai,
il peut se faire que le placement soit malheureux: c'est ce qui arrive
chez l'alpiniste qui aventure une trop grosse somme d'nergie, et met
quelquefois quinze jours  se refaire d'une excursion par trop fatigante.
Mais enfin, en gnral, on peut dire que, chez les gens bien portants,
ces risques de dpenses exagres sont rduits  trs peu de chose. Le
malade, au contraire, est un indigent. Non seulement il ne doit pas
dpenser  tort et  travers, mais il doit parcimonieusement, et avec
un soin jaloux, garder le peu qu'il possde encore, et chercher  faire
des conomies. Si son indigence est momentane, il se remettra assez
vite  flot. Si elle est dfinitive, _a fortiori_ devra-t-il chercher 
ne pas faire de fausses dpenses.

Or, il ne faut pas se le dissimuler, pour le malade tout voyage est une
dpense; le changement d'habitudes, le surcrot de fatigue invitable,
 eux seuls, occasionnent de la dpense nerveuse. Si c'est un grand
malade, le voyage peut mme le tuer, comme il tue ces malheureux
typhodiques qu'on est quelquefois oblig, en campagne, ou qu'on se
croit oblig d'vacuer  de longues distances, sur des cacolets qui
les secouent d'une faon lamentable. Ils arrivent quelquefois morts 
l'ambulance lointaine, d'autres fois demi-morts; mais toujours leur tat
est extrmement aggrav. Si on avait pu les soigner sur place, ou les
vacuer  trs petites journes, dt-on les tenir privs des ressources
de la thrapeutique, et se borner  leur faire deux lotions fraches par
jour, ils auraient eu bien plus de chances de gurir. Je l'affirme au
nom d'une exprience personnelle, faite pendant la campagne de Tunisie.
Mais, sans parler des tats aigus qui contre-indiquent absolument
tout long dplacement, ne voyons-nous pas, tous les jours, des tats
chroniques aggravs  vue d'oeil par les longs trajets? Cet illustre
malade qui traverse toute la Russie pour aller au Caucase, dans le
vain espoir de retrouver la sant, et qui voit son tat s'aggraver
sensiblement en route; tous ces cardiaques, ces albuminuriques qui vont
aux eaux lointaines chercher la gurison promise, et en reviennent bien
plus fatigus que s'ils taient rests chez eux? Et les tuberculeux
avancs! ces tristes victimes des thories rgnantes et de la crainte de
la contagion.

Vous prenez l, dira-t-on, les cas extrmes, et on commence  comprendre
que les grands dplacements ne sont pas favorables aux grands malades.

Oui, mais j'ajoute qu'ils ne sont pas, non plus, favorables aux malades
_moyens_.

Pour me faire comprendre, voyez cette jeune femme nerveuse qui ne digre
plus, qui dort mal, qui est constipe, qui n'a pas ses rgles depuis six
mois; on se figure encore que, en lui faisant quitter le climat brumeux
du Nord pour l'envoyer sur la cte d'Azur, on va lui faire le plus
grand bien; c'est une profonde erreur. L'insolent ciel bleu du Midi lui
paratra odieux, et, aprs quelques jours, elle souhaitera, dans son for
intrieur, de quitter le dlicieux pays. Elle ne le dira pas, pour ne
pas torturer son entourage, elle souffrira en silence; et il peut mme
se faire qu' la longue son tat s'amliore; mais, srement, ce ne sera
pas l'effet du changement de milieu. Et il peut bien se faire aussi que
son tat s'aggrave assez pour que l'entourage se rende  l'vidence, et
ramne  grands frais, et avec d'infinies prcautions, la pauvre victime
dans le milieu qu'elle n'aurait pas d quitter.

En ralit, le voyage n'est utile que chez les gens qui paraissent n'en
avoir pas besoin. C'est pour bien faire comprendre notre manire de voir
que nous exagrons,  dessein, la formule de notre pense.

Il est bien certain qu'entre le malade grave, qu'on ne doit pour rien au
monde dplacer, et l'homme qu'on est convenu d'appeler bien portant, et
qui a tout intrt  faire des voyages d'agrment, il existe toute une
srie d'intermdiaires auxquels les voyages peuvent rendre des services.
Le changement radical de milieu, si dangereux pour le malade grave, peut
tre utile  l'individu qui n'est que sur la frontire de la maladie.
Quitte  avoir dans un htel une nourriture moins bonne, moins
hyginique, moins adapte  l'tat de son estomac, un dyspeptique pourra
se trouver bien de cette nourriture, si, en arrivant  l'htel, il
laisse ses proccupations incessantes, nervantes, de Paris. Comme toute
chose humaine, le dplacement peut avoir du bon et du mauvais, et on ne
peut formuler de rgles absolues pour les cas moyens; c'est au mdecin,
s'il est consult,  peser le pour et le contre, et  donner les
indications gnrales.

Mais il y a quelques conseils qu'il devra donner toujours au malade.
C'est:

1 De ne pas voyager de nuit.

2 De s'interdire les changements journaliers de stations, sauf dans
les cas o, pour une raison quelconque, on est oblig de gagner les
altitudes. Dans ce dernier cas, il faut, au contraire, imposer au malade
des stations intermdiaires, car l'exprience dmontre que rien n'est
prjudiciable  une grande nerveuse, par exemple, comme le voyage en une
seule traite de Paris en Engadine. Elle peut tre sre que, en arrivant
 destination, il lui faudra plusieurs jours pour s'adapter au nouveau
milieu d'altitude, pour faire son acclimatation; pendant ces quelques
jours, elle aura un malaise extrme, et, en particulier, de l'insomnie,
tandis que, si elle s'tait arrte deux fois en route, elle n'aurait
pas eu  payer ce tribut  la dpression baromtrique.

3 De s'interdire le voyage matinal; de ne pas croire que, parce que
le lever  l'aube est favorable  l'alpiniste bien portant, il soit
galement favorable aux neurasthniques qui ont besoin de leur sommeil
matinal.

4 Une prescription importante, c'est encore de se reposer,  l'arrive
 destination, pendant deux, quatre jours, suivant la valeur de
l'individu, pour rparer la dpense occasionne par le voyage. Ce repos
sera plus ou moins complet, suivant la gravit des cas. En principe, il
vaut mieux pcher par excs que par dfaut de prudence.

5 Pendant ces villgiatures, le malade ne devra pas faire de sorties
quotidiennes, sous le fallacieux prtexte de s'entraner; l'entranement
convient aux gens bien portants, mais le mot entranement doit
disparatre du vocabulaire du malade. Certes, le rle du mdecin est
d'entraner le malade; mais cet entranement, que j'appellerai mdical,
doit tre tellement progressif et mesur qu'il n'a, pour ainsi dire,
rien de commun avec l'entranement de l'homme bien portant et de l'homme
de sport.

Le malade ne devra faire un effort que tous les deux ou trois jours, et
profiter des jours intermdiaires pour se reposer. Ainsi il parviendra 
reconqurir des forces, tandis que, s'il espre s'entraner en dpensant
tous les jours un peu plus de son misrable capital, il ira droit  la
ruine.

On comprend aisment qu'un des facteurs importants du voyage est sa
longueur. Le voyage autour du monde ne convient  aucun malade; on peut
dire que, en gnral, il n'est pas ncessaire d'aller trs loin. Le
malade parisien, par exemple, se trouvera mieux d'une villgiature 
Montmorency que d'une lointaine expatriation. On ignore trop l'extrme
susceptibilit du malade au changement de milieu. Une simple promenade
_extra muros_ impressionne le malade parisien, quelquefois en bien, mais
le plus souvent en mal. Combien connaissons-nous de personnes qui
ne peuvent pas aller jusqu' Versailles sans avoir, au retour, une
vritable courbature, une nuit de moins bon sommeil, et, les deux ou
trois jours suivants, une aggravation de tous leurs symptmes morbides?

Leurs parents, qui n'y comprennent rien, prtendent que c'est affaire
d'imagination. Mais non, c'est un fait parfaitement explicable, et le
mdecin, qui connat cette susceptibilit invraisemblable, devrait
se constituer l'avocat des patients, au lieu de faire chorus avec la
famille et d'accabler le malade de conseils intempestifs. Certes, dans
certains cas, par une suggestion puissante, en rveillant ce qui reste
d'nergie latente au malade, en faisant, en d'autres termes, de la
psychothrapie rconfortante, il pourra, pour ainsi dire, dynamiser le
malade et lui donner la force de supporter non seulement le voyage de
Versailles, mais un voyage relativement lointain, et ce, pour le plus
grand bien, car le malade reprend alors confiance en lui-mme. Mais,
avant de donner cette suggestion, le mdecin doit bien tudier son
sujet, et savoir au juste ce qu'il vaut, sous peine de lui nuire en lui
demandant un effort au-dessus de ses forces.

Nous ne nous dissimulons pas que rien n'est plus difficile que de
connatre la valeur exacte d'un systme nerveux; c'est presque
impossible pour le mdecin qui voit le malade pour la premire fois.
Dans le doute, il vaut mieux ne pas imposer une fatigue qui risquerait
d'tre prjudiciable; on se repent rarement d'avoir t trop prudent. Un
lment d'apprciation qui est d'un grand secours pour le mdecin, en
pareille occurrence, c'est le dsir du malade lui-mme.

S'il ne dsire pas voyager, s'il se dit fatigu, il y a gros  parier
qu'il l'est en ralit. Le malade a toujours, en effet, une vague
conscience de sa valeur, et il faut tenir compte de son apprciation.
Si, au contraire, il manifeste vivement le dsir de changer de milieu,
c'est qu'il sent vaguement qu'il a des rserves de force nerveuse ayant
besoin d'tre utilises; il a un sourd instinct qui, en gnral,
le guide bien. Mais alors, direz-vous, le rle du mdecin est
singulirement restreint; il consiste  s'enqurir plus ou moins
discrtement des dsirs du malade, et  les transformer habilement
en prescriptions mdicales? A vrai dire, ce serait encore de la
psychothrapie; mais nous ne concevons pas les choses de cette faon.
Quelquefois, il arrive que l'instinct du malade le guide mal; il est
dvoy par des auto-suggestions, des prjugs ataviques, dos thories
plus ou moins scientifiques; et le rle du mdecin est, en ce cas, de
remettre tout au point, de dmontrer  son malade que son instinct, dans
telle ou telle circonstance, le guide de travers; que, bien qu'il n'en
ait pas envie, il doit aller de l'avant; et le mdecin mrite alors le
beau titre de directeur de la sant.

_La mer_.--Les voyages  la mer auraient d, en bonne logique, tre
tudis  la suite des cures thermales, parce que, en somme, le bain de
mer est un agent thrapeutique comparable aux bains d'eau sale qu'on
va prendre  Rheinfelden, Salies, Arcachon, Mouthiers-Salins, etc. Mais
nous les plaons  dessein  la suite de l'tude des voyages, parce
que, dans la pratique, le bain de mer est plutt considr comme voyage
d'agrment que comme traitement mdical. Cela est si vrai que le mdecin
est rarement consult sur l'opportunit du traitement marin, sur le
choix de la plage: et c'est  tort. D'autre part, aux bains de mer, le
traitement n'est pas surveill comme il l'est dans les stations d'eau
sale, et c'est galement regrettable; car la mdication par l'eau de
mer est active, et son emploi n'est pas indiffrent, surtout lorsqu'il
s'agit de malades impressionnables, auxquels la moindre intervention
fait du bien ou du mal.

Les principaux conseils que nous ayons  donner aux malades livrs 
eux-mmes,  la mer, sont les suivants:

1 Ne pas prendre de bains ds l'arrive, et se reposer des fatigues du
voyage, comme nous avons dit qu'il fallait toujours le faire;

2 Se rappeler que l'air marin a, par lui-mme, une action apprciable,
et qu'il n'est pas toujours utile de prendre des bains; qu'on peut, dans
certains cas, se contenter de stationner pendant plusieurs heures par
jour au bord de la mer;

3 Se rappeler aussi qu'une saison au bord de la mer constitue un
vritable traitement minral. Il faut donc au moins un mois pour obtenir
des effets srieux; et, par consquent, il n'est pas raisonnable d'aller
 la mer pour huit jours; c'est s'exposer  la fatigue du voyage et de
l'acclimatation sans aucun profit. _A fortiori_, ne doit-on pas prendre
un bain de mer accidentel, comme le font les maris qui, par train
spcial, arrivent toutes les semaines aux plages voisines de Paris, et
se croient obligs de prendre le bain traditionnel du dimanche. Ils
ont contre eux la fatigue du voyage, fait dans des conditions plutt
fcheuses, l'influence du changement brusque de milieu, les trop douces
motions du revoir conjugal, et le bain de mer achve de leur soutirer
une rserve d'influx nerveux. Le tout se solde, parfois, par un tat
subaigu, au retour, qui reoit le nom d'embarras gastrique, et auquel se
joignent souvent des douleurs rhumatismales.

Nous ne pouvons pas indiquer, dans cette tude rapide, les indications
et contre-indications des bains de mer. Le principe gnral est qu'il ne
faut pas en donner aux malades  capital restreint, et que, en ralit,
ils conviennent surtout aux gens bien portants. Plus le capital est
entam, plus aussi il faudra de prudence dans l'administration du bain,
au point de vue de sa frquence et de sa dure. Tout ce qu'on peut dire,
c'est qu'il faut, en gnral, le prendre trs court, cinq minutes en
moyenne.

Enfin, il faut tenir compte des effets produits par les deux ou trois
premiers bains. S'ils amnent de l'insomnie, c'est qu'ils sont trop
prolongs, ou trop frquents, ou tout  fait contre-indiqus. Il ne faut
pas croire qu'on puisse s'y habituer, et que, si les premiers font du
mal, les suivants feront du bien. D'une faon gnrale, d'ailleurs,
l'organisme ne s'habitue pas  ce qui lui est nuisible; et les
mdications, quelles qu'elles soient, ne doivent jamais faire de
mal, mme momentanment. Mais c'est l un point de doctrine dont la
dmonstration nous entranerait trop loin, et en dehors de notre plan.




TROISIME PARTIE




CHAPITRE I

LA PRIODE DE DCLIN



Nous avons  dessein plac dans l'tude de l'homme adulte la plus grosse
part de nos considrations thrapeutiques, parce que,  vrai dire, c'est
l'ge adulte qui est le plus intressant au point de vue mdical comme
au point de vue social, et que c'est pendant cette priode de la vie que
le mdecin peut faire le plus de bien au malade.

Au contraire,  partir du moment o l'tre humain est arriv au
sommet de sa courbe volutive, et, par consquent, o il va dcliner,
l'importance des agents thrapeutiques se limite de plus en plus,
jusqu' aboutir  zro quand l'homme arrive  la fin de sa carrire.

Dans les phases de la vie qui nous restent  tudier, la thrapeutique
doit viser, avant tout,  viter les dpenses de capital: mais son rle
pratique n'en reste pas moins trs apprciable; et l'on ne sait
pas assez combien une bonne direction mdicale pourrait prolonger
l'existence de l'homme arriv  la priode de dclin, voire mme  une
tape avance de cette priode.

Thoriquement, la priode de dclin peut commencer le jour de la
naissance. C'est ce qu'on observe chez les enfants qui n'ont pas la
force de vivre, et qui meurent aprs deux ou trois jours. A l'extrme
oppos, on voit des individus qui ne commencent  dcliner qu' un ge
trs avanc, ou encore dont la vie est brutalement interrompue,  un
ge relativement avanc, par un accident, avant que ne soit survenu le
commencement de la priode de dclin. C'est que ces hommes  prodigieuse
sant sont venus au monde avec un excellent capital initial, que leurs
parents ont su amliorer pendant la premire enfance, et qu'ils ont
ensuite amlior eux-mmes en s'interdisant toute dpense excessive, ou
en ne risquant qu' bon escient une certaine partie du capital, pour lui
faire rapporter davantage.

Chez ces individus fortuns, les affections intercurrentes ont, comme
nous l'avons dit, peu de prise. Ces privilgis sont semblables 
l'homme qui a reu les dix talents et qui, sachant les faire fructifier,
en rapporte dix autres, et reoit encore, en surplus, une rcompense.
Chez ces individus, le dclin n'arrive que trs tardivement, et ils
peuvent atteindre soixante ans tout en restant jeunes de coeur, de
corps, et d'esprit.

Entre ces deux extrmes, tous les intermdiaires sont possibles; et
nombreux sont les hommes qui commencent  dcliner  trente ans, qui
sont des vieillards  quarante ans. La plupart, cependant, commencent
 dcliner vers cinquante ans, et se maintiennent tant bien que mal
pendant quelques annes, puis dclinent  vue d'oeil  partir de
soixante ans. Malheur  eux quand,  cet ge, ils prennent une
pneumonie! D'ailleurs la moindre maladie accidentelle les dtriore
pour plusieurs mois, et l'on est tout tonn de la lenteur de leur
convalescence. C'est  partir de ce moment que les tares organiques,
latentes jusque-l, se rvlent, que l'homme qui avait une endocardite
avec laquelle il vivait en bonne intelligence, et dont parfois mme
il ne se savait pas atteint, voit tout d'un coup son coeur devenir
au-dessous de sa tche. A la suite d'un coup de froid insignifiant,
d'une indigestion, d'un excs alimentaire, d'une motion violente, d'une
grippe qui paraissait bnigne, il a de la dyspepsie, des palpitations,
des intermittences du pouls, puis un peu d'enflure des jambes; toutes
choses dont, au reste, le repos au lit suffit pour le dbarrasser cette
premire fois, parce qu'il n'est pas encore compltement us. Mais, six
mois aprs, sous l'influence d'une cause semblable, il a une nouvelle
atteinte, un peu plus de dyspne, un peu de congestion de la base gauche
du poumon, ou quelquefois des deux bases, un peu plus d'enflure des
jambes; et, cette fois, le repos au lit, la dite lacte, ne suffisent
pas  le remettre en tat.

La digitale est alors indique,  la dose de 10 centigrammes par jour en
infusion dans 200 grammes d'eau, que le malade prendra de deux heures en
deux heures, jusqu'au moment o il aura une salutaire crise urinaire.
Grce  ce prcieux mdicament ainsi administr, il fera encore les
frais de cet assaut; mais, la fois suivante, les mmes influences
insignifiantes amneront l'affolement du coeur avec albuminurie, et
alors la dchance pourra tre irrmdiable.

Il est certain que si, dans l'intervalle de ces assauts, notre homme
s'tait cout vivre, s'il n'avait rien laiss au hasard, si une sage
direction mdicale avait dos son alimentation, son travail, son
sommeil, s'il n'avait pas eu d'motions, si, pour conserver sa vie,
il avait, en quelque sorte, cess de vivre, il aurait survcu plus
longtemps et n'aurait pas eu sa deuxime atteinte; mais ce qu'il faut
bien se rappeler, c'est que, ds sa premire atteinte, ses jours taient
compts. Cette premire atteinte dnonait dj l'insuffisance de son
systme nerveux, incapable de donner au muscle cardiaque la force voulue
pour faire son office de pompe aspirante et foulante; le dclin, qui
avait peut-tre commenc quelques annes avant, s'tait traduit ds le
jour de ce premier accroc.

Le dclin peut n'tre qu'apparent; et les symptmes revtent parfois une
gravit qui fait croire,  tort,  l'entourage qu'il existe une brche
srieuse ou irrmdiable dans le capital vital du malade, alors qu'il
n'est touch que superficiellement. C'est au mdecin qu'il appartient
de faire un bon diagnostic, d'o dcoulent et le pronostic et le
traitement. Certes, le problme est souvent difficile  rsoudre,
et, pour y arriver, le mdecin n'a pas trop de toute sa finesse
d'observation, de toute son exprience, de toute sa pntration. C'est
dans ces cas que la mdecine est vritablement un art, et le mdecin un
artiste, appel  utiliser de son mieux les donnes scientifiques que
ses tudes antrieures lui ont fournies.

Il aura naturellement, pour l'aider dans cette tche, l'examen physique
du malade, et, en particulier, l'exploration abdominale, le ventre
tant, de tous les organes, celui qu'on peut le plus facilement
explorer, par la vue, le palper, la percussion; il aura, pour l'aider,
l'analyse des urines, trop souvent nglige. Il sera galement second
par l'tude du pass: il ne manquera pas de fouiller l'hrdit,
l'volution antrieure de la vie, chez le sujet qu'il examine. Celui-ci
a-t-il eu de grands assauts, et s'est-il ressaisi compltement? En ce
cas, c'est une prsomption en sa faveur: ce pass prouve qu'il a une
grande lasticit, un capital srieux, et qu'il est possible que, dans
la crise actuelle, il rebondisse encore une fois.--Au contraire n'a-t-il
jamais eu d'assaut important? le problme devient alors plus difficile,
car le mdecin manque d'une base pour apprcier la valeur relle du
capital. Aussi fera-t-il bien de rester dans une prudente rserve, et
si, dans le cas prcdent, il a t en droit de rassurer la famille
malgr la gravit apparente de l'tat du malade, dans le second cas, au
contraire, il ne doit dire qu'une chose: Je ne sais pas.

Pour ma part, je me mfie beaucoup des hommes  sant insolente, n'ayant
jamais eu besoin de soins, que je vois brusquement atteints par une
maladie accidentelle, par la grippe en particulier. Me trouvant sur
un terrain inconnu, je me demande, tout d'abord, si leur capital tait
aussi bon qu'il le paraissait, et si la grippe ne va pas provoquer la
faillite, la dbcle.

Ce sont l, je le rpte, des problmes cliniques extrmement difficiles
 rsoudre; mais ils ont un grand intrt au point de vue du pronostic 
porter, et du traitement  instituer. Et cet intrt est immdiat: car
si le mdecin souponne, chez son malade, une altration profonde que ne
traduit pas l'ensemble symptomatique, il doit redoubler de prcautions,
sa surveillance doit tre incessante, son zle doit prvoir les moindres
incidents, ne rien laisser au hasard. Il a alors  lutter non seulement
contre la maladie, mais aussi contre le malade, souvent indocile, et
contre les familles, qui trouvent qu'on en fait trop, qu'on prend trop
de soins, que le malade devrait se lever pour regagner des forces,
sortir pour se distraire, reprendre une partie de ses occupations pour
ne pas nuire  sa carrire; estimant, _in petto_, que le mdecin userait
de discrtion en espaant davantage ses visites, etc. Quoi qu'il arrive,
ce sont de mauvais cas pour le mdecin. Il est accus, si le malade
gurit, d'avoir retard sa convalescence, et, s'il succombe, de ne
l'avoir pas bien soign. Car enfin, un homme si bien portant! et qui
succombe  la suite d'une grippe, presque sans fivre! Srement, c'est
le mdecin qui est coupable! Il n'a, pour se consoler, que la conscience
du devoir accompli. Et d'ailleurs il peut aussi se dire que, dans
d'autres cas, on a attribu exclusivement  ses bons soins ce qui tait
d, en grande partie,  la valeur du sujet; il y a donc compensation.

En somme, le mdecin qui se trouve en face d'un malade quelconque est
appel  rsoudre le problme suivant: tant donns la valeur antrieure
du malade A, et le dchet que lui fait perdre la maladie B, quelle est
la valeur du capital restant A--B? Le simple bon sens indique que
cette quation ne peut pas se rsoudre par l'algbre, puisque nous ne
connaissons au juste ni A ni B. Aussi le mdecin ne doit-il jamais
quitter le terrain, relativement solide, que lui fournit la science,
pour se perdre dans les abstractions. Il doit seulement se rappeler la
parole d'Hippocrate: _Judicium difficile_, et faire de son mieux pour
approcher le plus possible de la solution du problme, qui, sans tre
d'ordre mathmatique, a cependant une solution.

Quand on fait ce qu'on peut, on rend Dieu responsable. [V. HUGO]

Existe-t-il, du moins, des symptmes permettant d'affirmer que l'homme
a atteint l'apoge de son volution, et est sur la pente du dclin? Eh!
non, tant qu'il est bien portant Il est videmment moins fort, moins
actif, que pendant la priode de croissance, il supporte moins les
petits carts de rgime, les fatigues, il est plus vulnrable, en un
mot, mais ce n'est pas un malade par cela seul qu'il est en priode de
dclin. S'il veut viter la maladie, il le peut, dans une, certaine
mesure, en s'coutant vivre, en surveillent son hygine quotidienne, en
ne faisant pas de fausses dpenses ou de dpenses exagres, ou, s'il
est oblig d'en faire par hasard, en les compensant aussitt par une
exagration momentane de prudence. Bref, la priode de dclin est la
priode des prcautions. L'homme en dclin devrait se rappeler qu'il
faut tre de sa sant comme il faut tre de sa condition, comme il
faut tre de son temps. En usant de ces prcautions, il peut prolonger
trs longtemps la dure de sa phase volutive, et atteindre ainsi
sans transition la vieillesse, qui pourra, si elle est galement bien
surveille, le conduire, sans transition brusque,  la mort.

Mais, quelques prcautions qu'il prenne, les circonstances de la vie
sont telles que, fatalement, il rencontre sur son chemin des influences
qui font baisser brusquement sa valeur. Quelles sont ces influences
invitables? Ce sont toutes celles que nous avons dj tudies
dans l'enfance, dans l'adolescence, et dans l'ge adulte: erreurs
d'alimentation, causes morales surtout, etc.

Y en a-t-il cependant, parmi ces influences, qui soient plus spciales
 la priode de la vie que nous tudions, la priode comprise entre
cinquante et soixante-cinq ans?

Chez la femme, tout le monde admet que la mnopause produit des
perturbations considrables; la preuve, c'est qu'on s'accorde  appeler
ge critique l'ge de la cessation des rgles. La mnopause ramne
souvent des troubles de sant qui avaient disparu depuis longtemps, et
amne quelquefois des troubles nouveaux, tels que ces sueurs profuses
dont se plaignent amrement les malades. Nous avons en vain essay
contre elles l'emploi de l'opothrapie ovarienne, et nous croyons que
c'est un moyen non seulement inutile, mais dangereux, et que le mieux
est de savoir attendre, en mettant la malade  un rgime restreint.

Dans les deux sexes, les motions morales jouent encore,  cet ge,
un rle considrable. C'est une fille mal marie, un fils qui fait le
chagrin de sa famille, c'est l'isolement au milieu d'indiffrents, la
perte des amis de la premire heure, l'ge des dsillusions, l'automne
de la vie, en un mot. Dans tous les cas, les pratiques de la
psychothrapie sont d'un incontestable utilit: seules, elles ne
suffisent pas  gurir un homme rendu malade par des influences morales;
mais, associes aux autres agents thrapeutiques, elles sont toujours
d'une grande utilit et souvent d'une ncessit absolue. J'ai plus fait
en rconciliant avec son fils un pre que le chagrin avait terrass,
en lui dmontrant la ncessit et la lgitimit du pardon, qu'en
le traitant, comme on le faisait depuis longtemps, avec toutes les
ressources de la pharmacope et des agents physiques.--Le fonctionnaire
qui prend sa retraite, et se voit brusquement condamn  une oisivet
force, ne sait pas que faire de son temps. En vain cherche-t-il, dans
la socit des hommes de son ge, un remde  son dsoeuvrement; et
quant  esprer trouver chez les gens jeunes de sa famille un rconfort
quelconque, il n'y doit pas songer. Les plus jeunes ont leurs affaires,
et les affaires sont les affaires; c'est tout au plus si la fille vient
faire ses couches  la maison.

Bref, une srie de chagrins multiples, auxquels on est encore sensible,
sont l'apanage ordinaire de cette priode de la vie. C'est  cet ge,
aussi, que se soldent,--car tout se paie,--les erreurs du pass, les
fautes contre l'hygine. Alors arrivent les traites imprvues, et, quand
le capitaliste veut mettre de l'ordre  ses affaires, il s'aperoit
trop tard que, depuis plusieurs annes, il ne s'est pas content de
ses revenus et qu'il a corn son capital. Mais, dira-t-on, pouvait-il
s'apercevoir de la mauvaise gestion de sa fortune? C'est l'ternel
problme du Connais-toi, toi-mme! de la sagesse antique. C'tait 
lui de voir que, de temps  autre, il avait de ces petites dfaillances
de sant qu'il traitait  la lgre, en leur attribuant des causes
banales et qui auraient d tre, pour lui, des avertissements
(l'avertissement sans frais du percepteur). Il aurait d, en homme bien
avis, rester toujours en de de ce qu'il pouvait donner.

Mais enfin le mal est fait; et il est encore temps, sinon de le rparer
compltement, au moins de l'attnuer dans une notable mesure, en se
surveillant de prs, et en ne laissant rien au hasard de ce qu'on peut
lui enlever par prudence et par calcul.

Certaines natures ultra-gnreuses ne s'aperoivent pas qu'elles
dpensent plus qu'elles ne devraient le faire; elles n'ont pas la
bonne fortune de recevoir les petits avertissements que nous venons de
signaler. Leur dbordante sant fait l'envie de tout le monde; mais ces
privilgis sont souvent des dshrits. Nous avons dit dj ce qu'il
fallait en penser, quand ils se trouvent aux prises, brusquement, avec
une affection accidentelle.

Malheur aussi  l'homme qui,  cet ge, se laisse entraner par un
renouveau de passion sexuelle! Il s'impose des dpenses trop fortes pour
sa rserve de sant, surtout s'il en arrive  forcer ses talents. Il
faut aussi compter avec les aberrations de l'instinct sexuel, assez
frquentes  cet ge; et alors la neurasthnie vengeresse ne tarde pas 
s'installer, sous une forme qui rappelle, par sa brutalit d'apparition
et la gravit des symptmes, l'hystro-neurasthnie traumatique.

En effet, du jour au lendemain, cet homme, vaillant jusqu'alors,
subit un vritable effondrement. Non seulement il perd tout d'un coup
l'aptitude sexuelle, ce qui est pour lui la source d'un grand chagrin,
mais il perd, en mme temps, l'apptit, le sommeil, les forces. La
constipation entre en scne; des douleurs nvralgiques varies,--ou,
pour mieux dire, des _algies_, car la douleur ne suit pas le trajet des
nerfs, le torturent nuit et jour. Il a une sensibilit excessive de
l'oue, un rthisme de tout le systme nerveux, qui devient comme une
lyre  cordes trop tendues que fait vibrer douloureusement le moindre
souffle. Cet tat peut n'tre que passager, si le malade a le bon esprit
de s'en avouer  lui-mme la cause dterminante et de la supprimer.
Mais cela mme ne suffit pas toujours: _Sublata causa, non tollitur
effectus._ Le branle est donn  la cellule nerveuse, le systme
nerveux, longtemps patient, s'est tout  coup rvolt, et il faut des
mois et des annes de soins mthodiques pour lui rendre son quilibre.
C'est dire que, pendant ces mois et ces annes, le mdecin devra
surveiller non seulement l'hygine sexuelle, dont il n'est plus
question, mais l'hygine alimentaire, donner les repas frquents que
ncessite un estomac toujours sur le point d'entrer soit en tat
paralytique ou en tat spasmodique; une alimentation non excitante
(ptes, pures), sans vin, et sans les toniques qui passent,  tort,
pour rveiller les forces. Le repos physique est galement indiqu.

C'est dans ces cas qu'un changement de milieu, bien compris, bien
dirig, peut tre utile  divers titres. D'abord, il loigne la victime
de la cause initiale de son mal, ensuite il lui permet d'apprcier
souvent les soins affectueux et tendres d'une femme momentanment
nglige.

La psychothrapie joue aussi un rle norme dans le traitement de ces
malades qui, d'un jour  l'autre, sont devenus craintifs, scrupuleux 
l'excs, ayant peur de mourir, tenaills par des remords d'une intensit
morbide. Le mdecin anim d'un esprit large et charitable peut leur tre
d'un grand secours, en mettant toutes choses au point, et en rassrnant
leur conscience dans la mesure qui convient.

Ce tableau de la maladie de l'ge critique, chez l'homme, n'a rien
d'exagr. Nous avons observ plusieurs cas semblables, o des hommes
bien portants jusqu'alors ont pay cher leurs carts intempestifs.

Le plus souvent, les malheurs de ce genre arrivent chez des hommes qui,
auparavant, n'taient pas dbauchs, offraient mme le modle d'une vie
exemplaire; maintenus par des principes svres, ils avaient t fidles
 la foi conjugale, et, alors mme qu'ils taient veufs, ils taient
rests fidles au del du tombeau; et puis, un beau jour, une occasion
se prsente et les surprend; c'est une Sapho quelconque rencontre
en chemin de fer; l'homme se trouve dsarm devant la tentation, il
succombe, et, une premire chute en entranant de nombreuses  sa suite,
il devient enrag de vice. Aussi ne saurions-nous trop engager l'homme
mr, trop confiant en lui-mme,  veiller toujours, car le pril est
insidieux et les risques sont grands.

C'est  l'ge que nous tudions que se manifestent les troubles
prostatiques et urinaires, rsultats tardifs de blennorragies mal
soignes et considres comme une bagatelle par le jeune homme, plutt
fier d'avoir pris un brevet de virilit. C'est vers cinquante-cinq ans
que le rtrcissement du canal provoque des misres varies, que nous
n'avons pas  dcrire ici, mais qui finissent par amener la mort
prmature si le chirurgien n'intervient pas.

Ainsi s'explique l'absence de tout rtrcissement chez les hommes qui
ont dpass soixante-cinq ans: ceux qui avaient des rtrcissements sont
morts avant cet ge.

C'est aussi vers l'ge de soixante ans que la prostate entre en scne.
Certes, les affections de la prostate ne sont pas toujours d'origine
blennorragique; mais elles sont, plus qu'on ne le croit, dues  des
erreurs dans l'hygine sexuelle.

Quant aux autres affections capables de faire brusquement baisser le
capital, elles ne donnent lieu  aucune considration particulire.
Nous devons pourtant nous arrter encore, en passant, sur trois
manifestations morbides spcialement frquentes  l'ge en question: le
diabte, l'albuminurie, et l'obsit.

_Diabte_.--L'apparition du diabte est, certes, chose fcheuse; mais le
plus grand malheur qui puisse arriver  un diabtique impressionnable,
c'est de trouver un mdecin qui lui annonce, sans mnagements, la
fcheuse nouvelle. A partir de ce moment commence, pour le malade,
une incessante proccupation morale, aggrave encore par un rgime
alimentaire qui lui cause plus de dommages que le diabte lui-mme. Il
est vrai de dire que, depuis quelques annes, les mdecins se sont
un peu dpartis de la cruelle svrit qui, autrefois, les rendait
redoutables aux diabtiques. On veut bien admettre, dsormais, que le
rgime des diabtiques comporte certains tempraments, et que les pommes
de terre en robe de chambre, par exemple, peuvent tre alloues, voire
mme en abondance.

Mais il n'en reste pas moins vrai que la situation d'un diabtique,
trait d'aprs les principes classiques, est encore loin d'tre
rjouissante. Elle sera telle jusqu'au jour o l'on comprendra enfin
qu'il n'y a pas deux diabtiques devant tre soigns par le mme rgime,
ou plutt qu'il n'y a pas de rgime du diabte, le diabte n'tant qu'un
symptme qui ne mrite pas qu'on s'acharne sur lui.

Aux uns il faudra beaucoup de viande et du vin, aux autres la dite
lacte absolue pendant quelques jours, et le rgime des potages au lait
ensuite. Et entre ces deux extrmes, toutes les combinaisons du rgime
peuvent tre indiques. Le mdecin doit imposer le repos au lit absolu
au diabtique qui maigrit et perd ses forces, l'exercice modr dans les
autres cas, mais, jamais d'exercice forc, parce que le diabtique a
toujours des combustions exagres, comme le professeur A. Robin l'a
trs lgamment dmontr. On aura  s'occuper aussi de l'tat mental du
malade, et  ne pas ngliger la psychothrapie. Le diabte peut tre
provoqu, exprimentalement, en touchant un point prcis du quatrime
ventricule du cerveau; et les diabtiques vraiment graves sont ceux
qui le deviennent  la suite d'une chute sur la tte: ces deux faits
prouvent assez l'importance des troubles du systme nerveux dans la
pathognie du diabte, et la ncessit de faire une grosse part aux
soins moraux dans le traitement du diabtique.

_Albuminurie_.--L'albuminurie donne lieu  des considrations de mme
ordre.

Comme le diabte, elle est un symptme indiquant un tat de
dtrioration gnrale de l'organisme; c'est, le plus souvent, un
symptme grave, mais quelquefois aussi un phnomne sans grande
importance.

Tout le monde connat l'albuminurie de l'adolescence, intermittente,
venant aprs la moindre fatigue. On sait encore que le seul fait de
se lever du lit et de procder aux soins de la toilette suffit pour
provoquer l'apparition de l'albumine, qui n'existait pas dans l'urine
mise pendant que le sujet tait au lit: c'est ce qu'on appelle
l'albuminurie _orthostatique_ ou _physiologique_,--terme dtestable,
parce qu'il n'y a pas d'albuminurie physiologique, pas plus que de
glycosurique physiologique. Cette albuminurie de peu d'importance
survient toujours chez des sujets qui ne sont pas en bon tat de sant,
et indique, par consquent, qu'ils doivent tre tenus  vue, et soigns
suivant les principes gnraux que nous avons dj noncs.

Chez l'homme adulte, la prsence de l'albumine dans l'urine est toujours
d'un pronostic plus srieux. Parfois cependant, l encore, l'albuminurie
n'est que transitoire, et concide avec une dcharge d'acide urique par
les reins. Si l'on ne soumet pas le malade ainsi touch au rgime lact
absolu, qui achverait de l'puiser, si on le laisse au repos, si on lui
donne  prendre un peu de benzoate de soude, l'orage passe vite sans
laisser de traces.

D'autres fois, l'albuminurie, sans tre transitoire, est intermittente,
mme chez l'adulte. Nous connaissons un malade qui, depuis quatre ans
que nous le soignons, a de l'albumine chaque fois qu'il monte  cheval.
Il peut faire jusqu' 20 kilomtres  pied sans avoir d'albumine; mais
une seule promenade  cheval fait rapparatre l'albumine et, malgr la
dose considrable rvle par l'analyse aprs l'exercice du cheval, il
est, au demeurant, bien portant en apparence, et a une vie des plus
actives.--Je connais aussi un mdecin qui a, depuis des annes, de
l'albumine en permanence; aprs s'en tre beaucoup inquit, et avoir
suivi divers traitements et divers rgimes, il a fini par ne plus faire
que de l'hygine gnrale, manger raisonnablement, viter le surmenage;
et il est, en somme, en aussi bon tat que possible.

J'ai cit, dans une tude sur le _Cacodylate de Soude_ que j'ai publie
en 1901, l'histoire d'une jeune malade ayant, depuis 1898,  la suite
d'un coup de froid, beaucoup d'albumine, et  laquelle j'ai donn des
doses considrables de cacodylate, en injections, pendant un mois. J'ai
eu,  ce moment, le bon esprit de ne pas attribuer exclusivement au
remde la survie de la malade. Or, elle s'est marie en 1900: depuis,
elle a cess toute mdication, pour se borner  prendre de la viande
crue et beaucoup de repos. Elle a encore, actuellement, 3  4 grammes
d'albumine par jour, et va trs bien.

On voit que tout est loin d'avoir t dit sur la valeur pronostique de
l'albuminurie. Mais il n'en est pas moins vrai que, le plus souvent, la
prsence de l'albumine chez l'tre humain,  l'ge que nous tudions,
est un symptme qui doit inspirer au mdecin des craintes srieuses,
surtout quand, en mme temps que l'albumine, il y a du sucre. Cette
combinaison m'a toujours sembl tre un arrt de mort  brve chance.

Je dois ajouter que la situation de l'albuminurique sera encore aggrave
si le mdecin s'obstine  lui imposer le rgime dit des albuminuriques.
Il n'y a pas de rgime des albuminuriques: il y a le rgime qui convient
 tel ou tel albuminurique. Parfois le rgime lact fait merveille, mais
c'est rare; en tout cas, il ne faut pas le prolonger plus de quinze
jours. D'autres fois, c'est le rgime des ptes, plus souvent encore le
rgime lacto-vgtarien, qui, combin au repos, aide le malade  sortir
du mauvais pas, au moins momentanment.

_Obsit_.--Au mme titre que le diabte et l'albuminurie, l'obsit
appartient en propre  la priode de dclin. Mais, direz-vous, il est
des enfants et des adultes obses! Qu'importe? C'est qu'ils ont commenc
jeunes leur priode de dclin. Mais, d'habitude, c'est aux environs de
la mnopause que l'obsit devient, pour les femmes, une torture de tous
les jours. Nous n'avons pas  en indiquer les inconvnients; rappelons
seulement que l'obsit tend toujours  augmenter, parce qu'elle
interdit au malade l'exercice, et qu'il s'tablit immdiatement un
cercle vicieux. Dans les cas d'obsit o l'exercice serait utile,
l'obse qui est condamn  en prendre de moins en moins, devient de plus
en plus obse.

Mais il ne faut pas croire que l'exercice soit toujours utile aux
obses. L'obsit, tant un symptme de la maladie, est quelquefois
entretenue par un excs d'exercice. J'ai connu une jeune fille de
vingt-huit ans, trs obse, qui, aprs avoir consult des mdecins
de diverses nationalits, avait fini par suivre les conseils d'un
empirique, qui n'avait rien trouv de mieux, pour la faire maigrir, que
de mettre sa mre en relations avec un commandant de chasseurs  pied,
de faon que ces deux dames pussent suivre tous les exercices du
bataillon. Au bout d'un mois, la mre tait demi-morte, et la jeune
fille grossissait toujours. Sous l'influence de l'exercice, elle
mangeait davantage et buvait en consquence. Mais vint un jour o
l'estomac, fatigu par la suralimentation, se mit  protester; c'est
alors que je prescrivis le rgime ultra-restreint, pendant quelques
jours, pour remettre l'estomac en tat, le repos presque absolu pendant
cette priode, puis un rgime s'adaptant au fonctionnement de l'estomac
et de l'intestin, avec un exercice modr; et voici que, sous
l'influence de ce traitement, la malade vit diminuer son obsit,
et disparatre, successivement, d'autres troubles varis qui, comme
l'obsit, taient symptomatiques!

Il n'y a pas de rgime des obses: il y a le rgime applicable  tel ou
tel malade atteint d'obsit. Le plus souvent, le rgime restreint
est indiqu; d'autres fois, il faut alimenter l'obse, et rien n'est
dangereux comme de le faire maigrir par insuffisance alimentaire. Il ne
faut pas, non plus, le faire maigrir par l'emploi de la thyrodine. Je
dois dire, cependant, que j'ai t surpris des rsultats excellents
obtenus, par la thyrodine, chez un obse de vingt ans qui, en six
mois, a vu son poids baisser de 105  80 kilogrammes, sans qu'il en
soit rsult le moindre trouble pour la sant. Mais la thyrodine avait
t manie par le Dr Polin avec une prudence extrme (2 milligrammes
par jour, et pendant six mois conscutifs).

En gnral, il faut se mfier de ce mdicament, qui demande une
surveillance mdicale sinon quotidienne, du moins hebdomadaire; il faut
enfin se rappeler que l'hygine suffit toujours pour attnuer l'obsit
au point d'en supprimer les inconvnients, et aussi qu'il est toujours
dangereux de faire trop maigrir un obse, ou de le faire maigrir trop
vite. Quand un obse maigrit trop vite, son ventre tombe, il est vrai;
mais c'est le commencement de l'effondrement. Son systme nerveux tombe
aussi. En y mettant le temps, au contraire, c'est--dire en ne brusquant
pas la manire d'tre du sujet, on peut toujours arriver  des rsultats
excellents.

J'ai commenc  donner des soins il y a dix ans,  une dame de
soixante-sept ans, qui pesait 97 kilogrammes. Elle est arrive
en dix-huit mois,  baisser, avec une progression continue,  77
kilogrammes... Depuis, elle garde son poids et sa sant; son dclin
s'opre avec une lenteur telle qu'il est  peine perceptible. Inutile de
dire que l'hygine seule a fait les frais de la thrapeutique.



CHAPITRE II

LA VIEILLESSE



Quelle que soit l'conomie qui ait prsid  l'usage du capital
biologique, il n'est pas possible que quelques mauvais placements
n'aient t faits, dans le courant de l'existence; que des chocs
accidentels, et indpendants de la volont, n'aient,  diverses
reprises, brch le capital. L'homme qui se condamnerait  vivre 
seule fin de prolonger ses jours vivrait certainement trs longtemps,
mais la sentence d'Horace lui serait applicable: Pour vivre, il aurait
perdu les raisons de vivre. _Et propter vitam vivendi perdere causas_.

D'autre part, le capital diminue par le fait mme de la vie, comme la
vitesse initiale d'un projectile diminue progressivement par le fait de
la rsistance de l'air. Enfin il vient un moment o le capital, aprs
avoir produit des intrts considrables, ne donne plus que des intrts
de moins en moins levs. Ce moment concide exactement avec la priode
de dclin, de sorte que,  partir de ce jour, quoi qu'il fasse et
sans qu'il s'en doute, l'tre vivant s'appauvrit fatalement et
progressivement. Il en arrive enfin  n'tre plus qu'un mdiocre petit
rentier; et c'est alors la vieillesse.

Vieillesse qui peut, d'ailleurs, survenir  tout ge; tmoin ces enfants
qui ont l'aspect de petits vieillards, comme on dit dans le langage
courant; ces hommes de quarante ans qui sont aussi des vieillards, des
loques humaines. Mais, le plus souvent, la vieillesse survient  un
ge plus tardif, que, pour le besoins de la cause, nous fixerons, par
exemple,  soixante-cinq ans.

A partir de cet ge, l'homme ne doit pas se borner, comme le lui
conseillaient les trois jeunes gens du fabuliste,  songer  ses
erreurs passes Il peut mme encore avoir de longs espoirs et de
vastes penses,  condition que ce ne soit pas pour lui, mais pour ses
arrire-neveux. Il peut, en d'autres termes, jouir de son exprience et
s'efforcer d'en faire profiter les autres; mais en se rappelant qu'il a
atteint l'ge du repos, des mnagements et des prcautions. Et de mme
que, dans la premire priode de la vie, il appartient aux parents
de mnager pieusement et de faire sagement fructifier le capital de
l'enfant; de mme,  cette dernire priode, il est du devoir des
enfants de veiller avec zle sur la frle existence dont ils ont la
charge; d'viter au vieillard toute fuite nerveuse, tout chagrin,
tout souci, tout cart de rgime, et de le prserver contre toute
intervention thrapeutique brutale.

Quelles sont les influences qui compromettent d'une faon spciale le
vieillard vivotant?

Les influences psychiques sont beaucoup moins importantes que dans l'ge
adulte. Quelques vieillards, il est vrai, gardent leur sensibilit et
leur jeunesse de sentiments. L'exprience de la vie ayant tempr la
fougue de leurs jeunes annes, leur ayant appris l'indulgence et la
misricorde, ils deviennent des tres exquis, d'un commerce aussi
agrable que profitable. Mais, le plus souvent, la sensibilit
s'mousse, et un gosme tranquille prserve le vieillard de toute
motion nuisible. Apprend-il la mort d'un de ses contemporains, ft-ce
de son meilleur ami? Il en est bien un peu chagrin, mais l'motion
qu'il prouve est surtout goste,  cause de la crainte qu'elle lui
donne de voir son tour arriver; en somme, elle est peu profonde, et
n'est pas comparable au chagrin poignant de l'homme adulte perdant un
tre aim. Donc, de ce ct, peu de fuites nerveuses. Du ct du systme
musculaire, il n'y en a pas non plus. Le simple bon sens fait que le
vieillard n'abuse pas, en gnral, de son restant de forces musculaires:
exception faite cependant pour les cas o des parents ou des amis mal
aviss, croyant bien faire, forcent le vieillard  se dplacer sans
relche, pour passer l'hiver dans le Midi, l't en Suisse, le printemps
ailleurs. Combien ne serait-il pas plus sage, en gnral, de le laisser
tranquillement chez lui, dt-il ne pas quitter sa chambre? J'ai
longtemps donn des soins  une vieille dame que ses enfants emmenaient
en villgiature, toujours malgr elle, dans le centre de la France, et
ramenaient  Paris en octobre. Or, aprs chaque voyage, il fallait un
mois de soins assidus et de prcautions pour effacer les traces de
fatigue occasionne par le dplacement.

La vrit est que, dans les cas exceptionnels, le sjour hivernal dans
le Midi peut tre recommandable, mais que, d'une faon gnrale, il
faudrait se rappeler un peu plus le dicton populaire affirmant qu'on ne
doit pas transplanter un vieux chne, et qu'on devrait regarder  deux
fois avant de proposer, et surtout d'imposer  un vieillard, soit un
lointain changement de pays, soit mme un changement d'appartement. Il
faut, en gnral, tenir plus de compte qu'on ne le fait de son dsir,
qui est dict par un vague instinct de conservation et qui trompe
rarement.

Ce qui menace le plus le vieillard, en dehors bien entendu des
affections accidentelles, ce sont les carts dans l'alimentation. Une
indigestion qui, chez un homme jeune, se serait traduite par un lger
tat gastrique, amne chez le vieillard un effondrement colossal; et,
pour peu que la thrapeutique intervienne d'une faon inopportune
sous la forme d'un purgatif qui semble bien anodin, la situation peut
s'aggraver d'un jour  l'autre. Il faut alors des semaines pour remettre
en tat le systme nerveux boulevers. Imaginez un foyer prs de
s'teindre, o il ne reste plus qu'une petite flamme vacillante;
irez-vous l'alimenter par un soufflet de forge, et charger le foyer de
grosses bches de bois? Non, vous mettrez sur la flamme, avec d'infinies
prcautions, des brindilles de bois bien sec, et c'est seulement ensuite
que vous mettrez des fragments un peu plus volumineux, pour arriver
enfin  la bche qui entretiendra la vie du foyer. De mme chez le
vieillard malade, surtout quand il a des phnomnes gastriques, prudence
extrme dans l'alimentation, frquence de l'alimentation, et repos
absolu: c'est la base du traitement.

Mais combien, pour faire observer ces prescriptions si simples, ne
faut-il pas au mdecin d'nergie et de foi? Qu'on veuille donc bien
se rappeler que le vieillard malade n'a besoin que d'une alimentation
restreinte, que ce n'est pas ce qu'il prendra qui lui sera profitable,
mais bien ce qu'il assimilera, et que, chez lui, la puissance
d'assimilation est extrmement minime! Lui-mme, d'ailleurs, il le dit,
il proteste, plus ou moins nergiquement, contre les menus qu'un zle
mal clair s'ingnie  lui proposer.

En dehors de ces tats gastriques passagers, le rgime du vieillard doit
tre, en gnral, peu substantiel. Il faut surtout qu'il mange peu le
soir, s'il tient  avoir quelques heures de sommeil. S'il prouve le
besoin de se nourrir, qu'il mange souvent, plutt que beaucoup  la
fois. Mais on ne saurait croire combien certains vieillards ont peu
besoin de manger. J'ai eu longtemps pour patiente une vieille dame qui
avait trop mang pendant toute sa vie, et, de ce chef, avait eu une
dyspepsie permanente accompagne de misres varies, en tte desquelles
venait la constipation. De l obsession de tous les instants; tant qu'on
ne l'et pas mise exactement au rgime convenable, elle fut torture par
ce symptme, restant huit ou quinze jours sans parvenir  aller 
la garde-robe, malgr les lavements, les suppositoires, le massage
abdominal, etc. On avait d mme, plusieurs fois, recourir au curetage.
Or je me dis, un jour, que le rgime relativement restreint que je lui
avais impos tout d'abord n'tait peut-tre pas encore assez restreint.
Comme elle n'avait jamais d'apptit, et qu'elle ne mangeait que pour
faire plaisir  son entourage, je fis avec elle une sorte de convention,
qui fut de restreindre, sous ma surveillance, son alimentation
progressivement, et dans la mesure extrme du possible. Aprs un mois de
ttonnements, ma collaboratrice et moi en tions arrivs  la formule
suivante, que je transcris d'aprs mes notes: 7 heures matin, une tasse
 th de caf au lait; 10 heures, une tasse  caf de semoule au lait,
ou de panade, ou de farine de Hongrie, ou de crme de riz, ou de crme
d'orge aux mmes doses, et un peu de confiture avec lait; Midi, un quart
d'chaud; 5 heures, caf au lait; 7 heures, comme  midi; dans la nuit,
une tasse  caf de lait.

Ce rgime, qui d'abord paraissait  l'entourage absolument
ridicule, finit par tre accept quand on vit la malade reprendre,
progressivement, du sommeil, un peu de force, un peu d'apptit, et
surtout quand on vit disparatre sa constipation. Ses fonctions
s'excutaient, en effet, trs rgulirement tous les deux ou trois
jours, spontanment. Le rgime fut continu jusqu' sa mort, qui
survint trois ans aprs. Elle s'teignit sans souffrance  l'ge de
quatre-vingt-quatre ans.

Je pourrais relater bien d'autres exemples semblables, mais ils seraient
tous calqus sur ce modle.

Il est, par contre, des vieillards qui ont conserv un gros apptit:
il faut savoir le respecter, tout en essayant de le modrer un peu, du
moment que la sant reste bonne.

Pour en finir avec la question de rgime, disons qu'un peu de vin
gnreux, tendu d'eau, est, en gnral, une boisson excellente pour le
vieillard, bien portant ou malade; et que le lait, par contre, lui est
le plus souvent prjudiciable, sauf dans les tats aigus ou subaigus
prolongs.

Quant aux affections accidentelles qui surviennent chez le vieillard, et
qui compromettent son reste de vie, elles sont peu nombreuses, et font,
nanmoins, beaucoup de victimes. La plus importante de toutes est la
pneumonie. C'est, trs souvent, une pneumonie d'origine grippale: aussi
ne saurait-on trop soigner la grippe ds son dbut, chez le vieillard
plus encore que chez l'adulte. La pneumonie est insidieuse chez le
vieillard. Elle ne se traduit que par un malaise gnral, avec trs peu
de phnomnes pulmonaires, mais elle s'accompagne toujours de fivre.
Si donc les familles savaient se servir du thermomtre, on aurait des
chances de porter secours aux malades en temps utile; et alors une
injection de cacodylate de gaacol, quelques cachets de quinine, une
certaine dose de cognac ou de vin trs gnreux, parviendraient, dans
bon nombre de cas,  le sauver; tandis qu'en gnral, quand on appelle
le mdecin, il est trop tard, le mdecin ne peut plus faire que le
diagnostic, et prvenir la famille de la gravit de la situation.

Les petites hmorragies crbrales viennent souvent compromettre la
survie du vieillard. Ordinairement, il chappe  la premire atteinte,
mais il en sort tellement amoindri, physiquement et intellectuellement,
qu'on peut dire qu'il a cess de vivre avant de mourir. Grce aux soins
dont il est entour,  partir de ce moment, il se survit  lui-mme
pendant quelquefois plusieurs annes, jusqu' ce qu'il se dcide 
mourir aprs une deuxime ou troisime attaque.

Quand aucune des causes graves ci-dessus mentionnes ne s'observe, le
petit rentier qu'est le vieillard continue  vivoter plus ou moins
longtemps, jusqu'au jour o, tout son capital et tous ses revenus tant
puiss, il cesse de vivre, tout simplement parce qu'il n'a plus la
force de vivre. Il s'teint alors et se repose comme le travailleur qui
a fini sa tche. C'est ce que traduit d'une faon, trs profondment
philosophique, l'expression courante de dfunt, la traduction
littrale du mot latin _defunctus_ tant: Celui qui s'est acquitt.
Les privilgis sortent de la vie comme d'un banquet, en remerciant leur
hte. Heureux s'ils peuvent lguer  une nombreuse postrit l'exemple
de leur vie!



FIN




INDEX ALPHABTIQUE

Albuminurie:--permanente;--son rgime. Alcool. Alimentation: de l'enfant
n avant terme;--du premier ge;--Gouttes de lait;--chez le
petit enfant;--chez l'enfant du deuxime ge;--dfectueuse;
excessive;--ration d'entretien;--observation d'une malade gurie par le
rgime restreint;--insuffisante en quantit;-- la sonde;--observation
d'une malade fbricitante gurie par l'alimentation
force;--insuffisante en qualit;--chez le vieillard.

Aliments adultrs par les procds chimiques; physiques.

Auto-intoxication, (Hypothse de l').

Avarie.

Bains: chauds dans les pneumonies;--prolongs;--de briques;--de
vapeur;--lectriques;--de mer.

Blennorragie, ses dangers tardifs.

Boissons: fermentes;--distilles;--le vin chez l'homme bien
portant;--chez le malade:--dans la ration du soldat;--eau strilise en
usage dans l'arme.

Cancer, son hrdit.

Capital biologique (hypothse du).

Causes morbignes: ambitions dues;--passion amoureuse;--inquitudes;
--vie brise;--frayeur.

Causes accidentelles.

Chaleur sche (dermotherme).

Choc: traumatique;--chirurgical;--moral.

Coeur: maladies du coeur--leur hrdit;--observation d'un faux
cardiaque;--la priode de dclin.

Constipation;--et entro-colite;--provoque chez les oprs;--son
innocuit;--gurison par le repos;--dangers des purgatifs;--obsession de
la constipation;--lavements d'huile;--injections de Brown-Squard;--chez
le vieillard;--Convalescence, sa rapidit chez l'enfant.

Course en flexion.

Dclin: ge de dclin;--pouvant n'tre qu'apparent;--problmes cliniques
 l'ge du dclin, leur difficult.

Diabte: rgime;--traumatique, sa gravit.

Dyspepsie: observation d'une malade avec prdominance de troubles
dyspeptiques.

Eaux minrales;--table de rgime;--de Carlsbad;--Chatel-Guyon, Bagnoles,
Brides, Vichy;--Vittel.

Education: chez la jeune fille;--chez le jeune homme;--de la volont;--

Electricit;--bains lectriques.

Empltre.

Enfants: prservation contre la tuberculose;--couveuses
artificielles;--alimentation de l'enfant n avant terme:--le
capital biologique de l'enfant doit tre cr par les
parents;--puriculture;--alimentation du premier ge, son importance
pour toute la vie;--Goutte de lait;--pathologie infantile;--sa
simplicit relative;--ses difficults;--ncessit du sommeil
prolong;--mastication;--convalescence rapide;--enfants du type
musculaire;--crbral;--du deuxime ge, alimentation:--fivre
digestive.

Epilepsie.

Exploration abdominale.

Exercice: difficult de le doser chez les jeunes filles
nerveuses; --dans un grand collge moderne;--chez les
professionnels;--chez les jeunes gens (danger des sports);--et
entranement;--et gymnastique respiratoire;--Institut Zander;--chez
les obses.

Fatigue;--et puisement.

Fivre digestive des enfants;--typhode.

Folie: chez la jeune fille:--dlire de la perscution;--l'alination
mentale et la maladie;--menstruation chez l'aline;--du
doute;--obsession:--manie aigu.

Frictions.

Grippe, son influence pathogne.

Grossesse (maladies de la mre pendant la).

Hmorragies crbrales, chez les vieillards. Hrdit:
tymologie;--gnralits;--protestation contre la fatalit des tares
hrditaires;--de la longvit;--de la tuberculose;--du cancer;--des
tares nerveuses, 15;--de la paralysie gnrale, 16;--des maladies
de coeur, 16;--des affections rnales, 17.

Hydrothrapie: froide, 223;--tide 225;--maillot humide, 225.

Hypnose, 189;--chez les alins, 191;--ses dangers, 194.

Hygine de la procration, 21.

Hystrie (simulant une maladie organique de la moelle), 114.

Hypothse (son rle dans la science), 1.

Injections: action dynamognique de tout liquide
inject, 232;--hypodermiques d'eau de mer, 234;--de cacodylate de
magnsie, 235;--de cacodylate de soude, 235;--de gaacol, 238;--de
quinine 239;--d'hrone,239;--de mercure, 240;--de morphine,
240;--huileuses,240;--d'huile mercurielle, 241;--d'huile crosote,
242;--etsuggestion, 244;--injections de Brown-Squard, (constipation),
353.

Influences morbignes, gnralits, 30.

Isolement (en maison de sant, ses dangers), 70.

Jeune fille: voyage de noces, ses dangers, 20;--ducation
sexuelle--, 21;--menstruation--,66;--despotisme de certaines mres,
68;--difficult de doser l'exercice chez les jeunes filles nerveuses,
66;--alination mentale--, 71;--vocation contrarie, 72;--mariage
contrari--, 73;--utilit du mariage chez les jeunes filles nerveuses,
74;--surmenage scolaire--, 75.

Jeune homme: surmenage scolaire, 75;--ncessit du sommeil,
76;--exercice chez les jeunes gens (danger des sports), 78; --exercice
physique chez les jeunes gens, 79; --ducation sexuelle,
81;--psychothrapie, 83.

Ligue des pres de famille, 80.

Longvit: hrdit de la, 8;--humaine, 9.

Malade: son entourage, 204;--ne voulant pas gurir, 207;--rgime des
grands malades, 217;--n'osant pas manger, 220;--danger des voyages, 267.

Maladies: accidentelles, 42;--la maladie, 94-95;--petits symptmes
de la maladie, 95,--la maladie et les maladies accidentelles,
97;--causes morales, gnralits, 142;--causes accidentelles de la
maladie, 162;--du coeur  la priode du dclin, 279.

Mariage: contrari chez la jeune fille, 73;--son utilit pour les
jeunes filles nerveuses et ses dangers, 74.

Massage, 228;--abdominal, 229.

Mningite, 55.

Menstruation: utilit du repos, 66;--chez l'aline, 165;--chez la
grande malade, 166;--mnopause, 296.

Migraine, 40.

Mort naturelle, 310.

Nvrose (sa contagion), 148.

Obsit, 297;--exercice chez les obses, 298;--rgime chez les obses,
299.

Obsession: de la constipation, 251;--de la rougeur, 187.

Observations: d'une malade avec prdominance de troubles dyspeptiques,
99;--d'une malade avec prdominance de troubles de nutrition, 105;--d'un
faux cardiaque, 107;--d'une malade suivie pendant trente ans, chez
laquelle presque tous les appareils ont t successivement atteints,
110;--d'une grande malade gurie par le rgime restreint, 128;--d'une
malade fbricitante gurie par l'alimentation force. 132.

Oprs: oprations de complaisance, 155;--morphine chez les, 156;
--rle mdical du chirurgien, 156;--purgation chez les,
157;--constipation provoque chez les, 158.

Opothrapie: hpatique, 236;--ovarienne, 286.

Paralysie gnrale, hrdit, 16.

Pertes: matrielles, 143;--au jeu, 144.

Pneumonie: bains chauds dans la;--chez le vieillard, 308. Protection,
loi de protection des faibles, 10.

Psychonvroses, leur traitement moral, 213.

Psychothrapie: chez le jeune homme, 83;--savoir prendre un
parti, 175;--respect du temps, 176;--drivative. 180; --sdative,
181;--reconstituante, 182;--rsignation, 182;--foi religieuse, 208;--et
problme religieux, 210.

Ptse: abdominale, 169;--et ceinture hypogastrique, 167;--passagre,
169.

Purgatifs et constipation, 249.

Rgime: ration d'entretien, 125,--des Chartreux, 125;--des Trappistes,
125;--des soldats, 127-140;--des guides alpins, 127;--observation
d'une grande malade gurie par le rgime restreint, 128;--en cas
d'effondrement abdominal, 172;--et suggestion, 215;--des grands malades,
217;--monotone, 218;--sec (ses dangers), 219;-- boisson restreinte,
219;--et eaux minrales, 255;--des diabtiques, 293;--des
albuminuriques, 297;--des obses, 299;--lact chez les vieillards, 308.

Repos: dans les tats aigus, 173;--cure de--, 205;--constipation gurie
par le--, 205;--avant le repas, 221;--aprs le repas, 222;--au lit, 265.

Sommeil: ncessit du sommeil chez l'enfant, 57;--ncessit du sommeil
chez les jeunes gens, 76;--diurne (ses bons effets) 173;--l'aliment
favorise le--, 221;--et repos au lit, 221.

Sports, chez les jeunes gens (leur danger) 78.

Suggestion et rgime, 215.

Symptmes morbides, 32;--petits symptmes de la maladie, 95.

Syphilis: polynatalit, 10;--et mningite, 12;--Socit de prophylaxie
sanitaire et morale, 13;--ncessit d'un traitement pour prvenir la
transmission hrditaire de la, 23; --ge  laquelle se contracte
la--, 84;--manifestations tertiaires, 164;--et assurances sur la vie,
164.

Travail: crbral insuffisant, 119; --crbral excessif,
119;--musculaire excessif, 121;--ration de--, 125.

Tuberculose hrdit, 13;--oeuvre de prservation de l'enfance contre
la--, 14 et 89;--dans l'arme, 87;--et sanatorium populaire, 38;--et
dispensaire, 88.

Vacances: leur ncessit, 261;--colonies de--, 262.

Vsicatoires, 255.

Vieillards: voyages, 304;--alimentation, 306;--constipation,
307;--pneumonie, 308;--rgime lact, 308;--hmorragie crbrale, 309.

Vin: chez l'homme bien portant, 139;--chez le malade. 141;

Voyages: de noces (ses dangers), 20;--leur utilit chez les gens
bien portants, 261;--leur danger chez les malades, 267;--chez les
vieillards, 304.




AUTEURS CITS

  Dr BARADUC, 37.
  BRIEUX, 83.
  BROWN-SEQUARD, 236.
  Dr CHARCOT, 194
  Dr CAMPENON, 156.
  Dr CHAILLOU, 76.
  Dr DELORME, 158.
  Dr DUBOIS, 213.
  Dr DUPRAT, 194.
  FLOURENS, 9.
  Dr FONSAGRIVES, 55.
  FONSAGRIVES (Abb), 81.
  Dr A. FOURNIER, 13.
  Dr ED. FOURNIER, 84.
  Dr GRANCHER, 14.
  Dr GRASSET, 194.
  Dr HUCHARD, 17.
  Dr KELSCH, 87.
  KNEIPP, 224.
  Dr LAGRANGE, 79 et 86.
  Dr LAUMONIER, 64.
  Dr LEGENDRE, 80.
  Dr LEREDDE, 231.
  Dr MATHIEU, 33.
  Dr PINARD, 21 et 45.
  PLANTET, 262.
  POINCARE, 1.
  Dr ROBIN, 293.
  Dr RUNGBERG, 164.
  SERTILLANGES (Abb), 125.
  Dr SIGAUD, 171.
  Dr R. SIMON, 234.
  VANCAUWENBERGHE, 48.
  Dr VARIOT, 47.
  Dr A. VOISIN, 194.




TABLE DES MATIERES


PRFACE

PREMIRE PARTIE


CHAPITRE I

LE CAPITAL BIOLOGIQUE
Notre postulatum: le capital biologique. Sa valeur variable selon chaque
individu et selon chaque priode de la vie. Capital initial; influences
qui le font varier.


CHAPITRE II

HRDIT
Dfinition de l'hrdit; son rle. Hrdit de la longvit. Rle de
l'hrdit dans l'alcoolisme; la syphilis; la tuberculose; le cancer;
les tares nerveuses: les maladies de coeur; des reins.


CHAPITRE III

CONCEPTION
La valeur des gnrateurs au moment de la conception.--Loi de protection
des faibles. Hygine de la procration: ducation sexuelle de la jeune
fille.


CHAPITRE IV

GESTATION
Les influences qui ont pu atteindre le produit pendant la
gestation.--Emotions, misres physiologiques, maladies de la mre
pendant la grossesse. Enfants ns avant terme.


CHAPITRE V

INFLUENCES MORBIGNES ET SYMPTMES MORBIDES
La vie de l'tre humain peut tre figure par une courbe volutive: les
influences morbignes modifient cette courbe. La mme influence peut
se traduire par des symptmes varis; et, inversement, des influences
varies peuvent se traduire par le mme symptme (ex.: constipation) ou
par le mme ensemble de symptmes (ex.: pilepsie). Tous les systmes
organiques peuvent tre troubls  la fois. Le plus souvent, c'est
l'organe le plus faible qui traduit le malaise. Le systme nerveux est
la clef de vote de la pathologie, c'est lui qu'atteignent le plus les
causes morbignes.


CHAPITRE VI

DE LA NAISSANCE AU SEVRAGE.--PURICULTURE
Importance de l'alimentation du premier ge pour toute la dure de la
vie. Le lait de la mre appartient  l'enfant. Gouttes de lait (de
Belleville, de Saint-Pol). La pathologie enfantine est, le plus souvent,
simple; quelquefois, de la plus grande difficult. Succs thrapeutiques
chez les petits enfants atteints de syphilis, de pneumonie.


CHAPITRE VII

DU SEVRAGE A LA PUBERT
1 Chez l'enfant du deuxime ge. Ncessit du sommeil prolong, d'une
mastication parfaite. Les maladies accidentelles  cet ge voluent
vite, sans convalescence.--Chez l'enfant de sept ans  la pubert.
Enfant du type musculaire (hygine qui lui convient); du type crbral.
Les dracins. maladies accidentelles chez l'enfant. maladies trs
souvent provoques par une alimentation dfectueuse.


CHAPITRE VIII

DE LA PUBERT A L'AGE ADULTE
I. _Chez la fille_.--Prcautions  prendre  l'apparition des rgles.
Chloro-anmie. Causes spciales de maladie:

--A. Surmenage intellectuel.--B. Causes morales (despotisme de la mre,
vocation contrarie); brevets: mariage rendu impossible; besoin du
mariage.--C. Surmenage musculaire. Quelle que soit la cause, les
symptmes sont les mmes, mais le traitement varie avec la cause.
Facilit relative de la gurison.

II _Chez le garon_.--1 Surmenage scolaire (insuffisance du
sommeil).--2 Surmenage physique (abus des sports, de l'escrime, utilit
des exercices automatiques _(Ligue des pres de famille_).--3 Dviation
de l'hygine sexuelle: ducation sexuelle. Par qui elle doit tre
donne. Enseignement individuel et enseignement collectif. Utilit de
l'exercice pouss au maximum de la tolrance. Aberrations de l'instinct
sexuel: psychothrapie.

III. _Causes morbignes communes aux deux sexes_.--maladies
accidentelles: tuberculose (le sanatorium, les dispensaires, oeuvres de
prservation).




DEUXIME PARTIE


CHAPITRE I

MATURIT
L'homme doit travailler et produire. Ncessit des priodes de repos. Le
coup de collier. La fatigue. L'entranement. L'puisement (ses signes
prmonitoires). Surmenage crbral-musculaire (ses signes prmonitoires.
La maladie.


CHAPITRE II

CARACTRES GNRAUX DE LA MALADIE
Ce que c'est que la maladie. Manire d'tudier un malade. Quatre
observations de patients atteints de la maladie sous ses diverses
formes. Troubles fonctionnels pouvant simuler les affections avec
lsions d'organes. Rle du systme nerveux central dans la pathognie de
la maladie. Embarras gastrique.


CHAPITRE III

LES CAUSES DE LA MALADIE
I. _Causes physiques_.--1 Surmenage crbral, travail crbral
insuffisant. La maladie due au surmenage crbral peut revtir des
formes cliniques trs diverses.--2 Surmenage musculaire.--3 Vices
d'alimentation. Gnralits, auto-intoxication, irritation.--_A_.
Alimentation excessive en quantit. Ration d'entretien. Rgime des
Chartreux, des Trappistes, des soldats, des guides alpins. Observation
d'une grande malade gurie par le rgime restreint.--_B_. Alimentation 
la sonde.--_C_. Alimentation insuffisante en qualit. Adultration
des aliments: _a_) par les procds chimiques, _b_) par les procds
physiques. --_D_. Alcool. Boissons fermentes, leur utilit. Boissons
distilles, leur danger.

II. _Causes morales_.--Leur importance prpondrante:

_A_. Pertes d'argent. Jeu. Ambitions dues.--_B_. Influences
compromettant la quitude de l'me. Passions. Incompatibilit
d'humeur.--_C_. Inquitudes d'origine altruiste. Sparation momentane,
dfinitive.--Choc traumatique: _a_) Hystro-neurasthnie traumatique.
_b_) Choc chirurgical. Danger de l'intervention mdicale des
chirurgiens. Danger de la morphine aux oprs. Des purgations.
Constipation provoque chez les oprs, ses avantages.

III. _Causes accidentelles_.--Fivre typhode. Grippe: son grand rle
pathognique. Syphilis.

IV. _Influences morbignes spciales  la femme_.--Menstruation.
Grossesse. Ptse abdominale: Exploration abdominale.


CHAPITRE IV

PSYCHOTHRAPIE
Dfinition. Ne pas s'exagrer l'importance de son rle 1 Son action
s'tend aux dviations mentales.--2 A un grand nombre de troubles
somatiques.--_A. Moyens par lesquels on diminue les dpenses d'influx
nerveux:_ savoir prendre parti; avoir des principes; le respect du
temps; des habitudes d'ordre. Application de ces prceptes. Un cas de
folie du doute. Psychothrapie dans la manie aigu, dans les obsessions.
Rsignation passive et active.--_B. Moyens par lesquels on augmente les
recettes._ 1 Gymnastique de la volont, quelques procds pratiques
(gymnastique respiratoire, gymnastique sudoise).--Moyens par lesquels
on augmente artificiellement le capital insuffisant: hypnose. Action
personnelle de l'hypnotiseur, indications du traitement par l'hypnose.
Ce qui limite l'emploi de l'hypnose en thrapeutique, c'est que:
1 ceux qui en auraient le plus besoin sont les plus difficiles 
hypnotiser.--2 C'est que c'est un moyen qui peut tre trop actif.
C'est un agent thrapeutique utile, non dangereux, s'il est bien mani;
le mdecin seul peut le bien manier.

Conseils pratiques pour l'application des procds psychothrapiques.
--1 Le mdecin doit soigner avec son coeur, plus qu'avec son
intelligence.--2 Paratre ne jamais tre press.--3 Ni mme tre
press.--4 Savoir parler au malade.--5 Ne lui imposer que le strict
minimum de prescriptions. Difficults du traitement psychothrapique: 1
Absence de foi chez le malade (malades  thories mdicales. Malades
qui ne veulent pas gurir).--A l'hostilit de l'entourage. Le mdecin
confident.--Psychothrapie et sentiment religieux.


CHAPITRE V

AUTRES AGENTS THRAPEUTIQUES
1 Rgime alimentaire (les prescriptions dittiques n'agissent pas
seulement par suggestion). Dite liquide. Rgime des potages. Rgime 
boisson restreinte. De la frquence des repas. Du repos aprs et avant
le repas.

2 Moyens accessoires.--A. _Hydrothrapie_: froide, exceptionnellement
indique. Mthode de Kneipp. Drap mouill. Hydrothrapie tide: tub,
bain. Malades dont il ne faut pas mouiller la peau. Chaleur sche.
Massage. Frictions. Bains de vapeur. Bains lectriques. Electricit.--B.
_Injections hypodermiques._--1 Influence utile de l'injection en tant
qu'injection (srum artificiel, eau de mer).--2 Action propre du
liquide inject. Cacodylate de soude, de magnsie, de fer. Injections de
Brown-Squard. Strychnine. Cacodylate de gaacol dans la maladie
post grippale. Quinine, hrone et morphine, leurs dangers. Injections
huileuses: _a_. Mercurielles. _b_. Crosotes. Rle alimentaire de
l'huile injecte.--3 Des injections hypodermiques comme procd
de suggestion.--C. Vsicatoires. Empltres. Purgatifs. Etude de la
constipation et des constips.--D. _Eaux minrales_, leurs indications.
Les tables de rgime. Carlsbad. Vichy. Bagnoles. Brides. Vittel.
Chtel-Guyon, Bourbon l'Archambault, etc. Les mdecins des
eaux.--_Voyages_. Leur utilit chez les gens bien portants. Leur danger
chez de grands malades. Prcautions  prendre pour qu'ils soient utiles
aux malades moyens. La grande malade et le ciel de la Cte d'Azur.
Voyage et entranement. Vacances. Colonie de vacances.--F.
_La mer_.--La cure marine. Le train des maris.




TROISIME PARTIE


CHAPITRE I

LA PRIODE DE DCLIN
Le dclin peut survenir  tout ge. Exemples de limites extrmes. Les
tares organiques. Les cardiopathies se rvlent. Le dclin peut n'tre
qu'apparent (difficult du diagnostic). Petits symptmes prmonitoires
du dclin. Mnopause. Opothrapie ovarienne. Influences morales.
Aberrations tardives de l'instinct sexuel. Age critique de l'homme.
Forme que revt souvent la maladie  cet ge. Traitement
psychothrapique, rgime, prcautions. Le diabte. Rle du systme
nerveux dans le diabte. Il n'y a pas de rgime du diabte, ni mme
des diabtiques. Albuminurie: transitoire, intermittente, permanente.
Pronostic variable. Il n'y a pas de rgime de l'albuminurie, ni mme des
albuminuriques. Obsit. Exercice chez les obses. Thyrodine. Il n'y a
pas de rgime de l'obsit. Danger de l'amaigrissement rapide.


CHAPITRE II

LA VIEILLESSE
Elle peut survenir  tout ge. Influences spciales  la vieillesse de
l'homme g. Ncessit du repos et dangers des voyages. Alimentation
restreinte. Accidents qui font mourir le vieillard. De la mort
naturelle.


INDEX.

AUTEURS CITS.

TABLE DES MATIRES.







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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
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Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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