Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3690, 15 Novembre 1913, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3690, 15 Novembre 1913

Author: Various

Release Date: June 11, 2011 [EBook #36380]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'ILLUSTRATION, NO. 3690, 15 NOVEMBER 1913 ***




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L'Illustration, No. 3690, 15 Novembre 1913

AVEC CE NUMRO _La Petite Illustration_ CONTENANT LES REQUINS PICE EN
TROIS ACTES par M. DARIO NICCODEMI


[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]


[Illustration: Ce numro comprend:

1 LA PETITE ILLUSTRATION, Srie-Thtre n 20: LES REQUINS, de
M. Dario Niccodemi;

2 Un SUPPLMENT CONOMIQUE ET FINANCIER de deux pages.


L'ILLUSTRATION _Prix du Numro: Un Franc._ SAMEDI 15 NOVEMBRE 1913 71e
Anne.--N 3690.]

[Illustration: M. ROUX. M. DAUCOURT. PRINCE VALENTIN BIBESCO. UNE TAPE
DU VOYAGE ARIEN DE PARIS AU CAIRE L'aviateur Daucourt et son passager,
M. Roux, reus par les aviateurs roumains  leur arrive  Bucarest.
_Phot. Duratzo.--Voir l'article, page 365._]


_Les prochains numros de_ La Petite Illustration _Srie-Thtre
contiendront:_

_Le Secret, de_ M. HENRY BERNSTEIN;
_Le Phalne, de_ M. HENRY BATAILLE;
_Le Procureur Hallers, de_ MM. HENRY DE GORSE ET LOUIS FOREST;
_L'Occident, de_ M. HENRY KISTEMAECKERS;
_Le Veau d'or, de_ M. LUCIEN GLEIZE.



COURRIER DE PARIS

LE PROGRS DANS LE DANGER ET DANS LA MORT

Transportons-nous, si vous le voulez bien, au sicle pass.

Que pouvait-il, alors, vous arriver dans _un escalier?..._ n'importe
lequel, petit ou grand, de service ou d'honneur?.... j'entends vous
arriver de fcheux, car l'escalier, maintes fois, tait le thtre de
lgers vnements qui n'offraient rien de pnible: causeries sur les
paliers, le dos appuy  la rampe, aventures gracieuses et inattendues,
intrigues noues au passage et dnoues... Mais je ne considre ici
l'escalier que comme endroit dangereux. Le pire que l'on y risquait,
c'tait de faire une chute, et encore la chose tait-elle malaise et
demandait-elle une certaine recherche, avec cette pente si douce, et ces
marches basses, larges, profondes, ne procdant gure que dix par dix et
entrecoupes de frquents _repos..._ oui, pour choir dans cet
escalier-l, il fallait vraiment une forte rsolution,--ou une extrme
faiblesse! Dans les deux cas il tait difficile et prtentieux de se
faire beaucoup de mal. On ne roulait pas bien loin. Tout au plus
allait-on dcemment, si on avait l'os tendre, jusqu' se casser un bras
ou une jambe,... et puis voil! Par exemple, cet escalier dbonnaire
n'avait qu'une exigence, une seule, mais  laquelle tous devaient se
soumettre, _on devait le monter avec ses jambes, avec ses propres
jambes_. Il tait traditionnel et logique. Il disait: Je suis un
escalier, j'ai des marches, montez-moi.

Voyons l'escalier d'aujourd'hui. Gnralement roide, obscur et haut, il
se prsente comme l'ennemi dtermin des genoux et des reins. Il abrge
le cardiaque et mrit l'asthmatique. La plupart du temps il ncessite
une telle dpense d'nergie qu'il semble avoir t fait pour qu'on ne
le monte pas, que l'on en soit rebut rien qu' la vue. Pourquoi? C'est
_qu'il sait_ qu'il y a l'ascenseur. Et mme quand il a t construit
bien antrieurement, , une poque o l'ascenseur n'tait pas encore
invent, l'escalier le prvoyait...! et se donnait ds ce moment les
faons dtaches d'un passage qui bientt ne sera plus bon  rien, qui
ne doit plus servir.

Avec cet escalier-l, plus besoin de jambes, Le podagre et le
paralytique, le cul-de-jatte, l'aveugle, l'amput, sont en quelques
secondes au septime tage. Ils n'ont plus  compter les marches, ni 
craindre de les manquer. Elles n'existent pas.

Apprenons maintenant ce qu'on risque en change? La mort. Et une mort
affreuse, ou, tout au moins, des accidents d'une exceptionnelle
gravit... Dans l'escalier d'autrefois, vous pouviez vous laisser aller
 une confiance absolue et ne penser  rien, vous tiez avec un ami.
L'escalier d'aujourd'hui, c'est un ennemi avec lequel vous est interdite
la moindre distraction. Si vous ouvrez par mgarde la porte palire  un
mauvais moment, vous vous prcipitez dans le vide de la cage. Si dans
l'ascenseur vous avez le malheur d'allonger la jambe, c'est un pied
coup, sans arrt. Vous ne cessez d'tre  la merci d'une machine
capable de vous jouer les plus terribles tours. On ne sort jamais d'un
accident d'ascenseur sans tre un tantinet broy. Mais vous tes chez
vous trois minutes plus tt! je suis forc d'en convenir. Vous risquez
chaque jour, et plusieurs fois par jour, votre vie pour trois minutes,
pendant lesquelles vous ne faites rien et qui ne vous profitent pas.
_C'est le progrs._

Descendons dans _la rue d'autrefois_. Quels en taient les prils
divers? Le cavalier, le carrosse, le porteur de fardeaux, sans parler du
pot de fleurs et de l'enseigne qui se dtachaient. Il semble bien que,
mme en tant un flneur inattentif, on devait cependant pouvoir sortir
de chez soi exempt de toute angoisse et y rentrer intact sans s'tonner
d'tre encore en vie... Les voitures, lourdes et encombrantes, taient
empches d'aller vite dans les rues troites et tortueuses et de
surprendre le piton, et les grandes voies, vastes et faciles 
embrasser d'un coup d'oeil, permettaient au promeneur de voir venir de
loin les attelages solennels. L'accident tait donc rare, et presque
toujours rendu impossible par _l'embarras_. On se disputait et on se
chamaillait davantage, on criait... mais on ne se cassait que la voix.

Tandis qu'aujourd'hui la me est le _lasciate ogni speranza_ de chaque
jour, de chaque heure, de chaque minute. Le risque le plus courant que
l'on y brave est celui de la mort... presque certaine... distribue et
largement rpandue par l'_auto_ sous toutes ses formes: la mort en
ptarade par la motocyclette, la mort bourrue par le taxi, foudroyante
et recommande par l'auto postal, la mort en gchis par l'autobus qui ne
pardonne pas, par les camions de fer de raffineries ou d'entreprises de
construction... Ah! que les anciennes voitures de laitiers qui
dvalaient avec un gai fracas de casseroles rtames le long des pentes
de Belleville et de Montmartre nous semblent  prsent douces et peu
meurtrires. Qui ne les regrette?

Il est indniable, par compensation, que nous allons plus vite, et que
nous sommes beaucoup plus tt _rendus_, mme si c'est chez le
pharmacien,  Beaujon, ou  la morgue. _C'est le progrs_.

Prenons sur la route d'_autrefois_ la diligence. Qu'y avait-il 
craindre? Qu'elle verst. Elle ne s'en privait pas, et sans doute une ou
deux ctes enfonces, quelques bonnes contusions et foulures laissaient
parfois du beau voyage un dsagrable souvenir. Mais, malgr tout, ces
misres taient honntes, presque raisonnables; elles se comprenaient,
elles n'avaient rien d'effroyable et de trop inattendu. Le tout tait,
dans la montagne, d'viter le prcipice avec lequel on ne discute pas. A
part cela on s'en tirait en se ramassant. On ne dgringolait jamais que
de sa hauteur ou de celle du sige... et la preuve que ce n'tait pas si
grave, c'est qu'on en riait aprs et que les dessinateurs de ce temps
nous ont laiss des centaines d'images pleines de belle humeur et de
gaiet dont les chavirements de diligences ont t le _motif..._
continuel et rjouissant, tandis que vous ne pouvez vous reprsenter une
seconde un Carie Vernet, un Henri Monnier ou un Lami exerant
aujourd'hui sa verve  propos d'une collision de trains. Cette ide
odieuse, insoutenable, ne saurait venir  personne.

Pourquoi? Parce qu'ici c'est encore et toujours la mort qui entre en
scne et frappe.

Le dcuplement de l'nergie et de la vitesse est une constante menace
pour la vie humaine qu'il atteint et rduit. Afin de gagner quelques
instants l'on se met en situation, mille fois par jour, de perdre des
annes. On fait meilleur march de son existence, on joue avec 
plaisir. Au lieu de laisser la mort  la place considrable, toujours
exorbitante, mais un peu recule qu'elle occupait,  certains endroits
et carrefours de la destine o l'on savait qu'il tait bien difficile
de ne pas la trouver, comme  un poste fatal, il semble qu'on veuille,
de plus en plus, la faire entrer dans nos habitudes, dans nos moeurs,
dans le programme de nos occupations et de nos travaux; on se montre
soucieux de la mler  tous nos actes, rputs jusqu'ici les plus
inoffensifs, on l'engage, on l'excite, on l'invite, on la dfie, on la
prie  toute minute d'avancer, on lui donne partout ses entres
permanentes, on en fait son habituelle compagnie. Si encore l'on ne
s'exposait ainsi qu'au risque plus frquent d'tre abattu par elle avec
la prompte et loyale clmence qu'elle tmoignait auparavant  ses lus,
il n'y aurait que demi-mal, mais, suivant les progrs de la science,
elle aussi s'est mise au niveau de son temps. Elle se scientifise,
elle se sert de la matire mme et des lments du progrs et de la
dcouverte pour les faire contribuer  la destruction de l'homme; elle
emploie,  le supplicier avant la fin, l'lectricit, le feu, toutes les
forces que celui-ci se targue d'avoir domptes. Embusque dans la
moindre machine imagine et construite par l'homme, la mort ne pense
plus qu' la dtraquer et la faire clater pour punir l'homme de son
orgueil, en le mutilant.

Sans vouloir donc rechercher si l'homme a tort ou non d'arracher  la
science et  l'inconnu ses secrets en vue d'une perfection, d'une
matrise et d'une domination qu'il prtend ncessaires et illimites...
sans le blmer ni l'encourager... on peut cependant lui faire voir et
toucher du doigt que le premier et le plus sur des rsultats de son
infernal gnie est de faire progresser le danger et la mort dans des
proportions inoues, dmesures, pidmiques, de les tendre et de les
vulgariser... Qu'il accepte donc avec plus de srnit cette consquence
invitable de sa fureur de progrs, de sa folie de puissance et de
vitesse, de son dchanement  se surhumaniser en tout... et quand, de
plus en plus frquentes, arrivent les catastrophes, les chutes, les
collisions au-devant desquelles il a vol comme exprs... comme  un
rendez-vous, qu'il cesse ensuite de s'tonner, d'tre stupide et mme de
gmir, de dire: Quelle horreur! Comment cela a-t-il pu se produire? et
de rechercher  ct les petites causes, dans la dfectuosit du
matriel... ou l'oubli du chauffeur...

Le seul _chauffeur_ coupable ce n'est pas le pauvre diable au service de
la locomotive, c'est le voyageur de toute classe, c'est vous, c'est moi,
c'est l'homme en gnral, l'homme du train, de l'express et du _rapide_
qu'est devenue la vie d'aujourd'hui... voil l'unique et universel
responsable des malheurs et des deuils qu'il organise avec tant de soin!
Dans cette nouvelle et forcene croisade de l'Orgueil ce n'est plus
Dieu le veut, c'est l'Homme le veut. Alors vaille que vaille! Et
tant pis pour les carboniss et broys de la route! de la route d'en bas
ou d'en haut! Toujours plus vite! L'Homme le veut.

HENRI LAVEDAN.

_(Reproduction et traduction rserves.)_



A PROPOS D'UNE PROVOCATION

_Une dpche de Sofia, reproduite par les journaux quotidiens, annonait
rcemment qu'un lieutenant bulgare se rendait en France, aprs avoir
provoqu au nom de ses camarades notre illustre collaborateur Pierre
Loti,  la suite de ses articles sur les atrocits commises en
territoire turc. Le grand crivain n'aurait pas accord  l'auteur de
cette incartade, dsavou dans son propre pays, l'honneur d'une rponse,
si de fervents amis, Franais et Turcs, n'avaient spontanment offert de
se faire ses champions. Mais M. Pierre Loti a voulu, en crivant la
dclaration qu'on va lire, mettre l'incident au point, et empcher
qu'une aussi ridicule provocation ft prise plus longtemps au srieux._

Je voulais garder le silence, qui est ma manire habituelle; mais le
gnreux lan de tous ceux qui m'offrent de se battre pour moi m'oblige
 parler. Ce sont des Turcs, ce sont des Franais. Et, par la forme de
leurs rponses, quel bel exemple de convenance ils donnent  ce Bulgare
d'occasion!

Puiss-je maintenant les arrter tous, par ce que je vais dire!

J'ai conscience d'avoir rempli un devoir sacr, en usant de la notorit
de mon nom pour tablir le vritable rle, pendant la guerre, des Turcs
si calomnis, et des Allis soi-disant chrtiens. Je me suis born du
reste  dire sans haine ce que j'avais vu et surtout  reproduire, aprs
les avoir contrls, de plus accablants tmoignages, qui depuis ont
acquis la valeur de documents historiques. Je n'ai jamais eu un mot
grossier pour les officiers bulgares et j'ai mme rendu justice  leur
incontestable bravoure. Leurs soldats aussi ont t braves, et je l'ai
dit; cependant il faut distinguer: le courage militaire n'est vraiment
sublime que chez des hommes civiliss, dont la piti, dont les nerfs
mme se rvoltent devant la ncessit des blessures et du sang; mais
chez des soldats sanguinaires, qui se complaisent ensuite  mutiler
leurs prisonniers,  avoir les mains rouges, le courage perd de sa
valeur et se rapproche trop du taureau furieux dans l'arne.

Ds le dbut, je souponnais que mon attitude, dont je reste fier,
pourrait bien m'attirer des coups de couteau un beau soir ou des balles
de browning. Mais j'ai reu une chose plus imprvue: une lettre de
provocation d'un petit lieutenant de Sofia, conue en termes tellement
ignobles que les doigts rpugnent  la toucher; certain passage semble
mme d'un fou. Je n'aurais pas pris la peine de lire une telle lettre,
_a priori_ jete au panier o j'ai d la repcher, si les journaux
n'avaient annonc d'abord qu'il tait dlgu par l'arme bulgare. Je me
refusai cependant  croire qu'un groupe d'officiers, de quelque nation
qu'ils fussent et si aveugls par la fureur qu'on pt les supposer,
aient choisi pour les reprsenter un tel personnage,--et j'avais raison,
car le jeune insolent a t dsavou dans la suite.

J'estime que je ne dois aucune rparation  personne pour avoir
hautement proclam la _vrit, l'indniable vrit_, que des milliers
d'autres ont consigne dans diffrents journaux ou rapports officiels,
mais avec moins de retentissement voil tout. Peut-tre les Bulgares
eux-mmes, plus tard, si, comme je l'espre, ils s'acheminent vers des
moeurs plus humaines, puiseront-ils dans mes crits, _devenus pages
d'histoire_, d'utiles matires  rflexion, d'utiles enseignements.

La lettre que j'ai reue--si elle n'tait l'oeuvre isole d'un jeune
nergumne en qute de rclame et qui n'est mme pas
Bulgare--constituerait  elle seule une pice  charge dans le dossier
balkanique, tant elle dnote de grossiret foncire. Aprs avoir
constat mon ineptie et mon ignominie, la plus heureusement trouve
et la plus amusante des pithtes qu'il me donne est celle de
crapuleux; il n'y a pas  dire, pour qui me connat, je suis tout
entier dans ce mot-l!

Je ddaignerai donc, bien entendu, de recevoir les tmoins que l'on
m'annonce. Il restera toujours  ces messieurs la ressource de
m'assassiner; je sors sans armes, comme sans peur, et ce sera chose
facile. Je m'tonne mme que ce ne soit pas dj fait, ainsi que
plusieurs lettres anonymes m'en avaient prvenu, en termes des plus
immondes.

Ce semblant de rponse, que voici, me semble dj trop; aussi n'est-ce
pas au petit lieutenant un tel que je l'adresse; non, je l'cris pour
ces innombrables amis inconnus, dont la pense suit fraternellement ma
pense et auxquels je me dois un peu; mais c'est mon dernier mot, et je
ne rpondrai plus, quoi qu'il arrive, aux injures qui me viendraient de
l-bas; certes, je me serais laiss entraner  le faire, jadis;
aujourd'hui, au crpuscule de ma vie, le peu de rle qui me reste 
jouer en ce monde m'apparat beaucoup plus haut que cela.

Je me dois surtout, en cet instant,  ceux qui voudraient se battre  ma
place; aprs leur avoir adress ici mon remerciement trs mu et leur
avoir serr les mains, je les conjure, au nom de la sympathie qu'ils ont
sans doute pour moi, je les conjure de n'en rien faire; cela me
dsolerait et me blesserait presque. Ils l'admettront, j'en ai l'espoir:
cette lettre de l'Armnien-Bulgare,  prsent que je l'ai publiquement
dnonce telle qu'elle est, ne vaut plus qu'un haussement d'paules.
L'auteur a besoin d'une leon, je l'accorde; mais ne sera-t-elle pas
beaucoup plus claire et plus dcisive, cette leon-l, si personne ne
ramasse son petit dfi?

En terminant, je veux remercier du fond du coeur la presse de mon pays,
qui m'a soutenu, sans distinction de clans, avec une loyaut si unanime
et si belle.

PIERRE LOTI.



PARIS-LE CAIRE EN AROPLANE

_(Voir notre gravure en premire page.)_

L'aviateur Daucourt et son compagnon M. Roux continuent triomphalement
leur randonne vers le Caire.

Nous avons laiss les deux hardis voyageurs sur la route d'Augsbourg 
Munich. Trois jours plus tard, ils arrivaient  Vienne. Aprs avoir
attendu en vain le beau temps, ils quittent la capitale de l'Autriche le
2 novembre  10 heures du matin, et, pendant 300 kilomtres, ils volent
en plein brouillard. A 2 heures de l'aprs-midi ils atterrissent 
Budapest; une rception enthousiaste leur est faite par l'Aro-Club de
Hongrie et par la colonie franaise.

Nos compatriotes s'engagent ensuite dans les gorges encaisses du
Danube; ils passent au-dessus des Portes de Fer, et, aprs un vol de 400
kilomtres, sans escale, ils se reposent  Craova. Le lendemain, pour
la premire fois, le soleil est magnifique; en deux heures, ils
franchissent les 250 kilomtres qui les sparent de Bucarest: trois
aroplanes militaires roumains, venus au-devant d'eux, les escortent
jusqu'au champ d'aviation, o les attend le prince Bibesco. Mme accueil
enthousiaste  Varna dont les habitants n'ont pas encore vu d'aroplane;
un rgiment bulgare musique en tte vient saluer le dpart de nos
aviateurs. Pousss vers le large par un vent de tempte, les voyageurs
atterrissent  Podima, village de pcheurs, situ non loin des lignes de
Tchataldja. Personne ne peut les comprendre, et les paysans, les prenant
pour des Bulgares, se montrent dfiants. Enfin, tout s'arrange. Le temps
se calme, l'avion reprend son vol et vient se poser  San Stefano devant
le consul gnral de France qu'entourent le prfet de Constantinople et
les officiers aviateurs ottomans.

Les autorits turques rivalisent d'attentions dlicates pour les
courageux Franais. Le sultan, prvenu de leur prsence  la crmonie
du baise-main, envoie le grand matre des crmonies les fliciter; les
deux touristes djeunent  l'ambassade de France, dnent chez le maire
de Pra, sont reus par le gouverneur militaire de Constantinople.

Si, comme il faut l'esprer, aucun accident ne vient interrompre ce raid
merveilleux, nous retrouverons bientt l'oiseau de France  Beyouth.



LE MARIAGE DE NIJINSKY

C'est de l'Amrique du Sud que nous en est venue la nouvelle: le clbre
danseur qui, il y a quelques annes, a rvl aux Parisiens,
d'inoubliable faon, les grces imprvues, les langueurs et les
frnsies des ballets russes, et qui, depuis, renouvelait pour eux 
chaque saison le miracle de ses souples jeux, Nijinsky s'est mari. Il
s'tait rendu, l't dernier, en Argentine, pour y donner une srie de
reprsentations impatiemment attendues. Les loisirs de la longue
traverse le rapprochrent d'une jeune artiste de sa troupe, Mlle
Pulska, qui, appartenant  une riche famille russe, s'tait sentie
pousse, voici un an seulement, vers le thtre, par une irrsistible
vocation chorgraphique. Lorsqu'ils dbarqurent  Buenos-Ayres, ils
taient fiancs.

[Illustration: Nijinsky et sa jeune femme sortant de l'glise
Saint-Michel,  Buenos-Ayres.--_Phot. Baudoin._]

Les grands tnors, illustres dans les deux mondes, avaient seuls coutume
jusqu' prsent de bnficier, dans les affaires de leur vie prive,
d'un succs de curiosit: cette fois-ci, ce fut un danseur qui l'obtint.
Et le mariage de Nijinsky fut un vnement  Buenos-Ayres. La crmonie
religieuse eut lieu, le 10 septembre, en l'glise Saint-Michel, celle
qu'lit de prfrence l'aristocratie argentine en semblables occasions.
Notre photographie montre le couple dont l'union vient d'tre clbre:
dans le jeune homme  la stricte lgance qui apparat sur cette image,
on reconnatra, aprs un peu d'hsitation peut-tre, celui qui a si
souvent merveill les Parisiens par ses bonds harmonieux, le Vestris
slave, le prestigieux crateur de l'_Oiseau de feu_, de _Schhrazade_
et de _Ptrouchka_.



LE PONT DU GARD

Le pont du Gard, monument romain et proprit nationale, en quelque
sorte confisqu par un propritaire riverain qui, dans un accs
d'humeur, aurait mme menac de le faire sauter si l'tat s'obstine 
revendiquer le droit d'accs pour le public,--telle est la nouvelle
originale qui, tout en nous arrivant du Midi, est rigoureusement exacte.

Cette question du pont du Gard, qui prend aujourd'hui un caractre aigu,
ne date point d'hier; invraisemblable au premier abord, elle est la
rsultante logique d'un tat de choses curieux que nous allons exposer
rapidement en nous rfrant au rapport tout  fait remarquable de M.
Grandjean, inspecteur gnral honoraire des monuments historiques.

Le pont du Gard est situ sur la commune de Vers, canton de Remoulins,
arrondissement d'Uzs. Comme on s'y rend presque toujours par Remoulins,
l'opinion publique le place gnralement sur cette dernire commune;
l'erreur est mme consacre par la plupart des documents officiels.

Ce pont franchit, non point le Gard, mais le Gardon, modeste rivire
dont la largeur, aux eaux moyennes, atteint  peine une quinzaine de
mtres et ne dpasse gure l'ouverture d'une arche. Mais, en temps de
crue, le ruisseau noie vingt ou trente mtres de chaque berge, couvrant
alors des surfaces trs accidentes, rocailleuses et compltement
striles.

L'ouvrage est form de trois rangs d'arcades superposs. Les deux
premiers sont de 6 et de 11 grandes arcades qui ont jusqu' 24 mtres
d'ouverture, le troisime, tabli  environ 47 mtres au-dessus du
niveau de l'eau, a 35 arcades plus petites. Ces proportions, hors de
toute mesure avec celles du Gardon, s'expliquent par le fait que le
Pont du Gard n'est pas un pont: c'est un aqueduc. Il fut construit
pour runir par-dessus la valle,  une altitude considrable, les deux
collines entre lesquelles coule le Gardon, et faire passer de l'une 
l'autre les eaux des fontaines d'Eure et d'Airon destines 
l'alimentation de Nmes.

Ainsi s'explique que le pont du Gard ne repose que pour partie--un tiers
environ--sur les berges proprement dites de la rivire. Le reste
s'appuie sur les versants des collines  une hauteur que les eaux sont
loin de pouvoir atteindre. Par ses deux extrmits, sur une grande
tendue, il constitue donc un ouvrage en terre ferme, analogue aux
aqueducs de Frjus et de Coutances, par exemple. Et, alors que le
monument est la proprit de l'tat, tous les terrains qui
l'environnent, sur l'une et l'autre rive, en amont et en aval,
appartiennent  M. Fernand Calderon. Ce magnifique ouvrage offre donc la
particularit, sans doute unique, d'tre entirement enclav dans le
fonds d'un particulier.

[Illustration: Plan indiquant (par une bande de gris) la zone de
protection projete autour du pont du Gard sur des terrains appartenant
en grande partie  M. Calderon. Les chiffres 1, 2, 3, 4, dsignent les
endroits d'o ont t prises les photographies correspondantes.]

[Illustration: 1.--Fourche forme par le chemin de grande communication
( gauche) qui va franchir le Gardon sur la premire range d'arches, et
par l'entre ( droite) du chemin priv de M. Calderon.--_Phot. Ch.
Bernheim._]

La situation s'aggrave de la circonstance que le Gardon, dans cette
partie de son cours, n'est ni navigable ni flottable. En consquence,
aux termes de l'article 3 de la loi du 8 avril 1898 sur le rgime des
eaux, la rivire et son lit appartiennent en propre  M. Calderon.
L'Etat n'a ainsi ni les droits ni les facilits dont il jouirait si la
rivire tait navigable ou flottable.

Dans ces conditions, en dehors du monument romain, l'tat possde
simplement:

Le cours d'eau et son lit sur le trajet du pont antique;

Le sol o sont assises les maonneries de l'ouvrage et le sol que couvre
la projection des arches infrieures;

Les petites fractions de terrain qui, de part et d'autre des extrmits
du pont, sur le penchant des deux collines, ont t amnages par l'tat
pour crer des rampes, sentiers ou escaliers d'accs.

Remarquons, en passant, qu'il n'existe aucun titre, aucune pice
indiquant  quelle poque le pont serait devenu la proprit de l'tat.
Mais nul ne paie l'impt pour ce monument qui est class depuis 1838;
l'tat y a effectu des travaux  diverses reprises, notamment en
1855-1858, o les dpenses ont atteint 198.000 francs; enfin, M.
Calderon a reconnu implicitement les droits de l'tat.

[Illustration: 3--Le chemin de grande communication franchissant le
Gardon par le pont moderne juxtapos au pont antique contre la range
des premires arches.]

Tout contre la face aval de l'aqueduc, les tats du Languedoc ont fait
construire, de 1743  1747, un pont prsentant les mmes dimensions, le
mme nombre d'arches, le mme cartement des piles, la mme hauteur et 
peu prs la mme longueur que le premier tage de l'aqueduc. Ce pont
appartient aujourd'hui au dpartement et fait partie du chemin de grande
communication n 32.

Par ce chemin et par le pont moderne on peut, sans emprunter le sol de
M. Calderon, accder  la premire plate-forme de l'aqueduc. C'est une
attnuation  l'enclavement. Mais pour voir l'aqueduc, pour jouir de
l'admirable perspective que dcoupent ses arches antiques, il ne faut
pas tre dessus, il faut tre sur la proprit de M. Calderon.

[Illustration: 2.--Porte clturant le chemin priv de la proprit de M.
Calderon avec criteau interdisant l'accs sous les arches du
pont.--_Phot. Ch. Bernheim._]

Cette proprit de 368 hectares constitue le domaine de Saint-Privat,
qui s'tend autour d'un assez joli chteau sis  1.800 mtres en amont
de l'aqueduc sur la rive droite. C'est une terre seigneuriale qui
appartint  la famille de Fourns jusqu'en 1865. A cette poque elle fut
vendue  M. Thomas Calderon, pre du propritaire actuel qui la possde
depuis 1894.

On accde au chteau par un chemin priv d'environ 7 mtres de largeur
qui prend sa naissance sur la route dpartementale,  115 mtres en aval
de l'aqueduc. Aprs avoir parcouru ces 115 mtres, le chemin passe sous
la premire arche romaine, puis continue pendant trois ou quatre cents
mtres sur un terrain dgarni, en grande partie form de la berge
inondable. Il s'enfonce alors dans les bois. C'est de ce chemin,  150
ou 200 mtres des arches--par consquent sur la partie de terrain
dgarni--qu'on a la plus belle vue de l'aqueduc. C'est mme le seul
point d'o on puisse le contempler sans gne, dans toute son tendue.
Sur la rive gauche, le terrain est moins favorable.

Pendant longtemps, M. Calderon a laiss au public le libre passage de
son domaine. Il prtend aujourd'hui que le dveloppement du tourisme a
cr une situation nouvelle, intolrable. Certains jours de fte,
dit-il, notamment  la Pentecte, des bandes arrivent d'Avignon, de
Nmes, de Beaucaire, et festoient sur sa proprit qu'elles saccagent
sous les yeux des gendarmes dbords.

Pour viter ces dprdations, M. Calderon a fait barrer l'entre de son
chemin priv, et il semble _provisoirement_ matre de la situation. Car,
comme nous le disions plus haut, l'tat ne possde ici que la proprit
du petit morceau de terrain couvert par les premires arches. Il peut,
il est vrai, revendiquer la coproprit des 115 premiers mtres du
chemin priv qui conduit  des exploitations diffrentes.

L'attitude de M. Calderon a mu l'administration, qui veut en finir avec
une situation prodigieusement anormale. M. Paul Lon, chef de la
division des services d'architecture au sous-secrtariat des Beaux-Arts,
est all causer avec le propritaire de Saint-Privat; il lui a propos
d'acheter le terrain ncessaire pour rendre au public le point de vue.
M. Calderon demanda 46.000 francs, puis 20.000 francs pour un terrain
d'environ un hectare qui, parat-il, vaut  peine un millier de francs.

Devant ces prtentions, les pouvoirs publics ne se trouvent pas
dsarms; la loi de 1906 sur la protection des sites permet  la commune
et au dpartement de recourir  la procdure d'expropriation. D'aprs
l'enqute faite par le prfet du Gard, il suffirait, pour dgager les
abords de l'aqueduc, d'acqurir 12 hectares de terrain, dont sept
seulement appartiennent  M. Calderon et estims 1.050 francs l'hectare.
Soit une dpense totale d'environ 13.000 francs. Au cas o le
dpartement du Gard refuserait d'exproprier, l'tat se chargerait de le
faire en vertu du droit souverain d'expropriation que lui confre la loi
de 1841.

Peut-tre, d'ici l, M. Calderon aura-t-il rflchi.

Cet heureux propritaire est, parat-il, un fort galant homme; on
conoit que la sauvagerie de certains touristes l'ait exaspr. Il a,
dit-il, trouv des inconnus jusque dans son vieux castel, inventoriant
son mobilier et usant de son billard.

En cdant  l'tat pour leur valeur intrinsque quelques ares de terre,
M. Calderon recouvrera la tranquillit; il redeviendra matre chez lui
sans grand dommage pour l'harmonie de sa belle proprit, et tous les
Franais applaudiront  ce geste lgant.

F. HONOR.

[Illustration: 4--Le pont du Gard vu dans toute son tendue de la
proprit de M. Calderon, dont l'accs est maintenant interdit au
public.--_Phot. Neurdein._]



[Illustration: Les nouveaux paquebots franais de l'Amrique du Sud: le
_Gallia.--Phot. M. Bar_.]

UNE RENAISSANCE MARITIME

LES RELATIONS ENTRE LA FRANCE ET l'AMRIQUE DU SUD

En terminant la publication ici mme, il y a deux ans et demi, de ses
notes de voyage en Argentine et au Brsil, M. Georges Clemenceau
exprimait le vif regret que les paquebots franais mis  la disposition
des passagers entre l'Europe et le continent sud-amricain ne
rpondissent plus  leurs habitudes de luxe et  leurs besoins de
vitesse.

Notre minent collaborateur faisait ressortir combien il tait fcheux
que les voyageurs brsiliens ou argentins, venant en Europe ou rentrant
chez eux, fussent conduits  prendre passage sur des btiments de toutes
nations,  l'exclusion ou  peu prs des ntres, alors que les normes
progrs conomiques de l'Argentine et du Brsil sont dus en majeure
partie  nos capitaux.

Et M. Clemenceau concluait en formulant l'espoir de voir prochainement
apparatre une organisation nouvelle, dont les btiments, installs
d'aprs le got moderne et filant 20 nouds, permettraient d'atteindre
directement Rio de Janeiro en dix jours et demi et Buenos-Ayres en
treize jours.

Or, voici que les desiderata patriotiques exprims au commencement de
1911 par M. Clemenceau sont raliss ds la fin de 1913.

En effet, le paquebot _Lutetia_, inaugurant rellement les services de
la nouvelle Compagnie Sud-Atlantique, est parti de Bordeaux le 1er
novembre et se trouve, au moment o paraissent ces lignes, sur les ctes
sud-amricaines. Le seul aspect de sa coque monumentale et lgante, un
coup d'oeil jet sur ses amnagements, apprendront au monde argentin et
brsilien qu'il y a quelque chose de chang et qu'ils peuvent dsormais
se confier sans arrire-pense aux beaux btiments dont un coq
symbolique, firement dress sur ses ergots, dcore les trois chemines.

La Compagnie Sud-Atlantique met en service des  prsent deux paquebots
identiques, _Lutetia_ et _Gallia_, auxquels s'ajoutera prochainement le
_Massilia_.

Ce sont de magnifiques navires runissant, avec toutes les qualits
essentielles de solidit, de rapidit et de scurit, le summum du
confortable dans les appartements privs, du luxe dans l'amnagement et
la dcoration des salons communs.

Leur longueur est de 175 mtres; leur largeur, de 19 m. 50; leur
dplacement, de 15.000 tonnes. La puissance totale des machines est de
20.000 chevaux et assure une vitesse de 20 nouds et demi.

Le _Gallia_ et ses sister-ships, _Lutetia_ et _Massilia_, portent
au-dessus de la flottaison six ponts, en y comprenant le pont suprieur,
rserv  la promenade au grand air. Au-dessous se trouvent runies
toutes les pices communes, dcores dans le meilleur got franais:
salons de musique et de lecture, rotonde, fumoir, spars par de grands
halls qui forment eux-mmes de vritables salons. La salle  manger
occupe une partie du troisime pont: c'est une vaste salle en fer 
cheval o les passagers se grouperont par petites tables et o ils
goteront, on peut nous en croire, tous les raffinements de la vieille
cuisine franaise.

On trouve  cet tage, et aux trois autres en dessous, les logements des
passagers, appartements complets, chambres  deux ou  un seul lit, tous
excellents, recevant  pleins flots l'air et la lumire du jour, et
munis de tout ce qui constitue le confortable de l'existence.

Si le luxe rgne en matre dans les installations rserves aux
passagers de premire classe  bord des paquebots de la Sud-Atlantique,
on n'y a pas oubli ceux des autres classes. Les amnagements qui leur
sont rservs ont t soigneusement tudis, et on peut dire que chaque
classe est installe comme l'tait la classe suprieure sur les
paquebots d'antan.

Au moment mme o le _Lutetia_ quittait Bordeaux pour le voyage
d'inauguration, la Compagnie Sud-Atlantique runissait  Marseille, 
bord du _Gallia_, un groupe nombreux d'invits auxquels elle offrait, 
travers la Mditerrane apaise, une dlicieuse croisire.

Les ctes des Balares, celles de la Corse, puis l'admirable littoral du
Var et de la Provence, de Nice  Marseille, dfilrent devant leurs yeux
ravis. On mouilla devant Palma,  l'impressionnante cathdrale, devant
Ajaccio, aux golfes harmonieux, devant Bastia enfin, dont le vieux port
gnois fut trs admir; et, aprs chaque visite  terre, on revenait 
bord avec joie, pour y retrouver le charme de la plus exquise et de la
plus fastueuse hospitalit et y goter la douceur de vivre loin des
proccupations des villes, dans la compagnie la plus agrable, entre le
ciel et la mer.

La prsence,  bord du _Gallia_, de M. de Monzie, sous-secrtaire d'tat
 la Marine marchande, entour de hautes personnalits diplomatiques,
politiques, maritimes et financires, donnait  cette excursion
mditerranenne une signification spciale. M. de Monzie, depuis son
installation  la tte des services de la Marine marchande, a saisi
toutes les occasions de proclamer son intention de faire sortir cet
organe si important de notre outillage national de l'tat de marasme
presque humiliant o il se dbat. Nous ne doutons pas qu'il n'y arrive
et il aura par l bien mrit du pays. Le jeune ministre voit tout
particulirement dans une meilleure organisation des lignes de paquebots
un des moyens les plus puissants pour augmenter la richesse, le bon
renom, le crdit de la France, en la faisant mieux connatre et
apprcier. Et il veut, dans ce but, que ce soient des paquebots franais
et non des navires allemands, anglais ou italiens, qui amnent jusqu'
nous les innombrables trangers, attirs de tous les coins du monde par
le gnie de notre race et les agrments si divers et si nombreux de
notre pays. En participant  la croisire du _Gallia_, au premier rang
des htes de la Compagnie Sud-Atlantique, M. de Monzie a montr
l'importance qu'il attache au succs d'une entreprise qui va redonner au
pavillon franais, sur une des voies maritimes les plus importantes du
monde, la place qu'il doit occuper.

Il est juste, d'ailleurs, de noter que cette sorte de renaissance
maritime si ncessaire se poursuit depuis plusieurs annes, et nul
n'ignore les vigoureux efforts tents et les grands succs obtenus dj
par la Compagnie Gnrale Transatlantique et la Compagnie des
Messageries Maritimes. Des btiments tels que la _France_ et la
_Provence_ pour la premire, le _Paul-Lecat_ et l'_Andr-Lebon_ pour la
seconde, peuvent s'aligner  ct des plus rputs coureurs des mers
naviguant sous n'importe quel pavillon. Si les pouvoirs publics veulent
bien faciliter, comme ils paraissent enfin s'y employer sous l'impulsion
de M. de Monzie, la tche de nos compagnies de navigation, il n'est pas
douteux que notre Marine marchande, facteur si important de la
prosprit nationale, retrouvera sur toutes les mers son ancien
prestige.

[Illustration: Le salon de musique du _Gallia.--Phot. Leleux._]



LA COMTESSE MATHIEU DE NOAILLES

Elle est la Potesse. Tout se rsoud pour elle en images, en sensations,
en musiques. Ce regard qu'elle pose sur vous, si direct, si assur,
c'est une question qu'elle vous adresse; mais votre rponse est vaine,
car elle s'est dj rpondu, et vous tes dj oubli, ou bien au
contraire vous faites dsormais partie de son univers. La foule de la
rue, la corolle qui se fane prs d'elle, dans ce vase, la nouvelle
apporte par le visiteur, tout cela n'est que sons qu'elle harmonise,
transpose et fixe en ses vers:

        Prenez ces yeux, emplis de vastes paysages,
        Qui n'ont jamais bien vu l'exact et le rel,
        Et qui, toujours troubls par de changeants visages,
        Ont vers plus de pleurs que la mer n'a de sel.

L'exact et le rel qu'elle ignore, elle en est avidement curieuse,
cependant. Mais, ds qu'elle a cueilli ces fleurs vivantes, elle les
transfigure et leur prte le parfum de sa sensibilit. Tous ceux qui
savent quelque chose doivent verser en ses mains leur trsor. La
politique mme la passionne. Ce n'tait point seulement en Parisienne
qu'elle djeunait, dans le tumulte mondain d'un grand restaurant de
Versailles, un jour fameux de l'hiver dernier. A travers les rangs des
badauds, elle voyait l'Histoire, et les pierres magnifiques avaient
cess en son esprit d'tre muse pour redevenir palais...

Le gros chapelet d'ambre que caressent ses doigts fins, la bigarrure des
couleurs qui l'entourent, son allongement gracieux sur ce divan, ces
roses qui alourdissent l'air et l'aromatisent, tous ces raffinements et
ces langueurs composent une atmosphre orientale que le lumineux visage
de la potesse semble clairer. Mais ce ne sont point l turqueries
fantaisistes ni paresses d'Islam. La pense ardente, la parole vive de
la reine du lieu vivifie les rayons, nuance l'ombre et poivre les
odeurs. Rien de moins rsign, de moins endormi que l'me de notre
Sultane. Si ses motions sont parfois celles d'une petite fille aux
sentiments frais, la femme commande en elle comme une amazone
imprieuse... Les dmons conservent parfois un reflet de la grce des
anges, et l'on dirait qu'un autre sortilge confre aux anges, par
instants, le charme impitoyable de Satan. L'amour, baume dlicieux et
philtre pervers dans le langage des potes, est bien aussi cordial et
poison dans l'me des amantes. Sans larmes, les yeux qui les admirent
leur semblent morts. Tourmenter, c'est ranimer, pour ve; la chair qui
pantelle lui parat plus vivante. Ses filles se dsesprent donc avec
ravissement de dsesprer qui les aime. La piti germe en elles et fait
s'panouir toutes leurs vertus; et, si la piti reste vaine, elles
suscitent le chagrin, qui est l'arbre o mrissent les fruits
ncessaires de la compassion et du dvouement. C'est la plus
tragiquement sincre des confessions que cette imploration du dsol
bourreau  sa victime:

        Et moi, qui me revts de vos grces prcoces,
        Comme un brlant frelon dans un lis engouffr,
        Cher tre par qui j'ai, plus qu' mon tour, pleur,
        Pourrai-je pardonner  mon me froce
        La paix qui m'envahit quand c'est vous qui souffrez?

L'amour n'est point ici un jet d'eau qui murmure; c'est un torrent
cumant et vertigineux, dont le flot coule doucement, par endroits,
entre deux pierres moussues. Mais le ciel est plus serein d'avoir t
orageux, les arbres plus luxuriants d'avoir t secous par l'averse. La
nature rassrne s'exalte, et tout l'azur luit dans le coeur sans
limites de l'amante, dans ce coeur innombrable qu'elle a pourtant
resserr sur l'amant. C'est le panthisme dans l'amour: tout l'univers
en soi, tout l'univers en l'autre, l'immensit et l'ternit dans le
rve, l'infini dans l'phmre, le divin dans l'extase:

        Je regarde votre humble et dlicat visage
        Par qui j'ai voyag, vogu, chant, souffert,
        Car tous les continents et tous les paysages
        Faisaient de votre front mon sensible univers.

Il n'est pas de transports plus spirituels, d'vocation plus thre que
ces lans et ces aveux o les profanes croient reconnatre une voix trop
humaine et sensuelle. Ce verbe n'est perceptible qu'aux initis,  ceux
qui savent vivre dans le silence et se complaire dans le recueillement.

La souffrance est partout, dans ces exaltations, et se mle  la joie,
qu'elle aiguise peut-tre, mais qu'elle purifie en mme temps:

        Car l'amour, radieux comme un verger prospre,
                    Est gonfl de sanglots...

Si chacun de ses caprices est un pome, ces deux beaux vers attestent
nanmoins que sa rverie n'est point divagation de femme nerveuse, et
que, dans sa vie intrieure, elle gravit vraiment les calvaires qu'elle
voque pour nous, comme elle se laisse vraiment bercer sur les eaux des
lacs profonds et tranquilles.

Un pote, qu'une foi religieuse inspire, vient d'exhorter la potesse
des _Vivants et les Morts_  ne plus chanter que sur le ton de la
prire. Que ds maintenant il admette au clotre de sa pit la douce
novice au visage merveill. Malgr l'apparence, elle n'est pas trs
loigne de lui. Ses pomes d'amour sont comme des cantiques. La volupt
verbale est soeur du mystique enthousiasme. Le rve, dans l'azur, suit
la mme voie que l'adoration, et l'amant irrel, vers qui montent les
hymnes qui nous enchantent, pourrait, plus fidlement qu'en un homme du
sicle, se raliser en un dieu de puret.

[Illustration: La comtesse Mathieu de Noailles dans son salon.
_Photographie Desboutin.._]

Son trne est ce divan multicolore que vous voyez apparatre devant vous
par le miracle de la science des images. C'est l qu'elle tient sa cour,
cour de potes uniquement. Car mme ceux qui ne savent pas l'art de
rimer deviennent devant elle fervents des mtaphysiques esthtiques,
sensibles  la musique et aux ides. Elle rend lgant le banal, elle
touffe le mdiocre et rpudie le laid: tout se supriorise sous son
regard et s'embellit sous son sourire. Magicienne de notre temps, elle
renouvelle le vieux mythe d'Orphe le charmeur.

JEAN LEFRANC.



[Illustration: Itinraire des plerins  Sainte-Hlne: de James-Town 
Longwood en passant par le Tombeau.--_Dessin de L. Trinquier._]

_LES DOMAINES FRANAIS DE SAINTE-HLNE_

UNE MASURE ET UN TOMBEAU

Dans une terre anglaise de l'Ocan, jadis fameuse, hrisse de canons et
peuple de soldats, aujourd'hui abandonne, vide, mourante et comme
ensevelie dans le deuil de ses ternelles brumes et de ses rochers
noirs, il est un lieu de plerinage o le drapeau franais a le droit de
flotter librement. A Sainte-Hlne, un calvaire et un spulcre, la
maison de Longwood o mourut Napolon prisonnier et la valle du Tombeau
o, pendant dix-neuf ans encore, il demeura captif du sol britannique,
sont, depuis plus d'un demi-sicle, proprits de l'tat franais.

Le nom de Longwood, sanctifi par une immortelle agonie, s'est fix dans
nos imaginations. Les visions du tumulus clair, sur lequel pleure un
saule chevel, nous ont t rendues familires par les compositions
ingnues et touchantes des imagiers romantiques. Mais ce que l'on ignore
gnralement chez nous o l'histoire vulgarise de Sainte-Hlne
s'arrte  la dernire page du _Mmorial_, c'est que Longwood est devenu
franais comme le lieu du Tombeau, que la spulture comme la prison sont
maintenant des domaines  nous et que nous entretenons depuis
cinquante-cinq ans, dans l'le, un conservateur charg de protger,
contre les empitements, les outrages et la ruine, ce patrimoine
national. Cela, il est vrai, ne s'apprend point  l'cole. Les
encyclopdies elles-mmes, en notant que Sainte-Hlne est l'le
britannique o fut dport, en 1815, et o mourut, le 5 mai 1821,
l'empereur Napolon Ier, n'ajoutent point que les lieux historiques de
cette le, Longwood et le Tombeau, sont aujourd'hui domaines de la
France. Et, s'il vous prenait la fantaisie d'interroger, chacun  son
tour, nos quinze ministres ou sous-secrtaires d'tat, sur les droits de
notre pays dans l'le Sainte-Hlne, vous auriez de la difficult,
j'imagine,  obtenir une seule rponse satisfaisante. Les domaines
franais de Sainte-Hlne ne sont plus, aujourd'hui, qu'un article du
budget en trois lignes et toute leur histoire administrative tient, avec
leur tat civil, en un seul carton vert des archives du quai d'Orsay.
Or, on songe, parat-il,  supprimer, sinon le carton vert, du moins
l'article du budget. De 1815  1821, la garde de l'Empereur prisonnier
cota annuellement 10 millions  l'Angleterre. La garde de son tombeau
et de la maison o il est mort cote chaque anne 9.000 francs  la
France. L'administration trouve la dpense ruineuse. Elle songe  la
rduire et peut-tre  la supprimer. Le conservateur actuel, M. Roger,
un homme de bonne volont, mais charg de famille, et qui, dj, en
est--comme l'Empereur-- sa cinquime anne d'exil, veut rentrer en
France. C'est une bonne occasion pour ne le point remplacer. Les
domaines qui, faute de crdit, ne sont plus entretenus, la masure qui
n'est plus rpare, se conserveront dsormais tout seuls. Des passants
de toutes les nations pourront, comme jadis, couvrir d'inscriptions
outrageantes les murs de ces lieux d'agonie. Il sera loisible 
d'autres, comme jadis encore, de venir pitiner le tombeau. Qu'importe!
Sainte-Hlne, c'est loin. Les trangers seuls s'y arrtent! Il n'y va
presque plus jamais de visiteurs franais...

Cependant, cette indiffrence de notre administration, ces vellits
d'abandon ayant t, il y a quelques mois, dnonces au public,
l'opinion a paru s'en mouvoir. Mais la situation ne s'est point
amliore. Un de nos confrres italiens, M. Cavicchioni, qui vient de
sjourner dans l'le, avec une me de plerin, a rapport de son voyage
les plus rcentes photographies de Longwood. Ces documents illustrent le
dossier que nous croyons opportun de publier aujourd'hui: le dossier de
l'abandon par la France des domaines franais de Sainte-Hlne.

                               *
                              * *

Traditionnellement, lorsqu'un navire est dans les eaux de l'le et longe
les lugubres falaises de basalte  pic dans la mer, aprs qu'il a tourn
une masse volcanique, le Barn-Mount, les officiers indiquent aux
voyageurs un rocher dont les artes dessinent le profil de l'Empereur.
Le bateau s'arrte  quelque cent mtres de la cte devant le petit port
clair et presque gai, par contraste, de James-Town. L'arrive du
postal est toujours pour les gens de l'le un spectacle nouveau, et le
btiment est vite entour de petites barques. Des canots amnent les
voyageurs devant un escalier dont l'abord est rendu trs difficile par
la violence d'un ressac permanent le long de la jete. Non sans peine on
parvient  mettre le pied sur les gradins humides,--ceux-l mmes
peut-tre que gravit Napolon le 17 octobre 1815. Une ligne uniforme de
constructions basses, presque toutes des magasins  faades jaunes,
s'adossent  la montagne couleur de rouille. La route court entre ces
btiments et la mer et conduit, par un pont-levis, jusqu'au glacis
meubl de vieux canons inutiles. Puis, sous la terrasse du
chteau--l'difice o sont runis les services administratifs--un
passage vot vous mne sur la petite place centrale, ombrage, o
s'lve l'glise. Les choses d'autrefois sont demeures dans leur tat
antrieur. Au chteau, le bureau du gouverneur est toujours ce mme
bureau qu'occupait Hudson Lowe, lorsqu'il descendait de Plantation
House. Et Plantation House-- trois milles du port vers l'intrieur,
dans la partie la mieux protge et la plus verte de l'le--continue
d'tre la rsidence du gouverneur de Sainte-Hlne, aujourd'hui un
simple major, dont le traitement de 18.750 francs reprsente la seizime
partie du traitement annuel (300.000 fr.) d'Hudson Lowe entre 1815 et
1821. Le gouverneur n'a plus, il est vrai, sous son autorit, une flotte
et des troupes. L'tat-major est reprsent par un capitaine
d'artillerie de marine. Et la garnison, jadis forte de 3.000 hommes, se
rduit maintenant  une vingtaine de marins casernes  Ladder Hill, le
fort qui domine James-Town et auquel on accde par un escalier  pic de
600 marches. L'ordre public est assur par quatre policemen.

LES PLERINAGES DE SAINTE-HLNE: LA VALLE DU TOMBEAU

[Illustration: Sur la route de James-town  Longwood: embranchement du
chemin du tombeau,  gauche du parapet en ruine.]

[Illustration: Le tombeau de Napolon et (en haut et  gauche) la source
de l'Empereur. _Photographies A.-C. Cavicchioni._]

LES PLERINAGES DE SAINTE-HLNE: LA MAISON DE LA CAPTIVIT ET DE LA
MORT

[Illustration: Sur la route de Longwood: le smaphore d'Alarm-House.]

[Illustration: Le salon o est mort l'Empereur.]

[Illustration: A gauche, fentres du salon;  droite, ouvertures du
cabinet de travail et de la chambre de l'Empereur.

_Photographies prises au cours de l't de 1913 par M. A.-C.
Cavicchioni._]

[Illustration: Vue d'ensemble de Longwood Old House.]

[Illustration: La vranda.]

L'OEUVRE DU VENT ET DE L'OUBLI: LES PREMIRES RUINES

[Illustration: Etat actuel de la tonnelle o, les jours de beau temps,
Napolon runissait autour de lui ses compagnons d'exil.]

[Illustration: Faade sud-est de la maison avec ses murs lpreux et ses
carreaux briss.--Au premier plan, le bassin trac par l'Empereur.
_Photographies A.-C. Cavicchioni._]

Il est curieux de noter que, dans le parc superbe de Plantation House,
il existe, encore vivants, parmi les verdures d'une floraison tropicale,
des tmoins centenaires de l'histoire de l'le. Ce sont deux
monstrueuses tortues, que l'on appelle les tortues du temps de
Napolon, ou les tortues d'Hudson Lowe. Elles gtent l depuis un
sicle, apprivoises et familires... Et ce ne sont point, parat-il,
les seuls tres qui ont survcu au temps de la captivit. On montre
encore, dans l'le un perroquet blanc, centenaire lui aussi, qui siffle
 merveille, et auquel, naturellement, on a donn le nom de Napolon.
Enfin, il y a peu d'annes, dcdait  James-Town un batelier
nonagnaire, qu'entourait une curiosit presque dfrente. Les
vieillards de Sainte-Hlne prtendaient que c'tait un fils de
l'Empereur...

                                     *
                                    * *

Il est rare que le postal s'arrte plus de trois heures au mouillage,
et, en ce cas, il ne faut point songer  tenter l'excursion de Longwood,
 moins de se rsigner  sjourner dans l'le, pendant un mois, jusqu'au
retour du paquebot. Si l'on peut, par bonheur, disposer d'une journe,
on loue un cheval ou une voiture au prix d'une livre, et, aprs avoir
suivi les humbles maisons de Napolon street--o passa le convoi funbre
de l'exhumation en 1840--on s'engage sur la route de Longwood. C'est une
voie carrossable qui s'agrippe  moiti cte, traant comme une longue
barre sombre  travers la maigre vgtation des agaves et des cactus.
Au-dessous, tout au fond dans la valle, James-Town semble une coule de
pierres et de blocs. Plus haut,  droite, on rencontre le chemin qui
conduit aux Ronces (Briars), le cottage verdoyant et fleuri des petites
Balcombes o, dans un pavillon spar, minuscule, Napolon vcut les
trois premiers mois de son exil. Si vous faites la route en quelque fin
d'aprs-midi, dans la grande clart tropicale et le calme absolu du
soir, vous percevez, en cet endroit, comme un faible chant d'oiseau, le
murmure d'un filet d'eau qui descend lentement de Francis Plain et forme
la cascade des Briars. Parfois encore, le silence est rompu par le bruit
de sabots d'une mule revenant de la montagne avec une charge de bois ou
d'herbe ou par l'cho d'une voix humaine qui se rpercute d'un bout 
l'autre de la valle comme un cri dans une chambre close. Au ciel, de
grands nuages, toujours en mouvement, couvrent et dcouvrent sans cesse
le sommet sur lequel est plac High Knoll, le fort le plus important et
le plus lev de l'le. Bien des annes se sont passes depuis que
l'Empereur suivit  cheval cette route pour atteindre le lieu de sa
prison. Trois quarts de sicle se sont couls depuis qu'il la
redescendit, au bruit des salves, dans un cercueil sur lequel tait jet
le manteau imprial. On a cependant cette impression que rien ici n'a
boug depuis le temps du drame et celui de l'apothose. Ce sont, aux
bords de la mme route qui longe les mmes ravins, les mmes silhouettes
bleues des pins, les mmes agaves dressant parmi les cailloux leurs
feuilles en fer de lances et leur floraison de clochettes. Ce sont 
divers intervalles les mmes parapets disjoints. La mme cascade
continue sa mme frache chanson en sa course incertaine avant de
recevoir le coup de balai du vent qui la jette en poussire dans la
valle.

Pour atteindre les plateaux, la route va et vient, sinueuse,  travers
les pins, les saules et les oliviers sauvages, tandis que se dcouvrent,
 chaque volte, de nouvelles visions de mer, de valle et de ciel.

On entre dans une rgion battue par le vent, o sapins et gommiers se
ploient tragiquement, dans un gmissement continu, et l'on entrevoit le
smaphore d'Alarm House. C'est de l qu'on signalait, au temps de la
captivit, les navires aperus au large, et que l'on tirait le canon
pour donner l'alarme  la garnison et  la division navale, charges sur
terre et sur mer de la garde du prisonnier. Passons. La route,
maintenant, longe un vaste gouffre dsol le Bol au punch du Diable,
et, peu aprs, elle laisse  sa gauche un chemin dont l'accs se
dissimule dans les agaves et les cactus. Arrtons notre voiture ou
mettons pied  terre si nous sommes  cheval. Ce chemin discret, presque
secret, va nous conduire  la valle franaise du Tombeau.

[Illustration: Plan du domaine franais de Longwood Old House (ancienne
rsidence de l'Empereur  Sainte-Hlne).]

[Illustration: Les tortues du temps de l'Empereur dans l'ancien parc
d'Hudson Lowe.]

L'entre du domaine,  quelque distance de la route, est indique par
une porte rustique, une barrire que soutiennent deux montants en brique
surmonts chacun d'un boulet. Il suffit de soulever un loquet, et l'on
entre sans plus de formalits dans les lieux de la spulture, trs
verts, envahis par les gramines, les gents et les buissons  mres, et
plants de pins et de cyprs dont le parfum de cimetire se dgage,
intense, dans l'humidit constante de ce lieu. Le domaine comprend 40
acres ou 16 hectares. Avec le tombeau vide et la maison dlabre de
Longwood, il fut acquis en 1858 par le gouvernement de Napolon III au
prix fort de 178.565 francs, frais compris. La transaction, d'ailleurs,
fut laborieuse et ne dura pas moins de cinq annes. La spculation s'en
tait mle. Il avait fallu, en outre, tourner les dispositions de la
lgislation coloniale anglaise qui interdit l'alination  une puissance
trangre d'une parcelle du territoire britannique. Mais, comme alors le
cabinet de Windsor voulait tre agrable aux Tuileries, on trouva les
accommodements ncessaires et, depuis le mois de mai 1858, l'habitation
et le tombeau de l'empereur Napolon sont inscrits sur les registres
domaniaux de Sainte-Hlne comme proprits franaises. Cette
acquisition a mis fin  un long scandale,  une exploitation honte
dont tait l'objet, depuis 1840, depuis l'anne de l'exhumation, la
spulture impriale. La terre de la fosse tait constamment enleve et
vendue, renouvele et revendue. On payait pour voir le tombeau. On
payait pour boire  la source. Il a fallu changer toutes ces habitudes.
La spulture, de nouveau, a t protge. La fosse a t recouverte par
des dalles, et l'on a cess de tenir boutique en ce lieu. Voici cette
tombe dans sa retraite frache et verte. Elle est enferme dans la
double ceinture d'une palissade basse et d'une haie de bois de fer. Les
cyprs et les pins avec un saule unique--arrire-petit-fils de l'un des
deux saules originaires--versent une ombre quasi contenue sur sa pierre
blanche qu'treint une petite grille noire et que borde une rutilante
parure de graniums. Un peu plus haut, la source aime de l'Empereur
affleure dans une coupe de pierre, et une charpe de lys d'eau jete sur
le sol indique le sillage de son cours souterrain. Au del des barrires
est la maison du garde, un humble insulaire qui, pour quelques shillings
par semaine, protge cet endroit contre les incursions des bestiaux des
domaines voisins. Et disons tout de suite que, pour des raisons
d'conomie, il est question de supprimer ce garde,  moins que, pour des
raisons d'conomie encore, on ne fasse la fortune de ce Yamstock
illettr en l'levant--il en est question--aux fonctions de reprsentant
officiel du gouvernement franais  Sainte-Hlne.

                                    *
                                   * *

On peut revenir  la route par un autre chemin, une sente raboteuse
creuse, croit-on, par les Chinois qui venaient  la source chercher
l'eau de table de l'Empereur. On continue de monter vers un plateau nu
couvert de gommiers phtisiques et d'immortelles sauvages. On passe
devant Hutt's gte, la maisonnette du premier sjour des Bertrand. Tout
auprs, maintenant, s'lve une petite chapelle anglicane. Un peu plus
loin, un portail, flanqu de deux choppes, indique l'entre de
l'ancienne enceinte du domaine rserv au Gnral. Faisons quelque
cent pas encore, et aprs avoir laiss  notre gauche Longwood New
House, la nouvelle rsidence construite--trop tard--pour l'Empereur  la
fin de la captivit, nous nous trouvons en face de Old House, la maison
en forme de croix o Napolon vcut les cinq dernires annes de son
existence.

Cette maison, lorsque la mission franaise en 1840 vint chercher les
cendres de Napolon, se trouvait dans un dlabrement scandaleux. La
chambre et le salon o tait mort l'Empereur avaient t transforms en
curie et en moulin  orge. Et, depuis, rien n'avait t tent pour
remdier  cet abandon insultant.

Aprs 1858, Longwood devenu franais fut restaur, reconstitu par une
mission spciale qui sjourna  Sainte-Hlne pendant vingt et un mois.
L'entreprise fut confie au capitaine de gnie Masselin. Il ne fallait
pas faire neuf. Il fallait, dans la confusion des dmolitions et des
reconstructions successives, retrouver ce qui avait t l'ancienne
maison. On a utilis autant que possible les matriaux anciens rests
sur place. On a rtabli les peintures et les papiers d'aprs des
fragments recueillis. Si ces rparations ont t, videmment,
considrables--et quelle maison de famille n'a point d, en un sicle,
subir des transformations importantes tout en restant la mme et sans
rien perdre de sa physionomie et de son me?--du moins, la demeure
a-t-elle conserv son aspect d'autrefois, presque toutes ses pierres et
jusqu' sa dtresse intrieure. Ce n'est point une _autre_ maison. C'est
bien toujours, et minutieusement la mme, la maison de l'Empereur
captif... Et maintenant, entrons:

On accde par une petite vranda peinte en vert et pare de feuillages
grimpants dans une premire pice assez vaste que l'amiral Cockburn
avait fait ajouter  la hte  la primitive demeure pendant le sjour de
l'Empereur dans le cottage des Briars. C'est une lgre construction en
pans de bois, coffre en planches  l'intrieur et  l'extrieur et qui
prend jour par trois fentres  l'ouest et deux  l'est. Cette pice
servit d'abord  la fois de salle de billard et de salle d'attente pour
les visiteurs; cette dernire destination prvalut aprs que le billard
eut t report dans un autre local en arrire. C'est l que, lorsque le
captif recevait, l'un des aides de camp, Montholon ou Gourgaud, bott 
l'cuyre et l'pe au ct, accueillait les personnages de marque
auxquels Napolon daignait accorder audience. Un huissier en livre vert
et or, avec gilet blanc, culotte de soie noire, bas de soie blanche, et
souliers aux boucles tincelantes, Santini d'abord, Noverraz ensuite, se
tenait immobile devant la porte du salon o attendait l'Empereur.

Aujourd'hui, cette pice dlabre trahit toutes les tristesses de
l'abandon. A l'extrieur, les pans de bois sont vermoulus,  moiti
pourris et trs malmens, particulirement du ct de la tonnelle, par
le vent de l'est. Les murs,  l'intrieur, avaient t originairement
peints  l'huile en vert clair, avec un petit filet noir encadrant
chacune des parois. Mais ce vert, sali et moisi, est devenu tellement
fonc qu'il en est noir. Aussi, quand on pntre en ce lieu, la premire
impression est-elle lugubre. C'est bien, on n'en doute plus, le salon
funbre qui prcde une chambre mortuaire. Un seul meuble se trouve l:
le haut pupitre tach d'encre qui supporte le registre des visiteurs.

De la salle d'attente on passe dans le salon, une pice exigu o
l'Empereur recevait et tenait cercle avec sa petite cour le soir aprs
dner. Dcouvrez-vous. C'est l que Napolon est mort, le 5 mai 1821, un
peu avant le crpuscule. Entre les deux fentres ouvertes sur l'occident
se trouvait le lit de camp sur lequel expira le captif. La place est
indique par une petite balustrade en bois sombre, qui entoure un buste
de Napolon. Sur la chemine, une grande glace avec un cadre ddor et
sali. Aux murs un papier commun jauntre  fleurs vertes, qui fut copi
d'ailleurs sur le papier primitif.

[Illustration: Le tombeau de Napolon aux Invalides. _Phot. en couleurs
de L. Gimpel._]

L'une des portes du salon donne accs dans la salle  manger, basse, 
peu prs obscure, qui reoit son seul jour d'une porte ouverte sur le
jardin au nord. Un affreux papier brique  ramages noisette et or
tapisse les murs. Cette salle  manger communique,  gauche, avec la
bibliothque peinte en gris vert, et,  droite, avec les deux petites
pices qui formaient l'appartement de l'Empereur: cabinet de travail et
chambre  coucher dont le papier tombe par morceaux. Le reste ne vaut
gure qu'on en parle. Les visiteurs s'arrtent  peine dans l'ancienne
cuisine fumeuse et peuvent s'amuser  compter les trous de rats dans les
parquets des logis de la suite et du personnel de service. Autour de la
maison, dans les jardins parsems de violettes ples et de jaunes
immortelles, on ne retrouve point les plates-bandes d'autrefois. Le
bassin, trac par l'Empereur l'anne de sa mort, est aujourd'hui vid,
sch, lzard. C'est une ruine au pied d'autres ruines, toute cette
faade nord tourmente par le vent qui a disjoint les pierres des
murailles et bris les carreaux des fentres. Un peu plus loin, la
tonnelle o, les jours de beau temps, l'Empereur aimait  runir ses
derniers fidles, n'est plus qu'un squelette lamentable autour duquel
s'enroulent, tristement symboliques, des fleurs de la Passion.

                                    *
                                   * *

Et voil tout ce qui, dans son actuelle misre, fut pendant cinq ans la
dernire rsidence impriale. Nous en sommes  ce moment critique o la
masure ouverte  tous les vents, avec ses fentres disjointes et sans
vitres, ses planchers trous par la vermine et ses coffrages pourris, ne
tient plus. Une bourrasque un peu plus furieuse que les autres balaiera
toute cette poussire de souvenirs. Les visiteurs des deux
continents--il y a eu encore cette anne sur le livre de Longwood trois
cents signatures d'officiers japonais--viendront errer dans ce dsastre,
et ils s'indigneront non plus contre les Anglais de 1821 qui n'avaient
pas su prserver ces reliques, mais contre les Franais d'aujourd'hui,
insoucieux de la religion de leur gloire, qui laissent s'teindre en ces
lieux la plus sublime vocation de l'me franaise, malheureuse,
rsigne, grandie. Notre distingu confrre italien dj cit, M.
Cavicchioni, pntr,  son retour de Sainte-Hlne, des rcentes
tristesses de Longwood, nous assurait qu'il venait de passer l-bas les
semaines les plus impressionnes de sa vie. On entretient et on relve,
ajoutait-il, des palais impriaux et royaux. C'est fort bien. Mais il y
a des palais dans toutes les capitales et il n'y a qu'un Longwood au
monde. Longwood appartient  l'humanit. Ne laissons pas mourir
Longwood. Ainsi, les trangers s'meuvent de cet abandon que les
Franais, trop gnralement, ignorent. Un haut personnage britannique,
lord Curzon, vice-roi des Indes, ne disait-il pas, il y a deux ans,
aprs une visite  Longwood, qu'il et t fier de pouvoir prendre  sa
charge tous les frais de cette conservation. Et soyez srs que, si la
maison s'croule enfin, les touristes du monde entier s'en disputeront
les pierres  prix d'or.

Le conservateur que nous avons l-bas fait tout ce qu'il peut pour
cacher le scandale des premires ruines. C'est un trs digne, trs
intelligent et trs accueillant fonctionnaire. Mais les 3.000 fr.
annuels qu'on joint  son maigre traitement de 6.000 francs sont
aussitt absorbs par les frais de gardiennage et d'entretien
superficiel. Notre administration semble ignorer que tout est hors de
prix  Sainte-Hlne o il n'y a rien. Carreaux, peinture, papier
doivent tre envoys de France, et il est rare que ces fournitures,
malgr les demandes ritres, arrivent  Longwood. Le sceau des
domaines franais date encore du Second Empire. Oui, c'est un cachet aux
armes impriales--et, en la circonstance, il ne faut pas s'en
plaindre--qui scelle les papiers officiels de ce fonctionnaire de la
Rpublique. Mais notre conservateur ne peut point, avec ses seules
ressources, boucher les trous des murs et ceux du parquet, consolider
charpente, toiture et ferrures de cette maison chancelante. Bien
plus--et il faut le dire--la pnurie de son budget lui interdit mme de
rpondre aux curieux, rudits et publicistes du monde entier qui lui
demandent des renseignements sur les lieux de la captivit. On a
rarement vu pareille misre administrative. M. Roger a demand son
rappel. Les visiteurs de l'le regretteront ce Franais courtois et
instruit, auquel il faut donner un digne successeur. Et pourquoi ne
serait-ce point, comme au dbut, un officier suprieur en retraite, qui
joindrait les moluments du conservateur  sa pension de soldat?
L'minent et vnr gnral Niox, qui veille sur le somptueux sarcophage
imprial, celui de l'apothose dans la gloire des Invalides, trouverait,
j'en suis persuad, des candidats multiples  cette autre faction
d'honneur auprs de la premire humble spulture et de la suprme
station de l'exil, Longwood,--ce Golgotha prs du Tombeau.

ALBRIC CAHUET.



[Illustration: Devant la salle du Congrs: les membres des deux Chambres
avant l'entre en sance.]

[Illustration: Pendant le vote: les portes de la salle gardes
militairement pour empcher la sortie des reprsentants.]

LA PREMIRE LECTION PRSIDENTIELLE EN CHINE (6
OCTOBRE).--_Photographies de M. H. E. Dozon._

L'INTRONISATION DE YUAN-CHI-KAI

Moins d'un mois aprs son lection  la prsidence dfinitive de la
Rpublique chinoise, on apprenait que Yuan-Chi-Ka venait de se
dbarrasser, par un coup d'tat, de toute l'opposition parlementaire.
Les 300 dputs appartenant au kouo-ming-tang, c'est--dire 
l'opposition radicale, taient exclus du Parlement. Ce coup de force a
peu surpris.

Les Europens qui, comme notre confrre Jean Rodes, le distingu
correspondant du _Temps_, ont t tmoins de l'lection prsidentielle
et de l'installation--vritable intronisation--au Palais imprial du
prsident Yuan-Chi-Ka, n'ont point, en effet, conserv de doutes sur le
caractre peu constitutionnel et quasi monarchique du rgime que l'on
instaurait. A propos des oprations lectorales qui durrent, le 6
octobre, de 10 heures du matin  7 heures du soir, M. Jean Rodes a not
cet incident caractristique:

Plusieurs centaines d'habitants de Tien-Tsin, dlgus par la Chambre
de commerce de cette ville et venus, le matin, en chemin de fer,
s'arrogrent, avec videmment l'acceptation de Yuan-Chi-Ka, dont ils
taient partisans, la police de la salle. Vers le milieu de la journe,
des parlementaires ayant voulu sortir pour manger, ces gardiens
improviss les en empchrent absolument. Ils consentirent seulement 
leur faire parvenir quelques vivres. C'est donc pour ainsi dire  l'tat
de prisonniers et surveills par des gens sans mandat que les dputs et
snateurs procdrent  l'lection...

Quatre jours aprs, le 10 octobre, le prsident Yuan-Chi-Ka recevait
solennellement l'investiture lgale, en prsence de tous les hauts
dignitaires des Chambres et des ministres trangers.

Affubl d'un costume de gnral moderne couleur bleu de ciel et coiff
d'un haut kpi surmont d'un panache blanc, Yuan-Chi-Ka, dit M. Jean
Rodes, tait, d'une manire assez peu en harmonie avec cette tenue
militaire, port en chaise. Une foule de dignitaires, vtus du mme
uniforme, se pressaient et trottinaient autour de lui, selon la plus
vieille coutume des cours orientales.

1. Le prsident Yuan-Chi-Ka.--2. S. E. Don Luis Pastor, doyen du corps
diplomatique, ministre d'Espagne.--3. S. E. M. Wallenberg, ministre de
Sude.--4. S. E. M. A. Conty, ministre de France.--5. S. E. M. de
Cartier de Marchienne, ministre de Belgique.--6. S. E. le comte
Aklefelt-Laurvig, ministre de Danemark.--7. S. E. M. Williams, charg
d'affaires des tats-Unis.--8. S. E. Lou-Tseng-Tsiang, ministre des
Affaires trangres, Wai-Kiao-Pou.--9. S. E. H. Kroupensky, ministre de
Russie.--10. S. E. M. Yamaza, ministre du Japon.--11. S. E.
Tsao-Jou-Linn, vice-ministre des Affaires trangres.--12. S. E. M.
Bathala de Freitas, ministre de Portugal.--13. S. E. le comte von
Limburg-Stirum, ministre des Pays-Bas.--14. S. E le baron von
Seckendorff, ministre d'Allemagne.--15. S. E. Leang-Cheu-Yi, secrtaire
gnral de la prsidence.--16. M. le chevalier Daniel Var, charg
d'affaires d'Italie.--17. M. J. B. Alston, charg d'affaires de
Grande-Bretagne.--18. Amiral Tsai-Ting-Kan, conseiller du
prsident.--19. le gnral Yin-Tchang, conseiller du prsident.--20. M.
Herrera de Huerta, ministre du Mexique.--21. M. Tang-Tsai-Fou,
conseiller au ministre des Affaires trangres.--22. M. Tang-Hoa-Long,
prsident de la Chambre des dputs, Tchong-Yi-Yuan.--23. M.
Wang-Chia-Siang, prsident du Snat, Tsan-Yi-Yuan.--24. M. le comte des
Fours, charg d'affaires d'Autriche-Hongrie.--25. Amiral Liou-Kuan-Hsun,
ministre de la Marine.

La solennit eut lieu dans la vaste salle o l'empereur se tenait
autrefois pour les grandes rceptions annuelles. Lorsque Yuan-Chi-Ka
eut fait son entre, il gravit la haute estrade impriale et s'installa
dlibrment  la place du trne o des chambellans, les uns en habit,
les autres en redingote, l'entourrent. Le prsident, dans ce dcor et
avec ces formes monarchiques, lut un long discours. Puis,  un
commandement du matre des crmonies, tous les Chinois prsents
s'inclinrent profondment trois fois. La rception diplomatique eut
lieu ensuite. Aprs quoi le prince Pou Loun, vtu lui aussi en gnral
bleu, vint au nom de la famille impriale prsenter ses voeux et offrir
un cadeau. Une grande parade militaire, le dfil de 18.000 hommes
devant les portes du palais, termina ces crmonies qui devaient
marquer, pour l'histoire, les dbuts pittoresques et un peu gauches de
la Rpublique chinoise dans le monde moderne.

Le lendemain, le prsident Yuan-Chi-Ka runissait dans un djeuner
suivi d'une garden-party les chefs de mission et le personnel des
lgations, et c'est au cours de cette fte, plus intime, que fut prise
la photographie ici reproduite de Yuan-Chi-Ka, en son bel uniforme bleu
et archigalonn de prsident ou de gnralissime, au milieu des
ministres accrdits en sa capitale.

[Illustration: Le prsident Yuan-Chi-Ka, entour des membres du corps
diplomatique  Pkin.--_Phot. Fu Sheng._]



[Illustration: APRS LA TEMPTE.--Les paves du Mesolonghion jet  la
cte prs de Casablanca;  l'arrire-plan, le Nana Martini chou.

_Photographie Ch. Ratet._]

_Le coup de vent qui,  la fin du mois dernier, a souffl sur
l'Atlantique a svi avec une violence particulire sur les ctes du
Maroc, o la mer est toujours si dure. Le 29 octobre, la tempte jetait
 la cte un voilier franais, la_ Marguerite, _ Rabat, et trois autres
navires mouills en rade de Casablanca, le_ Liria, _espagnol, le_
Mesolonghion; _battant pavillon hellnique, et le_ Nana Martini,
_allemand. Aux premires nouvelles de ces trois derniers sinistres, le
gnral Franchet d'Esperey et le gnral Ditte se portaient sur la
plage. Les secours furent organiss rapidement. Mais le_ Mesolonghion,
_le plus en danger et le premier secouru, fut vite mis en pices par les
vagues furieuses. Quatorze de ses matelots disparurent. Le_ Nana
Martini, _chou non loin de l, put dbarquer sans pertes son quipage.
Quant au_ Liria, _le sauvetage des marins qui le montait fut long,
dangereux, fertile en pripties. Il fut l'occasion de maints actes de
courage et de dvouement. L encore tout le monde fut sauf, mais le
navire tait perdu. Ce vritable raz de mare a t, pour le port de
Casablanca, en construction, une rude et excellente preuve. On n'tait
pas sans inquitude quant aux fondations des mles, que les prophtes de
malheur disaient devoir tre balayes comme des ftus. Elles ont, au
contraire, rsist admirablement_.



CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DE L'TRANGER A PARIS

J'ai sur ma table une douzaine de cartes qui me convient aux expositions
d'art les plus diverses. On le sent: l'cluse est maintenant ouverte et
nous allons vivre jusqu' l't _sous_ la peinture! En quel ocan ce
torrent ira-t-il se noyer lui-mme? Quelles terres, je veux dire quelles
collections ira-t-il submerger ou fconder? On ne sait pas; et 
l'ternelle question que se posent tant de braves gens, chaque anne:
O peut bien aller toute cette peinture? nulle bouche humaine n'a
encore rpondu.

J'utiliserai deux de ces cartes, en tout cas: j'irai  la galerie
Montaigne--c'est--dire au thtre des Champs-Elyses--voir l'Exposition
d'Art chinois ancien; un art merveilleux, qui tonne sans doute plus
qu'il ne charme, mais dont les surprises sont si passionnantes!
Rappelez-vous les expositions rcentes dont nous avons eu le rgal au
muse Cernuschi.

Et puis j'irai flner au quai de l'Horloge pour y voir une srie
d'oeuvres de Roty qu'un graveur-diteur y expose depuis quelques jours.
Roty fut un homme exquis, et qui a laiss une oeuvre aussi dlicate et
aussi noble que lui. Il a eu ce gnie de n'tre point l'esclave de ses
outils; de ne jamais rapetisser ni sa vision ni son sentiment des choses
 la mesure du cadre o il enfermait son oeuvre. Il a mis en des
mdailles toutes petites de vastes paysages, de grands gestes et des
rves infinis. Il faut aimer Roty. Ce petit homme timide fut l'honneur
d'un art o nous excellons. Et puis on le fait revivre  nos yeux, dans
un magasin du quai de l'Horloge, en plein dcor de vieux Paris, tout
prs de cet Institut o, discrtement, il sigea. C'est trs bien.

Le dixime Salon de la Gravure originale en couleurs est ouvert pour
une dizaine de jours encore. Il faut l'avoir vu. Cette exposition n'a
point la prtention de nous rvler des chefs-d'oeuvre, et elle n'est
pas d'ailleurs destine  cela. Mais elle a un autre objet, qui est trs
intressant aussi: elle nous montre comment l'art, en somme, peut
arriver  se vulgariser _artistement_ dans une forme o il semblait que
ce ft bien difficile... Nous avions la _chromo_, qui tait  la porte
de toutes les bourses; la gravure en couleurs est moins universellement
accessible, et l'on ne peut pas dire d'elle qu'elle soit peuple. Elle
est classes moyennes. N'importe. Elle marque un admirable progrs dans
l'art de mettre  la disposition d'amateurs de plus en plus nombreux de
dlicates jouissances, d'une qualit continuellement amliore, et qui
n'taient, il y a peu d'annes encore, que le privilge d'une lite.

La Comdie-Franaise a repris, comme chaque anne, au seuil de l'hiver,
ses soires d'abonnement. Ses matines du jeudi taient, depuis quelque
temps dj, recommences. Si j'tais charg de montrer Paris  un
tranger, je ne me presserais pas de le conduire aux soires
d'abonnement de la Comdie-Franaise, pas plus qu' celles de l'Opra.
J'aurais peur qu'il en emportt l'impression que les Franais
d'aujourd'hui pratiquent mal, quand ils sont au thtre, l'art
d'couter. L'Abonn est souvent inattentif; il semble mme qu' ses yeux
il y ait quelque lgance  l'tre. Il a pay pour tout entendre; mais
il ne saurait admettre que le droit de tout entendre lui impose le
devoir d'couter tout. Le spectacle qu'on lui donne n'est pas toujours
d'une irrprochable beaut; mais il faut convenir qu'il est lui-mme,
quelquefois,--vu de la scne, ou de loges voisines, occupes par des
gens attentifs, un spectacle bien ennuyeux.

Bien plus volontiers conduirais-je mon Etranger  ces matines du jeudi
qui sont comme les ftes hebdomadaires du Thtre-Franais, et qui sont
rendues dlicieuses, vraiment, par la qualit de la clientle qu'on y
voit. Clientle de frache jeunesse: d'adolescents attentifs, de
fillettes bien sages et pour qui ces matines sont l'aventure, la petite
folie de la semaine! De jolis visages; des toilettes dont l'lgance
demeurera discrte, quelques annes encore (ensuite, on verra!); un
silence de cathdrale autour des mots qui viennent de la scne; une joie
de kermesse  chaque baisser de rideau; ah! le gentil spectacle qui nous
est donn l! Et je voudrais, pour que mon ami l'Etranger rapportt de
nous, dans son pays, une opinion flatteuse tout  fait,--je voudrais le
conduire, aprs cela, chez Lamoureux ou chez Colonne; je veux dire chez
Chevillard ou chez Piern.

Les deux grands Concerts du dimanche ont fait, le mois dernier, leur
rouverture (le sixime concert des deux sries sera donn demain);
aprs avoir vu comment notre jeunesse sait couter une comdie,
l'Etranger y verra comment nos adultes savent couter de la musique;
avec quelle docilit mue et recueillie ils se livrent  elle. Tous sont
venus chercher l l'motion qui amuse, ou qui exalte, ou qui apaise;
car, parmi tant de sensibilits assembles, il n'y en a pas une  qui
l'orchestre ne dise,  un moment donn, la phrase qu'elle avait besoin
d'entendre, et qu'elle se rappellera... On vante le recueillement de
certaines foules allemandes, au concert; il ne saurait tre plus
profond, plus mouvant que ne l'est, depuis cinquante ans--depuis
Pasdeloup, le bon prophte!--celui des foules de Paris!

                                 *
                                * *

Une bonne nouvelle. Le muse Gallira qui organise en ce moment, comme
tous les ans,  l'automne, son Exposition gnrale d'art appliqu,
annonce pour 1914 une Exposition _spciale_ dont l'intrt sera grand.

On sait que, depuis 1902, le muse Gallira a organis, chaque anne--
ct des collections qui constituent le fonds permanent de ses
richesses--des expositions spciales, qui taient chaque fois, dans
l'ordre des Arts appliqus  l'industrie, consacr  un objet diffrent.
Le muse Gallira nous a donn successivement les expositions de la
_Reliure_, de _l'Ivoire_, de la _Dentelle_, du _Fer forg_, de la
_Soie_, de la _Porcelaine_, de la _Parure prcieuse de la Femme_, du
_Papier et de la toile imprims et pochs_, de la _Verrerie_, des
_Grs,_ de la _Broderie_; et, cette anne, la dlicieuse et si amusante
Exposition de l'_Art pour l'enfance_, qui vient de finir, et  laquelle
succde celle dont j'ai parl plus haut: l'Exposition gnrale _d'Art
appliqu_  laquelle M. Eugne Delard, le si dvou conservateur du
Muse, pourvoit au moyen de ses collections permanentes. C'est cette
Exposition que suivra, au printemps prochain, la quatorzime Exposition
spciale de Gallira. Elle aura pour sujet: la _Statuette_, et le
_Meuble_ destin  la faire valoir.

On voudrait, par cette Exposition, montrer le rle dcoratif de la
Statuette, et  quels ingnieux emplois peut tre affecte, dans nos
intrieurs d'art modernes, la petite Sculpture. Voil un thme
excellent!

J'ai dj dit quels services nos muses municipaux rendent  l'Art, et
quels intressants spectacles ils nous donnent. Comme on souhaiterait
que la Ville de Paris apportt au nettoyage de ses rues et 
l'administration de ses ordures mnagres une intelligence gale  celle
qu'elle dploie dans le gouvernement de ses muses!

_Un Parisien_.



AGENDA (15-22 novembre 1913)

EXPOSITIONS ARTISTIQUES.--Grand Palais: Salon d'automne.--Galerie
Georges Petit (8, rue de Sze): exposition de la gravure originale en
couleurs. (Clture le _27 novembre._)--Galerie Boutet de Monvel (rue
Tronchet, 18): cramiques de Lachenal.--Galerie Devambez (43, boulevard
Malesherbes): oeuvres de M. Hans Ekegardh; le _21 novembre_, ouverture
de l'exposition des Amis de l'eau-forte.--Galerie Montaigne (avenue
Montaigne): exposition d'art chinois ancien.

VENTES D'ART.--Htel Drouot, salle 6, les _20 et 21 novembre_, estampes
anciennes.--Salle 8, les _20 et 21 novembre_, laques anciennes du Japon,
bronzes chinois et japonais, peintures et dessins.

CONFRENCES.--Salle Gaveau (45, rue La Botie): _Visions d'art_ de M.
Gervais-Courtellemont: le _21 novembre_  9 heures du soir, la _France
dans l'Afrique du Nord_ (projections en couleurs), causerie de M.
Gervais-Courtellemont; le _20 novembre_,  3 heures, _Jeanne d'Arc_,
causerie de M. Funck-Brentano.--Universit des _Annales_ (51, rue
Saint-Georges),  5 heures: le _17 novembre, Snobisme, snobs et
snobinettes_, par M. Jules Lematre; le _18, le Bon roi Henry_, par M.
Henry Roujon; le _19, la Jeunesse de Victor Hugo_, par M. Jean Richepin;
le _20, Une visite  madame mre, Laetitia Ramolino  Rome_, par M.
Frdric Masson; le _21, la Vie flamande_, par M. mile Verhaeren; le
_22, Pourquoi chante-t-on?_ par M. Reynaldo Hahn.--Au thtre de la
Renaissance: le _15 novembre_,  5 heures, confrence sur le _Tango_,
par M. Andr de Fouquires; le _22 novembre_,  5 heures, gala de
musique consacr  Gustave Charpentier, confrence de M. Albert
Acrmant.

CONCERTS ET AUDITIONS.--Thtre des Champs-Elyses, le _19 novembre_, en
soire, concert symphonique avec le concours de Mme Flia
Litvinne.--Htel du Foyer (34, rue Vaneau), le _20 novembre_, de 3  4
heures, sance de musique donne par l'Association des Concerts
Chaigneau.

EXPOSITION DE CHIENS DE LUXE.--Du _21 au 23 novembre_, 87, rue La
Botie, exposition organise par le Club du chien de luxe.

SPORTS.--_Courses de chevaux_; le _15 novembre_, Vincennes; le _16_,
Auteuil (prix Montgomery); le _17_, Saint-Ouen; le _18_, Enghien; le
_19_, Vincennes (obstacles); le 20, Auteuil (prix de Marly); le _21_,
Saint-Ouen; le 22, Vincennes (trot).--_Gymnastique: le 15 novembre_,  3
heures,  la Sorbonne, congrs de l'Union des Socits de gymnastique de
France; le _16 novembre_, au gymnase Japy,  3 heures: sixime tournoi
international.--_Aronautique: le 15 novembre_,  Saint-Cloud, concours
de distance organis par l'Aro-Club de France.



LES LIVRES & LES CRIVAINS

LES LIVRES DE LA TERRE

Quelques livres de la terre nous sont venus lis ensemble comme une
gerbe d'automne. Ils renferment un peu de la mme me; ils rpandent une
harmonie de parfums qui voquent nos vacances trop vite interrompues
parmi les bois, les sillons et les vignes. Ces livres sont: _Au Pays
d'Ol_, par M. Jean Revel; le _Vieux Gamin_, par M. Gaston Roupnel et le
_Roman de la Fort_, de M. Jean Nesmy, auxquels il faut joindre le
_Planet Saint-Eloy_, de M. Roux-Servine, qui nous dit la vie et la mort
de la tradition provinciale sur la placette d'une petite ville de
Provence.

Nous devons  M. Jean Revel de fortes tudes sur la vie terrienne:
Rustres, Contes normands, les Htes de l'Estuaire, Terriens. On
lira avec le mme got les savoureuses et mouvantes nouvelles qu'il a
runies sous ce titre: Au _Pays d'Ol_[1]. M. Jean Revel a foi dans les
destines de la littrature provinciale, qu'il a dote gnreusement
d'un prix annuel de 800 francs. Il continue d'crire lui-mme, pour
l'exemple, et avec raison, puisque son talent reste chaud et jeune.

Le _Roman de la Fort_[2] est l'oeuvre d'un forestier, et il faut nous
en rjouir. M. Jean Nesmy a vcu longuement dans la fort champenoise.
Il connat, comprend et aime la fort. Il vient de lui consacrer un trs
beau livre, o il traite un sujet indit: la vie des charbonniers, et o
il traduit, avec un art subtil et charmant, les plus menues perceptions
de bruits, de parfums, de couleurs. Voici, par exemple, les bois
mouills:

La pluie tombe toujours monotone et ttue,  menus fils,  petites
aiguilles et n'a pas mme un chant dans sa tristesse. Elle dgoutte des
branches, vernit les bourgeons, les feuilles mauves et les corces,
gonfle les mousses, glisse en rose sous les herbes qu'elle ploie, hache
l'air, effume l'horizon et, porte comme un embrun par le vent de la
hauteur qui la chasse, dplie ses voiles et les replie...

Plus loin la fort de givre fait sa musique de dgel. Puis c'est la
fort  l'aube de mai, la fort aux couchants et la fort la nuit, tout
le pome profond de la Fort dans les quatre chants de ses quatre
saisons.

M. Gaston Roupnel est un conteur bourguignon dont la plume trempe en
pleine sve et qui dresse ses personnages dans l'air de leur pays avec
ce relief puissant, cette expression ardente que, jadis, les imagiers de
villages savaient donner  leurs figures d'glises. Ce n'est point
certes que le _Vieux Garain_[3] prenne dans ce rcit un visage de saint.
Ce Jean-Jean de la Terre, intrpide perce-coeur du pays en sa
jeunesse, savoureux ivrogne en son ge mr, et riche diseur d'anecdotes
sur sa fin, avant d'tre taquin par le croque-mort, est tour  tour le
bon gars et le mauvais larron. Mais quand, avec ses expressions un peu
dbrailles, il voque la vie, la vie locale d'un demi-sicle en sa
sincre gueuserie, il nous livre les plus extraordinaires portraits
bourguignons fixs, sans retouche, dans la ralit du cadre.

[Note 1: dition Fasquelle.]

[Note 2: dition B. Grasset.]

[Note 3: dition Fasquelle.]

M. Roux-Servine, l'auteur du _Planet Saint-Eloy_[4], nous offre, pour
ses dbuts dans le roman, une oeuvre charmante, originale, sympathique,
pleine d'esprit et de talent, qui vaut d'tre lue et mise en
bibliothque. M. Roux-Servine est certainement un homme du Midi et
peut-tre bien un flibre. Il est en tout cas un traditionniste de la
meilleure qualit et qui, pour cette raison, n'aime point le cabotinage
du traditionnisme. Et M. Roux-Servine en plus est un pote. Vous vous en
apercevrez ds ses premires lignes,  la description vocatrice qu'il
nous donne du Planet Saint-Eloy, une placette d'Iscle en Provence,
irrgulire, maussade, avec la fontaine qui s'y goutte continment
entre les branches de trois platanes, avec ses anciens htels
renfrogns. En ces maisons du pass survivent de vieux us et gtent de
vieilles gens: un ancien notaire, un chanoine, une dame trs noble, deux
demoiselles ges, un officier en retraite, gaillard et ronchon, dont la
seule prsence en ce lieu est un demi-scandale. Le scandale complet se
dchane lorsque emmnagent sur le Planet un peintre fantasque et riche
et une antiquaire pratique et jolie. Il ne faut pas accabler les vivants
sous le poids des morts, mais il parat cependant juste de noter que
l'on trouve dans ce livre quelque chose de l'observation balzacienne,
traduite avec la fantaisie d'un Murger, un Murger plus fin, plus discret
quoique mridional. Et il y a aussi, en ces pages nuances, une satire
bien jolie des mtques qui, pour vivre dans le Midi, prtendent le
connatre et affirment l'aimer.

[Note 4: dition du Provenal de Paris 15, rue du Faubourg-Montmartre.]

RVE D'EMPEREUR

Il y a des gens, disait la baronne du Montet, qui ont le talent de se
draper d'un nuage. Napolon III, ajoute M. Frdric Lolie, tait de
ces nbuleux,  qui le clair-obscur prte des proportions agrandies.
Car M. Frdric Lolie vient de nous donner un fort ouvrage sur Napolon
III[5], trs curieusement tudi dans la formation et le dveloppement
de son rve imprial. On connat les livres prcdents de ce sduisant
et brillant historien. Jusqu'ici, des tmoignages d'poque lui avaient
permis d'esquisser, sous la forme intime, les grands portraits et les
silhouettes notables de la socit du second Empire. Mais la figure
essentielle, centrale, manquait encore  cette galerie. Il nous fallait
un Napolon III, vu par M. Lolie dans la solitude de Ham et dans le
faste des Tuileries, une analyse intime-- travers les circonstances de
la vie prive ou publique--de cette figure du destin. M. Lolie a
ressuscit son personnage avec beaucoup de finesse d'observation et un
grand effort d'impartialit. Aprs avoir, dans la premire moiti de son
ouvrage, dress un triptyque impressionnant de Louis Bonaparte, enfant,
conspirateur, prisonnier, il nous montre, aprs la ralisation du
rve, les Tuileries rouvertes aux rites somptuaires d'un autre ge, le
palais des rois rendu  la vie avec un faste tout  fait digne de son
histoire, un clat matriel rpondant  l'ide la plus brillante qu'on
pt concevoir d'un vrai dcor monarchique, et, debout, au milieu de
cette pompe renouvele du premier Empire, un homme, donnant plutt
l'impression avec son attitude impassible, indiffrente, d'un matre
revenu chez soi que d'un lu frachement sorti du scrutin populaire.

M. Frdric Lolie insiste peu sur les faits, dj connus, et que l'on
pourra d'ailleurs retrouver, fort agrablement lis, comments et
illustrs, dans l'ouvrage du comte Fleury et de M. Louis Sonolet, sur la
_Socit du second Empire_[6]. M. Lolie concentre son observation sur
la vie intrieure, sur l'volution d'me; et les traits qu'il dgage en
force et en relief composent le portrait moral le plus impressionnant et
le plus vrai peut-tre que l'on nous ait jusqu'ici donn du rveur
imprial.

ALBRIC CAHUET.

[Note 5: _Rve d'Empereur_. Ed. mile-Paul, 7 fr. 50.]

[Note 6: Dont le troisime volume (1863-1807) vient de paratre. Ed.
Albin Michel, prix 5 francs.]



DOCUMENTS et INFORMATIONS

[Illustration: Le biplan avec ses rampes lectriques.]

[Illustration: Le sillage lumineux trac par l'aroplane.]

[Illustration: La chute des bombes sur une carcasse en bois figurant un
cuirass et l'incendie de ce dernier.]

EXPRIENCES DE LANCEMENT DE BOMBES EN AROPLANE, LA NUIT

AVIONS LANCEURS DE BOMBES.

L'Amiraut anglaise a fait procder rcemment, sur l'arodrome de
Hendon,  d'intressantes expriences de lancement de bombes du bord
d'un aroplane. Ces expriences ayant lieu la nuit, la silhouette
gnrale des avions tait indique par une srie de lampes qui
permettaient de suivre les volutions; sur le sol de l'arodrome, on
avait dress une carcasse on bois simulant un navire de guerre, claire
par des feux reproduisant aussi exactement que possible les feux
rglementaires.

Le vol des avions, dans ces conditions, fut un spectacle nouveau.
L'appareil disparaissait dans la nuit, traant des lignes de feu qui se
droulaient en un lumineux sillage. Et l'clatement des bombes, qui,
grce  l'adresse des pointeurs, incendirent assez rapidement le but
propos, ajoutait  l'tranget de ce feu d'artifice d'un nouveau genre.


CONSERVATION DES OEUFS PAR LE SILICATE DE SOUDE.

Il y a longtemps qu'on a prconis la conservation des oeufs dans un
bain de silicate de soude ou verre soluble; mais depuis peu on a
prtendu que les oeufs ainsi traits renferment une certaine quantit de
silice soluble qui les rend dangereux pour la consommation.

Un chimiste anglais, M. Bartlett, s'est livr  une srie d'expriences
en vue d'claircir dfinitivement la question. Il a constat que si le
bain contient de la soude libre, l'oeuf en absorbe et le blanc prend la
consistance de gele.

On vite cet inconvnient en employant une solution convenable de
silicate de soude  10%. Aprs onze mois d'immersion les oeufs ne
contiennent pas plus de silice que les oeufs frais et leur poids est
sensiblement le mme qu'avant leur introduction dans le bain. D'autre
part, leur qualit est en gnral suprieure  celle des oeufs conservs
par le froid, car les pores de la coquille sont clos et ne se laissent
traverser par aucune mauvaise odeur.


CARPES D'GOUT.

Nous avons signal jadis les essais entrepris en certains pays,
notamment en Allemagne, pour assainir les cours d'eau, en les peuplant
de jeunes carpes: ces poissons se nourrissent de certains microbes et
les ferments qu'ils scrtent en dtruisent d'autres.

Le procd a donn d'excellents rsultats et on songe  l'utiliser pour
la purification des eaux d'gout. D'aprs les expriences et les calculs
du docteur Hofer, de Munich, la carpe prospre dans les eaux pollues;
des sujets d'une livre placs au mois d'aot dans des tangs recevant
des eaux d'gout avaient tripl de poids au mois de novembre. On
pourrait ainsi obtenir un revenu dpassant parfois 1.000 francs par
hectare.

Le savant allemand ajoute que ces carpes peuvent tre manges sans
danger. Elles consomment, non pas les toxines, mais seulement les
animalcules qui les produisent; d'autre part, leur cuisson offrirait des
garanties suffisantes contre l'infection microbienne.

Attendons-nous donc  voir bientt introduire  Paris comme carpes de
la Loire les carpes d'gout dues  l'initiative de la science
germanique.


INCONVNIENTS DU CHOCOLAT POUR LES NOURRICES.

On sait que l'alimentation des nourrices exerce une grande influence sur
la composition du lait, influence telle qu'on fait parfois ingrer par
la nourrice certains mdicaments destins  l'enfant. Mais on n'avait
jamais remarqu jusqu'ici l'action nocive que peut prsenter la
consommation abusive du chocolat. MM. Brandeis et Quintrie ont fait 
cet gard une observation curieuse qu'ils viennent de communiquer  la
Socit de mdecine et de chirurgie de Bordeaux.

Un bb tant affect de troubles digestifs assez graves, le lait
maternel fut analys: on y trouva des cristaux d'oxalate de chaux.
C'tait un lment tout  fait anormal, et, en cherchant d'o il pouvait
provenir, on apprit que la mre mangeait une quantit excessive de
chocolat. Or, le chocolat contient presque toujours une lgre
proportion d'acide oxalique; il fut donc interdit  la nourrice. En
quelques jours les malaises de l'enfant cessrent compltement.


LA TEINTURE D'IODE DANS LES APPROVISIONNEMENTS DE L'ARME

Depuis que les travaux du professeur Reclus ont fait connatre la haute
valeur antiseptique de la teinture d'iode, la chirurgie moderne en a
fait la base de presque tous ses pansements. Malheureusement, ce
prcieux produit doit, pour tre efficace, tre de prparation rcente.
Au bout de huit jours, il s'altre et devient irritant; aprs un mois,
il est caustique. Pour remdier  cet inconvnient grave, on a propos
de lui ajouter diverses substances conservatrices, de l'iodate de
potasse par exemple, du borax ou de l'iodure de potassium. Mais ce ne
sont l que des moyens de fortune dont la constance n'a jamais t
dmontre.

Aussi convient-il de signaler qu'un praticien de notre arme, le
pharmacien-major Pellerin, attach  la direction du service de sant du
ministre de la Guerre, vient de trouver le moyen pratique de fabriquer
des comprims d'iode pur, susceptibles de rsister pendant de longs mois
 toute altration. Pour s'en servir, il suffit d'en placer un dans une
quantit convenable d'un liquide alcoolique quelconque o il se dissout
instantanment.

Grce  cette dcouverte, nos ambulances et nos formations sanitaires de
campagne vont tre, dans un dlai trs bref, pourvues du mdicament
prcieux, indispensable pour les soins d'urgence  donner aux blesss.


L'PONGE DE FER ET LA PURIFICATION DE L'EAU.

Quand on fait passer un courant de vapeur d'eau dans de la fonte en
fusion, celle-ci, en se solidifiant par refroidissement, prend un aspect
poreux qui lui a valu le nom commercial d'ponge de fer. Ce produit bien
connu n'a dans l'industrie que des usages assez restreints; mais il est
possible que dsormais sa fabrication se trouve assure d'assez larges
dbouchs. Le service municipal des eaux de New-York vient, en effet,
de l'employer pour constituer des lits filtrants et se dclare enchant
de son emploi, aprs de nombreuses expriences concordantes. Un filtre
garni d'ponge de fer se laisse traverser par l'eau avec une grande
rapidit, mais l'assainit au passage d'une faon si parfaite que,
ft-elle saumtre ou ftide  son entre dans l'appareil, cette eau se
trouve,  la sortie, dpourvue de toute mauvaise odeur, prive de got
dsagrable et susceptible de demeurer pendant de longs mois claire,
limpide, sans aucune altration, absolument potable en un mot.

Ces expriences devraient tre reprises chez nous: en raison du prix de
revient trs bas de l'ponge de fer, rien ne s'opposerait  son adoption
pour le filtrage des eaux, si les conclusions optimistes des ingnieurs
amricains sont confirmes de tous points.


A PROPOS DE LA STATUE DE JUPILLE.

Plusieurs lecteurs nous demandent quel est l'auteur du monument,
reproduit dans notre numro du 1er novembre, qui rappelle,  l'Institut
Pasteur, l'acte de courage du petit Jupille terrassant un chien enrag:
ce groupe est l'oeuvre du statuaire mile Truffot, qui fut l'un des
meilleurs lves de Carpeaux, et a laiss le souvenir d'un excellent
artiste.



NAVIRES AMRICAINS EN FRANCE

Une division navale amricaine, compose des cuirasss _Vermont_ et
_Ohio_, au cours d'une croisire en Mditerrane, va passer quelques
semaines dans les eaux franaises. Ces cuirasss sont actuellement 
Marseille, o a t prise notre photographie. Ils y ont grand succs de
curiosit, avec leurs tranges mts-tourelles. Mais ce qui retient le
plus vivement l'attention des marins comme des simples... terriens,
c'est le transport _Orion_ qui les accompagne et qui est spcialement
charg de les ravitailler en charbon. C'est un navire d'un type tout
nouveau et qui vient d'tre mis en service rcemment. Il peut porter
10.500 tonnes de houille. Il prsente un aspect trs particulier, avec
son pont charg de grues puissantes qui lui permettent de charger
rapidement les navires qui peuvent avoir recours  ses services. De tels
btiments pareraient heureusement, en temps de guerre, aux difficults
toujours grandes du ravitaillement.



LE SOUVENIR FRANAIS A BERNE

La colonie franaise de Berne n'oublie pas les soldats morts pour la
patrie pendant le sjour en Suisse, en 1871, de nos troupes de l'Est
mutiles et puises; et, suivant une tradition dj lointaine, elle
s'est runie dimanche dernier avec son drapeau, au cimetire de
Bremgarten o s'lve un trs beau monument commmoratif.

Deux couronnes de fleurs naturelles ornes de rubans tricolores furent
dposes au pied de ce monument, l'une par la colonie franaise, l'autre
par la socit suisse des anciens lgionnaires qui avait tenu  se
joindre au cortge form  l'entre du cimetire. Cette touchante
manifestation des anciens lgionnaires suisses, groups sous le drapeau
franais, est une rponse loquente aux attaques haineuses et
priodiques de la presse pangermaniste contre notre lgion.

[Illustration: Le monument franais de Berne fleuri par les anciens
lgionnaires.--_Phot. Fourmann._]



LE PROCS DE KIEF

A Kief, un retentissant procs, termin d'hier, a, durant plusieurs
semaines, provoqu d'ardentes discussions en Russie. L'assassinat, dans
des conditions restes mystrieuses, d'un enfant nomm Youtchinsky;
certaines conclusions des mdecins qui avaient procd  l'autopsie, la
mise en accusation de l'isralite Beylis, souponn d'tre l'assassin,
ont permis d'voquer devant les juges l'obsession sanglante du crime
rituel. D'o, en Russie, une motion violente, le dchanement des
antismites, d'un ct, et, d'autre part, la riposte non moins ardente
de leurs adversaires les accusant d'inventer des prtextes  massacres.

Le procs s'est termin par l'acquittement de Beylis. Le jury de Kief,
tout en affirmant sa conviction que le meurtre du jeune Youtchinsky
avait t commis dans la fabrique o les juifs confectionnaient leurs
pains azymes, a, sur une seconde question, rpondu que Beylis n'tait
pas coupable.

[Illustration: Le transport de la marine de guerre amricaine _Orion_
ravitaillant en charbon le cuirass _Ohio_ dans le port de
Marseille.--_Phot. du lieut.-col. Prat._]

[Illustration: Beylis.--_Phot. Kowalsky._]

Ce verdict rendu par douze hommes du peuple, dont une certaine partie de
l'opinion suspectait bien  tort les prjugs, parat devoir apaiser les
passion...



UN CTAC EN BRETAGNE

Il n'est pas rare de voir un cachalot ou quelque baleinoptre chouer
sur nos ctes; en gnral, ces monstres marins sont de taille rduite et
nous donnent une ide assez imparfaite de la lgendaire baleine.

[Illustration: Une baleine choue  la pointe de Penmarch.]

Le ctac trouv ces jours derniers sur la cte de Penmarch, prs du
phare d'Eckmhl, se distingue de ses congnres gars en nos rgions
par sa taille exceptionnelle; il mesure environ 15 mtres de longueur.
Ce sujet rare a attir l'attention du Musum qui a envoy un dlgu
charg de surveiller le dpeage. Et le squelette sera probablement
attribu  un muse de province, qui pourra s'honorer, comme le Jardin
des Plantes de Paris, d'une cour de la Baleine.



LES THTRES

Le thtre Lon-Poirier vient de nous rvler une comdie satirique, de
M. Lucien Gleize, qui a obtenu le plus franc succs. Le _Veau d'or_ est
l'histoire amusante, alerte, et trs spirituellement satirique sans
mchancet, d'un parvenu richissime, vaniteux jusqu'au ridicule, et de
sa cour d'adulateurs; une intrigue sentimentale lie entre elles les
scnes dont se composent ces trois actes, scnes de caractre o
clatent  tout instant les traits cocasses, les formules bien venues,
les mots de situation. On a applaudi la pice et ses interprtes, Mlles
Catherine Fonteney et Suzanne Rvonne, MM. Berthier, Louis Gauthier,
Henri Beaulieu, Dechamps, Paul Plan, Arvel.

L'_Insaisissable Stanley Collins_, pice  grand spectacle en vingt
tableaux, de MM. de Marsan et Timmory, est une oeuvre conue selon
l'esthtique du thtre du Chtelet. L'insaisissable Stanley Collins
rappelle le mystrieux Crawford de l'affaire Humbert, si ingnieusement
imagin par la grande Thrse. Les deux auteurs, tout autant qu'elle,
ont fait preuve d'un sens avis des coups de thtre et, comme elle, ils
se sont avant tout proccups de la mise en scne. Dcors changeants,
brillants costumes, musiques, cortges et ballets sont d'un faste vari
et pittoresque.

Le thtre de la Porte-Saint-Martin vient de reprendre le _Ruisseau_, de
M. Pierre Wolff, qui, lors de sa cration au Vaudeville en 1907,
atteignit et dpassa la centime reprsentation. Cette comdie si fine,
mouvante et gnreuse, n'a pas vieilli. Son charme, qui est fait de
tendresse, n'a rien perdu de son pouvoir sur le public. Et le succs
d'hier gale et dpassera peut-tre celui d'il y a six ans. Son
interprtation est du reste tout  fait suprieure avec MM. Huguenet,
Rosenberg, Mlle Jeanne Provost et Mlle Jane Pierly qui, aprs tant
d'autres artistes de caf-concert, a fait l, sur une grande scne, un
dbut, d'autant plus remarqu qu'elle prenait dans le principal rle
fminin la lourde succession de Mlle Yvonne de Bray.

[Illustration: Mlle Jane Pierly.--_Phot. A. Bert_]

C'est dcidment la saison des reprises, au moins pour la
Porte-Saint-Martin et pour l'Ambigu. Voici, sur cette dernire scne, la
reprise de _Raffles_, triomphe de la pice policire. Sa carrire fut
longue au thtre Rjane qui la rvla en 1907. Il est  prvoir qu'elle
va, durant de nombreuses soires, connatre un regain de succs avec sa
nouvelle interprtation parmi laquelle figure, d'ailleurs, le brillant
crateur de Raffles, M. Andr Brl.

M. Jacques Rouch, devenu directeur de l'Opra, est remplac au thtre
des Arts par M. Irne Mauget qui, au cours de l't, reprsenta un
certain nombre d'actes indits d'auteurs nouveaux sur le thtre de
Verdure du Pr-Cateian, et qui se promet de nous rvler des oeuvres
intressantes. Son premier spectacle  la salle du boulevard des
Batignolles comportait un drame de MM. Johanns Gravier et Lebert, le
_Droit de mort_, sur un sujet profondment pathtique: le vritable
droit de mort que des parents peuvent exercer encore de nos jours sur
leurs enfants en s'opposant  une intervention chirurgicale,--et une
comdie de MM. Pierre Bossuet et Georges Lglise, le _Coeur en panne_,
marivaudage un peu long avec quelques jolies scnes.

Le thtre du Vieux-Colombier nous a offert, pour son second spectacle,
une pice en quatre actes, de M. Jean Schlumberger, les _Fils Louvern_;
c'est un drame de famille compos avec le souci vident d'viter tout
effet mlodramatique, crit avec un tact littraire parfait; il est jou
avec un soin discret par la troupe ordinaire du Vieux-Colombier.

Le thtre Imprial a renouvel aimablement son spectacle en affichant
trois petites pices gaies: _Un malheur n'arrive jamais seul_, de M.
Flix Galipaux; _Express-Agency_, de MM. Henri Falk et Maurice Dumas,
qui ont mis  la scne les exploits comiques d'un fantaisiste Sherlock
Holmes; _Un virtuose_, de MM. Wilned et Henry Roy, amusante
comdie-bouffe dont un piano mcanique fait les frais. Une pantomime
de M. Paul Franck, la _Griserie du Tango_, agrmente la soire, qui se
termine par une revue de MM. Jean Bastia, Jules Moy et Moriss, _A la
bonne Franckette_, joue par les auteurs.



[Illustration: LE MONSIEUR QUI FAIT DE L'EXERCICE, par Henriot.]


[Note du transcripteur: Les supplments mentionns en titre ne nous ont
pas t fournis.]








End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3690, 15 Novembre
1913, by Various

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L'ILLUSTRATION, NO. 3690, 15 NOVEMBER 1913 ***

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
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in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
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1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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