The Project Gutenberg EBook of Correspondance diplomatique de Bertrand de
Salignac de la Motte Fnlon, Tome Sixime, by Bertrand de Salignac de la Motte Fnlon

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Title: Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fnlon, Tome Sixime
       Ambassadeur de France en Angleterre de 1568  1575

Author: Bertrand de Salignac de la Motte Fnlon

Release Date: December 17, 2012 [EBook #41644]

Language: French

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typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t conserve
et n'a pas t harmonise.

Une expression, en exposant dans l'original, et dont l'abrvation
n'est pas vidente, a t mise entre accolades dans cette version
lectronique. Ainsi, le {c} aprs le chiffre romain signifie que ce
dernier doit tre multipli par cent. Le symbol {#}, qui suit, pourrait
reprsenter une lire, car il est suivi du mot d'esterling et c'est
sous le nom de lire que le livre sterling tait connu  l'poque en
France.




    CORRESPONDANCE
    DIPLOMATIQUE
    DE

    BERTRAND DE SALIGNAC
    DE LA MOTHE FNLON,

    AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE
    DE 1568 A 1575,

    PUBLIE POUR LA PREMIRE FOIS
    Sur les manuscrits conservs aux Archives du Royaume.

    TOME SIXIME.

    ANNES 1574-1575.

    PARIS ET LONDRES.
    1840.




    RECUEIL
    DES
    DPCHES, RAPPORTS,
    INSTRUCTIONS ET MMOIRES

    Des Ambassadeurs de France
    _EN ANGLETERRE ET EN COSSE_
    PENDANT LE XVIe SICLE,

    Conservs aux Archives du Royaume,

    A la Bibliothque du Roi,
    etc., etc.,
    ET PUBLIS POUR LA PREMIRE FOIS

    _Sous la Direction_
    DE M. CHARLES PURTON COOPER.

    PARIS ET LONDRES.
    1840.




    DPCHES, RAPPORTS,
    INSTRUCTIONS ET MMOIRES

    DES AMBASSADEURS DE FRANCE
    EN ANGLETERRE ET EN COSSE

    PENDANT LE XVIe SICLE.




LA MOTHE FNLON.




Imprim par BTHUNE et PLON,  Paris.




    A
    MR HENRI HALLAM

    COMME TMOIGNAGE D'ADMIRATION
    POUR SES OUVRAGES HISTORIQUES

    ET COMME GAGE
    DE RECONNAISSANCE POUR DE NOMBREUX SERVICES PERSONNELS.

    CE VOLUME LUI EST DDI

    PAR
    SON TRS-FIDLE ET TRS-OBLIG SERVITEUR
    CHARLES PURTON COOPER.




DPCHES

DE

LA MOTHE FNLON




CCCLIXe DPESCHE

--du Ve jour de janvier 1574.--

(_Envoye exprs jusques en la court par Jacques._)

  Audience.--Ngociation du mariage.--Desir d'lisabeth de prendre
    l'avis des princes protestans d'Allemagne.--Demande de nouveaux
    dlais.--Avis d'une entreprise projete contre la
    France.--Nouvelles d'cosse et d'Irlande.


    AU ROY.

Sire, le deuxiesme jour de ce moys de janvier, j'ay est faire les
compliments du nouvel an  la Royne d'Angleterre, et luy dire que
Vostre Majest et la Royne, vostre mre, le luy souhaitoient trs bon,
voyr le meilleur qu'elle et encores eu, depuis, ny auparavant estre
Royne; et que vous desiris, de bon cueur, que ce ft, en cestuy cy,
auquel il plet  Dieu de changer la solitude, o elle avoit tousjours
vescu, en ung soulas d'une trs douce et desire compagnye d'ung jeune
et vertueux prince, qui luy ft trouver les annes  venir encores
plus heureuses et plaines de flicit que les passes; et que vous
n'aviez aujourdhuy aulcune chose au monde en plus grande affection que
de pouvoir bientost ouyr la responce, qu'aprs le retour de Me
Randolphe, elle vous voudroit faire; dont me commandis d'incister,
aultant qu'il me seroit possible, de l'avoir, du premier jour, et de
l'avoyr ainsy bonne comme la desiris, et comme l'honneste et
persvrant desir de Monseigneur vers elle le mritoit. Et ay adapt 
cella les aultres propos que j'ay trouvs s lettres de Vostre
Majest, du VIIIe et XXIIe du pass, sellon que j'ay veu qu'ilz y
pouvoient convenir.

A quoy la dicte Dame m'a respondu qu'elle recevoit ces bons et
honnestes souhayts, que Vostre Majest et la Royne, vostre mre, luy
faisis, pour la meilleure estrayne, et le plus prcieulx et agrable
prsent, qui luy pouvoit estre faict,  ce commancement d'anne; dont
vous en remercyoit le plus qu'il luy estoit possible, et vous prioit,
toutz deux, de vouloir aussi accepter d'elle ung semblable prsent
d'ung pur et parfaict desir qu'elle avoit  vostre bien et grandeur,
et  la continuation de vos flicits, et que, sortant cella de son
cueur, ainsy qu'elle s'assuroit que ce que luy avis mand partoit
aussy du cueur de Voz Trs Chrestiennes Majestez, elle pensoit que
c'estoit chose  plus estimer, que si, de chascun cost, eussis mis
la main au cabinet de voz meilleures bagues, pour vous entre envoyer
celles qui eussent est de plus de pris; et qu'il estoit trs
raysonnable qu'elle vous ft bientost savoir la responce qu'attandis
maintenant d'elle, laquelle elle ne vous vouloit nullement diffrer,
et me prioit seulement de luy donner deux ou troys jours de terme pour
en dellibrer avec ses conseillers, desquelz l'absence des ungs, et la
maladye des aultres, estoit cause qu'elle n'y avoit peu vacquer,
durant ces festes, ainsy qu'elle me l'avoit promis; et qu'il pourroit
estre que cepandant arriveroient les ambassadeurs des princes
protestants d'Allemaigne, desquelz s'estoit entendu qu'ilz vouloient
envoyer vers elle intercder pour le propos de Monseigneur; en quoy,
encor qu'elle ne voult estre veue dpandre tant d'eux, qu'on cuydt
qu'elle ft en leur tutelle, si estimoit elle que leur office, en cest
endroict, ne pourroit estre sinon bien honnorable pour les deux
costs; et pourroit, en plusieurs choses, parce qu'ilz estoient de la
mesme religion de ce royaulme, beaucoup servir  rendre agrable, et
plus approuv le mariage vers toutz ses subjects.

J'ay rpliqu qu'aprs les aultres grands dellays qu'elle avoit desj
prins en cest affaire, je craignois que celluy qu'elle demandoit
maintenant, encor que ne ft que de troys jours, vous semblt
intollrable; car pensis qu'elle et desj sa responce toute preste,
pour la vous pouvoir incontinent mander, sans estre besoing qu'elle
l'allt rechercher d'aultruy; et qu'au moins la priois je que, dans
ceste feste des Roys, il luy plet me la faire ainsy royalle comme il
convenoit  la Royne qui la feroit, et aulx Roys et princes  qui elle
seroit faicte; et qu'encor que rien du propos n'et  dpendre d'ung
tiers, si, pensois je, vous n'auris mal agrable que les princes
d'Allemaigne envoyassent icy leurs ambassadeurs, car les sentis de si
bonne inclination vers vous qu'ilz n'y procureroient que l'effect de
ce que desiris.

Elle m'a respondu que je cognoissois assez l'humeur de de, comme
rien ne s'y pouvoit expdier sans crymonie; dont ne me debvois tenir
graiv qu'elle m'et encores demand ce peu de temps, et qu'elle ne
savoit de certain si les princes d'Allemaigne envoyeroient icy, mais
qu'elle sentoit bien qu'il ne seroit que bon qu'ilz le fissent.

Et est ung poinct, Sire, qu'elle a monstr qu'elle le desiroit bien
fort, et qu'elle auroit grand plaisir qu'en fissis faire quelque
instance, soubz main, ainsi que le comte de Lestre me l'a confirm; et
peut estre que c'est ce qui la faict ainsy temporiser maintenant, ou
bien pour entendre mieulx comme il va du faict de la Rochelle, car
ceulx de ce conseil en sont toutz en grand suspens, ou bien pour
attandre l'arrive du gentilhomme que le nouveau gouverneur de
Flandres envoye vers elle, qui sera icy  la fin de ceste sepmayne, et
bientost aprs le suyvront,  ce que j'entends, le Sr de Forges et le
Sr de Sueveguen, conseillers d'estat du pays, pour venir radresser
l'entrecours, et accommoder les aultres diffrants d'entre les Angloys
et les subjects du Roy d'Espaigne. Or ay je, Sire, au partir de la
dicte Dame, bien estroictement confr avec le garde des sceaulx, et
avec le comte de Sussex, avec l'admiral, et avec Mr Walsingam,
lesquelz m'ont uz de beaucoup de bonnes parolles; et puis, suis all
voyr, en passant, milord trsorier, en son lict, qui m'en a uz
encores de meilleures. Mais il m'a bien donn  cognoistre que
l'accidant de la Rochelle venoit mal  propos, par ce, dict il, qu'il
ne falloit s'attandre que la conclusion du mariage se ft, sinon en
concluant une parfaicte union entre les deux royaumes, et faysant une
communication des conseils et des forces des deux, pour rsister 
toutz ceulx qui voudroient nuyre ou  l'ung ou  l'aultre; et qu'il
n'estoit possible que cella se ft, si Vostre Majest ne pourvoyoit
que ceulx de la nouvelle religion peussent vivre en France, non en la
licence que, possible, ilz voudroient, mais en la seuret de leurs
vies, et honneste libert de leurs consciences, soubz la modration
que vos dicts leur ordonnoient. Je solliciteray,  toute heure, la
susdicte responce; et Vostre Majest et la Royne, vostre mre, y
ayderez s'il vous plait de dell, sellon qu'aurez prins expdient de
le faire sur les advis que, par le Sr de Sabran, je vous ay mands.

Voicy, Sire, ung advis qu'on me vient de donner. Il a est mis en
dellibration, entre aulcuns passionns de la nouvelle religion, que,
de tant que ceulx de la Rochelle s'apperoyvent maintenant qu'il y a
de la division entre eulx, et qu'ilz sont en plus dangereux estat que
quand ilz estoient assigs, l'hautorit du mayre n'estant pour y
tenir longuement les choses en modration, qu'ilz doibvent estre
persuads de recevoyr en leur ville quelque force et garnison des
Angloys; et que, se trouvant les pays d'Aulnis, de Poictou, de
Saintonge, d'Angoulmoys, et aultres endroicts de la Guyenne,
intresss en la mme cause, qu'il sera facille de passer oultre en
pays, et y mettre si bien le pied qu'il ne sera ays de l'oster,
accordant mesmement aulx habitans du pays de leur renouveller leurs
anciennes immunits et franchises; et que cella commanoit de se mener
bien  l'estroict, et bien fort secrettement, de peur qu'il n'en vnt
quelque chose  ma notice. Qui ne say encores, Sire, s'il a est
ainsy propos  ceste princesse, mais l'on m'a bien fort assur qu'il
a est mis en avant  aulcuns de son conseil, lesquels l'ont
grandement goust; et pourtant semble expdient que Vostre Majest
envoye promptement rassurer les dicts de la Rochelle en quelque si
bonne faon, qu'ilz n'ayent  desirer ny rechercher aulcune sorte de
nouvellet en leur ville.

Quand  l'Escoce, le comte de Morthon a naguyres faict excuter ung
hermestran qui a charg le comte d'Honteley, Baffour, le feu comte
d'Arguil et le mesme Morthon, d'estre copables de la mort du feu Roy
d'Escosse; de quoy l'on souponne qu'il se pourra renouveller du
trouble au pays. Au regard de l'Irlande, le vray comte d'Esmond a
tant faict qu'il a mis des forces en campaigne, et a reprins presque
tout son estat sur le bastard qui le luy usurpoit, et qui estoit
maintenu par les Angloys, et a prins le mesme bastard et sa femme
prisonniers. Et ayant Fitz Maurice aussy soublev ung aultre quartier
du pays, et prins quelques forts, il s'est joinct  luy avecques ses
troupes; et attandent du secours d'Espaigne, o le dict Fitz Maurice a
envoy son filz pour ostage; et le comte d'Essex a est bien mal
traict au quartier o il est descendu. L'on traicte, en ce conseil,
d'y envoyer promptement quatre cappitaines avec les soldats qui sont
naguyres revenus d'Ollande, et d'y faire passer le comte d'Ormont,
bien que, pour estre naturel du pays, l'on l'a aulcunement suspect,
et, avec luy, milord Rich et Me Parait. Et m'a quelqu'ung faict sentir
que ceste princesse auroit grand playsir que vostre ambassadeur, qui
est en Espaigne, veillt ung peu sur les actions de Estuqueley et du
filz du dict Fitz Maurice, affin de l'esclarcyr en ce qui se brassera
par dell contre elle. Sur ce, etc. Ce Ve jour de janvier 1574.




CCCLXe DPESCHE

--du XIIe jour de janvier 1574.--

(_Envoye par le cappitaine Mazin d'Albne._)

  Explications sur l'entreprise tente contre la
    Rochelle.--Assurances donnes par le roi que l'dit de
    pacification sera maintenu.--Ngociation du
    mariage.--Protestation de dvouement de l'agent de la
    Rochelle.--Efforts de l'ambassadcur pour empcher les Anglais
    de former une entreprise contre la France.


    AU ROY.

Sire, la dpesche de Vostre Majest, du XXIXe du pass, laquelle le
cappitaine Mazin m'a rendue le VIIIe d'estui cy, m'a est ung argument
tout  propos pour aller trouver ceste princesse,  laquelle j'ay
faict entendre que les choses de la Rochelle avoient pass et estoient
maintenant en l'estat que me l'avez mand, et luy en ay faict voyr le
mmoire que j'en ay trouv dans vostre pacquet, ensemble ung extraict
de celle partye de vostre lettre qui en parle en trs bonne faon. Et
ay estim, Sire, qu'il estoit expdient d'en uzer ainsy, parce que je
savoys bien que desj l'on en avoit parl, tout aultrement que de ce
qui est,  la dicte Dame; et que ceulx, qui craignent le succs du
propos de Monseigneur le Duc, luy avoient discouru que vostre
lieutenant en Poictou n'et jamays oz attempter  la surprinse de
ceste ville, ny  rompre vostre dict, ny n'eussent, deux ou trois des
compagnyes de voz ordonnances, march jusques bien prs du lieu, sans
commandement de Vostre Majest; et avoient faict, de cella et de
l'armement qu'ilz disent qui s'appreste en Normandie, et de la prinse
de huict ou dix navyres angloys qui ont est nouvellement combatus, 
leur retour de Bourdeaulx, par des navyres franoys qui les ont
ammens, une grande dduction  la dicte Dame pour luy imprimer que,
en nulle sorte, se pourra jamays bien establir amity, aulmoins qui
soit de dure, entre Vostre Majest et les Protestants; dont, par les
arguments que je luy ay admens au contrayre, qui ont est les plus
vifs que j'ay peu, j'estime luy avoir beaucoup diminu ceste opynion.

Nantmoins, de ces accidants et de ce que, possible, son ambassadeur
luy a escript, elle a encores ceste foys diffr de me faire sa
responce, bien que je l'en aye extrmement presse, et que mes
instances n'ont est petites, et que je say bien que, ds devant
hier, ses conseillers luy avoient, l dessus, donn leur advis
conforme, ainsy que j'entends,  ce qu'ilz avoient tousjours
conseill: qu'elle se debvoit marier et qu'elle debvoit entendre 
cest honnorable party de Monseigneur, pourveu qu'elle s'en peult
complayre. Mais elle m'a remis  Hamptoncourt, s'excusant que,  cause
que le souspeon de peste la contreignoit de partir trop soubdain
d'icy, et qu'aulcuns de ses conseillers estoient absants, elle ne me
pouvoit rsoudre, jusques  ce qu'elle ft au dict lieu, mais que,
sans aulcun doubte, elle me rsoudroit, dans ceste procheyne sepmayne,
sans plus de remises. Et je vous supplye trs humblement, Sire, de
croyre que je ne perds heure, ny momant, de la sollicitation qui se
peut mectre en cest affre; et, encor que la lettre de crdict ne soit
poinct arrive, je n'ay layss de faire valoir, le mieulx que j'ay
peu, l'assurance, que m'avez mande, que me l'envoyeris. Et ay dict 
milord trsorier et au comte de Lestre que vous ne voulis prescripre
 l'ung ny  l'aultre ce qu'entendis de fre pour eulx, car
dellibris de commettre aultant que montoit la mesmes personne et la
grandeur et la fortune de Monseigneur, vostre frre, le tout en leurs
meins, et que leur loyer surmonteroit indubitablement et vos promesses
et leur esprance; mais qu'en l'endroict des personnes, s quelles ilz
estimeroient estre bon d'uzer quelque prsente libralit, qu'ilz la
promissent ardiment pour vous, car vous y satisfferis entirement, et
me feris venir jusques  cinquante et soixante, et cent mille escus
pour y fournir  leur discrtion, ce qui n'a est prins que de trs
bonne part. Et  quelques aultres propos, bien esloigns de cella,
j'ay sond le Sr Acerbo s'il auroit moyen de fournir, icy, de
l'argent; qui m'a dict qu'il fournira tousjours, en ceste ville,
jusques  cent mille escus, sur la lettre du Sr Orace Russelin et sur
celle du sieur Jehan Baptiste Gondy, et qu'il ne fault sinon qu'on
accorde de quelque assignation par dell avec l'ung d'eux pour estre
rembourc, au cas que leur crdict soit employ icy, et que, s'il ne
l'est poinct, l'on leur rendra leur lettre. De quoy j'ay desj prins
parolle du dict Sr Acerbo.

Et aprs, Sire, que j'ay eu communiqu  la Royne d'Angleterre et aulx
seigneurs de son conseil ce que m'avs mand de la Rochelle, je l'ay
faict savoyr aulx gentilshommes et aultres vos subjects qui sont icy,
desquelz y en y a eu qui n'ont peu contenir les larmes du grand ayse,
qu'ilz ont receu, de la dclaration de Vostre Majest, et de ce que
leur vouls maintenir vostre dict; ny pas ung d'eulx n'a dict, ny
monstr semblant aulcun, de vouloir devenir aultres que trs humbles
et trs obissantz subjectz de Vostre Majest. Et l'agent de la
Rochelle, sur toutz, s'est resjouy de la susdicte dclaration, et m'a
instamment requis de vous supplyer trs humblement, Sire, qu'il vous
playse ne croyre que, de la part de ceulx de sa ville, ny en gnral,
ny en particullier, il soit venu aulcun advertissement, ny plaincte,
ny remonstrance de ce faict en ceste court; et que seulement ung homme
qui estoit prsent, quand les choses furent descouvertes, estant,
d'avanture, arriv icy pendant le premier bruict qui en couroit, il a
est appell devant le comte de Lestre pour dire ce qu'il en savoit;
et qu'il me promettoit, devant Dieu, qu'il ne s'estoit traict ny se
traicteroit rien, icy, par ceulx de sa ville, qu'il ne m'en ft
participant, affin que je fusse tesmoing que leurs dportements
n'estoient que de loyaulx et fidelles subjects de Vostre Majest. Par
quoy je luy ay permis de fre savoir  ceulx de sa ville la faon
dont Vostre Majest avoit escript, par de, de ce faict.

J'ay mis toute la dilligence, qu'il m'a est possible, et ne cesse
encores par les meilleurs moyens, que je puis, de destourner celle
dellibration, que je vous ay mande qu'on mettoit en avant, touchant
la dicte ville de la Rochelle et ce quartier de la Guyenne qui est
entre la Loyre et la Garonne, et pense avoyr faict quelque
commancement de la divertyr. Nantmoins, parce que ceulx de la
nouvelle opinyon ne se peuvent encores bien rassurer de ces rescentes
souspeons, et que ceulx cy arment et quippent navyres et font
quelque description de gens de guerre, pour envoyer, ainsy qu'ilz
disent, en Irlande, je supplye trs humblement Vostre Majest de fre
advertyr, secrettement, les gouverneurs, tout le long de vostre coste,
qui regarde la mer de de, qu'ilz ayent  se tenir sur leurs gardes,
bien qu'on ne m'a jamays annonc icy plus de paix ny d'amity qu'on
faict maintenant. Et sur ce, etc.

    Ce XIIe jour de janvier 1574.




CCCLXIe DPESCHE

--du XVIIIe jour de janvier 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Mission du baron d'Aubigny, envoy en Angleterre par le roi
    d'Espagne.--Ngociation des Pays-Bas.--Affaires
    d'Irlande.--Nouvelles de la Rochelle.--Inquitudes causes 
    Londres par les armemens prpars en France et les nouvelles
    prises faites par les Bretons.--tat de la ngociation du
    mariage.


    AU ROY.

Sire, le baron d'Aubigny, de Bourgoigne, est ce gentilhomme que le
grand commandeur de Castille a envoy devers ceste princesse, lequel
parle assez bien le langage de ce pays, car il a est nourry page de
la feue Royne Marie d'Angleterre, et est arriv, le XIIIIe de ce moys,
en ceste ville, et, le troysiesme jour aprs, il a pass oultre 
Hamptoncourt. Les deux commissayres des Pays Bas, qui estoient
avecques luy, sont encores, derrire,  Donquerque, parce qu'ils n'ont
voulu passer de sans ung saufconduict de la dicte Dame, laquelle le
leur dpescha hier; et ilz seront, de brief, icy, pour vacquer
quelques moys  radresser l'entrecours, et accorder les diffrants des
prinses, s'ils peuvent. Je ne say encores comme l'affre leur
succdera.

Les quatre cappitaynes, qui doibvent aller en Irlande, ont faict la
monstre de leur huict centz hommes, et ont touch deniers. Ilz
s'achemineront dans deux ou trois jours; et j'entends qu'on les haste
ainsy de partir, parce qu'il est venu nouvelles que les Angloys ont
est, de rechef, bien battus de dell, et l'ung des filz du milord
Housdon tu, et que le comte d'Essex est asssig en ung destroit de
pays, o, s'il n'est secouru dedans ung moys, il sera contrainct de
se rendre; et a mand que le comte d'Esmond a faict ligue avec trois
aultres comtes du pays, qui dellibrent de mettre chacun dix mille
hommes en campaigne,  ce prochain printemps, oultre le secours qu'ilz
attandent de Mac O'Nel l'escossoys. Dont ceulx cy se trouvent asss
empeschs comme remdier  cest affre, et mesmement qu'on leur mande
que les Irlandoys, lesquels on disoit que s'enfouyeroient  la
premire harquebouzade qu'ilz orroient, se monstrent aultant ou plus
assurs harquebouziers que les Angloys, dont souspeonnent qu'il y ayt
des franoys et hespaignols parmy eulx, qui les dressent ainsy et qui
les conduysent.

Quand au faict de la Rochelle, ce qu'il vous a pleu, Sire,
dernirement m'en escripre, a faict que, en ceste court, ny parmy les
Angloys, ny encores parmy voz subjects qui sont icy, l'on n'en parle
plus de la faon qu'on faysoit, et que chascun commance de se proposer
des considrations fort apparantes pour juger que l'entreprinse n'a
est dresse, ny du sceu ny du commandement de Voz Majestez Trs
Chrestiennes. Il est vray que, en l'endroict des ungs, ny en
l'endroict des aultres, parce qu'ilz sont touts asss ombrageux et
deffiants, je ne puis, pour encores, advancer guyres que de les fre
demeurer paysibles, et sans rien mouvoir, jusques  ce qu'ils voyent
comme les choses procderont, et comme ceulx de Languedoc se
rduyront, et qu'est ce que rsultera de ceste assemble de conseil
que Vostre Majest tient maintenant  St Germain en Laye, car
monstrent que, jusques allors, ilz ne pourront guyres bien dposer la
crainte et l'espouvantement o ilz sont. Et si, m'a t on, depuis deux
jours, Sire, confirm cella mesmes, que je vous ay naguyres mand,
touchant recevoir des forces d'Angleterre en ce quartier de la
Guyenne qui est entre Loyre et Garonne, et susciter l une grande
rvolte contre Vostre Majest. En quoy, encores que je n'espre estre
si endormy, si l'on en venoit  des actes prochains, que je ne vous en
puisse bien advertyr, si vous suppli je trs humblement, Sire, de
faire cepandant sonder, par vos lieutenants et gouverneurs, s'il y a
estincelle aulcune de telle impression s cueurs de voz subjects au
dict pays; car je confesse que cest advis me vient d'ung endroict,
d'o, d'aultres foys, l'on m'a interprett les actions de ceulx de la
nouvelle religion en tout aultre sens que je ne l'ay, puis aprs, peu
vriffier, ny qu'il ne s'est  la fin trouv.

Tant y a que ceste princesse ne m'a peu dissimuler qu'on n'ayt mis
peyne de luy donner une malle impression de la prinse de ces dix
navyres, qui a est faicte sur ses subjects, en allant et retournant
de Bourdeaulx, et de ce qu'on luy a dict que, dans la rivyre de
Bourdeaulx, Vostre Majest faict tenir deux grands navyres de guerre
touts prets, et ung en Brouage, et quatre fort grands  Brest, quelque
autre nombre  St Mallo, cinq au Hvre de Grce, sept  Dieppe, et
vingt huict navires bretons, de cent et six vingts tonneaulx chacuns,
 Callays, qui y sont depuis deux moys, et les gens de guerre toutz
prets, en Picardye, pour les embarquer. A quoy, encor que je luy aye
abondamment satisfaict, je sents nantmoins qu'on la veult, par l,
mettre en allarme, affin que, de son cost, elle face aussy armer et
mettre hors aulcuns de ses grands navyres de guerre, comme je ne fay
doubte qu'on ne la conduyse facillement  cella; et que sir Artus
Chambernan et Me Hacquens qui ont est, ces jours passs, fort
ngociants en ceste court, n'obtiennent aussy commission d'armer des
vaisseaulx, vers le Ouest, pour courre ceste mer estroicte, ou pour
estre prets  toutes occasions. A quoy j'auray l'oeil le plus ouvert,
que je pourray, pour en advertyr incontinent Vostre Majest.

Au regard du propos de Monseigneur le Duc, j'attands, d'heure en
heure, Sire, que la dicte Dame me face appeller  Hamptoncourt pour me
bailler sa responce. Et le comte de Lestre m'a promis qu'il sera fort
dilligent et soigneux de luy recorder qu'elle ne me la vueille plus
prolonger; et encores,  toutes advantures, j'envoye le Sr de Vassal
prsentement devers luy affin qu'il ne l'oublye. Cepandant j'ay visit
milord de Burgley,  son commancement de gurison, pour confrer de
cest affaire avecques luy, lequel m'a pry de presser, le plus que je
pourray, icelluy affre, et que, nonobstant qu'il soit contredict de
plusieurs, que je n'en veuille encores mal esprer. Sur ce, etc.

    Ce XVIIIe jour de janvier 1574.


    A LA ROYNE.

Madame, premier que la Royne d'Angleterre soit partie d'icy pour aller
 Hamptoncourt, encor que ce ayt est bien soudaynement et  la haste,
je l'ay nantmoins fort presse, et faicte bien fort instamment
presser, par milord trsorier et par le comte de Lestre, de me vouloyr
fre savoyr la responce qu'elle entend fre  Voz Majestez Trs
Chrestiennes touchant le propos de Monseigneur le Duc, vostre filz;
mais il ne m'a est possible de tirer aultre chose d'elle, sinon que,
dans peu de jours, elle me feroit appeler pour me la dire, et que, si
elle se trouvoit maintenant un peu longue  se rsouldre en cella,
qu'elle vous prioit, Madame, de vous souvenir que vous avis bien est
six moys entiers sans luy mander rien de certain touchant l'entrevue;
 l'occasion de quoy elle vous supplioyt qu' ceste heure vous
layssis compenser la longueur de l'une avec celle de l'aultre. Et
bien, Madame, que je n'aye deffally de responce l dessus, elle m'a
nantmoins fort conjur de ne me douloyr de ce petit dellay, qui luy
faysoit encores besoing, car m'assuroit qu'il ne seroit long. Et le
comte de Lestre a prins en luy de m'envoyer ung de ses gentilshommes
pour m'advertyr proprement du jour que j'iray trouver la dicte Dame;
mais, ne m'attendant du tout  cella, je viens de luy dpescher, tout
 ceste heure, ung des miens, affin de le luy recorder. Et semble
qu'elle ayt est persuade d'accomplir ce que le duc d'Alve desiroit
en cest affaire, qu'elle ne concld rien avec Monseigneur, vostre
filz, sans avoyr entendu quelz advantages l'on luy feroit proposer
pour le filz de l'Empereur; et, possible, aulcuns, en ceste court,
s'attendent que le baron d'Aubigny en mette quelque chose en avant, et
qu'il ayt charge d'en parler. Et il est bien certain que, toutes les
foys que Voz Majestez Trs Chrestiennes ont faict attacher chaudement
ceste praticque, que, du cost d'Espaigne, l'on n'a fally, soubz
aultres prtextes, d'envoyer soubdain icy des ambassadeurs pour y
donner tout l'empeschement qu'on a peu; tant y a qu'on me faict
accroyre que debvs encores paciemment attandre ceste responce, sans
vous dsesprer de vostre pourchas.

Et milord Trsorier, avec lequel j'en ay, depuis deux jours, fort
estroictement confr, m'a dict que les adversayres du propos, encor
qu'ilz soient en grand nombre, n'ont, jusques  ceste heure, peu
prvaloyr contre la dellibration des principaulx du conseil, qui
sont fort bien rsolus pour le mariage de leur Royne. Sur ce, etc.

    Ce XVIIIe jour de janvier 1574.




CCCLXIIe DPESCHE

--du XXVIe jour de janvier 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Nouveaux retards apports  la ngociation du
    mariage.--Mission du baron d'Aubigny.--Communication faite par
    l'agent de la Rochelle.--Assurance donne par l'ambassadeur que
    le roi ne veut rien attenter contre cette ville.


    AU ROY.

Sire, j'ay est, le XXe de ce moys,  Hamptoncourt, pour presser ceste
princesse de me vouloir fre sa responce sur le propos de Monseigneur
le Duc, et elle a monstr qu'elle estoit preste de le fre, et que
nulle difficult, ny argument du pass, y donnoit plus d'empeschement,
s'en estant elle, avec ceulx de son conseil, entirement bien rsolue;
mais qu'il estoit survenu, de nouveau, aulcuns escrupules, aulxquels
elle pensoit que Vostre Majest pourroit facillement satisfre,
lesquels iceulx de son dict conseil jugeoient estre expdient de les
oster, premier qu'elle pet bien respondre. Et me les a fort amplement
desduicts, et m'a dict qu'elle feroit promptement partir ung courrier,
devers son ambassadeur, pour vous faire entendre le tout, affin que
Vostre Majest n'estimt que ceste remise ft sans beaucoup de
fondement.

J'ay respondu  toutz ces escrupulles de la dicte Dame, et plus 
ceulx dont j'estois adverty qu'elle estoit vifvement touche dans son
cueur, qui estoient vritablement considrables, et desquels elle ne
me faisoit poinct de mencion, que  ceulx dont elle me parloit; et
l'ay fort adjure de ne vouloir, pour cella, interposer plus de
longueur en sa responce, de peur que Vostre Majest et la Royne,
vostre mre, et Monseigneur le Duc, ne l'interprtissis  une manyre
de deffaicte; et qu'il n'estoit besoing qu'elle envoyt en France, ny
qu'elle attandt aulcune satisfaction de dell, car ce que je venois
de luy respondre pouvoit suffire  elle, et aux seigneurs de son
conseil, pour demeurer bien esclarcys de toutz les dicts escrupulles.

Elle m'a rplicqu qu'elle me prioit donc de vouloir fre
communicquation,  quelques ungs de son dict conseil, des articles de
mes dpesches, que je luy venois de dduyre, affin qu'ilz en peussent
prendre aultant de satisfaction qu'elle: comme j'ay faict  milord
trsorier et au comte de Sussex. Et suys maintenant  poursuyvre,
comme devant, la susdicte responce, laquelle j'espre avoyr bientost.
Et pense, Sire, que, par le rapport, que le cappitaine Mazin vous aura
faict, de la rigueur qu'on luy a tenue, au repasser en France, Vostre
Majest aura comprins d'o est procd l'ung de leurs dicts
escrupules, qui n'a est si petit qu'ilz n'en ayent faict tenir les
passages srs, pour quelques jours, et faict surprendre beaucoup de
pacquetz; dont encores quelques ungs des miens en ont est retards.

Le baron d'Aubigny, aprs avoyr est, cinq jours, en ceste court,
festoy et caress, et l'avoyr ceste princesse fort bnignement ouy,
par deux foys, et luy avoyr baill responce aulx troys lettres, qu'il
luy a apportes, du duc d'Alve, du grand commandeur et des Estatz de
Flandres, car n'en avoit du Roy d'Espaigne, bien qu'on l'ayt voulu
publier aultrement, il a est favorablement licenci d'elle, avec
prsant d'une chayne de quatre centz escuz. Et aulcuns luy ont voulu
toucher, en passant, qu'elle se vouloit, plus estroictement que
jamays, confdrer avec le Roy d'Espaigne, et luy envoyer bientost ou
le vicomte de Montgu, ou milord Sideney, et que seulement elle
s'entretenoit avec Vostre Majest pour gaigner temps. Nantmoins, le
jour d'aprs, ung estranger, qui est icy, lequel est fort du party
d'Espaigne et inthime amy de Gouaras, m'est venu chaudement rechercher
d'une praticque, de laquelle je rsous faire cy aprs mencion  Vostre
Majest; laquelle monstre bien qu'ilz procdent entre eulx d'une
grande deffiance, et que, nonobstant la venue des deux depputs des
Pays Bas, qui semblent n'attandre que le retour du dict d'Aubigny 
Dounquerque, pour passer de, ilz ne s'attandent guyres, de pas ung
cost, qu'ilz puissent bien accomoder leurs diffrants.

Ceulx de la Rochelle, devers lesquels le comte de Montgommery avoit
dpesch ung sien secrettre, pour leur donner compte des frays du
secours qu'il leur avoit admen, durant ce sige, luy ont renvoy en
dilligence le dict secrettre.

Et despuis, l'agent de la Rochelle m'est venu dire, que, suyvant la
promesse, qu'il m'avoit faicte, de me confrer tout ce qui
surviendroit, icy, concernant ceulx de sa ville, il me vouloit bien
advertyr qu'il avoit receu lettres d'eux, par lesquelles ilz luy
confirmoient la vrification de l'entreprinse, qui avoit est faicte,
pour livrer eulx, et leur ville,  un misrable saccagement; non qu'on
luy mandt que ce ft, du sceu ny du commandement de Vostre Majest,
mais qu'ilz avoient vit ung trs grand et manifeste danger; et
estoient encores en quelque frayeur de ce que les garnisons,
d'alentour d'eux, se grossissoient et renforoient, chacun jour, et
qu'ils entendoient qu'une nouvelle leve de Suisses avoit est mande,
et qu'en divers ports du royaulme s'quippoient en guerre beaucoup de
navyres. Ce qu'ayants les gentilshommes et aultres de la nouvelle
religion eu bien fort suspect, il s'en estoit retir quelque nombre en
leur ville, non qu'ils les y eussent appells, mais ilz y estoient
venus, de eulx mesmes, pour viter le danger, et pour recognoistre
d'o procdoit le fonds de ceste entreprise; et que le dict agent
savoit bien que iceulx habitants n'avoient aultre affection que de
vivre en vrays et loyaulx subjects, sans exception quelconque, que de
ce, seulement, qu'il avoit pleu  Vostre Majest leur octroyer par le
dernier dict; et qu'ilz ne cherchoient que la seule seuret, laquelle
si se pouvoit trouver, non seulement la ville seroit preste d'obyr 
vostre vouloir, comme elle fera tousjours, mais au simple mandement du
moindre de voz officiers; et qu'il me prioit que, de ce cost, je
voulusse signiffier ceste leur dvotion et servitude  Vostre Majest,
ainsy qu'il estimoit que, de dell, ilz envoyeroient ung de leurs
habitans pour le vous dire.

J'ay respondu, Sire, que, sans escrupulle aulcun, il se pouvoit
assurer que Vostre Majest garderoit inviolablement son dict  ceulx
de sa ville, et qu'ilz n'avoient  souspeonner ny les garnisons, ny
les Suisses, ny les navyres dont ilz parloient: car, oultre que je
pensois qu'il n'en estoit rien; encore, par nulle rayson ny par
dmonstration aulcune, il ne pouvoit estre ny vray ny vraysemblable
que les volussiez tourner assiger, sinon qu'ils se missent tant hors
des termes de l'dict que eulx mesmes en fussent l'occasion; et que je
craignois asss que ceste tant chaude allarme, qu'ilz s'estoient
donne, les et desj tant esmeus, et les ft passer si avant  des
excutions, et  recevoir gens de guerre en leur ville, et, possible,
 d'aultres praticques ailleurs, qu'en lieu de se rendre, par iceulx
habitants, Vostre Majest favorable, ilz la provoqueroient contre
eulx; et qu'icelluy agent avoit bien veu en quelle bonne sorte vous
m'avis command de parler, icy, de leur affre, et comme vous avis
approuv l'excution qu'ilz avoient faicte; et j'esprois que, par mes
premires, je luy pourrois encores donner si bon compte de toutes ces
choses, dont il monstroit d'estre en peyne, qu' mon advis il en
resteroit consol, et auroit de quoy en consoler ceulx de sa ville; et
qu'en ce que je me pourrois employer, vers Vostre Majest, pour la
seuret qu'il m'avoit parl, et pour leur procurer toute tranquillit,
que je le ferois de bon cueur. De quoy il m'a fort remercy, et, de
rechef, m'a promis qu'il ne se traicteroit rien, icy, pour ses
habitans que je n'en fusse participant. Et sur ce, etc.

    Ce XXVIe jour de janvier 1574.




CCCLXIIIe DPESCHE

--du IIIe jour de febvrier 1574.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Audience.--Rponse d'lisabeth sur la ngociation du
    mariage.--Consentement donn par elle  l'entrevue sous la
    condition qu'elle sera tenue secrte.


    AU ROY.

Sire, aprs que j'ay eu donn une si ample satisfaction  milord
trzorier, et au comte de Sussex, sur les escrupulles dont la Royne,
leur Mestraysse, m'avoit parl, qu'elle et ceulx de son conseil ont
confess que c'estoit asss, elle m'a mand venir, le XXVIIe du pass,
 Hamptoncourt; o, d'arrive, elle m'a grandement remercy de la
franchise, dont j'avoys uz,  communicquer le propre original de mes
lettres  ces deux milords, et qu'elle estoit fort ayse qu'ilz y
eussent trouv cella mesmes que, sur ma parolle, elle leur avoit desj
respondu de l'intention de Vostre Majest, touchant les dicts
nouveaulx escrupulles; et qu'elle vous supplioit bien, Sire, ne
trouver maulvais si elle se rendoit ainsy soigneuse de complaire  ses
subjects, non  toutz, car ne se vouloit assubjectir  une si grande
extrmit, mais  quelques ungs des principaulx qui monstroient avoyr
leur fortune et leurs vies entirement conjoinctes avec la personne,
la condicion et l'heureux rgne d'elle; et que, de tant que le propos
de son mariage estoit principallement fond sur le contentement de ses
dicts subjectz, lesquels se trouvoient, de rechef, escandalizs pour
la rumeur des choses qu'on rapportoit de France, elle jugeoit estre
fort expdient que Vostre Majest monstrt, par quelque effect, ainsy
comme de parolle, contre ceulx qui machinoient la rupture de vostre
dict, que vous vouls surtout qu'il soit inviolablement observ;
tendant la dicte Dame, par l,  prolonger encores sa responce,
jusques  ce que quelque justice ft faicte de ceulx qui ont troubl
les choses de la Rochelle.

A quoy, prvenant son opinyon par des raysons qui seroient longues, 
mettre icy, mais auxquelles elle a est contraincte d'acquiescer, je
luy ay faict voyr qu'il n'y avoit lieu aulcun d'uzer plus de remise.

Dont elle a suivy  dire qu'elle me feroit donc la meilleure et plus
clre responce qu'elle pourroit. Qui a est, Sire, que Vostre Majest
et la Royne, vostre mre, avis si longuement persvr  pourchasser
son alliance, et avis uz de si honnorables moyens vers elle, qu'avec
la dclaration qu'elle vous avoit desj faicte de se vouloir marier,
elle vous dclaroit, de nouveau, que ce seroit de la mayson de France
plustost que de nulle aultre de la Chrestient; bien que, depuis peu
de moys, il luy et est offert ung party bien grand et deulx aultres
non petitz, fort honnorables, et aulcuns d'iceux asss agrables en ce
royaulme, aulxquels elle n'avoit voulu respondre, et n'y respondroit
rien tant qu'elle auroit esprance que celluy de Monseigneur le Duc
pet ruscyr; lequel, oultre que, pour les grandes et royalles marques
de l'extraction d'ung tel prince, et pour les excellantes qualits
qu'on rapportoit de sa personne et de ses vertus, il estoit desirable,
encor se santoit elle luy avoyr de particulliers debvoirs, qui la
rendoient oblige de le prfrer  quelque aultre party qui ft au
monde; et que pourtant, sur les dernires dellibrations qu'elle avoit
tenu de luy, (o l'on luy avoit, de rechef, par une si grande
expression qu'elle en estoit demeure toute esbahye, voulu assurer que
la petite vrolle luy avoit layss je ne say quoy de difformit en
quelque endroit du vysage, qu'elle ne s'en pourroit jamays contanter,
et qu' ceste occasion l'entrevue avecques luy ne pourroit estre sinon
ung commancement de dsordre et de beaucoup d'offance entre Voz
Majests Trs Chrestiennes et elle), elle avoit si bien dbattu
l'affre, par le rapport de Me Randolphe, et par le pourtraict qu'il
luy avoit apport, qu'on avoit bien cognu qu'elle vouloit conduyre le
propos au desir de Monseigneur le Duc, d'estre sienne, si, en faon du
monde, il se pouvoit honnestement faire; et, parce qu'elle ne se
pouvoit bien rsouldre, ains estoit en trs grande perplexit
d'accorder l'entreveue en public, pour des grandes raysons qu'on luy
avoit allgues, elle me prioit d'envoyer savoyr de Vostre Majest et
de la Royne, Vostre mre, et de Monseigneur le Duc, si vous pourris
trouver bon que la dicte entreveue se ft en priv; auquel cas elle
l'accordoit, ds  prsent, et me promettoit de me bailler telles
seurets, de sa main propre, si besoing estoit, pour Mon dict
Seigneur, comme je les voudrois demander.

J'ay respondu, Sire, que plusieurs inconvnients adviendroient de
ceste faon d'entreveue, et luy en ay allgu les raysons qui seroient
longues  desduyre, la priant qu'en un acte si honnorable, et qui
avoit  se passer entre trs grands princes, et lequel estoit
poursuyvi, de vostre cost, avecques tout honneur et grandeur, elle ne
voult y fre intervenir des actes petits, bas et cachs, qui n'en
feroient que dimynuer la dignit; et pourtant qu'elle vous accordt
entirement l'entreveue, avec l'assurance du mariage, puisque, du
contantement et flicit d'icelluy, elle pouvoit estre mieulx assure
par Me Randolphe, et par le pourtraict qu'il luy avoit apport, que
touts ces rapports contrayres, qui estoient notoyrement faulx, ne l'en
debvoient mettre en doubte.

Elle a rplicqu que je luy ferois tort, si je ne croyois fermement
qu'elle cherchoit de vous pouvoir complre, et de fre que Monseigneur
le Duc et elle peussent estre marys ensemble, car c'estoit ce qu'elle
en avoit rsolu, et son conseil en estoit bien d'accord avec elle. En
quoy elle cognoissoit bien que l'entreveue estoit tousjours fort
ncessayre, et, possible, plus pour luy que pour elle; mais que, de
la fre publicque, il fauldroit que Monseigneur le Duc y vnt en
magnifficence, pour estre tel prince comme il est, et que pareillement
elle en uzt beaucoup pour le recevoyr; en quoy concourroient non
seulement les yeulx de la France et de l'Angleterre, mais toutz ceulx
de la Chrestient: et si, puis aprs, le mariage ne succdoit, il y
auroit de la matire de discours, et encores, possible, d'offance,
beaucoup plus que si elle et luy se voyoient privment, car s'assuroit
que si, aprs s'estre veus ainsy, il restoit aulcune occasion de se
plaindre de quelque cost, que ce seroit du sien.

Et, sans que je l'aye peu mouvoir de ceste opinyon, elle s'est, mise 
discourir des faons comme il pourroit venir incognu, et comme elle
s'approcheroit vers la mer pour estre plus  propos; dont, de ses
discours et de ceulx qu'aulcuns de ses conseillers m'ont faict depuis,
je laysse au sieur de Vassal  qui je les ay commis, de vous en rendre
compte. Et sur ce, etc.

    Ce IIIe jour de febvrier 1574.




CCCLXIVe DPESCHE

--du IXe jour de febvrier 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Ngociation du mariage.--Insistance d'lisabeth,
    malgr les rclamations de l'ambassadeur, pour que l'entrevue
    ait lieu secrtement.


    AU ROY.

Sire, ayant la Royne d'Angleterre sceu par milord trsorier, lequel,
aprs estre gury, est, ces jours icy, retourn  la court, que je ne
me tenois assez bien satisfait de la responce qu'elle m'avoit faicte,
ny de la lettre qu'on m'avoit depuis escripte, elle a baill charge 
Mr Walsingam, venant en ceste ville, de m'y donner quelque si bonne
interprtation que j'en peusse rester contant; mais, entendant que je
debvois aller retrouver la dicte Dame, il a mieulx aym que ce ft
d'elle que je la receusse que non pas de luy. Et ainsy, aprs que j'ay
eu faict part  la dicte Dame de toutes les particullarits de vostre
lettre, du XVIIIe du pass, et mesmement de ce qu'avis rduy les
princes et seigneurs de vostre conseil  procder, dorsenavant, d'ung
bon accord aulx choses de vostre service; et du bon ordre qu'avis
commanc restablyr en vostre royaulme; et de la paciffication
qu'espris bientost du cost du Languedoc, sellon les bonnes
nouvelles qu'en avis freschement receues; aussy de celle qui
continuoit vers la Rochelle, et comme l'alarme que s'estoient donne
ceulx de la ville se trouvoit de peu de fondement, dont ceulx qui y
avoient accouru s'en estoient desj retourns presque toutz en leurs
maisons; et que nantmoins vous y avis dpesch Mr de Saint Suplice
pour examiner bien le faict, et y fre droictement observer l'dict;
luy touchant,  ce propos, ce qui s'estoit entendu, qu'on et traict
avec elle d'envoyer des forces par dell, mais que vous n'en avis
rien creu, comme aussy il n'en estoit besoing, veu l'honnestet dont
me commandis luy offrir beaucoup plus grand chose que cella; puis des
remonstrances que son ambassadeur vous avoit faictes pour le commerce
des Angloys en vostre royaulme, et pour y avoyr justice et pour leur y
estre les anciens privilges restitus, et pour la satisfaction
d'aultres leurs pleinctes du prsent, en quoy soubdain vous avis
command fre des dpesches  Roanet et ez aultres endroicts pour y
pourvoir; je suis enfin venu  luy dire que, touchant le propos du
mariage, Vostre Majest et la Royne, vostre mre, et Monseigneur le
Duc, vous estis infinyement resjouys de deux choses que je vous avois
escriptes: l'une est que Me Randolphe luy et, par son rapport et par
le pourtraict qu'il luy avoit apport, donn pleyne satisfaction de ce
qu'elle avoit desir savoyr, du visage et de la disposition de Mon
dict Seigneur, contre les faulx rapports qu'on en avoit faicts;
l'aultre, que, sellon les propos que j'avoys depuis ouys d'elle, et
sellon ceulx que ses deux conseillers m'en avoient tenus, je vous
avois faict esprer qu'elle vous feroit une bonne responce. Dont me
commandis que je la conjurasse bien fort de la vous vouloir fre
bientost, ainsy bonne et favorable, comme vostre longue attante et
vostre persvrance, et les honnestes satisfactions que vous estis
tousjours efforce de luy donner, et la conjoincte et constante bonne
affection de toutz trois vers elle, la vous faisoient justement
mriter.

A quoy elle, monstrant ung singulier plaisir des susdictes
particullarits, lesquelles luy avoient ost les souspeons, o l'on
l'avoit volue mettre de vostre cost, m'a respondu plusieurs
honnestets, sellon sa coustume, de la confiance qu'elle prenoit, de
jour en jour, plus grande de vostre amity, et de la parfaicte
assurance que vous vous devis donner pour jamays de la sienne. Et
puis, sur le propos de Monseigneur le Duc, m'a dict qu'elle avoit est
en peyne d'entendre que je n'eusse ainsy bien prins sa responce, comme
elle pensoit me l'avoyr faicte fort bonne, sellon que j'avoys bien
cognu que la perplexit, o l'avoient mise aulcuns, qui avoient
naguyres veu Monseigneur le Duc, (lesquels, pour l'acquit de leur
loyault, s'estoient venus descharger vers elle de ce qu'elle m'en
avoit desj dict), ne portoit pas qu'elle me pet parler plus
ouvertement et plus cordiallement qu'elle avoit faict; car estimoit
toucher  son honneur, premier que Vostre Majest et la Royne, vostre
mre, azardissis la venue de Mon dict Seigneur par de, qu'elle vous
det clrement mander tout ce qu'on luy en proposoit, et ce qu'on luy
en faysoit craindre. Mais, affin que ne prinssis argument qu'elle
n'et procd tousjours fort sincrement en cest endroict, et qu'elle
ne desirt de bon cueur le mariage, s'il plaisoit  Dieu que eulx deux
se peussent complayre, et que ne tombissis en aulcune malle
satisfaction d'elle, elle vous avoit bien voulu, de rechef, accorder
l'entrevue, en priv, pour estre nantmoins, premier, bien considr
de Vostre Majest et de la Royne, vostre mre, et entirement rgl
par l'opinyon que pourris avoyr que, nonobstant ceste nouvelle
confirmation de rapport, la prsence seroit pour donner bon succs au
mariage: car si ne l'avis telle, comme aussy, si elle ne s'en estoit
rserve une bien bonne esprance vers elle, elle vous supplieroit
fort franchement, et de la plus grande affection de son cueur, que
vous volussis dporter entirement de la dicte entrevue, affin de
n'azarder rien de ceste tant bien fonde amity et confdration, o
elle se retrouvoit maintenant avec Vostre Majest et avec vostre
royaulme.

Je luy ay, par ma rplicque, si clrement remonstr le peu de
correspondance que sa responce apportoit  voz honnorables offres, et
aulx honnestes satisfactions que luy avis donnes, qu'il sembloit que
mal volontiers, et  regret, elle accordt la dicte entrevue, et
qu'elle et comme  mespris, et quasy  honte, ce en quoy vous
estimis l'honnorer et deffrer beaucoup  sa grandeur, et que je
m'esbahissois comme elle ne s'appercevoit que c'estoit une imposture,
par trop impudente, que de luy renouveller plus ce faulx rapport, qui
estoit convaincu par le tesmoignage de Randolphe et par le pourtraict,
et encores plus convaincu par l'offre de ce qu'on soubmettoit cella au
jugement que ses propres yeux en pourroient fre; qui luy engagoys ma
vye que, non seulement elle n'y verroit point de deffault, ains
qu'elle y trouveroit tant de perfections qu'elle se repputeroit bien
heureuse d'estre ayme d'un tel prince, et qu'indubitablement elle
viendroit amoureuse de luy. Dont la suppliay qu'elle voult amander sa
responce, affin que vous en peussis recevoyr plus de satisfaction.

Elle, soudain, appela les comtes de Lestre et de Sussex et les deux
secrettres, Mrs Smith et Walsingam, pour leur fre entendre mon
instance, sur laquelle, aprs qu'ilz eurent longuement dbattu entre
eulx, je ne peus, de toute leur dduction, tirer rien de mieulx que
devant, parce que desj elle avoit mand  son ambassadeur de vous
dire le mesmes que je vous avois escript; sinon, quand au passeport,
qu'elle ne luy avoit donn aulcune charge de vous en parler, mais elle
me confirma, de rechef, qu'aussytost qu'auris rsolu la dicte
entrevue, ainsy en priv, qu'elle ne faudroit de me la fre bailler
trs honnorable et bien seur, et qu'au reste elle vous rendoit
beaucoup de mercys de la tant ample satisfaction que luy avs donne 
ses escrupulles, et de ce que n'en avis voulu prendre d'elle; qui
vous prioit de croyre, Sire, qu'elle n'avoit prest, ny presteroit
jamays, l'oreille  praticque quelquonque qui se ft jamays contre
vostre estat, et qu'elle estoit trs ayse qu'eussis prins  cueur le
traffic de ses subjects en vostre royaulme, comme elle feroit le
semblable pour les vostres par de; et ne savoit  quoy il pouvoit
tenir qu'on n'et desj conclud ce faict entre les deux pays, comme il
estoit port par le traict; et ne vouloit, pour la fin, oublyer de
vous fayre ung trs expcial mercyement pour Me Vuarcop son
pensyonnayre, pour lequel elle ne s'estimoit moins gratiffie, en ce
que feris pour luy, que si la plaincte touchoit  elle mesmes.

Et, aprs que je me fus ainsy licenci d'elle, j'entretins longuement
ses conseillers sur ce que vous trouveris peu de satisfaction en la
responce qu'elle vous avoit ceste foys faicte; mais ilz me dirent
qu'il y avoit des considrations qui la contreignent de protester
ainsy ces choses premier que de passer plus avant, et qu'ilz ne
peuvent encores que fort bien esprer de tout l'affre, me dduysant
plusieurs raysons l dessus: lesquelles, pour estre trop longues, je
les remettray  une aultre foys, pour adjouxter seulement, icy, Sire,
que j'ay baill  la comtesse de Montgommery les provisions qu'avs
octroyes  son mary, laquelle s'en est resjouye infinyement, et les
luy a envoyes incontinent,  Gerz, d'o il en fera la responce et le
trs humble mercyement  Vostre Majest. Et sur ce, etc.

    Ce IXe jour de febvrier 1574.


    A LA ROYNE.

Madame, aprs avoir debbatu  ceste princesse la forme de sa responce,
en la faon que je mande en la lettre du Roy, et trop plus amplement
et plus vifvement que je ne le puis pas mander, je l'ay curieusement
observe si, en aulcunes de ses parolles, ou de ses contenances, je
pourrois noter qu'elle se ft allienne du propos de Monseigneur,
vostre filz; mais, ou soit qu'elle le sache bien cacher ou bien
qu'il soit ainsy, je n'y ay peu cognoistre sinon la mesmes bonne
disposition qu'elle a tousjours monstre vers luy. Dont luy ay touch,
en passant, si elle n'entendoit pas que les mesmes articles, qui
avoient est desj trouvs bons au propos du Roy de Pouloigne,
restassent entiers et accords pour Monseigneur le Duc, et si elle luy
feroit pas l'honneur, au cas qu'il vnt par de, et qu'ilz se
peussent complre, de l'espouser, sans luy donner la peyne de repasser
la mer, attandu que ce ne seroit par procureur, ains en personne,
qu'il luy viendroit offrir son service. A quoy elle m'a respondu que
je ne demandois rien qui ne ft raysonnable, sinon en ce que je
pressois un peu trop l'affre, d'aultant qu'il failloit que le mariage
ft publicque et solennel, l o l'entrevue seroit prive, et, entre
peu, dans une salle. Dont j'estime, Madame, que, si Voz Majestez se
rsolvent  la dicte entrevue, en priv, car je ne pense point qu'on
en puisse obtenir d'aultre, qu'il sera bon que vous rservis de la
fre en la plus commode et honnorable faon que vous jugers convenir
 vostre grandeur, et  la dignit de Mon dict Seigneur, vostre filz;
et que les deux pointz, dessus, soient gaigns, premier qu'il passe,
affin de prendre tousjours pied, et avoyr des arres, sur ceulx qui
artifficieusement subtilisent par trop les points de cest affre, et
qui esprent par l le mener  rupture. Dont vous plerra en toucher
quelque mot  l'ambassadeur de la dicte Dame, et le disposer
d'escripre tousjours en bonne sorte par de, car ses lettres n'y
peuvent estre sinon utilles; et me commander, au reste, par le retour
du Sr de Vassal, l'ordre qu'il vous plerra que je preigne, car je ne
fauldray de bien entirement l'observer. Et vous remercye trs
humblement, Madame, de la favorable recordation qu'il vous a pleu
avoyr de moy, vers le Roy, pour me fre retenir de son priv conseil,
chose que je reoys en plus grand heur que nulle aultre qui m'et peu
venir de l'lection et bnefficence de Voz Majestez, et en laquelle je
regrette infinyement que mon insuffisanze m'en oste le mrite; mais
j'espre y apporter tant de dilligence et de fidellit que Vostre
Majest ne se repantira de son bienfaict, pour lequel ce qui me reste
de vye sera pour jamays employ  vostre service, aydant le crateur
auquel je prye, etc.

    Ce IXe jour de febvrier 1574.




CCCLXVe DPESCHE

--du XVe jour de febvrier 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Succs remport par la flotte du prince d'Orange.--Ngociation
    des Pays-Bas.--Affaires d'cosse.--Excs du comte de Morton;
    mcontentement des cossais.--Nouvelles de Marie Stuart.


    AU ROY.

Sire, il est venu icy nouvelles, le Xe de ce moys, comme les
vaysseaulx du prince d'Orenge avoient repouss et rompu la flote, que
le grand commandeur envoyoit pour avitailler Meldelbourg, et que la
ville,  ceste occasion, estoit bien prs de se rendre, de quoy l'on a
faict diverses dmonstrations par de, les ungs d'estre marris, mais
le plus commun, et en public, l'on a monstr d'en estre fort ayse,
mesmement qu'il y avoit beaucoup de vaysseaulx, et de mariniers, et de
soldats, angloys,  l'entreprinse. Et le mesmes jour, les deux
depputs des Pays Bas, qui avoient attandu  Dounquerque le baron
d'Aubigny, sont arryvs, lesquels l'on n'a pas layss, pour cela, de
bien recevoyr, ni eulx de monstrer bonne contenance; et est l'on aprs
 depputer des commyssayres pour vacquer avec eulx  l'accord de leurs
diffrentz. Et se continue la dellibration d'envoyer ou le vycomte de
Montgu, ou milord Sideney, en Espaigne, lesquels sont toutz deux 
prsent en court; mais je ne voy pas qu'ilz soient encore si prs de
partir, et croy que, si les affres d'Irlande ne pressoient, que l'ung
ny l'aultre n'y yroient poinct du tout.

Au regard de l'Escoce, les choses semblent s'y entretenir encores en
quelque forme de paix, soubz la prtendue rgence du comte de Morthon,
bien que j'ay advis qu'il s'y dporte en homme avare, et violent, et
dissolu, et que, de toutz les principaulx de la noblesse, il n'a prs
de luy,  ceste heure, qu'ung seul milord, duquel il entretient la
femme, et en entretient encores deux ou trois aultres, maryes, au
grand escandalle d'ung chascun; et que, entre aultres, le nouveau
comte d'Arguil est trs malcontant de luy, de ce qu'ayant demand de
succder  l'estat de chancellier, ainsy que son frre,  son dcs,
le possdoit, icelluy de Morthon l'a baill  milord de Glames; dont
ung gentilhomme escouoys, de bonne qualit,  qui j'ay eu tousjours
intelligence, oncle du dict d'Arguil, qui a rsid plus de huict moys
en ceste ville, parce qu'il ne pouvoit accorder avec le dict de
Morthon, estant,  prsent, mand par son nepveu, et estant peu
satisffaict de la faon dont les Angloys ont procd vers luy, et
qu'il void qu'ilz procdent vers sa nation, m'est venu dire qu'il s'en
alloit remonstrer clrement, aulx principaulx de son pays, comme la
Royne d'Angleterre ne cherchoit que leur ruyne et le moyen de les
dominer, et qu'ilz se debvoient retirer de toute intelligence et
communicquation d'avec elle, s'ilz ne vouloient ung jour estre rputs
traistres  leur prince, et de se tenir plus fermes que jamays 
l'alliance de France, et qu'il savoit bien que les plus grands et les
meilleurs du royaulme estoient desj tout persuads de cella; dont,
s'il plaisoit  Vostre Majest les assister, et mesmement le dict
comte d'Arguil, son nepveu, contre le dict de Morthon, qui estoit du
tout angloys, qu'indubitablement ilz le dchasseroient facillement de
toute son authorit, et pareillement toute sa faction, laquelle
n'estoit,  prsent, guyres grande.

Je luy ay respondu qu'il pouvoit hardiment assurer le dict comte
d'Arguil; son nepveu, et ceulx de la noblesse, de son pays, que Vostre
Majest, en toutes sortes, dellibroit de bien soigneusement conserver
l'alliance de la couronne d'Escosse; et pourvoir, en tout ce qu'il
vous seroit possible,  la protection des princes du dict pays, et 
la deffance et repos de tout l'estat; et continuer aulx Escossoys les
mesmes entretnementz, pensions, privilges et faveurs, qu'ilz
avoient, de tousjours, eu en France; et n'habandonner nullement ceulx
qui, comme gens de bien et bons escoussoys, voudroient suyvre cest
honnorable party, que leurs prdcesseurs avoient tousjours tenu.
Dont, aprs qu'il auroit parl  eulx, s'il me faysoit savoyr leur
intention, je mettrois peyne de fre en sorte que Vostre Majest leur
feroit santir l'effect et l'assurance de la sienne.

Or, attand le dict gentilhomme son saufconduit, et je desire, de bon
cueur, qu'il vous playse me mander ce que j'auray  luy dire ou
commettre davantage, pour vostre service par dell. J'entendz
nantmoins que le susdict Morthon a remis milord de Humes, moyennant
dix mille livres, en la possession des deux chasteaulx que les
Angloys ont rendus, avec obligation qu'il tiendra le party contrayre 
la Royne d'Escosse.

J'ay parl  milord trsorier, suyvant ce qu'il vous a pleu
m'escripre, le XIXe du pass, du passeport de madamoyselle de Rallay,
et de deux servitteurs, pour venir servir la dicte Royne d'Escosse, et
n'ay obmis aulcune sorte de persuasion dont je ne luy aye uz l
dessus; mais il m'a pry de me contanter, pour ceste heure, de savoyr
que la dicte Dame se portoit bien et estoit bien traicte, et que la
Royne d'Angleterre n'estoit plus si irrite, comme elle souloit,
contre elle, ni contre le comte de Cherosbery; et que je rservasse de
parler du dict saufconduict, aprs que je verrois le propos de
Monseigneur le Duc achemin  quelque bonne conclusion. Duquel propos,
Sire, la ngociation demeure suspendue jusques  la procheyne response
de Voz Majestez Trs Chrestiennes. Et sur ce, etc.

    Ce XVe jour de febvrier 1574.




CCCLXVIe DPESCHE

--du XXe jour de febvrier 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne Jumeau._)

  Confrence de l'ambassadeur avec Burleigh et Walsingham sur la
    ngociation du mariage.--Affaires d'Irlande.--Dtails
    particuliers donns par Walsingham.


    AU ROY.

Sire, quand la Royne d'Angleterre est partie d'Aptomcourt, pour aller
en la mayson du comte de Lincoln, ainsy que je le vous ay mand par
mes prcdantes, milord trsorier ne l'a point suivye, ains s'en est
retorn reposer en sa mayson de ceste ville, pour achever de se bien
gurir, et pour confirmer sa sant, et Mr Walsingam, avecques luy;
avec lesquels deux j'ay continu de ngocier, aultant que j'ay peu,
l'advancement du propos de Monseigneur le Duc. Et le dict grand
trsorier m'a faict savoyr comme, le jour aprs que je fs party
d'avec la dicte Dame, il parla longuement  elle, sur la forme de la
responce qu'elle m'avoit faicte, et que, sellon aulcunes
considrations qu'elle luy avoit sceu bien dduyre, il jugeoit, veu
l'estat du propos, qu'elle ne me l'et peu fre meilleure; et
qu'indubitablement elle s'attandoit que Monseigneur le Duc ne
refuzeroit de venir ainsy, en priv, avec quelque honneste et
honnorable, mais petite compagnye, des mieulx choisis de vostre court,
et des siens; et qu'il se pouvoit assurer qu'elle luy feroit tout
l'honneur et bonne chre qu'elle pourroit; et que, si elle n'avoit
affection et bonne esprance du mariage, elle ne consentiroit, pour
chose du monde, que la dicte entrevue se ft, ny en une faon, ny en
une aultre; mais que, pour l'incertitude de l'vnement, elle avoit, 
toutes advantures, estim estre trop plus expdient de la fre ainsy,
en priv, que non  la descouverte.

Et Mr Walsingam dict que c'est tout le mieulx que la dicte Dame et
peu fre, en la prsente disposition du dict propos, et que, si jamays
l'on avoit remarqu aulcun indice en elle d'y vouloir,  bon escient,
entendre, que c'estoit  prsent; et qu'elle se persuadoit que Vostre
Majest, ny la Royne, vostre mre, ne refuzeris, ny n'auris
aulcunement mal agrable, que ceste prive entrevue se ft; et que,
luy, de sa part, esproit que la prsence de Monseigneur le Duc auroit
plus d'effect,  mener l'affre  sa conclusion, que nulle aultre
chose qu'on y pet applicquer, se persuadant qu'il satisferoit 
l'oeil de la dicte Dame, ainsy qu'il savoit bien qu'elle avoit desj
les aureilles trs satisfaictes de la grande rputation de ses vertus;
et que deux choses seulement retenoient le dict Mr Walsingam en
doubte, l'une que la dicte Dame ne retournt trop facillement, d'elle
mesmes,  la naturelle inclination, qu'elle avoit, de ne se marier
poinct; et l'aultre, que ceulx, qui luy avoient faict passer beaucoup
d'annes en ceste opinion, ne la luy temporisassent encores tout
exprs, pour enfin ne luy en laysser poinct prendre de meilleure, et
que c'estoit ce qui l'engardoit de ne s'ozer entremettre, sinon par
mesure, au dict affre. Auquel nantmoins, quand il viendroit  son
tour, il vous supplioit, Sire, et la Royne, vostre mre, de croyre
qu'il ne faudroit de s'y employer fermement et en homme de bien, comme
en chose qu'il rputoit utille et trs honnorable  sa Maystresse, et
qu'il cognoissoit ncessayre  ces deux royaulmes.

Et c'est la substance de tout ce qui s'est peu tirer de la dernire
ngociation d'avec les dicts deux personnages; qui pourra, possible,
aprs mes prcdantes dpesches, asss servir de responce aulx poinctz
de celle de Vostre Majest, du Ve du prsent, que je viens maintenant
de recevoir, aulmoins jusques  ce que j'aye, de rechef, veu ceste
princesse, ou bien que m'ays mand d'aultres plus expresses nouvelles
l dessus.

La dicte Dame et ceulx de son conseil sont rentrs en quelque peu de
bonne esprance des choses d'Irlande, sur ce que le comte d'Essex a
escript qu'il s'estoit retir, le mieulx qu'il avoit peu, du destroict
o l'on l'avoit enferm; et que aulcuns, des principaulx du pays, luy
avoient mand qu'ilz seroient prestz de se soubmettre  la dicte
Dame, si elle les vouloit tenir et traicter comme bons subjectz, et
leur laysser paysiblement jouyr de leurs terres, et qu'encores luy
payeroient ilz quelque petit tribut annuel, ainsy qu'il seroit advis;
mais qu'il ne pouvoit encores asss bien juger s'ils luy avoient faict
tenir ce langage  feincte, ou bien  bon escient. Tant y a que cella
venoit d'aulcuns plus authorizs d'entre eulx; et que le comte de
Quildar, avec Me Gueret son frre, s'employent de grande affection 
rduyre tout le pays en quelque bonne tranquillit, soubz l'obyssance
de la dicte Dame; nantmoins qu'il estoit bien d'advis qu'elle ne
laysst, pour cella, d'envoyer tousjours les hommes et les provisions,
qu'elle avoit ordonn pour la guerre de dell, comme,  la vrit,
Sire, ceulx, qui cognoissent bien l'Irlande et les Irlandoys, disent
qu'elle y trouvera plus de difficult et de rsistance que jamays. Sur
ce, etc. Ce XXe jour de febvrier 1574.


    A LA ROYNE.

Madame, oultre ce que je mande en la lettre du Roy, des propos de
milord trsorier et de Mr Walsingam, icelluy Walsingam a adjouxt
davantage qu'il supplioit Vostre Majest vous souvenir de ce qu'il
vous avoit quelques foys dict, quand il estoit en France, qu'il vous
failloit rputer vostre poursuyte, touchant le mariage de la Royne, sa
Maistresse, comme l'expugnation d'une forte place, o y auroit de la
rsistance et de la difficult beaucoup, ainsy qu'il avoit bien
trouv, estant icy, qu'il estoit fort malays de conduyre la dicte
Dame au poinct d'une ferme rsolution de se maryer, et de l'y fre
persvrer; et n'estoit moindre la contradiction de recevoir ung
prince estranger en ce royaulme: toutesfoys plusieurs poinctz estoient
desj vuyds l dessus qui rendoient,  prsent, la matire plus
facille; et quand bien Monseigneur le Duc, enfin, ne pourroit venir 
bout d'une si haulte entreprinse, comme d'emporter la dicte Dame et ce
royaulme, qu'il ne s'en debvoit pourtant donner aulcune honte, non
plus que si l'on n'avoit pas prins la place forte qu'on auroit
assige, pourveu qu'on y et bien faict son debvoir; et qu'icelluy de
Walsingam, voyant les deux principaulx et aulcuns aultres conseillers
de la dicte Dame marcher de trs bon pied en cest affre, et y avoyr
ung trs grand desir, il n'en vouloit avoyr ny moins de desir, ny
moins d'esprance, que eulx; bien qu'il me vouloit dire, tout
franchement, que,  son advis, ny les ungs ny les aultres ne s'en
pouvoient encores promettre l'yssue telle, ny si assure, comme ilz la
desireroient.

De quoy, Madame, il se peut facillement comprendre qu'il y cognoit
encores des doubtes, lesquelz ne permettent qu'il puisse voyr bien
cler dans le fondz de l'affre. Dont estant encores  moy, qui suis
estrangyer, plus difficile d'y pntrer, je suis contrainct d'en
demeurer en ung incertain sur le simple recueil, que je puis fre, de
la substance et des conjectures des parolles et des dmonstrations de
la dicte Dame, et de ses dicts conseillers, comme je les vous ay desj
escriptes et mandes, par le menu; et de supplier l dessus Voz
Majestez de prendre, de vous mesmes, et avec l'advis de vostre prudent
conseil, la rsolution que jugers meilleure et plus honnorable pour
Mon dict Seigneur, vostre filz. Et sur ce, etc.

    Ce XXe jour de febvrier 1574.




CCCLXVIIe DPESCHE

--du XXVIe jour de febvrier 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Ngociation du mariage.--Confrence de l'ambassadeur avec
    Leicester.--Assurance donne par l'ambassadeur qu'il ne sera
    pas fourni de secours aux protestans de France.--Dnonciation
    contre Marie Stuart, et punition du dnonciateur.


    AU ROY.

Sire, tous ces jours de caresme prenant, la Royne d'Angleterre a est
convye par les seigneurs et gentilshommes, voysins de Hamptoncourt,
d'aller, de lieu en lieu, fort privment et  peu de compagnye, fre
bonne chre en leurs maysons, et n'a est bien  propos que je la sois
alle trouver l; mais j'ay confr en ceste ville, fort  loysir,
avec milord trsorier, des poinctz contenus en la dernire dpesche de
Vostre Majest, et mesmement de celluy o est touch ce que dict
l'ambassadeur d'Angleterre  la Royne, vostre mre, le IIIIe du
prsent, et, depuis, au Sr Gronyme Gondy. Sur quoy le dict grand
trsorier m'a respondu que Voz Majestez trs Chrestiennes debvoient
prendre de trs bonne part l'instance du dict ambassadeur, lequel
ayant senty, aprs le retour de Me Randolphe, que le mariage procdoit
trs bien du cost de sa Mestresse, encor qu'il vt bien aussy que
vous y allis de trs grande affection et fort sincrement du vostre,
et que me fissis encores estre, icy, en mes sollicitations, plustost
pressant et importun vers elle que de luy garder la mdiocrit; si
vouloit il, sellon qu'il voyoit la trempe bonne, vous guilloner
encores davantage, affin de ne la laysser nullement rfroidir; et que
le dict grand trsorier me juroit, en sa conscience, qu'il avoit veu
la dicte Dame trs bien dellibre de me fre une bonne et bien
rsolue responce, sans l'intervention d'ung, de qui il ne pouvoit
nullement approuver le zle, lequel, pour l'acquit de sa loyault vers
elle, luy estoit venu remettre sus le premier escrupulle du visage; et
que, contre icelluy, il n'avoit pas craint, la dernire foys qu'il
l'avoit veue, de luy dire que j'avoys fermement remonstr qu'aprs le
rapport de Me Randolphe, et aprs le pourtraict envoy, et qu'on
soubmettoit encores le jugement de ce poinct  l'oeil d'elle, je ne
pouvois dire sinon que c'estoit une pure imposture et trop grande
impudence de rvoquer plus maintenant cella en doubte; et que le comte
de Lestre, ny luy, ne m'avoient sceu que respondre, ainsy qu'elle
mesmes, aprs y avoyr bien pens, avoit confess que, voyrement, n'y
avoit il poinct de rplicque; nantmoins qu'il me prioit de supporter
ung peu sa Mestresse en cest endroit, veu qu'il n'estoit pas seulement
question de conclurre une simple amity ou une ligue, d'o l'on se
pet, de chascun cost, puis aprs, dpartir, quand l'on ne s'en
trouveroit pas bien, car c'estoit une obligation pour toute la vye, en
laquelle n'y auroit jamays plus lieu de repantailles; et qu'il
trouvoit la dicte Dame en une trs bonne, voyre, en la meilleure
disposition qu'il l'et jamays vue vers le mariage, dont il n'en
vouloit sinon tousjours bien esprer; et que, sellon que Vostre
Majest et la Royne, vostre mre, disposeris Monseigneur le Duc 
ceste entrevue prive, le propos pourroit parvenir  sa conclusion.
Dont luy sembloit que, sans rien mouvoir, pour ceste heure, je debvois
attandre qu'est ce que, par vostre procheyne dpesche, il m'en seroit
escript.

Depuis, j'ay envoy, devers le comte de Lestre, le prier de me mander
de la sant de la Royne, sa Mestresse, et de son portement, sellon que
j'avoys commandement de Voz Majestez, et de Monseigneur le Duc, de
vous en fre savoyr, le plus souvent que je pourrois. Et luy ay faict
toucher les mesmes poinctz que j'avoys dduictz  milord trsorier, et
qu'il voult prendre occasion de fre voyr  la dicte Dame la lettre
que Monseigneur m'avoit escripte de sa main, affin qu'elle cognet sa
persvrance vers elle. Lequel comte, aprs avoyr fort promptement et
trs vollontiers satisffaict  cella, il m'a envoy remercyer
infinyement de la ngociation que je luy avoys commise  fre,
laquelle il me pouvoit assurer que la Royne, sa Mestresse, l'avoit eue
trs agrable, et s'estoit resjouye, trop plus que ne le me sauroit
exprimer, de la lettre de Monseigneur le Duc, et mesmes d'avoyr veu
qu'en termes exprs il y parloit du mariage d'entre eulx d'eux, ce
qu'elle avoit bien observ, qu'en nulle de ses aultres lettres il n'en
avoit uz ainsy, et qu'elle ne s'estoit pas contant de la lyre une et
deux foys, car l'avoit relue la troysiesme foys, et l'avoit interprt
au dict comte en trs bonne signiffication; et qu'il me pouvoit
assurer de n'avoyr jamays veu la volont de la dicte Dame mieulx
incline vers le mariage, et vers Monseigneur le Duc, que maintenant;
et qu'il cognoissoit bien qu'elle avoit grand desir de le voyr, mais
qu'elle ne diroit jamays ouvertement qu'il vnt; et que le dict comte,
de sa part, ne se prsumoit pas tel qu'il ozt, de son cost, le luy
mander, car repputoit cella de trop d'importance vers luy, en
l'endroict d'ung si grand prince comme est Mon dict Seigneur le Duc;
nantmoins, comme son trs dvot serviteur et partial de la France, il
desiroit et ne se pouvoit tenir de dire qu'il feroit trs bien de
venir ainsy, privment, comme la dicte Dame l'avoit desj consenty; et
que, demeurant le rapport, qu'on avoit faict de luy, convaincu par sa
prsence, il ne faysoit doubte qu'il n'obtnt son desir.

Lesquels propos des dicts comte et milord trzorier j'ay bien voulu,
Sire, les vous reprsanter en propres termes, affin que puissis
mieulx juger  quoy pourra ruscyr le voyage de Mon dict Seigneur le
Duc par de, si, d'avanture, il l'entreprend, sur la responce, que je
vous ay desj mande; sur laquelle nantmoins, telle qu'elle est, la
dicte Dame et les siens se persuadent que, s'il a bonne affection au
mariage, qu'il ne diffrera de venir. Dont ceulx, qui le desirent, ne
cessent de me presser que je vous conseille de le haster, et ont
opinyon que, par ce moyen, elle et luy se trouveront plus tost marys
que on ne l'aura pens; et qu'il ne se pourra fre qu'il n'advienne
une de deux choses: ou que Mon dict Seigneur l'espousera, ou qu'il
emportera aulmoins parolle d'elle qu'elle n'en espousera jamays
d'aultre. Et de ma part, Sire, ne sachant  quel grand regret Vostre
Majest et la Royne, vostre mre, pourris avoyr ceste venue de Mon
dict Seigneur par de, et luy encores plus grand, s'il n'y obtenoit
son desir, je ne puis, en faon du monde, me contanter que ceulx cy
luy en veuillent ainsy laysser l'vnement trop incertain, et se
monstrer, en cest endroict, par trop inconstans et muables; dont je ne
say qu'en dire. Et ay opinion que Vostre Majest et la Royne, vostre
mre, et Mon dict Seigneur le Duc, pourrs plus prudemment, et avec
plus de gnreuses et hautes considrations, prendre l'expdient
honnorable qui conviendra  cestuy vostre pculier et vrayment royal
affre, que nuls aultres ne le vous sauroient conseiller. Au regard
de ce que le susdict ambassadeur a touch, comme de luy mesmes, au Sr
Gondy, qu'il seroit bon que envoyssis, de rechef, quelqu'ung par
de, ceulx ci n'en sont nullement d'advis; ains disent que, si
Monseigneur ne vient, que toutz aultres voyages et dilligences, pour
ce regard, seront entirement innutilles. Disent davantage, quand au
commerce, qu'il n'a tenu  la Royne, leur Maystresse, ny  ma
sollicitation, qu'il ne soit desj bien estably, car,  mon instance,
plusieurs assembles ont est desj sur ce faictes en ceste ville,
mais les marchandz y ont tousjours rsist, et y rsisteront jusques 
ce qu'ilz voyent une paix plus assure et ung ordre mieulx estably en
France.

Au surplus, Sire, je ne sentz qu'il se face encores, icy, aulcune
propre dellibration de guerre pour rien entreprendre hors du
royaulme, bien qu'on envoye beaucoup d'artillerye, de toutz qualibres,
dans les grands navyres, comme pour en vouloir mettre quelque nombre
dehors,  ce prochain primptemps. Mais je ne voy pas haster
l'avitaillement, ni les aultres apprestz, pour vous debvoir mettre
encores en peyne; et difficilement pourra t on dresser ung armement,
aulmoins qui soit de quelque importance, que je n'aye quelque loysir
de vous en donner advis. Ces gens de guerre, dont vous a est faict
rapport, sont seulement, ces huict centz soldatz que je vous ay desj
mand qu'on dpeschoit en Irlande, et cinq centz  Fleximgues. Bien a
l'on ordonn de fre bientost les monstres accoustumes du pays, et,
quand  ce qui a est traict, de jetter des forces de ce royaulme
dans le quartier de la Guyenne, qui est entre Loyre et Gironde, et
dans la Rochelle, cella a est plus mis en avant par aulcuns angloys
qui sont extrmes en leurs impressions, que non que la dicte Dame, ny
que ceulx de son conseil y ayent prest l'oreille, ny l'ayent trouv
bon, ny que pas ung franoys y soit intervenu. Et croy que j'ay asss
suffizamment advr, tant du cost des angloys que de voz subjectz,
qui sont icy, que la dellibration en demeure bien froide; bien que
ceulx cy m'ayent, de rechef, ramanteu leur escrupulle de certain
apprest de navyres, qu'on leur faict accroyre qui se poursuit fort
chaudement en Normandye et Bretaigne, et que Vostre Majest est aprs
 fre leve d'allemans et suysses, et fre venir des italiens, ce que
je leur ay jett bien loing.

Il y a ung chapellain protestant, qui servoit le comte de Cherosbery,
lequel, estant venu deffrer icy la Royne d'Escosse, et ayant si fort
irrit la Royne d'Angleterre contre elle que sa vye en a est en
extrme danger, il a est dilligemment observ par ung bon amy, de
ceste court, qui l'a faict enfin convaincre d'imposture; dont a est
condempn au pillory, et la dicte Royne d'Escosse demeure, pour ce
coup, dellivre de ce grand danger, grces  Nostre Seigneur, auquel
je prie, etc.

    Ce XXVIe jour de febvrier 1574.




CCCLXVIIIe DPESCHE

--du Ve jour de mars 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Raymond._)

  Confrence de l'ambassadeur avec les dputs de Flandre.--Vives
    assurances de dvouement donnes par l'agent de la
    Rochelle.--Mesures prises  Londres contre les
    trangers.--Nouvelles d'Irlande.


    AU ROY.

Sire, n'ayant, pour ceste heure,  fre savoir  Vostre Majest rien
de nouveau, du propos de Monseigneur le Duc, ny d'aulcune aultre chose
que j'aye traicte avec ceulx cy depuis ung moys en , sinon cella
mesmes que je vous ay dsj escript par mes prcdentes dpesches, je
viendray maintenant  vous dire que les deux depputs de Flandres,
aprs avoyr prsent leurs lettres et leur commission  la Royne
d'Angleterre, et luy avoyr expos le sommayre de leur charge, ilz me
sont venus visiter, le jour ensuyvant, et je les ay convis, pour le
lendemain,  vouloir prendre leur dner en mon logis, o ilz ont uz
asss privment avecques moy. Et, entre aultres choses, m'ont dict
qu'ilz esproient, sellon la bonne dmonstration que la dicte Dame
leur avoit faicte, et sellon le plaisir, qu'elle avoit eu, de recevoyr
de si bnignes lettres, comme ilz luy avoient apportes, du Roy
d'Espaigne, que, avant la fin de trois moys, qu'ilz avoient  estre
icy, ilz auroient accomod les affres d'entre les deux pays, chose
qu'ilz rputoient estre de grande consquence pour le Roy, leur
Maistre, et pour ses subjectz, et non moins utille et ncessayre  ce
royaulme; nantmoins qu'ilz me vouloient fort affectueusement prier
que, si je dcouvrois qu'il se ment quelque praticque, par ceulx cy,
en faveur du prince d'Orange, contre le Roy, leur Maistre, que je les
en voulusse advertyr, et qu'ilz me feroient le semblable, s'ilz
entendoient qu'on y ft rien contre Vostre Majest; et que, de vostre
cost, non plus que du leur, ne se falloit attandre que, pour tous ces
bons propos de mariage, lesquels ne servoient que d'une forme
d'entretnement, ny pour nulles confdrations et ligues, vielles ou
rescentes, les Angloys se divertssent des intelligences qu'ilz
avoient avec les aultres protestants, ny qu'ilz ne broillassent
tousjours, aultant qu'ilz pourroient, les affres dedans les estatz
de leurs voysins, car c'estoit ce de quoy ilz faysoient leur prouffit,
et de quoy ilz estimoient pouvoir mieulx entretenir leur repos. A
quoy, Sire, je leur ay fort volontiers acquiesc.

Or, Sire, pour vriffier davantage si l'advis, d'envoyer des forces,
d'icy, au quartier de la Guyenne, qui est  l'entour de la Rochelle,
et dans la ville mesmes, auroit fondement, j'ay curieusement examin
l dessus, l'ung aprs l'aultre, toutz les principaulx de voz subjectz
qui sont par de; lesquels m'ont fort videmment faict cognoistre que
c'estoit chose  quoy nul d'eux n'avoit jamays pens, ains l'ont
dteste avec excration. Et, entre aultres, le sire Bobineau, agent
de la Rochelle, s'est offert  moy de se mettre en lieu o l'on
pourroit fre justice de sa personne, au cas que, depuis le dernier
dict, il se soit traict chose aulcune, ny en ayt est propos une
seule, petite ny grande,  ceulx cy, par ceulx de sa ville, qui puisse
estre au prjudice du dict dict, ny contre l'obyssance et fidellit
qu'ilz doibvent  Vostre Majest; et qu'il me prioit d'approfondir
bien cest advis, duquel je luy venois de parler, affin que, par la
vrit de ce que j'en trouverois, je vous peusse oster toute la
sinistre impression que pourris avoyr conue d'eux, car c'estoit ce
qu'ilz craignoient le plus au monde, que de vous mettre en quelque
souspeon et deffiance, et que ceulx de sa ville se vouloient
maintenant monstrer plus fermes et loyaulx subjectz de Vostre Majest
et de vostre couronne, qu'ilz n'avoient jamays faict; et qu'icelluy
agent n'estoit retenu, icy, que pour quelque somme,  quoy ilz
estoient obligs vers les Angloys, depuis le sige; et que, s'il vous
plaisoit leur fre expdier la commission, que leur avs, longtemps y
a, accorde, de pouvoir lever les deniers pour ce payement, que luy
se retireroit incontinent d'icy, et l'on verroit que les habitans de
la Rochelle n'auroient plus aulcune communicquation avec les Angloys;
et qu'il ne me vouloit pas celler qu'il estoit aprs, maintenant, 
achepter quelque quantit de poudre, sellon que, de tout temps, ceulx
de la Rochelle estoient tenus d'en avoyr ordinayrement quarante
milliers de provision dans leur ville; et, parce qu'aprs le sige il
n'en y estoit point rest, l'on luy avoit mand d'y en fre venir. Je
luy ay respondu que je ferois entendre  Vostre Majest tout ce qu'il
m'avoit dict, et qu'il se pouvoit assurer que vous maintiendris
droictement  ceulx de la Rochelle vostre dict, s'ils se savoient
contenir de ne l'enfreindre de leur part.

Bientost aprs est arriv, du dict lieu de la Rochelle, ung marchant
de ceste ville, nomm Landol, qui dict en estre party le Xe du pass;
et rapporte que Mr de St Suplice n'a est qu'ung soyr dans la ville,
et que les habitans et ceulx de la nouvelle religion, qui sont aulx
envyrons, estoient aprs  fre leurs monstres et reveues, et que
ceulx de Languedoc leur avoient mand de se mettre aulx champs. Ce qui
seroit, Sire, pour esmouvoir asss ceulx cy, si je n'assurois fort
fermement que le contrayre est toute la vrit.

L'on a descouvert, en ceste ville, que quelque nombre d'angloys,
promptz  la main, estoient toutz pretz de succiter une grande
sdicion, par tout ce royaulme, contre les estrangiers, mais il y a
est dilligemment pourveu. Nantmoins, pour mieulx appayser les
mutins, il a est faict une fort curieuse recherche sur les dicts
estrangyers, et, de trze mille sept centz, qui s'en est trouv en
ceste seule ville de Londres, l'on en a banny plus du tiers, presque
toutz flammantz, qui ne se rangeoient  nulle glise, ny  celle des
Angloys, ny  celle des estrangiers. Et leur est command de vuyder le
royaulme, dans Nostre Dame de mars, sur peyne de prison; dont ilz
proposent de se retirer  ceste heure en Zlande, o ilz entendent que
Meldelbourg est rendu au prince d'Orange: et plusieurs aultres, en
grand nombre, de ceulx mesmes qu'on souffriroit bien de demeurer icy,
dellibrent de s'y en aller.

Il n'est venu, longtemps y a, rien de nouveau d'Escosse, dont ne vous
en feray icy mencion; mais parce que je voy praticquer plus souvent Me
Quillegrey, en ceste court, depuis huict jours en , qu'il n'avoit
faict de longtemps auparavant, je souspeonne que ce ne peult estre
que pour quelque voage en Escoce, ou bien pour l'envoyer en
Allemaigne. Je mettray peyne d'en entendre la vrit.

Du cost d'Irlande, le comte d'Esmond va si bien prosprant en ses
entreprinses, qu'il a entirement reprins tous les chasteaulx et lieux
forts de son estat, et tient  prsent fort  l'estroict la ville de
Corc, dont ceulx cy hastent leurs dellibrations et apprestz pour y
remdyer; car l'ouverture d'accord qu'on avoit faict au comte d'Essex
demeure sans effect. Et sur ce, etc. Ce Ve jour de mars 1574.




CCCLXIXe DPESCHE

--du VIIe jour de mars 1574.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Jacques._)

  Nouvelle reprise d'armes en France.--Efforts de l'ambassadeur
    pour empcher les secours que pourraient donner les Anglais aux
    protestans de France.--Avis d'une entreprise qui doit tre
    tente contre Calais.


    AU ROY.

Sire, parce que la Royne d'Angleterre veult prendre ung peu de temps 
dellibrer de ce qu'elle aura  respondre, sur les lettres que Vostre
Majest et la Royne, vostre mre, et Monseigneur le Duc, luy avs
dernirement escriptes, et sur la crance que m'avs faicte luy
exposer de vostre part, je ne vous diray rien de ce qui s'est pass
entre elle et moy l dessus, jusques  ce que je vous manderay du tout
sa responce. Et cepandant je vous donray advis, Sire, comme j'ay receu
vostre dpesche, du troysiesme du prsent, et, avec icelle, la
confirmation de ce qu' mon trs grand regret j'avois desj entendu de
la reprinse d'armes, par voz subjectz de la nouvelle relligyon, qui
disent estre intimids de leurs vyes par des advertissementz, qu'on
leur donne, que vous les vouls exterminer; en quoy et ceulx qui leur
baillent ces allarmes, et, eulx, qui les prennent trop lgrement,
sont bien fort  blasmer.

Une entreprinse a est publie, icy, fort grande, d'une soublvation
gnrale, en ung mesme jour, de touts ceulx de la dicte nouvelle
religion, tant de pied que de cheval, en divers endroictz de vostre
royaulme, et qu'ilz avoient prins sept ou huict villes en Poictou,
Nantes et Vitry en Bretaigne, Pronne en Picardye, plusieurs lieux
d'importance en Languedoc et Daulfin, failly  surprendre Bordeaulx
et Blaye, et que leur arme, prs d'Avignon, se trouvoit fort
puissante; et estoient prestz d'en mettre une aultre aulx champs du
cost de la Rochelle, et que envyron douze centz chevaulx des leurs
s'estoient venus joindre  ung rends vous, prs St Germain en Laye,
qui avoient contreinct Vostre Majest et toute la court de desloger,
de nuict, et fre une fort soubdayne retraicte  Paris. Il est vray
que, quand la dpesche de l'ambassadeur d'Angleterre est arrive,
encore que le courrier ayt faict les choses bien grandes, le comte de
Lestre m'a nantmoins mand que les lettres parloient fort modrment,
et ne disoient sinon que Vostre Majest, estant advertye que ceulx de
la dicte nouvelle religyon s'assambloient asss prs de St Germain,
vous vous en estis venu  Paris pour y pourvoir.

Maintenant, Sire, je mettray peyne que ceste princesse et ceulx de son
conseil entendent mieulx comme le tout va, jouxte ce qu'il vous plaist
m'en escripre; et feray tout ce qu'il me sera possible qu'elle et eulx
ne se vueillent esmouvoir de rien, bien qu'il ne fault s'attandre,
Sire, encor que, par advanture, je pourray bien tirer beaucoup de
parolles et de dmonstrations bonnes d'elle, que pourtant toutz les
siens demeurent paysibles, si les troubles s'eslvent en vostre
royaulme; non plus qu'ilz ne se peuvent contenir qu'ilz ne
s'entremettent bien avant de ceulx de Flandres; oultre que la dicte
Dame leur en pourra dissimuler davantage sur ce qu'on luy a voulu fre
accroyre que ces vaysseaulx de Normandye s'quippoient en faveur
d'Adam Gourdon, pour le trajetter, avec de bonnes forces, en Escoce.
Ce que je luy ay nantmoins assur, sur ma vye, que non, ains que
c'estoit pour Dantzic, ainsy que vostre dpesche, du XXe du pass, le
portoit; et me suis mocqu de ce qu'on luy vouloit imprimer que Vostre
Majest, et le Roy d'Espaigne, avis une entreprinse, pour ce
primptemps, sur l'Angleterre, comme de chose qu'elle debvoit estimer
ridicule et pleyne de vanit.

Et, quand  voz subjectz, qui sont par de, Sire, je leur feray
entendre vostre bonne intention, et mettray peyne de les retenir en la
dvotion, qu'ilz m'ont plusieurs foys assur, qu'ilz avoient  vostre
service; et say bien que le comte de Montgommery estoit encore, n'y a
pas cinq jours,  Gerz, et que luy, ny son filz, n'en ont point
boug; et que mesmes ilz s'en reviennent, toutz deux, bientost trouver
la comtesse de Montgommery,  Hamptonne; d'o, s'il s'approche jusques
icy, je ne faudray de le confirmer, le plus qu'il me sera possible, 
vouloir demeurer en ce qu'il vous a promis, par l'escript, que je vous
ay naguyres envoy, sign de sa main.

Au surplus, Sire, l'on me vient d'advertyr que environ quarante
navyres de guerre, qui sont prestz  sortir de Fleximgues, avec bon
nombre de soldatz, et le cappitaine Chestre, angloys, qui embarque
encores de nouveau, icy, quatre ou cinq centz hommes pour les passer,
 ce qu'il dict, en Hollande, ont une entreprinse sur Callays, par la
conduicte d'aulcuns franoys qui ont demeur longtemps  la Rye, et
maintenant sont passs dell. Dont, encor que l'advertissement ne me
viegne de grand lieu, je ne l'ay voulu mespriser, ains ay estim que,
 cause d'icelluy, je debvois renvoyer promptement Jacques le
courrier, affin d'en donner advis, en passant,  Mr de Gourdan, et
pareillement  Mr de Caillac,  Bouloigne, comme, encores je suys
trs ayse qu'ays faict advertyr, tout le long de la coste, qu'on ayt
 s'y tenir sur ses gardes. Et sur ce, etc.

    Ce VIIe jour de mars 1574.




CCCLXXe DPESCHE

--du XVIIe jour de mars 1574.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Joz, mon secrettre._)

  Audiences.--Consentement du roi  ce que l'entrevue se fasse en
    secret  Douvres.--Demande d'un dlai pour donner la
    rponse.--Changement apport dans les dlibrations d'lisabeth
    par la nouvelle de la reprise des armes en
    France.--Communication qui lui est faite  cet gard par
    l'ambassadeur.--Bonne disposition des rfugis
    franais.--Rponse d'lisabeth qu'elle consent  l'entrevue,
    dans l'une de ses maisons, prs de Douvres.


    AU ROY.

Sire, la Royne d'Angleterre a curieusement, et avec affection, leu les
trois lettres, que Vostre Majest et la Royne, vostre mre, et
Monseigneur le Duc, luy avs escriptes, de voz mains, et a est fort
facille de cognoistre,  ses parolles et contenances, qu'elle prenoit
ung grand playsir de voyr que toutz troys persvris, conjoinctement
et constamment, vers elle. Nantmoins elle m'a dict, en riant, qu'elle
craignoit que, par mes dpesches, je vous eusse parl ung peu trop
licencieusement de l'affection, qu'elle m'avoit privment dclar,
qu'elle avoit  l'establissement d'une mutuelle et perdurable amity
avec Voz Majestez, et que je la vous eusse interprte  quelque
aultre sorte d'affection vers le mariage et l'entrevue; en quoy, si je
ne luy avois rserv la modration, qui convenoit aulx filles, elle
auroit grande occasion de se pleindre de moy.

Je luy ay respondu que ce que je luy avoys  explicquer de ma crance
luy donroit assez  cognoistre de quelle faon je vous avoys escript
ses propos, et comme Vostre Majest les avoit prins. Et encor, Sire,
qu'il m'est bien souvenu qu'ung de ses troys conseillers m'avoit desj
admonest que je debvois considrer les ennemys que j'avoys en ce
propos; (et que, si je venois, de rechef,  dbattre ceste forme de
prive entrevue, qui m'estoit desj accorde, qu'ilz m'y succiteroient
des labirintes nouveaulx, qui seroient trs longs et trs difficilles
 desmeller, et que, puisque je pouvois avoyr la dicte entrevue en
effect, qu'il ne falloit que je m'arrestasse  la formalit, car il
estoit trs certain que le tout dpendoit maintenant de voyr
Monseigneur le Duc, et que, sans cella, le mariage ne succderoit
jamays; et nantmoins, pour l'incertitude de l'vnement, la Royne, sa
Mestresse, estoit conseille de monstrer tousjours qu'elle n'en
vouloit venir si avant; dont, de tant qu'il appartenoit  Monseigneur
le Duc, qui estoit l'homme, de fre toutes les instances du mariage,
c'estoit aussy  luy de monstrer quelque trt extraordinayre de son
affection en la poursuyte de ceste entrevue, et qu'il ne debvoit
rputer qu'il luy pet jamays tourner  honte de venir voyr celle
qu'il nommoit sa maistresse, en la prive faon qu'elle le devisoit);
nantmoins, Sire, je me suis contenu dans les termes de l'instruction
que j'ay trouve dans vostre lettre. Et par ainsy, ay dict  la dicte
Dame que Vostre Majest et la Royne, vostre mre, avis beaucoup
esmerveill la forme de la responce qu'elle vous avoit faicte, et
mesmes de ce qu'elle vous y avoit reprsant plus d'incertitude de sa
volont que nulle bonne esprance de la vouloir effectuer; dont avis
est  ne savoyr que y fre, ny que dire davantage. Nantmoins, aprs
avoyr bien digr le faict, voyant que le nouveau escrupulle n'estoit
sinon celluy mesmes qu'on avoit auparavant propos, et que c'estoit
plustost une invention faicte,  poste, par les ennemys, pour
interrompre encores le propos, ceste foys, que non qu'ilz pensassent
dire vrit, car avis l'object devant voz yeulx, qui vous assuroit du
contrayre, vous vous estis mis toutz trois  dellibrer comme vous
pourris, tout ensemble, contenter le desir de la dicte Dame, et
satisfre  vostre rputation, car pensis bien qu'elle ne voudroit
que vnsis  luy complayre, sinon avec la conservation de vostre
honneur; et que, l dessus, Sire, vous me commandis de luy dire tout
franchement que vous ne croyris jamays que, en vostre endroict, et de
la Royne, vostre mre, sur ung si cordial offre, comme vous luy avis
faict, de Monseigneur le Duc, qui s'estoit encores luy mesmes tout
entirement offert  elle, elle et le cueur de vous vouloir tromper
ny uzer de simulation, ny qu'elle vous ait faict fre dclaration
qu'elle se vouloit marier, et vouloit prfrer vostre alliance 
toutes celles de la Chrestient, pour, puis aprs, se mocquer de vous,
ains que sincrement elle correspondoit  vostre sincrit; et que,
sur ceste confiance, vous avis rsolu de surmonter encores, s'il vous
estoit possible, ceste renouvelle difficult, en soubmettant la
dcision d'icelle au parfaict jugement de ses yeulx. En quoy vous la
voulis prier, de bon cueur, qu'elle considrt que Monseigneur le Duc
estoit nay grand, et tenoit ung trs grand lieu au monde, et
commandoit aujourdhuy sur toutz les affres de Vostre Majest, et que
pourtant il n'estoit pas possible que sa venue vers elle peult estre
collore, ny couverte, soubz la lgation de quelconque aultre
ambassadeur, que peussis envoyer par de; mais vous avis advis
que, en venant en Picardye, o avis desj propos de vous acheminer,
 ceste my caresme, pour changer d'air, sellon que voz mdecins
disoient que cella ayderoit bien fort  vous mieulx reffre de la
fiebvre quarte, laquelle vous avoit layss; que, pour l'amour d'elle,
et pour servir  ce bon effect, et pour mieulx couvrir le voyage de
Monseigneur le Duc, vous poursuivris vostre chemin jusques 
Bouloigne, et que, si elle se vouloit aussy approcher, vers ce
quartier l, jusques  Douvres, que Vostre Majest et la Royne, vostre
mre, mettris peyne de luy dresser si  propos, et privment, et
secrettement, la dicte entrevue, et sans y uzer aulcun apparat ou
despence, que vous espris, en toutes sortes, de la rendre trs
contante.

Elle, d'ung bon visage, et d'une fort bonne dmonstration, m'a
respondu que, en voz lettres et en la crance d'icelles, il vous
plaisoit et  la Royne, vostre mre, continuer si honnorablement le
pourchas de son alliance, qu'elle voudroit de bon cueur vous pouvoir
bien complayre, et s'accommoder  ce que desiris; et vous supplioit
de croyre qu'elle n'estoit si superbe de se vouloir excuser de
s'approcher vers Voz Majestez, car, pour servir  vostre honneur et
grandeur, elle entreprendroit bien ung plus long et plus malays
voyage que d'aller jusques  Douvres; mais que n'y ayant pas longtemps
qu'elle y avoit est, et que son premier progrs estoit desj dress
d'ung aultre cost, vers Yorc, ung chascun diroit qu'elle alloit
chercher mary, non qu'elle voult, pour cella, regarder tant  sa
qualit de Royne, veu que Monseigneur le Duc estoit aussy luy mesmes
royal, comme  ce qu'elle estoit fille. En quoy elle vous supplioit de
trouver bon qu'elle n'outrepasst rien des modestes respectz qu'elle
se debvoit rserver, bien que, par advanture, elle pourroit aller,
comme en chassant, jusques en une mayson de milord Coban,  vingt
milles de Grenvich, sur le chemin de Douvre, et rencontrer l
Monseigneur le Duc, qui s'y pourroit trouver avec douze ou quinze des
siens; ou bien, s'il se vouloit approcher  Gravesines, qui est ung
lieu sur la Tamise, que bien facillement une barge l'yroit prendre l,
et le porteroit fort secrettement avec les siens dans Grenvich, et
qu'elle estimoit que c'estoit bien tout le mieulx qui s'y pouvoit
fre.

Je luy ay rplicqu que, puisque Voz Majestez condescendoient de luy
envoyer Monseigneur le Duc, en la plus descente et convenable faon
que verris le pouvoir fre, je la suppliois qu'elle se voult, en
quelque partie, accomoder  vostre volont de s'approcher vers
Douvres, et vous envoyer prsentement le saufconduict, et que, de tout
le surplus, elle s'en repost ardiment sur le bon ordre que Voz
Majestez y sauroient bien donner.

A cella elle m'a respondu que la Royne, vostre mre, sauroit trs
bien dresser la finesse, quand elle vouldroit, mais qu'elle craignoit
qu'elle y voult trop garder l'advantage de son filz; et que, de tant
que ses principaulx conseillers estoient absentz, lesquels elle
n'attandoit jusques au deuxiesme jour ensuyvant, elle me prioit,
premier que de rien rsoudre en cella, de luy donner ung peu de loisir
d'en pouvoir confrer avec eulx.

Or ay je, Sire, distribu voz aultres lettres  iceulx conseillers,
aussytost qu'ilz ont est arrivs, et n'ay obmis de leur fre les
instances et les offres, et leur dduyre les raysons, que j'ay cognu
les pouvoir anymer et encourager, non seulement au poinct de ceste
entrevue, ains aussy  rsoudre la conclusion de tout l'affre.

Mais cepandant est survenu ceste nouvelle de la reprinse d'armes par
voz subjectz de la nouvelle religion, laquelle, du commancement, a
est publie fort grande, ainsy que je le vous ay mand; mais, depuis,
l'ambassadeur d'Angleterre l'a escripte fort modrment. Et je la suis
all reprsanter, en propres termes,  la dicte Dame et aulx siens,
comme je l'ay trouve dans vostre lettre, du IIIe du prsent, y
adjouxtant seulement que vous craignis bien que les impacientz du
repos, lesquelz, par leurs faulx bruictz et par leurs faulces
subjections, s'efforoient de ressuciter ce malheur dans vostre
royaulme, n'aspirassent oultre  fre tousjours leur profict de ceste
division,  deulx aultres encor plus maulvais effectz: l'ung estoit
d'imprimer une maulvaise opinyon de Vostre Majest aulx princes
protestantz d'Allemaigne, pour les vous rendre ennemys, du cost de
de, et les fre aussy ennemys du Roy, vostre frre, du cost de
Pouloigne; et l'aultre, d'altrer la bonne amity que vous avis avec
la dicte Dame, et traverser le pourchas que faysis de son alliance.
En quoy vous la supplys, de bon cueur, de ne vouloir, pour tout cecy,
s'esmouvoir aulcunement de sa part, car debvoit croyre, avec toute
vrit, que ce qui estoit recommanc, et ce qui pourroit ensuyvre de
trouble en vostre royaulme, seroit contre vostre volont, et contre
celle de la Royne, vostre mre, et celle de Monseigneur, vostre frre,
et sans aulcune coulpe qui ft procde de nul de vous; et que touts
troys, quoy qui det advenir, estis tous rsolus de persvrer, plus
constamment que jamays, vers elle; et attandis maintenant, avec trs
grand desir, sa responce sur ce que luy avis naguyres faict
proposer.

La dicte Dame m'a respondu que, en nulle sorte du monde, vous luy
pouvis mieulx monstrer que vous l'aymis et que vous vous fyis
d'elle, que de luy fre ainsy part et communicquation de voz affres;
et qu'elle avoit ung merveilleux regret, que ceulx qui envyoient le
bien et la prosprit d'iceulx, eussent tant de moyen que de les
remettre en trouble, en quoy, si son advis estoit digne de venir
devant Vostre Majest et devant l'exprimante prudence de la Royne,
vostre mre, elle vous conseilleroit trs volontiers toutz deux de
fre, de main en main, enqurir si avant, contre ces faulx
rapporteurs, que quelqu'ung en peult estre prins, pour le fre, en
terreur des aultres, trs exemplayrement punir, et plus griefvement
que ceulx mesmes qui ont prins les armes, comme estant plus traistres
qu'eulx: car plus grand trahison,  son advis, ne vous pourroit estre
faicte que de vous distrayre et allyner voz subjectz, et vous mettre
en ncessit d'esprouver que peut; en voz susdicts subjectz, le
dsespoyr de vostre bonne grce; et, quand  elle, que, en cest
accidant et toutz aultres, vous la trouveris tousjours trs constante
amye et trs germayne bonne seur; et que, desj une foys, elle avoit
assembl ceulx de son conseil pour adviser de la responce qu'elle
auroit  me faire; vray est, qu'ayant depuis pens que,  cause de ces
nouveaulx accidantz, vous pourris, possible, m'avoyr mand quelque
changement, elle avoit bien voulu attandre jusques  ce que j'eusse,
de rechef, parl  elle, mais voyant que je ne luy disois rien au
contrayre, elle me feroit bientost savoyr ce qu'elle dellibroit vous
respondre, qui ne vous seroit,  son advis, sinon bien agrable.

Or, attandant cella, Sire, j'ai communicqu la mesme lettre de Vostre
Majest, du IIIe du prsent,  ceulx de voz subjectz, plus
principaulx, qui sont encores icy; lesquelz m'ont respondu qu'ilz
estoient trs marrys du renouvellement du trouble, et nantmoins
qu'ilz avoient beaucoup de consolation de voyr que Vostre Majest le
dtestoit et le vouloit remdier. Dont Mr le vydame, de sa part, a
monstr qu'il ne vouloit rien mouvoir, ains plustost servir, en tout
ce qu'il pourroit,  l'effect de la bonne intention qu'avis  la
tranquillit de voz subjectz, et qu'il y employeroit trs volontiers,
quand Vostre Majest le luy commanderoit, les mesmes moyens qu'il
m'avoit autreffoys dict qu'il pensoit avoyr bien bons vers le comte
Palatin, aulmoins si les choses ne se trouvoient depuis bien fort
changes en luy. Et Mr de Languillier m'a fort expressment confirm
sa rsolution de vouloir jouyr du bneffice de l'dict, soubz la bonne
grce de Vostre Majest, et que, s'il vous plaisoit vous servir de luy
vers ceulx de la noblesse de Poictou, qu'il esproit pouvoir beaucoup
vers eulx,  les rendre, par sa persuasion et par son exemple, bien
capables de vostre bonne intention, et que, plustost que de sa part il
repreigne les armes, sinon par vostre commandement, encor qu'il voye
ne pouvoir avoyr seur repos chs luy, qu'il s'en yra habiter en
Suysse. Et la comtesse de Montgommery, laquelle m'est venue dire
adieu, avec mademoiselle de Beaufort sa fille, quand elles sont alles
 Hamptonne, m'a assur qu'elle feroit incontinent savoyr  son mary
ce que je luy avoys dclar de vostre droicte intention, et le
persuaderoit bien fort de la suyvre. Lequel son mary, Sire, estoit
encores, le Ve de ce moys,  Gerzei, et n'en a poinct boug; et a
descouvert, ce dit on, deux tretts qui se faysoient pour le tuer,
l'ung, par des soldatz qui, en guyse de marchandz et de marinniers,
estoient,  cest effect, passs en l'isle, et l'aultre, par son
secrettre, avec du poyson, dont le dict secrettre est prins, et dict
on qu'il sera men icy, et que le dict comte retournera bientost par
de.

Je ne voy pas, Sire, que les Angloys, ny voz dictz subjectz, qui sont
icy, dressent, pour encores, rien contre le bien de voz affres, mais
il ne se fault pas attandre, si les choses vont plus avant, qu'ilz se
puissent garder d'avoyr intelligence, et porter toute la faveur et
support de forces et d'argent, qu'ilz pourront,  ceulx de leur
religion. Et depuis naguyres, ung personnage, de grande qualit,
allemand, a est, icy, en nom et habit dguyss, lequel je say bien
que ceste princesse a eu opinion que ce ft ung prince; et il a
ngocy fort estroictement avec ceulx de son conseil. Dont je desire
de bon cueur que Vostre Majest et la Royne, vostre mre, par vostre
vertu et prudence, pourvoyez que ce commancement de troubles, s'il est
possible, n'ayt poinct de suyte en vostre royaulme.

Cependant pour mieulx retenir ceulx cy, j'ay tousjours plus
instamment, que devant, sollicit la dicte Dame, leur Mestresse, de sa
responce, et de me la fre bonne; de laquelle j'ay enfin obtenu de
vous pouvoir mander, de sa part, que, puisque vostre dellibration
estoit de venir en Picardye, pour changer d'air, aprs la fiebvre
quarte, dont elle louoit et remercyoit Dieu qu'en fussis bien gury,
qu'elle se tiendroit de tant plus heureuse et contante que plus elle
se santiroit estre prs de Vostre Majest et de la Royne, vostre mre,
et que ne luy pouvant estre bien sant de retourner maintenant 
Douvre, pour les considrations qu'elle m'avoit desj allgues, que
aulmoins se pourroit elle, soubz colleur d'aller  l'esbat et  la
chasse, s'approcher en une de ses maysons, la moins esloigne du dict
Douvre que fre se pourroit, l o, s'il plaisoit  Monseigneur le Duc
prendre la peyne d'y venir privment, et sans crymonie, ilz s'y
pourroient rencontrer toutz deux; et elle auroit grand plaisir de le
voyr; et, si Vostre Majest se pouvoit contanter que l'entrevue se ft
en ceste prive faon, car ne pouvoit juger qu'il luy pet estre bon
de la consentyr aultrement, que son ambassadeur auroit charge de vous
dellivrer le saufconduict, lequel,  cest effect, elle luy envoyoit
prsentement; et vous confirmeroit plus amplement ceste sienne
responce; laquelle elle mesmes ne pouvoit,  cause d'ung peu de mal
qui luy avoit prins  la main, la vous escripre, ainsy qu'elle avoit
bien dellibr de le fre. Qui est, en substance, Sire, tout ce que
j'ay peu advancer en cest endroict. Et sur ce, etc.

    Ce XVIIe jour de mars 1574.




CCCLXXIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de mars 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calays par le Sr Cavalcanti._)

  Ncessit d'accepter l'entrevue.--Nouvelles des troubles de
    France.--Craintes inspires par Montgommery.--Armemens faits en
    Angleterre.--Nouvelles des Pays-Bas et d'cosse.--Meilleures
    dispositions d'lisabeth envers Marie Stuart.


    AU ROY.

Sire, je n'ay, par ceste dpesche,  mettre ny oster rien de ce que,
par la prcdante, du XVIIe du prsent, je vous ay escript touchant
l'entrevue, sinon de vous confirmer qu'il est besoing que Vostre
Majest se dtermine  la consentir, ou bien laysser  tant le propos,
car ceste princesse est trs fermement rsolue de ne passer oultre,
sans voyr Monseigneur le Duc; et encores, si, en le voyant, l'on
pouvoit estre bien assur qu'elle procderoit incontinent  la
conclusion du mariage, le voyage ne seroit tant  regretter, mais, en
l'incertitude o elle vous en laysse, avec l'accoustume instabilit
de de, je ne voy sinon que, pour parvenir l o Mon dict Seigneur le
Duc prtend, il fault, par ncessit, ou qu'il azarde de venir
incertain, ou qu'il quitte du tout son entreprinse. Et vous puis
assurer, Sire, que la dicte Dame s'attand, sans aulcun doubte, qu'il
viendra, et qu'elle sera preste de s'approcher, quand elle en aura
plus de certitude, vingt ou vingt cinq mille vers Douvre pour le
rencontrer.

La nouvelle s'augmante, de jour en jour, icy, des dsordres et
troubles qui multiplient en vostre royaulme; qui est cause que
plusieurs angloys commancent de solliciter des moyens et des
provisions de ceste court, pour pouvoir aller par dell se joindre 
ceulx de leur religion, et d'aultres praticquent d'avoyr des
commissions pour armer des vaysseaulx; et aulcuns en y a qui mettent
en avant qu'il seroit bon d'en accommoder de quelque nombre le comte
de Montgommery, ensemble de quelques hommes et deniers, affin qu'il
pet maystriser ceste mer estroicte, et entreprendre quelque descente
en France, l o il verroit le pouvoir mieulx fre  son advantage;
mais il semble qu'il ayt escript, de Gerz, qu'encor qu'on ayt voulu
attempter  sa vye, qu'il ne remuera rien contre Vostre Majest, qu'il
ne voye comme les choses yront plus avant, et comme il vous plerra
uzer vers luy; car veult estimer que cella n'est procd aulcunement
de vostre commandement. Nantmoins, Sire, je l'observeray, le plus
qu'il me sera possible; car l'on m'a adverty qu'il a envoy icy fre
quelque provision de pistolls et d'harquebouzes; et je voy bien que
ceulx cy, de leur cost, poursuyvent de garnyr d'artillerye, d'armes
et de tout aultre fourniement ncessayre, tous leurs grandz navyres de
guerre, rserv d'y mettre les vivres et le nombre d'hommes qui faict
besoing, car cella est remis  quand il sera temps. Et dellibrent
cepandant de mettre la flotte en deux, pour en envoyer tenir la
moicty  Portsemue, vis  vis du Hvre de Grce, et l'aultre moicti
restera  Gilingam, o, de prsent, elle est. Et m'a l'on dict que,
depuis huict jours, il a est dpesch, de ceste ville, une lettre de
crdict, de soixante mille escuz, pour Francfort.

Je viens d'entendre que sept ou huict bretons sont arrivs, desquelz
l'on prsume que l'ung d'eux a charge d'aller devers le prince
d'Orange, pour emprunter des navyres de guerre, mais je n'ay encores
vriffy cella. Bien m'a l'on dict que le susdict prince a mand
comparoir,  certain prochain jour, en Hollande, o il s'en est
retourn, toutz les vaysseaulx qui s'advouent  luy, soubz prtexte de
leur vouloir bailler ung rglement sur le faict de la navigation et
sur les prinses, affin qu'ilz ne se portent plus en pirates, avec
intention de dclarer dsavouez ceulx qui ne comparoistront. Je ne
say si, lors, il fera quelque autre dellibration. Les angloys qui
s'estoient embarqus, icy, pour luy, sont arrivs  Fleximgues, et s'y
en est trouv le nombre de sept centz soldatz completz, quand ilz sont
descendus de dell, qui incontinent ont receu paye; dont l'entreprinse
qu'on m'avoit adverty, sur Callays, est, pour ce regard, passe.

Les choses d'Escosse s'entretiennent encores en quelque repos, bien
que l'on m'a dict que les bourgoys et marchandz, et le commun du pays,
vont faysant une secrette ligue contre le comte de Morthon, pour les
grandes exactions qu'il faict sur eulx, et qu'ilz ne veulent plus
souffrir qu'il aille ainsy, de lieu en lieu, tenir la justice pour les
piller et ruyner, comme il faict, et que les principaulx de la
noblesse sont toutz retirs en leurs maysons. Milord trsorier a
observ, luy mesmes, le temps de pouvoir prsenter, bien  propos, la
lettre de la Royne d'Escosse  la Royne, sa Mestresse; et m'a mand
qu'il la luy avoit faicte lyre toute entirement, et qu'elle l'avoit
trouve en termes si honnestes, et escripte de si bonne faon, qu'il
me pouvoit assurer que cella avoit beaucoup regaign le cueur de sa
Mestresse, et que les choses alloient,  prsent, asss bien, et
esproit qu'iroient encores mieulx, entre elles deux. Sur ce, etc.

    Ce XXIIIe jour de mars 1574.




CCCLXXIIe DPESCHE

--du XXVIIIe jour de mars 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne Jumeau._)

  Projet du roi de retarder l'entrevue.--Bruit de la
    msintelligence qui aurait clat entre le roi et le duc
    d'Alenon.--Craintes que les Anglais ne veuillent profiter des
    troubles de France.--Soupons contre Montgommery.--Affaires
    d'cosse.


    AU ROY.

Sire, estimant qu'il sera bon qu'ays veu et considr,  loisyr, la
responce que la Royne d'Angleterre m'a faicte, laquelle je vous ay
mande, le XVIIe de ce moys, et qu'ays ouy son ambassadeur, et
retir de luy le saufconduict qui luy a est envoy pour vous bailler,
et que j'aye receu, l dessus, nouveau commandement de Vostre Majest,
premier que de changer ny dbatre rien plus  la dicte Dame, j'ay
advis de ne luy proposer, jusques allors, ce que m'avez escript, du
VIIe du prsent, de luy prolonger l'entrevue; car semble qu'elle est
aulcunement persuade qu'encores que voz affres vous apportent une
trs suffizante occasion de ne vous esloigner, pour ceste heure, des
envyrons de Paris, que nantmoins vous ne voudrs que Mon dict
Seigneur le Duc laisse, pour cella, de venir fre, secrettement et
privment, une course jusques icy, comme s'il alloit  quelque autre
commission pour vostre service, joinct que le saufconduict, ainsy
qu'on m'a dict, s'estend jusques au XXe de may prochain. Et il est 
croyre, Sire, que, si le poinct de l'entrevue estoit cependant vuyd,
que vostre voyage, puys aprs, en Picardye, seroit pour donner grand
chaleur  tout le reste, et pour fre que le propos pourroit ruscyr 
une ou aultre conclusion, pendant que seris si prs d'icy; et,
possible, que le mariage se consommeroit, si, d'avanture, les
personnes venoient  se complayre. Mais, de tant que je tiens ceulx cy
ordinayrement pour trs suspectz de mutation et de changement, je ne
vous puis promettre, Sire, rien de plus certain d'eux que une grande
incertitude; bien qu' prsent les choses monstrent de continuer, icy,
telles, comme je le vous ay mand, et comme le Sr Cavalcanti vous
l'aura depuis confirm, et encores, en apparance, semble quelles vont
de bien en mieulx.

Mesmes il m'a est signiffi que ceste princesse et les principaulx,
d'auprs d'elle, ont est trs marrys d'ouyr publier par de qu'il y
et mauvayse intelligence entre Vostre Majest et Monseigneur le Duc,
et que vous eussis, pour cella, faict quelques rigoureuses
dmonstrations  luy, et au Roy de Navarre,  Monsieur le prince de
Cond et Monsieur de Montmorency; dont envoyrent savoyr ce que j'en
entendoys, et qu'ilz ne pouvoient, ny vouloient, croyre qu'il en ft
rien, car les lettres de leur ambassadeur n'en parloient nullement; et
que cella estoit venu d'ung messager ordinayre, qui n'estoit poinct
angloys, lequel, estant party de Paris, le VIIIe du prsent, avoit
sem ce bruict. Et  peyne, Sire, ay je eu dchiffr la vostre, du
VIIe du prsent, laquelle a sjourne, pour l'occasion du temps, huict
jours entiers,  Callays, que milord trsorier et le comte de Lestre,
chacun de sa part, m'ont envoy ung gentilhomme pour m'advertyr que,
par les plus rescentes du dict ambassadeur, lesquelles estoient du XVe
de ce moys, il apparoissoit que le susdict bruict estoit faulx, et
qu'il ne se pouvoit desirer plus de vraye et cordialle amity, entre
deux frres, qu'il s'en voyoit entre Vostre Majest et Monseigneur le
Duc, et que vous luy portis plus de faveur que vous n'aviez jamais
faict, ensemble au Roy de Navarre et aulx aultres deux. Et ont
adjouxt qu'avec Mr de Turne, et Mr de Torcy, estoient venus vers
Vostre Majest trois gentilshommes, de la nouvelle religyon, de ceulx
qui ont nouvellement prins les armes, pour se rendre plus assurs de
vostre bonne intention vers eulx, et qu'ilz s'en estoient retourns
bien fort satisfaictz; et que d'ailleurs vous avis envoy le Sr
Strossy  Mr de La Noue, en Poictou; dont se vouloient conjouyr,
avecques moy, de ce que les choses prenoient ung chemin pour retourner
 la paix, sans passer  plus d'altration. De quoy je les ay envoys
infinyement remercyer par le Sr de Vassal, et que cella monstroit
combien l'affection de leur Mestresse, et la leur, estoient trs
bonnes vers le bien de voz affres, et qu'ilz seroient marris qu'il
vous y succdt mal.

Or, est il bien certain, Sire, que, sur le renouvellement des prsents
troubles de vostre royaulme, il a est tenu, icy, diverses assembles
de conseil; et plusieurs dellibrations y ont est mises en avant,
ainsy que Vostre Majest en a eu, comme je voy, quelque sentiment;
mais, encor qu'on y ayt procd aulx opinions, et que tel peut avoyr
monstr d'incliner bien fort  la guerre ouverte, qui, possible, est
plus remis que nul des aultres, je ne puis toutesfoys descouvrir qu'on
en soit venu encores  quelque conclusion. Et je mettray peyne,
aultant qu'il me sera possible, s'il s'en faict aulcune, que l'effect
d'icelle ne passe oultre, sans que je vous en puisse donner quelque
advertissement; ne voulant toutesfoys mettre en doubte que, si ce
nouveau feu s'allume davantage, ceulx cy ne facent ouvertement, ou
soubz main, tout ce qu'ilz pourront pour le fomenter.

Le comte de Montgommery est si prs de la coste de dell, et si
esloign d'icy, que Vostre Majest peut avoyr, plus souvent et
ordinayrement, nouvelles de luy, que non pas moy; tant y a que je
souspeonne fort, parce que le Sr de St Ouan, de Gersey, a faict, icy,
de nouveau, quelque provision d'harquebouzes et pistolls, que ce ne
soit pour en accomoder davantage le dict de Montgommery.

L'oncle du comte d'Arguil estoit desj party pour Escosse, quand
vostre dpesche est arryve, mais je l'ay, avant son partement, si
bien instruict des mesmes choses, que m'avez escriptes, que j'espre
qu'il les saura trs bien reprsanter par dell. Et sur ce, etc.

    Ce XXVIIIe jour de mars 1574.




CCCLXXIIIe DPESCHE

--du IIe jour d'apvril 1574.--

(_Envoye jusques  la court par Anthoyne Lagute._)

  Audience.--tat des ngociations en France pour rtablir la
    paix.--Rception faite au roi de Pologne dans ses
    tats.--Nouvelle de la descente de. Montgommery en
    Normandie.--Protestation d'lisabeth qu'elle a ignor cette
    entreprise.--Doute sur la vrit de cette nouvelle.--Assurance
    donne par l'ambassadeur qu'lisabeth ne veut fournir aucun
    secours aux protestans de France.


    AU ROY.

Sire, je loue Dieu que ceulx, qui se sont eslevez en vostre royaulme,
ayent prins l'expdient d'envoyer savoyr, par le Sr de Guyteri, la
vrit de ce qu'on les mettoit en doubte, et qu'on les intimidoit de
la volont qu'avez vers eulx, et qu'il ayt eu de quoy leur rapporter,
de la part de Vostre Majest, qu'ilz ont est tromps, et qu'ils
trouveront tousjours trop plus de bonne seuret, en la protection de
vostre parolle, qu'en tout l'effect des armes qu'ilz ont reprinses. Ce
que ayant faict savoyr  la Royne d'Angleterre, et comme vous
attandis, par Mr de Torcy et Mr de Turne, lesquels vous avis
renvoys, avec le dict de Guyteri, vers eulx, et par le Sr Strossy,
qui estoit all devers le Sr de La Noue, en Poictou, et pareillement
du cost de Mr le mareschal d'Envylle, qui traictoit aussy de quelque
moyen de paix, avec ceulx de Languedoc, bientost quelque bonne
responce de leur modration, je l'ay assure qu'incontinent aprs vous
avis dellibr de leur bailler ceste ampliation de vostre dict, dont
je luy avois parl, qui les debvoit contanter; et, par ainsy que vous
ne doubtis que, dans bien peu de jours, tout ce renouvellement de
troubles ne cesst. Et luy ay compt, Sire, la bonne et desire
nouvelle qu'avis receue du couronnement du Roy de Pouloigne, vostre
frre, et comme les Poulonnois, pour le grand contantement qu'ilz
avoient de le voyr, luy avoient remis beaucoup de ces condicions,
aulxquelles les ambassadeurs, qui luy avoient apport les dcrets de
son lection, l'avoient oblig, de sorte qu'il se trouvoit aussy
absolu prince, sur ce grand royaulme, que quelque aultre roy qui ft
en la Chrestient; et que vous desiris qu'elle participt  l'ayse,
que Vostre Majest et la Royne, vostre mre, et Monseigneur le duc, en
santis, ainsy que vous la feris toujours participer aulx profictz et
advantages qui vous en viendroient, sellon la plus estroicte amity et
confdration qu'elle avoit avecques Vostre Majest; et que cella vous
faysoit davantage desirer que l'honneste pourchas, auquel vous
persvris toujours de l'alliance d'elle avec Mon dict Seigneur le
Duc, vostre frre, pet ruscyr  bon effect, affin que l'union
indissoluble, d'entre ces trois grandes couronnes, ft plus craincte
et respecte par toute la Chrestient; et que vous estis bien marry
que ces nouveaulx dsordres retardassent vostre venue en Picardye,
mais que vous espris y avoir bientost pourveu, pour, incontinent
aprs, vous y acheminer. Dont m'assurois qu'aussytst que vous auris
veu la dernire responce, qu'elle vous avoit mande, que vous
m'escripris tout ce que pourris fre en cella, affin de l'en
advertyr. Bien estois je en grande perplexit comme Vostre Majest
pourroit prendre ce qui se publioit, icy, que, de l'isle de Gersey,
qui est  elle, le comte de Montgommery ft descendu, en armes, au
pays de Normandye, chose qui estoit toute contrayre  la promesse et
au srement, et  la teneur du dernier traict de ligue, qu'elle
avoit faicte avec Vostre Majest; et que je demeurois le plus infme
gentilhomme du monde, et la parolle d'elle ne se pouvoit non plus
saulver, si elle n'y pourvoyoit, et ne vous en faysoit fre une bien
prompte rparation; car m'avoit fait vous escripre, encores depuis ung
moys, que vous la trouveris, en touts ces nouveaulx accidantz, et en
l'occurrence de toutz voz affres, trs bonne amye, et vrayement
germayne bonne seur.

La dicte Dame, premier que respondre  ces poinctz, m'a pri de luy
dire qu'est ce que je savoys de vostre sant, et si vous estis bien
dellivr de la fiebvre quarte, et s'il y avoit apparance qu'eussis eu
ce grand malcontantement, contre vostre frre et contre vostre beau
frre, comme on l'avoit publi par de.

Je luy ay respondu que, grces  Dieu, la fiebvre vous avoit, il y a
longtemps, du tout layss, et que vous estis,  prsent, aussy dispos
et gaillard que ftes oncques, et qu'il ne se pouvoit imaginer une
plus parfaicte et cordialle amity, entre deux frres, que celle qui
se voyoit entre Vostre Majest et Monseigneur le Duc; et que vous
n'estis moins assur de sa volont que de la vostre, ny n'avis plus
de fiance en vous mesmes que en luy; et le semblable du Roy de
Navarre; et que ce faulx bruict estoit sorty de la malice de ceulx, 
qui il faysoit bien mal qu'il n'estoit vray, et qui voudroient bien
voyr de la division en ce premier lieu, ainsy qu'ilz l'entretiennent
ez aultres lieux, qui suyvent aprs.

Lors, elle a suivy  dire, qu'elle remercyoit Dieu, de trs bon cueur,
que la disposition de vostre sant et celle de voz affres allassent
trop mieulx qu'on ne le disoit, car avoit entendu que vous estis
encores bien fort maigre et foible; dont vous prioit de ne mesprizer
aulcun bon rgyme, qu'on vous ordonnt, pour vous bien remettre du
tout; et qu'elle avoit bien rejett cest aultre fascheux bruict, de
Mon dict Seigneur le Duc, et des aultres seigneurs, qu'on mestoit au
compte, comme du tout faulx; mais quiquonques l'et invent, c'estoit
bien tout le pis qu'il pouvoit fre contre vostre grandeur et contre
la rputation de voz affres, dont elle avoit ung trs grand playsir
d'estre bien assure qu'il n'en ft rien, et que vous eussis, au
reste, ung si bon desir, conjoinct avec beaucoup d'esprance, que ces
nouveaulx troubles ne passeroient oultre, sellon que proposis
d'adjouxter quelque dclaration  vostre dict pour contanter ceulx de
la nouvelle religion, affin de les mettre en plus de repos, en leurs
maysons; et que surtout elle se conjouyssoit avec Vostre Majest, et
bien fort expciallement avec la Royne, vostre mre, des bonnes
nouvelles qu'avis reues du Roy de Pouloigne, lesquelles elle vous
prioit de croyre qu'elle les santoit, aultant et nullement moins, que
si elle ft sa propre seur de sang, comme elle l'estoit d'estat; mais,
en ce que vous auris veu, depuis, de la responce qu'elle vous avoit
faicte au propos de Monseigneur le Duc, elle croyoit bien que ce ne
seroit pour vous apporter ung si grand contantement comme du cost de
Pouloigne; aussy falloit il qu'il vous y survnt du temprament, de
quelque aultre cost; bien pensoit que ne le jugeris chose de
mespris, et qu'elle verroit maintenant  quelle dellibration Vostre
Majest en voudroit venir.

Et, quand  la descente du comte de Montgommery en France, que
c'estoit chose qu'elle ne savoit, et ne la pouvoit aulcunement
croyre, veu ce qu'elle luy avoit deffandu, lorsqu'elle luy avoit
permis d'aller  Gersey, pour y savoyr nouvelles de ses affres:
qu'il se gardt bien de vous fre, de ce lieu l, non seulement ennuy,
mais de ne vous y donner aulcune souspeon de luy; dont ne luy
pourroit avoyr faict une plus mortelle offance que d'avoyr attempt de
descendre en armes par dell, et qu'elle dsavoueroit le premier
angloys qui le rencontreroit, s'il ne le tuoit, desirant que vous
croys et espris d'elle, Sire, qu'elle, persvrera droictement en
la vraye amity, qu'elle vous a jure, si vous ne commancs de luy
fallir de correspondance.

Et n'ay veu, ny peu nother chose aulcune, de la dicte Dame, qui m'ayt
sembl tendre, sinon  cella mesmes, que je vous ay mand par mes
prcdantes. Et, pour le regard de ce dernier poinct, du comte de
Montgommery, toutz les seigneurs de ce conseil m'ont fermement assur
qu'ilz n'en savoient du tout rien, et ne le pouvoient croyre.
Nantmoins, puisque Mr de Matignon vous l'a mand, il le peut mieulx
savoyr, estant voysin du lieu, que non pas nous, qui en sommes bien
loing, et d'o souvant il fault attandre beaucoup de jours le temps,
premier qu'il en viegne des nouvelles; et quoy que soit, ny en ceste
court, ny en ceste ville, l'on n'en a rien de certein.

Et, au regard de prparer icy une aultre descente de plus grand nombre
d'angloix par dell, soubz colleur d'quipper en guerre plusieurs
navyres marchandz, je say qu'il s'en quippe voyrement quelques ungs,
pour aller en Hespaigne, et en Barbarye, et non ailleurs, bien que je
loue infinyement l'ordre que Vostre Majest a donn de fre advertyr,
par toute la coste, qu'on ayt  s'y tenir sur ses gardes; car, en
nulle faon du monde, se pourroient garder les Angloys, si la guerre
de voz subjectz continue, qu'ilz ne s'en vueillent mesler, tout ainsy
qu'ilz font du cost de Flandres. Mais pourtant je vous supplye trs
humblement, Sire, de ne vous esmouvoir, pour encores, des bruictz et
rapportz qu'on vous pourra donner des dellibrations de de, car ne
se pourra dresser aulcun appareil de guerre, qui soit d'importance,
sans que je vous en donne advis, de quelque temps devant. Et sur ce,
etc.

    Ce IIe jour d'apvril 1574.

   Il y a homme, en ceste ville, qui assure d'avoyr layss le
   comte de Montgommery, le XVIe de mars,  Gerz, et les
   seigneurs de ce conseil jurent qu' tout le moins ne peut il
   estre vray qu'il ayt tir ny poudres, ny amres, ny aulcune
   artillerye, de ce royaulme; et que, si luy mesmes est descendu
   en Normandye, il a si grandement mespris contre la Royne, leur
   Mestresse, et contre son estat, qu'on mettra peyne de l'en
   fre amrement repantir.




CCCLXXIVe DPESCHE

--du VIe jour d'apvril 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Meusnier._)

  Dlibration des seigneurs du conseil sur l'entreprise de
    Montgommery.--Dclaration de la reine d'Angleterre que les
    armemens, faits  Londres, ont pour objet d'observer la flotte
    espagnole qui doit se rendre dans les Pays-Bas.--Nouvelles de
    Flandre et d'cosse.--Disposition favorable d'lisabeth 
    l'gard de Marie Stuart.


    AU ROY.

Sire, aprs que j'ay eu faict ma plaincte  la Royne d'Angleterre de
la descente du comte de Montgommery en Normandye, et de ce que, de
l'isle de Gersey, qui est  elle, il a dress toute son entreprinse
par dell, et en a tir les poudres, les armes, l'artillerye et les
monitions qu'il a voulu, elle a propos le faict en son conseil, avec
dmonstration, sellon qu'on me l'a bien fort assur, qu'elle en estoit
grandement offance. Et Me Pollet, gouverneur de la dicte isle, qui,
plus d'ung moys auparavant, estoit icy, a est appell, lequel s'est
efforc de monstrer qu'il ne pouvoit estre que cella ft vray, et
qu'aulmoins estoit il trs certain que luy, ny son lieutenant, n'en
estoient nullement consentantz. Dont, sur ce doubte, l'on a envoy
devers la comtesse de Montgommery,  Hamptonne, pour en avoyr la
certitude; laquelle a mand qu'elle n'en savoit du tout rien, et que,
si son mary avoit faict ce voyage par dell, qu'il le luy avoit
desrobb, et qu'elle n'avoit eu nouvelles de luy, ny n'en estoient
venues aulcunes de Gersey,  cause du vent contrayre, plus de troys
sepmaynes avoit. Et, l dessus, le dict Pollet a est renvoy  sa
charge pour en donner promptement advis, et n'y a eu celluy, de tout
le dict conseil, qui n'ayt advou  la dicte Dame que le comte auroit
bien fort mespris contre elle, s'il avoit entreprins la dicte
descente, et qu'elle la luy debvoit fre rparer. Et elle a dclar
davantage qu'elle ne vouloit, en faon que ce ft, que hommes, armes,
vaysseaulx, ny nulle aultre assistance sortt de ce royaulme pour
ceulx qui s'estoient eslevez contre Vostre Majest.

Dont je verray, Sire, comme cella s'observera; et en continuant ma
remonstrance du dict de Montgommery, quand la surprinse qu'on dict
qu'il a faicte de Carantan sera mieulx advre par de, et allant
souvant  plaincte pour les aultres supportz, que j'entendray que les
dictz Angloys feront aulx dictz eslevez; qui,  mon advis, ne se
pourront tenir qu'ilz ne leur en facent quelques ungs, je mettray
peyne de vous destourner tout le mal, que je pourray, de ce cost; et
essayeray ce que m'avez mand, de la susdicte comtesse de Montgommery,
ayant cepandant, Sire, prins parolle d'aulcuns principaulx de son
conseil, oultre celle de la dicte Dame, de vous pouvoir assurer,
qu'encor qu'elle prpare des forces, par mer et par terre, et qu'elle
en ayt desj de prestes, que nantmoins sa prsente dellibration
n'est de les employer nullement contre Vostre Majest. Et je say
bien, Sire, que, par icelles, elle, en tout vnement, se veult
trouver pourveue, pour le passage de cette grande arme qui doibt
venir d'Espaigne, au secours des Pays Bas, quand elle arryvera en la
mer de de; et aussy que les choses d'Irlande la pressent assez, et
qu'elle ne se peut jamays tenir assez assure de celles d'Escosse.
Nantmoins la naturelle inclination, que les Angloys ont contre la
France, et leur commune religyon avec ceulx qui ont prins les armes
par dell, me faict vous supplyer trs humblement, Sire, de ne laysser
rien de si expos, de leur cost, que l'occasion les puisse convyer
d'entreprendre; car, encores qu'en toutes les parolles et
dmonstrations de la dicte Dame, si elle n'est bien la plus faulce et
simule princesse de la terre, elle face tout semblant d'avoyr bonne
intention vers Vostre Majest, et mesmes d'estre bien incline au
party de Monseigneur le Duc, vostre frre, s'il advenoit que les
Angloys fissent quelque exploit en France, qui ruscyst, advantageux
pour les prtencions de ce royaulme, indubitablement elle
l'advoueroit; et quand bien elle n'auroit volont de le fre, ses
subjectz l'y contreindroient; dont se fault tenir sur ses gardes.

Les depputez de Flandres continuent de vacquer tousjours  leur
commission, bien qu' dire vray il semble qu'ilz y vont lentement, et
qu'ilz praticquent d'aultres choses d'importance en ceste court,
lesquelles je mettray peyne de savoyr au vray, affin de le vous
mander. Et ayant recherch, jusques au fondz, quelle estoit celle
entreprinse qu'on m'avoit adverty sur Callays, j'ay trouv qu'elle
estoit sur l'scluse, et qu'avec les navyres qui partoient d'Ollande
et les angloys, qui s'embarquoient lors, icy, le dict prince d'Orange
prtandoit d'emporter le dict scluse, et se fre, incontinent aprs,
maistre de Bruges, pour y avoyr encores ung butin plus riche que
celluy de Meldelbourg.

J'ay, ces jours passs, escript, par deux diverses voyes, en Escosse,
et ay mand au Sr de Quelsey la responce que m'avez command de luy
fre. J'espre que, dans peu de jours, j'auray responce des
principaulx seigneurs du pays. J'entendz que le comte de Morthon a
faict appeller le comte d'Arguil pour venir rendre compte d'aulcunes
bagues, qu'il prtend que la comtesse d'Arguil, sa femme, veufve du
feu comte de Mar, retient, de celles de la couronne; et l'a faict
venir au ban pour le fre dclarer forfaict, d'o l'on crainct, icy,
que les armes s'en repreignent par dell. Et le susdict Quelsey m'a
layss, par mmoyre, de supplyer trs humblement Vostre Majest qu'il
vous playse octroyer vostre ordre au dict d'Arguil, ainsy que son feu
pre l'avoit.

J'ay supply, le plus humblement que j'ay peu, la Royne d'Angleterre
de vouloir fre responce  certaynes lettres, que la Royne d'Escosse
luy a escriptes, et l'ay sonde fort doulcement de quelle affection
elle estoit,  ceste heure, vers elle; qui m'a, en trs bonne sorte,
respondu qu'elle luy escriproit, ou aulmoins escriproit au comte de
Cherosbery tout ce qu'elle avoit  luy respondre; et qu'elle vouloit
que je luy escripvisse ardiment qu'elle n'avoit,  prsent, aulcune
aultre nouvelle offance contre elle, que la recordation de celles qui
estoient dj passes; et a command de fre seurement conduyre  la
dicte Dame les coffres et besoignes, et lettres, qui luy estoient
freschement arrives de France. Vray est qu'elle a voulu que ce ayt
est par des serviteurs du dict Sr de Cherosbery, et non par ceulx qui
les avoient mens jusques icy. Sur ce, etc.

    Ce VIe jour d'apvril 1574.




CCCLXXVe DPESCHE

--du XVe jour d'apvril 1574.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Prise de Carentan par Montgommery.--Dsaveu que font les Anglais
    de cette entreprise.--Desir d'lisabeth que l'entrevue soit
    accorde.


    AU ROY.

Sire, le jeudy de la sepmayne saincte, et non plus tost, est arrive 
ceulx cy la certitude de la descente du comte de Montgommery en
Normandye, et de la surprinse qu'il a faicte de Quarantan; et
j'entendz que le mesme advis porte qu'il estoit bien prs d'avoyr
aussy Valoignes, et que Mr de Torcy avoit parl  luy, le XXIIe du
pass, et luy avoit monstr des articles, de la part de Vostre
Majest, aulxquelz il avoit faict la responce, qu'il a mande par
de; et que son frre avoit t tu, de guet  pens, par le
commandement de la Royne. Dont vous puis assurer, Sire, que ceste
princesse et ceulx de son conseil ont faict grande dmonstration
d'estre fort malcontantz du dict comte, et m'avoit est donn
esprance qu'il luy seroit escript de s'en retourner, et d'amander la
faulte qu'il avoit faicte, ou aultrement, que la dicte Dame s'en
ressantiroit; dont suis attandant ce qu'elle y voudra fre, car n'a
encores bien rsolu, en son conseil, comme y procder. Et je vous
supplye trs humblement, Sire, vous souvenir comme, ds le
commancement de janvyer, je vous advertys du voyage du dict de
Montgommery  Gers, et comme il falloit que le fissis observer de
dell, parce qu'il estoit tout auprs de vostre coste, et bien fort
esloign d'icy, et que mandissis advertyr, tout au long des places de
la mer, de se tenir bien sur ses gardes; dont je fus infinyement ayse,
par une dpesche du moys de febvrier dernier, que Vostre Majest me
mandoit d'y avoyr trs bien pourveu.

Or, Sire, ce que j'estime pouvoir maintenant fre est de retenir ceste
princesse, et pareillement ceulx de voz subjectz, qui sont encores par
de, le plus que je pourray, en vostre dvotion, et garder qu'ilz ne
suyvent ny favorisent l'entreprinse du dict de Montgommery. En quoy
j'ay faict desj, et continueray ordinayrement de fre, les plus
exprs et les plus ardentz offices qu'il me sera possible. Et, quand 
l'heure prsente, je ne saurois desirer rien de mieulx, de ceste
princesse, que ce que sa parolle et tout son semblant monstrent de
vouloir fre bonnement pour vous, en l'occurrence de voz prsentz
affres; et que, pourveu que luy facis savoyr, ou bien qu'elle
puisse cognoistre ce que desirs d'elle, elle promet de trs
volontiers s'y employer.

Ung de ses principaulx conseillers, sur une nostre prive
communicquation, m'a faict savoyr que la dicte Dame et ceulx de son
conseil ne furent oncques mieulx disposs qu' prsent au propos du
mariage, parce qu'ilz prvoyent, plus que jamays, par une occulte
ncessit qui est dans cest estat, qu'elle et toutz eulx sont ruyns,
si elle ne se marye. Et nantmoins il leur semble que le docteur Dayl
y a senty du rfroydissement, de vostre cost, non que les termes,
dont Vostre Majest et la Royne, vostre mre, luy avez uz, en sa
dernire audience, n'ayent est bons et fonds en rayson, mais il luy
a sembl n'y avoyr cognu la mesmes affection que devant; et qu'icelluy
conseiller desireroit, au cas que Voz Majestez ne peussent, pour
encores, s'approcher de ceste frontyre, qu'elles fissent aulmoins
venir Mon dict Seigneur le Duc  ceste entrevue prive; o il me
pouvoit assurer qu'il seroit receuilly et reu de bon cueur; et que
desj ceste princesse avoit prpar ce qui faysoit besoing pour aller
l o elle prtandoit de le rencontrer; et, quoy que ce soit, il me
vouloit assurer, sur son honneur et sur le pril de son me, que la
dicte Dame ny ceulx de son conseil n'estoient consantz, ny savantz,
de l'entreprinse du dict de Montgonmery, ains se tenoient fort
offancs de ce qu'il l'avoit faicte; et que c'estoit chose trs
assure qu'il n'avoit admen ny hommes, ny monitions aulcunes, de ce
royaulme, et n'en tireroit la valeur d'ung soul; comme  la vrit,
Sire, sellon le rapport que j'ay de l'estat du pays d'Ouest, il ne s'y
prpare, pour encores, rien en faveur de luy. Et sur ce, etc.

    Ce XVe jour d'apvril 1574.




CCCLXXVIe DPESCHE

--du XIXe jour d'apvril 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Motifs qui ont engag Montgommery  reprendre les armes.--Ses
    instances pour obtenir des secours.--Nouvelle de la fuite du
    prince de Cond.--Ngociation faite, au nom de La Noue, auprs
    des Anglais et du prince d'Orange, pour qu'ils portent des
    secours  la Rochelle.--Armemens des Anglais, qui se tiennent
    prts  profiter des troubles de France.--Ncessit de
    reprendre la ngociation du mariage.--Effet produit  Londres
    par la nouvelle de l'arrestation du duc d'Alenon et du roi de
    Navarre.


    AU ROY.

Sire, par des lettres, que le comte de Montgommery a escriptes en
ceste court, il s'est voulu justiffier, de sa descente en Normandye,
sur des advertissementz qu'il assure luy avoyr est donns, de bon
lieu, comme l'entreprinse estoit faicte de le tuer, de voye de faict
ou par poyson, dans Gersey, et que, d'ailleurs, la Royne d'Angleterre
avoit suspecte sa demeure au dict lieu; dont il avoit mieulx aym
aller exposer sa vye, avec ceulx qui estoient en armes en France, que
demeurer en ceste peyne, entendant mesmement qu'ilz monstroient de ne
les avoyr prinses que pour deffandre leur religyon, et pour viter une
gnralle excution qu'on avoit dcrette contre eulx; et supplioyt
ses amys et parantz de luy moyenner quelques forces, de icy, pour le
secourir, et des vaysseaulx pour courre la mer, en son nom, et pour
fre quelque surprinse par dell, o il s'en trouveroit la commodict.
A quoy il n'a est encores respondu, et ne seroient ses instances pour
produyre de grandz effectz, n'estoit tant de choses qu'on publie, si
advantageuses pour les eslevez, que cella esmeut bien fort les
Angloys d'accourir  leur guerre; en quoy n'est de petit moment la
fuyte, qu'on assure estre vraye, du Prince de Cond, qui a layss la
charge que luy aviez donne en Picardye, pour se retirer ou en
Allemaigue, ou avec eulx. Et, d'ailleurs, Sire, Mr de La Noue a envoy
icy son ministre, Textor, lequel il a faict passer  la Rochelle pour
y prendre mmoyres et instructions; et n'a est sitost arryv en ceste
ville, que le ministre Villiers, et Bobineau, agent de la Rochelle, et
avec eulx Calnar, agent du prince d'Orange, l'ont men vers aulcuns
seigneurs de ce conseil,  la court, o il a ngoci bien fort
privment avec eulx. Et luy a l'on eu de tant plus de foy qu'il a
apport lettres de fort expresse recommandation du dict Sr de La Noue
 Mr de Walsingam; ensemble, ainsy que j'entendz, certayne moicty de
quelques enseignes, que les susdicts de La Noue et de Valsingam
s'estoient d'autrefoys my parties entre eulx pour signe de crdict, 
celluy par qui ilz les envoyeroient l'ung  l'aultre.

Et je souspeonne fort que la ngociation n'est lgre, ny de peu
d'importance; de laquelle ce que j'en descouvre, pour ce commancement,
est que icelluy Textor rejette bien loing toutz moyens et propos de
paix; et qu'il demande assistance d'armes, de poudres et de vivres,
offrant, en eschange, du sel et du vin, et aultres marchandises, et
pareillement demande quelques vaysseaulx armez. En quoy semble que,
pour ce poinct, des vaysseaulx, il traicte aussy avec le dict Calnar
d'en avoyr du prince d'Orange; et est en grande esprance qu'il en
imptrera d'icy, avec les aultres choses qu'il requiert, et que, de
ceulx du dict prince, il les a desj toutz assurs.

Or, Sire, ayant descouvert ces choses, je m'efforce, par toutz les
meilleurs moyens que je puis, et m'efforceray,  toute heure, d'en
traverser les effectz, et, possible, en interrompray je la pluspart;
mais de ce qui en pourra eschaper,  la desrobe ou soubz aultres
prtextes, je me trouve aussy perplex que j'ay est, les aultres foys,
de le pouvoir empescher; mesmement que je viens d'entendre que ceulx
cy ont faict rsolution d'armer toutz leurs grands navyres, et de
mettre bientost les meilleures et les plus gaillardes forces, qu'ilz
ayent, en mer, soubz colleur d'assurer ceste coste contre le passage
de l'arme d'Espaigne, bien que le depput de Flandres, qui m'est
venu, ces jours icy, visiter, m'ayt dict qu'il a eu une trs bonne et
fort favorable responce de ceste princesse, quand il l'a prie de
vouloir concder le passage libre et seur, ez rades et portz
d'Angleterre, pour l'arme d'Espaigne. Dont semble, Sire, suyvant
les prcdantz advis que je vous ay mands, qu'il ne sera que bon
qu'ayez aulcunement suspect, et pourvoys, le mieulx que pourrs,
que cest armement ne vous puisse nuyre, non que je descouvre en ceste
princesse ny aulx siens, pour encores, aulcune sinistre intention
contre Voz Majestez. Et seulement je les voy un peu altrez de ce
resfroidissement, qu'il leur semble sentir en Voz Majestez Trs
Chrestiennes et Monseigneur le Duc, vers le propos du mariage; duquel,
si ne mandez bientost quelque bonne responce, il y a grand danger
qu'ilz n'accordent du tout, et ne concluent de bien grandes et
estroictes intelligences avec le Roy d'Espaigne, m'ayant ung
personnage d'authorit, et bien fort principal de ceste court, mand
que, si bientost le party de Mon dict Seigneur le Duc ne se rsoult,
et l'entrevue ne se fait, qu'il n'en faudra jamays plus parler; car
ung aultre propos sera substitu en lieu d'icelluy. Et sur ce, etc.

    Ce XIXe jour d'apvril 1574.

   Comme je voulois clorre la prsente, les seigneurs de ce
   conseil m'ont envoy dire que le pacquet de leur ambassadeur
   estoit arryv; par o ilz avoient sceu que la fiebvre quarte
   avoit reprins Vostre Majest, et qu'il y avoit grand trouble
   en vostre court,  l'occasion de certaynes praticques qui
   s'estoient descouvertes; dont aulcuns gentilhommes avoient
   est constitus prisonniers, et Monseigneur le Duc et le Roy
   de Navarre mis en arrest, et voz gardes renforcs, et logs
   dedans le chasteau de Vincennes, et que tout y estoit si
   resserr qu' peyne avoit peu savoyr, le dict ambassadeur,
   qu'est ce que se faysoit dedans; dont iceulx du dict conseil
   dploroient le prsent estat de voz affres. De laquelle
   nouvelle, Sire, ceste court, avec toute ceste ville, sont si
   pleines, et y faict on dessus tant de nouveaulx desseings que
   j'en suis en trs grande peyne. Dieu veuille que ce qu'ilz
   disent, et ce qu'ilz proposent, se trouve,  la fin, tout
   vain.




CCCLXXVIIe DPESCHE

--du XXIIIIe jour d'apvril 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne Jumeau._)

  Audience.--Retard apport  la rponse du roi, sur l'entrevue,
    par les nouveaux vnemens de France.--Reproche adress, en
    France,  la reine d'Angleterre d'avoir favoris l'expdition
    de Montgommery, et tremp dans le complot de Saint-Germain.--Sa
    justification.--Demandes faites par l'ambassadeur de la
    confirmation de la ligue, du secours promis par le trait
    d'alliance, et du dsistement de l'entreprise de Montgommery,
    ou de la remise au roi de sa femme et de ses
    enfans.--Protestation que l'on doit avoir confiance dans le
    desir du roi d'accommoder les affaires de la religion en
    France.--Consentement donn par lisabeth  toutes ces
    demandes.--Dlibration des seigneurs d'Angleterre.--Conseil
    donn par lisabeth au roi d'user de rigueur contre les auteurs
    du complot de Saint--Germain.--_Mmoire._ tat des forces de
    Montgommery et de La Noue: dtails de leurs ngociations en
    Angleterre.--Avis d'une entreprise projete contre Dieppe.


    AU ROY.

Sire, j'ay est, le XXe de ce moys, donner les bonnes pasques  la
Royne d'Angleterre, et luy ay dict que j'avoys expressment diffr,
cinq ou six jours, de venir fre ce debvoir vers elle, pour attendre
qu'il m'arryvt quelque dpesche de France; car Vostre Majest n'avoit
accoustum, ny la Royne, vostre mre, ny pareillement Monseigneur le
Duc, d'estre tant longtemps sans me mander de voz nouvelles, affin
d'en fre tousjours part  la dicte Dame, ny sans me commander de vous
escripre souvant des siennes. Dont il pouvoit bien estre qu'il y et
quelque chose de ce trouble qu'on publioit de vostre court, qui vous
retardoit ainsy; mais que je la supplioys bien de ne croyre que le
tout ft vray, car il se cognoissoit facillement que la pluspart de ce
qu'on en avoit escript estoit plus recueilly de la paillasse que prins
du cabinet; et que n'ayant de quoy traicter maintenant avec elle sur
des lettres fresches, je luy racompterois ce que me commandis par voz
prcdentes, du XXIIIe du pass: c'est que vous desiris qu'elle ne
voult interprter, sinon  bien, qu'au partir de Saint Germain vous
n'eussis prins le chemin de Picardye, comme vous luy aviez promis de
le fre, Car avis est contrainct de retourner vers Paris, pour
pourvoir aux affres qui vous estoient survenus; dont la supplyois
qu'elle vous voult ung peu proroger le temps de l'entrevue, avec
promesse que vous la luy viendris accomplyr, en la faon qu'elle la
vous accordoit,  la premire sallie que feris des environs de Paris,
aprs qu'auris restably la paciffication de vostre royaulme. Et
cependant vous voulis seulement imptrer d'elle que Mon dict Seigneur
le Duc pet mener quelques seigneurs et gentilshommes, non en grand
nombre, mais de bonne qualit, quand il passeroit de de, affin de
pouvoir plus honnorablement comparoir en sa prsence.

Elle m'a respondu qu'elle me remercyoit infinyement des bonnes pasques
que j'estois venu luy donner, lesquelles luy seroient ung passage 
plus d'heur, puisque je le luy souhaytois, et qu'elle regrettoit, du
plus profond de son me, que les vostres ne vous eussent est ainsy
joyeuses et pleynes de repos comme elle les vous desiroit, et qu'elle
n'avoit peu contenir ses larmes, au rcit, de ce qu'on luy avoit
escript, du trouble que vous avis en voz affres publicques de vostre
royaulme, et aulx privs de vostre mayson; et que, sellon l'exemple,
non trop vieulx, mais bien fort calamiteux, qu'elle avoit en ses
cronicques, de la ruyne d'aulcuns roys et des frres des roys
d'Angleterre, ses prdcesseurs, par la division, en quoy aulcuns
ambicieux subjectz, et pleins de passion, les avoient entretenus,
lesquels en avoient est eulx mesmes les premiers ruyns, elle vous
supplyoit, de tout son cueur, Sire, que voulussis procder sagement,
et par les prudentz advis de la Royne, vostre mre, et par meure
dellibration du conseil, sans aulcune perturbation d'esprit, 
l'examen de cest affre; et que, de vous proroger l'entrevue, elle ne
le vous voudroit pas refuzer; mais pensoit que les choses se
trouveroient changes, et qu'elle n'avoit garde de recevoyr vers elle
ce que vous jugeris digne d'estre banny de vous.

Je luy ay rplicqu qu'elle se pouvoit promectre d'avoir aultres
nouvelles, et trop meilleures, par la procheyne dpesche qui viendroit
de Vostre Majest, que celles qu'on luy avoit escriptes; et, comment
qu'il en ft, que je savoys bien que vous luy feris part de la vraye
vrit du tout. Et ay adjouxt qu'elle voyoit bien comme il playsoit 
Dieu de vous succiter beaucoup d'affres, par la prsumption et trop
grande licence d'aulcuns de voz subjectz, dont aviez besoing, plus
que jamays, d'estre consol et assist des princes de vostre alliance;
et que je la supplioys de ne vous vouloir maintenant deffalir, sellon
que, en telles grandes occasions, les bonnes et royalles, et
gnreuses amitys, comme estoit la sienne, se savoient bien
monstrer; et qu'elle vous ft sentir,  bon esciant, qu'il ne vous
failloit recourir, pour tous ces accidantz,  nulle meilleure ny plus
certeyne confdration que celle qu'elle vous avoit jure, affin que,
vous tenant ferme  icelle, vous n'eussis occasion de vous unir, ny
vous obliger,  nul aultre nouveau party;

Et que j'avoys ung extrme regret que le comte de Montgommery et
ainsy entreprins d'aller, de l'isle de Gersey, qui estoit  elle,
surprendre une de voz places en Normandye, sans considrer le tort
qu'il succitoit  la ligue d'entre Voz Majestez, et l'interromption
qu'il mettoit au commerce de voz deux royaulmes, et le prjudice qu'il
faysoit au bon propos du mariage. Dont je l'avoys desj supplye que,
pour tesmoigner du dplaysir qu'elle en avoit, elle luy voult mander
de se dpartir de son entreprinse, et rparer sa faulte, ou
qu'aultrement elle vous mettroit sa femme et ses enfantz entre voz
mains; et qu'il y avoit deux personnages, de bonne qualit, en
Normandye, qui m'avoient escript que, par aulcuns propos du dict de
Montgommery, et aultres divers argumentz, il y avoit grande apparance
que la dicte Dame et sceu et tenu la main  l'entreprinse du dict de
Montgommery, et davantage qu'elle et adhr  ceulx qui, peu
auparavant, avoient atiltr leur rendez vous prs de St Germain, pour
surpendre Vostre Majest.

Sur quoy, je l'assurois de vous avoyr escript, Sire, que, si rien de
semblable vous estoit rapport, que je vous supplioys trs humblement
de ne le croyre, car je me voulois soubmettre  telle punition de
mort, qu'il vous plerroit me condampner, qu'elle ny ceulx de son
conseil n'avoient est consentz ny savantz de l'une ny de l'autre
entreprinse, cognoissant qu'elle avoit le cueur si royal et la
conscience si bonne, et avoit en si grande recommandation sa parolle,
son honneur et la droicture, qu'elle ne voudroit, pour chose du monde,
avoyr faulc les promesses et les serrementz de vostre dernier
traict, ny vous avoyr rendu, en eschange de la grande amity que luy
portis, et du pourchas que fesis de son alliance, ung tel trt
d'ingrate et d'ennemye princesse, oultre que les mutuelles lettres,
qu'aviez de la main l'ung de l'aultre, vous debvoient assurer de
toutes semblables souspeons d'entre vous; et qu'elle jugoit assez que
ceste reprinse d'armes de voz subjectz estoit si inicque qu'elle ne
mritoit d'estre favorize, ains d'estre mortellement poursuivye de
toutz les honnorables princes du monde, sellon que je la supplioys de
considrer qu'il ne pouvoit estre rien de plus injuste que de ne
vouloir avoyr esgard que Vostre Majest, ayant ung royaulme compos de
beaucoup de grandz princes et seigneurs, et de beaucoup de noblesse,
et d'ung grand nombre de prlatz et gentz d'glise, et de plusieurs
bonnes et puissantes villes, de sept ou huict parlementz, et d'une
infinit de subjectz toutz catholicques, lesquelz ne falloit doubter
que n'eussent en grande rvrance l'glise romaine, s'ilz voyoient
qu'advantagissiez par trop les Protestantz, il n'y et danger qu'ilz
prnssent ung party tout contrayre  celle naturelle affection et vray
amour qu'ilz vous portoient. Dont falloit qu'ilz se contentassent de
ce que bonnement pouviez fre pour eulx, sans mettre vostre estat en
danger; et que, s'ilz n'eussent aulmoins fond leur reprinse d'armes,
sinon sur l'instance d'estre mieulx accomodez de l'exercice de leur
religion, sellon que, par le dernier dict de la Rochelle, il ne leur
y estoit assez suffizamment pourveu, bien que, pour nulle occasion du
monde, les subjectz doibvent jamays recourir aulx armes en l'endroict
de leur prince, si seroient ilz encores plus tolrables que de
collorer leur grand meffaict, par ung aultre plus grand, de calompnier
vostre rputation, qu'ayez voulu, contre votre parolle, surprendre la
Rochelle, et dcrt une gnralle excution contre eux; chose que la
dicte Dame pouvoit juger, par les aultres occasions et grandz
empeschementz o vous estis lors occup, tant de vostre malladye que
de l'expdition du Roy de Pouloigne, vostre frre, et de son passage
par l'Allemaigne, et de l'avoyr franchement commis  la foy des
Protestantz, et vous estre quasy du tout dsarm, l o ilz
demeuroient avec une puissante arme en Languedoc, et d'avoyr approuv
l'excution que ceulx de la Rochelle avoient faicte contre ceulx
qu'ilz accusoient de la conspiration, bien qu'ilz s'en soient purgez 
leur mort, et l'ayent prinse  leur dampnation au cas qu'il ft vray,
et d'avoyr, en mesme temps, poursuivy, avec plus d'affection que
jamays, le propos du mariage d'entre elle et Monseigneur le Duc,
combien leur prtexte avoit peu d'apparance de vrit:

Et que pourtant je la supplioys qu'elle me voult accorder quatre
choses; esquelles le droict et l'honnestet l'obligoyent vers Vostre
Majest: l'une estoit de vous assurer, avec effect, de la confirmation
et entretnement de la ligue que vous aviez avec elle, affin que
n'eussiez occasion d'en chercher de nouvelle ailleurs; l'aultre,
qu'elle vous offrt l'assistance, en quoy la dicte ligue l'obligoit
vers vous, et la dnyt du tout aulx eslevez, de sorte qu'en nulle
faon du monde, ny ouverte, ny dissimule, ilz ne peussent tirer
aulcun secours d'elle ny de son royaulme; la tierce estoit de faire
despartir le comte de Montgommery de son entreprinse, ou bien remettre
sa femme et ses enfantz entre voz mains, et qu' cest effect elle ft
arrester sa famille; et la quatriesme, qu'elle voult ainsy juger de
Vostre Majest, comme d'ung prince qui vouloit bien traicter toutz ses
subjectz, et accommoder, avec toute seuret, en l'exercice de leur
nouvelle religyon, ceulx qui en estoient, aultant que, sans altrer
l'estat de vostre couronne, vous le pourriez fre.

Qui a est ung propos, Sire, que, sur aulcuns advis qu'on m'a donns,
de bonne part, j'ay estim estre ncessayre que je tnse  la dicte
Dame.

Et elle m'a respondu qu'elle rputoit  ung trs bon office que je
vous eusse ainsy escript  la descharge d'elle et de ses conseillers,
et qu'elle appeloit Dieu  tesmoing, et le prioit de fre tomber sur
elle la punition de mort,  quoy je m'estois soubmis vers vous, au cas
qu'elle ny eulx eussent eu aulcune participation aulx entreprinses de
voz eslevez, et que les choses que je luy demandois estoient si
raysonnables qu'elle n'en vouloit refuzer pas une; mesmes elle avoit
pens de vous envoyer ung gentilhomme pour les vous offrir; ou bien,
encores mieulx que cella: tant y a qu'elle considroit de ne se
debvoir trop ingrer en ceste cause, laquelle sembloit aulcunement
appartenir  sa religyon, de peur que, possible, vous eussis son
office plus suspect que agrable, nantmoins qu'elle vous prioit, de
tout son cueur, d'adviser qu'est ce qu'il vous plerroit qu'elle ft
pour vous, en la prsente occasion de voz affres, et qu'elle vous
promectoit devant Dieu que, droictement et de bonne affection, elle
s'y employeroit.

Et, sur ce, m'a renvoy aulx seigneurs de son conseil, en l'assemble
desquelz j'ay propos les mesmes choses que j'avoys faict  elle. Et
eulx, aprs aulcunes excuses de l'occasion que les eslevez avoient de
souspeonner le danger de leurs vyes et de leur religyon, m'ont
protest, avec grands srementz, d'estre innocentz de toutes leurs
entreprinses, et que, non seulement ilz estoient marris, mais qu'ilz
dploroient la dsolation de vostre royaulme, et que, pour le bien de
leur Mestresse et de sa couronne, ilz voudroient viter, de tout leur
pouvoir, la diminution de vostre grandeur; dont, en ce qu'ilz auroient
moyen de la relever et conserver, ilz seroient prestz de s'y employer
trs volontiers, en la faon que leur Mestresse le leur commanderoit.

Et m'estant, le jour aprs, arryve la petite dpesche, que Vostre
Majest m'a faicte, du Xe du prsent, laquelle a est onze jours en
chemin, je n'ay eu, par icelle, que adjouxter  ma prcdente
ngociation, ny de quoy leur respondre rien de plus certain sur les
particullaritez dont ils m'interrogeoient, que auparavant. Dont j'ay
advis de ne retourner vers elle jusques  la venue de mon secrettre,
mais bien leur ay envoy comunicquer la plus petite des deux lettres
de Vostre Majest, et celle de Monseigneur le Duc, affin qu'ilz
vissent que les choses n'alloient de la faon qu'on les leur avoit
escriptes. Sur ce, etc.

    Ce XXIVe jour d'apvril 1574.


    A LA ROYNE.

Madame, ez propos que la Royne d'Angleterre m'a ceste foys tenus, elle
a monstr,  bon escient, qu'elle portoit peyne du trouble de voz
affres, et plus de ceulx qu'on luy avoit mand estre survenuz en
vostre court que des aultres du royaulme; dont m'a faict les honnestes
responces que je mectz en la lettre du Roy; et encores d'aultres,
touchant les grandes preuves, que Dieu faict voyr au monde, de vostre
grande prudence et de vostre vertu, mettant souvant l'une et l'aultre
 des essays si dangereux qu'ung chascun s'esmerveille comme il est
possible de vous en desmeller; et nantmoins qu'il vous en faict
tousjours venir au dessus. En quoy, si son opinyon vous pouvoit
sembler aussy bonne comme elle est loyalle et pleyne d'amity, elle
vous conseilleroit que fissis si svrement punir ceulx, que
trouveris coupables de ces dsordres, qu'il servt d'exemple aulx
aultres. Et le comte de Lestre, sellon qu'on m'a rapport, a faict,
sur ces nouveaulx accidantz, de bien fort dignes offices vers la dicte
Dame et dans ce conseil; et a dclar qu'il aymeroit mieulx avoyr
perdu vingt mille escuz du sien, que si Voz Majestez Trs Chrestiennes
avoient reeu de Monseigneur le Duc, ny du Roy de Navarre, le
dplaysir qu'on leur avoit escript. Si Vostre Majest a agrable que
la dicte Dame envoye, vers le Roy, ung gentilhomme pour les
complimentz que pourris desirer d'elle, en ce temps, il m'a sembl
avoyr comprins d'elle qu'elle le fera trs volontiers. Sur ce, etc.

    Ce XXIVe jour d'apvril 1574.


   OULTRE LES DEUX PRCDANTES LETTRES, le mmoyre, qui s'ensuit,
   a est adjouxt  la dpche:

   Que le comte de Montgommery a escript, du XIIe de ce moys,  la
   comtesse, sa femme, comme il luy envoyoit la femme de son filz,
   et qu'elle ne ft plus en peyne de l'ung ny de l'aultre, car
   leur entreprinse alloit trs bien;

   Qu'il avoit deux mille cinq centz bons hommes de pied et
   envyron six centz chevaulx;

   Que La Noue luy avoyt escript qu'il mt peyne de le venir
   bientost joindre, par le passage qu'il savoit: et ne le
   nommoit pas.

   Lequel La Noue avoit de cinq  six mille hommes de pied, et
   envyron mille chevaulx, et assuroit que tout le Poictou, tant
   Papistes que Huguenotz, estoient unanimes avecques luy.

   Que le dict de Montgommery esproit avoyr bientost prins le
   chasteau de Valongnes, parce que, par un garon qui alloit
   haster le secours, il avoit sceu qu'il n'y avoit plus munition,
   ny de guerre, ny de bouche, dedans;

   Qu'il prioit la dicte comtesse de fre advertyr les soldats
   franoys, et aultres, de de, qui avoient intention de l'aller
   trouver, qu'ilz se hastassent, pendant qu'il estoit prs de la
   mer, parce que, quand il auroit march en pays, il seroit
   difficile de se pouvoir conduyre jusques  luy;

   Que, par des lettres de la Rochelle, du premier, de ce moys,
   lesquelles le Sr de La Mothe Fnlon a trouv moyen de voyr,
   semble que le ministre Textor ayt est seulement dpesch par
   de, de la part du dict La Noue; et que, passant au dict lieu
   de la Rochelle, il ne luy ayt est donn aulcune instruction,
   ny mmoyres, par les habitans; lesquelz monstrent que ceste
   reprinse d'armes ne leur plaist; et ne s'y joignent qu'
   regret, se contantantz de l'dict qui est favorable pour eulx,
   et qu'ilz sentent qu'il y a, je ne say quoy, de trop maulvais,
   et du dsordre beaucoup dans le fondz de l'entreprinse, dont
   n'en esprent bien.

   Nantmoins leur agent, qui est icy, s'est envoy excuser, vers
   le dict Sr de La Mothe, s'il n'alloit plus le visiter comme
   auparavant, parce que les choses estoient changes, et qu'on
   s'estoit, de rechef, esmeu en France pour la cause gnralle de
   la religion; de laquelle il pensoit que ceulx de sa ville ne se
   voudroient sparer.

   Celluy, que le dict de La Mothe a faict nommer  Leurs Majestez
   par le Sr de Vassal, assure fort qu'il a beaucoup de moyen en
   la dicte ville, et parmy toute la noblesse du Poictou, de leur
   fre accepter les honnestes conditions de paix qu'il playra au
   Roy leur offrir, et s'en faict fort, ne luy manquant mulation,
   ny comptence contre les aultres chefz, et promet de fre ung
   trs grand et loyal service  Sa Majest.

   Que le susdict ministre Textor, aprs avoyr ngocy en ceste
   court, est pass en Ollande, et va trouver le comte Ludovic, de
   la part du dict La Noue, ce qui monstre que les Allemans et
   Flammantz, et Angloys, protestantz, sont de mesmes intelligence
   avec les Huguenotz, et qu'il y a quelque secrette confdration
   entre toutz eulx;  laquelle l'on contrainct ceste princesse de
   secrettement y adhrer, sur l'impression qu'on luy donne que le
   Roy s'est de nouveau ligu, avec le Pape et le Roy d'Espaigne,
   contre les dicts Protestantz et contre elle;

   Qu'il n'y a chose que le dict Textor rejette plus loing que
   toutz propos de paix, et dict qu'on n'a garde de poser ceste
   foys les armes, sans avoyr bien accommod et estably, avec
   toute seuret, le faict de leur religyon: dont semble que le
   Roy doibt prparer ses forces pour n'estre contrainct de ses
   subjectz, ains pour les contraindre, eulx, d'accepter, de luy,
   les condicions qu'il leur voudra bailler;

   Que plusieurs particulliers, icy, font provision d'armes et de
   monitions de guerre, que le dict de La Mothe souspeonne estre
   pour en accomoder le dict de Montgommery; et se dict que
   envyron quatre centz gentilshommes, ou soldatz, anglois, se
   prparent pour l'aller trouver,  quoy icelluy de la Mothe
   s'opposera, le plus qu'il luy sera possible;

   Que le cappitaine Girons, de Dieppe, a une entreprinse d'aller,
   avec quelques siens navyres de guerre, brusler la Salamandre,
   et aultres vaisseaulx, qui sont dans le hvre de Dieppe, et
   mettre le feu dans la ville, s'il peut, affin d'essayer si, par
   ce dsordre, il pourroit surprendre le chasteau:  quoy le dict
   de La Mothe a mand, par deux voyes,  Mr de Sigoignes, d'y
   prendre garde;

   Que le vidame de Chartres promect bien tousjours de ne
   s'entremettre de rien contre le service du Roy. Nantmoins il
   semble que la ncessit le contreigne de sortir d'icy, et qu'il
   dellibre d'aller trouver le prince d'Orange ou le comte
   Palatin; dont le dict de La Mothe l'a pri de ne vouloir
   partir, sans le fre savoyr au Roy: et il luy a dissimul
   qu'il et volont de s'en aller.




CCCLXXVIIIe DPESCHE

--du dernier jour d'apvril 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Nouveaux dtails de la prcdente audience---Efforts de
    l'ambassadeur pour rassurer lisabeth sur la crainte d'une
    ligue, forme contre elle, par le roi et le roi
    d'Espagne.--Grands armemens faits  Londres.--Nouvelles
    d'Irlande.--Secours prpar pour Montgommery.--Projet
    d'lisabeth d'envoyer un dput en France.


    AU ROY.

Sire, je vous ay mand, par mes prcdentes, comme, entre aulcuns
propos de ma dernire audience, la Royne d'Angleterre m'avoit touch,
en passant, qu'on avoit opinyon que Vostre Majest s'estoit, de
nouveau, ligu avec le Roy d'Espaigne contre les Protestantz; et que,
sans la faveur et assistance qu'aviez promis de luy fre, il n'et
poinct entreprins d'envoyer son arme de mer par de, parce qu'il n'y
avoit pas ung port qui ft  sa dvotion. A quoy ma responce a est
que Vous, Sire, et luy, pareillement, aviez assez  fre, chascun en
vostre propre estat, sans vous obliger, ny vous entremettre, de celluy
de l'aultre, et que voz prtancions estoient diverses, tendans, les
vostres, principallement  troys choses:  bien assurer la paix en
vostre royaulme, bien establyr les affres du Roy de Pouloigne, vostre
frre, et conduyre  quelque bonne fin le propos que pourchasss
d'elle avec Monseigneur le Duc, vostre aultre frre; et qu'en tout
cella Vostre Majest n'avoit besoing de se liguer contre les
Protestantz; et que le Roy d'Espaigne prtandoit, de son cost, de
saulver ses Pays Ras, et de soubstenir la guerre contre le Turc; dont
elle pouvoit voyr que vostre intrest et le sien n'avoient rien de
commun; et que vous estis entr en ligue avec elle, en laquelle, si
elle vouloit bonnement et droictement persister, vous n'aviez garde
d'en chercher d'autre, mais, s'il vous apparoissoit qu'en lieu de vous
ayder, elle s'effort ouvertement, ou soubz main, de vous nuyre,
qu'elle vous donroit grande occasion de rechercher le Roy d'Espaigne,
et de prendre party avecques luy; nantmoins que je ne pensois qu'il y
et,  prsent, aultre chose, entre vous deux, sinon, possible, qu'il
vous avoit demand le passaige libre pour son arme, comme j'estimois
qu'aussy avoit il faict  elle, et que,  mon advis, ny vous, ny elle,
ne voudris, en une si juste entreprinse, comme sembloit estre la
sienne, le luy refuzer.

Elle m'a rplicqu que, voyrement, luy avoit, le Sr de Sueneguen,
depuis huict jours en , parl du dict passage, et luy en avoit
baill lettre de son Maistre; et qu'elle luy avoit respondu qu'elle
s'esbahyssoit par trop comme, en tant d'ouverte amity, que le Roy
d'Espaigne luy monstroit, il luy portoit une si occulte inimyti que
d'entretenir et extipendier ses rebelles, en ses pays, et mesmes qu'il
les retiroit prs de luy, ainsy comme,  prsent, elle entendoit qu'il
avoit faict venir en Espaigne Wesmerland, Acres, Merley, et aultres,
leurs semblables; et qu'elle me vouloit dire, en ung mot, qu'elle ne
creignoit nullement le Roy d'Espaigne, et qu'elle avoit desj pourveu
qu'il ne luy pet, avec sa grande arme qu'il prparoit, ny avec ses
nouvelles ligues, ny avec l'intelligence de ses rebelles, fre aulcun
dommage.

Dont j'entendz, Sire, qu'elle a mand renforcer d'armes et
d'artillerye, d'hommes et de monitions, toutz les forts, qui sont le
long de la coste, et toutz les portz de ce royaulme, et ordonn de
mettre en mer toutz ses grandz navyres, except seulement quatre; et
qu'il en sortira six, devant le XVe de may, avitaills pour deux moys,
ainsy que desj l'on faict venir trois mille marinyers pour mettre
dessus; et, dans le Xe de juing, sortiront les aultres XVIII
avitaills pour ung moys; mais toutz extrmement bien pourveus de
toutes choses ncessayres pour ung combat. Nantmoins elle n'a ordonn
encores, pour toute ceste dpence, que trente cinq mille escus,
d'extraordinayre, l o il en fault quatre vingtz mille, si toutz les
navyres sortent, oultre le coust des poudres. Et plusieurs
particulliers,  la chaleur de cest armement, arment aussy en divers
endroictz de ce royaulme. Ce qui semble requrir, Sire, que, le long
de vostre coste, l'on soit adverty de mettre toutes choses en bon
estat et de s'y tenir sur ses gardes.

Au regard des choses d'Irlande, il semble que ceste princesse les
veuille terminer par accord, et,  cest effect, elle a envoy, ez
archives de Windesor, fre chercher certaynes capitulations, faictes
envyron l'an quarante cinq, par aulcuns principaulx O'Nels du pays,
avec le feu Roy Henry, son pre, affin de les renouveller avec eulx.

Et quand aulx choses de France, le jeune La Moyssonnyre, normand,
s'appreste, le plus secrettement qu'il peut, pour aller trouver le
comte de Montgommery, avec quarante ou cinquante franoys qu'il
ramasse par de. Et, au reste, il ne se remue rien,  prsent, entre
les Angloys, de ceste matyre, attandant que les nouvelles, qui
viendront, tant de vostre court, que du cost des eslevez, leur
monstrent comme s'y gouverner; dont je prie Dieu qu'elles soient
sellon vostre desir. Et sur ce, etc.

    Ce XXXe jour d'apvril 1574.


   _Par postille  la lettre prcdente._

   Je viens, tout  ceste heure, d'estre adverty que, sur une
   dpesche, qui est arryve du docteur Dayl, ceste princesse a
   prins une soubdayne rsolution de vous envoyer, dans deux ou
   trois jours, ung gentilhomme. Je mettray peyne d'entendre, le
   plus avant que je pourray, de sa lgation, affin de la vous
   mander; et ne le lerray partir, s'il m'est possible, sans
   l'accompaigner de l'ung des miens, tant pour l'observer que
   pour le fre bien recevoyr.




CCCLXXIXe DPESCHE

--du IIIe jour de may 1574.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Sabran._)

  Audience.--Dclaration d'lisabeth qu'elle a rsolu d'envoyer le
    capitaine Leython en France pour s'informer de la sant du roi,
    connatre le vritable tat des choses, offrir sa mdiation, et
    savoir les causes de la mise en arrt du duc
    d'Alenon.--Efforts de l'ambassadeur pour retarder le dpart du
    capitaine Leython.--Crainte que lui inspire cette
    mission.--Prire pour qu'un bon accueil soit fait  l'envoy
    d'lisabeth.


    AU ROY.

Sire, suyvant ce que je vous ay mand, par le postille de ma
prcdente, du dernier du pass, que ceste princesse avoit dellibr
d'envoyer ung gentilhomme devers Vostre Majest, elle, premier que de
le dpescher, a bien voulu m'en parler, et m'a envoy prier que je la
vnse trouver  Grenvich; auquel lieu, aprs aulcunes parolles de la
diverse faon de ceste audience, en laquelle elle se trouvoit
requrante, au lieu que j'avoys accoustum tousjours de requrir, elle
m'a dict:

Qu'ayant considr la diversit des choses qu'on mandoit de France,
elle avoit escript  son ambassadeur qu'il ft dilligence de savoyr,
le plus prs qu'il pourroit, le vray estat d'icelles, affin qu'elle
pet uzer, l dessus, vers Vostre Majest, du debvoir, en quoy vostre
commune confdration, et vostre mutuelle amity, l'obligeoit; et
qu'il luy avoit freschement escript qu'il avoit eu deux audiences de
Voz Majestez Trs Chrestiennes, et qu'encor que ne fussis bien gury
de la fiebvre quarte, que nantmoins vous n'aviez layss de bien fort
bnignement l'ouyr, et pareillement la Royne, vostre mre, l'avoit
escout, aultant qu'il avoit voulu, et luy avoit amplement respondu;
et que, de l et d'aulcuns aultres advertissementz, qu'on luy avoit
donn, d'ailleurs, il l'avoit maintenant esclarcye, le plus qu'il
avoit peu, comme le tout alloit, dont estimoit toucher maintenant 
elle de vous envoyer visiter sur trois occasions:

L'une, de vostre malladye, pour vous tesmoigner combien elle en avoit
de dplaysir, et combien, de bon cueur, elle desiroit vostre sant;
l'autre, sur les troubles de vostre royaulme, pour vous offrir ce
qu'estimeris qu'elle pet fre pour la conservation de vostre
authorit, car elle seroit preste de vous y assister de toute sa
puissance; et la troysiesme, pour se condouloir de ceste plus prive
et domesticque calamit du souspeon, qu'on vous avoit donn, de
Monseigneur le Duc, vostre frre;

Et que, sur ceste dernire, elle me vouloit dire librement que, si, en
nulle des deux entreprinses, de St Germain, ny du boys de Vincennes,
ny en nulle aultre occasion du monde, Mon dict Seigneur se trouvoit,
peu ny prou, coupable vers la personne ny l'estat de Vostre Majest,
qu'elle protestoit de ne le voyr jamays, car elle n'avoit d'amity
avecques luy, qu'aultant que Vous mesmes et la Royne, vostre mre, y
en aviez voulu mettre; et n'y en pouvoit jamays avoyr d'aultre que
celle que vous y establiris, parce qu'elle faysoit principalement
estat de la vostre. Nantmoins, si les choses alloient ainsy, comme
aulcuns disoient, que Mon dict Seigneur et est adverty, par des
siens, de prendre garde  luy, parce qu'on vouloit attempter  sa
personne, et que, sur cella, il et pens de se retirer en quelque
lieu pour, de l en hors, fre entendre son faict  Vostre Majest, et
 l Royne, vostre mre; et que, pour ceste occasion seulement, vous
fussis entr en quelque deffiance de luy, qu'elle estimoit que, pour
chose si lgire, Vostre Majest luy debvoit avoyr espargn l'escorne
et l'escandalle de mettre en doubte qu'il ne vous ayt tousjours est
trs fidelle et trs obyssant frre et subject; et qu'elle vouloit
encores passer oultre, de tant que Vous et la Royne, vostre mre,
l'aviez tant honnore que de la rechercher d'alliance pour luy, et que
luy mesmes s'estoit offert  elle, bien qu'ilz ne fussent, ny,
possible, seroient jamais l'ung  l'autre; nantmoins y ayant, elle,
faict desj quelque responce, si, d'avanture, aulcuns particulliers
s'estoient cependant ingrs de mener une si pernicieuse trame que de
vous avoir faict mettre la main sur luy, en deffaveur du dict propos,
et pour l'interrompre, qu'elle estimoit toucher, par trop,  son
honneur, de s'en ressentir contre eulx, en toutes les faons qu'elle
pourroit, et qu'indubitablement elle se mettroit en son debvoir de le
fre; et que ces trois occasions l'avoient faicte rsoudre de vous
envoyer promptement le cappitaine Leython, esprant qu'auris
agrable, et prendris de bonne part sa bonne et saincte intention;
laquelle ne tendoit qu' vostre honneur, et  l'honneur des vostres,
et  vostre repos.

Je luy ay respondu que je ne pouvois sinon beaucoup louer, et la
remercyer infinyement du propos qu'elle me venoit de tenir, voyant la
grande considration, qu'elle y avoit, de la sant de Vostre Majest,
du repos de vostre royaulme, et de l'union de Mon dict Seigneur le Duc
 vostre parfaicte intelligence; et que sa lgation l dessus ne
pourroit estre sinon trs honnorable pour, elle, et convenable au
besoing qu'aviez d'estre, en ce temps, visit, conseill et assist
des princes de vostre alliance; et que, pour le regard du dernier
poinct, je luy avoys faict voyr ce que Mon dict Seigneur le Duc
m'avoit luy mesme escript, du Xe du pass, comme il n'avoit eu, ny
n'auroit jamays, aultre volont que de se conformer, en tout et par
tout,  la vostre; et que je la supplioys de ne vouloir penser
aultrement de luy qu'ainsy que Vostre Majest et la Royne, vostre
mre, en avoient respondu  son ambassadeur; et que, si elle vouloit
avoyr pacience de dpescher le dict cappitaine Leython, jusques  ce
que j'eusse receu lettres de Vostre Majest, je l'informerois si
clrement de la vrit de ce qui en estoit, qu'elle le pourroit, puis
aprs, fre partir avec plus de fondement.

Elle m'a rplicqu que les advertissementz, qu'elle avoit, n'estoient
lgiers, ny vains, et que pourtant elle ne vouloit plus temporiser l
dessus, et si, vouloit que le dict Leython ft plus tost par dell,
qu'on ne scet qu'elle le vous et dpesch.

J'ay adjouxt que je la supplioys donc de deux choses: c'est que je le
peusse accompaigner d'ung mien gentilhomme, pour le fre traicter et
bien recevoyr partout, et qu'elle le voult adresser seulement  Voz
Majestez, et le charger de ne fre, ny dire, ny uzer, en ce temps,
sinon ainsi que luy ordonneriez.

Elle m'a respondu qu'elle m'accordoit volontiers ce dernier, et mesmes
de ne voyr poinct Mon dict Seigneur le Duc; s'il ne vous playsoit,
mais qu'au reste il n'estoit poinct besoing de tant de traictement au
dict Leython, et qu'elle vouloit qu'il y allt fort secrettement. Et
puis a adjouxt certaynes plainctes d'aulcuns de leurs navyres
marchandz, qui ont est nouvellement assallis par des franoys, et du
peu de justice qu'on leur administroit en France; ce qui animoit les
Angloys de s'en vouloir revencher.

A quoy je n'ay est court de luy bien respondre que ceulx, qui
faysoient l'injure et la violence, se pleignoient. Dont, Sire, ayant
considr le langage et les contenances de la dicte Dame, l'altration
en quoy son ambassadeur, qui est par dell, semble l'avoyr mise,
l'estroite ngociation que le Sr de Montleroy, venant de Ollande, a eu
avec aulcuns de son conseil, premier que de se rembarquer pour la
Rochelle, et l'advancement qui se met en l'accord des Pays Bas, je
suis tomb en de nouvelles souspeons; lesquelles il vous plerra
entendre du Sr de Sabran, prsent porteur, qui, pour en viter encores
de plus grandes, je l'ay bien voulu joindre au voyage du dict
cappitaine Leython. Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de may 1574.


    A LA ROYNE.

Madame, encor que le prtexte, que la Royne d'Angleterre prend,
d'envoyer prsentement Me Leython, cappitaine de Grnezay, devers Voz
Majestez, soit sur une occasion si honneste et pleyne d'honneur que je
n'ay oz bonnement le luy contredire, si ay je essay, par divers
moyens, de l'en divertyr; ou aulmoins qu'elle voult prolonger son
partement, jusques  ce que j'aurois receu quelque pacquet de France,
par o elle pet donner plus de fondement  ce voyage; mais il semble
que le docteur Dayl la luy ayt baille si chaude, qu'elle prend pour
ung grand poinct d'honneur de ne temporizer en cella une seulle heure.
Dont, de tant que plusieurs choses concourent maintenant avec ceste
cy, je fay aulcunes conjectures l dessus qui ont beaucoup de
vraysemblable; lesquelles le Sr de Sabran, qui va avec le dict
Leython, vous dira; et je supplie trs humblement Vostre Majest de
les considrer, et qu'au reste elle veuille fre bien recevoyr, et
fre bien traicter et gratiffier le dict Me Leython, parce qu'il est
tenu en quelque bon compte de sa Mestresse et en ceste court, et est
parant, et bien fort favory, du comte de Lestre.

J'ay admen beaucoup de raisons  la dicte Dame pour la persuader que,
sans s'arrester  l'apparence des choses, qu'aulcuns qui, possible, ne
les cognoissoient ny les entendoient, luy pourroient avoyr escripte,
elle voult demeurer ferme au bon propos dont Voz Majestez Trs
Chrestiennes l'avoient recherche, et la recherchoient encores, plus
que jamays, pour Monseigneur le Duc. A quoy elle m'a respondu qu'il
falloit que le temps luy monstrt comme elle auroit  s'y conduyre, et
qu'elle avoit  vous fre une querelle de ce que vous aviez
aulcunement dissimul  son ambassadeur la dtention de Mon dict
Seigneur le Duc.

Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de may 1574.

   Je vous suplie trs humblement, Madame, de monstrer au dict
   Leython que Voz Majestez ont trs bonne opinyon et grande
   confiance du comte de Lestre; car il importe de tout ce que
   pouvez desirer de ce royaulme, que le reteignis en vostre
   dvotion, et est ncessayre que le gratiffis de quelque
   honneste prsent.




CCCLXXXe DPESCHE

--du Xe jour de may 1574.--

(_Envoye jusques  la court par l'homme de Mr Brullard._)

  Audience.--Complot de Saint-Germain.--Arrestation de Coconas et
    de La Mole.--Dispositions prises par le roi pour rtablir la
    paix.--Justification du duc d'Alenon et du roi de
    Navarre.--Intercession d'lisabeth en faveur de La
    Mole.--Dclaration concernant Montgommery.--Assurance donne
    par l'ambassadeur  lisabeth, que Mr de Montmorenci n'a pas
    tremp dans le complot.--Plaintes d'lisabeth au sujet des
    prises faites sur les Anglais.--Nouvelle de l'arrestation de
    Mrs de Montmorenci et de Coss.


    AU ROY.

Sire, sur le retour de mon secrettre, je suis all dire  la Royne
d'Angleterre, qu'aprs avoyr longuement desir savoyr de voz
nouvelles et de celles de vostre sant, et de ce qui se faisoit prs
de Voz Majestez Trs Chrestiennes, il vous avoit pleu m'en mander bien
largement pour en fre bonne part  elle; et qu'en premier lieu, me
commandis de l'assurer de vostre convalescence et bon portement, et,
aprs, de luy reprsanter fort expressment, le bien et consolation
que, par aulcunes de mes lettres, et par des propos de son
ambassadeur, vous aviez receu, ez prsentz accidans de voz affres,
d'avoyr comprins qu'elle en portoit peyne, comme si elle santoit du
trouble aulx siens; et mesmement de ce qu'on luy avoit rapport qu'il
y avoit quelque chose mesl de Monseigneur, vostre frre, et
pareillement des honnorables responces qu'elle m'avoit rendues, sur le
faict du comte de Montgommery; qui estoient dmonstrations que vous
recognoissis procder d'une trs bonne affection qu'elle vous
portoit, et qui vous estoient si utilles et propres, en ce temps,
qu'en nulle aultre sayson du monde, elle vous pourroit mieulx fre
gouster le fruict, qui vous restoit, d'avoyr longuement entretenu une
pure et ferme amity avecques elle: dont l'en voulis remercyer de
tout vostre cueur, et la supplis de croyre qu'elle n'employeroit
jamays aulcune sorte d'honnestet, ny de courtoysie, vers prince du
monde, qui les recet avec plus de profonde recognoissance, que vous
fesis; qui vous assuris qu'elle les accompagneroit toujours de
semblables bons effectz, ainsy qu'elle ne debvoit fre aussy aulcun
doubte de ne trouver une parfaicte correspondance en Vostre Majest,
sur toutz les affres et accidans qui luy pourroient jamays survenir;
et que, pour ne luy celler rien de ce qui vous estoit advenu, vous me
commandis de luy en dire toutes les particullarits jusques  la plus
moindre.

Dont luy ay rcit, Sire, le contenu de vostre lettre du XVIIe du
pass,[1] en ce qui concernoit l'entreprinse de St Germain en Laye,
qui avoit est descouverte, et comme, depuis, l'on l'avoit volue
excuter, ou bien une semblable, au boys de Vincennes;  quoy vous
aviez trs bien remdy, et comme aviez faict constituer prisonnier le
comte de Couconnas, La Mole, et aultres, qu'on souspeonnoit y avoyr
tenu la main; lesquels avis renvoys  vostre parlement de Paris pour
en fre justice; la volontayre confession, qu'ilz avoient faicte,
d'avoyr voulu suborner Monseigneur le Duc, et le Roy de Navarre, et
d'avoyr faict atiltrer chevaulx, avec le rends vous, pour les
substrre de court, et les desjoindre d'avec Voz Majestez Trs
Chrestiennes; la dclaration que Mon dict Seigneur le Duc, et le Roy
de Navarre, s'appercevans de la tromperie qu'on leur avoit uze, vous
estoient venus fre, o n'aviez trouv qu'une trs honneste
signiffication de n'avoyr, l'ung ny l'aultre, jamays eu aultre volont
que de suyvre entirement la vostre; le poinct de la dposition du
dict Couconnas, touchant le comte de Montgommery, et l'instance que
vous faysis l dessus  la dicte Dame d'y pourvoir; la retraicte du
Prince de Cond vers Sedan, sur ung faulx donner entendre; et comme
vous aviez envoy aprs luy pour le bien informer, et le rappeller en
la charge de son gouvernement; les nouvelles que Monsieur de
Montpensier et monsieur de La Vauguyon, du cost de Poictou, et
monsieur de Matignon, du cost de Normandye, et monsieur de La
Vallete, du cost de Gascogne, vous avoient mandes, touchant les bons
exploitz qu'ilz avoient excuts contre les eslevez, lesquels vous
estimis que bientost seroient rduictz  ne mespriser poinct la paix,
ainsy que vous dellibris, plus que jamays, de la leur donner, et de
l'establir en vostre royaulme, sellon qu'avis envoy la traicter et
la conclurre prs de monsieur le mareschal Danville, avec ceulx de
Languedoc, par Mr de St Suplice et de Villeroy, et avec ceulx de
Poictou et de la Rochelle par Mrs Strossy et Pinard; et que, 
deffault qu'ilz ne la voulussent accepter, que vous fesis tenir
quatre mille reytres en vuartguelt, et une leve de six mille suysses
toute preste pour les y contraindre.

[1] Voir le _Supplment  la Correspondance Diplomatique de La Mothe
Fnlon_. Cette lettre est indite, elle ne se trouve pas dans la
collection publie par Le Laboureur.

Et puis ay adjouxt, Sire, qu'encor que toutz ces affres vous
pressassent beaucoup, et vous empchassent de satisfre  ce qu'aviez
mand  la dicte Dame, de vouloir venir en Picardye, pour conduyre
l'entrevue qu'elle vous avoit accorde, que nantmoins vous la
supplis, de bon cueur, qu'elle ne voult en rien changer sa bonne
dellibration, en cest endroict, tout ainsy que Vostre Majest et la
Royne, vostre mre, demeuris trs constantz et immobiles en
l'affection d'estreindre, de plus en plus, par ce bon propos de
mariage, et par tous les bons moyens qui se pourroient trouver au
monde, une perdurable et inviolable amity et alliance avec elle; et
qu'aussytost que sentiris ung peu de relasche en voz dicts affres,
vous ne faudris de vous acheminer  Bouloigne.

De toutz lesquelz propos, Sire, la dicte Dame a monstr, par des
parolles bien expresses, et par des contenances, qui m'ont sembl non
feinctes, ny pleines d'artiffice, qu'elle en recevoit beaucoup d'ayse
et de contantement; et m'a dict que de vostre convalescence, elle en
avoit eu desj advis, et en avoit remercy Dieu, ainsy dvotement,
comme elle debvoit, pour la conservation d'ung prince,  qui elle se
trouvoit, par plusieurs grandes et bien expresses obligations
d'amity, fort estroictement unie; et que, de tant plus avoit elle
agrable la confirmation, que je luy en apportois maintenant, qu'on
luy avoit voulu imprimer beaucoup de doubtes de la qualit de vostre
malladye, dont elle vous supplioit, de toute son affection, que
voulussiez avoyr soing de vostre sant; qu'elle santoit ung trs grand
playsir que vous jugis ainsy bien de ses dportementz vers voz
affres, comme ilz estoient trs parfaictement bons et droictz, et
qu'il luy seroit faict un trs grand tort de les souspeonner
aultrement, car juroit  Dieu qu'elle desiroit la conservation de
vostre estat, de vostre authorit et de vostre grandeur, comme la
sienne propre, ainsy qu'elle vous l'avoit envoy tesmoigner par le
cappitaine Leython, duquel elle esproit que prendris de bonne part
tous les poinctz de sa lgation;

Qu'elle vous remercyoit trs grandement de la communicquation, qu'il
vous playsoit luy fre, de voz affres, laquelle elle prenoit pour ung
trs certain gage de la bonne intelligence que voulis continuer avec
elle; et qu'elle joignoit en cella les mouvementz de son affection 
ceulx de Vostre Majest et de la Royne, vostre mre, pour se douloir
de ce qui vous donroit affliction, et se resjouyr des choses qui
succderoient  vostre advantage; qu'elle confessoit avoyr port
beaucoup de peyne du bruict qu'on avoit faict courir de Monseigneur le
Duc, car desiroit qu'ung tel prince, de qui vous menis ung propos
d'alliance avecques elle, ft exempt de toute apparance de chose qui
pet toucher  sa rputation; ce qu'elle,  dire vray, vouloit bien
examiner, car, non seulement le vouloit cognoistre exempt de coulpe,
mais encores de toute souspeon d'en avoyr; et que si, d'avanture, la
chose alloit ainsy, qu'on l'et adverty que quelques ungs vouloient
attempter  sa personne, et qu' ceste occasion il et pens de se
retirer, non pour se joindre aulx eslevez, ny pour entreprendre rien
contre vostre intention, car cella seroit inexcusable, mais pour
pourvoir  luy, qu'il ne luy en debvoit estre rien imput, non plus
qu' La Molle, si sa dellibration n'avoit tendu qu' saulver la vye
de son maistre, ainsy qu'elle le vous avoit faict remonstrer par son
ambassadeur; et qu'elle vous prioit, d'ung cueur de bonne seur, de ne
vouloir,  la persuasion et praticque de ceulx qui, possible, n'ont
bonne intention  vostre grandeur, laysser oprimer la rputation de
Mon dict Seigneur le Duc, ny la vye de son serviteur, si elle y
attouchoit en rien;

Et, quand  ce que le comte de Couconnas avoit dict du comte de
Montgommery, elle me pouvoit dire, avec vrit, de n'avoyr entendu ung
seul mot d'icelluy Montgommery, depuis sa folle entreprinse, et qu'il
sentoit bien, o qu'il ft, qu'il l'avoit offance, et qu'il n'avoit 
demander ny esprer rien de ce royaulme; dont elle vous prioit, Sire,
de vous en mettre en tout repos; qu'elle auroit grand playsir que
donnissis la paix, et ung honneste accommodement en la religion, 
voz subjectz, affin de satisfre  vostre parolle, et divertyr les
inconvnientz de ceste guerre, qui ne pourroient, sellon qu'elle les
comprenoit, estre sinon bien grands et dangereux; et, en cas qu'ilz ne
se voulusent contanter de la rayson, qu'elle louoit bien fort
qu'eussis faict une bonne provision de forces pour les y contreindre;
en quoy elle vous offroit, de bon cueur, tout ce  quoy vous jugeris
bon et honneste de l'employer.

J'ay mis peyne, Sire, de luy agrer, par toutes les bonnes parolles
que j'ay peu, sa bonne et vertueuse responce, et, aprs aulcunes
particullarits, je me suis arrest ung peu  luy dire, touchant
Monseigneur le Duc et le Roy de Navarre, que Voz Majestez Trs
Chrestiennes les avoient trouvs si esloigns de toutes malles
penses, et avoyr l'intention et l'inclination si vertueuses et si
gnreuses,  tout ce qui estoit de leur debvoir et de leur honneur,
envers Dieu et Vostre Majest, que Vous, et la Royne, vostre mre, me
mandis que, pour vostre singullier contantement, vous n'y sauris
desirer rien de plus, ny de mieulx, et qu'il n'y avoit jamays eu ung
plus naturel amour, ny une plus parfaicte intelligence, entre vous,
que mayntenant;

Et, pour le regard de La Molle, que je luy voulois bien monstrer ce
que la Royne m'en escripvoit, du XXVe du pass, dont luy ay leu la
lettre.

Et elle m'a dict qu'elle craignoit seulement le danger du serviteur,
pour la rputation de Monseigneur; et m'a demand comme il alloit de
Monsieur de Montmorency.

Je luy ay dict qu'il continuoit tousjours le debvoir d'ung grand et
loyal, et trs fidelle subject, vers Vostre Majest, et que c'estoit
luy qui, ayant examin le faict, et cognu la grande tromperie qu'on
avoit voulu uzer  Voz Majestez, et  ces jeunes princes, avoit jug
qu'il estoit besoing de chastiement; dont il tenoit son lieu prs de
Voz Majestez, avec plus de crdit et d'authorit que jamays.

Et, sur la fin, la dicte Dame m'a comente la pleincte de ses
subjectz, touchant les prinses et otrages, que les Franoys leur
faysoient sur mer, et du peu de justice qu'ilz trouvoient en France;
et qu'elle vous supplyoit trs cordiallement, Sire, d'y pourvoir,
affin de fermer la bouche  aulcuns des siens, qui prenoient occasion,
par l, de mal opiner sur l'entretnement de vostre mutuelle amity.
Sur quoy, luy ayant dduict plusieurs choses pour rejecter la coulpe
sur elle, et sur les siens, ainsy qu'elle en a advou une grande
partie, elle m'a fort gracieusement licenci. Et sur ce, etc. Ce Xe
jour de may 1574.

   Ce que dessus estoit bien advanc d'escripre, quand la
   dpesche de Vostre Majest, du IIe du prsent, est arrive,
   laquelle satisfaict amplement, et par trs bon ordre,  mes
   prcdantes, et  plusieurs aultres choses qu'il estoit
   besoing que je sceusse; dont en iray entretenir, ung jour de
   ceste sepmayne, ceste princesse, et mettray peyne de la tenir
   tousjours la mieulx dispose, que je pourray, vers Vostre
   Majest.

   Tout  ceste heure, me vient d'arryver une aultre dpesche, du
   IIIIe du prsent, avec la nouvelle de la dtention de
   messieurs de Montmorency et de Coss. Je traicteray de l'une
   et de l'aultre avec la dicte Dame, et puis vous manderay ce
   qu'elle m'en aura dict.




CCCLXXXIe DPESCHE

--du XVIe jour de may 1574.--

(_Envoye jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Changement apport dans les bonnes dispositions des Anglais par
    les excutions de Coconas et de La Mole, et l'arrestation de
    Mrs de Montmorenci et de Coss.--Grands armemens faits en
    Angleterre, qui peuvent tre dirigs contre la
    France.--Sollicitations de Montgommery pour avoir des
    secours.--Audience.--Mcontentement d'lisabeth au sujet de
    l'excution de La Mole.--Conseils qu'elle donne au
    roi.--Nouvelle proposition de l'entrevue, faite par
    l'ambassadeur.--Disposition d'lisabeth  reprendre la
    ngociation du mariage.


    AU ROY.

Sire, devant le dixiesme de ce moys, je n'avoys poinct cognu que les
Angloys eussent aulcune dellibration contre Vostre Majest, ny pas
une contre le repos de vostre royaulme, en faveur des eslevez; ains
que toutz leurs appretz et appareils, tant par mer que par terre,
s'adressoient contre l'arme d'Espaigne,  laquelle, nonobstant qu'ilz
eussent accord l'octroy du passage libre, et de pouvoir entrer dans
les portz, et toutes aultres faveurs et rafraychissementz qu'elle
voudroit demander, comme  flote d'amys et confdrez, la rsolution
estoit nantmoins prinse de luy oposer une aultre gagliarde arme, de
toutz les grandz vaysseaulx de ceste princesse, et de plusieurs
aultres particulliers, jusques au nombre de cent; non sans quelque
secrette intelligence, avec le prince d'Orange et avec ceulx de la
Rochelle, que, au cas qu'avec cent aultres bons navyres qu'ilz
debvoient avoyr lors en mer (savoir le dict prince, soixante dix,
pour sa part, et iceulx de la Rochelle trente, quipps aulx despens
du contract de sel qu'ilz ont faict avec les Ollandoys), icelluy
prince attacht le combat, qu'indubitablement il seroit assist des
Angloys. Et desj estoit arrest que l'amyral mesmes d'Angleterre, et
plusieurs gentilshommes de court, et aultres principaulx personnages
du royaulme, yroient  l'entreprinse. Dont les six premiers
vaysseaulx, avec deux mille cinq centz hommes, debvoient sortir, le
XXe du prsent, soubz la conduicte de milord Havart, et le reste de
l'arme s'aller dresser, en la plus grande dilligence que fre se
pourroit,  Porsemue, pour estre preste, ung peu avant la St Jehan.

Mais aussytost que les deux vnementz, de l'excution du comte de
Couconnas et de La Molle, et puis de l'emprisonnement de MMrs les
mareschaulx de Montmorency et de Coss, ont est rapports icy, le Xe
de ce moys, par le courrier de leur ambassadeur;  quoy ilz adjouxtent
davantage que Mr le mareschal Dampville a est aussy faict prisonnier
 Narbonne, il n'est pas  croyre la mutation et changement de
volonts qu'on a incontinent veu en ceste court. Et n'ay peu encores
descouvrir, Sire, si, en leurs frquentes et longues tenues de
conseil, ilz ont rien ordonn contre ce qu'ilz avoient dellibr
auparavant, ny  quoy prsentement ilz se rsolvent; tant y a que je
supplye trs humblement Vostre Majest de donner tout le meilleur
ordre, qu'elle pourra, aulx portz et places qui regardent
l'Angleterre; car, l o auparavant je n'entendoys, de toutes partz,
icy, que bonnes parolles de paix avecques la France, maintenant l'on
m'en rapporte,  toute heure, de bien contrayres. Et je say bien que
ceulx cy n'ont faute d'inclination  la cause des eslevez, et si, sont
si picqus de l'excution de ces deux gentilshommes, et de la
dtention des aultres trois seigneurs, croyant fermement que cella a
est conduict par la mene du party, qu'ilz estiment estre leur
adversayre, que je ne fay doubte que Vostre Majest n'ayt  sentir, ou
ouvertement, ou soubz main, de la contradiction, de ce royaulme, avant
la fin de l'est; bien que je m'y opposeray le plus qu'il me sera
possible.

Et suyvant ce qu'il vous a pleu me commander, Sire, que je advertisse
les gouverneurs, mes voysins, de ce que je pourrois descouvrir qui
leur importeroit, j'ay desj escript, de ma main,  Mr de Calliac une
entreprinse qu'on avoit sur Bolloigne, laquelle a est offerte au
prince d'Orange, qui, sellon qu'on m'a dict, l'a refuze; et depuis,
celluy, qui l'a men, a est icy, et a parl  ceulx de ce conseil.
Aussy a parl  eulx ung, qu'on nomme Lelua, homme de peu d'apparance
et de petite qualit, qui dit estre envoy de la part du Prince de
Cond, pour encourager  la guerre les franoys qui sont par de, et
les assurer que, dans le prochain moys de juillet, il sera avec une
arme bien prs de Paris.

Et le comte de Montgommery a escript, de son cost, en ceste court,
conformment  ce que m'avez mand de luy, qu'il estoit sorty de St
Lo; mais dict que c'est avec trois centz chevaulx, et ce,  deux fins:
l'une, pour soulager les vivres et monitions de la place, et l'autre
pour assembler des forces, affin d'aller lever Mr de Matignon de
devant le dict St Lo, ainsy qu'il l'a lev, luy, de devant Valoignes;
mais aulcuns prsument qu'il l'a faict pour ne se vouloir enfermer, et
pour munir, le mieulx qu'il pourra, Quarantan, qui est ung lieu sur la
mer, affin de s'en pouvoir rettirer quand il voudra. Et cependant il
sollicite avec trs grande instance ceulx qui ont, icy, affection 
son entreprinse, de l'aller trouver bientost, ou bien de luy envoyer
ung bien prompt secours, dont j'entendz que le jeune La Moyssonnyre,
qui se faict nommer le cappitaine Mondurant, s'est desj secrettement
apprest, avec soixante ou quatre vingts franoys, pour s'y acheminer,
 la file.

Et d'ailleurs j'ay aulcunement suspect cest armement des Angloys,
parce que aulcuns des parans et amys du dict Montgommery vont dessus:
ce qui me faict, de rechef, suplier trs humblement Vostre Majest de
fre rytrer, tout le long de la coste, l'advertissement de s'y tenir
sur ses gardes, et envoyer ung peu de renfort de gens de guerre
partout; bien qu' dire vray, Sire, ceste princesse ne m'a encores
faict dmonstration, ny dclaration aulcune, que je puisse ny doibve
sinon interprter en trs bonne part; car m'ayant assign l'audience 
jeudi dernier, et se trouvant, d'avanture, presse de beaucoup
d'aultres affres, elle me dpescha ung de ses valletz de chambre pour
me pryer que je voulusse avoyr pacience jusques au deuxiesme jour
ensuyvant; mais, comme le messager me fallit, j'arrivay lorsqu'elle
n'y pensoit pas. Nantmoins elle ne voulut que je m'en retournasse
sans la voyr, dont supercda ses aultres affres, et m'ouyt fort
volontiers.

A laquelle je rcitay, par le menu, la teneur des deux dpesches de
Vostre Majest, du IIe et IIIe du prsent, sur lesquelles je confesse
librement qu'elle monstra de ne rester guyres contente, ny de
l'excution des deux premiers, ny de la prison des deux seconds; mais
elle fit bien une grande allgresse de l'amandement qu'aviez senty en
vostre mal, et de l'esprance qu'aviez de vostre prochaine et
parfaicte gurison, pour laquelle elle vous prioit de croyre qu'elle
faysoit continuelles prires  Dieu, aussy dvotement comme pour la
conservation de sa propre vye.

Et s'est mise  discourir qu'elle creignoit bien fort que, par les
aguetz et artiffices d'aulcuns, qui avoient faict de grands dessings
sur vostre malladye, Vostre Majest et la Royne, vostre mre, ne vous
layssissis conduyre  jouer vous mesmes, contre vostre propre repos,
et seuret, ces divers roolles qu'aviez commanc en vostre mayson, car
elle le conjecturoit ainsy sur aulcunes dilligences, qu'on luy avoit
mand, qui s'estoient faictes en Allemaigne, et qu'elle desireroit, de
bon cueur, pouvoir estre quelques heures prs de Voz Majestez, pour
vous dire librement ce que, possible, vous ne savez, ny nul vous
l'ozoit dire; et que, d'une chose avoit elle  se plaindre grandement
de vous deux, touchant l'excution de La Molle, et en faysoit plus de
tort  la Royne que non pas  vous, car, principallement, elle s'en
estoit addresse  elle pour la prier qu'elle voult considrer, en
cella, l'honneur de son filz, lequel elle luy proposoit pour mary;
dont elle pensoit avoyr aulmoins imptr que, quand le procs seroit
parachev, la communicquation luy en seroit sommayrement faicte,
premier que de passer  l'excution, ainsy que son ambassadeur le luy
avoit escript; et la lettre, que je luy avoys faicte voyr, de la
Royne, sembloit parler en ce sens; mais que toutes ses prires et
remonstrances n'avoient peu gaigner une heure de temps en cella, dont
elle voyoit bien que son crdit devers Voz Majestez estoit par trop
petit; et nantmoins qu'elle n'attandoit sinon une pareille
prcipitation de jugement contre les aultres deux prisonniers, par la
dilligence de leurs adversayres, qui vous vouloient fre ruyner ce
party, affin que le leur se trouvt seul, et suprieur, et nullement
contredict en vostre royaulme; ce qu'elle n'estimoit estre la seuret
de Voz Majestez.

Nantmoins, puisque, ny ce qu'elle vous pourroit donner de conseil, ny
de consolation, ny d'assistance, en voz prsentz affres, pouvoit
estre bien prins, ny tenu en grand compte, elle s'en dporteroit, et
recourroit  prier Dieu pour vous, qu'il voult bien conduyre voz
affres, et donner  elle le sens de conduyre bien les siens par de
la mer, adjouxtant plusieurs aultres choses en termes fort exprs,
tant des personnes que des vnementz passs, et de ceulx qu'elle
crainct  l'advenir; et avec tant d'apparance d'affection que j'ay
est contrainct de luy rplicquer:

Que je la supplioys de se souvenir que, en toutes grandes et
excellantes qualits de bonne seur, elle estoit germayne de Vostre
Majest, et, comme telle, il falloit qu'elle juget ceste matire
d'estat, et non sellon le discours de ces passionnez, que je
cognoissois bien, qui avoient parl  elle; et qu'elle debvoit penser
de ne pouvoir avoyr amity en France qui luy scet estre utile, ny
inimity qui luy pet estre dommageable, que aultant qu'elle se feroit
proprement amye ou ennemye de Vostre Majest, et non de quel qui ft
de voz subjectz; et que je ne voulois rien dire contre le comte de
Couconnas et La Molle, qu'aultant que Vostre Majest m'en avoit
escript, suyvant leur condempnation par arrest de vostre parlement, ny
de MMrs les mareschaulx de Montmorency et de Coss, sinon qu'ilz
avoient est tenus, jusques icy, pour fort honnorables, fort prudentz
et fort loyaulx conseillers et subjectz; desquelz nantmoins la
rputation, sur l'examen de leurs faictz, ne pourroit estre aultre que
celle que vous en aurez; et que je la supplioys qu'en lieu de se
courroucer, elle se voult condouloyr, avecques vous, de la violence
qu'elle jugeoit bien que Vostre Majest et la Royne, vostre mre,
aviez souffert en vous mesmes, premier que de la fre  ces deux
personnages, lorsqu'avis est contrainct de mettre la main sur eulx;
et que vous en souffris encores plus,  ceste heure, en les gardant
en prison, que eulx d'y estre gards;

Et qu'au reste, de plusieurs grands ennuys, qui vous venoient de ces
accidantz, celluy estoit trs grand, que vous vous trouvis contrainct
de diffrer, pour quelques jours, vostre voyage de Bolloigne; lequel
nantmoins vous proposis plus fermement que jamays d'accomplir,
aussytost qu'auris ung peu accommod voz affres, affin de conduyre
l'entrevue, puisque l'affre n'estoit plus accroch qu' ceste seule
difficult: qu'elle pet avoyr agrable la personne, sellon que ne
desiris rien tant au monde que de vous conjoindre en une perptuelle
confdration et alliance avec elle et avec sa couronne, par le moyen
de ce mariage;

Et sur ce qu'elle avoit craint que Monseigneur le Duc ft en maulvaise
intelligence avec Voz Majestez, auquel cas, elle disoit de ne pouvoir
jamays plus avoyr si bonne opinion de luy comme auparavant, que
j'avoys commandement de luy respondre, encores une foys, ce que la
Royne Mre en avoit respondu  son ambassadeur, et ce que je avoys eu
charge de luy en dire, icy,  elle: que vous l'aviez trouv si
esloign de cella, et avoyr l'inclination si droicte et si vertueuse,
 tout ce qui estoit de son debvoir vers Dieu et Vostre Majest, et
vers la Royne, sa mre, que toutz deux n'y pouvis desirer rien de
plus, ny de mieulx, pour vostre parfaict contantement; et luy aviez
trouv ung desir qui tendoit tant  acqurir honneur, avec dignit et
rputation, sans blasme, que vous pouvis dire qu'il avoit le cueur
aultant gnreulx et royal que prince qui ft au monde.

Elle m'a respondu que je me gardasse bien d'avoyr si maulvayse opinion
d'elle, qu'elle et emprunpt ce qu'elle m'avoit dict du discours de
pas ung des siens; ains qu'elle l'avoit prins de la vraye bonne
affection qu'elle portoit  Vostre Majest, et qu'elle prioit Dieu
qu'elle et veu plus de mal en ces accidantz, que vous n'en y eussis,
puis aprs ce, trouv; et que, de vostre voyage, de Bolloigne, elle
pouvoit bien prsumer que les ennemys du propos, lesquelz vous
savoient bien tirer ailleurs, vous pourroient bien divertyr d'y
venir, mais qu'elle remettoit cella  Dieu; seulement me vouloit dire,
et me l'a dict en riant, qu'elle estoit d'assez bon lieu pour avoyr
ung prince libre  mary, et qu'elle n'en vouloit poinct de pire
condicion.

Et ainsy, aprs plusieurs devis, dont les aulcuns ont est profrs
d'affection, et les aultres ont est assez gracieulx, je me suis, pour
ceste foys, licenci d'elle.

Et sur ce, etc. Ce XVIe jour de may 1574.


    A LA ROYNE.

Madame, en une partie de la lettre que je fay prsentement au Roy, je
y mectz les advis que j'ay  mander  Voz Majestez, et, en l'aultre,
je y touche les propos que ceste princesse m'a ceste foys tenus,
laquelle m'a fort pri de vous reprsanter, le plus vifvement que je
pourrois, la juste occasion, qu'elle avoit, de se tenir pour offance
que n'eussis voulu avoyr quelque esgard  ce qu'elle vous avoit faict
dire et remonstrer pour La Molle et Couconnas, qui pourtant n'estoit
chose qui toucht  elle, ains proprement  l'honneur de vostre filz
et par consquent au vostre. Sur quoy, aprs l'avoyr laysse ung peu
eslargir en sa collre, je me suis vifvement oppos  la pluspart de
son discours, et en sommes venus en une contestation non petite; mais
encor que je say bien que la rayson a est de mon cost, elle, comme
grande Royne, ne s'est volue laysser vaincre, jusques  ce que je luy
ay dict que je m'assuroys que Vostre Majest luy feroit cognoistre que
l'excution, dont elle se pleignoit, de ces deux gentilshommes, estoit
trs juste, et n'avoit peu estre plus longtemps diffre; et qu'il
faudroit qu'elle prnt rayson en payement. Ce qu'elle,  la fin, a
accept. Et puis, j'ay suivy  luy dire que je vous escriprois
ardiment que j'avoys facillement recueilly, du propos et des
contenances d'elle, qu'elle n'avoit nulle malle impression de
Monseigneur le Duc, vostre filz.

Elle m'a respondu qu'elle ne vouloit estre si ingrate que d'avoyr en
mauvayse estime ung prince, qui monstroit de l'avoyr bonne d'elle;
mais que je vous disse ardiment, et s'est mise  soubrire, qu'elle ne
prendroit poinct de mary, les fers aulx pieds. Et, pour ceste foys, je
n'ay peu tirer aultre chose d'elle sinon qu'elle verra ce que le
cappitaine Leython luy rapportera de la part de Voz Majestez.

Au surplus, Madame, je me suis beaucoup consol de ce que, en me
commandant, par vostre lettre du IIe de ce moys, d'avoir encores ung
peu de pacience jusques  ce que ces prsentz affres soient ung petit
remis, il vous plaist m'assurer, qu'aussytost qu'ils le seront, Vostre
Majest mesmes me moyennera mon cong, et fera que le Roy, qui monstre
estre bien contant de mon service, m'uzera quelque digne rcompense.
Je remercye trs humblement Vostre Majest de l'une et de l'aultre
promesse, et, comme ayant besoing de toutes les deux, je les accepte
et supplie trs humblement Vostre Majest les accomplir, et qu'il luy
playse se souvenir que nul gentilhomme, de toutz ceulx qui sont au
service de Voz Majestez, a est plus longuement continu, et sollicit
au travail, que moy, ny plus longtemps obli  la rcompense; et que
beaucoup de ncessitez me pressent,  ceste heure, de ne pouvoir plus
attandre. Dont, entre aultres, je vous puis assurer, Madame, avecques
vrit, que la chert est si extrme, icy, que, depuis ung an, toutes
provisions sont enchries par moyti, et quelques unes excdent le
double, de sorte qu'il s'en fault par trop que l'estat ordinayre
d'ambassadeur y puisse suffire. A quoy je supplye trs humblement
Vostre Majest y fre avoyr de l'esgard, et qu'il ne me soit faict
tant de tort que de me oster, ou retarder, les gages de la chambre et
la pension de douze centz livres: car, avec les autres pertes que j'ay
faictes, ce seroit me conduyre  mendicit, dont j'espre que Vostre
Majest m'en prservera. Et sur ce, etc.

    Ce XVIe jour de may 1574.




CCCLXXXIIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de may 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Plainte contre une expdition prpare par le
    capitaine Montdurant.--Assurance de la reine qu'elle en
    arrtera le dpart.--Continuation des armemens.--Nouvelles
    instructions donnes au capitaine Leython.--Nouvelles de Marie
    Stuart.--Plaintes des Anglais  raison des
    prises.--Sollicitations de l'ambassadeur pour obtenir la juste
    rcompense de ses services.


    AU ROY.

Sire, estant adverty que le cappitaine Montdurant, avec envyron
quatrevingtz soldatz, qu'il a ramassez icy, s'en alloit trouver la
comtesse de Montgommery vers Hamptonne, en intention de s'embarquer au
dict lieu, pour passer aulx isles de Gerzey et de Grnesey, et, des
dictes isles, aller descendre en celle poincte de Normandye, qui est
prs de Carantan, pour se joindre au comte de Montgommery, ou bien
pour tenter luy mesmes quelque entreprinse par dell, je suis all
remonstrer  la Royne d'Angleterre que, de tant que je ne rsidois
prs d'elle que pour y estre procureur et directeur du bien de
l'amity qu'elle vous avoit jure, et pour divertyr le mal qui
pourroit naystre de quelque altration si, d'avanture, elle y
survenoit, je la voulois bien supplyer de fre en sorte qu'on ne pet
dire que, de la ville capitalle de son royaulme, et de ses portz et
isles, ft party ung quipage pour vous aller fre la guerre; et
qu'elle deffendt que la folle entreprinse du comte de Montgommery
n'eust poinct de suite, d'icy, affin qu'on cognt,  bon escient,
qu'elle n'en avoit poinct prins le commancement; et qu'il ne pourroit
rien advenir de plus rpugnant  la ligue et confdration, qu'elle
vous avoit jure, ny rien de plus contrayre aulx promesses et offres
honnorables, qu'elle vous avoit rescentement faictes, que si elle
n'empeschoit le voyage du dict cappitayne Montdurant; et que pourtant
elle voult, par ceste petite chose, esclarcyr le monde comme elle
dellibroit procder dorsenavant vers vous, et comme vous auris 
juger, cy aprs, de ses intentions.

La dicte Dame, d'une fort franche volont, et sans aulcune remise, m'a
respondu qu'elle le feroit, et a prins incontinent le nom du
cappitayne pour envoyer empescher son embarquement. Et m'a dict,
davantage, qu'ayant sceu que quelques ungs avoient achept des
pouldres pour envoyer en France, qu'elle avoit mand les retenir pour
elle, et les avoit payes et faictes mettre dans la Tour; et qu'elle
esproit vous fre cognoistre qu'elle avoit Dieu et son srement, et
le debvoir de l'amity, qu'elle vous avoit promise, devant les yeulx.
Et si, m'a touch, en termes couvertz, quelque particullarit de
l'armement de ses navyres pour me fre comprendre qu'elle les dressoit
contre l'arme d'Espaigne; mais je n'ay faict semblant de l'entendre,
car je m'attandz, Sire, que, sur l'advis que je vous en ay donn,
Vostre Majest me commandera d'en parler ouvertement  la dicte Dame,
affin de tirer d'elle, l dessus, la plus expresse dclaration que je
pourray.

Les six premiers navyres de son dict armement sortiront  la fin de ce
moys, et non plus tost, et les aultres, puis aprs, s'yront
conduysant, tout  loysir,  Porsemmue, o desj l'on prpare les
vivres, le biscuit, la cher, et aultres provisions, pour les
avitailler; et le comte de Bethfort part bientost pour aller donner
ordre, en Cornoialle et Dauncher, que les mariniers et gens de guerre,
qu'il faudra mettre dessus, se trouvent prestz. Nantmoins je sentz
bien que les vnementz de France font que ceulx cy traictent plus
gracieusement avec le Roy d'Espaigne qu'ilz ne faysoient auparavant,
et qu'il semble qu'ilz entreront en beaucoup de modration avecques
luy, ainsy que luy, de son cost, les en recherche; et que
difficillement se garderont ilz qu'ils n'employent, en une faon ou
aultre, quelque partie de leur armement en faveur des eslevez de
vostre royaulme, bien que je ne cesseray de m'y oposer tousjours,
autant qu'il me sera possible.

L'on a envoy nouvelle instruction au cappitayne Leython, depuis
l'excution du comte de Couconnas et de La Molle, et depuis
l'emprisonnement de messieurs les Mareschaulx; dont j'estime qu'il
parlera en toute aultre faon  Vostre Majest qu'on ne le luy avoit
command,  son partement. Nantmoins je desire qu'il vous playse le
renvoyer bien contant, et mander, par luy, beaucoup d'honnestes
satisfactions  la Royne, sa Mestresse, et pareillement  ses deux
conseillers.

Elle est aprs  dpescher quelque personnage, et croy que ce sera
Quillegreu, eu Escosse, devers le comte de Morthon, par prtexte de
traicter de certains dsordres qui sont nays en la frontyre; mais je
croy que c'est pour confrer avecques luy sur le passage de l'arme
d'Espaigne. Je ne vous toucheray rien, icy, des nouvelles du dict
pays, parce que le sieur de Molins, qui en vient tout freschement,
vous en aura donn bon compte. La Royne d'Escosse, vostre belle soeur,
se porte bien, et, hier, je prsentay, de sa part, une basquinne de
satin incarnat,  ouvrage d'argent, fort menu, et tout tissu de sa
main,  la Royne d'Angleterre, laquelle a eu trs agrable le prsent,
et l'a trouv fort beau, et l'a pris beaucoup, et m'a sembl que je
l'ay trouve fort modre vers elle. J'ay, icy, des lettres que la
dicte Royne, vostre belle seur, escript  Voz Majestez, mais je n'ay
encores cong de les vous envoyer. Ce sera par Halley, son vallet de
chambre, qui est icy, l'ung de voz chevaulcheurs d'escuyerie, lequel
les attand. Et semble qu'il n'y aura rien de mal que Voz Majestez luy
respondent quelquefoys; car ceulx cy voyent bien passer ordinayrement
des lettres d'elle, qui vous vont provoquant et obligeant de luy
respondre.

J'ay tant faict que sir Artus Chambernon s'est contant de me bailler
ses procurations pour les fre tenir  l'ambassadeur d'Angleterre, et
promect de se monstrer, en sa charge, aultant vostre serviteur qu'il
luy sera possible, n'ayant voulu permettre que son filz soit all
trouver le comte de Montgommery, son beau pre. Il vous plerra, Sire,
luy fre avoyr quelque bonne provision de justice sur les biens du
dict de Montgommery, pour la dot de sa belle fille.

Ceulx cy me rengrgent, plus que jamays, la pleincte des prinses, et
le manquement de justice en France; dont y en a aulcuns, dans ce
conseil, qui, par deux et trois foys, ont press ceste princesse de
permettre  ses subjectz d'armer pour en avoyr la revenche, et
mesmement contre deux navyres de Vostre Majest, qui s'appellent,
l'ung le Prince et l'aultre l'Ours, lesquels, depuis naguyres, ont
faict plusieurs prinses, et icelles, avec grande violence et meurtre,
sur les Angloys; dont je vous supplie trs humblement, Sire, y vouloir
pourvoir.

Et pour la fin, je remercyeray trs humblement Vostre Majest des
favorables responces qu'il vous a pleu fre  celluy des miens qui
vous a parl de celle petite abbaye de Nelle, que ung mien frre, qui
naguyres a est tu dans Sarlat, me tenoit, et qui vous a prsent
aussy ung placet pour mes gages de la chambre, et pour la petite
pencion de douze centz livres qu'il plaist  Vostre Majest me donner;
qui sont choses raysonnables et sur lesquelles je ne veux sinon trs
bien esprer de Vostre Majest, parce qu'elle ne voudra jamays oublier
ny mon long service ny ma fidellit, ny me laysser tomber en l'extrme
pouvret, o je serois rduict, si elle n'avoit souvenance,  ceste
procheyne distribution, de m'accomplir la libralit de quelque
bienfaict, selon que, longtemps y a, il luy a pleu me la promettre,
et laquelle j'ay plus longuement attandue que nul aultre gentilhomme
qui soit  son service; et, tout ensemble, me rcompenser de la perte
que je fay, estant icy, de celle petite abbaye de Nelle que
Monseigneur le Duc a donne  ung de ses secrettres, qui m'estoit
venue, par rsignation, d'ung de mes parantz; et avoyr esgard, Sire,
touchant ma pencion, et gages, que la chert est si extrme et
insupportable en ce lieu, o Vostre Majest me dtient plus longtemps
et plus extraordinayrement qu'il n'a jamais faict nul aultre
ambassadeur, que l'estat qu'elle m'y donne n'y peut de beaucoup
suffire. Et sur ce, etc.

    Ce XXIIIe jour de may 1574.




CCCLXXXIIIe DPESCHE

--du XXIXe jour de may 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Hallay._)

  Assurance que les armemens d'Angleterre sont dirigs contre
    l'Espagne.--Ncessit de se tenir cependant sur ses gardes en
    France.--Nouvelles d'Allemagne et d'cosse.--Instances de
    Montgommerry auprs des Anglais.--Avis donn par l'ambassadeur
    aux gouverneurs des ctes de l'expdition du capitaine
    Montdurant.


    AU ROY.

Sire, je ne puis encores descouvrir que, en toutes ces longues
assembles de conseil, que ceulx cy ont quasy toutz les jours tenues,
depuis ung moys en a, il y ayt est rien dtermin contre Vostre
Majest; ains mes advis se rapportent qu'ilz ont dress leurs
dlibrations  ordonner, comme ils pourront, par leur appareil de
mer, lequel ilz prparent tousjours, bien rsister  l'entreprinse
qu'ilz se persuadent que le Roy Catholique a sur ce royaulme ou bien
sur l'Irlande, et comme, sans commancer aulcune infraction de paix, de
leur cost, ilz rendront inutilles les efforts de l'arme qui s'attand
d'Espaigne, au cas qu'elle essaye rien sur eulx; et de faict, les
parolles de ceste princesse, et de ceulx qui guident plus ses
intentions, tendent  me fre bien esprer de leurs dportementz pour
Vostre Majest; et mesmes ont escript aulx portz de ne laysser sortir,
avec armes, ceulx qui s'acheminoient vers le comte de Montgommery.
Nantmoins, pour la faon de laquelle j'entendz qu'ilz parlent des
vnementz de France, qui ne se peuvent tenir qu'ilz ne supportent
tousjours la cause des eslevez, et qu'ilz ne desirent bien fort qu'ilz
ne soient poinct opprims, et admettent ordinayrement leurs agentz 
traicter de leurs affres avec eulx; et que, parmy aulcuns de ceulx
qui s'apprestent pour aller sur leurs grands navyres, il court ung
bruict sourt qu'ilz feront quelque descente en Normandye ou en
Guyenne; je me rsouls, d'ung cost, Sire, de retenir ceste princesse,
aultant que je pourray, en vostre dvotion, et de divertyr, s'il est
possible, qu'il ne vous viegne nul mal d'elle ny des siens, ou le
moins que fre se pourra, et vous supplyer trs humblement, de
l'aultre, que vous ne layssis, pour cella, de vous pourvoir contre
leur armement, comme contre suspectz amys, ou bien contre couvertz
ennemys, affin qu'ilz ne vous puissent uzer de surprinse. Dont, de
jour en jour, je ne faudray de vous escripre ce que je pourray
approfondir davantage de leurs dellibrations, desquelles, sellon
qu'au retour du cappitayne Leython ilz se trouveront bien ou mal
satisfaictz de sa lgation, j'en pourray, lors, plus certeynement
juger.

Il leur est arriv, depuis trois jours, ung Courier d'Allemagne,
dpesch par ung, leur agent, qui se tient  Franckfort, et, soubdain
le conseil s'est assembl l dessus; o j'entendz qu'il a est rsolu
que promptement seront envoys cinquante mille escuz en Hambourg et 
Colloigne, pour estre remis  ung Jehan Lith, facteur de Me Grassen,
auquel sera mand comme et  qui il les faudra distribuer. Et parce
qu'on y employe quelque forme de crdict d'Anvers, il semble que ce
soit plustost une provision pour le prince d'Orange, que non une
emplte contre Vostre Majest; mais, de tant qu'on dict que Me
Randolphe sera bientost dpesch devers les princes protestantz, je
vous supplie trs humblement, Sire, ordonner quelqu'ung qui le sache
bien observer de dell.

Me Quillegreu est command de se tenir prest pour aller en Escosse, et
j'entendz que c'est pour une praticque qu'on a descouvert que quelques
seigneurs du pays menoient pour restablir l'authorit de la Royne
d'Escoce. Il va voyr ce qui en est, et va traicter avec le comte de
Morthon du passage de l'arme d'Espaigne, et comme il aura  s'en
gouverner.

Le comte de Montgommery avoit envoy, icy, ung des siens, nomm
Lafouloyne, pour luy admener des soldatz, et luy procurer quelques
secours; mais il s'en est retourn aujourdhuy, fort mal accompaign,
n'ayant peu praticquer, en ceste ville, que six ou sept hommes. J'ay
adverty Mr de Sigoignes de la dellibration, que le cappitayne
Montdurant a faicte, de descendre prs de Carantan, avec les quatre
vingtz soldatz qu'il a ramasss par de; dont je m'assure qu'il en
advertyra Mr de Matignon pour y pourvoir, et pareillement Mr de la
Melleraye, au cas qu'il s'effort de descendre ailleurs. Sur ce, etc.

    Ce XXIXe jour de may 1574.




CCCLXXXIVe DPESCHE

--du IIIIe jour de juing 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Armemens maritimes faits par Me Grinvil.--Assurance qu'ils sont
    destins pour l'Irlande et pour un voyage de
    dcouverte.--Rsolution des Anglais de se joindre aux vaisseaux
    du prince d'Orange et de la Rochelle pour combattre la flotte
    d'Espagne.--Avis donn par l'ambassadeur d'un coup de main qui
    doit s'excuter en France.--Ncessit d'exercer une active
    surveillance auprs du roi et des princes.


    AU ROY.

Sire, estant adverty que, oultre l'armement des grandz navyres de
ceste princesse, lequel va tousjours en avant, ung particullier de ce
royaulme, nomm Grinvil, gentilhomme tenu en trs bon compte en ceste
court, et qui, ds l'entre de l'hyver, a commanc de mettre sept bons
navyres en quippage de guerre, avecques voix de vouloir aller
descouvrir quelque destroict vers le North, ayant layss passer la
sayson d'un tel voyage, ne laysse pourtant de se prparer,  ceste
heure, en toute dilligence, pour s'aller mettre sur mer avec les
susdictz sept navyres et encor trois davantage, qu'il y a joinctz de
nouveau; et qu'il s'est desja expdi de court pour aller fre son
embarquement, en divers endroictz, sellon que ses susdictz navyres
sont distribus en divers portz de ce royaulme, o plusieurs
gentilshommes vont estre de la partye, et des soldatz ou mariniers,
jusques au nombre de quinze centz hommes, en tout, j'ay eu le dict
appareil pour bien fort suspect; de tant mesmement qu'on m'a dict
qu'icelluy Grinvil a associ avecques luy le sir Artus Chambernon.
Dont j'ay incontinent envoy rechercher bien curieusement, par toutz
mes advis, o se pouvoit addresser cette entreprinse. Et voicy, Sire,
ce qu'on m'en a rapport:

Que le dict Grinvil, ayant longtemps sollicit la permission de
pouvoir aller fre ceste descouverte, qu'il a en main, et en ayant,
jusques  ceste heure, est empesch par ceulx qui portent, icy, le
faict du Roy d'Espaigne et du Roy de Portugal, qu'il a sceu enfin si
bien remonstrer l'utillit qui adviendra de son voyage  tout ce
royaulme, si on le luy laysse parachever, qu'avec la faveur de ses
amys il a obtenu de le pouvoir fre, en ce toutesfoys que, devant
toute oeuvre, il yra donner quelque forme de secours, qui luy a est
prescripte, au comte d'Essex, en Irlande; et de l il prendra, puis
aprs, sa route o il prtend aller, sans luy estre nantmoins
loysible de descouvrir en endroict, o les Espaignols et Portugoys
ayent desj actuellement descouvert, et sans qu'il puisse attempter
rien contre les amys de ce royaulme, spciallement contre Vostre
Majest. Et, par ainsy, mes advertissementz portent que je ne doibs
prendre allarme, ny vous en donner aulcune, de l'entreprinse du dict
Grinvil.

Et m'a l'on rapport, davantage, Sire, que ceste princesse, jeudy
dernier, entre ses plus privs, a dict qu'elle estoit fort marrye
qu'on vous ft prendre, ny que vous vous imprimissis, aulcune sorte
de deffiance, du cost de ce royaulme; car elle vous maintiendroit,
sans aulcun doubte, l'amity qu'elle vous avoit promise, et qu'il n'y
auroit nul qui la vous ozt enfeindre. Et, de faict, encor que j'aye
des prsumptions bien violentes contre les Angloys,  les avoyr
suspectz ez prsentz troubles de vostre royaulme, si ne dcouvr je
que, pour encores, ilz ayent aulcune entreprinse dtermine contre
Vostre Majest, ains que l'ordre, qu'ilz ont propos de tenir, quand
ilz auront mis leurs grandz navyres en mer, est,  ce que j'entendz,
qu'ilz n'entreront dans nulz portz; ains qu'ilz tiendront tousjours la
mer, et aussytost qu'ilz auront recognu l'arme d'Espaigne, qu'ilz
l'yront tousjours costoyant sur l'aile gauche, pour luy couvrir la
coste d'Ouest d'Angleterre et la routte d'Irlande, sans la laysser
nullement approcher de de; et, si aulcuns vaysseaulx d'icelle s'y
escartent, encor que ce soit par tourmente ou par aultre contraincte
ncessit, l'on ne layra de les investir et combattre. Et mesmes se
prsume qu'ilz ont concert avec le prince d'Orange, lequel doibt
avoyr, lors, cent bons navyres sur mer, comprins ceulx de la Rochelle,
qu'ilz chercheront les occasions de provoquer la dicte arme de venir
aulx mains, ayant faict quipper dix huict pataches, du port de vingt
cinq ou trente tonneaulx chascune, dans la rivire de Golchestre, en
forme de frgates  rames, bien garnies d'artillerye  fleur d'eau,
pour les oposer aulx gallres qu'on dict qui seront en la dicte arme.
Et n'y a que six jours que deux marchandz de Flandres, qui venoient
d'Espaigne par mer, ayantz est contrainctz du vent  prendre port
vers le cap de Cornoaille, ont est incontinent conduictz, avec toutes
les lettres qu'ilz portoient, devers les seigneurs de ce conseil, qui
les ont dilligemment examins du faict de la dicte arme. Et il semble
qu'ilz leur ayent confirm qu'elle sera bientost preste  se mettre 
la voylle; ce qui faict que ceulx cy hastent davantage leur armement.
Dont, de jour en jour, Sire, je vous donray advis de la dilligence
qu'ilz y mettront, affin que, nonobstant leurs bonnes parolles et
leurs dmonstrations, vous vous pourvoys tousjours, comme je vous en
supplie trs humblement, que ne soys surprins de leurs maulvais
effectz, si, d'avanture, ilz en avoient.

J'entendz qu'on a chang d'advis d'envoyer Me Randolphe en Allemaigne,
et que ce sera un agent, lequel partira bientost, qui est ung fort
dangereulx homme et de mauvayse intention. Il doibt passer devers le
prince d'Orange, duquel, depuis peu de jours, le ministre Textor est
retourn icy, avec beaucoup de mmoyres. Et de tant, Sire, qu'il est
eschapp  aulcuns des plus passionns supposts de la nouvelle
religyon, qui soient par de, de dire que bientost adviendra, en
France, une chose grande et de grande importance, qui mettra toute la
Chrestient en admiration; et qu'ilz monstrent qu'avec grand desir et
joye indubitablement ilz l'esprent, je vous supplye trs humblement,
en l'incertitude que ce peut estre, que vueills fre uzer quelque
forme d'aguet et d'observance, plus grande que de coustume, entour les
personnes de Voz Majestez, et fre tenir quelque assemble de Conseil
ung peu solennelle, pour leur fre penser que leur entreprinse est
descouverte, car pourra estre que peu de dmonstration la leur
destournera et leur emportera toute leur attante. Et sur ce, etc. Ce
IVe jour de juing 1574.




CCCLXXXVe DPESCHE

--du VIIIe jour de juing 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Nouvelles de la maladie du roi.--Mission du capitaine
    Leython.--Explication donne par l'ambassadeur sur la
    communication qu'il avait prcdemment faite  l'gard de
    Coconas et de La Mole.--Plaintes du roi sur les armemens des
    Anglais qui lui ont t dnoncs comme devant tre dirigs
    contre la Normandie et la Bretagne.--Satisfaction donne en
    France au sujet des prises.--Succs remports sur les
    protestans.--Mcontentement d'lisabeth de ce que le roi n'a
    pas voulu, sur sa demande, faire surseoir  l'excution de
    Coconas et de La Mole.--Sa dclaration que ses navires sont
    arms pour surveiller le passage de la flotte
    d'Espagne.--Protestation de sa part qu'elle n'a aucune
    intention d'attaquer la France.--Nouvelle de la mort du
    roi.--Condolances de l'ambassadeur  la reine-mre.--Message
    d'lisabeth sur la mort du roi.--Son desir de renouveler
    l'alliance avec le nouveau roi.--Avis d'une entreprise prpare
    contre les ctes de France.


    AU ROY.

Sire, suyvant ce qu'il vous a pleu m'escripre, du XXe du pass, j'ay
dict  la Royne d'Angleterre que vous avis prins en fort bonne part,
et vous estis bien fort resjouy de la venue du cappitaine Leython,
comme de celluy dont avis trouv que toutz les poinctz de la
lgation, qu'il vous avoit explicque, de par elle, estoient aultant
de tesmoignages de la vraye et indubitable amity qu'elle vous
portoit, et qu'en premier lieu il vous avoit faict grand bien de voyr
le soing qu'elle prenoit de vostre sant; dont luy en aviez grande
obligation, et que vous la voulis assurer que, grces  Dieu, vous
allis en amandant, et qu'ung accs de tierce double, qui vous avoit
prins le XVIIe du pass, avoit mis voz mdecins en bonne esprance
qu'il retrancheroit les accidantz de la quarte, et que ce seroit une
parfaicte gurison, dont en sentirez desj du solagement; et quand
aulx honnorables offres qu'elle vous avoit mand fre de vous vouloir
assister, aultant qu'elle pourroit, en voz prsentz affres, pour
maintenir et conserver vostre authorit, que c'estoit ung des vrays
fruictz que vous allis recueillant de la longue persvrance en
laquelle vous vous estis confirm, depuis vostre rgne,  ne vous
vouloir dpartir, pour occasion ou persuasion, ou instigation, qu'on
vous et peu donner au contrayre, jamays de son amity; et que vous
exprimantis,  ceste heure, avec vostre grand contantement, combien
il vous venoit bien  propos d'avoyr sceu acqurir et conserver une si
grande et si parfaicte, et si constante amye, et bonne voysine, comme
elle vous estoit; et qu'elle pouvoit croyre et croyroit, avecques
vrit, que vous luy uzeris, toute vostre vye, une semblable
correspondance, et vous porteris, en toutes les choses qui
surviendroient au monde, trs droictement et cordiallement, vers elle,
aultant qu'elle le pourroit desirer, et esprer, du plus entier et
esprouv amy qu'elle et en la Chrestient; et puisqu'elle se
monstroit de ceste bonne disposition vers voz affres, qu' la mesure
qu'ilz vous surviendroient, vous les luy feris entendre, affin d'uzer
de son assistance et de son conseil, et de son bon secours, l o
verris d'en avoyr besoing;

Et, au regard des propos que le dict cappitaine Leython avoit tenus,
de Monseigneur le Duc, en l'honneste et honnorable et trs modeste
faon qu'elle luy avoit ordonn d'en parler  Vostre Majest et  la
Royne, vostre mre, que toutz deux en avis senty ung ayse et ung
contantement trop plus grands qu'il ne vous estoit possible de
l'exprimer, cognoissant, par l, la bonne affection qu'elle luy
portoit, et la bonne opinyon et estime en quoy elle le tenoit, sans
avoyr donn foy  plusieurs rapportz que vous pensis bien qu'on luy
avoit faictz de luy; ce qui vous faysoit esprer, de bien en mieulx,
du bon propos dont vous la recherchis plus que jamays, qu'elle voult
accepter ce vertueux prince pour tout sien, et que vous ne faudris,
ny la Royne, vostre mre, aussytost que la violence de voz affres
vous permettroit ung peu de respirer, de venir en , pour le luy
consigner; et qu'elle s'assurt qu'en toute vraye amour et
intelligence, Monseigneur le Duc et le Roy de Navarre estoient trs
unis avec Voz Majestez par ung lyen si estroictement attach, que
nulle chose au monde le pourroit jamays rompre; que, de ce qu'elle
vous avoit faict parler du comte de Couconnas et de La Mole, et de
l'emprisonnement de Mrs de Montmorency et de Coss, je layssois bien 
ses ambassadeurs de luy fre entendre les responces que Voz Majestez
Trs Chrestiennes leur en avoient faictes, et comme elles leur avoient
faict voyr que la procdure de ceulx cy estoit la vraye justiffication
de Monseigneur le Duc et du Roy de Navarre;

Mais que j'avoys bien  me plaindre de ce que ses dicts ambassadeurs
vous avoient dict que j'avoys promis, de vostre part, aulcunes choses
en cella, icy,  elle, que, puis aprs, vous n'aviez pas accomplyes;
et que je la priois de se souvenir comme, par une lettre que je luy
avoys monstre, l dessus, de la Royne, vostre mre, elle luy avoit
mand qu'aprs que le procs seroit faict et parfaict aux dictz de
Couconnas et de La Molle, elle luy feroit entendre le tout, non
qu'elle luy et promis de luy envoyer le dict procs, car ce n'estoit
chose digne de sa grandeur, ains c'estoient actes secretz de vostre
court de parlement, o, possible, plusieurs aultres se trouvoient
deffrez, qui n'estoit loysible de les rveller; mais que, bientost
aprs, je luy estois all dire comme iceulx Couconnas et La Molle
avoient librement confess d'avoyr voulu suborner Monseigneur le Duc,
et le Roy de Navarre, pour les distrayre d'avec Voz Majestez, et
d'avoyr,  cest effect, faict atiltrer des chevaulx, et ordonn des
rendez vous, pour les transporter en quelque lieu, hors de la court;
et que eulx mesmes s'estoient jugs dignes de plus rigoureuse mort que
celle qu'on leur faysoit souffrir: qui estoit bien luy donner,  elle,
ung trs ample compte de leur condampnation; mais que je layssois ce
propos pour luy dire que ses bonnes dmonstrations vous rendoient si
parfaictement assur de sa bonne et droicte intention vers vous, qu'il
faudroit bien qu'il vous advnt beaucoup de mal, du cost d'elle, et
qu'elle se dclart,  bon escient, contre vous, premier que vous
peussis croyre qu'elle se voult dterminer de vous nuyre ou de vous
offancer;

Et pourtant que vous la pris de vous esclarcyr franchement d'ung
advertissement, qu'on vous avoit donn, qu'elle mettoit prsentement
ses grands navyres de guerre dehors, avec les barques pour les suyvre,
soubz prtexte d'assurer sa coste, au passage de l'arme d'Espaigne,
et que, n'estant la dicte arme si preste  passer, l'on vouloit
infrer que son armement s'addressoit contre vous, en faveur des
eslevez de vostre royaulme;

Et qu' cest effect elle avoit, depuis naguyres, envoy secrettement
recognoistre et figurer les portz et advenues de Normandye et
Bretaigne, et que l'on vous vouloit mettre en grande souspeon d'elle,
mais que vous ne le feris pas, ains croyris ce qu'elle vous en
manderoit, et vous en reposeris en sa parolle.

Puis luy ay adjouxt ce qu'avis ordonn pour les plainctes de ses
subjectz, et l'offre que faysis d'aulcuns vaysseaulx de conserve avec
ceulx que, par commune intelligence, elle voudroit envoyer, de sa
part, pour tenir la navigation seure.

Et, pour la fin, luy ay compt des bons exploictz que voz cappitaines,
et chefz de guerre, alloient excutant en la Gascoigne, Poictou et
Normandye, pour rprimer les eslevez, et pour rduyre aulcunes places,
qu'ilz avoient prinses,  vostre obissance.

La dicte Dame, se trouvant trs contante de tout le propos, m'a
respondu qu'elle avoit ung grand plsir que la lgation du cappitaine
Leython vous ft agrable, et qu' ceste intention l'avoit elle, d'ung
cueur pur et entier, trs volontiers dpesch; et se donnoit honte
que, plus tost, elle ne vous et envoy visiter en vostre malladye,
attandu que, du succs d'icelle, venant Vostre Majest 
convalescence, ce luy estoit le plus souverain contantement qu'elle
pouvoit desirer; et, au contrayre, s'il vous msadvenoit, c'estoit le
plus grand ennuy et le plus grand trouble qu'elle pourroit sentir au
monde: dont pouvis croyre qu'elle prioit Dieu dvotement pour vostre
longue et heureuse vye, et juroit que nulle aultre personnage, de
toute la terre habitable, elle prfroit  vous  le desirer tenir la
couronne de France. Et s'est curieusement enquise des accidans de
vostre maladye, et qu'elle sera tousjours en frayeur jusques  ce
qu'elle entendt que vostre sant soit bien confirme; que, au regard
de ses offres, elle les vous confirmoit, de rechef, en tout ce que
estimeris estre bon et honneste de l'employer, pour la conservation
de vostre authorit.

Et, touchant les propos qu'elle vous avoit faict tenir, de Monseigneur
le Duc, elle esproit que vous auris bien cognu qu'ilz ne tendoient
qu' l'honneur de Vostre Majest et de la Royne, vostre mre, et 
celle de vostre mayson, et  garder bien entire la rputation de
vostre frre, dont nul justement en pouvoit fre sinon une bonne et
saincte interprtation; que de ce, qu'elle vous avoit faict toucher du
comte de Couconnas et de La Molle, que j'excusasse si ses ambassadeurs
en avoient ainsi parl, car ce avoit est de son commandement, et que
c'estoit pour ne pouvoir rester contante que,  son instance, Vostre
Majest et la Royne, vostre mre, n'eussis voulu supercder, huict
jours, leur excution, car, possible, eussis vous apprins des choses
que vous ne savez pas, et qu'elle pense que vous ne les saurs
jamays;

Que, de l'armement de ses navyres de guerre,  la vrit, elle avoit
command d'en mettre douze dehors,  cause de l'arme du Roy
d'Espaigne; puis, que, sur les lettres qu'il luy en avoit escriptes,
elle luy avoit accord le passage libre, et l'entre et
refraychissement dans ses portz, dont ne se vouloit trouver dsarme 
un tel advnement, comme ce n'estoit pas aussy la coustume des
princes; et aussy qu'on disoit qu'ung de ses rebelles d'Irlande, nomm
Stuqueley, avoit la conduicte de six navyres de la dicte arme, mais
qu'elle esproit bien que le Roy d'Espaigne seroit si sage qu'il ne
mouveroit rien contre elle; et qu'elle pensoit que ne fussis bien
adverty du faict de la dicte arme, car entendoit qu'elle seroit
bientost  la voylle, et que mesmes, d'ung aultre cost, avant ne ft
dix jours, que don Johan d'Austria vous envoyeroit demander son
passage par la Bourgoigne, avec l'arme qu'il mne d'Italye, pour les
Pays Bas; et qu'elle vous promettoit, sur son honneur, qu'en ordonnant
de son appareil, elle n'avoit jamais pens, ny n'avoit est faicte une
seule mencion des choses de France, ny ce n'estoit qu'imposture et
faulcet de vous avoyr rapport qu'elle et envoy recognoistre la
coste de Normandye et Bretaigne, car juroit qu'il n'en estoit rien; et
que pouvis croyre qu'elle aymeroit mieulx estre morte que si, ez
pleins termes d'amity o elle estoit de prsent avecques vous, elle
estoit trouve de vous avoyr uz ung tel trt; mais, quand elle en
voudroit venir l, qu'elle chercheroit, premier, l'occasion de se
dpartir de l'amity; et qu'elle vous vouloit bien confesser, tout
librement, qu'elle s'estoit mise en estat de pouvoir repoulcer le mal,
qu'on luy voudroit fre, plustost que d'estre contraincte de le
souffrir;

Que, de l'ordre qu'avis prins pour les plainctes de ses subjectz,
elle vous en remercyoit grandement, et vous prioit qu'avec les
provisions de justice, il vous plet pourvoyr  l'excution d'icelles,
car c'estoit ce dont ses subjectz se plaignoient le plus; et que,
touchant les deux chefs de cest article, elle en communicqueroit avec
ceulx de son conseil pour, puis aprs, m'y fre avoyr responce; et
qu'au reste elle se resjouyssoit beaucoup des aultres nouvelles, dont
luy aviez faict part: que voz cappitaines alloient, avec les armes,
rduysant vos provinces, mais qu'elle desiroit plustost que, sans
armes, avec une bonne paciffication, vous peussis rduyre, en union,
toutz voz subjectz  la parfaite obyssance de vostre authorit.

Je luy ay respondu que ses responses estoient si vertueuses, et
pleynes d'honneur, que je ne y voulois uzer d'autre rplicque que de
l'en remercyer, le plus humblement qu'il m'estoit possible, et de
l'assurer que je mettrois peyne d'en contanter bien fort Voz Trs
Chrestiennes Majestez.

L dessus, elle m'a trs expressment pri de vous prsenter, et  la
Royne, vostre mre, ses trs affectueuses et trs cordialles
recommandations; et que vous croys que, sans excepter ceulx mesmes
qui, de plus prs, vous appartiennent, elle est une de celles, de ce
monde, qui plus desire vostre bon portement, et longue vye, et la
conservation de vostre grandeur, et la prosprit de voz affres. Et
s'estant encores longtemps arreste  discourir de Vostre Majest, et
des prsentz vnementz de France, et des deux prisonniers, et de ce
qu'on dict de Mr le mareschal Danville, et aultres particullaritez,
auxquelles j'ay mis peyne de luy satisfre le mieulx que j'ay peu, je
me suis licenci d'elle. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour de juing 1574.


    A LA ROYNE.

Madame, au retour de l'audience, en laquelle j'avoys recueilly les
propos que je mande en la lettre du Roy, j'ay trouv que le Sr de
Vassal estoit arryv, avec les deux dpesches, du XXVIIe et XXXe du
pass, en l'une desquelles, me faysant Vostre Majest mencion de
l'ennuy qu'elle sentoit de l'extrmit du Roy, son filz, j'ay soubdain
demand au Sr de Vassal comme il se portoit, et il m'a librement
confess qu'avant qu'il partt, Sa Majest avoit rendu l'esprit 
Dieu; de quoy j'ay est trs profondment attaint, jusques en l'me,
d'ung trs mortel regret, pour la perte que j'ay faicte de mon Roy et
bon Maistre, et de mon naturel Seigneur, et pour la calamit
publicque de son royaulme, qui ne pourra estre que n'en viegne plus
grande, et bien fort, pour l'extrme amertume que je say bien que
Vostre Majest en sent dans son cueur. Dont, en ung si lamantable
accidant, j'ay eu mon recours  Dieu, pour dvotement le supplier que,
comme il a faict la mercy,  ce trs chrestien prince, de trs
chrestiennement mourir, qu'il luy playse, Madame, vous administrer une
trs chrestienne consolation, et vous inspirer, d'en hault, les
remdes qui font besoing, pour subvenir aux grands affres publicques
et privs qu'il a laysss en son royaulme.

Le courrier de l'ambassadeur d'Angleterre est bientost aprs arriv,
qui a port la confirmation de ceste dollante nouvelle; laquelle, tout
aussytost, a est divulgue partout. Dont est besoing que j'attande,
maintenant, vostre procheyne dpesche, et que j'aye faict mon habit de
deuil, premier que de retourner vers ceste princesse; affin que, tout
par ung moyen, je luy face la condolance de cest accidant, et que je
luy traicte du contenu ez dernires lettres de Voz Majestez, et de
celle mesmement que Vostre Majest luy escript de sa main, ne voulant
vous ennuyer, icy, pour ceste heure, Madame, de plus long escript que
pour vous assurer que je n'obmettray rien, de tout ce qui se pourra
fre, pour retenir tousjours trs soigneusement la dicte Dame en
vostre amity. Et sur ce, etc.

    Ce VIIIe jour de juing 1574.

   Tout prsentement, ceste princesse vient de m'envoyer visiter
   par ung gentilhomme de sa chambre, et dire que si, sur ma
   grande affliction du trespas du Roy, Monseigneur, elle peut
   quelque chose, pour mon bien et consolation, qu'elle me
   l'offre de trs bon cueur; et que, de sa part, elle s'en
   trouve plus attaincte que de nulle aultre dolleur qu'elle ayt
   jamays sentye en sa vye, pour avoyr perdu le plus certain et
   le meilleur, et le plus grand, de toutz les amys qu'elle et
   au monde, et qu'elle dellibre de vous envoyer promptement ung
   gentilhomme pour s'en condouloyr avec Vostre Majest; et
   qu'aussytost que le Roy de Pouloigne sera arriv, elle luy en
   envoyera encores ung aultre pour renouveller la ligue et
   l'amyti avecques luy.

   L'on me vient d'advertir qu'aulcuns murmurent, icy, d'une
   descente en Brouage, et que, par lettres, qui arryvrent, hier
   au soyr, de Collogne, l'on escript qu'il a est accord une
   leve de quatre mille reytres au prince de Cond.




CCCLXXXVIe DPESCHE

--du XIIIe jour de juing 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Monyer._)

  Retard apport  l'audience demande par
    l'ambassadeur.--Discontinuation des armemens.--Montgommery fait
    prisonnier.--Proposition des seigneurs anglais de renouer la
    ligue avec l'Espagne.--Nouvelles d'cosse.--Dlibration des
    seigneurs du conseil au sujet des prises.--Succs remport en
    mer par le capitaine Montdurant.--Nouvelles de la flotte
    d'Espagne.--Crainte conue en Angleterre.--Dcision soudaine de
    reprendre les armemens.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, au pied de la lettre que je vous ay escripte, du VIIIe du
prsent, je vous ay faict mencion de l'honneste office que, le jour
mesmes, ceste princesse avoit envoy fre vers moy, sur le trespas du
feu Roy, vostre filz, pour me signiffier le deuil et le dplaysir
qu'elle en avoit; laquelle a continu, depuis, et continue de monstrer
qu'elle le regrette infinyement; et mesmes, ayant envoy demander  la
dicte Dame quand il luy playroit que, sur une dpesche que j'avoys
receue de Vostre Majest, je l'allasse trouver, elle m'a mand qu'elle
me prioit de luy diffrer ung peu la dolleur, qu'elle sayt bien qui
luy renouvellera de me voyr, et qu'elle sent son cueur si press de
la premire apprhension de cette dolente nouvelle, qu'il ne luy
seroit pas possible de supporter, pour encores, celle segonde, qui luy
viendra, de la condolance de Vostre Majest; et qu'elle partoit
expressment de Grenvich, pour s'aller ung peu dsennuyer, le mieulx
qu'elle pourroit, en une sienne mayson, aulx champs, nomme Avrin, o
je pourroys renvoyer, d'icy  troys jours, mon secrettre, et qu'elle
me manderoit, lors, quand elle me pourroit donner lieu de la venir
voyr. Par ainsy, je remetz, jusques  ce que j'aye parl  elle, de
respondre aulx troys dernires dpesches de Vostre Majest.

Et vous diray cependant, Madame, que ceste princesse a assembl, par
plusieurs foys, ceulx de son conseil pour dellibrer de ce qu'elle
auroit  fre, et comme elle auroit  se comporter en ses prsentz
affres, aprs ce grand accidant de la mort du Roy. Dont j'entendz que
les advis n'ont est pareils, et que mesmes ilz sont tombs en deux
opinions, qui sont contraires l'une  l'aultre; desquelles, parce que
je n'en say encores bien au vray les particullaritez, je me
dporteray de vous en rien mander jusques  mes premires: Mais je
say bien qu'aprs la tenue du dict conseil, l'on a envoy  Gelingam
supercder l'apprest des navyres de guerre, et mand  Portsemue de ne
brasser plus de vivres, ny cuyre de biscuyts, ny tuer la cher, ny
assembler les hommes; mais qu'on ayt  tenir ce qui est desj prpar
de victuailles, et pareillement le roole des hommes, et la somme
ordonne pour les frays de cest armement, en ung estat, tout prest,
pour s'en servir en ung soubdein besoing, si, d'avanture, il survient.
Ce que je prsume bien, Madame, qu'a est ordonn ainsy, en partye,
pour le changement des choses de France, et pour la prinse du comte de
Montgommery; mais principallement pour avoyr ceulx, qui portent icy le
faict du Roy d'Espaigne, remonstr  ceste princesse que la
confdration, qu'elle avoit avecques la France, reste maintenant
esteinte par le dcs du feu Roy, vostre filz, et qu'ilz respondoient,
sur leur vye et sur leur honneur, que, si elle ne vouloit poinct
provocquer le dict Roy d'Espaigne, que luy aussy, de son cost, ne
mouveroit, en faon du monde, rien contre elle, ains entreroit
volontiers aulx termes d'amity dont il la faisoit tousjours
rechercher, et qu'elle trouveroit en luy toute seuret et vrit. A
quoy la dicte Dame a monstr d'incliner. Et pensent aulcuns qu'elle
n'uzera d'aulcune plus ennemye dmonstration  l'arme d'Espaigne,
quand elle passera, que de se tenir sur ses gardes, et qu'elle
layssera aller  quelque bonne conclusion le renouvellement d'amity
qui se mne entre eulx. A quoy, Madame, il ne seroit honneste et ne
peut estre juste qu'on s'y aille opposer; mais j'ay bien regret que
aulcuns seigneurs de ce conseil n'ont est, par Voz Majestez Trs
Chrestiennes, ainsy que souvant je l'ay requis, aussy obligs de
s'affectionner  vostre party, comme le Roy d'Espaigne y a tousjours
bien tenu ceulx du sien bien estipendis.

Me Quillegreu est party pour Escoce, o j'entendz qu'il fera quelque
rsidence, y estant all  ses journes. Aulcuns, qui sont icy, bien
affectionns  la Royne d'Escoce, m'ont adverty que, vers le North
d'Escoce, l'on s'y est eslev contre le comte de Morthon, en faveur de
leur Royne; et qu'avec quelque secours, qu'on leur pourroit envoyer de
France, d'hommes ou d'argent, ilz tiendroient en si grand suspens les
Angloys, qu'ilz les garderoient bien de rien entreprendre de notre
cost. Je ne say encores au vray si l'lvation des Escossoys est
certayne, mais je m'en informeray, le plus soigneusement que je
pourray, pour le vous mander.

La dpesche, qu'on faysoit, icy, pour Allemaigne, est diffre pour
quelques jours; nantmoins celluy, qui doibt aller, est command de ne
s'esloigner, et de se tenir prest. Ceulx de ce conseil incistent que
l'ordre que Vostre Majest a prins par dell, pour pourvoyr aulx
plainctes des subjectz de ce royaulme, s'entende des plainctes du
pass, aussy bien que de celles de l'avenir; et mesmement de celle de
Me Warcop, gentilhomme, pensionnayre de ceste princesse, lequel estant
aym et favoriz en ceste court, et m'ayant la dicte Dame cy devant
plus expressment recommand sa cause que nulle aultre, dont elle
m'ayt jamays parl, il presse bien fort de luy estre faict rayson. Et
m'a l'on adverty que, sur aulcunes aultres prinses qu'aulcuns navyres
franoys ont faictes, tout de nouveau, sur des angloys, encor que
ceste princesse n'ayt trouv bon qu'on aye uz d'aulcun arrest pour
cella sur les biens des Franoys, qu'il a est, nantmoins, donn une
secrette permission de s'en revencher sur la mer; de quoy je me
pleindray bien fort, si je puis advizer qu'il soit vray.

Je croy que Vostre Majest a bien sceu comme le cappitaine Montdurant,
 qui n'a est permis d'aller aux isles de Gerzey et Grnesey,
s'estant mis sur mer, avec ung navyre d'ung des fuytifs de Dieppe, a
combatu le navyre du cappitayne St Martin, et a tu le dict
cappitaine, et men prisonnier le reste des hommes, qui estoient
dedans, ensemble le dict navyre; dont entendant qu'il s'apprestoit,
de rechef, pour aller s'essayer de descendre  Carantan, j'ay mand 
Mr de Sigoignes qu'il en advertt Mr de Matignon, affin de
l'empescher, mais l'on me vient de dire qu'il laysse maintenant ceste
entreprinse pour s'en aller  la Rochelle. Et sur ce, etc.

    Ce XIIIe jour de juing 1574.


   _Par postille  la lettre prcdente._

   A peyne ay je eu sign la prsente, qu'il m'est venu ung
   advis, de bon lieu, de ceste court, comme, hier au soyr, y
   estant arryv le secrettayre du docteur Dayl, d'ung cost, et
   des nouvelles d'Espaigne, d'autre; par lesquelles l'on assure
   que l'arme d'Espaigne partira indubitablement,  la fin de ce
   moys, avec deux centz cinquante navyres armez, l'assurance que
   ceste princesse s'estoit cuid donner de ses affres s'est
   soubdain convertye en nouvelles souspeons. Et, nonobstant que
   le bagage ft desj party pour aller  Avrin, elle l'a
   contremand, et a diffr ce voyage pour trois sepmaynes,
   assemblant incontinent son conseil;  l'yssue duquel l'on a
   command aulx officiers de la maryne d'aller en dilligence
   accomplir tout ce que, par la premire ordonnance, leur avoit
   est command; et dpesch le comte Dherby pour aller fre la
   leve d'hommes et maryniers, vers son quartier; et prins les
   marynniers de ceste rivyre, affin que, dans douze jours
   d'icy, au plus loing, les susdictz navyres, premiers prestz,
   puissent sortir; et  milord Sidney de passer promptement en
   Irlande, avec bonne provision d'argent et avec quelque nombre
   d'hommes.




CCCLXXXVIIe DPESCHE

--du XVIIIe jour de juing 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Nouveau retard apport  l'audience.--Hsitation des
    Anglais.--Craintes que l'on doit avoir en France de leurs
    armemens,--Dtail des nouvelles donnes par l'ambassadeur
    d'Angleterre de ce qui s'est pass  la cour depuis la mort du
    roi.--Sollicitations du prince d'Orange auprs
    d'lisabeth.--Projet du roi d'Espagne de se faire remettre le
    prince d'cosse.--Avis d'une entreprise sur Calais et sur
    Boulogne.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, suyvant ce que la Royne d'Angleterre m'avoit faict prier,
ainsy que je le vous ay mand par mes prcdentes, de ne luy
renouveller si tost son extrme regret du trespas du feu Roy, vostre
filz, j'ay layss couler cinq jours entiers sans renvoyer vers elle;
et, au sixiesme, luy ayant faict savoyr que j'avoys, depuis, receu
une segonde et troysiesme dpesches de Vostre Majest pour luy fre,
avec le dict triste accidant, entendre d'aultres propos de
satisfaction et d'amity, qu'elle auroit bien agrables, et dont elle
resteroit bien console et contante, elle a voulu prendre encores du
temps pour dellibrer si elle me debvoit admettre vers elle, ou non;
et m'a, de rechef, faict respondre, par le comte de Sussex, son grand
chamberlan, qu'elle luy avoit command de luy en fre souvenir le
matin ensuyvant, affin qu'elle me pet mander quand elle me pourroit
bailler son audience. En quoy elle a monstr, ou de se vouloyr
revencher du dellay que Vostre Majest avoit prins d'ouyr son
ambassadeur, ou bien qu'elle vouloit attandre des nouvelles de France,
ainsy que, bientost aprs, elle en a receu par Me de Quillegreu; dont
ayant encores renvoy vers elle, elle m'a, ceste troysime foys,
mand que, aprs demain, je seray le trs bien venu. O, Madame, je
mettray peyne de ne luy obmettre rien de ce que, par vos six
dernires, du XXVIIe et trentiesme du pass, et du premier,
troysiesme, cinquiesme et huictiesme d'estuy cy, il vous a pleu me
commander de luy dire. Et noteray soigneusement les propos qu'elle me
tiendra, et la faon et substance d'iceulx, affin de vous pouvoir
reprsanter, aultant qu'il me sera possible, de quelle intention et
disposition je la trouveray vers Voz Majestez Trs Chrestiennes, et
vers le prsent estat de voz affres.

Et vous diray cependant, Madame, qu'elle et ceulx de son conseil sont,
chascun jour, depuis le matin jusques au soyr,  dellibrer qu'est ce
qu'ilz ont  fre, et comme ilz ont  se comporter au passage de
l'arme d'Espaigne, mesmes que le comte d'Esmond, par la challeur
d'icelle, monstre de renforcer ses entreprises et combatz en Irlande
avec plusieurs bons succs, et qu'on assure fort que Me Stuqueley a
charge de huict navyres en la dicte arme; ce qui faict que la dicte
Dame et les siens l'ont davantage suspecte, et la redoubtent beaucoup.
A l'occasion de quoy ont mand en divers portz de ce royaulme d'armer,
en dilligence, grand nombre de navyres particulliers, oultre ceulx de
la dicte Dame, et command de fre la monstre gnralle partout, et
encores des descriptions particullires de certain nombre de soldatz,
ez endroictz plus propres  fre les embarquementz, et pour estre
prestz  deffandre les descentes. En quoy, parce que, nonobstant le
grand souspeon qu'ilz monstrent avoyr de la dicte arme, les agentz
du Roy d'Espaigne ne layssent de ngocier ordinayrement avec eulx, et
d'estre fort bien et favorablement receus en ceste court, et qu'il ne
se voit s parolles et dmonstrations, de l'ung cost ny de l'aultre,
apparance quelconque que de toute amity; aussy que je say bien que,
sur la rsolution de leur armement, ilz ont mis en avant plusieurs
considrations des choses de France, et que les minystres franoys,
qui sont icy, et aulcuns, de la part des eslevez, ne cessent de
ngocyer, toutz les jours, avec eulx; et que mesmes le cappitayne
Montdurant et ceulx de sa troupe ont envoy offrir leur service  la
dicte Dame, je ne puis fre que je n'aye grande meffiance de leur
susdict armement. Dont je me suis bien fort resjouy, Madame, d'avoyr
veu, par vostre dpesche du IIIe du prsent, qu'ayez envoy, de bonne
heure, pourvoyr au long de la coste de dell; et supplieray encores
trs humblement Vostre Majest qu'avec l'advis, que je pense bien que
y manderez, du passage de l'arme d'Espaigne, il vous playse y fre
refrayschir celluy de cest appareil d'Angleterre, affin qu'on ayt 
s'y tenir fort soigneusement sur ses gardes.

L'ambassadeur d'Angleterre a escript, du VIe du prsent, beaucoup de
nouvelles, et entre aultres que le trouble et le souspeon croyssoit
tousjours, de plus en plus, en vostre court, et que Vostre Majest
s'en trouvoit en une fort grande perplexit, bien que, pour le
dissimuler, vous mandis souvant aulx ambassadeurs, et principallement
 luy, et au cappitaine Leython, de bien honnestes et courtois
messages, et monstris de desirer l'amity de la Royne, leur
Mestresse, bien qu' dire vray, ilz cognoissent que vous vous meffiez
assez d'elle; que, sur quelques parolles que le feu Roy avoit dictes 
son trpas, vous vous estiez attribu l'administration du royaulme, de
vostre propre authorit, et aviez faict sortir voix que le Roy de
Pouloigne seroit bientost de retour, mais que ceulx, qui entendoient
l'ordre du pays, et qui en estoient, n'a pas longtemps, revenus,
assuroient qu'on ne le layroit partir jusques aprs l'lection d'ung
nouveau Roy; que vous estis plus rigoureuse, que jamays, 
Monseigneur, vostre filz, et au Roy de Navarre, leur ayant faict
redoubler les gardes, et faict boucher les fenestres de leurs
chambres, qui regardoient hors du logis, et aviez faict prendre
Bonacorsy, non pour faulte qu'il et faicte, mais parce que Mon dict
Seigneur l'aymoit, et se fyoit de luy, affin d'intimyder ses aultres
serviteurs; que vous estis aprs  dpescher Mr le jeune Lansac en
Allemaigne pour aller obtenir le saufconduict du passage du Roy de
Pouloigne; et que Mon dict Seigneur le Duc et le Roy de Navarre
avoient envoy, l'ung Mr d'Estre, et l'aultre Mr de Mioncens, saluer,
de leur part, le Roy de Pouloigne pour Roy; que le Sr de La Noue,
aprs avoyr receuilly deux mille harquebouziers de Gascoigne, avoit si
entirement deffaict la troupe de Mr de Montpensier, qu' peyne
s'estoit le dict seigneur peu saulver; et qu'on avoit admen le comte
de Montgommery devant St L et Carantan, pour fre rendre ces deux
places, mais que ceulx de dedans n'en avoient tenu compte, et
continuoient de se deffendre gaillardement.

Depuis cella, Madame, le jeune Quillegreu a apport, ainsy que
j'entendz, que Mr le mareschal de Retz, aprs beaucoup de difficultez
qu'il avoit trouv en Allemaigne, estoit enfin arryv, et ne
s'entendoit encores quel effaict avoit prins sa ngociation avec les
princes protestantz; que Mr de St Suplice et Mr de Villeroy estoient
revenus de Languedoc, avec peu ou poinct d'esprance de paciffication,
ce qui vous mettoit en grand peyne; et que, de rechef, vous aviez
renvoy par dell, ensemble une lettre, prtandue du comte Palatin au
Sr de La Noue, par l'abb Gadaigne, et la carte blanche, aulx ungs et
aulx aultres, pour leur accorder tout ce qu'ilz demanderoient; et que,
pour couvrir ung peu l'estroicte garde que tenis sur Monseigneur le
Duc et le Roy de Navarre, vous les menis en conseil, et quelquefoys
promener jusques aulx Tuylleries.

Je verray, Madame, de quelz termes et de quelles dmonstrations ceste
princesse m'usera, affin de vous en advertyr incontinent, ensemble de
ce que je pourray descouvrir d'aulcunes alles et venues, qui se sont
faictes, et qui se continuent encores  prsent, avec plus de
dilligence que jamays, du prince d'Orange  la Rochelle, et de la
Rochelle vers luy; et dont les messagers viennent rapporter et
confrer tousjours le tout avec aulcuns de ce conseil, comme, encores
de prsent, ung gentilhomme de Lige, serviteur du dict prince, est,
depuis deux jours, arryv du dict lieu, de la Rochelle; qui passera
vers luy, aussytost qu'il aura est expdy de ceste court. Et sur ce,
etc. Ce XVIIIe jour de juing 1574.

   Tout prsentement, je viens d'estre adverty, de bon lieu et
   seur, que le Roy d'Espaigne mne chaudement la practique
   d'avoyr le Prince d'Escosse entre ses mains, et qu'en son
   arme y a charge, expressment commise, de tenter si cella se
   pourra effectuer. J'en esclarciray davantage Vostre Majest
   par mes premires; mais cependant je la supplye trs
   humblement de regarder comme y debvoir pourvoyr.

   Encore, depuis ce dessus, l'on me vient de dire qu'il y a une
   entreprinse sur Callays et sur Bolloigne; dont je mande aulx
   deux gouverneurs d'y prendre garde; et sera bon, Madame, que
   leur envoyez quelque renfort.




CCCLXXXVIIIe DPESCHE

--du XXIe jour de juing 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Monyer._)

  Audience.--Communication officielle de la mort du roi et de la
    rgence de la reine-mre.--Offre faite au nom de Catherine de
    continuer la ligue.--Condolance de la reine d'Angleterre.--Son
    desir de maintenir l'alliance.--Emportements d'lisabeth au
    sujet des mesures prises en France aprs la mort du roi.--Sa
    dclaration qu'elle considre les pouvoirs de l'ambassadeur
    comme expirs.--Protestation de l'ambassadeur contre cette
    dtermination.--Nouvel avis d'une entreprise forme contre
    l'une des villes de la cte de France.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, je viens de fre la condolance de la mort du feu Roy, vostre
filz,  la Royne d'Angleterre, et de luy reprsanter toutes les
particullarits que, par plusieurs de voz dpesches, depuis cest
accidant, il vous a pleu me commander de luy dire; et l'ay infinyement
remercy des honnorables et vertueux propos, et des vrayes
dmonstrations, que desj elle m'avoit envoy signifier par ung de ses
gentilshommes; du grand regret qu'elle en avoit; qui l'ay assur que
j'avoys creu et croyrois, et voulois bien croyre, sans aulcune
difficult, qu'il estoit grand, parce qu'une princesse, orne de tant
de vertu et d'humanit comme elle, ne pourroit pas fre qu'elle ne
sentt beaucoup le trespas de ce prince, qui luy estoit frre d'estat,
et de voysinance, et d'affection, et de toute perfection d'amity,
aultant que s'il luy et est propre germain, ainsy que les quatorze
ans de son rgne luy avoient donn bonne preuve que nulle occasion, ny
persuasion, ny instigation, l'avoient jamays peu mouvoyr de la vraye
amity qu'il luy portoit; ains s'estoit tousjours confirm  la
recherche du parantage, et de plus de confdration et d'intelligence
que nul de toutz les aultres princes de son alliance, et qu'en effet,
elle avoit perdu le plus certain et le meilleur, et le plus grand, de
toutz ses amys; et que Vostre Majest qui, mieulx que nul aultre,
savis ce qu'il en avoit dans le cueur, comme celle qui le luy aviez
dress, et le luy teniez tousjours bien inclin  cella, et qui vous
trouvis maintenant outre de ceste grande perte, jugis bien que
vostre condolance en estoit bien adresse  elle, et estoit trs
convenable entre vous deux; dont m'avis command de la luy fre trop
plus expresse, et plus grande, que n'avis pas donn charge de la fre
semblable  nul autre prince ni princesse de la Chrestient. Et, l
dessus, luy ayant racompt aulcunes choses de la qualit de son mal,
et comme le bon sens et la mmoyre, et la parolle, ne luy avoient
manqu jusques  l'extrme souspir, et qu'aprs avoyr satisfaict aulx
pitoyables offices de ce monde, d'avoyr demand pardon  Vostre
Majest, d'avoyr, avec grand amour et charit, recommand la Royne, sa
femme, avoyr dict le dernier adieu  Monseigneur, son frre,  la
Royne de Navarre, sa seur, au Roy de Navarre et aultres Princes; et
avoyr fort dignement parl de son estt, et du regret qu'il avoit
qu'il n'et est plus soulag de son temps, et qu'il ne le pouvoit
laysser plus paysible, il avoit achev ses derniers actes par des
parolles si sainctes, invoquant tousjours Dieu, et par des gestes si
paysibles et le visage si compos, avec ung si doulx trespassement,
que ceulx, qui y avoient assist, pleins de larmes, voyantz une si
saincte et si chrestienne mort, n'avoient nullement doubt de son
salut, ny de sa vye plus heureuse et perdurable;

Et qu'avant trespasser, il vous avoit trs instamment prie, et vous
avoit adjure, de vouloir prendre l'administration du royaulme,
jusques au retour du Roy de Pouloigne, son frre,  qui, de droict, il
appartenoit; ce que Vostre Majest, surprinse d'une trs vhmente
apprhension de ceste perte prsente et des grands dsordres qui
pourroient multiplier dans le royaulme, n'avis eu rien tant en
affection que de vous pouvoir retirer, en quelque lieu solitayre et
escart, pour y passer le reste de voz jours  repos; et que vous en
fussis excuse, sans la considration qu'avis eue de ne debvoir, en
une si importante occasion, dfallir  l'amity que portis au Roy de
Pouloigne, vostre filz, qui vritablement estoit grande, ny refuzer,
en ce temps, vostre peyne ny voz bons offices  la couronne de France,
 laquelle vous rputis avoyr trs grande obligation; et que,
pourtant, vous avis accept la dicte administration avec l'assistance
que Monseigneur le Duc, vostre filz, et le Roy de Navarre, avoient
trs cordiallement offert de vous y fre, y concourantz les Princes du
sang, et les aultres princes et seigneurs du conseil de l'estat, et la
noblesse du royaulme, et les officiers principaulx de la couronne, les
gouverneurs des provinces, les parlementz, les bonnes villes, et
gnrallement toutz les meilleurs subjectz du royaulme, avec lesquelz
vous espris conduyre toutes choses par si bon advis et modration
qu'il n'y surviendroit poinct de nouvelle altration ny de changement;
et de tant que vous savis la bienvueillance qu'elle portoit  ceste
couronne, et  ceulx qui en estoient, vous luy avis bien volu fre
toute ceste communicquation pour la prier de vous vouloir bien
assister des bons et fermes offices de bonne seur, qu'elle vous
pouvoit rendre en ce temps, et de vouloir constamment persvrer ez
termes de l'amity et confdration qu'elle avoit jure au feu Roy, et
au bon propos dont luy et Vostre Majest l'aviez tousjours
pourchasse, sellon que vous saviez bien que le desir du Roy, 
prsent, vostre filz, seroit de renouveller avec elle le dernier
traict de ligue, et l'entretenir inviolablement; et que vous luy
promettis de le luy rendre trs ferme et perptuel amy, et
pareillement Monseigneur le Duc trs dvot serviteur, et de ne laysser
deffallir, tant que vous vivris, l'amity de dell, si elle la
vouloit conserver du cost d'elle; et que Mon dict Seigneur le Duc
m'avoit command de fre aussy  la dicte Dame sa condolance de la
perte qu'il avoit faicte, et luy signiffier l'administration de Vostre
Majest, et l'assistance, et service, qu'il vous y vouloit rendre;
ensemble le Roy de Navarre, qui, toutz deux, m'en avoient escript, et
m'avoient mand d'y conformer ma ngociation en tout ce que j'auroys 
traicter, icy, avec la dicte Dame.

Elle, d'ung visage fort compos  la dolleur, aprs m'avoyr
paysiblement et fort attentivement escoust, m'a respondu qu'elle
estoit bien fort marrye que je fusse arryv au bout de ma lgation par
ung accidant si lamantable, comme estoit la mort du prince qui m'avoit
envoy; et qu'elle en avoit receu ung ennuy qui surpassoit de beaucoup
toutz les aultres plus grands qu'elle et senty depuis qu'elle estoit
royne, pour avoyr perdu ung frre, ung amy, et ung voysin qui luy
estoit plus estroictement confdr que nul aultre prince de la
Chrestient, et de la bienveillance duquel elle avoit la preuve, des
quatorze ans que je disois de son rgne. Dont je pouvois ardimment
bien croyre que le regret, qu'elle m'en avoit envoy tesmoigner par
son gentilhomme, et les larmes qu'elle n'avoit peu contenir,  mon
arryve, me voyant en cest habit de deuil, et oyant mon piteux rcit,
et celles qu'elle avoit encores aulx yeulx en me faysant ceste
responce, n'estoient nullement feinctes; ains procdoient d'une
aultant profonde dolleur de son cueur que nulz de ses plus prochains
en eussent point jett; et que, oultre les prives confrances, et les
honnestes gratiffications, et familiers complimentz, dont ilz avoient
uz l'ung vers l'aultre, aultant qu'il s'estoit peu fre entre princes
absentz, pour contracter une bien fort ferme amity, elle s'estimoit
encor avoyr prins de si bonnes erres de luy qu'elle se tenoit trs
assure qu'il et perptuellement persvr vers elle; chose qu'elle
ne savoit si elle s'en pouvoit promettre de semblable de quiconque
luy viendroit  succder.

Par ainsy n'estoit de merveille si elle le pleignoit amrement, et
que, voyrement, en estoit fort bien et proprement addresse  elle la
condolance que Vostre Majest luy en faysoit, qui vouloit aussy
mutuellement se condouloir avecques vous de ceste mesmes perte,
laquelle elle jugoit bien que ne la pouvis sentir petite, parce que
celluy que vous avis perdu estoit trs grand, et le premier de voz
troys enfans, et celluy qui, jusques  sa mort, vous avoit rendu toute
entire obyssance;

Et, au regard de vostre administration, qu'elle ne savoit ce que les
loix du royaulme en ordonnoient, et n'en vouloit estre davantage
curieuse, s'assurant que Vostre Majest estoit si vertueuse et
prudente que n'en vouldris rien oultrepasser; et que, pour le bien
qu'elle vouloit  la France, elle ne pouvoit estre sinon bien ayse que
le manyement en ft venu en vostre main, parce que nul le pouvoit
conduyre avec plus d'amour et de foy, ny avec plus de droicture et
d'intgrit, que vous, qui estes la mre des deux, qui, l'ung aprs
l'autre, estoient appells  y succder, et qui en entendis mieulx
les affres, pour les avoyr longuement manys, que nul autre qui s'en
scet mesler;

Et, quand  la continuation d'amity, qu'il vous playsoit luy offrir,
qu'elle l'acceptoit de trs bon cueur, et vous en remercyoit, aultant
qu'il luy estoit possible, et que son ferme propos estoit de ne s'en
dpartir nullement, si ne luy en donnis occasion; qu'elle esproit,
dans troys ou quatre jours, vous dpescher ung gentilhomme pour aller
accomplir le debvoir de sa condolance vers Vostre Majest, et
qu'aprs que le Roy de Pouloigne seroit arryv, elle y en envoyeroit
ung autre, pour procder ainsy vers luy, comme elle verroit qu'il
procderoit vers elle, bien qu' dire vray, elle ne voyoit poinct
qu'il pet estre de retour encores de longtemps.

Et, quand  la condolance de Monseigneur le Duc, elle la voyoit vraye
et certeyne, comme de celluy qui avoit faict une grande et fort
sensible perte; et que, touchant ung raport qu'on avoit faict, que le
Roy, son frre, ne luy avoit monstr si bon semblant,  son trespas,
comme au Roy de Navarre, qu'elle estoit trs bien advertye que cella
estoit faulx, et qu'il ne l'avoit jamays rput aultre que son trs
loyal et trs obyssant frre, comme aussy elle l'estimeroit digne de
perdre le nom de prince, et de dchoir de tout degr d'honneur et de
rputation, s'il avoit non seulement tent mais pens jamays chose
contre luy, ny contre Vostre Majest, ny contre le repos de voz
affres; et qu'elle louoit grandement l'assistance que luy et le Roy
de Navarre vous avoient offert en vostre administration; adjouxtant,
avec un soubzrire, que vous avis bien donn ordre qu'ilz s'en
reposassent du tout sur vous; et qu' ce propos elle me vouloit bien
dire qu'on luy avoit rapport des choses bien estranges, desquelles
elle et est esbahye, et peu contante, si elle ne se ft tousjours
assure qu' nul pris Vostre Majest voudroit jamays changer le
gracieux nom de bonne mre en celluy de cruelle marastre.

Et l dessus, Madame, je confesse qu'elle s'est eslargye en des propos
ung peu bien vhmentz, lesquelz m'ont rendu hardy de luy ozer aussy
uzer de vhmentes remonstrances; lesquelles m'ont sembl, avant que
je me soye dparty d'avec elle, qu'elles l'ont ramene  quelque
modration. Et je mettray peyne qu'elles produisent encores d'aultres
meilleures effectz, s'il m'est possible; bien qu' dire vray, je
trouve la dicte Dame plus picque et altre que je ne pensois. Dont
de ce qui s'est pass, pour ce regard, entre elle et moy, et de
l'intention que j'ay peu nother qu'elle a vers le Roy,  prsent,
vostre filz, je vous envoyeray bientost ung des miens pour vous en
donner compte, ensemble de ce qu'elle m'a respondu  la lettre que luy
avs escripte de vostre main, le XXVIIe du pass, et  vostre plaincte
des gens de ses ambassadeurs, et sur ce qu'elle vouloit monstrer de
tenir ma lgation pour expire: de quoy toutesfoys elle m'a pry,  la
fin, de n'en vouloir rien escripre; et ce qu'elle m'a dict de son
armement, lequel vritablement est grand et formidable: qui sont toutz
poinctz desquelz elle s'est assez ouverte de parolle et de
dmonstration.

L'on me confirme, de divers endroictz, ce que je vous ay mand de
certayne praticque sur Callays, et que, quoy que ce soit, il y a
entreprinse projecte sur quelque endroict de la coste de dell; dont
je supplye trs humblement Vostre Majest de fre renforcer la
garnison du dict Callays, celle de Bouloigne, de Dieppe, du Hvre et
de Cherbourg, et refraychir l'advertissement ez aultres places, sur la
mer, qu'on ayt  s'y tenir bien sur ses gardes; car je trouve ceulx cy
changs et beaucoup eslevez pour cest armement qu'ilz vont avoyr tout
prest. Et sur ce, etc.

    Ce XXIe jour de juing 1574.




CCCLXXXIXe DPESCHE

--du XXVIIe jour de juing 1574.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Sabran._)

  Dtails de la prcdente audience.--Plaintes de l'ambassadeur
    contre les menes des Anglais attachs aux ambassadeurs en
    France.--Dclaration d'lisabeth qu'elle est prte  punir ceux
    qui seraient coupables.--Assurance donne par la reine qu'elle
    n'a conserv aucune animosit contre le duc d'Anjou.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, aprs la condolance faicte  ceste princesse, le XXe de ce
moys, ainsi que, par mes lettres du jour ensuyvant, je le vous ay
mand, je luy prsentay la lettre que, du vivant encores du feu Roy,
vostre filz, vous luy avis, au nom de toutz deux, escripte, de vostre
main, laquelle elle leut bien curieusement, et se satisfit asss
d'aulcuns honnestes trtz d'amity qu'elle y trouva. Et me dict que ce
de quoy elle avoit desir, lors, pouvoir privement traicter avec Voz
Majestez, estoit pour vous fre ouvrir les yeulx sur aulcunes choses
qui vous travailloient; desquelles elle et espr vous mettre
facillement hors de payne, mais qu'estant,  prsent, l'occasion
passe, cella ne pourroit plus servir de rien: seulement elle vous
prioit de croyre que, quand quelque advertissement luy viendroit,
concernant les personnes de Voz Trs Chrestiennes Majestez et vostre
estat, qu'elle ne seroit paresseuse de le vous fre savoyr, ainsy
qu'elle s'assuroit que ne diffreris la semblable bont vers elle,
quand l'occasion s'y offriroit.

Je luy parlay de ces menes, que les gens de ses ambassadeurs
s'efforcent de fre par dell, qui tournoient bien fort  vostre
offance et mespris, et au prjudice du repos de l'estat; et lesquelles
vous la pris de les fre cesser, et de vouloir qu'entre Vos deux
Majestez se continut et se nourrt tant de vraye et inthyme amity
qu'il ne se pet praticquer rien, au nom d'elle, en France, ny
pareillement, au nom de Voz Majestez Trs Chrestiennes, par de, sans
une mutuelle et prive communicquation d'entre vous deux.

A quoy, elle, aprs une longue digression, mesle d'ung peu d'aigreur
et de collre, m'ayant demand si vous ne me mandis pas  quoy
tendoit la fin des dictes menes, et luy ayant respondu que non; mais
que, de tant qu'on y alloit  vostre desceu, je jugeois bien que ce
n'estoit pour l'advancement ny grandeur de Messieurs voz enfans, ny
pour le bien de leur couronne, car l'on ne le vous celleroit pas; et
luy ayant rplicqu aussi aulx aultres poinctz de sa digression,
sellon que j'estimoys le debvoir fre; elle m'a respondu qu'elle vous
prioit d'approfondir bien la vrit des dictes menes, et, si trouvis
qu'elles fussent  vostre prjudice, ou de l'estat, qu'elle offroit
d'en fre telle punition que vous voudris; et qu'elle ne voyoit pas
que s grandes offres, dont je luy avoys touch en passant, il y pet
avoyr rien de vrit, ny nul aultre bien, sinon que, si Monseigneur
le Duc savoit et croyoit qu'elle et voulu fre tout cella pour luy,
qu'il l'en aymeroit mieulx quand ilz seroient maryez ensemble. Et,
aprs avoyr riz l dessus, elle se mist  parler du retour du Roy,
vostre filz, comme si elle estimoit qu'il seroit retard.

Et de propos en propos, elles mesmes m'a ouvert l'argument de luy dire
que je craignois assez que quelque peu de nue, que j'avoys comprins
luy rester encores contre le nouveau Roy, ne la rendt trop facille 
se laysser persuader des choses de luy qui n'estoient point; et que je
la supplioys que, de ce qu'ilz auroient  desmeller ensemble, elle
n'en voult prendre l'advis de ceulx qui estoient extrmes, et sans
modration aulcune, sur le faict de la religion, ny de ceulx qui
prtandoient d'establir le fondement de son repos sur le travail de la
France; car ilz ne la conseilleroient jamays droictement, et la
conduyroient  des dellibrations, auxquelles je m'assurois qu'elle
auroit regret; mais qu'elle prnt le conseil ordonn de Dieu, et
celluy qui procderoit de l'honneur et vertu qui estoient en elle, sur
les moyens d'amity qu'elle debvoit tenir vers ceulx qui cherchoient
la sienne, et qui vritablement l'aymoient, ainsy qu'elle en avoit la
preuve, pour le regard de Vostre Majest, de plus de quinze ans, et du
Roy, vostre filz, depuis son aage de discrtion; et que, si elle avoit
doubt, d'aultrefoys, de quelque sienne affection, lorsqu'il n'estoit
que Duc d'Anjou, qu'elle estimt qu' prsent toutes ses affections
seroient d'ung grand Roy de France, son voysin, qui, en restablissant
les ruynes de son royaulme par une perdurable paciffication de ses
subjects, chercheroit de confirmer avec elle la mesmes confdration
que le feu Roy, son frre, luy avoit jure; et que Vous, Madame, luy
promtis de le luy rserver trs constant et parfaict amy, ainsy
qu'elle l'avoit eu quelquefoys serviteur.

Elle m'a respondu qu'elle esproit qu'il n'uzeroit sinon
honnorablement vers elle, ainsy qu'elle ne luy avoit jamays donn
occasion de fre aultrement, et que, suyvant cella, elle procderoit
aussy avec droicture et honneur vers luy; et qu'elle me prioit de
croyre que la nue, que je craignois, estoit passe, car plusieurs
choses estoient depuis intervenues qui avoient faict oublier tout
cella; et que, le jour prcdent, ung des siens luy avoit dict que,
possible, avoit elle faict difficult de l'espouser, parce que lors il
n'estoit pas Roy, et qu' prsent, qu'il estoit double Roy, elle s'en
debvoit contanter:  quoy elle avoit respondu qu'il avoit est
tousjours Royal, et qu'une chose, plus haute que les couronnes, y
avoit mis l'empeschement, c'estoit la religion, laquelle faysoit qu'on
layssoit le monde pour suyvre Dieu; et que l'ung ny l'autre n'y
debvoient avoyr regret. Et sur ce, etc.

    Ce XXVIIe jour de juing 1574.


    MMOIRE PARTICULIER,
    baill au Sr de Sabran, pour dire, de vive voix,  la Royne.

   Le Sr de Sabran retiendra en mmoire les principaulx poincts
   de la dpesche pour en pouvoir satisfaire la Royne.

   Luy dira que les affections sont fort changes par de,
   qu'ils creignent  merveilles que le nouveau Roy soit mal
   inclin vers eulx, et qu'il se laysse du tout possder  ceulx
   de son party, qu'ils rputent leurs ennemis; et qu'il
   opprimera ceulx qui conseilleroient l'intelligence et
   confdration d'entre ces deux royaulmes; et qu'il entrera
   facilement en quelque obligation avec le Pape et le Roy
   Catholique contre ce royaulme.

   Outre cella, ils le tiennent pour un irrconciliable ennemy de
   ceux de leur religion, dont les plus passionns mettent peine
   de bander ceste princesse contre luy, et de la rendre, de
   jour en jour, plus pique du mespris et reffus qu'ils luy
   reprsentent qu'il a faict d'elle, et de lui imprimer beaucoup
   de deffiance de la Royne Mre; de sorte qu' trs grande
   difficult a l'on pu rompre, jusques icy, les dlibrations, 
   quoy l'on l'a volue pousser, de se dclarer ouvertement pour
   les eslevs;

   Qu'il est bien certain que toutes les dlibrations de ce
   conseil ont toujours est de ne rompre jamais avecques le feu
   Roy, et elle ne le voulloit nullement faire, et a tenu la main
   que l'entreprinse de Montgommery n'a poinct eu de suitte; et
   monstre, par tous ses propos et dmonstrations, qu'elle n'a
   est, du vivant du feu Roy, jamais participante d'aucune
   pratique par del, qui ft contre luy, ny contre la Royne, ny
   contre leurs affaires. A ceste heure, la mutation de rgne a
   admen beaucoup d'escrupules et mutation de volont.

   Et, quant aux pratiques avec Monseigneur le Duc, il n'est
   possible d'ouyr rien, plus esloign de toute apparance de mal,
   que ce que ceste princesse monstre juger de ses dlibrations;
   et parle en termes si exprs de la sincrit sienne, et
   d'avoir en excration non seulement les actes, mais les
   penses, s'il en avoit jamais eu pas une contre son frre, ny
   contre sa mre, ny tendant  troubler leurs affres, que non
   seulement elle le rend infiniment bien justiffi, mais monstre
   sentir bien fort qu'on l'ayt eu, ny qu'on l'ayt suspect; et ne
   dissimule sa collre et menasses l dessus, ains semble
   qu'elle y va un peu plus expressment que n'est accoustum en
   affaires d'autruy;

   Qu' ceste heure, les plus protestants monstrent de chercher
   la rconciliation de ceste princesse avec le Roy d'Espagne, et
   se rengent avec ceux, qui sont, icy, de ce party l; ce qui
   donne le plus d'obstacle aujourdhuy  ces choses de France, en
   ce Royaulme. Dont, sans quelque nouveau moyen, sera impossible
   de les y pouvoir plus maintenir  la rputation de ces six ans
   passs. Et pourtant faut incister  quelque honneste prsent,
   ds ceste heure, pour le comte de Lestre et milord de Burgley,
   et pour quelque pension,  l'advenir; car c'est par l qu'on
   destournera les mauvaises intentions et dlibrations de de;

   Que les advis continuent de venir, de divers bons lieux et
   asseurs, que le Roy d'Espaigne mne chaudement la praticque
   d'avoir le Prince d'Escosse entre ses mains; et que son arme
   a expressment charge de tenter si cela se pourra effectuer. A
   quoy il est ncessaire de voir de quelle faon il y faut
   pourvoir.




CCCXCe DPESCHE

--du premier jour de juillet 1574.--

(_Envoye exprs  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Dlibration des seigneurs du conseil.--Proposition de renouer
    l'alliance avec l'Espagne.--Interruption des
    armemens.--Plaintes des agens anglais, qui sont  Paris, des
    soupons dirigs contre eux.--Mcontentement de Leicester 
    raison de la mfiance qui lui est tmoigne.--Ncessit de
    dissimuler les sujets de plaintes que l'on peut avoir en France
    contre l'Angleterre.--Efforts de l'ambassadeur pour empcher
    les reprsailles des Anglais sur mer.--Affaires d'cosse.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, deux jours aprs que j'ay eu parl  ceste princesse, elle a
rassembl ceulx de son conseil pour leur proposer ce que je luy avoys
offert, de la part de Vostre Majest, de la continuer en celle mesmes
bonne amity et confdration du Roy,  prsent, vostre filz, que le
feu Roy, son frre, luy avoit jure; et, ayant ceulx du party
d'Espaigne concouru  l'assemble, ilz n'ont failly de reprsanter
pareillement l'offre que le Roy Catholicque luy faysoit de renouveller
aussy, avec elle, l'ancienne allience de Bourgoigne; et mesmes ont
atiltr des lettres et adviz, qu'ilz disoient venir freschement
d'Espaigne, pour monstrer qu'il ne y avoit, en tout l'appareil de
dell, rien de pourpens ny de dellibr contre l'Angleterre. Dont,
aprs plusieurs alles et veneues devers leur Mestresse, et de leur
Mestresse vers eulx, elle, enfin, par leur advis, a ordonn que son
armement ne passeroit plus oultre, et que la dpance cesseroit;
nantmoins que l'appareil demeureroit en l'estat qu'il est pour s'en
servir en ung soubdain besoing, si, d'avanture, il survenoit, et qu'on
ne mettroit, pour ceste heure, dehors que deux de ses grands navyres
pour garder l'embouchure de la Tamyse, de faon que, le jour d'aprs,
il a est envoy, de par elle, descharger les habitans de ceste ville
du nombre des marinyers et des quatre centz soldats qu'ilz estoient
cothiss de bailler, et mand le semblable ez aultres lieux et villes
de ce royaulme; et de mettre en suspens tout ce qu'on leur pourroit
avoyr command d'extraordinayre, oultre les monstres gnralles,
lesquelles, de nouveau, elle leur a enjoinct de les continuer, et les
parachever, en la plus grande dilligence que fre se pourra.

Et a la dicte Dame concd au Sr de Sueneguen et  Goaras de pouvoir
aller attandre,  Porsemmue, le passage de l'arme pour pourvoir  ce
qu'ilz jugeroient, ou qui leur seroit mand d'y prparer pour la
rafreschir, sans toutesfoys ottroyer aulcune descente, aulmoins qui
puisse excder le nombre de cinquante personnes  la foys. De laquelle
nouvelle dellibration vous proviendra aulmoins ce soulagement,
Madame, que toute la frontire, de ce cost, sera moins travaille, et
en plus de seuret, attandant le retour du Roy, vostre filz; et se ft
peu traicter d'aultres choses avec ceste princesse aussy utilles en ce
temps, si, de la mesme faon que m'avis tousjours command de la
temporiser doulcement, et de luy interrompre de loin, sans l'offancer,
ce qu'elle pouvoit avoir de malle impression et de maulvaise praticque
contre le prsent estat de voz affres, il vous et pleu la manyer de
mesmes doulcement, et ne monstrer de l'avoyr si suspecte, et ses
ambassadeurs, et ne les fre si soigneusement observer, comme le jeune
Quillegreu s'en est plainct par de; ne layssant toutesfoys de luy
rompre ses menes en celle bonne faon et ouverte qu'envoyastes uzer
 ses dictz ambassadeurs par Mr Pinart, qui fut fort honnorable. Et
peut bien estre, Madame, que le dict Quillegreu s'est plainct icy 
tort.

Nantmoins, aprs son retour, le Sr de Walsingam m'a fait savoyr, par
le Sr de Vassal, lequel j'avoys envoy vers luy, que sa Mestresse,
voyant que Vostre Majest avoit prins ceste grande deffiance d'elle,
et que touts les siens estoient ouvertement remarqus pour trs
suspects en vostre court, et n'y estoient nullement bien veus, qu'elle
avoit chang d'opinyon de vous envoyer le gentilhomme, qu'elle avoit
desj faict apprester pour vous aller fre sa condolance de la mort
du feu Roy, vostre filz, et qu'elle n'attandoit sinon l'arryve du
cappitaine Leython pour, incontinent aprs, escripre  son ambassadeur
qu'il s'acquitt, le mieulx qu'il pourroit, de cest office.

Et le comte de Lestre, auquel j'avoys aussy, par le mesme Sr de
Vassal, envoy communicquer l'honneste mencion, que Vostre Majest
faysoit de luy, en la lettre que le dict Quillegreu m'avoit apporte,
aprs avoyr uz d'ung trs humble mercyement, monstrant d'avoyr le
cueur trs lev et plein de despit, m'a mand qu'oncques n'avoit est
faict ung plus grand tort, ny une plus grande injure  gentilhomme
qu' luy, de l'avoyr eu suspect: car juroit  Dieu, le Crateur, qu'il
n'avoit jamays faict, ny pens de fre, ny consenty  chose
quelconque, qui, prs ny loing, pet mriter cella, ny pareillement
les siens; lesquels, et luy,  leur exemple, s'estoient toujours
monstrs parciaulx, jusques  exposer leurs vyes pour la couronne de
France; et qu'il savoit combien de grands ennemys, dans ce royaulme,
et quels plus grands, dehors, il s'estoit acquis, pour avoyr inclin
et faict incliner les choses de de  la dvotion de Voz Majestez
Trs Chrestiennes; dont il en recevoit,  prsent, ung trs maulvais
loyer: et qu'il vous supplioit aulmoins de croyre, si estimis qu'il y
et d'honneur en luy, que pour chose du monde il n'et envoy
Quillegreu en France, s'il et pens qu'il y et deu fre quelque
praticque, ny ung seul semblant d'y praticquer rien contre l'intention
et le playsir de Vostre Majest; et qu'il chercheroit l'opportunit de
parler  moy, pour me dduyre davantage l'extrme marrisson, qu'il
sentoit dans son cueur, de la mauvse opinyon que vous avis prinse de
luy.

Sur quoy, Madame, si avez desir de conserver au Roy, vostre filz,
l'intelligence et confdration de ce royaulme, je vous supplye trs
humblement de couvrir et modrer, aultant qu'il vous sera possible,
bien que non de dposer du tout, la grande meffiance qu'avez monstr
d'avoyr de ceste princesse, de peur que, la mettant en dsespoir de
vostre amity et de celle du Roy, elle n'entre ouvertement en ligue
avec les Protestantz et eslevez, et qu'elle ne se runisse avec le Roy
Catholicque, comme elle en est infinyement recherche; et pour le
regard du comte de Lestre, qu'il vous playse le gratiffier, ainsy que
je le vous ay naguyres escript, affin de conserver, icy, par son
moyen, et pareillement en Escoce, les choses qui appartiennent au
service de Voz Majestez, et espargner, possible, par ung petit
prsent, l'occasion d'une trs grande despence, qui vous pourroit
survenir, si ce royaulme se changeoit contre vous;  quoy il peut,
plus que nul aultre, obvier: et que, par quelques bonnes lettres, de
vostre main,  la dicte Dame, et au dict comte, et pareillement au
grand trzorier, il vous playse radoulcyr leurs espritz.

J'ay commanc et continueray de dbatre fort vifvement la permission,
qu'ilz veulent octroyer, icy,  leurs subjectz, de se revancher, sur
mer, des violences et dprdations que les Franoys leur ont faictes;
mais le grand manquement, non de provisions de justice, mais
d'excution d'icelles, qu'ilz disent que leurs dictz subjectz trouvent
en France, me mect souvant  ne savoyr que leur rplicquer; et je voy
bien qu'ilz vuellent, par l, entrer en occasion de noyse avecques
nous.

J'entendz que quinze ourques, charges de vivres et de monitions, se
sont desrobbes de l'arme d'Espaigne pour se retirer par de,
lesquelles l'on n'a trouv bon que restassent icy, et sont passes en
Ollande.

Me Quillegreu a escript, d'Escoce, que les choses s'y maintiennent
assez paysibles soubz le prtandu rgent, lequel a affermy beaucoup
son authorit par le moyen d'aulcuns principaulx de la noblesse, qui
se sont racoincts  luy, et mesmement du comte d'Hontelay,  qui il
mande qu'il est en termes de luy remettre les sceaulx et l'estat de
chancellier du royaulme. J'ay, par deux foys, adverty Vostre Majest,
et ceste cy sera la troysime, comme il se praticque de mettre le
jeune Prince d'Escoce entre les mains du Roy d'Espaigne; et maintenant
l'on vient de me confirmer, de rechef, qu'il n'y a rien qui se mne
plus chaudement que cella. Et sur ce, etc.

    Ce Ier jour de juillet 1574.




CCCXCIe DPESCHE

--du IIIe jour de juillet 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Retour du capitaine Leython.--Prise de Saint-L par les
    catholiques.--Excution de Montgommery.--Rsolution arrte en
    Angleterre d'engager le prince de Cond  entrer en France avec
    une arme, et de lui fournir secrtement des
    secours.--Dispositions des rfugis  passer en armes en
    France.--Reproche fait  Marie Stuart d'tre en intelligence
    avec le roi d'Espagne.--Rsolution des Anglais d'user de
    reprsailles sur mer; dclaration de sir Arthur Chambernon que,
    sur le refus de la reine rgente de faire droit  ses
    rclamations, il a charg son fils de se payer lui-mme sur les
    navires franais qu'il pourrait prendre.--Mandement donn 
    l'ambassadeur pour recevoir une communication des seigneurs du
    conseil.--Plaintes des Anglais au sujet des prises faites par
    les Franais.--Demande d'audience.--Refus de la reine de
    recevoir l'ambassadeur en cette qualit.--Rsolution de
    l'ambassadeur de ne plus paratre  la cour.--Vive instance
    pour qu'il lui soit envoy un successeur.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, le dernier jour du pass, le cappitaine Leython est arryv
devers la Royne d'Angleterre,  Grenvich, duquel lieu, dans bien peu
d'heures aprs, elle est partie pour aller  Richemont, o elle
sjournera six jours, et de l s'acheminera en son progrs vers
Bristo. J'espre la voyr demain, sur l'occasion de voz dernires
dpesches, du XXe et XXIIIIe du pass, et mettray peyne de bien notter
comme elle aura est satisfaicte du rapport que le dict cappitaine
Leython luy a faict. Ceulx qui sont, icy, les principaulx entre les
Protestantz, ont fort senty, et sentent grandement la prinse de St L,
et l'excution du comte de Montgommery. Et les ministres franoys,
mesmement Villiers, joinct  luy l'agent du comte palatin, et celluy
du Duc de Saxe, et celluy du prince d'Orange, ont est, depuis cella,
fort frquents en ceste court; mesmes, mardy dernier, XXVIIIe du
pass, ilz furent, cinq grosses heures, en estroicte confrance avec
quatre de ce conseil; et, le lendemain, l'on m'assura qu'il y avoit
est dtermin que le Prince de Cond entreroit rsolument en France
avecques forces; et qu'il seroit assist, d'icy, soubz main, sans que
ceste princesse s'en meslt, et qu'on feroit en sorte qu'elle
n'empcheroit poinct qu'on ne trouvt du crdict en ceste ville pour
la dicte entreprinse, pendant que la dicte Dame s'esloigneroit en son
progrs; et depuis, a est depesch ung Labrosse devers le dict
Prince. J'entendz que, de ceste court, mais je ne say encores de
quelle main, luy sera envoye une espe et une dague, fort richement
garnyes, pour l'encourager  la superintandance de ceste guerre pour
la cause de la religyon, ainsy que son feu pre l'avoit.

L'agent du prince d'Orange est souvant avec le vydame de Chartres, et
luy faict ordinayrement tenir des lettres de son maistre, et semble
que le dict sieur vydame s'employe en ce qu'il peut pour luy. Les
cappitaines Barrache, Limons, La Roque, et quelques aultres franoys,
jusques  six ou sept vingts, naguyres revenus de Ollande, sont,
depuis quatre jours, allez vers l'Ouest en intention de s'embarquer o
ilz pourront, pour passer  Carantan. Il est vray que, parmy eulx, se
parloit de la difficult et du danger qu'il y auroit  se jetter
dedans, dont la pluspart inclinoient de s'en aller  la Rochelle, et
je croy qu'ilz auront prins celle route. Nantmoins j'ay escript  Mr
de Sigoignes qu'il advertt Mr de Matignon de leur dellibration.

Me Quillegreu a escript qu'il avoit descouvert, en Escosse, comme le
Roy d'Espaigne avoit une fort secrette, et nantmoins fort grande
intelligence avec la Royne d'Escosse: ce que je pense qu'il a faict,
tout  poste, pour anymer la Royne d'Angleterre  parachever son
armement, affin de l'employer contre le dict Roy d'Espaigne, car il
est merveilleusement affectionn au dict prince d'Orange. Nantmoins
icelluy armement a cess, et ne paroistra nullement en mer contre
l'arme d'Espaigne, bien que le Sr Boyssot, gouverneur de Fleximgues,
lequel est pass, depuis huict jours, avec sa femme par de, comme
pour s'y venir esbattre, ayt ngoci plusieurs choses fort
secrettement avec les seigneurs de ce conseil; mais ne se sait
encores ce qu'il a imptr. Goaras a trouv moyen, soubz le nom de
quelque aultre, de le fre mettre en prison, pour certeynes pleinctes
et dprdations prtandues contre luy, mais il a est incontinent
mand de ceste court qu'on l'et  relaxer, sans ung seul denier de
frayx; de quoy le dict Goaras se sent fort offanc. Nantmoins le dict
advertissement de Quillegreu a est cause qu'on a envoy qurir ung
Amelthon, prcepteur des jeunes enfantz du comte de Cherosbery, pour
l'examiner sur ceste intelligence de la Royne d'Escoce avec le Roy
Catholicque, ny s'il sayt qu'elle ayt receu, ny qu'elle reoyve, de
nulle part, aulcuns chiffres.

Il semble que ceulx cy se rsolvent d'envoyer trois ou quatre navyres
pour rprimer aulcuns vaysseaulx franoys, qui pillent, sur mer, les
subjectz de ce royaulme; et sir Artus Chambernon m'a escript que, vue
la froyde responce que Vostre Majest avoit faicte sur son affre 
l'ambassadeur d'Angleterre, aprs celle tant bonne que le feu Roy,
vostre filz, luy en avoit mande auparavant, qu'il a remis la debte du
comte de Montgommery  son filz, lequel adviseroit maintenant de s'en
payer le mieulx qu'il pourroit sur les Franoys. A quoi je
m'opposeray, Madame, aujourdhuy vers les seigneurs de ce conseil, qui
m'ont envoy prier de me trouver,  troys heures aprs midy, en la
maison de milord Quipper, o ilz seront toutz assembls pour me fre
entendre aulcunes choses que la Royne, leur Mestresse, leur a donn
charge de me dclarer; de quoy je suis bien en peyne que ce peut
estre; mais j'espre que Dieu me fera la grce de leur respondre comme
il conviendra pour le service du Roy et vostre. Et sur ce, etc.

    Ce IIIIe jour de juillet 1574.


   PAR POSTILLE.

   Pendant que j'ay faict mettre au net la prsente, j'ay est
   devers les susdictz seigneurs du conseil, qui m'ont faict une
   assez rude dclaration touchant la pleincte de leurs subjectz;
   dont je vous manderay, Madame, par mes premires, comme le
   tout a pass entre nous. Et voulant desj clorre le pacquet,
   le Sr du Vassal, qui estoit all pour mon audience  la court,
   et  qui j'avoys donn charge de savoyr rsoluement comme je
   y serois receu, m'a rapport, de la part du comte de Lestre,
   que la Royne, sa Mestresse, me mandoit que je serois le bien
   venu quand il me playroit; et que je savoys bien ce qu'elle
   n'avoit dict dernirement, qu'encor que ma lgation ft
   expire, qu'elle ne layrroit de traicter avecques moy comme
   avec ung gentilhomme franoys, ministre du Roy, mon Maistre,
   lequel, avoit bien agrable, mais qu'elle ne pouvoit, en faon
   du monde, me recevoyr plus comme ambassadeur, jusques  ce que
   j'eusse nouvelle commission du Roy, qui est  prsent. Sur
   quoy je me suis arrest, et suis tout rsolu, Madame, de ne
   fre tant de prjudice  la grandeur du Roy, vostre filz, et 
   la vostre, ny tant d'indignit  la charge qu'on m'a veu
   exercer, icy, les six ans passs, que d'y aller maintenant en
   aultre qualit, dont vous plerra adviser de quelque expdient.
   Et s'il vous playsoit fre venir mon successeur, pour estre
   quelques moys, icy, agent, pendant que les lettres du Roy,
   vostre filz, luy arryveroient pour estre ambassadeur, nous
   conduyrions, par ensemble, la ngociation ung espace de temps;
   et puis je la luy layrroys, au partyr, si clre et nette,
   qu'il ne s'y sentiroit aulcune mutation, sinon possible en
   mieulx, en ce que, mieulx que moy, il pourroit fre. Et vous
   plra, Madame, pourvoyr promptement  ce faict, de peur que
   les affres de Voz Majestez ne reoyvent quelque dtriment,
   par faulte de personnage qui les puisse aller ngocier avec la
   dicte Dame.




CCCXCIIe DPESCHE

--du VIIIe jour de juillet 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Monyer_).

  Dclaration faite  l'ambassadeur, en conseil, que la reine a
    pris la rsolution de permettre  ses sujets d'user de
    reprsailles sur mer contre les Franais.--Protestation qu'elle
    ne veut pas pour cela abandonner l'alliance, ni faire acte
    d'hostilit.--Regret tmoign par l'ambassadeur de ce que des
    excs ont t commis sur mer, et par les Franais et par les
    Anglais.--Son desir qu'il y soit remdi conformment au
    trait.--Ses plaintes contre les secours donns, depuis le
    commencement des guerres civiles, aux rvolts de France.--Ses
    remontrances  raison des prises faites par les
    Anglais.--Protestation de sa part qu'il prendra toute
    autorisation de reprsailles comme une infraction au trait
    d'alliance.--Dclaration du conseil qu'il en sera rfr  la
    reine.--Ordre donn de mettre tous les navires en mer.


    A LA ROYNE, MRE DU ROY, RGENTE.

Madame, ayant, jeudy dernier, est appell en la mayson de milord
Quipper par les principaulx de ce conseil, j'ay trouv qu'il y en
avoit neuf des principaulx desj assemblez et assis, lesquels m'ont
assez bien receu; et s'estantz remis, chascun en sa place, et
m'ayantz, ainsy que de coustume, donn celle du premier lieu, ilz ont
est quelque temps en silence, comme s'ilz attandoient que j'ouvrisse
le propos; mais voyantz que je ne sonnois mot, milord Quiper et milord
trzorier m'ont dict que la Royne, leur Mestresse, avoit ordonn que
aulcunes choses, qui estoient d'assez d'importance, me seroient
dclares en ceste assemble; lesquelles ilz me prioient de les
vouloir ouyr de Me Smith.

Et tout aussytost, s'estant le dict Me Smith lev, il m'a, avec ung
peu d'apparat, dict que les grandes et frquentes plainctes, qui,
depuis ung an, estoient venues, et venoient encores tous les jours 
la dicte Dame, des dprdations, volleries, meurtres et ranonnementz
que les subjectz de ce royaulme souffroient, en mer, par les Franoys,
et mesmes bien freschement de celles que deux navyres de guerre, qui
s'avouoient au Roy, l'ung nomm le _Prince_ et l'autre l'_Ours_,
excutoient sur eulx, et le peu de justice qu'ilz trouvoient en France
ez officiers de sur les lieux; lesquelz, encor que le Roy et les
seigneurs de son conseil ordonnassent souvant de bonnes provisions,
ilz les mesprisoient, et ne tenoient compte de les excuter, et
layssoient intimider devant eulx, injurier, battre, mutiller et
meurtrir ceulx qui en alloient fre la poursuyte, sans qu'on leur et
encores jamays veu fre punition d'ung seul pirate, ny une seule
restitution, bien que la dicte Dame en et faict addresser ses
pleinctes fort souvant par moy mesmes, et ordinayrement par ses
ambassadeurs,  Voz Trs Chrestiennes Majestez, et se ft mise en tout
debvoir de punir, de son cost, ceulx de ses subjectz qui avoient
troubl la mer, et donn toute satisfaction aulx Franoys;

Et voyant,  ceste heure, le dsordre continuer tousjours plus grand
sur les siens, et les remdes de justice leur deffallyr du tout, ainsy
qu'il apparoissoit par le faict de Me Warcop, qui estoit fond en trs
grande quit; et par celluy de Guyllaume Rutheau, qui avoit obtenu
lettres patantes du grand sceau pour estre satisfaict en l'espargne,
sellon que ses biens avoient est prins pour les exprs affres du feu
Roy, nantmoins le trsorier de l'espargne en refuzoit le payement;
ensemble de plusieurs aultres semblables accidantz de ses subjectz,
qui ne cessoyent d'inquiter la dicte Dame, et ceulx de son conseil,
de leurs trs lamentables dolances;

Elle, pour ne laysser dprir le commerce, ny voyr cesser la
navigation en son royaulme, qui estoient les deux choses qui
principallement maintenoient son estat, avoit advis que, sans plus
m'en parler, ny aller plus  pleincte  Voz Majestez Trs
Chrestiennes, elle adviseroit des remdes que, par l'advis de ceulx de
son conseil, elle avoit jug les plus propres et les plus expdientz,
pour rcompenser et desdomager ses dictz subjectz et leur assurer
leurs dictz navigation et commerce, sans, pour ce, altrer la bonne
paix qu'elle vouloit droictement garder au Roy, vostre filz, et  son
royaulme; et que ce qu'elle en faysoit estoit principallement pour
obvier que les choses ne passassent si avant que la dicte paix s'en
pet rompre; par ainsy, s'il advenoit que je vsse ou ouysse parler de
quelque nouvel ordre sur la mer, que je n'en prinse poinct
d'esbahyssement.

Et, sans passer plus oultre, m'ayant lors exib ung grand cahier de
pleinctes, qu'il disoit n'y avoir est satisfaict, et ung role de
restitutions faictes aulx Franoys  mon instance, il s'est tourn
rassoyr.

Et les aultres s'estantz rendus fort attentifs  ce que je
respondrois, je leur ay dict, que le propos, qu'ilz m'avoient
maintenant faict tenir, venant de la Royne, leur Mestresse, et d'ung
si prudent et vertueux conseil, comme le sien, se trouveroit,  mon
advis, pour le regard de celle partie qui faysoit mencion de garder
droictement l'amity, trs conforme au desir du Roy, vostre filz, et
au vostre, de faon que je leur pouvois assurer que Voz Majestez, et
toutz ceulx de vostre couronne, l'auroient trs agrable; et encores
ne pensois je que l'autre partye, qui monstroit avoyr de
l'altration, vous pet du tout desplayre, parce qu'elle tendoit 
descouvrir franchement les occasions qui avoient commanc de troubler,
et qui troubleroient davantage la clert de ceste amity, si elles
n'estoient remdies; que le remde n'en seroit dsormais difficile,
puisque les causes du mal estoient descouvertes, lesquelles ne me
sembloient ny si griefves, ny de tel poids, qu'elles peussent
esbranler la trs solide et trs ferme, et trs sainctement jure,
bonne amity qui avoit, depuis quinze ans, prins son fondement sur la
mutuelle bonne inclination que Voz Majestez s'estoient rciproquement
porte;

Que, touchant les dsordres de la mer, et manquement de justice, en
France, pour leurs subjectz, j'tois trs marry qu'ilz eussent
occasion de s'en douloyr, et je m'en voulois douloir avec eulx,
n'estant du debvoir de la confdration qu'ilz receussent injure de
nous, ny qu'elle ne ft rpare, quand nous la leur aurions faicte,
car les tretts le portoient ainsy; mais la malice du temps avoit
assez priv en France et l'estranger et le subject de l'ancien ordre
de la justice; nantmoins je pouvois tant affirmer, de l'intention et
desir de Voz Majestez Trs Chrestiennes et de vostre conseil, que les
provisions, qui avoient deu en cella procder de trs justes princes,
et trs svres et quitables conseillers, n'y avoient jamays
deffally; que eulx mesmes estoient ceulx, et je les supplyois de
n'estre offancs d'ouyr ceste vrit, qui avoient donn commancement 
ce mal: car, jusques en l'an 1568, encor que nos troubles eussent
desj dur cinq ou six ans, les Angloys n'avoient toutesfoys senty de
nous, ny nous d'eux, aulcune injure sur la mer; mais, aprs qu'ilz
avoient eu admis, icy, Chastellier Portault comme visadmyral,
nonobstant qu'il ft un fuitif condampn  mort par justice, et qu'ilz
eurent donn lieu aulx commissions du Prince de Cond et du cardinal
de Chastillon et du prince d'Orange, et dernirement  celles du comte
de Montgommery, et que, soubz icelles, ung grand nombre d'angloys, et
pareillement beaucoup de fuitifz franoys, escossoys et walons, eurent
entreprins, soubz la faveur de ce royaulme, sortantz de leurs portz et
y ayantz leur retrette, de piller les Catholicques, et de dbiter par
de leurs prinses, la mer avoit est incontinent remplye de trs
grands dsordres; et, encor que, depuis, ilz s'estoient efforcez de
les rprimer, et que la Royne, leur Mestresse, et command de fre
justice, elle n'avoit est faicte entire, ny  toutz, ny contre
toutz. Et bien souvant une partye du principal, avec les frays, ou
toutz les deux ensemble y estoient demeurs, de faon que le dommage
des Franoys restoit encores et en diminution de leurs biens, et en
injure et violence contre leurs personnes, et en perte de navyres, si
grande qu'il excdoit de dix mille pour cent celluy qu'ilz
m'allguoyoient de leurs subjectz;

Que je ne voulois nyer qu'il n'y et  desirer quelque chose de nostre
cost, mais beaucoup plus sans comparayson du leur; et, au pis aller,
les injures, qu'ils avoient reues de nous, ne pouvoient estre sinon
semblables  celles qu'ils nous avoient faictes, s quelles nous
n'avions jamays tent aultre remde que de recourir  la Royne, leur
Mestresse, et  eulx, de nous fre justice sellon les traicts; et
nous estions contants de celle qu'elle nous avoit administre, ou
qu'elle avoit monstr de nous vouloir administrer, excusans le reste
sur la malice du temps; dont je la supplyois, et eulx aussy, qu'ilz
voulussent maintenant uzer le semblable, et ne chercher nulz remdes
en cella hors des traicts; et que leurs ambassadeurs avoient
naguyres trett de cest affre avec Voz Majestez Trs Chrestiennes,
lesquelles avoient prins avec eulx l'ordre que je leur avoys desj
dclar; lequel, s'il ne leur satisfaysoit assez, qu'ilz en missent
quelque autre en avant, et je leur ozois bien promettre que, s'il
n'estoit bien malhonneste et inique, que Vostre Majest le leur
accorderoit, et leur feroit voyr qu'elle desire soigneusement
conserver le commerce et intelligence de ce royaulme;

Que la Royne, leur Mestresse, ny eulx ne pouvoient, ny debvoient
procder maintenant d'aultre faon; et, pour le debvoir de ma charge,
je ne pouvois fre de moins, en cas de quelque nouveault en cest
endroict, que de les requrir de la vous communicquer, et d'attandre
sur icelle vostre consentement, premier que de la mettre  excution,
ou bien leur protester de l'infraction des traicts; que je les priois
de considrer que le feu Roy estoit mort leur bon alli et confdr,
et que le Roy,  prsent, son frre, selon le troysime article du
traict, avoit succd en la mesme ligue et confdration, et avoit
ung an de terme pour en dclarer sa volont, et que Vostre Majest
leur promettoit qu'il ne l'auroit poinct dissamblable au deffunct, et,
possible, beaucoup meilleure; et aulmoins ne pouvoient ilz, pour chose
qu'il et faicte, depuis son rgne, aulcunement juger qu'il la det
avoyr aultre; et pourtant je les priois que la Royne, leur Mestresse,
et eulx se voulussent, en l'absence sienne, et  l'advnement sien 
ceste grande couronne de France, qui leur estoit voisine, et en
l'administration de ses prsentz affres ez mains de Vostre Majest,
se dporter en vrays bons alliez et confdrez, et luy ayder et
assister, comme  celluy qui debvoit estre, cy aprs, bien fort 
eulx; et de qui, pour estre ung prince nay  toute vertu, creignant
Dieu, fort esprouv aulx armes et aulx affres, et dont la fortune ne
se monstroit petite, ny les augures de sa grandeur que trs bons, ilz
pouvoient esprer et se promettre beaucoup plus que de nul aultre
prince de la Chrestient.

Laquelle responce, qui a est, en quelque endroict, plus ample et plus
expresse, milord trsorier l'a incontinent rcapitule en angloix, 
ceulx qui n'entendoient le franoys.

Et aprs qu'ilz ont eu assez longtemps dbattu ensemble, luy mesmes
m'a respondu, que ce qu'ilz m'avoient auparavant dclar de
l'intention de leur Mestresse estoit sellon la rsollution qu'elle en
avoit prinse,  laquelle ne leur pouvoit estre loysible d'y rien oster
ou mettre; mais qu'ilz luy rapporteroient fidellement mon dire, lequel
leur avoit sembl  toutz honnorable et plein de beaucoup de
satisfaction; et que, puis aprs, elle m'y feroit entendre sa volont.
Il s'est pass, l mesmes, d'autres choses lesquelles je rserve  la
prochayne dpesche, parce que cette lestre est desj trop longue. Et
adjouxteray seulement que, samedy dernier, le comte d'Oxfort et milord
Edwart de Sommerset se sont desrobez d'icy pour passer en Flandres, de
quoy ceste court est assez trouble. Et sur ce, etc.

    Ce VIIIe jour de juillet 1574.

   L'on me vient d'advertyr, tout  ceste heure, que ceux cy ont,
   depuis hier au soyr, chang, encores un coup, de
   dellibration, et qu'indubitablement ilz mettront toutz leurs
   navyres dehors avant le XXIIIIe de ce moys. J'envoye de ce pas
   en vriffier l'advis, et incontinent aprs, je le vous
   escripray. Le pacquet de Vostre Majest, du dernier du pass,
   vient d'arryver. Il est besoing de pourvoyr promptement  la
   difficult que, par le postscripte de ma prcdente, je vous
   ay mand.




CCCXCIIIe DPESCHE

--du XIIe jour de juillet 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne Jumeau._)

  Reprise des armemens.--Intrigues des partisans de l'alliance de
    Bourgogne.--Suspension des lettres de marque contre les
    Franais.--_Mmoire._ Confrence de l'ambassadeur avec
    Burleigh, Leicester et Walsingham, sur la dclaration des
    seigneurs du conseil.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, ce n'est sans rougir de honte qu'il fault que, par ceste cy,
je vous mande, touchant l'armement de ceste princesse, tout le
contrayre de ce que, par celle du premier de ce moys, je vous avoys
escript: qu'elle l'avoit desj interrompu, et avoit faict licencier
les gens de guerre, et les marinyers, et les ouvriers, et officiers de
ses navyres, et faict cesser les provisions des victuaylles, et
rvoqu toutes aultres commissions en cella, chose que j'ay veue de
mes yeulx. Et mesmes la dicte Dame estoit desj entre en march avec
le Sr Boyssot, gouverneur de Fleximgues, qui estoit lors icy, pour luy
vendre les dictes victuailles. Mais estant, samedy dernier, survenu
des nouvelles de France  la dicte Dame, lesquelles j'entendz que ne
luy ont pleu; et, bientost aprs, d'autres, du cost de Biscaye, comme
l'arme d'Espaigne se debvoit mettre en mer le cinquiesme de ce moys
en nombre de troys centz voylles, toutes  double quippage de guerre;
et encores d'aultres fascheuses nouvelles, le mesmes soyr, comme les
deux milords, dont je vous ay cy devant escript, s'estoient desrobez
pour passer en Flandres, la peur et les souspeons luy ont renouvell
plus grandz que jamays. Dont soubdain elle a faict contremander ce qui
estoit licency, et envoy argent de toutes partz pour haster les
soldatz et les maryniers; et maintenant elle faict fre une extrme
dilligence de pouvoir, avant le XXVe du prsent, mettre ses grands
navyres dehors, en nombre de XXV, aultant bien quipps qu'il y en ayt
en ceste mer, avec les barques et aultres vayssaulx qui suyvront,
oultre les particulliers qui seront bien aultant. Et l'admyral mesmes
d'Angleterre se prpare, avec beaucoup de noblesse, pour y aller
commander; chose nantmoins qu' mon advis ne pourra estre si tost
preste, et de laquelle j'espre, et desire de bon cueur, que je puisse
encores une foys changer les advis que j'auray  vous en mander, non
qu'on ne m'ayt donn beaucoup de bonnes parolles d'assurance que rien
de cest appareil n'est contre la France. Nantmoins je ne puis fre,
pour aulcunes considrations que j'ay, que je ne le souspeonne
beaucoup, et que je ne le rende suspect  Vostre Majest, veu
mesmement la dclaration assez rude que les seigneurs de ce conseil
m'ont naguyres faicte, comme je le vous ay mand du VIIIe; et veu que
les ministres franoys de ceste ville, qui sont bien les plus
passionnez du monde, sont ceulx qui le sollicitent. Joinct que les
partisans de Bourgoigne, lesquelz sont trop plus ferventz, pour ceste
heure, que les nostres, et qui sont trs bien estipendis,
s'efforceroient de traverser cella, s'ilz sentoient qu'il y et rien
au dommage du Roy Catholicque.

Et  propos des dictz partisans de Bourgoigne, je vous puis assurer,
Madame, qu'ilz ont faict tout ce qu'ilz ont peu pour induyre ceste
princesse de rompre avecque vous; et n'est sans apparance que, ez
praticques qu'avez descouvertes par dell, il y ayt de leur artiffice
beaucoup, sans le sceu et oultre la volont d'elle. Car desj ilz
avoient tant faict, icy,  la sollicitation d'ung hespagnol,
naturaliz en ceste ville, lequel pourchassoit pour luy une lettre de
marque contre les Portugoys, que ce conseil avoit rsolu qu'on en
octroyeroit aussy, avec toutes provisions de reprsailles, et
d'arrest, aulx marchantz angloys contre les Franoys. Et sans ce que
la dicte Dame, quand l'on luy en est all parler, a dict qu'il falloit
qu'on m'en notiffit la dclaration, et qu'on entendt l dessus ma
responce, premier qu'elle le consentt, l'on et desj pass oultre;
bien qu'elle n'a faict grand difficult de passer la lettre contre les
Portugoys. Et c'est sur quoy iceulx de ce conseil m'ont tenu depuis le
propos que je vous ay mand; sur quoy je leur ay faict, sur le champ,
la responce, et eulx leur rplicque que Vostre Majest a veue par ma
dpesche du VIIIe de ce moys. Et je joins dans un mmoyre  part ce
qui s'en est ensuivy.

Et depuis, Madame, l'on m'a adverty que les dictes lettres de marque
ont est suspendues. Je ne say si,  prsent, l'on les remettra. Et
le Sr Artus Chambernon m'est venu dire que, puisqu'il vous playsoit
fre rayson  son fils du dot de sa femme, qu'il garderoit qu'il ne
l'allt pourchasser, sinon vers Vostre Majest, par la voye que luy
permettris de le fre. Et sur ce, etc.

    Ce XIIe jour de juillet 1574.


   MMOIRE.

   Madame, aprs estre levez du conseil, milord trzorier et le
   comte de Lestre, m'ayantz retir  part, m'ont remonstr en
   combien de deffiance de vostre amity et de celle du Roy,
   vostre filz, vous aviez mis ceste princesse par les estranges
   faons dont aviez procd vers ses ambassadeurs et leurs gens:
   de les avoir ainsi faict observer comme si vous la tenis
   desj pour vostre dclare et mortelle ennemye, et mesmes de
   ce tret, qu'aviez faict uzer, par le grand commandeur de
   Champaigne, au cappitaine Leython, le jour qu'il estoit party
   de Paris, bien qu'il luy et dict que ce n'estoit de vostre
   part; et qu'ilz promettoient  Dieu qu'ilz ne voyoient ny
   savoient qu'il y et eu, cy devant, ny qu'il y et, 
   prsent, en l'intention de leur Mestresse, chose aulcune qui
   vous det raysonnablement esmouvoyr contre elle; et que, si
   elle avoit voulu monstrer quelque recognoissance vers
   Monseigneur vostre filz, de l'obligation, en quoy elle se
   sentoit estre, de ce que le feu Roy, son frre, et Vous, le
   luy avis prsent, et que luy mesmes s'estoit offert  elle,
   que vous la debvis avoyr segonde en cella, si avis nul
   desir de leur mariage, car pouvis croyre qu'elle ne tendoit
   qu' fre tout ce qu'elle jugeoit bon pour le bien et
   contentement de Voz Majestez Trs Chrestiennes et pour
   l'honneur de vostre couronne, et pour conserver et accroystre
   la rputation de Mon dict Seigneur, vostre filz; et qu'il
   falloit dire ou que vous estis fort circonvenue en l'opinyon
   qu'on vous faisoit prendre de leur Mestresse, ou que vous luy
   portis une fort maulvayse volont.

   Je leur ay respondu qu' dire vray, l o la meffiance
   pntroit et pouvoit mettre racyne, qu'elle y suffocquoit
   facillement toutes les plantes d'amity; mais que je les
   suplioys de considrer, par leurs prudences, si, en ung temps
   qu'il vous estoit advenu, Madame, de perdre le feu Roy, vostre
   filz ayn, et avoyr absent le Roy, son frre, vostre segond
   filz, en ung pays trs loingtain; et que son royaulme, durant
   vostre administration, se trouvoit ombrag, en plusieurs
   endroictz, de diverses guerres intestines, o vous avis six
   armes aulx champs pour luy, l'une en Normandye, une en
   Poictou, une en Gascoigne, une en Languedoc, une en Daulfin
   et une aultre en Champaigne, et deux mareschaulz de France
   prisonnyers, et le Prince de Cond, qui se prparoit en
   Allemaigne, pour venir, avec nouvelles forces, troubler
   davantage voz affres; et que le comte de Montgonmery estoit
   par ce cost descendu en Normandye; et que les eslevez ne
   faysoient de rien tant d'estat que du secours d'Angleterre;
   et que plusieurs ministres, et aultres franoys fuityfs, ne
   cessoient de dellibrer icy, toutz les jours, des moyens
   d'entretenir la guerre par dell; et que les gens de leur
   ambassadeur s'estoient efforcez de mener, jusques en vostre
   court, de trs dangereuses praticques; si toutes ces choses l
   ne vous debvoient bien avoyr caus de la souspeon;

   Et que je leur voulois librement dire que la Royne, leur
   Mestresse, et eulx vous debvoient savoyr grand gr de l'ordre
   que vous avis tenu, l dessus, pour conserver l'amity; car
   avis envoy Mr Pinart, secrettre des commandementz, devers
   leurs ambassadeurs pour les prier doulcement d'ouvrir les
   yeulx sur ces maulvais dportementz de leurs gens, et y
   vouloir pourvoyr; et m'aviez command de dclarer, icy,  leur
   dicte Mestresse, les poinctz et termes de la dicte pratique;
   et luy nommer les propres personnes qui la menoient, la priant
   qu'elle juget combien il vous debvoit estre grief, qu'au nom
   d'elle l'on entreprnt telles choses prs de Vostre Majest,
   en vostre mayson, et jusques dans vostre cabinet, sans vous en
   fre part;

   Et que vous promectis  Dieu que vous avis fermement creu
   que c'estoit sans qu'elle le scet, et contre sa volont,
   qu'ilz le faysoient; et que cella procdoit de l'artiffice des
   eslevez, ou bien des ministres rfugis par de: dont l'avis
   prie qu'elle ft cesser ces choses, et qu'elle voult
   entretenir et nourrir tant de vraye amity avecques vous, que
   rien ne se pet traicter de par elle en France, comme vous luy
   promettis bien que rien ne se traicteroit de par Voz Majestez
   Trs Chrestiennes par de, sans une prive communicquation
   d'entre vous deux.

   En quoy ilz pouvoient voyr combien grande occasion l'on vous
   avoit donn de souspeon, et combien vous avis mis peyne de
   garder qu'elle ne vnt  altration; et qu'ilz debvoient ainsy
   juger de Vostre Majest, comme d'une princesse qui leur aviez
   conserv, quinze ans durant, l'amity du feu Roy, vostre filz,
   et qui luy conserveris perptuellement celle du Roy, son
   frre, et conduyris  bon effect le propos de Monseigneur le
   Duc, si eulx mesmes ne vous donnoient occasion d'en uzer
   aultrement.

   Et les ayant layssez en cella, Mr Walsingam m'est venu ramener
   jusques hors du logis, qui m'a dict que, de tousjours, il
   avoit plus est franois qu'espaignol, et pourtant qu'il
   s'advanceroit de me prier franchement que je me voulusse
   souvenir combien j'avoys tousjours trouv sa Mestresse bien
   incline  la France; et combien elle mritoit que Voz
   Majestez Trs Chrestiennes tnsis en grand compte son amity,
   et la traictissis, en toutes choses, honnorablement et avec
   dignit, et respect; et que c'estoit une princesse trs
   dbonnayre, trs vertueuse et paysible,  laquelle falloit
   donner de la satisfaction; et que pourtant, sur la dclaration
   qu'elle m'avoit faicte fre par ceulx de son conseil, il
   estoit ncessaire que Vostre Majest la contantt
   honnestement, en faysant avoyr satisfaction, par justice, 
   ceulx de ses subjectz qui plus luy faysoient de presse.

   A quoy je luy ay respondu que, jusques icy, il s'estoit veu
   beaucoup de correspondance entre Voz Majestez et entre ces
   deux royaulmes, et que, de vostre cost, il ne s'y trouveroit
   ny resfroydissement ny diminution; dont luy pouvois promettre
   que la satisfaction seroit faicte par justice  leurs
   subjectz, s'il leur playsoit l'administrer de mesmes bonne
   aulx Franoys par de.




CCCXCIVe DPESCHE

--du XVIe jour de juillet 1574.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Jacques._)

  Nouvelle suspension des armemens.--Assurances donnes par
    Leicester de son affection pour la France.--Avis qu'une
    audience est accorde  l'ambassadeur.--Affaires
    d'cosse.--_Mmoire._ Communication entre l'ambassadeur et
    Leicester.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, en ce que, par ma dpesche, du XIIe de ce moys, j'avoys
prsag que j'auroys encores une foys  vous mander quelque changement
de la dellibration de ceulx cy touchant leur armement, je ne m'en
trouve nullement dceu, car, sellon que je l'ay dict, et comme je le
desirois, mais, certes, plus tost que je ne l'esprois, il est advenu
qu'ilz ont, de rechef, depuis peu d'heures en , entirement cass
tout l'appareil de leurs grands navyres. Et ne say d'o est procd
ceste tant soubdeyne mutation, car don Bernardin de Mendossa, qui
vient de la part du grand commandeur de Castille, n'a point est
encores ouy, et le secrettre de l'ambassadeur d'Angleterre ne fut pas
si tost arryv, samedy au soyr,  Windsor, qu'on envoya icy redoubler
le commandement de haster la sortie des dictz grands navyres. Et si,
je say certaynement que aulcuns ministres furent, le dimanche
ensuyvant, appelez  la court, pour encourager ceste princesse  ces
deux guerres, de France et de Flandres, et pour luy remonstrer que le
salut de ce royaulme et la conservation de leur religion requroit que
l'ordre de son armement ne se trouvt nullement diminu de ce qu'il
est, ains plustost augment, quand le Prince de Cond entreroit en
France, et quand l'arme d'Espaigne passeroit icy, au long, pour aller
en Flandres.

Il est bien vray, Madame, que j'avoys desj eu, en cella, quelque
bonne parolle du comte de Lestre, dont je metz le propos  part, qui
pense bien que, de luy et de quelques ungs qui n'ont encores perdu
toute leur bonne affection vers la France, et de quelques amys du Roy
d'Espaigne, est venu maintenant ceste interrumption d'armement; et 
luy aussy, plus qu' nul aultre, j'en rendray, samedy prochain, les
grandz mercys, quand j'iray  l'audience  Redinc,  quarante mille
d'icy, o ceste princesse m'a assign. A laquelle je n'obmettray ung
seul poinct de toutz ceulx qui sont contenus en vostre dernire
dpesche du VIIe du prsent, desquelles, en ce qui touche aulcunes
particullaritez, bien bonnes et bien desires du Roy, vostre filz, je
m'en conjouys infinyement avec Vostre Majest; et surtout j'ay bien
fort solennis la nouvelle de son bref retour, car c'est ce qui
resjouyt, plus que je ne le sauroys dire, les bons, et met en
terreur et confusion ceulx qui n'ont bonne intention.

Au regard de l'affre d'Escoce, je ne say comme bien y pourvoir, car,
de s'en adresser au comte de Morthon, ou  pas ung de sa faction, le
debvoir ny la rayson ne le peuvent requrir; et je ne say  quel, de
toutz ceulx de l'aultre party, j'en pourrois escripre, qui n'ayme,
possible, beaucoup mieulx que ce que je vous ay mand succde, au cas
que n'y veuills entendre pour vous, que d'en demeurer l o ilz sont.
Dont semble estre expdient que, soubz une colleur, fassis passer
quelque escossoys confident jusques l, par mer, pour y aller manyer
ce ngoce sellon vostre intention. Et sur ce, etc.

    Ce XVIe jour de juillet 1574.

   ADVIS, A PART.

   Madame, j'ay envoy devers le comte de Lestre le Sr Acerbo
   pour le prier de troys choses: l'une, qu'il voult oster,
   d'entre la Royne d'Angleterre et moy, cette difficult qu'elle
   faysoit de ne me vouloir recevoyr comme ambassadeur, luy ayant
    dire une chose fort expcialle et d'importance que Vostre
   Majest luy mandoit; l'aultre, de m'advertyr en quelle
   disposition elle estoit demeure vers Voz Majestez et vers la
   France, aprs qu'elle et ouy le rapport de ceulx de son
   conseil, sur ce qui s'estoit pass naguyres entre eulx et
   moy; et la troysiesme, qu'il promt ardiment  la dicte Dame,
   sur la parolle de Vostre Majest, que la confirmation de la
   ligue avec le Roy, vostre filz, s'en suyvroit, tout ainsy
   qu'elle l'avoit eue avec le deffunct, son frre, et que je luy
   en obligeoys ma vye; et plusieurs aultres bonnes parolles et
   promesses au dict comte pour l'eschaufer, plus que jamays, au
   party du Roy, et de ne se laysser surmonter ny aulx partisantz
   d'Espaigne, ny aulx passionnez protestans.

   A quoy, aprs avoyr confr avec la dicte Dame, il m'avoit
   mand, comme de luy mesmes, qu'il me prioit de n'estre point
   marry, si je ne pouvois estre receu comme ambassadeur, car, 
   la vrit, je ne l'estois poinct; et s'il advenoit que quelque
   chose se trettt avecques moy, en celle qualit, que tout
   cella seroit de nulle valeur; mais qu'il me respondoit, sur
   son honneur, si je venois trouver la dicte Dame, qu'elle ne me
   tiendroit en aultre lieu et rang que comme elle avoit
   accoustum, bien que non d'ambassadeur;

   Et, au regard de ce qui s'estoit pass entre ceulx du dict
   conseil et moy, qu'aprs que luy et milord trzorier, et les
   deux secrettres, en avoient eu rendu compte en bien bonne
   sorte  la dicte Dame, elle avoit dict que ma responce luy
   sembloit telle que de plus honnorable ne s'en pouvoit fre, ny
   qui ft plus pleyne de satisfaction; et qu'elle avoit lors
   faict arrester, en son dict conseil, que, premier que
   d'innover rien aulx tretts d'entre le Roy et elle, ny
   attempter rien contre les Franoys, qu'on attandroit de voyr
   s'il sortiroit aulcun effect des bonnes parolles et
   dclarations que je leur avoys faictes; vray est que ceulx,
   qui nous estoient peu amys, avoient tant faict qu'il avoit
   est rserv, au cas que les violences continuassent de nostre
   cost, et que les Anglois fussent maltraicts en France, et
   dprds par les Franoys, et qu'on ne leur ft quelque
   satisfaction du pass, qu'on leur permettroit de se revencher
   sur mer, et prendre leur rcompense sur les dictz Franoys,
   ainsy qu'ilz la pourroient avoyr: qui pouvois penser que leur
   seroit chose assez ayse, mais mal convenable  l'amyti;

   Et que la dicte Dame avoit dict, tout hault, que Vous, Madame,
   vous estiez trompe et circonvenue vous mesmes, d'avoyr prins
   tout aultrement l'intention d'elle qu'elle n'estoit; car
   prioit  Dieu de la punir trs griefvement si elle avoit
   pens, ny consenty jamays,  chose qui det offancer le feu
   Roy, vostre filz, ny vous, ny troubler aulcunement voz
   affres; et que, s'il luy apparoyssoit que, quelz que ce
   soient en France, de ceulx que vous aviez suspectz, eussent
   vollu rien attempter contre la personne du feu Roy ny contre
   la vostre, ny contre l'estat, que ce seroit elle qui
   solliciteroit trs instammant qu'on leur trancht la teste;

   Que, quand  respondre, sur la parolle de Vostre Majest, de
   la confirmation de la ligue  la dicte Dame, qu'il s'y
   employeroit trs volontiers, car c'estoit chose qu'il desiroit
   infinyement, et esproit qu'elle l'accepteroit, et ne s'en
   monstreroit ny refuzante ny ddaigneuse, pourveu qu'elle en
   ft honnestement recherche;

   Et qu'au reste, il n'estoit besoing que, par nouvelles
   persuasions et promesses, je le sollicitasse au party du Roy,
   car il s'estoit desj dclar tant parcial franoys, en toutes
   les comptences d'entre les deux maysons de France et de
   Bourgoygne, qu'il savoit n'avoyr, aujourd'huy, ung plus
   capital ennemy au monde que le Roy d'Espaigne; et que les
   Protestantz n'avoient guyres meilleure opinyon de luy, en ce
   qui concernoit Voz Trs Chrestiennes Majestez, car estoient
   bien advertys que, sur les diverses instances que j'avoys
   souvant faictes  la dicte Dame contre eulx, ce avoit est luy
   qui l'avoit, en temps et lieu, tousjours faicte rsouldre de
   ne les assister ny d'argent, ny d'hommes, ny de monitions, ny
   d'aultres moyens, pour soustenir la guerre; et que mesmes,
   aussytost que j'avoys eu dernirement faict ma plaincte  elle
   du comte de Montgommery, qu'il l'avoit induyte de deffendre
   que, de quinze centz hommes, les mieulx choysis d'Angleterre,
   lesquelz estoient desj secrettement enrollez pour aller
   trouver le dict comte en Normandye, il n'y en passt ung seul;
   dont luy reprochoient que la ruyne de ce pouvre gentilhomme,
   et de toutz ceulx de leur religyon au dict pays, s'en estoit
   ensuyvie; et, nonobstant que la France se monstrt trs
   ingrate en son endroict, et que les meffiances et souspeons,
   que Vostre Majest avoit prinses de luy, fussent de trs
   maulvayses rcompanses de ses bons, voyre souveraynement bons,
   offices passez, qu'il ne layrroit pourtant de les continuer
   encores meilleurs et plus fervans que jamays; et qu'il me
   promettoit que bientost je m'en appercevroys.




CCCXCVe DPESCHE

ET PREMIRE AU ROY TRS CHRESTIEN HENRY IIIe

--du XXIIIe jour de juillet 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Remerciemens de l'ambassadeur au roi.--Heureux effet produit 
    Londres par la nouvelle que le roi a quitt la
    Pologne.--Audience.--Desir d'lisabeth de continuer le trait
    d'alliance.--Dtails de l'audience.--Communication d'une lettre
    crite par la reine-mre.--Satisfaction
    d'lisabeth.--Protestation qu'elle ne conserve aucun
    ressentiment au sujet des plaintes qu'elle a
    faites.--Rclamation des seigneurs du conseil  l'gard des
    prises.


    AU ROY.

Sire, j'ay, avec rvrance et respect, trs humblement bays la
lettre qu'il a pleu  Vostre Majest m'escripre, de Cracovia, du XVe
du pass, laquelle m'a est d'une souverayne consolation; et m'a
confirm, quand au trespas du feu Roy, vostre frre, cella mesmes que
j'en avoys indubitablement veu, que la dolleur avoit d'aultant plus
faict d'impression dans vostre cueur que plus vous l'avis magnanime,
gnreulx et royal, sellon qu' tels est tousjours la douleur plus
naturelle, et l'humanit plus familire, que n'est aulx aultres. Et
semble qu'avez voulu davantage augmenter vostre regret par la
recordation de l'amity qu'il vous portoit, et des advantages que, de
son vivant, il s'estoit efforc de vous donner en son royaulme; en
quoy vous avez bien fort honnor la mmoyre de luy, et orn grandement
vostre rputation, et apport beaucoup de soulagement au grand mal que
nous portions de sa mort. Qui vous promects bien, Sire, qu'il seroit
encores plus grand et insupportable, sans l'assurance, que nous
donnez, de vostre brief retour; dont je prie Dieu qu'il vous veuille
ramener sain et sauf, bientost, aulx vostres, et rendre vostre rgne
trs heureux, et trs heureux le fre sentir  ceulx  qui vens
naturellement commander.

Il n'est pas  croyre combien d'inconvnientz et de dsordres se
prparoient au monde pour l'opinyon, que quelques ungs avoient, qu'on
vous det susciter des empeschementz et des difficultez non petites en
Pouloigne, pour ne vous en laysser partir de longtemps. Et est certain
que voz affres, et ceulx de la France, commanoient d'en venir, icy,
aussy bien qu'aillyeurs,  quelque mespris, et moy en asss de
dfaveur; mais je vous puis dire que la seule nouvelle de vostre
arryve en Autriche, les a, en l'endroict de ceste princesse, plus
relevez que jamays, laquelle,  dire vray, ne s'est jamays esloigne
de sa bonne inclination. Et ne se pourroit desirer une plus ouverte
signiffication de grand contantement que celluy, qu'elle a monstr
avoyr, de la lettre de Vostre Majest, laquelle je luy ay prsente,
le XXe de ce moys, avec voz trs affectueuses et trs cordialles
recommandations  toutes ses bonnes grces; et elle l'a fort
volontiers et attentivement leue.

Et, luy ayant, aprs, touch les poinctz de celle que Vostre Majest
m'adressoit, desquels elle a fort goust celluy qui l'assure de la
continuation de vostre amity, et de vous trouver non moins entier et
persvrant vers elle que le feu Roy l'a tousjours est jusques  son
trespas, elle m'a respondu qu'elle confessoit d'avoyr extrmement
senty la mort du dict feu Roy, comme d'ung fort grand et fort esprouv
amy, qu'elle avoit perdu; mais que, maintenant, le playsir ne luy
estoit moindre de voyr que, en la mesme place, elle avoit recouvert
ung aultre amy, qui n'estoit dissemblable, ny de rien infrieur au
premier; et que, de nulle part du monde, luy et peu venir chose, en
ce temps, qui plus luy et apport de vray contantement que faysoit
vostre lettre, et l'assurance de vostre amyti, et la nouvelle de
vostre brief retour, et la confirmation de la rgence de la Royne,
vostre mre, et la continuation de ma lgation, icy, auprs d'elle:
qui estoient choses, desquelles elle me prioit de vous en rendre, de
par elle, le plus grand mercys que je pourrois, attendant qu' vostre
arryve en France elle vous en envoyt davantage, par ung de ses
milords, espciallement remercyer: lequel satisferoit aussy aulx
aultres honnestes debvoirs qu'elle savoit estre tenue vous rendre,
sur le trespas du feu Roy, et sur vostre heureulx advnement  la
couronne, sellon qu'elle s'en vouloit dignement acquiter, le plus
qu'elle pourroit, pour l'honneur et grandeur de Vostre Majest, et
pour vous donner une non moins assure confirmation de son amity,
qu'il vous playsoit l'assurer de la vostre; avec plusieurs aultres
parolles et plusieurs dmonstrations qui ont sembl procder d'une
vrayement bonne affection.

Mais je ne metz icy le tout, affin que je ne procupe la lgation de
celluy qu'elle vous doibt bientost envoyer; et adjouxteray seulement
que je remercye trs humblement Vostre Majest du favorable jugement,
que sa lettre faict de mon service pass, et de la bonne opinyon qu'il
luy plaist prendre de celluy de l'advenir. Qui vous promectz bien,
Sire, que je n'ay dress, ny dresserai jamays, l'heur et la flicit
de ma vye  nul meilleur but, au monde, que de vous en pouvoir fre
qui vous soit agrable; et ay rput  grand honneur qu'il vous ayt
pleu ainsy, de loing, me continuer en ceste charge jusques  vostre
retour, aprs lequel je vous supplie trs humblement avoyr tant de
compassion de moy que de m'en retirer, et m'octroyer tant de grce que
je puisse aller voyr la face de Vostre Majest, et luy bayser trs
humblement les mains, ainsy que trs humblement je les luy bayse,
d'icy en hors, de toute l'affection de mon cueur; et prie le Crateur
qu'il vous doinct, etc. Ce XXIIIe jour de juillet 1574.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, la lettre du Roy, vostre fils, a est singullirement bien
receue de ceste princesse, et nonobstant qu' l'ouverture d'icelle,
ainsy qu'elle a jett l'oeil sur le seing, elle ayt ung peu soupir
de ne trouver plus _Charles_, elle n'a layss de prononcer fort
gracieusement que c'estoit maintenant ung _Henry_ qu'elle y trouvoit.
Et a leu tout du long, avec son grand plsir, et bien curieusement, la
dicte lettre, et m'a trs volontiers accept en la continuation de
ceste charge, avec plus de faveur qu'elle ne m'avoit jamays faict,
dont je metz sommayrement en la lettre du Roy ce que, pour ce regard,
elle m'a respondu; ayant davantage recueilly de ses propos, qu'encor
qu'elle ne soit _lyonne_, elle ne layssoit d'estre yssue et tenir
beaucoup de la complexion du _lyon_, et que, sellon que le Roy la
traictera doulcement, il la trouvera doulce et traictable, aultant
qu'il le sauroit desirer; et s'il luy est rude, elle mettra peyne de
luy estre le plus rude et nuysible qu'elle pourra. Et s'est eslargie
en aulcuns poinctz qui seroient longs  mettre icy; lesquels
nantmoins elle me les a bien voulu fre sonner: et m'a pri de vous
en mander ung entre aultres qu'elle estime le plus considrable, mais
je l'ay suplie qu'elles mesmes le vous voult escripre.

Et ay suivy  luy dire que j'avoys  luy toucher d'ung aultre faict,
qui estoit de trs grande importance, comme de celluy d'o avoit 
dpandre l'establissement ou la ruyne de toutz les fondementz de
l'amity qui se pouvoit esprer pour jamays entre ce jeune prince,
nostre nouveau Roy, et elle; et lequel, s'il n'estoit remdi,
pourroit engendrer de la meffiance beaucoup entre eulx, pour les
conduyre  des discordes et malcontantements, qui, petit  petit, les
feroient, possible, tomber en ropture. Et de tant que cella estoit au
long fort bien dduict en une lettre de Vostre Majest du XXe du
pass, en laquelle toute la conception de vostre cueur estoit
clrement explique, il estoit expdient, ou qu'elle prnt la peyne
de la voyr, ou qu'elle et la patience de l'ouyr lire.

Et, l dessus, s'estant rendue fort attentifve, avec quelque
esbahyssement que ce pouvoit estre, m'a pri que je luy voulusse lyre
la dicte lettre, ce que j'ay faict; et ayant layss le premier
article, qui estoit en chiffre, j'ay commanc en l'endroict o est
dict: _J'ay sceu certaynement que aulcuns, qui savent beaucoup du
secret de la Royne d'Angleterre, se sont layssez entendre_, etc.,
jusques  la fin du propos, qui concerne le malcontantement qu'on vous
a dict qu'elle avoit du Roy, de ce qu'on luy avoit rapport qu'il
avoit mesdict d'elle. Et m'estant arrest l dessus, pour entendre ce
qu'elle me diroit, s'estant trouve ung peu surprinse, et n'avoyr
encores bien preste sa responce, elle m'a pri d'achever le reste de
la lettre, s'il y avoit chose dont j'eusse  luy parler.

Et ainsy j'ay continu les aultres articles, qui estoient de
l'esprance de la paciffication, des exploicts qui se faysoient
cependant en la guerre, du faict de Mr le marchal de Dampville, de la
maladye de Mr le marchal de Coss, de vostre bon desir  la
justiffication de Mr de Montmorency et du dict Sr de Coss, de
l'excution du comte de Montgommery et du faict des pleinctes des
marchandz; sur toutz lesquelz poinctz nous avons longuement discouru.
Mais j'ay ramen, le plus tost que j'ay peu, le discours  silence,
affin de retourner au premier article, dont elle m'a pri que je le
luy voulusse encor lyre ung coup.

Et puis m'a dict que, quand bien elle auroit est cy devant offance,
ceste lettre luy apportoit maintenant tant de satisfaction qu'elle
avoit occasion de demeurer contante, et qu'elle n'avoit point sceu
que le Roy et mesdict d'elle, car elle ne luy en avoit jamays donn
occasion, ny il n'en avoit eu le subject, ny, comme elle pensoit,
aussy la volont; mais qu'elle ozoit bien dire qu'il l'avoit peu
traicter plus honnorablement qu'il n'avoit faict, car indubitablement
elle avoit eu l'intention et la volont trs bonnes vers luy, de
l'espouser, de bon cueur, et n'avoit attandu autre chose sinon qu'il
ft quelque dclaration de se contanter de sa religyon en priv; et
que lorsqu'elle pensoit l'avoyr aulcunement eue, et qu'elle s'estoit
tant advanc que d'envoyer ung de ses conseillers, avec exprs
pouvoir, pour conclurre le propos par dell, il s'estoit trouv qu'il
avoit prins une aultre bien contrayre rsolution. En quoy elle ne
vouloit pourtant ny pouvoit justement le blasmer d'avoyr vit le
mariage avec une vieille; mais elle me tournoit dire, de rechef, que
la bonne affection et la bonne faon, dont elle avoit procd vers
luy, mritoit qu'il et ung peu plus d'honneste respect  elle.

Je luy ay rplicqu ce que j'ay estim propre pour luy ramantevoyr que
les difficultez avoient tousjours procd d'elle, et de ceulx qui,
pour elle, avoient many le propos; et qu'il n'avoit tenu, sinon 
elle mesmes et  eulx, que ce prince n'eust est tout sien. Et m'a
sembl, Madame, qu'elle a eu bien agrable la recordation d'aulcunes
choses qui avoient pass en cella; qui luy ont faict remettre sur
aulcuns gracieulx propos, qui ont donn une fort gracieuse fin 
cestuy cy.

Et lors je luy ay prsente la lettre que Vostre Majest luy
escripvoit, laquelle, quand elle a veu qu'elle estoit toute de vostre
main, m'a demand si je savoys de quoy ce pouvoit estre; et je luy ay
respondu que non, mais que, si c'estoit de chose qui procdt de mon
advertissement, j'estois l tout prest pour en respondre.

Elle m'a lors appell  lyre avec elle la dicte lettre et n'en a perdu
ung seul mot, et s'est fort arrest sur ce que Monseigneur le Duc vous
avoit revell la praticque, et sur le poinct du secrettre, et de ce
que vous affermiez qu'il ne parloit que de luy mesmes, et de la part
d'aulcuns turbulans qui y mestoient les noms des deux princes, affin
qu'elle y adjouxtt plus de foy, et de ce que vous luy aviez bien
voulu escripre fort confidemment toute ceste hystoyre, affin qu'elle
ne se laysst tromper d'une si meschante ngociation. Et ayant
longuement pois toutz ces poinctz, et iceulx releus plus de trois
foys, avec diverses contenances, elle a appell le comte de Lestre qui
s'est venu mettre sur un genoul devant elle; dont je me suis lev.

Et, aprs qu'ilz ont eu confr une petite espace de temps, s'en
estant retourn, elle m'a rappell et m'a faict rassoyr. Puis m'a
dict, que c'estoit,  ce coup, que Vostre Majest s'estoit porte en
vraye et naturelle mre vers elle, et luy avoit monstr ung trs
expcial signe de grande amity, dont elle vous en remercyoit de tout
son cueur; et ne s'esbahyssoit plus, si vous aviez eu de la souspeon
beaucoup, bien que, pour ne la vous augmenter davantage, elle avoit
diffr de vous envoyer ung gentilhomme, qui estoit tout prest, pour
vous aller fre la condolance du feu Roy, vostre filz; et que, si
plus tost elle et eu vostre lettre, indubitablement elle l'et faict
partir, mais que dsormays elle feroit de tout ung, d'envoyer ung
milord vers le Roy, vostre filz, et vers vous, aussytost qu'il seroit
arryv; et qu'elle estoit bien ayse que Monseigneur le Duc se fust
ainsy acquitt du debvoir de bon filz  vous rveller ce qu'il
savoit, ainsy que nature l'obligeoit de le fre, et que c'estoit de
luy que vous pourris savoyr si elle luy avoit faict proposer chose
aulcune qui ft contre Voz Trs Chrestiennes Majestez, ny contre le
repos de vos affres; et qu'elle ne cognoissoit le secrettre ny nul
de toutz les serviteurs de son ambassadeur, mais qu'elle s'enquerroit
qui il pouvoit estre, pour le fre bien chastier; et vous prioit
d'approfondir davantage le dict affre, affin de luy en pouvoir fre
plus grande communicquation; et que vous pouvis croyre qu'elle ne se
layrroit circonvenir  fre jamays chose qui vous pet offancer; et
vous respondroit plus amplement par une sienne lettre, affin de vous
donner aultant de satisfaction d'elle, en cest endroict, comme vous
luy en avis faict recevoyr par celle que vous luy aviez escripte.

Je l'ay infinyement remercy de sa bonne et vertueuse dellibration,
et n'ay rien oubly de ce que j'ay estim pouvoir servir pour luy fre
voyr que, non seulement elle debvoit savoyr gr, mais qu'elle se
debvoit rputer grandement attenue  Vostre Majest de cest
advertissement.

Et, aprs ce propos, nous sommes entrs en devis de don Bernardin de
Mandossa, duquel elle m'a dict qu'encor qu'il l'et bien fort faicte
presser de son audience, qu'elle la luy avoit nantmoins remise aprs
la mienne, et qu'elle pensoit qu'il ne venoit poinct pour parler pour
la France.

Je luy ay respondu que je ne faysois doubte qu'il ne vnt pour
remettre sur la parciallit de Bourgoigne, mais, de tant qu'elle
mesmes estoit le chef de la part franoyse par dea, que je la
supplyois de maintenir et deffendre bien ce party, duquel elle se
prvaudroit mieulx que de nul aultre de la Chrestient.

Et, sur ce, m'estant licenci d'elle, les seigneurs du conseil m'ont
dtenu quelque temps, sur la dclaration qu'ilz m'avoient auparavant
faicte en ceste ville, et dict qu'ilz verroient qu'est ce que
ruscyroit de la bonne et honnorable responce que je leur avoys
rendue, car entendoient que les dsordres et injures continuent plus
grands que jamays sur leurs subjectz, et que freschement ung vaysseau
de guerre du Hvre de Grce avoit pill ung navyre marchand anglois
qui venoit de Roan, quasy sur l'emboucheure de la rivyre de Seyne.
Dont le sieur de Walsingam m'a baill une nothe de leurs pleinctes,
avec la marque, en marge, de celles o ilz desireroient estre
principallement pourveu. Dont je vous supplye trs humblement, Madame,
mander en Picardye, Normandye, Bretaigne et la Guyenne, qu'on m'envoye
aussy ung rolle des pleinctes des subjectz du Roy, aulxquelles il n'a
est satisfaict par de, et ung extrt des jugementz donns, depuis
dix ans en , au prouffit des Anglois, avec actuelle restitution,
parce qu'on exagre fort  ceste princesse que je ne luy en pourrois
fre apparoir d'une seule, et que ses subjectz sont mesprisez et trs
maltraicts en France. Et sur ce, etc.

    Ce XXIIIe jour de juillet 1574.

   La dicte Dame m'a dict qu'elle a command de prparer les
   obsques du feu Roy, vostre filz, dont Vostre Majest me
   commandera si j'auray  m'y trouver, et si je assisteray au
   service, et  la crimonye, qui s'y fera sellon la religyon
   receue en ce royaulme.




CCCXCVIe DPESCHE

--du XXVIIIe jour de juillet 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Monyer._)

  Audience accorde  don Bernardin de Mendoce envoy du roi
    d'Espagne.--Gracieux accueil qui lui est fait par la reine et
    par les seigneurs de la cour.--Dclaration d'lisabeth qu'elle
    ne mettra pas sa flotte en mer.--Promesse d'une satisfaction
    sur la plainte de la reine-mre contre le secrtaire de
    l'ambassadeur d'Angleterre en France.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, je n'ay si tost est party d'avec la Royne d'Angleterre, de
Redinc, le XXe de ce moys, que don Bernardin de Mendossa y est arryv,
lequel a est honnorablement receu, et elle luy a donn fort bnigne
et fort favorable audience, aultant de foys et si longuement qu'il l'a
desir. Et s'est sa lgation explicque, pour la pluspart, en la salle
de prsance, o les principaulx de la court et ceulx du conseil sont
intervenus  voyr comme il a prsent les lettres du Roy, son Maistre,
et qu'il a requis la continuation de l'amity, et qu'il a faict le
mercyement de la bonne responce qu'elle avoit rendue, touchant l'arme
d'Espaigne, d'en avoyr accord le passage libre, et l'entre, et
refraychissementz, dans les portz de ce royaulme; et comme il luy a
offert les angloys qui avoient est prins en Flandres, ainsy que le
grand commandeur les avoit desj faictz reconduyre par de; desquelz
il n'imputoit nullement  elle, mais  leur propre affection ce,
qu'ilz avoient suyvy le prince d'Orange, ainsy qu'il y avoit bien,
parmy leurs compagnies hespaignols, aussy des gentilshommes angloys,
vaillantz et de grand cueur; qui cherchoient, les ungs et les aultres,
de voyr la guerre; et que le Roy, son Maistre, ne desiroit rien tant
que de renouveller et confirmer plus estroictement que jamays avec
elle les anciennes amitys et alliances de Bourgoigne, sellon qu'il
avoit mand aulx dputs de Flandres, qui estoient icy, qu'ilz eussent
 composer, commant que ce ft, avec elle et avec ses subjectz, ces
derniers diffrends des prinses, en la faon qui plus la pourroit
contanter.

De toutz lesquelz propos elle a monstr de demeurer infinyement bien
satisfaicte, et a confirm, tout hault, les mesmes seurets et
resfraychissementz, qu'elle avoit octroy pour l'arme d'Espaigne; et
a remercy grandement le renvoy des anglois, non pour l'amour d'eux,
car estoient, disoit elle, sans adveu et dignes de chastiement, mais
pour le respect que le Roy d'Espaigne avoit voulu avoyr  elle; qui
luy avoit monstr en cella, et en plusieurs aultres choses, beaucoup
de vrays signes de l'amity qu'il luy portoit; et qu'elle seroit par
trop ingrate, si elle ne luy rendoit pareils bons tesmoignages de la
sienne, sellon qu'elle se recognoissoit oblige  luy de la vye, et de
l'estat, et du lieu qu'elle tenoit; et que, pour luy fre foy de la
confiance qu'elle vouloit avoyr en luy, qu'elle ne mtroit ung seul
navyre de guerre dehors; ains estimeroit que ce seroit luy, puisqu'il
avoit,  prsent, des forces en mer, qui se trouveroit arm pour elle,
si quelqu'ung la vouloit offancer, monstrant cesser de son armement en
faveur du dict Roy Catolicque, bien qu'auparavant elle l'et ainsy
rsolu de fre.

Nantmoins, sur cette tant ouverte dmonstration sienne, il n'y a eu
celluy de sa court qui n'ayt mis peyne de monstrer aussy quelque signe
de bonne affection, vers le dict Roy Catholicque, au dict don
Bernardin, et que la gnrale inclination de ce royaulme estoit 
l'alliance de Bourgoigne.

Or a il eu, depuis, une plus longue et plus prive communicquation
avec elle, et a praticqu bien fort estroictement avec milord
trzorier, mais beaucoup plus estroictement avec milord de Lestre, et
a est, sellon qu'on m'a dict, bien instruict par Me Athon, qui ne l'a
layss sans guyde et sans le bien addresser en tout ce qu'il a eu 
fre. Et aprs avoyr est bien caress, festoy, entretenu, men  la
chasse, mang  la table de la dicte Dame, et honnor d'une chayne de
huict centz escus, avec d'autres prsentz d'hacquenes et de lvriers,
que les seigneurs luy ont donn, il a est fort gracieusement
licenci. Et luy a est ordonn deux navyres de guerre de la dicte
Dame pour le repasser dell.

Je ne say encores sur quoy a est sa secrette ngociation, ny quelles
autres bonnes responces il emporta; mais je feray dilligence de vous
en pouvoir bientost mander quelque chose.

Cepandant j'ay travaill de savoyr comme la dicte Dame demeuroit bien
satisfaicte de Vostre Majest, depuis ma dernire audience; et il m'a
est rapport qu'elle avoit est plusieurs foys en conseil avec les
deux milords trzorier et de Lestre, et avec Mr de Walsingam, sur ce
que je luy avoys dict et port par escript; et qu'elle avoit fort
curieusement faict examiner le secrettre de son ambassadeur, duquel
ne se rapportant sa responce au contenu de vostre lettre, ilz
jugeoient que Vostre Majest avoit plus procd par conjecture, 
l'escripre, que par certeyne science. Et nantmoins le comte de Lestre
m'a depuis mand que la dicte Dame ne vouloit, en faon du monde, que
vous demeurissis sans satisfaction; dont vous escriproit, de sa main,
et vous renvoyeroit le secrettre, affin que, s'il ne se pouvoit bien
justiffier, vous le fissiez ainsy bien chastier comme sa tmrit le
mritoit; et qu'elle le feroit passer devers moy, affin que je
l'interrogeasse davantage, et m'envoyeroit sa lettre pour Vostre
Majest, ou bien la coppie d'icelle; et que le dict comte me prioit,
surtout, que je misse peyne d'oster et d'effacer de vostre opinion que
jamays il ayt est rapport  la dicte Dame que le Roy, vostre filz,
ait mesdit d'elle, car ne l'avoit jamays entendu, ny oncques n'avoit
eu peur ny souspeon qu'il le det fre.

Je me resjouys infinyement de ce qu'il plaist  Dieu favorizer et
facilliter le retour du Roy, vostre filz. C'est ung bien qui se sent
grand et universel en toute la Chrestient, et qui est incomparable 
nous, ses subjectz; et m'aperoy bien que ses affres et ceulx de son
royaulme se vont de tant plus relevans que la nouvelle continue qu'il
approche. Je vous envoye, de l'extrt des pleinctes de ceulx cy,
celles qu'ilz desirent estre principallement satisfaictes; dont vous
plerra y fre pourvoir. Et sur ce, etc.

    Ce XXVIIIe jour de juillet 1574.




CCCXCVIIe DPESCHE

--du IIIe jour d'aoust 1574.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Grognet, mon secrettre._)

  Arrt fait  Rouen sur les navires et marchandises des
    Anglais.--Nouvelles plaintes  ce sujet.--Ncessit de rvoquer
    promptement cette mesure.----Nouvelles d'cosse et de Marie
    Stuart.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, jusques  ceste heure, j'ay tenu Vostre Majest, la plus
soigneusement que j'ay peu, bien advertye de l'estat des choses de
de, et comme l'on a est, deux et troys, et plusieurs foys, en
dellibration de mettre une arme de mer dehors; et comme ceste
princesse a est fort sollicite de se dclarer pour les eslevez de
France, et infinyement presse, par ceulx qui voudroient bien qu'elle
et desj rompu avecques vous, qu'elle permt  ses subjectz de
prendre leur revenche sur mer des dprdations que les Franoys leur
ont faictes; et comme j'ay mis peyne de divertyr ces choses, et de
fre que la dicte Dame les ayt mises en suspens, sur l'assurance que
je luy ay donne que Vostre Majest la continuera en la mesme ligue et
confdration avec le Roy, vostre filz, qu'elle l'a eu avec le feu
Roy, son frre; de sorte que, nonobstant qu'elle ayt eu quelque peu
d'indignation, dans son cueur, de ce qu'il luy a sembl que vous
l'aviez tenue trop suspecte, et que, l dessus, l'on luy ayt faict
recevoyr, avec trop grande et par trop extraordinayre faveur, ceste
dernire lgation du Roy d'Espaigne, nantmoins j'avoys desj tir
d'elle qu'elle persvreroit trs constamment en l'amity de Voz
Majestez Trs Chrestiennes, si vous ne voulis poinct dpartir de la
sienne.

Maintenant j'ay  vous dire, Madame, que, depuis deux jours, les
seigneurs de ce conseil m'ont renvoy une certeyne remonstrance que
les principaulx bourgeoys de Londres sont allez prsenter  la dicte
Dame, et  eulx; et m'ont faict venir les mesmes bourgeoys pour m'en
signiffier l'occasion, laquelle est toute fonde sur l'arrest qui a
est faict en Normandye de leurs biens, navyres, marchandises et
facteurs. Dont l'allarme en est grande en ceste ville, et n'en est pas
petite en ceste court, m'ayantz, des deux costs, faict de fort vifves
et fort grandes instances qu'ilz puissent estre promptement esclarcys
de l'intention de Vostre Majest en cest endroict, affin de pourvoyr 
leurs affres.

A quoy je leur ay respondu, le plus gracieusement qu'il m'a est
possible, que cest arrest,  mon advis, provenoit de l'ordre que
Vostre Majest avoit auparavant mand qu'on mt en la frontyre, pour
l'assurer  la venue de l'arme d'Espaigne, et au sortyr de celle qui
se prparoit, icy, et non pour innover chose aulcune contre les
traictez; et que de ce j'en avoys ung grand argument par une lettre de
Vostre Majest, du XVIe du pass, par laquelle me mandis d'avoyr
escript  Mr de La Meilleraye qu'il ft promptement rendre  un
angloys son navyre, et marchandises et biens, qui luy avoient est
prins assez prs du Hvre de Grce, avec toutz les dommages et
intretz, chose qui monstroit bien qu'il n'y avoit aulcune innovation
contre ce royaulme: ce qui les a ung peu modrez. Nantmoins, parce
que aulcuns de leurs facteurs sont passez icy, toutz effrayez des
difficultez qu'on leur a faictes par dell, ilz m'ont fort pry
d'envoyer ung des miens, tout exprs, devers Vostre Majest, affin de
savoyr comme il en va, et ne les en tenir en suspens. Dont, Madame,
si avez dezir que les choses s'entretiennent paysibles, de ce cost,
je vous supplye trs humblement me commander de leur fre quelque
bonne responce, et qu'escripvis tout d'ung trein, en Normandye, qu'on
lve le dict arrest, et qu'on ouvre le passage aulx Angloys; ayant 
vous dire davantage que sur ceste nouveault, qu'on leur a faicte par
dell, ilz ont incontinent mand aulx officiers de la maryne, icy, de
fre nouvelles provisions pour leurs navyres, parce que le gouverneur
de Fleximgues a desj achept et enlev celles qui estoient auparavant
faictes, et les a transportes en Hollande,  cause que l'arme du
grand commandeur empesche que nuls vivres puissent venir, du cost de
terre, dans les villes et places du dict pays. Et ainsy l'on a
commanc de tuer nouvelle cher; mais,  mesure que les choses yront en
avant, j'en donray advis  Vostre Majest, ayant cepandant envoy le
Sr de Vassal, jusques en ceste court, fre, pour ce regard, et sur
quelques aultres occasions, une particullire ngociation avec aulcuns
qui sont de bonne intention. Et j'espre que je pourray contenir
encores les choses, et vous mander, dans bien peu de jours,  quoy
elles auront  devenir; qui cependant vous supplye trs humblement,
Madame, de vouloir non seulement dissimuler que demeuriez plus en
souspeon de ceulx cy, et que le Roy pareillement le dissimule, mais
que toutz deux monstris de vouloir prendre de la confiance d'eux, ou
certaynement vous les vous acquerrez pour tout dclarez ennemys.

Le secrettre de leur ambassadeur vous sera bientost renvoy, et la
dicte Dame vous escripra, de sa main; laquelle cepandant continue son
progrs vers Bristol, bien joyeuse de ce que le comte d'Oxfort est
retourn  son mandement, encor que milord Edwart soit demeur.

Me Quillegreu est encores en Escoce, lequel assure fort que les choses
y continuent paysibles par dell. Et, de faict, le comte d'Honteley
est venu  Lillebourg, et le comte de Morthon faict semblant de
s'estre fort racoint avecques luy, qui, en ceste confiance, s'en va
bientost visiter paysiblement le pays du North jusques  Abredin, car
aultrement il n'y ft point all qu'avec des forces. Il faict rparer
le chasteau de Lillebourg. Et milord St Jehan, Escossoys, est venu,
depuis peu de temps, en ceste ville, lequel sollicite d'y pouvoir
demeurer sans souspeon, ou bien qu'on luy baille passeport de se
pouvoir retirer en France ou bien en Italye. Le Prince d'Escoce se
porte fort bien, et la Royne d'Escoce, sa mre, aussy assez bien de sa
sant; laquelle envoye ung gros pacquet de lettres  Mr de Glasgo, son
ambassadeur, pour le distribuer  Voz Majestez Trs Chrestiennes et 
ses aultres parantz par dell. Sur ce, etc. Ce IIIe jour d'aoust 1574.




CCCXCVIIIe DPESCHE

--du VIIIe jour d'aoust 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Nouvelles plaintes  raison de prises nouvellement faites sur les
    Anglais.--Voyage du roi en Italie.--Prsence de l'ambassadeur
    au service clbr  Londres en mmoire du feu roi.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, ce que j'ay respondu, sur la plaincte que les seigneurs de ce
conseil m'avoient renvoye des bourgeoys de cette ville, et la
dilligence, qu'ilz ont veu que j'ay mise, de vous dpescher
promptement mon secrettre pour aller procurer leur satisfaction, a
est cause qu'on a mand de cesser la provision des navyres, et que
seulement l'on et  tenir deux centz boeufs  l'herbe, et disposer
des aultres victuailles et des hommes et marinyers en faon que le
tout pet estre prest, le cinquiesme jour aprs que le premier
mandement leur en seroit faict. Mais, depuis, les mesmes bourgeoys me
sont venus crier qu'ung leur navyre, qui estoit de grand valleur,
avoit de nouveau est prins et pill, dans la rivyre de Seyne, par
troys navyres franoys, l'ung du Hvre, l'autre de Fescamp, et
l'aultre de Bretaigne, et qu'ilz n'attandoient sinon l'heure qu'on
leur rapportt la perte d'aultres cinq de leurs vaysseaulx, qui ne
sont pas moindres, lesquelz on tenoit arrestez dedans la dicte
rivyre, et les pirates les attandoient  l'yssue pour les piller; et
qu'il n'estoit pas possible qu'ilz peussent plus supporter les grandes
injures et violences que les Franoys leur faysoient. A quoy je n'ay
eu que respondre, sinon d'assurer ces gens de bien que Vostre Majest
estoit extrmement marrye que la navigation n'estoit plus seure, et
qu'il n'avoit tenu  elle qu'il n'y et desj est pourveu, ayant
faict offrir  la Royne, leur Mestresse, de mettre, par commune
intelligence avec elle, aultant de navyres de conserve, en mer, comme
elle y en voudroit mettre, de sa part, mais qu'elle ny ceulx de son
conseil n'y avoient encores voulu entendre; et que tout le dsordre
provenoit du support qu'on faysoit, en ce royaulme,  ceulx de la
nouvelle religion, qui alloient piller les Catholicques. Ce que la
pluspart d'eux ont confess estre vray, et ne l'ont moins dtest que
moy. Nantmoins, Madame, je supplye trs humblement Vostre Majest de
mander aulx gouverneurs de Normandye que, pour la rputation de la
couronne, et pour l'entretnement de la paix, ilz vueillent tenir le
faict du commerce et de la navigation en quelque meilleur estat qu'il
n'est.

Ceulx cy commencent de n'esprer plus, tant qu'ilz faysoient, l'accord
d'entre le grand commandeur de Castille et le prince d'Orange; et si,
se parle, entre eulx, que la venue du Prince de Cond est retarde,
mais ilz ont bien quelque opinyon que le Roy,  son retour, voudra
remettre la paix en son royaulme. Et n'est pas  croyre, Madame, en
quelle admiration ung chacung, icy, a ce qu'on escript, d'Italye des
grands appretz qui s'y font pour honnorer le passage du Roy, vostre
filz, et que toutz les potentats du pays concourent  luy aller au
devant. De quoy aulcuns sont aussy aises comme si c'estoit pour leur
propre prince; et les aultres en restent touts estonns: et milord de
Windesor, qui est  Venise, en a mand ung grand discours en ceste
court. Dont je verray ce que ceste princesse m'en dira, quand je
l'iray trouver,  la premire occasion que Vostre Majest m'en donra,
aprs ceste vostre dpesche, que je viens de recepvoyr, du XXIIIe du
pass, laquelle contient bien des matires d'importance, mais non
propres pour aller tretter d'icelles seules avec la dicte Dame; et
aussy que je me suis arrest icy pour les exques, qu'on a faictes, le
VIIe de ce moys, du feu Roy, vostre filz, assez magnificques; o
milord trzorier est intervenu pour la Royne, sa Mestresse, avec
plusieurs aultres milords; par o l'on a bien voulu fre voyr qu'on
tenoit le deffunct pour ung grand amy et confdr de ceste couronne,
qui est une dmonstration qui tend  vouloir persvrer vers le Roy,
son frre, si, d'avanture, les choses sont gracieusement conduictes.
Je m'y suis trouv,  l'instance de la dicte Dame et  la leur, avec
protestation que c'estoit seulement pour ne refuzer d'assister 
l'acte de gratitude de ceste princesse vers le feu Roy, et pour ne la
mettre en aulcun doubte que Voz Majestez Trs Chrestiennes ne
vueillis persvrer tousjours fort constamment vers elle; mais ce a
est sans y fre ny dire chose qui n'ayt beaucoup plus monstr de
n'approuver que de donner tant soit peu d'aprobation  leurs
crymonies. Et me suis excus d'aller  l'offrande, bien qu'on m'y ayt
semond, et qu'on m'ayt remonstr que c'estoit la coustume.

Il y a, icy, encores quelque petit nombre de cappitaines et soldatz
franoys, de la nouvelle religyon, qui parlent entre eulx de la
surprinse de quelque place en France; mais je n'en puis si tost
descouvrir la particullarit. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour d'aoust
1574.

   Les choses d'Espaigne se vont fort accommodant avec ceulx cy,
   et faict on tenir prest un gentilhomme, pour l'envoyer devers
   le Roy Catholicque, ainsy qu'on faict aussy apprester ung
   milord, pour le dpescher devers le Roy, vostre filz.




CCCXCIXe DPESCHE

--du XIIIe jour d'aoust 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Mounyer._)

  Irrsolution des Anglais.--Sollicitations des protestans de
    France pour obtenir des secours.--Instances de l'ambassadeur
    auprs des rfugis afin de les engager  recourir au
    roi.--Nouvelles d'cosse.--Ngociation des Pays-Bas.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, je n'ay pas est avec milord trzorier durant les exques,
qu'il a clbres, icy, au nom de la Royne, sa Mestresse, pour le feu
Roy, vostre fils, sans le mettre en propos de confirmer,  ce nouveau
rgne, l'amity qui a dur tout le rgne pass, affin de sentir en
quelle disposition sa dicte Mestresse et eulx de son conseil en
estoient. Qui m'a respondu honnorablement plusieurs choses, les unes
gnralles, les aultres particullires, et les aultres indiffrentes,
lesquelles seroient bien longues  les mettre toutes, icy; mais, en
substance, il a est facille de recueillyr, de son dire, que la dicte
Dame et eulx ont remis de prendre leur rsolution, vers le Roy,
jusques  ce qu'ilz voyent comme il se dportera  cestuy sien
advnement  la couronne, et comme il commencera l'entre de son
rgne; en quoy ne fault doubter qu'ilz ne remarquent, de prs, tout ce
qui s'y fera, et qu'ilz ne se forment une impression que la suyte en
doibve estre semblable. Bien m'a il dict que ce qu'il estimoit, 
prsent, estre besoing de plus promptement pourvoyr, estoit celle
plaincte de leurs marchandz et subjectz qu'ilz m'avoient renvoye, 
laquelle ils avoient  adjouxter plusieurs excs nouveaulx, qui
estoient par trop insupportables, et sur lesquels la Royne, sa
Mestresse, ne pouvoit plus dnyer sa provision, si elle ne vouloit
renoncer  sa couronne; et mesmement que ses subjectz la supplioient
qu'aulmoins elle leur permt de se revencher sur les mesmes franoys
qui les avoient oultrags et endommagez.

A quoy je luy ay opos plusieurs raysons, et allgu beaucoup
d'inconvnients, qui adviendroient de cella, et luy ay exib des
plainctes, aussi rcentes, des nostres, comme estoient celles dont il
me parloit des leurs; et qu'en effaict, il falloit que, par commune
intelligence, Voz Majestez Trs Chrestiennes, et la Royne, Sa
Mestresse, fissis cesser ces dsordres, et qu'on ne donnt ny
retraicte, ny faveur, en ce royaulme,  ceulx de la nouvelle religyon
qui alloient piller les Catholicques, ce qu'il n'a nullement
contredict; ains m'a assur que, sellon qu'il n'avoit jamays approuv
telles choses, il en parleroit vifvement  la Royne, sa Mestresse,
laquelle il alloit trouver, le jour ensuyvant, pour luy ramener le
comte d'Oxfort, son beau fils. Lequel il esproit qu'elle le verroit
trs volontiers pour s'estre bien fort vertueusement acquit vers son
service, quand il a est en Flandres, o non seulement il n'avoit
voulu frquenter le comte de Vuestmerland ny la comtesse de
Northomberland, mais ne les avoit voulu ny voyr, ny ouyr, ny nul des
fuitifs de ce royaulme.

J'ay depuis receu la lettre de Vostre Majest, du XXVIIe du pass,
laquelle j'ay envoye communiquer au comte de Lestre par le Sr de
Vassal, affin d'en fre part  la Royne, sa Mestresse; et ay envoy,
par mesme moyen,  Mr de Walsingam, une coppye de la patante qu'avez
faicte expdier en faveur des Angloix. Il est arryv icy,
d'Allemaigne, ung franoys, qu'on m'a dict s'appeler, de son propre
surnom, Poutrin, mais il se faict nommer Dupin, lequel a est ngocier
en ceste court, et les ministres, avec aulcuns aultres principaulz
protestantz, le sont allez assister. Qui ont, toutz ensemble, ainsy
qu'on me l'a rapport, fort instamment press d'avoir argent ou crdit
de ceste princesse pour fre la leve, en Allemaigne; mais, aprs
beaucoup de rplicques, d'ung cost et d'aultre, elle les a remis 
attandre ung peu que le temps luy appreigne ce qu'elle debvra fre; et
ainsy ilz sont temporisans, icy, ceste esprance.

J'ay faict admonester les principaulx franoys de la nouvelle
religyon, qui sont encores par de, d'aller au devant du Roy, vostre
filz, et qu'avec le debvoir de leur obyssance ilz luy facent eulx
mesmes entendre leurs requestes, sur ce qu'ilz desirent de Sa Majest
pour le repos et seuret de leurs personnes, biens et conscience, leur
assurant que Vostre Majest leur assistera. Et ay faict presser le
vydame de Chartres, lequel semble s'apprester pour passer en
Allemaigne, le chassant d'icy la ncessit, qu'il vueille attandre la
dclaration de la bonne volont et intention de Voz Majestez,  ce
commencement de ce nouveau rgne.

Je ne say encores comme luy et les aultres en uzeront; tant y a qu'il
m'a mand que Vous, Madame, savez bien qu'il vous est, et ne peut, ny
veult vous estre aultre que trs bon et trs humble serviteur, et
qu'il avoit fond toute son esprance et la resource de toutz ses
affres, sur la bonne opinyon qu'il pensoit que Vostre Majest et de
luy; mais qu'il avoit bien senty tout le contrayre, en son procs de
Chavamoye, et qu'il croyoit estre vray, ce qu'on disoit: que Vostre
Majest ne faysoit bien sinon  ceulx qui s'efforoient de vous fre
du mal.

J'attands, d'heure en heure, le retour d'ung escossoys, lequel j'ay,
longtemps y a, faict acheminer  Lillebourg, pour observer Me
Quillegreu, et pour me rapporter, au vray, l'estat des choses de
dell, et comme je y pourray escripre, et o adresser mes lettres. Il
m'a cependant adverty que la payx s'y entretient aulcunement, et que
le comte de Morthon et celuy d'Honteley sont, de vray, assez bien
ensemble; et qu'icelluy de Honteley demeure  Lillebourg, pendant que
l'autre va tenir la justice  Abredin, et vers le North, (comme
ostges l'ung pour l'autre); et que toutz les grands d'Escosse ont
prest l'obyssance au dict de Morthon, rserv le comte d'Arguil,
qui, pour ceste occasion, est mis au ban; et qu'on y parle
d'entretenir fermement la ligue avecques la France.

Les depputs, qui vacquent, icy, sur les diffrens des Pays Bas, sont
fort prs de conduire l'accord, et m'a l'on dict qu'il se fait quelque
forme de rcompense aulx mutuelz subjectz, de laquelle l'on pense
qu'encore que, de pas ung des costez, l'on ne s'en ayt bien 
contanter, nantmoins, parce que les princes ne veulent poinct de
diffrent, que nul ne s'y oposera. Et desj la flotte des leynes est
partye de ceste rivyre pour aller  Bruges, et del en Anvers, ainsy
qu'on avoit auparavant accoustum de le fre.

Je loue Dieu, de bon cueur, de ce qu'il luy plaist donner toute
facillit et bon rencontre au voage du Roy, vostre filz, et prie Dieu
qu'il le vous vueille rendre, bientost, bien sain et bien joyeulx. Et
sur ce, etc.

    Ce XIIIe jour d'aoust 1574.




CCCCe DPESCHE

--du XVIIe jour d'aoust 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Nicolas de Malehape._)

  Prparatifs faits secrtement pour secourir la Rochelle.--tat de
    la ngociation des Pays-Bas.--Incertitude sur le dpart de la
    flotte d'Espagne.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, ayant, le trziesme du prsent, receu la dpesche de Vostre
Majest, du Ve, j'ay incontinent envoy l, o j'ay quelque
intelligence, pour fre dilligemment observer les choses aulxquelles
me commandis prendre garde. Et j'ay trouv que, sur ung pacquet qui
est arryv,  ceste princesse, le IXe de ce moys, de son ambassadeur
qui est en France, elle luy a incontinent renvoy son secrettre
Thomas Wilx, celuy mesmes,  mon advis, dont Vostre Majest m'a cy
devant faict mencion, lequel est party de ceste ville, le XIIe, mais
non en grande dilligence, car a emmen deux hacquenes, comme s'il
alloit  journes; et a est confrer avec les ministres et aultres
principaulx franoys de la nouvelle religyon, qui sont encores icy,
sans passer nullement devers moy, bien qu'on m'et assur qu'il luy
seroit command de le fre. Et, bien peu d'heures aprs, ung allemant,
d'assez bonne apparance, qui estoit party de Paris, le Xe, est arriv
icy, le trziesme fort matin; et incontinent, a pass oultre vers
ceste court,  Bristo, o j'ay aussytost dpesch de mon cost, affin
d'estre adverty comme et avec qui il ngocyera. Et n'est pas  croyre,
Madame, combien la venue du Roy, et les leves des reytres et suysses,
qui sont entrs, pour son service, en France, meuvent diversement les
affections de ceulx cy, et font diverses impressions en eulx, et en
ceulx des aultres nations, franoys, allemans, flammants, et encores
italiens et hespaignols, qui sont en ceste ville; dont se faict
plusieurs discours, et beaucoup de gageures, entre eulx, sur ce qui
debvra advenir. Et cependant ceulx de la nouvelle relligyon ont
envoy, en Hambourg et Emdhem, fre provision d'armes et de poudre, et
de monitions de guerre, et en cherchent de toutes partz, secrettement,
en ce royaulme, pour envoyer  la Rochelle.

Les depputs qui vacquoient icy, pour le Roy d'Espaigne, sur les
diffrends des Pays Bas, se sont condescendus presque  tout ce que
les Angloix ont voulu, rserv  ung seul poinct, sur lequel eulx et
les principaulx marchands de ceste ville sont allez trouver les
seigneurs de ce conseil,  Bristo, qui les en mettront, ainsy que
chascun pense, fort facillement d'accord.

L'on commance fort  doubter de la venue de l'arme d'Espaigne,
s'entendant que celle du Turc va  Tuniz; et que desj la sayson, pour
venir par de, s'en va passer. Nantmoins Goaras dict qu'il luy est
arryv ung pacquet du Roy d'Espaigne, qui s'adresse  Pro Mlends,
pour le luy dellivrer, au premier port que l'ung de ses vaysseaulx
abordera, en ce royaulme; par o il publie que l'arme estoit desj
partye. Et sur ce, etc.

    Ce XVIIe jour d'aoust 1574.




CCCCIe DPESCHE

--du XXIIIIe jour d'aoust 1574.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Flicitation au roi sur son retour en France.--Demande par
    l'ambassadeur de son rappel.--_Mmoire gnral._ Dtails de la
    ngociation de don Bernardin de Mendoce.--Ses efforts pour
    renouer l'alliance de l'Angleterre et de l'Espagne.--Dmarches
    de l'ambassadeur pour rompre ses projets.--Confidences de
    Leicester sur les offres qui lui avaient t faites par le roi
    d'Espagne lors de l'avnement d'lisabeth.--Ses plaintes de
    l'abandon o le laisse la France.--Ncessit o il se trouve
    d'accepter les nouvelles offres des Espagnols.--Hsitation
    d'lisabeth  se prononcer entre la France ou l'Espagne.--Vive
    recommandation de l'ambassadeur pour que la lgation annonce
    par lisabeth soit bien reue en France.


    AU ROY.

Sire, sellon le debvoir et servitude que j'ay  Vostre Majest, je la
supplie trs humblement avoyr agrable que je luy puisse, d'icy en
hors, par le Sr de Vassal, avec la prsente, trs humblement bayser
les mains, et me conjouyr, avec elle, ainsy de parolle et par escript,
comme je le fay infinyement du profond de mon cueur, de son heureulx
retour; sur lequel je fay ceste dvote prire  Dieu, que tout ainsy
qu'il luy a pleu de le guider, et le rendre favoriz des plus
souverains princes et potentatz de la terre et de toutz les peuples,
o elle a pass, et le rendre encores non moins desir de ses bons et
naturels subjectz que leur propre vye, qu'ainsy sa divine providence
vous vueille maintenant, Sire, introduyre en ung rgne qui soit d'une
continuelle flicit  Vostre Majest, et d'ung bien assur et
perdurable repos  voz subjectz; et qu'il vous face aussy contant de
la fidelle obyssance qu'ilz vous doibvent, comme ilz vivront trs
heureulx soubz vostre lgitime et souverayne authorit. Il ne fault
pas qu'on juge autrement des extrmes difficultez que Vostre Majest,
par une grande magnanimit de cueur, en s'en venant, et la Royne,
vostre mre, par une singullire prudence, eu vous attandant, avez,
l'ung et l'autre, vertueusement surmontes, sinon que, par l, Dieu a
dtermin, sellon le grand soing qu'il a tousjours eu de la couronne
de France, de la restablir bientost en quelque meilleur estat et en
plus d'esplandeur qu'on ne l'a veue de longtemps. Et Dieu vueille que,
pour ce regard, Vostre Majest me rpute, en quelque endroict, digne
de son service; car je n'ay, pour nulle aultre occasion qui soit au
monde, plus cher le restant de mes jours que pour les ddyer toutz 
trs humblement vous en fre.

Je desire bien que les choses d'icy vous soient entirement cognues,
affin de prendre advis comme vous conduyre vers celles qui, en
l'endroict de ceste princesse et de son royaulme, peulvent concerner
le prsent estat des vostres. Et s'il vous plaist, Sire, vous souvenir
des termes, o l'on en estoit, quand partistes pour vostre royaulme de
Pouloigne, sellon que, jusques allors, je vous en avoys tousjours
rendu bon compte; et entendre,  ceste heure, de la Royne, vostre
mre, ce que, depuis, du vivant encores du feu Roy, vostre frre, et,
aprs qu'elle a est Rgente, je luy en ay ordinairement mand, joinct
l'ample instruction que, par le Sr de Vassal, prsent porteur, je vous
en envoye, et ce que luy mesmes, par qui j'ay souvent ngocy avec des
principaulx de ce conseil vous en dira, il ne vous sera malays
d'eslire, entre plusieurs expdients l dessus, celluy qui plus
conviendra au bien de voz affres. Une chose vous supply je trs
humblement, Sire, de considrer: qu'il y a ung grand nombre d'ans que
nulle entre de rgne n'a est si curieusement observe, en la
Chrestient, que sera la vostre, ny nuls actes de prince plus
dilligemment remarqus que ceulx que vous y fers; que tant plus, sur
ce commancement, l'on les verra bien et sagement et sans prcipitation
conduictz au seul but du bien et utillit de vostre couronne, tant
plus Vostre Majest en demeurera redoubte de ses voysins, et creincte
et rvre de ses subjectz, et son authorit en prendra, avec sa
grande rputation, ung trs solide fondement pour tout le temps de son
rgne; bien qu' dire vray rien n'est advenu, du pass, que ceulx icy
ne monstrent desj, comme je pense que feront ceulx des aultres
courts, de le vouloir tirer en argument de l'advenir, sellon qu'ilz
verront que les premiers dportements de Vostre Majest procderont.

J'ay commanc, par ma dpesche, du XXIIIe du pass, et continueray,
par ceste cy, de suplier trs humblement Vostre Majest de m'octroyer
tant de grce qu'aprs une si longue rsidance, de six ans continuels
que j'ay est en ceste charge, avec la ruyne de mes meilleurs ans, et
de ma sant, et de mes affres; et avec la perte de ce peu de bien que
j'avoys, qui tout m'a est ost, et ung de mes frres meurtry, et
troys aultres, pendant que j'ay est icy, sont mortz; je puisse
maintenant, pour mon souverain bien et pour ma meilleure consolation,
aller voyr la face de Vostre Majest; ayant la Royne, vostre mre,
pour diverses occasions qui sont survenues en vostre service,
tousjours diffr, de temps en temps, de me retirer jusques  ceste
heure, que j'espre que Dieu l'aura voulu ainsy, affin que j'aye tant
plus d'heur d'estre rappell et relev de ma pouvret, et rcompens
de mon tant long et trs fidelle service, par la libralle main de
Vostre Majest, ainsy que, de rechef, pour une singullire estreyne 
cestuy sien trs heureulx retour, trs humblement, et au nom de Dieu,
je l'en requiers. Et je supplieray le Crateur, etc.

    Ce XXIVe jour d'aoust 1574.


   MMOIRE PRINCIPAL,

   baill au Sr de Vassal de ce qui est expdiant que Leurs
   Majestez entendent de l'estat des choses d'Angleterre:

   Que, au mois de juing dernier, le cappitaine Leython et le
   jeune Quillegreu rendirent fort mal satisfaicte la Royne
   d'Angleterre des choses de France, et firent que le comte de
   Lestre, qui avoit tousjours entretenu la dicte Dame en
   l'intelligence du Roy, et luy mesmes, qui s'estoit toujours
   montr partial franois, demeura encores plus offenc qu'elle,
   de ce qu'ils luy rapportrent qu'on se deffioit grandement de
   luy et qu'on l'avoit bien fort suspect par del.

   De quoy s'estant les passionns Protestants bien apperceus, et
   pareillement ceux qui portent, ici, le faict du Roy
   d'Espaigne, et se voullants, les uns et les autres, servir de
   l'occasion, ceux ici firent incontinent savoir au grand
   commandeur de Castille, qu'il estoit temps qu'il envoyt par
   de un personnage de qualit, pour renouveller l'amiti avec
   cette princesse, et avec ce royaulme; et que, si le Roy, son
   Maistre, y avoit tant d'affection, comme il en faisoit le
   semblant, qu'il y trouveroit,  ceste heure, de la facilit et
   disposition fort bonne. Dont, soubdain, il print espdiant d'y
   envoyer don Bernardin de Mendossa; mais, pour monstrer que
   l'occasion de sa lgation n'estoit soubdaine, ains qu'elle
   provenoit de plus loing, il fit courir le bruict que, de
   certains blancs qu'il avoit rempli  cest effaict, c'estoient
   des lettres bien fresches du Roy, son Maistre, qui enfin luy
   estoient venues par la voye de Gnes, aprs que plusieurs
   aultres siens pacquets avoient est vols, en France, par ceux
   de la nouvelle religion; et advertit ceux de son parti, ici,
   qu'ils commenceassent d'ainsi le publier.

   Lesquels ne faillirent pas de faire bien honneste cette
   nouvelle, comme trs oportune, sur le doubte o l'on estoit de
   l'arme d'Espaigne, et se mirent  pratiquer des personnes
   plus principalles, hommes, et femmes de ceste cour, et
   proposer tout ouvertement, et avec grande expression, dans ce
   conseil, les choses que s'ensuivent, ainsi que le Sr de La
   Mothe Fnlon en a est seurement adverti:

   Que l'intelligence du Roy d'Espaigne estoit ncessaire et de
   trs grande utilit  l'Angleterre, considr que le commerce
   et la navigation des Anglois, qui estoient les deux choses sur
   lesquelles se maintenoit principallement l'estat de ceste
   couronne, estoient si mesles et fondes avec l'Espaigne et
   Flandres, et pareillement celles des Espagnols et Flamans
   avecque l'Angleterre, qu'il n'estoit pas possible que les uns
   se pussent passer des aultres, ainsi que la preuve du suspens
   et intermission du traffiq, o ils en avoient est, ces quatre
   ou cinq ans derniers, avoit faict sentir, de chasque cost,
   que les inconvnients en venoient si grands que les pays s'en
   estoient plusieurs fois cuids rebeller;

   Et qu'on n'avoit jamais peu bien establir le commerce en ce
   royaulme de France, fust pour incompatibilit des deux
   nations, ou par faulte qu'il n'y eust de bons ports par del,
   ou que les subsides y feussent trop grands, et les charrois
   trop chers et difficilles, et les chemins mal seurs: ou qu'on
   n'y trouvt  y faire la descharge, ni  charger ce qui
   faisoit besoin par de: ou bien d'aultres dsordres et
   manquements de la police et de la justice du royaulme; de
   sorte qu'ils jugeoient n'y avoir propos ni apparence qu'ils
   deussent laisser leurs anciens entrecours, lesquels estoient
   faciles et aiss, pour en commencer des nouveaux qui n'avoient
   nulle aisance ni facilit;

   Qu'il ne s'estoit veu, ni ne se voyoit rien au Roy d'Espaigne,
   pour quoy la Royne, leur Mestresse, deubt rejetter son amiti
   ny luy dnier la sienne, puisqu'il la venoit rechercher; car
   il s'estoit tousjours monstr prince vritable et certain,
   plain de grande modration, et d'intgrit, qui n'avoit poinct
   meu de guerres injustes, ni qui ne feussent ncessaires; et
   n'avoit us, en icelles, ni fraude, ni mauvaise foy, ni exerc
   aulcuns actes cruelz qui feussent hors du debvoir de la
   guerre, ni contre les termes de la justice;

   Qu'il s'estoit monstr si modr qu'il n'avoit poinct refus,
   pour la diversit de religion, de confirmer les anciens
   traicts avecques la Royne, leur Mestresse; et que, tant
   qu'elle avoit est de bonne intelligence avecques luy, il
   avoit bien gard que le Pape ni le concille n'avoient rien meu
   contre elle; qu'elle n'avoit poinct de particuliers ennemis
   auprs de luy, pour l'inciter  la fascher: et si le duc
   d'Alve l'avoit d'aultrefois est, il falloit considrer qu'il
   en avoit est aulcunement provoqu; et nantmoins son Maistre
   ne l'en avoit pas despuys advou, et le tenoit encores, 
   cause de cella, assez recull de luy;

   Que les prcdents Roys, prdcesseurs de ceste couronne,
   avoient assez cognu que leurs affaires s'estoient tousjours
   trs bien ports avec l'intelligence d'Espaigne, et non
   seullement ils en avoient maintenu leur estat en grande
   seurt, et enrichi leurs subjects, mais avoient excut, avec
   cet appuy, de grandes entreprinses ailleurs, et s'estoient
   rendus formidables  leurs ennemis; et qu'en effaict, de tous
   les aultres voysins, ils n'avoient jamais guires senti que
   mal, dommage et ennuy, et de cestuy ci toujours beaucoup de
   bien, faveur et support; et estoient pour en sentir plus que
   jamais, et pour estre bien secourus de luy,  leur besoin, l
   o les aultres estoient si ruins et si empeschs, qu'ils ne
   se pouvoient secourir eux mesmes;

   Et que, si l'on venoit  l'occasion des derniers diffrents
   d'entre la Royne, leur Mestresse, et le dict Roy d'Espaigne,
   l'on trouveroit que c'estoit luy qui avoit  se plaindre; car
   il estoit l'offenc, et ses subjects avoient est beaucoup
   plus pillez que les Anglois. Dont, puisque l'opportunit s'y
   offroit trs bonne, de pouvoir esteindre maintenant ceste
   injure avec un tel prince, leur ancien ami et confdr, et
   avecques ses dicts subjects, qu'ils ne la debvoient nullement
   laisser passer; et que eulx osoient bien respondre, sur leur
   vie, que, si la Royne, leur Mestresse, voulloit bien user vers
   luy, qu'elle ne sentiroit, par mer ni par terre, ny en nul
   endroit de ses pays, ni en chose qui appartienne  sa grandeur
   et couronne, ni en l'estat de sa relligion, aulcun
   empeschement, dommage ny desplaisir, de tout le temps de sa
   vie.

   A laquelle opinion un chascung monstra non seullement de
   consentir, mais d'y apporter quelque bonne parolle de
   confirmation; dont feut dlibr que le dict don Bernardin
   seroit bien et honnorablement receu, et seroit respondu avec
   toute faveur.

   D'autre cost, les principaux supposts de la nouvelle religion
   se assemblrent, plusieurs foys, en conseil, et appellrent
   souvant Villiers Calvart, et aultres ministres, et
   pareillement les agents des princes protestants et de la
   Rochelle; pour adviser, avec eux, de ce qui estoit  faire,
   aprs la mort du feu Roy, et en l'absance de cestuy ci. Et
   puis allrent ressusciter, plus vifves que jamais, leurs
   poursuittes en ceste cour: o ils feurent mieux ouis qu'ils ne
   l'avoient encores est, depuis ces nouveaux troubles: et
   feurent assists des mesmes partisans d'Espaigne, soubs
   l'odeur de l'accord qui se menoit entre le grand commandeur de
   Castille et le prince d'Orange; et, bien qu'ils ne
   rapportassent pour lors l'espcialle promesse, qu'ils
   demandoient de la dicte Dame, d'estre assists de somme
   dsigne de deniers, et de nombre certain d'hommes et de
   vaisseaux, et de la faire entrer en ligue ouverte avec les
   princes protestantz, si eurent ilz beaucoup de bonnes
   parolles, et firent tant qu'elle retourna souvent  la
   dlibration d'armer: et que un Orn, anglois, et un Labrosse,
   franois, feurent dpeschs en Allemagne, et qu'on ft au dict
   sieur de La Mothe Fnlon ceste dclaration qu'il a mande
   touchant les dprdations; et obtndrent aussy que, sellon
   qu'on verroit la disposition du temps et des choses le
   requrir, ils seroient, de jour en jour, mieux respondus et
   satisfaictz.

   De toutes lesquelles dlibrations estant, le dict ambassadeur
   adverti, et craignant que la dicte Dame et les siens, non
   seulement se bandassent, mais qu'ils s'efforceassent aussy de
   bander, avec eulx, ceux de leur intelligence contre le Roy, il
   envoya soubdain devers milord trsorier et le comte de Lestre,
   et Mr de Walsingham, pour les reschaufer  la ligue de France;
   et leur en fist reprsenter les utilits, et la grande seurt
   qui en viendroit  tout ce royaulme. A quoy les deux
   respondirent aulcunes parolles indiffrantes, sans se voulloir
   ouvrir de rien.

   Mais le comte de Lestre, avec lequel feut besoing d'estreindre
   un peu plus la ngociation, parce qu'avecques luy plus qu'avec
   nul aultre ces supposts protestants et les partisans
   d'Espaigne s'efforoient d'entrer en estroicte pratique, manda
   franchement  ce dict ambassadeur qu'il avoit le coeur oultr
   de despit et de regret, de ce qu'aprs avoir tant travaill et
   tant despandu, comme il avoit faict, pour avancer en ce
   royaulme l'intelligence de France, il y avoit faict entrer la
   Royne, sa Mestresse, et tout son conseil, il se trouvoit
   maintenant de n'estre, en nulle part de la Chrestient, tant
   ha ni tenu pour suspect, que l; et que, quand il se
   souvenoit qu'il s'estoit extrmement formalis pour la dicte
   couronne, au prjudice des aultres alliances, et d'Espaigne et
   d'Allemaigne, et de sa propre relligion; et qu'il n'estoit
   nulle sorte de bons et bien rellevez offices qu'il n'et faict
   pour icelle, trop plus ouvertement que nul aultre estranger du
   monde ne l'et os entreprendre, esprant d'y trouver du
   refuge  son besoin, il ne pouvoit dire sinon que la France se
   portoit par trop ingratement vers luy; mais que, pour cella,
   il ne lairoit de conseiller  sa Mestresse de garder bien
   l'amiti au Roy, quand il viendroit en son rang d'en parler,
   ayant tousjour jug que c'estoit le bien d'elle et de ses
   subjects, car aultrement il n'y et eu tant d'affection; et ne
   falloit doubter que si le Roy la demandoit, et qu'il requist,
   de bonne sorte, la confirmation de la ligue; qu'il ne
   l'obtnt: mais qu'il craindroit par trop de s'en rendre
   dsormais plus solliciteur, ni instiguant, comme il avoit
   faict, s'il ne voyoit bien procder de meilleurs effaicts de
   del.

   Comme aussy, il se dlibroit de conseiller, de mesmes,
   l'amiti d'Espaigne, puisqu'il estoit si humainement recerch
   de ne s'y opposer plus, et qu' dire vray le Roy d'Espaigne ne
   luy avoit jamais donn occasion que de luy estre fort
   serviteur: car, quand il estoit entr en ce royaulme, il avoit
   tir luy et ses deux frres de prison, et leur avoit faict
   rendre l'hritage de leur pre, qui estoit confisqu; et quand
   l'arme d'Angleterre avoit est  Sainct Quentin, soubz le
   comte de Pembrok, il luy avoit faict tenir le second lieu, et
   commander  l'artillerie; et puis, au retour, il n'avoit
   poinct escript, pour nul aultre, plus favorablement que pour
   luy,  la Royne Marie, sa femme; dont son premier avancement
   en estoit venu.

   Et, aprs la mort de la dicte Royne, il avoit  luy et non 
   pas un plus de ceste cour, escript de sa main, par le comte de
   Frie; et luy avoit offert une pension de quatre mille escuz,
   prvoyant bien qu'il estoit pour tenir quelque lieu
   d'authorit en ce royaulme, laquelle pension il avoit
   reffuse, bien que d'aultres en avoient accept. Et depuis,
   par l'vesque d'Aquila, il luy avoit faict mestre en avant de
   s'ayder de luy pour espouser la Royne, sa Mestresse: et que,
   indubitablement, il luy conduiroit l'effaict de ses nopces au
   poinct qu'il le pourroit desirer,  ses propres despans, avec
   le concours de tous les amis qu'il avoit en ce royaulme, et
   avec la faveur des princes estrangers, jusques  luy offrir le
   consentement et l'authorisation du Pape; et que, mesmes, s'il
   voulloit incliner  la rduction de la religion catholique,
   que le Pape luy octroyeroit un chapeau de cardinal pour son
   frre, et d'establir luy et sa race, pour jamais, en ceste
   couronne, qui avoit est un poinct de ce dernier qui l'avoit
   faict retirer de la praticque du dict d'Aquila; mais il ne
   laissoit pourtant d'en avoir grande obligation  son Maistre;

   Que, pour lors, il avoit eu plus d'inclination  la France, et
   trop meilleur opinion des Franois que des Espaignols, ce qui
   l'avoit, assez tost aprs, faict dclarer ouvertement pour le
   Roy, jusques  avoir accept, pour trs grand honneur et
   faveur, son ordre: dont le Roy d'Espaigne avoit commenc de
   dsesprer des choses de ce royaulme; mais qu' prsent la
   preuve du temps et des personnes luy faisoit voir, et  tout
   ce royaulme, que l'alliance d'un tel prince n'estoit
   nullement  rejetter, et mesmes qu'il se conduisoit si bien
   vers eux, qu'ilz ne savoient desirer rien de mieux de luy;
   car, de tous les traicts, entrecours, et trafiqs de ses pas
   il offroit cella mesmes aux Anglois que ses prdcesseurs leur
   avoient, de tout temps, concd, sans diminution quelconque;
   et encores avec des privilges davantage, s'ils en
   demandoient; et, pour le regard des prinses, et aultres
   diffrants, d'en fre entirement comme ils voudroient;
   touchant  son arme de mer et  ses forces, qu'elles seroient
   pour servir et non pour nuire, en faon que ce feust,  leur
   Mestresse, ny  son royaulme; et que, mesmes, le dict comte
   entendoit que don Bernardin avoit charge d'offrir parti  la
   dicte Dame, ne voullant poinct dissimuler au dict de La Mothe
   Fnlon, que indubitablement il seroit bien venu en ceste
   cour.

   L dessus, il vint bien  propos au dict Sr de La Mothe
   Fnlon qu'il et  demander audience, laquelle il n'obtint
   pas pourtant, sans que les partisants d'Espaigne dbatissent
   assez qu'elle debvoit estre premirement octroye au susdict
   don Bernardin, lequel la demandoit en mesmes temps, par ce,
   disoient ils, qu'il venoit de loing. Nantmoins le dict de La
   Mothe Fnlon luy feust prfr, et mit peyne, avec une lettre
   du Roy, du XVe de juin, de Cracovia, et une aultre que la
   Royne, sa mre, escripvoit, de sa main,  ceste princesse, de
   la remestre en quelque bien bonne disposition vers eux; et ne
   cogneut le dict Sr de La Mothe Fnlon qu'elle se rservt que
   une seule chose: c'est que, si Leurs Majestez Trs
   Chrestiennes se voulloient tant laisser possder aux princes
   estrangers, ou bien  ceux des leurs, lesquels elle ne pouvoit
   avoir sinon fort suspects, se souvenant qu'ils avoient peu
   interrompre le mariage d'entre le Roy et elle, et qu'ils
   voulleussent tant deppendre de leurs advis et persuasions,
   qu'elle ne pet rien establir avec Leurs majestez mesmes, sans
   danger d'estre bientost renverse par les aultres,
   qu'indubitablement elle ne sauroit se commettre  leur
   amiti. Sur laquelle audience le dict ambassadeur fit une bien
   ample dpesche  Leurs Majestez Trs Chrestiennes, du XXIIIe
   du pass.

   Le jour ensuivant, le dict don Bernardin fust ainsi bien
   honnorablement receu, et bien ou et festoy, et puis
   favorablement licenci, comme le dict de La Mothe Fnlon l'a
   despuis mand. Et oultre les particullarits, qu'il a desj
   escriptes, de sa ngociation, il a entendu, despuis, que
   celle, qu'il avoit faicte, en priv, avoit est de dire  la
   dicte Dame que, puisqu'elle monstroit de se voulloir marier,
   le Roy, son Maistre, luy voulloit bien offrir un party trs
   honnorable, et lequel il esproit que seroit  son
   contentement, premirement de son frre, don Joan, lequel il
   ne tenoit en aultre rang que de frre germain et utrin,
   estant fils du grand Empereur Charles cinquiesme, et prince,
   de soy mesmes, d'une telle vertu et singullire valleur, et de
   telle perfection de nature, que nul aultre prince se pouvoit
   justement prfrer  luy, ou bien le prince Ernest, segond
   fils de l'Empereur, prince excellent et rare, entre tous ceux
   de la Chrestient; et avec l'ung ou l'aultre luy faire des
   avantages trop meilleurs et plus grands qu'elle n'en sauroit
   avoir de nul aultre party.

   Or, n'a pu encores bien au vray savoir le dict de La Mothe
   Fnlon quelle responce il a emporte; mais on l'a bien
   adverti que ceux de ce conseil avoient plus press, que onques
   ils n'avoient faict auparavant, la dicte Dame de se marier,
   sans toutesfois l'adstreindre  un party plus qu' un aultre,
   mais d'en prendre quelqu'un qui luy pet plaire; et qu'elle
   leur avoit monstr de n'en estre pas esloigne; et qu'il
   sembloit que ses deux principaux conseillers inclinoient
   toujours plus  Monseigneur le Duc, puisque le propos en
   estoit si avant, que  tout aultre, pourveu que les choses,
   qu'on luy avoit mises sus, n'y donnassent d'empeschement, bien
   que je jugeois que, de ce cost, ni de l'aultre, on ne se
   debvoit plus attendre  ceste poursuitte.

   Nantmoins le dict don Bernardin manda au dict de la Mothe
   Fnlon, aprs pleusieurs honnestes parolles de merciement,
   sur une visitte qu'il luy envoya faire par le Sr de Vassal,
   qu'il l'excust, s'il ne le pouvoit venir voir, parce qu'il
   estoit press de son retour devers le grand commandeur, et
   qu'il ne savoit s'il avoit  passer incontinent devers le
   Roy, son Maistre, sur certain incident de la prsente
   lgation.

   Cestuy ci ne feust plus tost party, que les Protestants et les
   ministres retournrent, en cour, renouveller leurs premires
   instances, et en mectre encores d'aultres en avant, de ce
   qu'ils estimoient estre besoin de pourvoir,  l'arrive du
   Roy.

   Sur quoy, le dict de La Mothe Fnlon, pour ne laisser aller
   les choses ni  leur poursuitte, ni  celle que le dict don
   Bernardin avoit faicte; il envoya incontinent le Sr de Vassal
    la cour, parce que luy mesmes n'avoit argument assez propre
   d'y aller: et luy bailla des lettres au comte de Lestre et 
   Mr de Walsingam, pour avoir moyen, en ngotiant avec eux, de
   leur faire bien gouster les choses qui estoient pour le
   service du Roy, et les divertir de l'opinion des aultres, qui
   pouvoient estre au contraire, et approfondir s'il y en avoit
   quelqu'une mauvaise, qui et desj pass en dlibration.
   Dont il receuillit de leurs propos assez de quoy prendre une
   grande conjecture de l'intention de leur Mestresse, et de la
   rsolution de son conseil; ainsi qu'il plairra  Leurs
   Majestez l'entendre de luy mesmes.

   Lesquelles, possible, fairont le mesme jugement que faict le
   dict de La Mothe Fnlon: c'est que, ne pouvant la Royne
   d'Angleterre s'asseurer assez de quelle vollont sera le Roy
   vers elle, et se deffiant beaucoup de celle du Roy d'Espaigne,
   elle et son dict conseil demeurent en suspens; et tiennent,
   pour ceste occasion, suspendues leurs dlibrations, donnant
   entendre aux Protestants qu'il n'est encore temps qu'elle se
   dclare, ni qu'elle attente rien contre les termes de la ligue
   qu'elle a avec le Roy, jusques  ce qu'elle voye comme il se
   dportera  son arrive: et entretiennent ceux du party de
   Bourgoigne d'une esprance, d'envoyer bientost un gentilhomme
   devers le Roy Catholique, estant le jeune Coban desj nomm
   pour cest effaict; et nantmoins que ces expresses
   dmonstrations, qu'elle faict vers le dict Roy d'Espaigne et
   vers les dicts partisants, sont plus pour mettre le Roy en
   jalousie, que non qu'elle soit encores bien dtermine vers
   eux; vray est que d'autant, que les choses se pourroient bien
   disjoindre d'avecques le Roy, pour se runir  l'un ou 
   l'aultre des aultres partis, ou aux deux ensemble, parce que
   tous deux sont fort appuys et authoriss en ceste cour, il
   sera bon d'y pourvoir de bonne heure.

   Et le moyen plus ais, en cella, semble estre que le Roy, 
   cestuy sien advennement, veuille bien et favorablement
   recevoir la lgation, qui luy sera faicte de la part de ceste
   princesse, et qu'il luy en dpesche bientost une aultre bien
   honnorable, s'ouvrans, de chasque cost,  parler franchement
   entre eux, sans plus de deffience, et sans essayer de se
   convaincre l'un l'aultre sur ce qui a desj pass, ains s'en
   donner toute la mutuelle satisfaction qu'ils pourront; et que
   le Roy face dclarer  la dicte Dame qu'il veut succder  la
   ligue du feu Roy, son frre, avec elle, et qu'il en requiert
   la confirmation; et qu'au reste il face toute dmonstration de
   voulloir establir si bien, et  conditions si raisonnables, la
   paix en son royaulme, que les eslevs soient convaincus de
   manifeste rbellion s'ils ne l'acceptent.




CCCCIIe DPESCHE

--du XXVIIIe jour d'aoust 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Voyage de la reine-mre pour aller recevoir le roi.--tat des
    affaires en France.--Annonce d'une audience.--Nouvelles
    d'cosse.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, premier que de parachever ma dpesche, par le Sr de Vassal,
lequel vous est all trouver, le XXIIIIe de ce moys, Grougnet, mon
secrtaire, estoit desj arryv, avec celle de Vostre Majest, du
VIIIe auparavant. Et je m'en vay, tout  ceste heure, trouver la Royne
d'Angleterre,  cent mille d'icy, pour luy dire vostre partement pour
Lyon, o esprs rencontrer le Roy, vostre filz; et que, pour fre
meilleure dilligence, vous avez layss la Royne, vostre belle fille, 
Paris, ayant seulement admen Monseigneur, et le Roy et la Royne de
Navarre, voz enfans, avecques vous. Et luy toucheray les aultres
poinctz de voz troys ou quatre dernires dpesches, espciallement
l'esprance qu'avez de la paix, et comme il ne tiendra  Voz deux
Majests Trs Chrestiennes qu'elle ne succde bonne et seure, et de
longue dure, en vostre royaulme; pareillement de la venue des
ambassadeurs des princes d'Allemaigue, et des depputez de ceulx de la
nouvelle relligyon qui sont allez au devant du Roy; aussy des deux
leves de reytres et suysses, pour pouvoir, avec plus d'authorit,
conclure la dicte paix, ou bien rprimer, par force, l'lvation de
voz subjectz; et puis du bon ordre qu'avez layss  Paris, pour la
police, et pour, entre aultres choses, administrer, bien et
promptement, par le grand commandeur de Champaigne et le chancellier
de Navarre, qui sont deux personnages fort notables du conseil priv
du Roy, la justice aulx Angloix, sur les pleinctes que je vous ay
dernirement envoyes. Et mettray peyne que, de tout ce qui se pourra
tirer de voz dictes dpesches, rien n'en soit obmis, qui puisse
apporter de la satisfaction  la dicte Dame, et luy fre bien esprer
de vostre intention, et luy disposer bien la sienne vers Voz Majestez
Trs Chrestiennes.

En quoy je sentz bien, Madame, qu'il me vient de grandes traverses, du
cost des Protestantz, parce qu'ilz ont trs suspect le passage que le
Roy a faict par l'Italye, et craignent qu'il y ait est conseill, ou
que, mesmes, on l'ayt expressment oblig, de promesse, avant qu'il en
soit sorty, qu'il poursuyvra,  oultrance, ce qu'avant estre Roy, il
avoit desj commanc: d'exterminer ceulx de la nouvelle relligion. Et
non moins me traversent les partisans de Bourgoigne, lesquels, jaloux
du mesmes passage, allguent  ceste princesse qu'il ne luy peult
venir ny proufit, ny secours, de continuer la ligue avec le Roy, parce
que, disent ilz, qu'il est si empesch qu'il ne se sauroit ayder, ny
secourir, soy mesmes; et que, s'il se veult tirer d'empeschement, il
n'en a nul moyen sinon en cherchant de le fre d'une faon qui seroit
plus suspecte  ce royaume que s'il demeuroit bien empesch: et
pressent tousjours la dicte Dame d'envoyer une honneste ambassade vers
le Roy d'Espaigne.

Nantmoins je viens d'estre adverty qu'elle a desir que je l'aille
trouver, affin d'avoyr de quoy donner, aulx ungs et aulx aultres, des
bonnes parolles, de celles qu'elle entendra de moy, et de celles
qu'elle leur pourra adapter, pour les entretenir en quelque esprance,
sans qu'ilz la pressent,  ceste heure, par trop; et aussy qu' dire
vray, elle se tient assez doubteuse de quelle intention le Roy sera
vers elle, et ne se peult garder qu'elle n'ayt aulcunement suspectes
les forces qu'il assemble; de tant mesmement que, oultre que, de la
part des eslevez de France, et des partisans d'Espaigne, l'on use de
toutz les artifices qu'on peult pour luy en donner peur.

Le comte de Morthon luy a, d'abondant, escript qu'il a descouvert, au
quartier du North d'Escosse, o il est de prsent, qu'il y a
dellibration, en France, de fre bientost une descente par dell;
mais je m'esforceray de luy oster ces impressions, et de luy persuader
qu'elle veuille, du premier jour, envoyer saluer le Roy, vostre filz,
et visiter Vostre Majest, par ung personnage d'authorit, et ne
mouvoir rien cepandant jusques  son retour; comme, pour le prsent,
Madame, je ne descouvre aultre chose de nouveau par de, sinon que
dix ou douze cappitaynes et soldatz, franoys, qui sont encores icy,
s'apprestent pour passer  la Rochelle, estant bruict, parmy eulx, que
le Roy, vostre filz, prtend d'addresser son premier exploict, de
ceste anne, contre ceste ville. Et sur ce, etc.

    Ce XXVIIIe jour d'aoust 1574.

   Depuis ce dessus, ung de mes amys m'a adverty que Me
   Quillegreu, qui est en Escosse, a escript  ceste princesse
   qu'il est en grande esprance d'avoyr bientost ce qu'il a tant
   pourchass; et que le dict amy souspeonne que c'est la
   personne du Prince d'Escosse; et qu'il a opinyon que milord
   Housdon n'est all, ces jours passez,  Barvic, que pour ceste
   occasion. Il vous plerra, Madame, adviser, avec ceulx de voz
   affectionns serviteurs, escoussoys, qui sont en France, le
   moyen d'y pourvoir, et envoyer promptement sur le lieu pour
   cest effect. Qui, de mon cost, feray bien, d'icy en hors,
   tout, ce que je pourray; mais je ne voy pas comme, ny  qui,
   m'en pouvoir bien addresser en Escosse pour y mettre
   empeschement; et mesmes qu'on me veult fre souspeonner que
   cella ne se conduyra sinon avec l'intelligence d'Espaigne.




CCCCIIIe DPESCHE

--du Xe jour de septembre 1574--

(_Envoye jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Flicitations d'lisabeth sur le retour du
    roi.--_Mmoire._ Dtails de l'audience.--tat des choses en
    France.--Dclaration qu'une arme est runie par le roi pour
    forcer les protestans  faire la paix.--Protestations d'amiti
    d'lisabeth.--Sa dclaration qu'elle doit considrer le projet
    de mariage comme rompu.--Conseil qu'elle donne au roi d'viter
    la guerre.--Arrive  Londres de Mr de Mru.--Sa confrence
    avec l'ambassadeur.--Sollicitation de Mr de Mru en faveur de
    Mr de Montmorenci, son frre.


    AU ROY.

Sire, estant all trouver la Royne d'Angleterre,  soixante dix milles
d'icy, pour traicter avec elle du contenu ez quatre dernires
dpesches, que j'ay receues de la Royne, vostre mre, elle m'a
incontinent, devant toutes aultres choses, fort curieusement demand
si j'avoys nouvelles que Vostre Majest ft arryve en France, et
qu'est ce que j'entendoys de vostre bon portement et sant, car on
faysoit courir le bruict que vous estis bien fort malade en Italye.

Je luy ay respondu que la Royne, vostre mre, m'avoit escript, du
VIIIe d'aoust, qu'elle esproit bien arryver, sur la fin du moys, 
Lyon, et qu'ung gentilhomme, que Vostre Majest avoit dpesch vers
elle, vous avoit layss sur le P, qui venis, par eau, jusques 
Casal de Montferrat, bien sain et gaillard, et bien fort contant du
grand recueil, et des suprmes honneurs, qu'on vous avoit faict par
toutz les lieux o avis pass. De quoy elle a monstr d'estre bien
fort ayse; et sommes entrs en plusieurs honnestes devis de vostre
partement de Pouloigne, et de vostre long voyage.

Et m'a dict qu'elle regrettoit que son royaulme ne ft en quelque
climat, o vous eussis eu  passer, car se ft mise en debvoir de
vous y fre toutes les sortes d'honneurs et de bonne chre qu'elle et
peu, et, possible, que l'Empereur ny la Seigneurie de Venize ne
l'eussent, de guyres, surmonte; et que de cella estimoit elle son
pas moins heureulx que vous n'en avis approch, ny  l'aller, ny au
retour, et qu'il n'estoit en endroict o peussis jamays addresser
vostre chemin. Et m'a fort pri, Sire, de vous prsenter, et  la
Royne, Vostre mre, ses trs cordialles recommandations, et vous
assurer que, sellon qu'elle pourra cognoistre qu'aurs bonne intention
vers elle, qu'elle se disposera de nourrir une bien confidente amity
avecques vous deux. Et remettant, Sire, de vous escripre plus
amplement par mes premires, estant le mmoire, que j'envoie  la
Royne, trs ample sur tout ce qui prsentement occourt par de, je
n'adjouxteray rien plus, icy, sinon une trs dvote prire  Dieu,
etc.

    Ce Xe jour de septembre 1574.

   MMOIRE A LA ROYNE.

   Madame, m'ayant la Royne d'Angleterre donn toute la
   commodict que j'ay desir de pouvoir,  loysir, traicter avec
   elle en la mayson du comte de Pembrok, prs de Salsbury, en
   une chasse o elle a voulu que je l'aye accompaigne; aprs
   que je luy ay eu faict le plus honnorable mercyement, qu'il
   m'a est possible, pour l'exque du feu Roy, vostre filz,
   qu'elle avoit faicte cellbrer  Londres, je luy ay touch,
   sellon l'ordre de voz quatre dpesches, du XXIIIe et XXVIIe de
   juillet, et Ve et VIIIe d'aoust, toutz les poinctz qu'elles
   contiennent; et mesmement de la condolance que son
   ambassadeur vous avoit faicte de la mort du dict feu Roy,
   vostre filz, et de l'excuse, dont il vous avoit uz, sur ce
   qu'elle ne vous avoit poinct dpesch de gentilhomme, exprs
   pour cella:

   Qui estoit, sellon son dire, pour ne vous augmenter davantage
   voz souspeons, et qu'elle s'attendoit de fre, de tout ung,
   quand le Roy, vostre filz, seroit arryv, lequel elle
   envoyeroit saluer, et envoyeroit pareillement visiter Vostre
   Majest par ung personnage d'authorit, qui vous
   signiffieroit,  toutz deux, le desir qu'elle avoit de
   confirmer avecques luy l'amity commance avec le feu Roy, son
   frre, et estre assure de la sienne; et de voyr qu'il ft
   bien administrer en son royaulme la justice aulx Angloys: qui
   estoient, en substance, les principaulx poinctz que son dict
   ambassadeur vous avoit lors dduictz;

   Et que Vostre Majest l'avoit pri de la remercyer infinyement
   de la condolance, et luy escripre hardiment que le personnage
   d'honneur, qu'elle et envoy pour la fre, n'et pas
   augmant, ains et plustost dimynu vostre souspeon; car
   estimis qu'elle luy et command, voyant ce que luy en avis
   escript, de vostre main, de rgler si bien les gens du dict
   ambassadeur qu'on ne les et plus trouvs  vous en donner
   d'occasion; et que, de nouveau, vous vous estis plaincte 
   luy de ce que, depuis le partement de son secrettre, son
   aultre serviteur, Jacomo, italyen, s'estoit esforc de
   ressusciter, avec le Bastard de Bourbon, et avec une des dames
   de la Princesse de Navarre, les mesmes praticques qui avoient
   engendr les dictes souspeons; de quoy vous ne pouvis rester
   sinon malcontante;

   Mais, quand  l'amity du Roy, vostre filz, qu'il lui
   escripvt, d'assurance, que Vostre Majest luy seroit caution
   qu'il la luy continueroit, aussy longuement qu'avoit faict le
   feu Roy, son frre, c'estoit jusques  la mort, si elle ne
   l'interrompoit, de son cost; et que Vostre Majest ne voyoit
   chose plus convenable, pour la rendre perptuelle, et pour
   dchasser toutes souspeons d'entre vous, que de parachever le
   bon propos de Monseigneur le Duc, vostre filz;

   Que, touchant fre justice aulx Angloix, qu'il estoit trs
   ncessayre qu'on l'administrt, bonne et prompte, aulx mutuels
   subjectz, en l'ung et l'aultre royaulme.

   Et l dessus je luy ay discouru l'ordre, que vous y avis
   desj mis, pour les siens, en France, et qu'elle voult
   ordonner le semblable pour les Franoys, en Angleterre; et que
   Vostre Majest avoit donn une bien prompte provision, par
   lettres patantes,  ses dicts subjectz, et, encores, pour
   l'amour d'eux  d'aultres, estrangers, pour avoir l'entre et
   l'yssue libres par dell, aussytost que aviez entendu que Mr
   de La Meilleraye leur y avoit mis de l'empeschement.

   Puis ay suivy  luy parler des ambassadeurs des princes
   protestantz, qui sont allez trouver le Roy, vostre filz, et
   des leves de reytres et de suysses, et aultres forces, que
   faysis acheminer vers luy  Lyon, desquelles vous desiris
   bien fort que la dicte Dame ne se voult donner aulcune
   souspeon; car estoient pour la servir, plus que pour luy
   nuyre; et que Voz Majestez prtendoient, par l, de fre la
   paix, avec authorit, ou bien terminer bientost la guerre, par
   la force; et qu'il ne tiendroit au Roy, vostre filz, ny 
   Vous, que la dicte paix ne s'en suivt,  condicions si bonnes
   et si seures, pour voz subjectz, que toutz les princes
   chrestiens les auroient  tenir pour manifestes rebelles,
   s'ilz ne s'en contantoient. Dont, en ce cas, vous la voulis
   bien prier de se porter en bonne amye, et en confdre bonne
   seur, vers le Roy, vostre filz, contre eulx.

   La dicte Dame, devant toutes choses, ayant prins, sur le
   mercyement de l'exque, et sur l'office de la condolance, un
   argument de dire plusieurs choses  la louenge du feu Roy, et
   du tort qu'elle se feroit, si elle n'en honnoroit la mmoyre,
   m'a, au reste, respondu, qu'elle vous avoit amplement escript
   de sa main tout ce qu'elle avoit eu sur le cueur, touchant les
   particullaritez qu'elle avoit veues dans voz dernires
   lettres, et touchant aulcunes aultres; lesquelles elle vous
   prioit bien fort de les prendre, et de les fre prendre, de
   trs bonne part, au Roy, vostre filz, sellon qu'elles
   procdoient d'une grande franchise, qu'elle desiroit estre
   uze entre vous; et vous ouvrir clrement son estomac, affin
   de nourrir une plus parfaicte et plus pure amity, avec Voz
   Majestez, si, d'avanture, vous ne voulis mespriser la sienne;
   et qu'il seroit en vostre main de pouvoir aussy seurement
   respondre au Roy, vostre filz, pour elle, comme il vous
   playsoit d'estre respondante  elle, pour luy; car,
   indubitablement, vous, et luy, jouyris de ce qu'elle avoit de
   moyen et de pouvoir, et aultant qu'il y en avoit en sa
   couronne, pour voz commodicts, si luy donnis bien 
   cognoistre qu'elle se pet confier  Voz Majestez; et qu'elle
   ne se souvenoit plus de la petite querelle qu'elle avoit eue
   avec le Duc d'Anjou, et n'en vouloit avoir nulle avec le Roy
   de France, ains luy ayder, en ce qu'elle pourroit,  establir
   sa grandeur et accomoder ses affres;

   Et, quant  parachever le propos de Monseigneur le Duc,
   qu'elle estimoit que c'estoit une chose du tout dlaysse,
   laquelle auroit besoing d'ung esclarcissement de beaucoup de
   faictz d'autruy, l o il luy suffisoit assez qu'elle pet
   bien respondre des siens; qu'elle estoit infinyement marrye de
   la fascherye que l'italien Jacomo vous avoit donne, lequel
   Vostre Majest pouvoit fre bien chastier, si elle vouloit,
   car c'estoit sans qu'elle le scet, et contre son vouloir,
   qu'il faysoit ces meschantes praticques; et qu'elle commanoit
   d'avoyr cest homme l pour suspect, et pour ung qui trahissoit
   son maistre; et, que je serois trop esbahy d'entendre ce
   qu'elle avoit commanc de descouvrir, depuis ma dernire
   audience, comme bon nombre de ducatz avoient couru, en ceste
   mene, pour vous mettre l'une et l'aultre en peyne, et en
   mauvais mesnage, toutes deux; que d'administrer justice, en
   France,  ses subjectz, c'estoit ce, de quoy elle vous vouloit
   infinyement requrir, parce que ses dicts subjectz
   commanoient desj d'uzer de parolles arrogantes contre elle,
   et contre ceulx de son conseil, de ce qu'elle ne prenoit
   aultrement  cueur leurs injures, pour leur en faire avoyr
   leur rparation et revenche; et qu'indubitablement c'estoit la
   chose qui pouvoit plustost admener une ropture entre vous,
   s'il n'y estoit bien remdy;

   Qu'elle avoit grand playsir que les princes d'Allemaigne
   eussent desj envoy devers le Roy, vostre filz, ainsy qu'elle
   avoit aussy desj faict lection d'ung de ses milords, pour le
   luy dpescher, incontinent qu'elle entendroit son arryve 
   Lyon; et qu'il ne falloit doubter que toutz les Protestantz
   n'eussent assez suspect son passage, qu'il avoit faict par
   l'Italie; et que, s'ilz voyoient maintenant qu'il poursuivt
   ses subjects, qui sont de leur religyon, par les armes, qu'ilz
   ne jugeassent incontinent que les mesmes armes s'adresseroient
    eulx, aussytost qu'il auroit faict en son royaulme; dont ilz
   pourvoyroient, de bonne heure,  leurs affres;

   Et, si elle n'estoit pas trop ignorante des affres du monde,
   elle pronosticquoit une plus obstine et plus dangereuse
   guerre en France, que n'avoient est toutes les prcdentes,
   si le Roy et Vous, Madame, n'embrassis la paix; ce qui luy
   faysoit grandement louer la dellibration qu'avis prinse,
   qu'il ne tiendroit ny  luy, ny  Vostre Majest, qu'elle ne
   se ft; et que, pour ce regard, approuvoit elle bien fort les
   leves des estrangers et les forces du royaulme, que faysis
   acheminer au devant de luy,  Lyon, affin qu'elles luy
   peussent servir de meilleur moyen et de plus d'authorit en
   cella; desquelles forces, pour ceste occasion, elle ne se
   donnoit poinct de peur, ny n'en prenoit aulcune souspeon,
   jugeant qu'elles luy faysoient bien besoing pour luy, et qu'il
   avoit asss o les employer, en son propre estat, sans en
   aller troubler ses voysins; et qu'elle vous prioit toutz deux
   de croyre fermement que, si voz subjectz ne se vouloient
   contanter de la rayson, ny accepter les honnestes condicions
   qu'il vous plerroit leur donner, et qu'il appart tant soit
   peu de rbellion en eulx, que non seulement elle leur
   dnyeroit toute retraicte et assistance en son royaulme, mais
   qu'ilz n'auroient nulle plus mortelle ny plus irrconciliable
   ennemye qu'elle, en tout ce monde universel;

   Et se sont faictes, Madame, plusieurs aultres honnestes
   dductions et plusieurs rplicques sur les susdicts propos,
   desquels, et de toutes ses dmonstrations, et de plusieurs
   discours que j'ay eus avec ceulx de son conseil, je n'ay
   poinct comprins qu'elle et eulx ayent aultre intention que
   celle que je vous ay desj mande par mes prcdentes, du
   XXIIIe du pass: c'est de persvrer en l'amyti du Roy,
   vostre filz, avec la considration toutesfoys et rserve de ce
   qu'elle vous a dernirement escript, de sa main; qui espre
   encores que, sur cella mesmes, ce que je luy ay dduict de
   raysons luy tiendront modre sa trop violente impression.

   Aprs estre de retour de la dicte Dame, j'ay trouv que Mr de
   Mru estoit arryv en ceste ville, lequel m'a incontinent
   envoy ung des siens pour me dire qu'il me viendroit fre
   entendre l'occasion qui le menoit par de, quand je serois de
   loysir; dont soubdain, je luy ay renvoy troys ou quatre des
   miens, pour le conduyre en mon logis; mais cependant aulcuns
   l'ont eu diverty de n'y venir poinct.

   Vray est qu'il m'est depuis venu trouver, aulx champs, o il
   m'a dclar qu'il s'estoit retir d'Allemaigne, pour viter de
   ne donner aulcune souspeon de luy  Voz Majestez, ayant receu
   une lettre de madame la connestable, laquelle il m'a monstre,
   qui l'advertissoit de la dtresse, o elle estoit, d'entendre
   le bruict, qui couroit de luy et de son frre, qu'ilz fussent
   pour dresser des praticques en Allemaigne, et pour mener des
   reytres en France; et qu'il advist de s'oster de l: n'y
   ayant aultre chose, en substance, dans la dicte lettre, sinon
   qu'elle l'exortoit au reste de prier fort Nostre Seigneur et
   la Vierge Marie;

   Et que, suyvant le conseil de la dicte Dame, il estoit pass
   en ce royaulme, comme en pays alli et confdr du Roy, o il
   ne pouvoit fre de moins que de bayser la main de la Royne
   d'Angleterre, et la prier d'intercder pour monsieur de
   Montmorency, son frre,  ce qu'il playse  Voz Majestez Trs
   Chrestiennes le recognoistre pour vostre trs fidelle et loyal
   subject et serviteur, et pareillement luy, qui ne s'est jamays
   entremis plus avant que de trs humblement obyr  tout ce que
   luy aviez command; et que si,  ce retour du Roy, Voz
   Majestez vouloient uzer de clmence et de douceur, vers le
   dict Sr de Montmorency, et vers Mr le marchal de Coss, qu'il
   s'yroit jetter  voz piedz; et savoit que touts les siens le
   feroient de mesmes, pour n'entendre jamays  rien aultre chose
   qu' bien employer leurs vies pour vostre service.

   Sur quoy l'ayant confort de toute bonne esprance de Voz
   Majestez, aultant que je l'ay peu, et sceu fre, je l'ay fort
   admonest d'accomoder tout son parler par de  la louange et
   rputation de Voz dictes Majestez et de Monseigneur le Duc et
   de la couronne de France, et n'uzer d'aulcun dportement qui
   puisse estre ny contre vostre intention, ny contre le prsent
   estat de voz affres; et que, indubitablement, je le ferois
   observer, pour ne vous dissimuler rien de ce que j'entendrois
   de luy;

   Et, quand  l'intercession qu'il vouloit rechercher de la
   Royne d'Angleterre, qu'il penst que la clmence et
   dbonnayret du Roy et la vostre n'avoient  se mouvoir tant,
   vers messieurs les mareschaulx,  l'entremise d'ung prince
   estranger, ny pareillement leur justiffication en estre tant
   advance, comme elle le seroit par ung vray et naturel debvoyr
   de bons et fidelles subjectz, s'ilz mettent peyne de le fre
   eulx mesmes bien cognoistre  Voz Majestez.

   Sur quoy il m'a fort pry d'octroyer ung passeport  ung sien
   argentier pour aller supplyer madame la connestable de luy
   fre tenir, icy, de l'argent pour sa despence, me donnant sa
   foy et son honneur qu'il n'auroit, ny par lettres, ny en
   parolles, aultre charge que celle l; ce que je luy ay promis
   de fre, pour ne l'estranger trop, et ne le laysser trop
   praticquer de ceulx qui le voudroient mal persuader.

   Avec Mr de Mru sont arryvs le cappitayne La Porte et le
   cappitaine Chat, desquelz je n'ay oubly ce qui m'en a est
   escript du vivant du feu Roy; dont je vous supplye trs
   humblement, Madame, me mander,  ceste heure, comme j'en
   auray  uzer; et ce que j'auray  fre entendre, de la part de
   Voz Majestez, au dict Sr de Mru et  eulx. Mr le vydame
   monstre d'estre entirement rsolu de partyr, d'icy, bientost,
   pour se retirer en Allemaigne.




CCCCIVe DPESCHE

--du XVe jour de septembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Mounier._)

  Trait conclu entre l'Angleterre et l'Espagne.--Nouvelles de la
    Rochelle.--Ngociation des protestans de France avec le prince
    d'Orange.--Affaires d'cosse.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, j'ay receu, le treiziesme du prsent, la dpesche de Vostre
Majest, du XXVIIe du pass, et, avec icelle, une consolation, trop
plus grande que je ne le saurois exprimer, pour m'avoyr tir hors
d'une incertitude, o, plus de douze jours durant, m'a dtenu le faulx
bruict, qu'on a faict courir, de la maladye du Roy, vostre filz, et de
l'indisposition et retour de Vostre Majest  Paris,  cause, ce
disoit on, de quelque dsordre qui vous estoit survenu en chemin. Dont
je loue Dieu que, en son voyage et au vostre, toutes choses se sont
ainsy bien portes, comme Vostre Majest me l'escript. Il est trs
certain que la venue sienne faict craindre et faict esprer  divers
diverses choses; dont les affections se manifestent en ce que les ungs
s'en resjouyssent infinyement, et prient pour sa prosprit, et
desirent qu'il ayt soing de se conserver, et mesmes me sollicitent de
vous advertyr toutz deux bien expressment, et comme par chose
ncessayre, que vueills prendre bien garde  voz personnes; les
aultres parlent et font toutes choses comme gens mal assurez, qui ont
beaucoup de meffiance. Et parce que ces segonds vont semant plusieurs
discours, et beaucoup de grands argumentz,  leur poste, en ceste
court, ceste princesse et ceulx de son conseil s'en layssent plus
facillement aller aux offres et persuasions d'Espaigne; de sorte que
l'accord des Pays Bas s'en est du tout ensuivy. Et le seul poinct qui
tenoit l'affre accroch, qui estoit pour cent mille escuz, que les
subjectz du Roy Catholicque demandoient pour rcompence, a est vuyd
 leur prouffict: savoyr est que les Angloys leur en payeront
soixante quinze mille. Et s'espre qu'il se renouvellera une fort
grande et estroicte amity entre le dict Roy Catholicque et ceste
princesse, et que touts les anciens commerces et entrecours, d'entre
leurs pays et subjectz, seront remis; qui semble  ceulx cy d'avoyr
recouvert ung trs ferme appuy de ce cost l. Et n'ont obmis aussy,
entendans qu'il se debvoit tenir une diette en Allemaigne, d'y envoyer
ung personnage de qualit, nomm le sir Henry Quenols, qui est assez
favoriz en ceste court, et l'ung des plus parciaulx protestantz de ce
royaulme, affin de se fortiffier de cest aultre endroict. Et je ne
despre pas qu'ilz ne recherchent de mesmes, et, possible, plus
ardemment que de nul aultre prince, l'amity et intelligence du Roy,
vostre filz, estant le voyage du milord, que ceste princesse luy doibt
envoyer, desj tout rsolu, aussytost qu'on entendra son arryve 
Lyon; qui pense que ce sera milord de North.

L'on m'a adverty que le Sr de La Noue a escript plusieurs lettres par
de, et que, par icelles, il monstre de desirer infinyement la paix,
et de vouloir rendre toute obyssance au Roy; mais crainct que le Roy
ne vueille donner la dicte paix bien seure  ses subjectz, ny avec
les condicions qu'ilz demandent pour leur religyon et conscience, et
qu'en ce cas luy et touts ceulx qui ont prins les armes par dell sont
rsolus de souffrir, avec toutes les aultres extrmitez, la mort
mesmes, premier que de rien quicter de leur dicte religyon; et que
pourtant ilz supplyent la Royne d'Angleterre, et les seigneurs
d'auprs d'elle, de ne concevoyr aulcune sinistre opinyon qu'ilz
vueillent estre rebelles, encor qu'il soit rapport qu'ilz n'ayent si
tost pos les armes. Et cependant, Madame, je suis adverty que ceulx
de la Rochelle se pourvoyent, en Hembourg, et  Hendem, et en Ollande,
et encores en ce royaulme, l o ilz peuvent, de grand nombre d'armes,
et de pouldres, et d'autres monitions de guerre, creignant que le Roy
les vueille assiger. Et le ministre Textor est pass devers le prince
d'Orange, affin d'imptrer de luy un nombre de navyres armez, pour les
tenir en Brouage, et sur la coste de la Rochelle, chose qu'on asseure
desj icy que le dict prince luy a accorde, tant pour se relever des
frays d'ung si grand nombre de vaysseaulx, qu'il a ordinayrement 
entretenir, veu que l'arme d'Espaigne ne faict plus semblant de
venir, que pour maintenir tousjours vifve la guerre par mer en France,
affin que le Roy n'ayt moyen, par la mesmes mer, de favorizer les
affres du Roy Catholicque, et que rien ne puisse venir d'Espaigne,
qui ne tombe en leurs mains. J'entendray plus avant du voyage du dict
Textor, quand il repassera par icy.

Les cappitaynes Barache, Limons et dix ou douze aultres soldatz
franoys se sont embarquez, depuis troys jours, pour aller  la
Rochelle. Mr de Mru n'est poinct encores all trouver la Royne
d'Angleterre, et se tient retir en son logis. Je luy feray part des
nouvelles de Mr de Dampville son frre, affin de le fre tousjours
mieulx esprer de son propre faict. Ung agent du comte Palatin vient
de passer, ce matin, par la poste, qui va trouver ceste princesse.
J'ay envoy incontinent aprs pour le fre observer.

L'on me continue les advis que je vous ay cy devant mandez, comme il
se mne une bien chaude praticque de mettre le prince d'Escoce ez
mains des Angloix, et qu' cest effect le comte de Houtinthon a est
jusques  Barvic, dont j'ay dpesch exprs ung escoussoys vers les
seigneurs du pays, affin d'y donner tout l'empeschement qu'il sera
possible; et si j'entends que cella passe oultre, je m'y oposeray 
ceste princesse, mesmes au nom du Roy, vostre filz, tout ouvertement.
Et sur ce, etc.

    Ce XVe jour de septembre 1574.




CCCCVe DPESCHE

--du XIXe jour de septembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Nycolas._)

  Dpart du secrtaire de l'ambassadeur
    d'Angleterre.--Sollicitations des protestans de France et des
    princes d'Allemagne.--Fabrique de fausse monnaie tablie en
    Angleterre pour soutenir la guerre en France.--Nouvelles
    d'cosse.--Audience accorde par lisabeth  Mr de Mru.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, par la dpesche, que Vostre Majest m'a faicte, de Lyon, le
dernier du pass, j'ay eu assez de quoy bien convaincre ceulx qui
disoient que le Roy, vostre filz, et Vostre Majest avoient eu du
destourbis et empeschement en leurs voages, et aussy de quoy bien
confirmer la bonne opinyon de ceulx qui avoient tousjours espr, et
qui esprent encores trs bien des affres de Voz Majestez. Je ne
fauldray,  la premire nouvelle, qui m'arrivera que le Roy soit entr
en son royaulme, d'aller retrouver ceste princesse, au retour de son
progrs, laquelle est encores assez loing, pour m'en conjouyr avec
elle, et pour haster le partement du millord qu'elle vous doibt
envoyer. Et cependant je vous diray, Madame, que le secrettre de
l'ambassadeur de la dicte Dame est assurment repass en France, et
m'a mand ses excuses, de Bouloigne, en hors, de ce qu'il n'estoit
pass devers moy, confessant qu'il luy avoit est command de le fre,
mais que les aultres commissions, qu'on luy avoit bailles en ceste
ville, luy avoyent faict oublyer ceste cy.

Celluy Poutrin, qui se faict appeller Dupin, est encores icy, n'ayant
peu, avec toute l'assistance des ministres, imptrer rien de ceste
princesse par dessus ce que je vous ay desj escript: qu'elle s'estoit
dellibre d'attandre comment procderoit le Roy, vostre fils, vers
elle, et vers l'entretnement de la ligue, qu'elle avoit avec le feu
Roy, son frre, premier que de rien attempter contre luy. Ce qui a
faict mettre en avant par les plus passions ces faulx bruictz que je
vous ay desj mandez, affin d'essayer s'ilz la pourroient mouvoir 
leurs affections; et ne m'ont espargn en leurs discours vers elle,
disantz que je la trompois de mensonges et de veynes persuasions, et
que je luy allois racomptant du faict du Roy, vostre filz, et de
Vostre Majest, et de voz affres, tout au contraire de ce que j'en
savoys; tant y a que le dict Poutrin est encores icy, attendant sa
rsolution. Et le ministre Textor n'a pas est conseill, arryvant de
la Rochelle, d'aller rien pourchasser en ceste court, car ont bien veu
que cella ne luy et est que temps perdu; dont, aprs qu'il a eu
faict assembler, par quatre ou cinq foys, le conseil des ministres, en
ceste ville, sur les moyens de pourvoyr au secours et deffance de la
Rochelle, et pour dresser des forces par mer par dell, il est pass
devers le prince d'Orange en Hollande, et Du Lua a est renvoy en
Allemaigne. Et m'a quelqu'ung adverty que, sellon la ngociation qu'a
faicte le dict Textor, il semble que ceulx de la nouvelle religyon, de
la Rochelle et du Poictou, se sentent presss, et qu'ilz sont assez
effrays; dont, si Brouage estoit reprins, je croy que les Angloix, 
trs grande difficult, se mouveroient jamays par mer pour eulx, par
faulte de retraicte; parce que celle l seule leur semble opportune,
puisque les Rochellois ne les veulent recevoyr dans leur ville, et
aussy que la commodict du sel, du quel ilz font leurs contratz et
marchez, leur deffaudroit.

J'entends que cest agent du comte Palatin qui est freschement arryv
en ceste court, et encores ung aultre allemant qu'on estime estre
agent du duc de Saxe, ont eu  fre deux sortes de lgation  ceste
princesse: l'une, ouverte, pour la prier de conformer les instructions
du millord, qu'elle envoyera devers le Roy,  celles que leurs mestres
ont bailles  leurs ambassadeurs, qu'ils luy ont desj dpesches,
tendantes au soulagement de ceulx de leur religyon et  mettre ung
repos en la Chrestient; et l'autre, secrette, pour luy remonstrer
qu'elle et les aultres princes protestantz doibvent avoyr une grande
considration sur le retour du Roy, vostre filz, et sur le passage
qu'il a faict par l'Italye, qui leur doibt estre grandement suspect,
et que la lgation du cardinal Saint Sixte, nepveu du Pape, vers luy,
et les confidentes dmonstrations que luy ont uz ceulx qui
commandent pour le Roy d'Espagne en l'estat de Milan, leur debvoient
estre arguments irrfragables que l'intelligence et confdration de
ces deux puissants Roys avec le Pape est trs certeyne. Dont l'ont
exorte qu'elle vueille, avec les aultres princes protestantz,
pourvoyr, de bonne heure,  leur seuret, et favorizer, en France et
en Flandres, ceulx qui ont prins les armes pour la deffence de leur
dicte religyon, pendant qu'ilz sont encores en pieds; et qu'il y
auroit bientost une leve de sept mille reytres et quatre mille
lansequenetz en estre, qui seroit preste de marcher en leur faveur,
s'il se pouvoit trouver moyen de leur fournyr deux centz mille escuz
pour leurs deux premiers payementz. Sur quoy je croy bien que,
touchant le premier poinct de leur lgation, les dictz agentz seront
fort bien respondus: c'est que la dicte Dame fera par le dict milord
parler le mesme langage que leurs mestres  Voz Trs Chrestiennes
Majestez; mais j'espre bien qu'ilz ne seront assez bons orateurs pour
imptrer si tost les deux centz mille escuz, bien que quelqu'ung m'a
dict que les vesques de ce royaulme offroient d'y contribuer et d'y
fre contribuer leurs diocses: ce qui n'est pas matire bien preste.

Et ce que je crains le plus est ung aultre moyen de recouvrer deniers,
et qui est esmerveillable et bien frauduleux, c'est que certains
allemands et ollandoys, et encores, m'a l'on dict, quelques franoys,
ont entreprins de forger, en ung endroict de ce royaulme, jusques 
ung million d'escus, du coing de France, d'Espaigne et de Flandres,
pour soustenir ceste guerre; qui seront si bien faicts qu'on n'en
pourra, ny au poix, ny  la touche, cognoistre la diffrence dans les
bons; et que desj ils ont si bien commanc d'y besoigner, avec la
secrette permission d'aulcuns de ce conseil, qu'ilz ont cinquante
mille escuz de France toutz pretz. A quoy, Madame, il est besoin de
pourvoyr, et mander  Paris, et aultres principalles villes, o la
premire emplte s'yra fre, qu'on y prenne bien garde; et je ne
fauldray de vous mander, de jour  aultre, tout ce que j'en pourray
descouvrir davantage.

Me Quillegreu est revenu, depuis deux jours, en poste, d'Escosse, et
l'on continue toujours de m'advertyr qu'il mne la praticque d'avoyr
la personne du Prince d'Escosse par de, dont je suis bien en peyne
que cella se trame si secrettement que je ne le puis bien descouvrir.
Mr de Mru est all trouver ceste princesse  Fernand Castel, o elle
luy a assign l'audience  ce jourdhuy. Il faict toutes dmonstrations
de se vouloyr comporter en trs bon et fidelle subject du Roy, mais
tels que je voirray estre ses dportements, je ne fauldray de les vous
tesmoigner. Et sur ce, etc. Ce XIXe jour de septembre 1574.




CCCCVIe DPESCHE

--du XXIIIIe jour de septembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Crainte des Anglais que le roi n'ait form une ligue avec le pape
    pour dtruire le protestantisme.--Leurs efforts pour s'emparer
    du prince d'cosse.--Arrestation et mise en libert de ceux qui
    fabriquaient la fausse monnaie.--Nouvelles d'Irlande.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, en attendant d'avoyr bientost la certitude de la bonne et
desire nouvelle que le Roy, vostre filz, soit entr en son royaulme,
laquelle se faict desj aulcunement confesser par ceulx qui plus
opinyastroient qu'elle n'adviendroit jamays, j'ay faict savoyr  la
Royne d'Angleterre ce que Vostre Majest m'en avoit escript, du
dernier du pass, laquelle a monstr non seulement d'en estre bien
ayse, mais a faict grand signe d'allgresse de ce qu'il ne pouvoit
apparoir qu'il y det plus avoyr de difficult, ny de retardement, en
son voyage; et s'est efforce de donner  cognoistre  ung chascun que
vritablement elle avoit grand playsir du retour de ce prince; et a eu
 dire plusieurs choses, de la vertu et du bonheur qui accompaignent
ses entreprinses, et du contentement qu'elle aura d'estreindre une
bonne amity avecques luy, si, d'avanture, il ne veult point mespriser
la sienne. Et m'ont ceulx de ce conseil envoy curieusement demander
si Voz Majestez s'achemineroient bientost vers Reims, ou bien si elles
prendroient aultre chemin, affin de pouvoir mieulx ordonner du
partement du millord qui vous doibt aller trouver. Je leur ay respondu
cella mesmes que j'ay veu, par vostre lettre, que en avis desj dict
 leur ambassadeur; et aulcuns d'eulx m'ont, d'abondant, faict part de
celle lgation ouverte, que les agens des princes d'Allemaigne,
lesquelz sont encores  la suyte de ceste court, ont faicte  la dicte
Dame: qui m'ont mand que c'estoit en la propre forme que je l'ay
desj escript par mes prcdentes, du XIXe du prsent, mais ne m'ont
rien touch de leur aultre secrette ngociation; dont a est besoing
que je l'aye recherche d'ailleurs.

Il est bien vray que touts mes advis se rapportent  ce que ceste
princesse conviendra sans doubte avec les dictz princes de fre
remonstrer au Roy, vostre filz, plusieurs choses, touchant le
soulagement des Protestantz, et d'establir, pour le regard de l'estat
de la religyon, une paix publicque en la Chrestient; mais que, pour
encores, elle ne rsouldra rien, ny de guerre, ny de paix, ny de
ligue, ny de contributions de deniers, l dessus, avec les dicts
princes, qu'elle ne voye plus avant comme le Roy se dportera vers
elle. Qui cognois bien, Madame, que quelle dmonstration qu'elle face,
elle ne peut encores prendre asss de confiance de luy, tant pour les
choses qui ont pass au propos d'entre eulx deux, que pour se
reprsanter encores en l'esprit ce qu'elle a d'autrefoys creu, que la
Royne d'Escoce luy avoit cd le droict et le tiltre qu'elle prtend
en ce royaulme, se persuadant la dicte Dame que le mesme conseil,
duquel il se conduysit lors, ez dicts deux affres, est en plus
d'authorit qu'il ne fut jamays prs de luy. Sur quoy je n'ay obmis
une seule de toutes les dmonstrations, dont j'ay peu user  elle et
aulx siens, que je ne les leur aye franchement dduictes, pour les
divertyr de ceste opinyon. Nantmoins ilz ne cessent, sur ce retour de
Me Quillegreu, sellon qu'on m'en a adverty, de dellibrer chaudement
comme ilz pourront avoyr le Prince d'Escosse par de, bien que la
dicte Dame tient cella aulcunement suspect pour elle, et n'y entend
qu' regret. Mais il y a grand apparance que les persuasions des
Protestantz, lesquelz veulent fre nourrir ce petit prince  leur
mode, comme celluy qu'ilz rputent desj aparant successeur de ce
royaulme, et qui remonstrent que c'est la principalle seuret de ceste
princesse, et de son estat, que d'avoyr la mre et le filz en ses
mains, la facent enfin condescendre  leur intention, mesmement s'ilz
trouvent que les choses ne soient trop difficiles, du cost d'Escosse.
Et y en y a aulcuns qui estiment qu'on essayera de tretter cella avec
la Royne d'Escoce mesme, avec promesse de luy amplyer sa libert, si
elle le veult consentir; et que, pour le mieulx conduyre, l'on a
trouv moyen de fre persuader, par la duchesse de Suffolc, laquelle
n'ayme poinct la Royne d'Escoce, au comte et comtesse de Cherosbery,
en faysant le mariage de leurs enfans, qu'ilz feront bien de remuer la
Royne d'Escoce au chasteau de Pontfroid, qui est l'une des maysons de
la Royne d'Angleterre; ce que je ne say encores bien au vray si tout
cella succdera.

Tant y a qu'ayant desj faict dire, en passant, au comte de Lestre que
j'en avois eu le vent, mesmement du faict du petit Prince, et que
c'estoit chose qui ne se pourroit conduyre sans offancer le Roy,
lequel estoit le principal ali de la couronne et des Princes
d'Escosse, il m'a seulement mand que je rputois sa Mestresse et
ceulx de son conseil plus sages et plus pourvoyans qu'ilz n'estoient,
et que, plet a Dieu, qu'ilz peussent avoyr le dict Prince, sans m'y
respondre rien davantage. Et me vient on de dire qu'on est aprs 
fre une dpesche pour renvoyer le dict Me Quillegreu, de rechef, par
dell. Il sera bon, Madame, que, sur l'occasion de ce que Mr de Glasgo
remonstrera au Roy, en sa premire audience, Voz dictes Majestez
parlent ung peu de bonne sorte  l'ambassadeur d'Angleterre des
affres d'Escoce, et de l'estat de la Royne et du Prince du dict pays,
affin d'arrester les instantes poursuites de ceulx cy: vous ayant 
dire au surplus, Madame, qu'on avoit trouv moyen de fre constituer
prisonniers aulcuns de ceulx qui forgent par de celle faulce
monnoye, dont, par mes prcdentes, je vous ay faict mencion, mais ilz
ont est assez tost eslargis par secret mandement d'aulcuns de ce
conseil; ce qui me faict avoir davantage suspecte l'inique et
meschante provision de deniers qu'ilz font, laquelle j'entendz, quand
 ce qui s'en bat du coing de France, que c'est de celluy du feu Roy,
dernier dcd, dont je mettray peyne d'en recouvrer quelque pice si
je puis, pour vous en envoyer la monstre. Et sur ce, etc.

    Ce XXIVe jour de septembre 1574.

   Depuis ce dessus, j'ay eu advis de ceste court de deux choses:
   l'une est que la dpesche qui y est arryve de Mr le docteur
   Dayl, du Ve du prsent, y a suscit beaucoup d'escrupulles de
   la dellibration, qu'il mande que le roy aporte d'Italye
   contre les Protestantz; et l'aultre, que, en Irlande, le comte
   d'Esmond ayant est attir  parlementer, il a est, soubz
   parolle de paix, dtenu prisonnyer, et le conduict on
   maintenant soubz bonne garde par de. Je mettray peyne de
   vriffier l'une et l'autre nouvelle pour vous en mander plus
   de certitude par mes premires.




CCCCVIIe DPESCHE

--du XXIXe jour de septembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Nouvelles d'cosse.--Disposition des cossais  maintenir
    l'alliance avec la France.--Assurance donne  l'ambassadeur
    que Mr de Mru ne sollicite de la reine rien autre chose que
    son intercession en faveur de Mrs de Montmorenci et de
    Coss.--Nouvelle de l'arrive du roi  Lyon.--Dsignation de
    lord de North pour passer en France.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, celluy que j'avoys, il y a desj assez longtemps, dpesch en
Escoce, quand Me Quillegreu y alla, est revenu depuis deux jours,
lequel m'a rapport de plusieurs seigneurs,  qui il dict avoyr parl,
et leur avoyr bayll mes lettres, par dell, leurs responces de
bouche, parce qu'ilz n'ont oz m'escripre, ne m'ayant apport que
celle seule du comte d'Arguil, et du laer de Quelseit, par escript.

Je m'assure que l'on ne veut souffrir au dict pays, en faon que ce
soit, qu'on y propose rien contre la ligue de France; et mesmes le
comte de Morthon monstre de ne le vouloyr essayer, par ce, possible,
qu'il sent qu'aussy bien il ne le pourroit mener  bout; et qu'encores
qu'il se laysse entretenir et poursuyvre par grande instance de Me
Quillegreu, sur la consignation de la personne du jeune Prince  la
Royne d'Angleterre, qu'il n'y a apparence quelconque, (quand bien
l'avarice l'aveugleroit de s'en obliger  elle moyennant quelque somme
d'angelotz, ainsy qu'on dict qu'on luy en promect beaucoup), qu'il le
puisse nantmoins, sans beaucoup de contradiction, ny sans beaucoup de
danger, effectuer; et mesmement, si Voz Majestez Trs Chrestiennes
faictes voyr et entendre par dell que vous ne le voulez, ny mesmes
n'estes pour souffrir qu'il se face.

Le mesmes messager m'a aussy apport une lettre du duc de
Chastelleraut pour la Royne d'Escoce, et ung petit pourtraict du jeune
Prince, son filz. J'advizeray de le luy fre tenir par la plus seure
et commode voye qu'il me sera possible; et j'espre que, par cest
aultre messager, que j'ay dernirement dpesch au dict pays, lequel
toutesfoys cestuy n'a pas rencontr, les seigneurs de dell seront
davantage confirms en leur bonne dellibration vers le Roy, vostre
filz, et vers sa couronne.

La femme du comte de Morthon est morte depuis quinze jours en , au
grand contantement de son mary, qui est aprs  choysir party; et
s'espre que, par le moyen de quelque alliance, il se rduyra  plus
de modration qu'il n'en a monstr jusques icy.

Mr de Mru est retourn, depuis deux jours, de devers ceste princesse,
avec laquelle il a est huict jours entiers. Et j'entendz qu'il a est
fort humaynement receu d'elle, et que les seigneurs de ceste court luy
ont faict beaucoup d'honneur et beaucoup de courtoysyes, l'ont traict
et l'ont accompaign  la chasse, et luy ont donn tout le playsir
qu'ilz ont peu. Et l'ung d'eux m'a mand que je ne fusse poinct en
peyne de chose qu'il pet pourchasser vers elle, car m'assuroit que,
si elle n'et est bien certeyne qu'il n'avoit  luy parler qu'avec
grand honneur et respect de Voz Majestez Trs Chrestiennes, et que
seulement il la vouloit requrir d'intercder pour Mrs les
mareschaulx, ses frre et beau pre, qu'elle ne l'et aulcunement
admis en sa prsence. Tant y a que je ne lairay, pour cella, de le
fre tousjours observer, affin de vous mander, le plus au vray que je
pourray, quelz seront ses dportementz.

J'ay sceu,  la vrit, que la dpesche de Mr le docteur Dayl, du Ve
du prsent, a engendr assez d'escrupulles en ceste court, mais l'on
ne m'a encores sceu bien discerner sur quelles particularits ce peut
estre; tant y a que, depuis, est arryv ung de ses secrettres, nomm
Devet, lequel est venu en dilligence, de qui les propos n'adoulcissent
pas beaucoup ce que son maistre avoit altr. Et, auparavant le dict
Devet, estoit pass, icy, ung qui se dict serviteur de madame de
Ferrare, lequel ne s'est nullement address  moy, ains m'a l'on dict
qu'il a eu grande communicquation avecques Villiers et avec les
aultres ministres franoys qui sont en ceste ville.

Milord trzorier, estant encores le dict Sr de Mru  la court, s'est
retir en une sienne mayson des champs, pour quelques jours, assez
prs de ceste ville, o il a festoy les agentz des princes
d'Allemaigne; desquelz j'entendz que celluy du comte Palatin est
escouoys, frre de Me Robert Melvin, et les principaulx supostz et
entremteurs de la nouvelle religyon s'y sont trouvez, qui m'ont rendu
davantage curieux de fre observer ce qui s'y feroit. Et l'on m'a
rapport que la responce y a est rendue aulx dictz agentz, et leur
dpesche baylle pour s'en retourner; mais je n'ay encores peu savoyr
qu'est ce qu'elle contient, ny si Mr le vydame, qui a bien est au
festin, l'a sceue, lequel s'est enfin entirement rsolu de passer
avec les dictz agentz en Allemaigne. Mais je croy que ce ne sera sans
me venir dire adieu, et je ne fauldray de l'exorter vifvement qu'il ne
vueille rien mouvoir par dell qui puisse estre contre l'intention de
Voz Trs Chrestiennes Majestez, ny contre le desir qu'il a tousjours
montr avoyr  la tranquillit du royaulme. En cestuy mesmes festin du
dict grand trzorier m'a est suscit ung aultre escrupulle, pour la
comtesse de Lenox qui s'y est trouve, et pour avoyr icelluy grand
trzorier et Me Quillegreu, et le dict Melvin, agent du comte Palatin,
confr longuement et fort estroictement avec elle; dont, depuis, j'ay
sceu qu'elle s'apreste d'aller jusques en une sienne mayson qui est
vers le North, et que, de l, elle passera en Escoce, pour visiter le
jeune Prince, son petit filz, ce que je juge n'estre  aultres fins
que pour essayer de l'avoyr entre ses mains, affin de le transporter
par de, et que ceulx cy veulent, en toutes sortes, tenter tous
moyens  eulx possibles pour surmonter les difficultez qui s'y
pourroient trouver. A quoy je vous supplye trs humblement vouloir
pourvoyr du cost de dell; car je crains bien fort que, nonobstant
ce que m'a rapport le messager, qui nagures en est venu, je ne
pourray mettre assez de suffizans obstacles, du cost d'icy, pour les
empescher. Et sur ce, etc.

    Ce XXIXe jour de septembre 1574.

   Ainsy que je signois la prsente, milord de North m'a envoy
   dire, par ung sien gentilhomme, que la Royne, sa Mestresse,
   ayant eu advertissement par son ambassadeur, comme le Roy,
   vostre filz, estoit arryv  Lyon, elle luy avoit incontinent
   command de haster son partement pour l'aller trouver, et
   qu'il dellibroit de partir, le quatriesme ou cinquiesme
   d'octobre, mais que, devant cella, il me viendroit visiter,
   ainsy qu'il avoit commandement de le fre; et cependant me
   prioit de donner ordre qu' Bouloigne, et sur les chemins, il
   pet trouver des chevaulx prestz pour fre meilleure
   dilligence. Dont prsentement j'en fays ung mot de lettre  Mr
   de Calliac; et je vous suplye trs humblement, Madame, de
   commander ce que Vostre Majest sayt estre expdient pour le
   fre honnorer et bien recevoyr, tant par les chemins
   qu'arryvant  la court, sellon que ce premier acte, de la
   confirmation d'amity d'entre le Roy, vostre filz, et la
   Royne, sa Mestresse, semble infinyement le requrir.




CCCCVIIIe DPESCHE

--du Ve jour d'octobre 1574.--

(_Envoye jusques  Bouloigne par ung des gens de milord de North._)

  Desir d'lisabeth de conserver l'alliance avec la France.--Dpart
    de lord de North.--Ngociations des princes
    d'Allemagne.--Pacification de l'Irlande.--Nouvelles d'cosse.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, je n'ay receu les lettres de Vostre Majest, du VIIIe de
septembre, jusques au vingt uniesme jour de leur dathe,  cause que la
mer a est si haulte qu'on ne l'a peu passer, sinon envyron la fin du
moys; et, avec icelles, j'ay receu la coppie de la lettre que la
Royne d'Angleterre a escripte, de sa main,  Vostre Majest; en
laquelle, encor qu'elle uze de beaucoup de digressions, et d'aulcunes
formes de parler qui n'expliquent qu' demy ce qu'elle a voulu dire;
et, en d'autres endroictz, elle s'efforce d'en fre plus comprendre
qu'elle n'en veut exprimer, si descouvre elle bien avant de
l'intrieur de son cueur; et monstre de l'avoyr grandement esmeu, et
que diverses impressions la mettent  ne savoyr comme esprer de
l'amity du Roy, vostre filz, ny si elle se doibt rsoudre de
renouveller la ligue avecques luy, au cas qu'il le luy demande, ou
bien si elle doibt retourner  celle de Bourgoigne.

Et en cella, Madame, j'ay  dire  Vostre Majest que, depuis le
passage du Roy, vostre filz, en Italye, et la bonne et grande opinyon
qu'on dict qu'ung chascun a conue de luy,  voyr seulement sa
prsence, et son maintien, et ses vertueux dportemens, partout o il
a pass, joinct sa prcdente rputation, et la grandeur et bonne
fortune qui l'accompaignent, il n'est pas  croyre combien les agentz
du Roy d'Espaigne, icy, se sont imprims une merveilleuse jalousie de
luy; lesquelz travaillent, plus qu'ilz ne firent jamays, de sparer
ceste princesse de son intelligence, et mettent toute la dilligence,
qu'ilz peuvent, d'entretenir par frquentes sollicitations et par
promesses et prsantz ceulx qui sont auprs d'elle, et de gaigner
nommement ceulx qu'ilz estiment qui ont de l'affection  la France;
dont n'est sans difficult qu'on peut maintenant tenir, icy, relev le
nom du Roy et de sa couronne. Nantmoins je ne veux dsesprer qu'il
n'y trouve encores de la correspondance, parce que ceste princesse, en
son cueur, ne le hayt poinct, ains l'ayme, et desire estre ayme de
luy, comme de celluy qu'elle estime et prise, sur toutz les princes
qui vivent; et si, n'a pas grande inclination  l'Espaigne, ny ne peut
encores prendre confiance de ce cost l. Dont se pourra fre, Madame,
que, par ceste nouvelle ambassade, qu'elle vous envoye maintenant, si,
d'avanture, Voz Majestez la reoyvent favorablement, et en font ainsy
cas, comme elle monstre de l'esprer, que les choses se remettront
facillement aux mesmes bons termes qu'elles estoient.

D'une chose ne me puis je asss esbahyr, sur quoy elle s'est peu
fonder d'avoyr prsuppos, en sa lettre, que Vostre Majest eust
apprins de quelqu'ung de ses conseillers qu'elle se tenoit offance du
Roy, car je luy fis voyr par voz propres lettres que c'estoit de la
depposition du comte de Montgommery que Vostre Majest l'avoit tir;
mais,  dire vray, elle se trouva lors si surprinse, quand je vins 
luy toucher ce poinct, qu'elle a bien voulu, depuis, prendre le
prtexte de ceste plaincte pour en esteindre si bien, si elle peut, la
mmoyre, qu'il n'en soit jamays, en peu ni en prou, aulcune nouvelle,
ny de vostre cost ny du sien.

La pluspart de ceulx, qui sont ordonnez pour accompaigner ceste
ambassade, sont desj partis de ceste ville, et milord de North,
l'ambassadeur, partira demain. J'ay desj adverty Mrs de Gourdan et de
Calliac, et Mr de Crvecoeur, de son voage, affin de le fre bien
recevoyr, et le fre accomoder de chevaulx en Picardye. Et je vous
supplye trs humblement, Madame, de commander qu'il soit bien receu et
accomod au reste du chemin, et qu'il luy soit faict honneur et
faveur, quand il arryvera vers Voz Majestez; car l'on prendra, icy, un
grand argument de vostre intention, sellon qu'on verra que uzers vers
luy. Il a charge, aprs les complimentz faictz, de parler vifvement 
Voz Majestez du faict des dprdations, et semble qu'on desire, icy,
que luy facis avoyr confrance avec les deux du conseil qui sont
depputs l dessus.

Les agentz des princes d'Allemaigne viennent de partir, lesquelz,  ce
que j'entendz, n'emportent rien de contant, mais seulement une
promesse de deux centz mille escuz, qu'ilz ont demand, qu'on les leur
fera fournir de ce royaulme, en espces, ou par crdit, pour fre les
leves, au cas que la paix ne succde en France. Et en y a qui
prsument que desj il est all en Hembourg une partie de ces escus
que je vous ay mand qu'on a nouvellement forgez; dont sera bon d'en
fre venter par dell la faulcet, affin qu'ilz demeurent descriez.
Mr le vydame faict toutes les dilligences qu'il peut pour s'en aller
avec les dictz depputs, mais, comme aulcunes ncessitez le convient
de s'en aller, aussy il y en a d'aultres qui l'empeschent de partir.
Me Astafort, jeune gentilhomme de ceste court, s'est desj embarqu
dans leur vaysseau, et s'en va jusques l o sont les dictz princes,
pour revenir bientost rapporter de leurs nouvelles.

Le comte d'Esmont n'a pas est faict prisonnyer, en Irlande, comme
l'on me l'avoit rapport, ains ceste princesse a si bien accommod ses
affres au dict pays, par voye d'accord, avec prsans et promesses, et
gracieuses condicions, que le dict comte, avec quatre mille hommes,
s'est remis au service d'elle, et Mac O'Nel est repass en son pas du
North d'Escosse, avec quatre mille harquebouziers qu'il avoit admenez.
Et,  prsent, les officiers et agentz de la dicte Dame vont reprenant
la possession des places, sans qu'on leur y face de rsistance: vray
est qu'on crainct tousjours bien fort l'instabilit de ceste nation.

Ung de mes amys me vient d'advertyr qu'indubitablement la praticque de
livrer le Prince d'Escoce par de a est bien fort en avant, et
qu'elle a est sur le poinct d'estre excute, si le comte d'Honteley
et Me Alexandre Asquin ne l'eussent empesche; et qu'on prsume, en
ceste court, que cella est venu de mon advertissement, et qu'il fault
qu'on m'observe de plus prs. Il y en a aussy qui pensent que, de tant
que ceste princesse n'a pas monstr d'en estre trop marrye, qu'elle
mesmes, soubz mein, les en a faictz advertyr; tant y a que le voage,
dont je vous ay cy devant escript, de la comtesse de Lenox, pour aller
visiter le dict Prince, se poursuit; et je suis aprs  descouvrir sur
quelle intention elle y va.

Il y a icy desj de longtemps un gentilhomme polounoys, de la mayson
d'Alasco, et y en est arryv encores d'autres, depuis la venue du Roy,
qui ne m'ont, ny les ungs ny les aultres, visit; ains ilz sont
souvant visitez par les ministres franoys et flammans, qui sont icy;
et si, ont est quelquefoys en ceste court, et de la court l'on a
envoy vers eulx. Il vous plerra me mander si j'auray  fre aulcun
office en leur endroict. Sur ce, etc.

    Ce Ve jour d'octobre 1574.




CCCCIXe DPESCHE

--du Xe jour d'octobre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Confrence de l'ambassadeur avec lord de North.--Desir
    d'lisabeth de connatre les intentions du roi.--Sa rponse aux
    envoys des princes d'Allemagne.--Sollicitations pour Marie
    Stuart.


    A LA ROYNE, RGENTE.

Madame, premier que milord de North soit party, il m'est venu visiter,
et m'a discouru, en gnral, de la bonne intention que la Royne, sa
Mestresse, a vers le Roy, vostre filz, et comme elle desire
infyniement de se maintenir en bonne paix avecques luy, et garder
inviolablement avec Vostre Majest la vraye amity que vous vous
estes, longtemps y a, promise l'une  l'autre, et estreindre, s'il est
possible, plus fort que jamays, celle en quoy il vous a pleu nourrir
tousjours toutz Noz Seigneurs, voz enfantz, avecques elle; dont, s'il
peut vous bien explicquer sa commission, tout de mesmes que la dicte
Dame la luy a donne l dessus, il ne faict aulcun doubte que n'en
demeuriez trs assure; et que, de sa part, il s'en va trs dellibr
de fre, en cest endroict, les meilleurs et plus exprs offices qu'il
pourra.

De quoy je l'ay bien fort remercy, et, aprs luy avoyr faict aulcunes
remonstrances sur les escrupulles qu'on vous avoit suscits, de ce
cost, je l'ay exort de se dporter en faon que, en France et icy,
l'on ayt  se louer de son lection  ceste charge. Et parce qu'ung
mien amy m'a adverty que, le propre jour que sa dicte Majest l'a
licenci, elle a monstr d'estre aulcunement en peyne de ce que je ne
luy allois annoncer l'arryve du Roy  Lyon, ny luy fre entendre
aulcune chose, de sa part; et qu'il y en y avoit, de ceulx qui
aspirent  la retirer de l'intelligence de France, qui s'efforoient
de luy en fre une maulvayse interprtation; j'ay, soubz prtexte de
visite, envoy dire  ses plus expciaux conseillers que je
n'attandoys que l'heure qu'il m'arrivast une dpesche du Roy, vostre
filz, pour aller trouver la dicte Dame; et que Vostre Majest m'avoit
escript, du VIIIe du pass, qu'il estoit desj arryv  Lyon, mais
qu'il estoit si empress,  ce commancement, qu'il n'avoit encores peu
ouyr le gentilhomme que je luy avoys dpesch, nantmoins que, dans
deux jours, ou troys, il les ouyroit  loysir, et puis me manderoit,
par luy mesmes, ce qu'il voudroit que je fisse savoyr, de sa part, 
la dicte Dame; et que cependant je ne fallisse de vous escripre 
toutz deux du bon portement d'elle et de sa sant, dont les priois de
m'en vouloir mander.

Sur quoy, aprs avoyr confr avec elle, ilz m'ont mand, par mon
secrettre, qu'elle avoit eu trs agrable ceste mienne dilligence, et
s'en estoit plus grandement resjouye qu'ils ne le me sauroient dire,
et desiroit que j'eusse de quoy lui venir bientost compter des
nouvelles du Roy, vostre filz, et que je les luy peusse tesmoigner
aussy bonnes, comme elle les souhaytoit pour elles mesmes. Puis l'ung
d'eux m'a mand qu'elle n'avoit, en chose de ce monde, aujourdhuy, le
cueur si tendu qu' ouyr jusques aulx moindres particullaritez qui
venoient de luy; et qu'il me pouvoit assurer que, de beaucoup de
demandes qu'on luy avoit faictes depuis peu de temps en , elle
s'estoit tenue ferme  n'en vouloir accorder aulcune, au prjudice de
luy, que premirement elle ne voye comme il se voudra dporter vers
elle.

Nantmoins, Madame, je mettray, icy, ceste digression qu'on m'a
adverty d'ailleurs qu'indubitablement les agentz des princes
d'Allemaigne s'en sont retourns bien contantz des bonnes parolles et
promesses qu'elle leur a donnes; et les dictz conseillers ont
davantage dict  mon dict secrettayre qu'ilz avoient entendu que le
Roy, vostre filz, desiroit bien fort la paix; nantmoins que les
grosses forces, qu'il faysoit marcher, leur faysoient souspeonner la
guerre, et qu'on leur avoit dict qu'il se rendoit beaucoup plus assidu
en ses affres que n'avoient faict ses prdcesseurs; et nantmoins se
monstroit plus grave, et de difficile accs, que nul d'eux, et que
leur Mestresse et eulx estoient  regarder, avec le reste de la
Chrestient, comme il formeroit ses affres,  ce commancement, affin
de fre une consquence comme ilz auroient  procder tout le reste de
son rgne.

J'ay,  deux jours de l, renvoy, encores une aultre foys, devers
eulx, pour imptrer aulcunes honnestes et bien raysonnables demandes,
que j'avoys  fre  leur dicte Mestresse et  eulx, pour la Royne
d'Escosse, vostre belle fille, et pour leur fre voyr ung cahier de
plainctes que Mr de La Melleraye m'a envoy. Et sur ce, etc.

    Ce Xe jour d'octobre 1574.




CCCCXe DPESCHE

--du XVe jour d'octobre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Certitude de l'arrive du roi en France.--Nouvelle rpandue en
    Angleterre que le roi,  son passage en Italie, a form une
    ligue avec le pape.--Assurance donne  l'ambassadeur
    qu'lisabeth, pour la combattre, est entre en ligue avec les
    princes protestans d'Allemagne.--Efforts des Anglais pour
    renouer l'alliance avec le roi d'Espagne.--Nouvelles d'cosse.


    AU ROY.

Sire, par ung des gens de l'ambassadeur d'Angleterre, lequel est
arryv icy, le Xe de ce moys, qui est le second courrier qu'il a
dpesch  la Royne, sa Mestresse, depuis vostre retour, il l'a
advertye comme Vostre Majest, s'estant expdie de ses plus pressans
affres  Lyon, elle s'acheminoit maintenant  Reyms, pour y fre
bientost son sacre et couronnement. De quoy la dicte Dame a estim
qu'elle avoit trs bien faict d'avoyr desj dpesch milord de North
pour vous aller saluer de par elle, et estre l'une des premires qui
honnoreront et se conjouyront de vostre heureux advnement  la
couronne. Et par mesme moyen luy a escript que les depputs de ceulx,
qui se sont eslevez en Languedoc et Daulfin, n'ayantz peu obtenir, ny
par leur requeste ny par l'intercession des agentz des princes
d'Allemaigne, aulcun exercice de leur religyon, ilz s'estoient
retirez, et les dictz agentz dpartis avec plus d'opinyon, les ungs et
les aultres, de la guerre que d'esprance de la paix; et que Vostre
Majest avoit donn charge de parachever ceste guerre  Mr de Savoye,
comme pour le dclarer desj, et l'introduyre par l,  estre
cappitaine gnral de la ligue qu'on prsumoit estre entirement
conclue entre le Pape et Vostre Majest et le Roy d'Espaigne, avec les
aultres princes catholicques, contre les Protestantz et contre leur
religyon.

Sur lequel advertissement, Sire, la dicte Dame et ceulx d'auprs
d'elle se sont de nouveau restreinctz en conseil avec les principaulx
personnages de ce royaulme, et ont contremand les agentz, qui
estoient desj partis, des dictz princes protestantz pour, de rechef,
entrer en confrence avec eulx; mais je ne say encores s'ilz ont rien
chang de leurs prcdentes dellibrations. Tant y a qu'ung de ce
conseil m'a mand qu'ilz s'bahyssoient toutz comme,  l'aptit de
troys centz mille escuz qu'on vous avoit offert de prest en Italye,
vous vous estiez layss persuader  la continuation de ceste guerre,
laquelle vous ruyneroit de plus de vingt millions, et vous mettroit,
possible, en danger de ne pouvoir jamays heureusement jouyr
l'amplytude de vostre beau royaulme. A quoy je luy ay respondu que je
n'avoys rien entendu des dictz troys centz mille escus, et n'en
croyois rien, parce que vous n'estis prince pour vous mouvoir de
cella; et qu'indubitablement vous voulis la paix, et entendis de la
donner, avec honnestes et raysonnables condicions,  voz subjectz,
mais que nul, soubz le ciel, savoit mieulx que vous et la Royne,
vostre mre, comme vous la leur debviez octroyer, et de quelle faon
elle pouvoit estre utille  vostre royaulme; qui vouliez, comment que
ce ft, comme chose trs juste et trs lgytime, demeurer Roy et
Mestre, et surmonter toutes les dsobyssances et violentes
contradictions qu'on atempteroit contre vostre authorit, et ne
souffrir uzurper aulcune loy par voz subjectz, sinon celle qu'ilz
prendroient de vous, qui rechercheris tousjours, aultant que vous
pourriez, leur solagement et le repoz de leurs consciences; et qu'ilz
ne debvoient vous presser de chose qui ne vous semblt loysible, et
qui ne vous ft  playsir de la leur concder.

Et, depuis cella, l'on m'a voulu fre croyre que la dicte Dame avoit
pass oultre  se joindre formellement  la ligue, et  s'obliger aulx
chapitres d'icelle, pour la contribution et secours, avec les dictz
princes protestantz, et avec les dictz eslevez, de France et de
Flandres; mais je ne puis ny veulx croyre que, jusques  ce qu'elle
ayt entendu comme Vostre Majest aura receu sa dernire ambassade, et
comme il vous plerra uzer vers elle, qu'elle s'oblige  nulle nouvelle
ligue, ny qu'elle conclue rien qui puisse directement tourner  vostre
prjudice: car j'ay parolle et promesse fort expresse d'elle, et qui
m'a sembl partir de son cueur, qu'elle ne le fera nullement. Vray est
que je me crains assez qu'on l'ayt persuade de fermer les yeulx sur
les secretz moyenz que les susdictz agentz et les ministres, et
aultres plus aspres suppostz de la nouvelle religyon, s'efforcent
d'inventer, toutz les jours, pour cuyder maintenir et fortiffier
davantage leur cause, ainsy comme, de ceste nouvelle forge d'escuz,
dont j'ay cy devant escript, laquelle ilz poursuivent tousjours; et
les espces en sont si belles, sellon qu'ung homme de bien, qui en a
veu, me l'a rapport, et si parfaictement bien faictes au molinet,
qu'il ne s'y peut cognoistre, ny au son, ny au poix, ny  la touche,
rien de diffrent d'avecques les bons; et qu'il en est desj all, ce
m'a il assur, ung bon nombre en Hembourg, de toutes les dictes
espces, et nommement cinquante mille, du coing de Vostre Majest;
dont je fay extrme dilligence d'en recouvrer ung des dictz escuz
pour le vous fre voyr, et pour, avec telle monstre, me pleindre
infinyement  ceste princesse de la tollrance d'une si grande
faulcet.

Cependant elle travaille, aultant qu'elle peut, de se remettre en bons
termes avec le Roy d'Espaigne, et d'establir ung bien assur commerce
entre leurs subjectz, ayant, dimanche dernier, licency ung des
commissayres des Pays Bas; qui s'en est retourn fort satisfaict de
l'accomplissement de leur commission, et du payement, que les Angloix
ont desj bien advanc de fournir, de la somme de soixante quinze
mille escuz, pour la rcompense des prinses faictes sur les subjectz
du Roy d'Espaigne. Et l'autre commissayre plus principal demeure
encores icy, comme agent, pour le dict Roy, son Mestre. Et m'a l'on
adverty que la dicte Dame faict apprester son premier mestre des
requestes pour l'envoyer bientost devers le grand commandeur, en
Flandres.

D'ailleurs, Sire, la comtesse de Lenox part, dans cinq ou six jours,
de ceste court, pour aller en sa mayson vers le North, avec celle
mesme dellibration, que j'ay cy devant escript, que, si les choses
d'Escosse apparoissent bien disposes pour son voyage, elle yra
jusques  Esterlin visiter le Prince d'Escosse, son petit fils; qui
est chose que j'ay fort suspecte, et laquelle je ne puis interprter
que soit  aultres fins que pour pouvoir transporter ce jeune Prince
en ce royaulme. Mais, de ces choses l et de toutes celles qui se
praticqueront par de contre vostre service, tant du cost de France
que d'Escosse, et aussy de Flandres, je ne fauldray de vous en donner,
 toute heure, le plus d'esclarcissement, et d'y mettre de moy mesmes
le plus d'empeschement, qu'il me sera possible, attandant qu'il vous
playse m'envoyer mon successeur; comme j'espre que, sur la trs
humble et trs raysonnable requeste que je vous en ay faicte, et sur
l'occasion d'envoyer visiter ceste princesse,  vostre nouvel
advnement, il vous aura pleu, avant partir de Lyon, en nommer
quelqu'ung, et luy commander de se tenir prest pour passer, icy,
aussytost que milord de North aura accomply sa lgation par dell; et
qu'il vous aura aussy pleu, Sire, (et la Royne, vostre mre, vous
l'aura record), de vous souvenir de moy en la distribution de voz
bienfaictz, affin qu'en contemplation des bons et fidelles services,
o j'ay actuellement continu, durant les troys rgnes passez, et
soubz celluy heureux, o nous sommes  prsent, cella me soit ung
commancement de rcompense  la perte et pouvret qu'ung chascun sayt
et void que j'ay souffertz pour les fre. Et sur ce, etc.

    Ce XVe jour d'octobre 1574.




CCCCXIe DPESCHE

--du XXe jour d'octobre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Mounyer._)

  Instructions donnes  lord de North.--Ngociations avec
    l'Espagne.--Sollicitations des protestans de France auprs des
    Anglais.--Efforts faits pour entraner lisabeth dans la ligue
    avec l'Espagne, et l'exciter  faire mourir Marie
    Stuart.--Dmarches auprs du prince de Cond.--Disposition o
    parat tre ce prince de demander  rentrer en
    grce.--Nouvelles d'cosse.


    AU ROY.

Sire, parce que milord de North, estant  Douvre, a trouv que la mer
estoit bien haulte, il n'a oz incontinent s'y commettre, ains a
temporis jusques au XIIIIe du prsent qu'il s'est embarqu, et toutes
ses gens, dans ung des navyres de la Royne, sa Mestresse, pour passer,
le mesmes jour,  Bouloigne. Et j'estime que, de prsent, il est 
Paris, et que bientost il sera devers Vostre Majest, l o il a
charge, ainsy qu'on m'a adverty, de bon lieu, d'avoyr principallement
le cueur  quatre choses: l'une est de nother fort curieusement, et
par toutes les circonstances et conjectures qu'il pourra, si, en
vostre desir, Sire, y a quelque inclination de retenir,  bon escient,
ceste princesse et son royaulme en vostre amity; la segonde est
d'approfondir si avez nulle secrette intelligence avec le Roy
d'Espaigne contre elle; la troysiesme, s'il vous reste beaucoup
d'affection  la restitution de la Royne d'Escosse; et la quatriesme,
qui sont ceulx  qui donns plus de crdict et d'authorit prs de
vous: car, sellon qu'il rapportera le certain ou le vraysemblable de
ces choses  la dicte Dame, elle a propos de se ranger  une ou
aultre disposition vers Vostre Majest.

Et cepandant elle faict passer, sur le commancement de la prochaine
sepmayne, son premier maistre des requestes, Me Wilson, en Flandres,
pour y renouveller, le plus qu'il pourra, l'ancienne amity d'entre le
Roy d'Espaigne et elle, et arrester avec le grand commandeur une
assemble  Bruges d'aulcuns grands et notables personnages, de dell
et d'icy,  ce prochain mars, pour vuyder le diffrent des entrecours.
Et m'a l'on dict qu'il y va avec commission, laquelle a est
secrettement recherch par les agentz d'Espaigne, d'ayder, en ce qu'il
pourra, au nom de sa Mestresse,  la paciffication du pays, comme
aussy le dict milord de North vous doibt exorter  celle de vostre
royaulme.

Et,  ce propos, Sire, l'ung de ceulx que j'ay mis aprs pour
descouvrir, parmy les ministres et les suppostz de la nouvelle
religyon, qu'est ce qu'ilz esprent de secours, d'icy, en leurs
affres, m'a rapport qu'ilz ne s'assurent encores de rien, parce
qu'on les a remis de leur donner rsolution, aprs le retour de ces
deux ambassadeurs; dont craignent bien fort, si le dict de North est
receu avecques faveur de Vostre Majest, et que le renvoys contant,
et mandis, par luy, quelque assurance de vostre amity  la dicte
Dame, que difficilement imptreront ilz rien de mieulx d'elle, pour
leurs dicts affres en France que par le pass, ny, possible, tant
qu'ilz ont faict jusques icy; sinon, par advanture, qu' la persuasion
des vesques, d'icy, ilz pourront abstreindre, par escrupulle de
conscience, la dicte Dame  fre, soubz main, ou dissimuler aulcunes
secrettes et lgires assistances de ce royaulme, en faveur de sa
religyon, par dell, pour ne l'y laysser opprimer, ou n'estre veue de
l'avoyr du tout habandonne; et n'esprent qu'elle face guyres mieulx
pour la Ollande. Vray est qu'ilz sont aprs  dresser de bien vifves
remonstrances pour l'induyre, comment que ce soit,  la ligue avec les
princes d'Allemaigne et avec les eslevez, et de se debvoir joindre
ouvertement  eulx, si Vostre Majest dlaysse la voye de paix pour
venir  bout de cest affre par les armes, et ont des argumentz
prparez pour luy imprimer de trs grandes deffiances de Vostre
Majest, trop plus que du Roy d'Espaigne, comme redoubtans vostre
fortune et voz effectz plus que les siens, parce que, en personne,
vous vous trouvez aulx affres, et il s'en tient loing; avec ce,
qu'ilz l'estiment assez engag  la guerre du Turc; et si, prtendent
de ressuciter les mesmes machinations qu'ilz avoient cy devant contre
la Royne d'Escoce, pour la fre mourir, allguans que c'est le seul
moyen d'esteindre la querelle que pourris dresser par de pour
l'amour d'elle, et pour mettre fin  toutes les maulvaises querelles
qui se pourroient eslever en ce royaulme  son occasion; et que mesmes
ilz aspirent de fre entrer le petit Prince d'Escosse avec le comte de
Morthon dans la dicte ligue, jusques avoyr escript naguyres au Prince
de Cond de les envoyer visiter toutz deux, de sa part: duquel prince
toutesfoys ilz monstrent de n'esprer plus tant qu'ilz faysoient au
commancement, par ce, possible, que les princes d'Allemaigne n'ont
trouv ung tel subject en luy comme ilz le s'estoient promis, qui
l'avoient jug tout semblable ou peu dissemblable de feu Monseigneur
le Prince, son pre, et peut estre qu'ilz y voyent ung peu de
manquement pour la surdit, et qu'il a de l'inclination  retourner
vers Vostre Majest; et creignent assez, ce dict le mesmes advis, que
luy et le Sr de Laval s'y layssent persuader, dont ne seroit, par
advanture, mal  propos que Vostre Majest les ft fort instamment
praticquer toutz deux.

Les choses d'Escosse demeurent tousjours en ce suspens que j'ay cy
devant escript, soubz la violente et avare domination du comte de
Morthon; et m'a lon dict que, depuis quinze jours, il a faict
constituer prisonnyers deux honnestes personnages que Mr de Glasgo et
Mr de Roz avoient envoyez par del, et qu'il les a faictz conduyre en
sa mayson de Datquier. Je ne say si ce qu'il tirera de leur
dposition l'aygrira davantage, ou si les seigneurs du pays s'en
voudront esmouvoir. Sur ce, etc.

    Ce XXe jour d'octobre 1574.




CCCCXIIe DPESCHE

--du XXIIIIe jour d'octobre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Nycolas._)

  Dfiances inspires  lisabeth  l'gard des projets du roi
    contre les protestans et contre l'Angleterre.--Confrence de
    l'ambassadeur avec l'envoy du roi d'Espagne.--Projet du prince
    de Cond de se jeter dans le Languedoc.--_Avis  la
    reine-mre_. Confrence de l'ambassadeur avec Mr de Mru.


    AU ROY.

Sire, affin que la Royne d'Angleterre ne penst que l'occasion de
n'avoyr heu de voz nouvelles, depuis vostre arryve  Lyon, provnt
d'ailleurs que de voz grandes occupations, j'ay envoy fre aulcuns
honnestes complimentz vers elle, et pour l'assurer que bientost il me
viendroit quelque dpesche de Vostre Majest pour luy en fre savoyr
de bien bonnes, et pour luy donner toute honneste satisfaction de
vostre part; ce qu'elle a eu trs agrable: et l'ung de ses expciaulx
conseillers m'a mand que cest office estoit venu bien  propos pour
luy oster une fcheuse impression, qu'on luy donnoit, de Vostre
Majest, et ne m'en a pas dclar davantage. Mais j'estime que c'est
ce que ung aultre m'a descouvert que, ayant naguyres est tenue une
assemble de conseil, en ceste ville, par ceulx de la nouvelle
religyon, pour pourvoyr  leurs affres, ilz ont, incontinent aprs,
faict semer, en ceste court, que par des lettres qui leur estoient
venues de dell la mer, l'on les avoit seurement advertys que les
dellibrations du concille de Trante, contre ceulx de leur dicte
religyon, avoient est renouvelles et confirmes ez mains de Vostre
Majest passant par Italye; et que vous vous estis oblig, Sire, 
Nostre Saint Pre, et aulx princes et estatz catholicques, par
srement solennel, qu'aussytost qu'auris, avec leur secours, pourveu
aulx troubles de vostre royaulme, et recouvert l'obyssance de voz
subjectz, que vous entreprendris la guerre contre ceulx de voz
voysins qui refuzeroient d'obyr  l'glise romayne; et oultre cella,
vous aviez faict rsouldre, en vostre conseil priv, depuis vostre
arryve  Lyon, que l'Inquisition seroit reue en France, mais qu'ilz
s'assuroient bien que les courtz de parlement et le peuple, et les
meilleurs de vostre royaulme, sinon, par advanture, quelques
clsiastiques, s'y oposeroient, et qu'indubitablement il sourdiroit
de l une trs grande et gnralle rvolte, par laquelle la pluspart
des Catholicques prendroient lors les armes, sans estre attainctz de
rbellion, et les Huguenotz continueroient de les excuter sans estre
arguez de maulvayse conscience. Et se sont efforcez de fre bien
mordre dans ce dernier poinct la dicte Dame, et ceulx de son conseil,
qui,  ce que j'entendz, y ont prins goust, comme au meilleur remde
de la peur o les aultres deux les mettent, craignantz infinyement que
le premier esclat ne tombe sur eulx. Et ont adjouxt que, d'ung bon
endroict, ilz estoient aussy advertys que Vostre Majest me donroit
bientost charge de ouvrir, en termes honnestes et bien gracieulx, un
propos  la dicte Dame pour mettre en libert la Royne d'Escoce; et
que si, dans une ou deux foys, elle ne vous y faysoit quelque responce
de satisfaction, que vous me feris, puis aprs, parler plus rudement
 elle, et la sommer ouvertement de sa dellivrance ou que Vostre
Majest se mettroit en debvoir d'y pourvoyr.

Lesquelles choses j'ay bien mis ordre, Sire, aussytost que j'en ay
est adverty, qu'elle ne les ayt receues pour vrayes; nantmoins ilz
luy ont mis de poignantz escrupulles dans le cueur, et luy ont fond,
sur cestuy dernier, leurs principalles remonstrances: qu'elle se
debvoit dpescher de sa cousine. Nantmoins j'espre qu'elle ne se
layrra encores conduyre  nulle dellibration qui vous puisse estre
prjudiciable, ny qui puisse interrompre, de sa part, l'amity, que
premirement elle ne voye comme il luy succdera de la vostre.

Le Sr de Sueneguen lequel est demeur, icy, agent pour le Roy
d'Espaigne, m'est venu visiter, et m'a bien voulu fre sentir qu'il
avoit beaucoup de contantement de ceste court, et de la disposition,
qu'il y voyoit maintenant bien bonne vers le Roy, son Maistre, et
qu'il pensoit avoyr beaucoup faict, pour son service et pour la
conservation de ses Pays Bas, de luy avoyr reconfirm l'amity de
ceste princesse. Et nantmoins il semble que le dict Sr de Sueneguen
ne rejette de communicquer avec les flammantz, qui sont refouys par
de, ny laysse, pour la faveur et support qu'on leur y faict, de
procurer tousjours que les affres de son Maistre y soient
pareillement favoriss et supports. Et estime que c'est beaucoup, en
ce temps, de garder que l'on ne s'y dclare ouvertement contre luy.

Mr le vidame de Chartres est encores icy, tout prest pour partir au
premier bon vent. L'on me vient de dire qu'il court une nouvelle,
parmy ceulx de la nouvelle religyon, que Mr le Prince de Cond est
approch vers Genve, et qu'il a intention, n'ayant peu tirer des
forces, ainsy qu'il prtendoit, d'Allemaigne, de pntrer, s'il peut,
avec ce qu'il a des siens, jusques en Languedoc, pour employer l sa
personne, et azarder sa vye  la deffense de sa religyon. Sur ce, etc.

    Ce XXIVe jour d'octobre 1574.

   ADVIS, A PART, A LA ROYNE.

   Madame, aussytost que Mr de Mru a est de retour en ceste
   ville, j'ai trouv moyen de parler  luy, en lieu escart, aux
   champs, parce qu'il n'a oz venir en mon logis, et, non
   seulement je luy ay dict, mais je luy ay baill  lyre ce que
   me commandiez luy fre entendre par la vostre, du XXVIIIe du
   pass; et y ay adjouxt toutes les meilleures raysons et
   persuasions que j'ay peu, pour l'induyre  se bien disposer
   vers ce que luy commandiez, lequel a monstr qu'il sentoit une
   grande consolation de la bonne opinyon qu'il vous playsoit
   avoyr de luy.

   Et m'a respondu qu'il supplioit Vostre Majest se souvenir
   qu'il ne s'estoit absent pour faulte qu'il et commise, et
   qu'il prenoit Dieu pour juge de son cueur, et le Roy, et
   Vostre Majest pour arbitres de ses euvres, s'il avoit jamays
   faict, ny dict, ny pens chose qui vous det offancer;

   Et qu'il n'avoit jamays eu praticque ny intelligence avec pas
   ung qui portt les armes contre le Roy, ains leur avoit est
   trs adversayre, fussent ilz ses proches parantz, ou non, et
   avoit est trs esloign, comme il estoit encores, et seroit
   toute sa vye, de leur religyon, n'y n'avoit est mesl en
   toutes les menes que vous aviez eues suspectes  la court;
   mais que, en une si grande deffaveur et ruyne, qui estoit
   inopinment, et, comme il esproit que se trouveroit, sans
   juste cause, suscits contre toutz ceulx de sa mayson, et
   contre son beau pre, qu'il avoit bien voulu viter ce grand
   orage, le mieulx qu'il avoit peu, attandant que le temps et la
   clmence de Voz Majestez leur ft  toutz reluyre quelque plus
   beau jour;

   Et que, considr ce dessus, et qu'il n'avoit aulcune prive
   cognoissance avec les eslevez, ny avec pas ung de ceulx qui
   ont l'authorit parmi eulx, et qu'il savoit qu'ilz s'estoient
   pleinctz que, quand Mr de Montmorency avoit est cy devant
   employ  leur fre poser les armes, ilz avoient est lors les
   plus maltraictez, qu'indubitablement, s'il leur escripvoit 
   ceste heure, ilz se mocqueroient de luy, et de ses lettres, et
   qu'il ne pensoit poinct qu'il vous pet estre utille en cest
   endroict;

   Nantmoins que Vostre Majest advist en quoy et comment il
   pourroit estre si heureulx que d'employer sa personne et sa
   vye, et toutz ses moyenz pour le service de Voz Majestez, et
   qu'il n'avoit aultre affection, ny dvotion, que de vous
   rendre toute la plus parfaicte et trs humble obyssance qu'il
   luy seroit possible, me priant de le vous fre ainsy entendre,
   et de vous tesmoigner qu'il protestoit  Dieu, et le prenoit
   en comdempnation de son me, que toutz ses dportementz, icy,
   ne tendoient qu' honnorer et rvrer Voz Majestez, et de
   publier vostre louange, et la rputation de voz affres, le
   plus qu'il luy estoit possible, et n'y mouvoir rien, qui pet
   estre contre vostre service.

   Et a monstr que, si je luy pouvois fornir d'ung passeport du
   Roy, ou qu'il vous plet luy escripre quelque mot de lettre,
   qu'il vous dpescheroit incontinent ung des siens pour aller
   mieux comprendre vostre intention: qui est tout ce que j'ay
   peu tirer, pour ceste foys, de luy.

   Et, sur les aultres remonstrances que je luy ay faictes,
   touchant les ministres qui le visitent souvant, il s'est
   efforc de m'y satisfre, mais je verray comme il s'y
   conduyra.




CCCCXIIIe DPESCHE

--du XXIXe jour d'octobre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Mcontentement d'lisabeth  raison du silence que
    garde le roi  son gard.--Prsentation des lettres du roi par
    l'ambassadeur.--Satisfaction montre par la reine.--Son desir
    de continuer l'alliance avec la France.--Conseils qu'elle donne
    au roi.--Difficult qu'elle fait d'admettre les messages
    adresss  Marie Stuart et en cosse.


    AU ROY.

Sire, j'ay est, le XXVIe de ce moys,  Hamptoncourt, o, d'arrive,
la Royne d'Angleterre m'a bien donn  cognoistre, assez ouvertement,
et avec ung peu d'apparat non accoustum de magnificence et de
grandeur, devant la pluspart des siens, en sa salle de prsence,
qu'elle ne pouvoit interprter  nul signe de vostre bonne volont
vers elle que, depuis vostre retour, elle n'avoit eu une seule
nouvelle, ny une lettre, ny mesmes une recommandation, de Vostre
Majest, comme si teniez en fort petit compte son amity. Mais, aprs
que je l'ay eue fort cordiallement salue de vostre part, et que je
luy ay heu prsent vostre lettre, et desduict l'occasion de ce
retardement, sur voz trs grandes occupations, avec d'aultres choses,
que j'ay estim bien  propos de luy dire, de vostre bonne disposition
vers elle; elle a, tout aussytost, sans bouger du lieu, et devant le
mesmes concours des siens, chang de faon; et, d'ung visage fort
riant, et d'une contenance bien fort joyeuse, m'a exprim l'ayse,
qu'elle sentoit en son cueur, de vous voyr entrer en ce bon chemin
d'amity et de bonne intelligence avec elle.

Et, encor qu'elle se soit eslargye  me dclarer l dessus, sellon
que, de propos en propos, je l'y ay attire, comme l'on l'avoit volue
intimider de beaucoup d'entreprinses qu'on luy avoit dict que vous
aviez contre elle, tant par les promesses,  quoy l'on vous y avoit
oblig, passant par l'Italye,  cause de sa religyon, que par la
perptuelle instigation qu'on vous y donnoit maintenant en France, 
cause de la Royne d'Escosse; ainsy qu'aulcuns se vantoient, sellon
qu'on le luy avoit rapport, qu'ilz vengeroient,  ce coup, le tort
qu'elle luy avoit faict de la dtenir par de; elle nantmoins m'a
dclar qu'elle s'arresteroit  ce que vous luy diriez et luy
promettriez, et ne recevroit impression aulcune qui pet estre
contrayre  cella, sinon qu'elle vt bien que la vrit de voz paroles
ft convaincue par l'effaict de voz oeuvres; ce qu'elle ne vouloit
prsumer, pour rien du monde, pouvoir jamays procder d'ung prince si
excellemment qualify en toute preuve de vertu comme vous; et qu'il
n'y avoit pas deux heures, sachant que je debvois venir, qu'elle
avoit reveu le dernier traict de ligue d'entre le feu Roy, vostre
frre, et elle, et que, par l'ordre d'icelluy, vous debviez parler le
premier; dont en la forme que vous commanceriez, elle vous
respondroit, et, si vous monstriez d'avoyr en estime l'intelligence
d'elle et de son royaulme, elle se mettroit en debvoir d'honnorer
beaucoup la vostre, et celle de vostre couronne; et prioit Dieu qu'il
vous mt au cueur de vous fre aultant aymer comme il vous avoit donn
de quoy fre beaucoup priser et estimer vostre amity, me voulant bien
dire, touchant la bonne lettre que luy aviez escripte, qu'elle la
tiendroit bien fort prcieuse comme estant la premire marque de
vostre bonne dmonstration vers elle, et qu'elle dellibroit de se
mettre en pareille bonne disposition vers vous, et y persvrer aussy
constamment qu'elle avoit faict vers le feu Roy, vostre frre, pourveu
que, comme luy, vous ne vous en dpartissiez; adjouxtant tout bas, et
me l'est venu dire, quasy en l'oreille, qu'il la failloit prendre
prsentement, car, si l'occasion se passoit, elle seroit, comme la
mesmes occasion, qui ne se laysseroit jamays prendre puis aprs, et
que je creusse qu'elle estoit trs instamment et sans intermission
recherche, avec de grandz advantages, d'ailleurs; dont verroit comme,
de l'ung cost et de l'autre, les choses procderoient pour elle et
son estat, car c'estoit la rgle par o elle se vouloit gouverner; et
remercyoit Dieu qu'elle se trouvoit pourveue, pour tout vnement de
paix ou de guerre qui pourroit arriver.

Et m'a encores l dessus, et sur aulcunes aultres particullaritez,
qu'elle dict avoyr entendues de vostre court, faict ung plus ample
discours, auquel il seroit trop long de mettre, icy, ce que je luy ay
respondu; dont suffira que je vous dye, Sire, qu'elle a monstr de
demeurer de ma rplicque beaucoup satisfaicte, et pleyne de toute
bonne esprance. Et m'a confirm, avec grande expression, que, si vous
luy faictes bientost voyr quelque effect bien fond de vostre amity
vers elle, que vous pourrez fre entier et perptuel estat de la
sienne vers vous.

Puis, sur ce que je luy ay touch de celle bonne intention que vous
avez vers ceulx de voz subjectz qui s'estoient eslevez, et, s'ilz se
monstroient tels comme ilz debvoient envers vous, que vous dellibriez
d'estre entirement tel vers eulx comme ilz le sauroient desirer,
elle m'a respondu que vous aviez peu cognoistre par son ambassadeur,
et le cognoistris davantage par milord de North, qu'elle ne desiroit
nullement ny le mal ny le trouble de vostre royaulme, et qu'elle
prioit Dieu que vous peussiez bien prendre le conseil de ceulx qui
droictement desiroient le bien de vostre grandeur, et l'establissement
de voz affres; en quoy, encor que ce ft ung poinct bien fort
envelopp d'aultres apparances persuasives, qui avoient tant de
vraysemblable qu' peyne permettoient elles qu'on les pet discerner
du vray mesmes, si esproit elle que l'exprience, que vous aviez du
pass, conjoincte avec vostre vertu et prudence, vous y feroient voyr
plus cler que n'avoit jamays faict le feu Roy, vostre frre; duquel le
rgne, par faulte de cella, n'avoit est, pour luy et pour vous, et
pour la Royne vostre mre, et pour toutz ceulx de vostre couronne, et
encores pour les plus vaillantz et les meilleurs de vostre royaulme,
qu'ung perptuel tourment, ny qu'une mort et une incomparable ruyne de
tout vostre estat; m'enchargeant bien fort de vous supplier trs
affectueusement, de sa part, que vous y voulussiez approcher l'oeil
de bien prs: ce que non seulement je luy ay promis que je ferois,
ains luy ay bien fort gratiffy, en vostre nom, son bon conseil et sa
bonne volont.

Mais, quand je suis venu  la prier, de vostre part, qu'elle voult
octroyer passeport  ung des miens, pour porter  la Royne d'Escosse,
et puis, au Prince d'Escosse, son filz, et au comte de Morthon, des
lettres que Vostre Majest leur escripvoit, elle s'est incontinent
esmeue: et m'a dict que vous la debviez tenir  elle, pour beaucoup de
respectz qui ne vous estoient pas incognus, en trop meilleur compte
que la Royne d'Escosse, laquelle, quand bien se trouveroit rgner en
ceste isle, ne vous y seroit jamays si bonne amye, ny n'auroit en tant
d'affection la conservation de vostre grandeur, comme elle avoit; qui
sentiris mieulx cella, quand il playroit  Dieu y ordonner de la
mutation, et qu'elle s'assuroit que, lors, vous regretteriez amrement
la Royne Elizabeth.

Et m'a rcapitul aulcunes de ces mesmes choses qu'elle m'avoit dict
qu'on l'avoit menac, de cest endroict; mais je luy ay rplicqu que
Vostre Majest n'avait peu fre de moins, sur les instances de
l'ambassadeur d'Escoce, et sur les remonstrances, qu'il vous avoit
faictes, des trs anciennes et trs estroictes obligations d'entre les
princes et les couronnes de France et d'Escosse, que d'uzer de cest
honneste compliment de lettres vers ceste pouvre princesse, qui estoit
vostre belle seur, vostre parante et vostre principalle allye, de
laquelle vous ne debviez, ny voulis aulcunement impugner les droictz,
et pareillement vers le Prince, son filz, et vers les seigneurs du
pas, qui estoient toutz voz confdrs; et qu'en cella, vous n'aviez
voulu fre sinon aultant que m'aviez command de luy en communicquer,
ce qu'elle debvoit interprter en meilleure part que toutes les
aultres impostures qu'on luy avoit rapportes, et ne debvoit diffrer
l'octroy de passeport que luy demandiez; en quoy, s'il luy playsoit
bailler ung adjoinct  celluy que j'envoyerois, affin qu'elle demeurt
sans escrupulle, je m'assuroys que Vostre Majest en seroit trs
contante.

L dessus, la dicte Dame s'est ung peu modre, et m'a pri que je luy
donnasse ung peu de temps pour en communicquer  son conseil, et que,
bientost aprs, elle m'y feroit responce. Et m'ayant, sur deux aultres
poinctz que je luy ay remonstrez, touchant le peu de justice que voz
subjectz trouvoient par de, et touchant la faulce monoye qu'on
battoit en ceste ville, assez faict cognoistre qu'elle vous vouloit
beaucoup satisfre, elle m'a bien fort gracieusement licency. Et sur
ce, etc.

    Ce XXIXe jour d'octobre 1574.




CCCCXIVe DPESCHE

--du IIIe jour de novembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne Jumeau._)

  Dclaration de Burleigh et de Leicester sur les intentions
    d'lisabeth de renouer l'alliance avec la France, pourvu que le
    roi lui donne la ferme assurance qu'il veut maintenir le
    trait.--tat des affaires en cosse.--Eclaircissements sur des
    projets d'attentats dirigs contre la personne du roi.--Dpart
    du vidame de Chartres pour l'Allemagne.


    AU ROY.

Sire, pour davantage recognoistre si le fondz de l'intention de ceste
princesse estoit semblable aulx bonnes responces qu'elle m'avoit
dernirement faictes, quand je luy prsentay vostre lettre, j'ay mis
peyne, sur l'occasion des aultres deux lettres, qu'avez escriptes 
ses deux principaulx conseillers, de ngocier et fre ngocier bien
estroictement, avec eulx, en termes si clers que je les ay contreinctz
de parler clrement.

Et, en substance, il s'est recueilly de leur dire qu'ilz estiment que
leur Mestresse et eulx ont trs juste occasion d'avoyr les
dellibrations qui se font prs de Vostre Majest, et les entreprinses
 quoy ilz voyent que Vostre Majest se prpare, pour bien fort
suspectes, tant pour la source d'o ilz disent que drivent voz
conseilz, qui est du Pape et du Roy d'Espaigne, et d'aulcuns des
vostres desquelz ilz ont une merveilleuse deffiance, que pour les
objectz qu'il leur semble bien qu'ilz vous pourront mouvoir
d'entreprendre contre ce royaulme pour la cause de la religyon, et
pour la dtention, qu'on y faict, de la Royne d'Escosse; et que, l
dessus, ilz ne me veulent nullement dissimuler qu'ilz ne veillent, et
qu'ilz ne consultent, dilligemment et souvant, comme ilz pourront fre
que ceulx de leur dicte religyon ne souffrent tant de dtriment,
ailleurs, que l'orage en puisse, puis aprs, venir fondre, icy, sur
eulx; et comme ilz pourront pourvoyr que les grands dangers, qu'ilz
ont tousjours jug trs imminentz  la Royne, leur Mestresse, et  son
estat, si elle ne se tenoit bien assure de la Royne d'Escosse, ne luy
survenoient; et qu'en cella ilz ont rput ncessayre, touchant le
premier poinct, d'en entendre l'advis de ceulx qui sont en mesme
cause, et en pareille condicion que eulx, et, par ainsy, d'en confrer
avec les princes protestantz; et, quand au second, de adhrer  ceulx
des Escossoys qui conviennent, mieulx que les aultres, avec le repos
de l'Angleterre; et, pour toutz les deux poinctz ensemble, ilz ont
estim bon de renouveller les anciennes amitys, et en fre de
nouvelles et regaigner les perdues, le plus tost et le mieulx qu'il
leur seroit possible; mesmement qu'ilz estoient incertains  quoy
inclineroit Vostre Majest,  vouloir ou ne vouloir poinct
l'intelligence de ce royaulme. Et nantmoins, encor que desj il y et
de ces choses qui fussent beaucoup advances ailleurs, il y en avoit
aussy, et de plus importantes, qui restoient en suspens, pour attandre
l'vidence de voz actions; et qu'ilz ne doubtoient nullement, si,
aprs ceste bonne lettre qu'avez escripte  leur Mestresse, il vous
plaisoit luy fre voyr une suyte de vostre bonne intention, et de voz
bons effectz vers elle, qu'elle ne se dispost en si bonne sorte, vers
voz affres, que vous la trouveriez,  toutes occasions, preste de les
segonder, et de procurer l'establissement et le progrs de vostre
grandeur; et que, sans difficult, elle vous accorderoit la
confirmation de la ligue, si la luy envoys ainsi honnorablement
demander, comme le traict monstre qu'il touche  vous de le fre;
mais qu'ilz me vouloient bien advertir qu'ilz ne la pouvoient
conseiller de demeurer longuement sur l'incertain, parce que la sayson
ne portoit qu'on se det arrester  simples parolles: dont failloit
que j'advisasse de haster, le plus que je pourrois, ce qui se debvoit
establir entre vous.

Qui sont propos, Sire, fort conformes  ceulx que la dicte Dame m'a
tenus, aulxquelz je n'ay deffailly de suffizante rplicque; car la
matire et les bonnes raysons ont abond de mon cost: et pense
qu'elles ont est de quelque moment, et mesmement  divertyr le voyage
de Me Wilson en Flandres, aulmoins l'ont elles retard. Mais, sur les
dictz propos, j'ay  dire  Vostre Majest que, au retour de milord
de North, il se doibt fre, icy, une grande rsolution des choses
appartenantes  ceste prsente guerre, qu'ilz appellent de la
religyon, sellon que je say qu'on a pri des personnages allemantz,
qui sont prestz de partir, qu'ilz vueillent attandre jusques allors.
Dont semble qu'il est expdient, Sire, que la lgation de Vostre
Majest vers ceste princesse suive bientost, et sans intervalle, celle
qu'elle a faicte vers vous. Et de tant qu'elle et les siens sont
merveilleusement tendus sur le faict de la Royne d'Escosse, et encor
plus sur le faict des Escossoys, et qu'ilz veulent pourvoyr, par toutz
les moyens qu'ilz pourront, que ny la personne d'elle, laquelle ilz
ont en leurs mains, ny l'intelligence d'eux, qu'ilz pensent encores
mieulx possder, ne leur eschapent, sellon qu' prsant ilz ne vivent
en peyne de nul aultre endroict, ayantz rduict l'Irlande, que de ce
cost l; et qu'ilz prtendent d'avoyr, s'il leur est possible, ou le
Prince ou quelque aultre grande chose en gage, pour garder que le pays
ne se destourne de leur dicte intelligence; il sera bon, Sire, que
pourvoys, le plus tost que pourrs, que celle ancienne alliance,
conjoincte avec authorit, que voz prdcesseurs y ont tousjours
conserve, et qui est deue  vostre couronne, ne vous y soit en rien
diminue; et qu' cest effect, en desmellant les aultres choses avec
la Royne d'Angleterre, vous vous esclarcissis encores avec elle de
ceste cy.

J'ay bien escript, depuis naguyres,  aulcuns seigneurs du pays,
mais, parce que ce a est par voye secrette, je ne say quand j'auray
responce d'eux. Et me vient on d'advertyr qu'il y a grande apparance
que les armes y seront bientost reprinses, parce que quelque mylord y
a est tu, qu'on dict estre le comte d'Athol; et que c'est le comte
de Morthon qui l'a faict fre; mais je n'ay encores bien la
vriffication de cella. L'on m'a desj promis le passeport, icy, pour
envoyer voz lettres au jeune Prince d'Escosse et au dict de Morthon;
mais je me trouve en celle mesmes difficult, que j'ay cy devant
mande, que le dict de Morthon ne voudra recepvoir, ny mesmes
souffrir, qu'aulcun entre au pas, qui ayt adress au dict Prince,
sinon comme  Roy, ny  luy, sinon comme  rgent, et les lettres de
Vostre Majest n'ont pas celle intitulation.

Et, au regard de l'autre lettre, qu'avez escripte  la Royne
d'Escosse, parce qu'on avoit desj octroy passeport au frre de son
chancellier, prsidant de Tours, pour luy aller porter quelques
besoignes, lequel est encores icy, l'on a desir que je fisse fre,
par luy mesmes, le message. A quoy, pour n'augmenter les escrupulles
de ceste princesse, lesquelz, par occasion nouvelle, qui a procd de
la duchesse de Suffolk, se sont, puis peu de jours, rengrgs, oultre
la gnrallit de ceulx qu'elle a tousjours non petitz de Vostre
Majest, je m'y suis condescendu.

Et, quand  esclarcyr davantage Voz Majestez sur l'advertissement de
prendre garde  voz personnes, j'ay singullirement recherch de
ceulx, d'o cella estoit venu, de m'en dire la particullarit. Et ilz
m'ont sparment confirm, qu'aprs qu'il se sceut, icy, que les
empeschementz qu'on croyoit fermement qui deussent retarder vostre
retour estoient ostez, qu'il y eut de ceulx qu'ilz appellent
Puretains, qui tindrent des propos fort meschantz et malheureux,
disantz qu'il n'importoit pas beaucoup que vous fussiez venu, car
bientost l'on verroit ung semblable jugement sur vous, et sur la
Royne, vostre mre, qu'on avoit veu sur le feu Roy, vostre frre; et
qu'il ne falloit destendre le tabernacle qui avoit est dress pour
ses obsques, parce que l'on y auroit bientost  cellbrer les
vostres, et aultres motz tendantz  mesmes effect; de faon que,
s'estantz eulx donns une grande peur du danger de Voz Majestez, ilz
avoient bien volu fre en sorte que je vous advertisse d'y prendre
bien garde, et que, quand ilz en entendroient davantage, et de plus
expcial, qu'ilz me le feroient incontinent savoyr. A quoy pouvez
croyre, Sire, que je n'auray l'oeil et le cueur moins tendus, que si
c'estoit pour ma vye et pour le mesmes salut de mon me.

Mr le vidame de Chartres s'est enfin embarqu, le XXXe du pass, avec
la pluspart de toutz ces franoys qui restoient icy, et est pass 
Fleximgues devers le prince d'Orange. Il m'a promis qu'estant l, et
lorsqu'il sera prs du comte Palatin, o il prtend d'aller, il
s'efforcera de vous fre cognoistre qu'il a toute dvotion  vostre
service et  la paix de vostre royaulme; et que, de Hollande en hors,
il dpeschera ung des siens devers Vostre Majest. Nantmoins l'on m'a
adverty qu'ainsy qu'il entroit dans son navyre, celluy Rua, que j'ay
cy devant mand, qui estoit all en Allemaigne, est arryv, et qu'il
s'en est retourn avecques luy en Zlande; mais qu'il doibt bientost
revenir, et qu'on a entendu qu'il a dict que les choses se portoient
trs bien, l o il avoit est, ce qu'on juge estre qu'il y a des
forces prestes en Allemaigne pour ceulx de leur religion. Sur ce, etc.

    Ce IIIe jour de novembre 1574.




CCCCXVe DPESCHE

--du VIIIe jour de novembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Entreprises diverses projetes par les Anglais contre les villes
    maritimes de la France.--Dcouverte d'une entreprise sur le
    Hvre.--Surveillance qu'il importe d'exercer.--Protestation des
    seigneurs du conseil qu'ils ignoraient entirement le projet de
    s'emparer du Hvre.--Demande faite par l'agent du roi d'Espagne
    de son passeport.


    AU ROY.

Sire, je supplye trs humblement la Royne, vostre mre, de se vouloir
souvenir comme, ds qu'il fut sceu par de que le retour de Vostre
Majest en France estoit par l'Italye, je luy donnay advis que les
entremteurs de ceulx de la nouvelle religyon, se deffiantz de pouvoir
obtenir telles condicions de paix comme ilz desiroient, s'estoient mis
 dellibrer de la continuation de la guerre, et, entre aultres
choses, de surprendre des places en Picardye et Normandye, le long de
la mer; et desj ilz faysoient estat d'en emporter quelques unes, dont
estimois estre besoing qu'on renfort les garnisons de Callays, de
Bouloigne, de Dieppe, du Hvre et de Cherbourg, et qu'on advertt les
gouverneurs d'estre vigilantz  la garde de ces cinq villes, et
touchoys encore quelques mots de Brouage; dont,  peu de jours de l,
je fus infinyement ayse que Sa Majest m'escripvt qu'elle avoit trs
bien pourveu, non seulement  ces cinq places, mais  toutes les
aultres le long de la mer, jusques  Bourdeaulx. Qui pense, Sire, que
ceste sienne dilligence d'allors a servi beaucoup maintenant contre la
praticque, qu'on dict qui s'est descouverte du Hvre de Grce, de
quoy je loue et remercye Dieu de tout mon cueur.

Nantmoins je retourne advertyr Vostre Majest qu'il est expdient de
refraychir, de rechef, ce mesmes advertissement aulx mmes
gouverneurs, et renforcer leurs garnisons, tant pour la conservation
de leurs places, et pour ne laysser occasion quelconque  ceulx de
dehors d'y entreprendre, que pour garder que, au dedans du pays, ne se
face aulcun mouvement; car voicy, Sire, ce que l'ung de ceulx, que
j'ay mis aprs  observer les ministres, m'a rapport, que aulcuns
d'eulx se sont desbouchez de dire que Vostre Majest seroit bientost
travaill de plus d'endroictz qu'elle ne pensoit; et qu'ilz avoient de
leurs amys, gens de bonne mayson, et aultres, en Picardye, qui, du
premier jour, se dclareroient ouvertement pour eulx, et que les
restes de Normandye, qui n'estoient encores toutes mortes, ne
manqueroient pas de leur cost, et, possible, de telz d'o l'on
n'avoit encores ouy parler; et que ce ne seroit, sans qu'ilz se
fissent maystres de quelque bonne place d'importance, o ilz
pourroient recevoyr le secours, car c'estoit de quoy ilz se debvoient
principallement efforcer, pour induyre les Angloix de favorizer leurs
entreprinses. Et disoient davantage qu'il estoit rsolu qu'on
tiendroit ung bon nombre des navyres de guerre angloix, et de ceulx de
Hollande, en Brouage, et qu'on recepvroit leurs gens dans le fort,
affin qu'ilz se peussent tenir plus assurez de leurs vaysseaulx; et
que les mesmes ministres avoient remonstr  ceste princesse, qu'en la
prsente occasion, o elle voyoit bien qu'il y alloit de l'entire
extermination, ou de l'establissement, pour jamays, de sa religyon, et
le semblable de l'estat de sa couronne, elle ne debvoit refuzer d'y
mettre,  bon escient, la main, et se prparer  quelque belle
entreprinse par dell, comme de s'impatronir de quelque bonne place,
et la bien pourvoyr, ou bien envoyer joindre ses forces  celles
qu'elle y verroit bientost en campaigne; car pouvoit considrer que
les vostres seroient bien fort retardes en Languedoc, et beaucoup
diminues, avant que Nymes et Montaulban, aprs les aultres moindres
places, fussent prinses; et que la Rochelle, si voulis entreprendre
de la forcer, vous ruyneroit plus d'hommes et vous consommeroit plus
d'argent et de monitions de guerre, que n'avoit faict l'aultre foys;
et que la trouveriez,  ceste heure, plus imprenable que ne ftes au
premier sige, parce qu'ilz avoient mieulx pourveu de garder les
advantages de la mer, qu'ilz n'avoient eu, lors, ny le temps, ny le
moyen de le fre; et quand la dicte Dame n'en debvroit rapporter
aultre prouffict que d'entretenir la guerre par dell, et garder
qu'elle ne passt, icy, en son royaulme, et ne laysser succomber, du
tout, sa religyon, ce luy seroit ung trs grand bien et une rputation
immortelle.

Sur quoy, Sire, je retourne supplier trs humblement Vostre Majest de
pourvoir  ces deux coings, de Picardye et Normandye, qui regardent
ceste mer, et commander de fre quelque effort  reprendre Brouage,
pendant qu'il n'est encores ny si bien fortiffi, ny si bien muny, ny
en telle deffance, comme l'on prtend bientost de le mettre. Qui ay
opinyon que c'est la plus salutayre entreprinse qui se pourroit fre
du cost de la Guyenne; bien que je ne pense pas que, dsormays, ceste
princesse se laysse aller  toutes les persuasions des dictz
ministres, et que mesmes nous leur pourrons rabattre une bonne partye
de leurs plus aspres dellibrations, si renvoys aulcunement bien
satisfaict son milord de North, sellon que je l'ay remise, et les plus
authorisez de son conseil, en trein de renouveller et confirmer trs
estroictement la ligue avec Vostre Majest. Et ay convi iceulx
seigneurs du conseil  disner, le jour de St Martin, en mon logys,
pour y fre la conjouyssance de l'heureux retour de Vostre Majest, et
pour aultres bons effectz; qui m'ont toutz promis d'y venir
volontiers, ayant bien voulu cependant toucher  aulcuns d'eulx que
Vostre Majest sentiroit grandement ceste trame qu'on avoit mene sur
le Hvre, laquelle on disoit procder en partie de de, ce qu'ilz
m'ont aussytost trs fermement contredict, et qu'elle n'en venoit
nullement. A tout le moins me vouloient ilz, et mesmement le comte de
Lestre, assurer,  peyne de reproche, et d'estre estym, luy, le plus
infme et desloyal gentilhomme qui vive, si la Royne, sa Mestresse, ny
pas ung de son conseil, ny de sa court, ny mesmes ung seul angloix, y
participoit; car, pour ceste heure, leurs dellibrations ne tendoient
 rien de semblable. Le Sr de Sueneguen, agent du Roy d'Espaigne,
voyant que le voyage de Me Wilson s'alloit retardant, et
rfroidissant, de jour  aultre, a faict semblant qu'il avoit obtenu
cong du grand commandeur de Castille pour se retirer, dont est all 
Ampthoncourt se licencier de ceste princesse, en esprance qu'elle le
prieroit de demeurer. Je ne say ce qu'elle fera; tant y a qu'il m'est
venu dire adieu, avant d'aller au dict Ampthoncourt, comme pour
publier davantage sa retraicte. Sur ce, etc.

    Ce VIIIe jour de novembre 1574.




CCCCXVIe DPESCHE

--du XIIIe jour de novembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Confrence de l'ambassadeur avec Leicester.--Dclaration
    qu'lisabeth est avertie que le roi a rsolu de lui faire la
    guerre.--Complte rconciliation de la reine d'Angleterre avec
    le roi d'Espagne.--Affaires d'cosse.--Nouvelles rpandues 
    Londres des succs remports par les protestans en
    France.--_Avis  la reine-mre._ Plainte d'lisabeth de ce que
    le roi et la reine-mre lui auraient vou une haine
    implacable.--Justification faite par l'ambassadeur  raison de
    ce reproche.--Description d'un phnomne maritime survenu 
    Londres.


    AU ROY.

Sire, entendant que la Royne d'Angleterre avoit faict assembler ceulx
de son conseil, sur une dpesche qu'elle avoit receu d'Allemaigne, et
sur troys aultres qui luy estoient venues, coup sur coup, du cost de
France, les deux de son ambassadeur rsidant, et la troysiesme de
milord de North, avant qu'il outrepasst Paris; et encores sur ce que
luy avoit rapport ung courrier freschement retourn d'Escosse; et
que, l dessus, les ministres, et, incontinent aprs eulx, le Sr de
Sueneguen avoient est devers elle; je n'ay peu demeurer longtemps
sans m'esclarcyr des escrupulles que tout cella m'avoit engendr. Qui,
pour ne vivre en plus de peyne, ay trouv moyen de parler,  part, et
bien au long, avec le comte de Lestre, et l'ay curieusement examin
si, de nul cost, estoit survenue occasion qui et admen du
changement en la bonne dellibration o me sembloit naguyres avoyr
layss la Royne, sa Mestresse, et eulx toutz, vers les prsentz
affres de Vostre Majest.

Lequel m'a respondu en somme que, de divers endroicz de la
Chrestient, la dicte Dame estoit admoneste de se prparer  la
guerre, parce que vous aviez propos de la luy fre, et que de cella
l'on luy admenoit tant d'argumentz et de raysons apparantes qu'il me
confessoit qu'elle ne savoit  quoy s'en tenir; et que ceulx, qui
mettoient peyne de ne la laysser aller  ceste persuasion, n'avoient
qu'y pouvoir opposer, sinon la seule parolle, que je leur avoys
donne, de la bonne intention de Vostre Majest vers elle; et que le
dict comte et quelques autres, qu'il ne me vouloit pas nommer,
s'estoient formalizs, pour moy, de dire qu'ilz ne m'avoient encores
jamays veu ngocier  faulces enseignes, ny sans que j'eusse charge
bien expresse et bien fonde de tout ce que je disois, et qu'il
m'assuroit que la dicte Dame demeuroit encores fermement rsolue
d'attendre l'vidence de voz effectz vers elle; et que, si elle les
cognoissoit bons et pleins d'une vraye et non feincte amity,
qu'indubitablement elle vous uzeroit d'une trs ferme correspondance,
et vous pourriez assurer d'avoyr en elle la plus entire et parfaicte
de toutes les amies, qu'ayez au monde; et, au contrayre, aussy, si
vous la provoquiez, que nulle, en toute la terre, vous seroit plus
mortelle, ny plus irrconciliable ennemye, qu'elle; et que, pour le
prsant, il me pouvoit jurer que, non seulement des ouvertes
dellibrations de la dicte Dame, mais des plus secrettes, qui se
fissent dans son cabinet, Vostre Majest avoit occasion d'en demeurer
trs contant, et mesmes d'en sentir beaucoup d'obligation  elle; et
qu'il desiroit que, bientost aprs le retour de milord de North,
Vostre Majest envoyt quelque personnage d'honneur et bien choisy par
de; car esproit qu'il vous rapporteroit toute satisfaction, ne me
voulant toutesfoys dissimuler que sa Mestresse estoit en trs bons
termes avec le Roy d'Espaigne, mais que cella n'empescheroit qu'elle
ne ft encores en meilleurs avec vous.

Et de ceste mesme substance ont est les responces d'aulcuns aultres
de ce conseil avec lesquelz j'ay envoy ngocyer; ayant  vous dire,
Sire, touchant ce dernier poinct, que m'a touch le comte de Lestre,
de la rconciliation avec le Roy d'Espaigne, que le Sr de Sueneguen,
estant naguyres  Amptoncourt, a tant faict que, bien qu'on ne l'ayt
beaucoup pri de rsider davantage par de, il a nantmoins obtenu
que la lgation du mestre des requestes, laquelle avoit est
interrompue, s'effectueroit prsentement; et mesmes j'entendz qu'ilz
passent aujourdhuy la mer, de compagnye, pour aller trouver le grand
commandeur de Castille. A quoy a bien ayd certain advis, qui est
freschement arryv, par chiffre, de Bruxelles,  Mr Walsingam, comme
la paix se va fre aulx Pays Bas.

J'ay retir, avec assez de difficult, ung passeport, sign de huict
de ce conseil, pour envoyer ung des miens porter les lettres de Vostre
Majest en Escosse; mais je suis tousjours en peyne de ce que j'ay
mand, par mes prcdantes, que le comte de Morthon ne voudra, en
faon du monde, recepvoir personne qui n'ayt addresse au Prince
d'Escosse comme  Roy, et  luy comme  rgent. Dont attandray encores
le segond commandement de Vostre Majest l dessus. Et vous diray
cependant, Sire, que j'ay faict une ngociation, depuis huict jours,
en quelque endroict de ce royaulme, par laquelle j'espre qu'il sera
mis assez d'empeschement  celle tant chaude praticque, qu'on menoit,
d'avoyr le dict jeune Prince d'Escosse par de, et que les picques,
qu'on nourrissoit entre ceste princesse et la Royne d'Escosse,
demeureroient pour la pluspart esteinctes. Du Rua n'a point encores
est renvoy par le vidame, et sont, toutz deux, avec le prince
d'Orange. Ce qu'il a publi, que les affres alloient bien, de l o
il venoit, semble avoyr est plus dict  artiffice, pour le cuyder
ainsy fre acroyre, que pour la vrit. Car l'on a, depuis, remarqu
que les ministres ont est fort troubls du peu d'esprance, qu'il
leur a donne, que les forces d'Allemaigne vueillent marcher pour
eulx, s'il n'y a du contant, ou assurance de plus grand somme, qu'ilz
n'ont moyen, pour encores, de fournir, ny de bailler respondant. Et
vouloit le dict Rua destourner le vidame de n'aller poinct par dell,
l'assurant qu'il n'y advanceroit rien. Nantmoins les ministres, pour
maintenir, par ung aultre endroict, leurs affres en rputation,
publient que Mr le marchal Dampville s'est ouvertement dclar pour
eulx, et qu'il s'est saysy de Beaucayre, Montplier, Aygues Mortes et
Narbonne; et que le cappitaine Montbrun a deffaict sept enseignes de
gens de pied de Vostre Majest, et qu' Lusignan, ceulx de dedans ont
faict une si brave sallye, qu'ilz ont mis en roupte tout le camp de Mr
de Montpensier: et s'y mesle, je ne say quoy, de Mr de Savoye, ez
dictz propos, que je n'ay encores bien comprins. Sur ce, etc.

    Ce XIIIe jour de novembre 1574.

   ADVIS, A PART, A LA ROYNE.

   Madame, en ceste confrance, que j'ay eue avec le comte de
   Lestre, oultre les propos que je dduictz en la lettre du Roy,
   vostre filz, qu'il m'a tenuz, il m'a dict davantage que la
   Royne, sa Mestresse, ne se pouvoit donner,  ceste heure, tant
   de repos, du cost de France, comme elle avoit faict jusques
   icy, parce qu'on luy avoit rvell que Vostre Majest ne
   l'aymoit nullement, et que toutes ces honnestes
   dmonstrations, dont uzis vers elle, n'estoient que pour
   l'entretenir, pendant que le Roy, vostre filz, et Vous,
   estis bien empeschs ailleurs; mais que, toutz deux, luy
   gardis une dangereuse pense, pour l'effectuer, quand le
   temps vous y pourroit servir;

   Nantmoins qu'elle rsistoit fort  ceste persuasion, et
   desiroit, plus que chose du monde, qu'elle pet cognoistre
   qu'il en alloit aultrement, car, si elle se pouvoit bien
   assurer de vostre droicte amity, encor qu'elle se sentt bien
   avoyr des ennemys prs du Roy, nantmoins elle n'auroit plus 
   estre ny en difficult, ny en doubte, d'aulcune chose de
   dell.

   Sur quoy j'ay admen au dict sieur comte la pluspart des
   vnementz, qui ont apparu en la Chrestient, depuis que
   Vostre Majest manye les affres de France jusques 
   maintenant; et que l'ordre et succez d'iceulx avoit bien peu
   fre voyr  la Royne, sa Mestresse, que, oncques, il ne luy
   estoit advenu de rencontrer une si constante amye, ny sy
   persvrante, en toutes occasions, comme Vostre Majest luy
   avoit toujours est.

   Et l'ay pry qu'il voult bien remarquer cella pour en rendre
   capable sa Mestresse, et pour la mettre hors de ceste faulce
   et fascheuse impression qu'on luy avoit voulu donner. Ce qu'il
   a monstr de beaucoup gouster, et m'a promis de fre en sorte
   que sa Mestresse le gousteroit, et s'en contanteroit.


   Et me remettant, Madame, pour ceste foys, de toutes aultres
   choses au contenu de la lettre du Roy, vostre filz, je
   adjouxteray seulement, icy, une nouveault qui est arrive, en
   ceste ville, le VIe de ce moys, qu'aprs la premire mare du
   matin, ainsy que l'eau commanoit  baysser, une aultre mare
   est soubdain revenue, qui a remont: et est venue si haulte
   qu'elle a inond bien avant dans le pays, chose que ceulx cy
   ont prinse pour un grand prsage et y donnent diverses
   interprtations.




CCCCXVIIe DPESCHE

--du XVIIe jour de novembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calays par Jehan Volet._)

  Confrence de l'ambassadeur avec les seigneurs du
    conseil.--Retour en Angleterre du frre de lord de
    North.--Nouvelles de la Rochelle.--Mcontentement d'lisabeth
    contre la comtesse de Lennox, au sujet du mariage de son fils
    avec la fille du comte de Schrewsbury.--Dfense qui lui est
    faite de continuer son voyage en cosse.--Nouvelles de ce
    pays.--_Avis  la reine-mre._ Confrence de l'ambassadeur avec
    Walsingham.


    AU ROY.

Sire, les sept premiers et principaulx du conseil d'Angleterre, avec
d'autres seigneurs de ceste court, sont venuz, le jour de St Martin,
prendre leur dner en mon logys, et Mr de Walsingam, qui estoit l'ung
d'eux, m'a dict qu'il avoit charge de me fre les recommandations de
la Royne, leur Mestresse, et m'assurer qu'encor qu'elle ft absente
elle desiroit de communicquer, aussy bien que eulx, qui estoient
prsentz  ceste conjouyssance, que je cellbroys, de l'heureux retour
de Vostre Majest; et que, non seulement elle leur avoit volontiers
donn licence d'y venir, ains avoit prins grand plsir de voyr que,
allgrement et fort vollontiers, ilz y venoient. Pour laquelle
honneste dmonstration d'elle, j'ay pry le Sr de Walsingam de luy
dire que, mille et mille foys, je luy baysois trs humblement les
mains, et que je ne fauldroys de le signiffyer  Vostre Majest. Et
vous puis dire, Sire, quand  iceulx seigneurs du conseil, qu'il n'y
en a eu pas ung qui n'ayt mis quelque honneste propos en avant pour
honnorer vostre valeur et vertu, et pour cellbrer les rares et
excellantes qualitez que Dieu a mis en vostre personne; monstrans ung
singullier desir que l'amity puisse continuer, bonne et droicte,
entre Vostre Majest et la Royne, leur Mestresse, avec une bonne et
parfaicte intelligence entre voz deux royaulmes.

Sur quoy je leur ay remonstr que c'estoit de eulx mesmes que
principallement avoit  dpendre le succez de ce grand bien, parce
qu'ilz guidoient les intentions de leur Mestresse, et rgloient les
actions de ses subjectz; et que je les priois qu' l'apptit et
persuasion d'aulcuns, qui se faisoient,  crdit, et sans aulcune
juste occasion, eulx mesmes malcontantz, ilz ne voulussent dellibrer
chose aulcune, ny en dissimuler nulle aultre, par de, qui pet
susciter de l'altration en ceste bonne amity: car pouvoient penser
que ce ne seroit par injures et dplaysir, ains par honnestes
gratiffications, et mutuelles bnefficences, que la dicte amity se
rendroit perdurable.

Ilz m'ont rpliqu que plet  Dieu que toutz ceulx de vostre conseil
fussent d'aussy bonne intention vers la dicte amity, et aussy promptz
de la vous persuader, comme ilz la desiroient de leur part, et
estoient prestz de la conseiller toujours  leur Mestresse; et
qu'encor que, quelquefoys mme, ilz ne le vouloient pas nyer, ilz
prtassent l'oreille aulx malcontantz, sellon qu'il n'estoit pas
expdient de la leur fermer du tout, si me prioient ilz de croyre
qu'ilz savoient assez bien comme s'excuser, et se couvrir de leurs
importunitez, et qu'en effect vous ne trouveriez que toute bonne
correspondance en leur Mestresse, et en eulx, et en tout ce royaulme,
pour veu qu'ilz peussent cognoistre de la disposition bonne en Vostre
Majest.

J'ay  eulx toutz, en gnral, et encores  quelques ungs, en
particulier, aprofondy davantage ce propos, parce que, le jour
prcdant, estant la nouvelle, dont j'ay faict mencion en la fin de ma
dernire dpesche, arrive, j'eus advertissement que Me Quillegreu,
lequel est assez dilligent de brouiller tousjours les affres, estoit
aussy all trouver Mr de Mru, et avoit assembl les plus aspres
ministres chez luy, et puis l'avoit men  Amtoncourt. De quoy
m'estant imprim beaucoup de souspeon, j'ay bien voulu tout clrement
la leur descouvrir, mais ilz m'ont pry de n'estre en peyne, et n'en
vouloir encores donner, de cest endroict,  Vostre Majest; car vous
estiez en trs bons termes avec la Royne, leur Mestresse, pour
establir une mutuelle et trs ferme assurance entre vous, et que
pourtant il se failloit bien garder de ne rien prcipiter.

Et s'en estantz, le jour d'aprs, iceulx seigneurs tournez vers leur
Mestresse, ilz ont trouv que le frre de milord de North estoit
arriv, lequel, en passant, a tenu  ceulx de ses amys, qu'il a
rencontrez en ceste ville, plusieurs propos de fort grande
satisfaction, du lieu d'o il venoit. Et j'ay aussytost envoy en
court, pour observer, au vray, le rapport qu'il y feroit.

Ceulx de la Rochelle ont faict une fort ample dpesche aulx ministres
et aultres de la nouvelle relligyon, qui sont icy, du XIIIIe du pass,
par o j'entendz qu'ilz monstrent de desirer la paix, et qu'ilz ont,
au retour de Roger, vostre valet de chambre, que leur aviez envoy,
dpesch incontinent le Sr de Bessons vers Vostre Majest; et
nantmoins, pour n'esprer telles condicions de seuret, ny tant
d'exercisse de leur religyon comme ilz desireroient, ilz remonstrent
qu'ils font cepandant grand dilligence de se munir, par terre et par
mer, et de pourvoyr leur ville, pour soubstenir la guerre; et
sollicitent ceulx de de de leur moyenner du secours pour le
besoing, et de leur envoyer des armes et des pouldres, et aultres
monitions. En quoy je mettray peyne de leur y estre le plus oposant
qu'il me sera possible. Les dictz ministres font un grandissime cas de
la conversion du Sr Dampville, et disent qu'il a de grandes forces
aulx champs, qui marchent pour eulx, et beaucoup de bonnes et fortes
places  sa dvotion. Et m'a l'on confirm, qu'ilz continuent de
mesler Mr de Savoye fort avant au discours de ces choses; et que
bientost l'on me saura dire en quelz propres termes ilz en parlent,
dont je ne fauldray d'en advertyr incontinent Vostre Majest.

Il est advenu que la comtesse de Lenox, faysant son voage vers le
North, s'est rencontr avec la comtesse de Cherosbery, et a moyenn,
pour le jeune comte de Lenox, son filz, le mariage de la fille de la
dicte comtesse, bien qu'elle en ft en termes avec la duchesse de
Suffolk, pour le filz de la dicte duchesse; et ont pass oultre  fre
les nopces, sans attandre la volont de la Royne d'Angleterre;
laquelle s'en trouve si offance qu'elle a contremand la dicte
comtesse de Lenox et son filz; et pense l'on qu'elle les fera mettre
dans la Tour. Duquel vnement je suis, d'ung cost, bien ayse, parce
que le voage de la dicte comtesse demeure interrompu, et qu'elle
n'yra poinct en Escosse; et, d'ailleurs, je crains qu'ayant faict
amity avec la comtesse de Cherosbery, elle la rende ennemye de la
Royne d'Escosse.

J'ay sceu que, en Escosse, les choses se maintiennent encores assez
paysibles, et que le comte d'Athol, qu'on disoit avoir est tu, se
porte bien, et n'a eu nul mal; et que le comte de Morthon a est fort
malade, mais qu' prsent il est gury, et qu'encor qu'il continue de
se fre har, il se faict nantmoins tousjours craindre et obyr. Sur
ce, etc. Ce XVIIe jour de novembre 1574.

   Je viens de recepvoyr vostre pacquet, du dernier du pass,
   sellon lequel Me North a grande occasion de bien cellbrer la
   faveur et bon traictement, que milord de North, son frre, a
   receu de Vostre Majest.


   ADVIS A PART, A LA ROYNE.

   Madame, je racompte sommayrement, en la lettre du Roy, ce qui
   s'est pass avec les seigneurs de ce conseil, quand je les ay
   festoys, le jour de St Martin, en mon logis; et adjouxteray
   davantage que, le mesmes jour, j'ay tir,  part, Mr de
   Walsingam pour luy dire que Voz Majestez Trs Chrestiennes
   avoient plus de plsir de son advancement, et de le voyr
   monter en authorit, en ceste court, que de gentilhomme qui
   ft en Angleterre, pour la bonne opinyon qu'aviez conceue de
   sa vertu et de sa suffisance; et n'y avoit qu'une seule chose
   qui vous mt en suspens de luy, c'est que vous l'aviez ung peu
   cognu extrme au faict de sa religyon, dont creigniez qu'il se
   formalizt, et qu'il se rendt plus parcial, qu'il n'estoit
   besoing, prs de la Royne, sa Mestresse, pour ceulx qui
   s'estoient eslevez en vostre royaulme.

   En quoy j'estois bien ayse qu'il et goust, depuis qu'il
   estoit dans ce conseil, mieulx qu'il n'avoit faict auparavant,
   les poinctz qui appartiennent  la souverayne authorit d'ung
   prince, pour considrer qu'ayant le Roy, vostre filz, premier
   que de venir  la couronne, expos mainte foys et azard fort
   courageusement sa propre personne pour la religyon
   catholicque, c'estoit bien tout ce qu'avec sa rputation il
   pouvoit fre, pour ceulx de l'autre religyon contrayre, que de
   leur octroyer l'entire restitution de leurs biens, la seuret
   de leurs personnes, et la libert de leurs consciences; et
   que, si, dorsenavant, sa Mestresse et ceulx de son conseil
   favorisoient leur opiniastret, ny pareillement celle des
   malcontantz qui leur voudroient adhrer, qu'il failloit
   qu'elle et eulx confessassent de soustenir ung trs maulvais
   exemple de rbellion, dans l'estat du Roy, qui seroit,
   possible, quelque jour, de trs grand prjudice au leur.

   A quoy il m'a respondu qu'il baysoit trs humblement les mains
   de Voz Majestez, et qu'en mettant toute la peyne, qu'il
   pourroit, d'honnestement s'employer prs de la Royne, sa
   Mestresse, pour vostre service, il s'efforceroit d'esgaller
   ses actions  la bonne opinyon qu'il vous playsoit avoyr de
   luy; et qu'il ne voyoit pas que la dicte Dame ny les siens
   eussent  se formalizer beaucoup pour les eslevez de vostre
   royaulme, si leur octroys, ou ne leur octroys poinct, tout
   ce qu'ilz demandent de leur religyon; et que, sellon son
   advis, s'ilz obtenoient de leur prince l'entire libert de
   leur conscience, qu'ilz debvoient, attandant mieulx, louer
   Dieu, et se contanter; mais qu'il y avoit bien aultre chose
   qui mouvoit sa Mestresse, c'estoit de voyr que toutes les
   dellibrations du Roy, vostre filz, s'alloient formant par ung
   conseil qu'elle avoyt trs suspect, et que, si ne luy faisis
   cognoistre qu'elle pet establir trs confidemment une bonne
   intelligence avec Voz Majestez mesmes, sans danger d'estre
   interrompue par ceulx qu'elle a opinyon que ne la voudroient
   pas, qu'il me vouloit librement dire que vous ne trouveriez
   jamays que meffiances et difficultez, et trs grandes
   escrupulles, du cost d'elle.

   Et bien que je me soys efforc de luy rabatre ceste sienne
   impression, comme trs mal fonde, il a monstr d'entendre si
   parfaictement tout ce qui dpandoit de ce poinct, et toutes
   les circonstances d'icelluy, que je n'en ay peu tirer aultre
   chose, sinon que, pour la fin, il m'a dict qu'il supplioyt
   trs humblement Voz Majestez de croyre que, estant
   parfaictement angloix, nul seroit jamays meilleur franoys, en
   Angleterre, que luy; et que bientost il reviendroit en ceste
   ville, tout exprs, pour me visiter, et pour confrer
   privement de toutes choses avecques moy.




CCCCXVIIIe DPESCHE

--du XXIIe jour de novembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Satisfaction d'lisabeth  raison de l'accueil fait en France 
    lord de North, son ambassadeur extraordinaire.--Desir des
    protestans du Poitou et de la Rochelle de faire la
    paix.--Description de phnomnes atmosphriques survenus en
    Angleterre.


    AU ROY.

Sire, j'entends que, de la lettre que milord de North a escripte, et
du rapport que son frre a faict, il demeure ung trs grand et
souveraynement bon tesmoignage de Vostre Majest en ceste court, et
que toutz deux ont lou bien fort  la Royne, leur Mestresse,
l'honnorable faon de laquelle il vous a pleu recepvoyr sa lgation;
et vous ont attribu, sur ce qu'ilz ont peu comprendre de la gravit
de voz responces, et de la dignit de voz actions et de vostre royalle
personne, toutes les excellantes et plus belles parties qui se
pourroient desirer en ung prince. De quoy aulcuns eussent bien voulu
qu'ilz eussent moins dict, et moins escript, et qu'ilz eussent
espargn la vrit; mais ilz ont parl droictement, et si, ont fort
assur qu'aviez bonne inclination  la paix, et que nantmoins vous
n'obmettiez une de toutes les provisions qui estoient ncessayres pour
une bien forte guerre; en quoy toutes choses vous y alloient, de jour
en jour, succdant sellon vostre desir. Bien est vray qu'ilz avoient
opinyon que, de la dclaration de Mr Dampville vous pourroit survenir
des difficultez nouvelles, et non petites, en la dicte guerre, et du
retardement beaucoup en la paix, toutesfoys qu'ilz avoient cuyd
sentir que ceulx de la nouvelle religyon ne se fioient que bien 
point de luy, et qu'ilz creignoient que, pour retirer son frre aysn,
et fre revenir ses aultres frres, et accomoder ses affres, il
pourroit bien entreprendre de vous fre quelque extraordinaire service
 leurs despens.

Sur quoy il m'a est mand que la dicte Dame avoit seulement respondu
qu'elle s'estoit toujours bien attendue, que vous uzeris de quelque
bonne dmonstration vers elle, mais non de si grande et si pleyne
d'honneur et de faveur, comme aviez faict en l'endroict de son
ambassadeur, dont elle vous en avoit beaucoup d'obligation; et qu'elle
se resjouyssoit bien fort qu'eussiez la volont d'amortir ces
motions de vostre royaulme par la voye de douceur, sellon qu'elle
rputoit estre une chose trop plus heureuse que recouvrissiez de voz
subjectz, avec leur amour et bienveillance, en leur donnant la paix,
l'obyssance naturelle et parfaicte qu'ilz vous doibvent, que si, par
une dfinition de guerre, vous ne regaigns sur eulx que une
domination pleyne de terreurs, d'espouvantement, et d'indignation
cache dans leurs cueurs; et qu'au reste elle vouloit suspendre son
jugement du faict de Mr Dampville jusques  ce qu'elle en scet mieulx
la vrit. Et j'estime, Sire, que les choses demeureront en cest estat
jusques au retour de milord de North, lequel l'on espre que pourra
estre icy  la fin de ce moys.

L'on m'a raport que ceulx de Poictou et de la Rochelle, par le
discours de leurs lettres, qu'ilz ont escriptes par de, du XIIIIe et
XVIIIe du pass, monstrent,  bon escient, qu'ilz desirent la paix; et
que, regardans  plus de choses que ne font ceulx qui les incitent 
la guerre, mandent  leurs agentz que, s'ilz peuvent trouver de bonnes
et seures condicions vers Vostre Majest, qu'ilz sont toutz rsolus
d'y entendre; et que ce sont ceulx de la noblesse qui principallement
les y persuadent. De quoy les ministres de ceste ville, qui creignent
quelque diminution en leur religyon, s'en trouvent grandement
escandalizs, et s'en esmeuvent, plus que je ne le sauroys dire, et
ne layssent nulle pierre  mouvoir pour interrompre ce bon euvre,
sollicitantz ung chascun, et veillantz, jour et nuict, pour dresser
des remonstrances et une longue responce par dell, affin d'y divertyr
les gens de bien de ce bon et sainct propos, et les abuser d'une veyne
esprance de secours d'Angleterre, d'Allemaigne et de Flandres; et
font tenir prest ung Lachemaye, qui, naguyres, en est venu, pour le
renvoyer avec ceste ample dpesche. Dont je desireroys, Sire, que
fissiez uzer de quelque dilligence vers les dictz de Poictou et de la
Rochelle, pour prvenir vers eulx la malice des dictz ministres; et,
de ma part, j'essaye bien, par les meilleurs moyens que je puis, de
fre escripre l'agent de la Rochelle et les aultres, qui sont de ce
quartier l, tout au contrayre de leurs dictes dpesches. J'entendz
que, depuis deux jours, les dictz ministres font courir, de main en
main, une dclaration qu'ilz disent venir de Mr le Prince de Cond, et
quelques aultres escriptz que je n'ay peu encores recouvrer; mais je
feray dilligence de savoyr que c'est, pour en advertyr Vostre
Majest.

Il semble que, sur ce malcontantement, que la Royne d'Angleterre a
conceu de la comtesse de Lenox, qu'elle dellibre de renvoyer Me
Quillegreu en Escosse. Je ne say  quelles fins; mais je feray
observer l'occasion pour quoy c'est, affin de pourvoyr, le mieulx que
je pourray, qu'il n'en viegne dtriment  vostre service. Et sur ce,
etc.

    Ce XXIIe jour de novembre 1574.

   La dicte Dame et les siens sont aulcunement espouvantez des
   prodiges, qui apparoissent par de; et mesmes que, depuis la
   double mare, du VIe de ce moys, il a est veu de grands
   brandons de feu, en l'ayr, qui ont rendu les deux nuicts, du
   XVe et XVIe du prsent, aussi lumineuses et clres comme de
   plein jour, encor qu'il ne ft poinct de lune. Et ont continu
   les dictz feux, en diverses figures, depuis les deux heures
   aprs minuict, jusques envyron les huict heures du matin, que
   le soleil estoit desj bien haut. Sur quoy, aulcuns
   astrologiens de ce royaulme ont est mandez; mais ne say
   encore quelle signiffication ils y donnent.




CCCCXIXe DPESCHE

--du XXVIIe jour de novembre 1574.--

(_Envoye jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Danger de la reine d'cosse.--Prire de Marie Stuart au roi pour
    qu'il la prenne en sa protection.--Instances des protestans de
    France auprs de Mr de Mru.--Rsolution des habitans de la
    Rochelle de se dfendre jusqu' la dernire
    extrmit.--Changement apport dans les bonnes dispositions des
    Anglais par la violation de la capitulation de Fontenay.


    AU ROY.

Sire, j'ay address, en la meilleure et plus digne faon que j'ay peu,
 la Royne d'Escosse, vostre seur, la lettre que Vostre Majest luy a
escripte, du VIIIe du pass; et elle m'a mand qu'elle s'en est
resjouye, oultre mesure, et plus que de nulle autre chose, qui luy
et, en ce temps, peu advenir, de quelle part qui soit au monde, et
m'a faict tenir la responce, qui est de sa main, laquelle j'ay
adjouxt  ce pacquet; et croy que la consolation et visite de vos
lettres,  ceste pouvre princesse, vous sera imput  ung euvre de
grande charit devant Dieu, et ung office de singullire
recommandation envers les princes souverains, et envers les gens de
bien de toute la terre. La dicte Dame loue Dieu de vostre heureuse
arrive, et le prie incessamment, pour le bon succs de voz affres,
et pour la grandeur et flicit de Vostre Majest. Elle est si
subjecte  calompnies, et ses ennemys sont si promptz  luy attribuer
l'occasion de toutz les maux et dsordres qui surviennent en ce
royaulme, qu'ilz ont voulu imprimer  la Royne, sa seur, qu'elle
estoit cause du mariage du comte de Lenox avec la fille de la comtesse
de Cherosbery, et qu'elle avoit ligu la duchesse de Suffolc et la
comtesse de Lenox avec la dicte comtesse de Cherosbery pour monopoler
plusieurs choses pour elle dans ce royaulme; l o, au contrayre, elle
crainct, plus que chose du monde, que de la racointance de ces troys
dames, desquelles les deux luy ont est tousjours trs ennemyes, ne
luy viegne beaucoup de traverse en ses affres et ung prjudice, par
trop grand,  sa propre libert. Dont, de quelle part que puisse
procder le mal, elle a senty qu'on faysoit, l dessoubz, une aspre
mene pour l'oster de la garde du comte de Cherosbery, et la mettre en
des mains qu'elle n'a moins suspectes que la mort. Sur quoy m'a
escript qu'elle recouroit, comme vostre belle seur, et vostre
principalle allye, et de vostre sang,  la protection de Vostre
Majest, et, qu'en cas qu'on la voult mettre en mains suspectes,
qu'elle vous supplioyt de vous y oposer, et de protester de la
conservation de sa vye, et de vanger sa mort, et le tort et injure
qu'on luy feroit; et que c'est bien ce qu'elle doibt et peut justement
esprer de l'appuy de vostre couronne.

Je ne luy ay encores respondu, mais, ayant descouvert, premier
qu'elle, toute ceste trame, j'ay mis le plus de dilligence et de soing
que j'ay peu d'y remdier, et espre que les choses n'iront si mal,
comme ses ennemys le procurent, ny comme elle a eu juste occasion de
le craindre. Nantmoins il vous plerra me commander, l dessus, vostre
volont, et me mander ce que j'auray  luy respondre.

Le Sr de Vassal est arryv, avec vostre dpesche, du Xe du prsent,
sur laquelle j'espre voyr bientost ceste princesse, et je satisferay,
puis aprs,  toutz les chefz de vos lettres, le plus tost et le
mieulx que ma sant, laquelle je sentz, de jour en jour, videmment
empirer, en ce lieu, me le pourra permettre. Et vous diray cepandant
Sire, que, sur ce que j'ay faict cognoistre en ceste court, que les
alles et venues, que Mr de Mru y faisoit, m'estoient suspectes et
plus encores celles des ministres; il m'a est respondu, quand aulx
ministres, qu'on ne pouvoit, en Dieu et conscience, refuzer d'ouyr ce
qu'ilz trouvoient ncessayre d'estre dict et remonstr, ou bien
propos, pour la deffance de leur relygion, qu'ilz avoient commune
avec cest estat, et qu' cella je m'oposeroys en vain; mais quand 
l'aultre, que je n'avoys  me plaindre de faveur qu'on luy ft, car
l'on n'avoit encores veu ny ouy parolle de luy, qui ne ft sellon
l'honneur et dignit de Vostre Majest, et pour le repos de vostre
royaulme; et ne se cognoissoit rien en luy qui sentt la rbellion,
car, quand il en monstreroit le moindre signe du monde, il ne
trouveroit plus tel visage, en ceste princesse, ny aulx siens, comme
il avoit faict, ny n'auroit plus aucun accez  eulx.

Je ne puis,  dire vray, Sire, bien descouvrir s'il trame rien avec la
dicte Dame, mais je ne me puis contanter que le ministre Villiers, et
quelques aultres, ses semblables, soient ordinayrement, et trop
souvant, en secrette confrance avecques luy; et que je commance
d'entendre qu'il se parle, parmy les siens, de retourner bientost en
Allemaigne. Je travailleray de le rduyre au poinct que m'avez mand
de vostre intention par toutz les moyens et plus vifves persuasions
qu'il me sera possible; et vous rendray compte de ce qu'il m'aura
dict.

Quelqu'ung m'a rapport, du cost d'Ouest, l o la comtesse de
Montgommery et sa famille sont, que le jeune Lorges y est arriv
secrettement, en habit incognu, pour voyr sa femme: et je le croy, en
partye, parce que Mr de Walsingam m'a mand qu'il avoit receu des
lettres de la Rochelle, que je pense qu'il a apportes, et qu'on luy
mande qu'on se dellibroit entirement d'attandre l'extrmit, parce
que l'exemple de Fontenoy[2] leur monstroit qu'il ne leur seroit gard
capitulation, ny promesse, qu'on leur ft. Sur ce, etc.

  [2] Aprs une vive rsistance, les protestans qui occupaient
  Fontenay-le-Comte capitulrent le 16 septembre 1574; mais,
  pendant que l'on discutait les dernires conditions, les
  catholiques furent introduits dans la ville par surprise. Les
  articles, dj accords, ne furent pas excuts.

    Ce XXVIIe jour de novembre 1574.

   Le comte de Sussex, grand chambelland de ceste princesse, a
   prins des lettres de moy  Mr de Matignon et au cappitayne
   Lago, pour pouvoir tirer le nombre de cinq centz tonneaulx de
   pierre blanche, de Caen; dont il desire qu'il playse  Vostre
   Majest leur escripre,  toutz deux, de tenir la main que,
   sans empeschement, ny destourbier, ny sans aulcun grief, ses
   gens puissent fre transporter librement la dicte pierre de
   la mer. De quoy, Sire, je supplye trs humblement Vostre
   Majest le vouloir gratiffier.


    A LA ROYNE.

Madame, ayant mis peyne d'approfondir, en ceste court, l'occasion de
quoy il est advenu, qu'aprs avoyr faict retarder le voage de Me
Wilson en Flandres, et l'avoyr si bien interrompu qu'on luy avoyt une
foys mand de descharger ses gens, il y ayt depuis ung si soubdain
changement qu'en moins d'une heure l'on l'ayt dpesch et l'ayt on
faict incontinent partir; il m'a est respondu  cella, que la grande
impression que j'avoys donne  ceste princesse qu'elle pourroit
establir une ferme et perdurable amity avecques le Roy, vostre filz,
et la grande rputation qui couroit, icy, de sa vertu, et surtout
qu'il estoit prince de parolle et de grande vrit, avoient faict
qu'elle s'estoit rsolue de se commettre entyrement  luy, et ne
passer plus oultre avec le Roy d'Espaigne; mais que, sur
l'advertissement que ceulx de la Rochelle avoient, depuis, mand: que
la capitulation n'avoit est garde  ceulx de Fontenoy, il avoit est
remonstr  la dicte Dame que, bien que le Roy se voult rendre, en
toutes aultres choses, fort entier, il monstroit nantmoins desj
qu'il estoit persuad, jouxte le concile de Constance, de ne debvoir
tenir ny foy ny promesse  ceulx de la religyon dont elle estoit, et
que, pourtant, elle se hastt de renouveller, le plus tost qu'elle
pourroit, avec le Roy d'Espaigne, les anciennes amitys de Bourgoigne;
auxquelles, encor que, pour quelque occasion, il voult bien suyvre le
concille de Constance, il n'entreprendroit toutesfoys, pour d'aultres
grandes utillitez, de prjudicier aulx dictes anciennes amitys,
oultre que, jusques icy, il n'avoit jamays dmenty sa parolle.

Et par ce, Madame, que j'ay envoy assurer que ce que ceulx de la
Rochelle avoient mand de Fontenoy estoit faulx, aulcuns de ceulx qui
se monstrent mieulx inclinez  la France qu' l'Espaigne, m'ont
secrettement adverty qu'on savoit trop bien ce qui en estoit, et que
je n'en parlasse plus; et m'ont press de vous fre ung article,
exprs, comme il est besoing qu'advertissiez le Roy, vostre filz, que,
en ceste cause, laquelle est aujourdhuy la plus grande de la
Chrestient, et laquelle va bander toutes les armes et puissances des
Chrestiens les unes contre les aultres, il ne veuille laysser prendre
au monde ceste impression de luy, qu'il ne vueille bien garder la foy
et les promesses qu'il donnera, ou aultrement qu'il se prpare
ardiment de soubstenir, dans son royaulme, une guerre continuelle,
sans intermission, ny relasche aulcun, non seulement avec ses
subjectz, mais avec toutz les princes et estatz, et avec toutz les
intresss en la dicte cause, jusques  ce que, par une deffinition et
une victoyre gnralle, il ayt extermin entyrement tout aultant
qu'il y en a au monde.

J'ay respondu, sans promettre que je vous en escriprois, ce que j'ay
estim digne de la grandeur du Roy et de sa couronne, et de la juste
cause, qu'il poursuyt, de recouvrer l'obyssance de ses subjectz; et
feray, le mieulx que je pourray, pour effacer les aultres violentes
impressions, qu'on s'efforce de donner au monde, de vostre intention
et de celle du Roy. Et sur ce, etc.

    Ce XXVIIe jour de novembre 1574.




CCCCXXe DPESCHE

--du IIIe jour de dcembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Ncessit de faire surveiller les protestans qui
    passent d'Angleterre en France.--Dmarches faites par
    l'ambassadeur auprs de Mr de Mru.--Plaintes de l'ambassadeur
     raison de l'oubli dans lequel on laisse ses
    services.--_Mmoire._ Dtails de l'audience.--Rponse
    d'lisabeth  la dclaration du roi qu'il veut maintenir
    l'alliance avec elle.--Protestation d'amiti de la part de la
    reine d'Angleterre.--Ses instances pour que la paix soit
    rtablie en France.--Confrence de l'ambassadeur avec les
    seigneurs du conseil.


    A LA ROYNE.

Madame, ce que j'ay recueilly des propos et responces de la
Royne d'Angleterre en ma dernire audience, je le metz assez
particullirement en ung mmoire  part au Roy, vostre filz, et me
reste seulement de vous dire que la dicte Dame supplie Vostre Majest
de se souvenir que, au premier an du rgne du feu Roy, Franoys,
vostre filz, vous luy promistes l'amity de voz enfantz; dont elle
vous prie tenir vostre parolle pour le Roy, qui est  prsent, ainsy
qu'avez faict pour les deux passez; et qu'elle ne doubte nullement que
n'ays encores l'affection trs bonne au propos que luy aviez mis en
avant pour le quatriesme; mais l'on s'est bien fort escart de la voye
de l'effaictuer, nantmoins qu'il ne sera jamays qu'elle ne luy
vueille beaucoup de bien, et qu'elle ne l'honnore et n'ayt une trs
bonne opinyon de luy.

Je suys adverty, Madame, qu'il y a ung ministre, nomm Joys, homme de
lettres, nourry longtemps en Angleterre, lequel, partant d'icy, disoit
s'en aller en Constantinople, qui s'est arrest  Paris, et escript
souvent par de, et mande plusieurs choses  l'advantage des eslevez,
et qu'ilz obtiendront, ceste anne, tout ce qu'ilz vouldront; dont, de
tant qu'il parle plusieurs langues, et que, soubz ombre de hanter les
collges, pour l'occasion des lettres, il pourroit praticquer des
intelligences dans la ville contre le service de Voz Majestez, il sera
bon de le fre chasser ou aulmoins prendre garde  luy.

J'ay parl  Mr de Mru, et n'ay rien obmis du postscripta de la
lettre du Roy ni des poinctz qu'il vous pleut toucher au Sr de Vassal.
Je l'ay trouv en collre et malcontant; mais il a remis de me
respondre, dans ung jour ou deux, dont, par mes premires, je vous
feray entendre ce qu'il m'aura dict. Et persvrant plus que jamays,
Madame,  vous supplyer trs humblement pour mon cong, sellon que je
sentz, de jour en jour, diminuer ma sant et me croystre plusieurs
manquementz en la continuation de ceste charge, je pryeray le
Crateur, etc.

    Ce IIIe jour de dcembre 1574.

   Je ne say de quelz termes uzer pour me douloir,  Vostre
   Majest, de m'avoyr, non oubly, mais djett trs
   honteusement de celle grande distribution de biens qui a est
   faicte,  l'arryve du Roy, vostre filz. Aulmoins me debvoit
   ce bneffice, qu'on m'a ost, qui estoit tout mon bien, estre
   rendu; et ne puis dire, Madame, sinon que je suis celluy, 
   qui il vous playst de fre porter la plus notable marque
   d'indignit et de dfaveur, et de malcontantement, qu' nul
   aultre gentilhomme, qui soit au service de Voz Majestez; et je
   laysse bien  Dieu, et elles, de juger si je l'ay mrit.


   MMOIRE AU ROY.

   Sire, il n'est besoing que je vous racompte les propos que
   j'ay tenus, ceste foys,  la Royne d'Angleterre, car je les ay
   prins de la lettre que Vostre Majest m'a escripte, le Xe du
   pass, et il sera facille de comprendre quelz ilz ont est par
   les responces que la dicte Dame m'a faictes, qui sont, en
   substance, comme s'ensuyt:

   Que jamays chose ne luy estoit mieulx advenue, sellon son
   desir, que l'effaict de la lgation de milord de North,
   puisque, des lettres qu'elle vous a escriptes par luy, et des
   poinctz qu'il vous a explicqu de sa crance, il vous reste du
   contantement; et que toute l'ambassade et l'ambassadeur vous
   ont est agrables, car la principalle intention qu'elle a
   eue, en le vous envoyant, a bien est d'honnorer vostre
   grandeur, et donner ung vident tesmoignage au monde de
   l'affection qu'elle porte, trs bonne et de trs bonne seur, 
   Vostre Majest, et  l'establissement de voz affres;

   Qu'elle a ung singullier playsir de voyr, par ce commancement,
   que vous voulez tenir en quelque bon compte son amity, et luy
   donner  elle une trs grande esprance de la vostre; que ce
   qu'elle desire maintenant, le plus au monde, est que les
   choses puissent ainsy procder entre vous que vous ayez
   mutuellement  prendre une trs assure confiance l'ung de
   l'aultre;

   Que nulle meilleure ny plus honnorable nouvelle eust elle peu
   entendre de voz vertueuses dellibrations, que celle que je
   luy ay assure que, de vostre propre naturel vous avez, de
   vouloir rsoluement tenir voz promesses, et manquer plustost 
   la vye que  la parolle que vous aurez une foys donne; que,
   sur le solide fondement de ceste vostre constante volont,
   laquelle estoit vrayement royalle et digne de vous, qui estiez
   par extraction, et par lection, et par succession, le plus
   royal prince qui ayt est, de longtemps, en la Chrestient,
   elle se disposeroit en telle sorte vers vostre amity que,
   s'il n'y deffailloit de correspondance, de vostre cost, vous
   pourriez fre estat d'avoyr en elle la plus entire et
   parfaicte bonne soeur, et bonne amye, qui ft au monde;

   Qu'elle ne vouloit nyer qu'on ne luy et voulu donner quelque
   male impression des promesses,  quoy on vous pouvoit avoyr
   oblig, passant par l'Italie, contre elle, et contre le repos
   de son royaulme, ou contre sa religyon; dont se resjouyssoit
   bien fort de ce que luy donnis parolle qu'il n'en estoit
   rien, et que vous vous trouviez libre de toutes ligues et
   obligations, sinon des anciennes de vostre couronne, et de
   celle que pouviez avoyr avec elle,  cause du srement du feu
   Roy, vostre frre, et avec le royaulme de Pouloigne,  cause
   du vostre;

   Que, puisque vous estiez rsolu de vivre en bonne intelligence
   avec les princes et estatz voz voisins, qui la voudroient
   avoyr bonne avecques vous, que vous la vous pouviez ardiment
   promectre trs seure et perdurable, de son cost; car, tant
   qu'elle vivroit, vous en pourris fre trs certain estat;

   Que nulle chose au monde vous pouvoit elle plus louer, ny plus
   recommander, que celle voye de paix, que proposiez de suyvre,
   pour mettre le repoz en vostre royaulme, et que celluy vous
   seroit bien traistre et infidelle, voyre trs cruel ennemy,
   qui vous ozeroit conseiller, ou dire, qu'il ne ft honnorable
   et utille, et mesmes trs ncessayre de la fre;

   Que, pour le bien universel de la Chrestient, elle se sentoit
   oblige, entendant le grand progrs des armes et victoires du
   Turc sur les Chrestiens, et des appareils qu'il faict pour
   entreprendre plus avant, de vous supplier que vueillez
   embrasser la paix publicque et unyon des dictz Chrestiens;
   mais encores plus, pour vostre bien et repos particullier,
   elle vous vouloit fort expressment exorter d'amortyr, en
   toutes sortes, ces guerres de vostre royaulme, et y employer
   si avant vostre clmence et doulceur, et l'authorit de vostre
   foy et parolle, que voz subjectz puissent seurement retourner
    l'obyssance et subjection qu'ilz vous doibvent;

   Qu'elle n'approuvoit nullement les armes des eslevez, en
   quelle faon, ny soubz quel prtexte, qu'ilz les eussent
   prinses, et mesmement en ce qui se faysoit hors de la
   considration de la religyon, et qu'elle s'esbahyssoit asss
   de Mr le marchal Dampville, et n'avoit, depuis la nouvelle
   qui estoit venue de sa dclaration, veu Mr de Mru, son frre,
   ny ne le verroit, s'il apparoissoit en luy ung seul signe de
   rbellion;

   Nantmoins qu'elle entendoit que la craincte de mort et
   l'injustice faysoient renger un grand nombre de voz subjectz 
   la deffansive, et prendre voz villes et places pour lieu de
   refuge, et passer encores  l'offensive, et attirer troubles
   sur troubles, et susciter les estrangers dans vostre royaulme;

   Sur quoy, pour la singullire affection qu'elle avoit  la
   conservation de vostre grandeur, et de vostre couronne, elle
   vous prioit de rompre, le plus tost que vous pourriez, le
   cours de ce malheur, et prendre, de bonne part, si elle vous
   disoit librement que les choses, mal passes contre ceulx de
   la nouvelle religyon, requerroient que vous ne refusissiez ny
   trouvissiez mal honnorable, ny contre vostre rputation, de
   les accomoder maintenant de quelque honneste seuret.

   Ces responces de la dicte Dame, qui ont est plus expresses et
   plus considres que nulles aultres qu'elle m'et guyres
   jamays faictes, m'ont baill argument de luy mettre bien
   devant les yeux la consquence de ceste cause, et combien
   ceulx, qui s'efforoient de la luy desduyre pour bonne et
   soubstenable, bandoient desj, et dressoient de semblables
   rbellions contre elle; et qu'elle considrt si, de Vostre
   Majest, qui aviez, premier que d'estre Roy, combatu, l'espace
   de sept ans, trs courageusement, et azard souvant, et mis en
   manifeste danger vostre propre personne, pour la religyon
   catholicque, ce n'estoit pas asss, maintenant que estiez
   mont  la couronne, et que la somme de toutes choses estoit
   parvenue en voz mains, d'accorder,  iceulx de la dicte
   religyon, l'abolition du pass, la jouyssance de leurs biens,
   la demeure paysible de leurs maysons, et la libert de leur
   conscience; et que, de demander davantage, c'estoit par trop
   forcer la volont qu'ilz savoient bien que vous aviez, qui
   estiez leur Roy, et leur prince;

   Que nantmoins vous donniez ceste parolle  la dicte Dame
   qu'il n'y auroit aulcune honneste ny tollrable condicion,
   pourveu que n'offant vostre honneur, que ne ft accorde 
   voz dictz subjectz, pour les fre revenir  leur debvoir; mais
   aussy que, quand vous auriez faict ainsy le vostre envers Dieu
   et les hommes, vous protestiez bien d'employer toutes les
   forces et moyens, que Dieu vous avoit donnez, et n'en laysser
   ung seul en arrire, de toutz ceulx que vous pourris mouvoir
   en la Chrestient, pour rprimer justement la prsumption et
   tmrit de ceulx qui, inicquement, persvreroyent d'estre
   rebelles contre vous; et qu'en ce cas vous l'adjuriez, elle,
   de non seulement leur dnier la faveur et apuy de ce royaulme,
   mais de joindre ses forces aulx vostres pour extirper de la
   terre ung si pernicieux exemple que le leur.

   A quoy elle m'a respondu qu'elle se souvenoit tant d'estre
   Royne, et de vous estre, pour cella, conjoincte d'estat,
   qu'elle ne manqueroit jamays  nul debvoir de bien bonne seur
   vers Vostre Majest, et qu'aprs que milord de North seroit
   arryv, et qu'il luy auroit faict le rcit des choses de
   dell, nous pourrions lors poursuivre plus amplement ce
   propos; et qu'elle s'esbahyssoit comment il ne vous avoit
   parl du faict de la navigation, et de l'administration de la
   justice  voz mutuelz subjectz, car il en avoit eu charge, et
   qu'elle ne desiroit rien tant que d'y pourvoyr, par bonne
   intelligence, avecques vous, et dputer, pour cest effect,
   deux de son conseil, ainsy que Vostre Majest en avoit depput
   deux du sien; et que, quand le gentilhomme, que dellibriez
   envoyer vers elle, seroit icy, elle nous feroit rendre, par
   son admiral et par les officiers de la marine, ung si bon
   compte de leurs depportementz passez, en tout ce qui avoit
   concern les Franoys, qu'elle esproit que vous en
   demeureriez contant.

   Et, l dessus, m'estant licency de la dicte Dame, j'ay estim
   bon de dduyre aulx seigneurs de son conseil ce que j'avoys
   dict  elle, affin de bailler  ceulx,  qui reste encores
   quelque affection vers Vostre Majest, de quoy pouvoir fre
   incliner leurs dellibrations, le plus qu'il leur seroit
   possible, au bien de vostre service. Lesquelz ont monstr
   toutz d'estre bien fort ayses de l'assurance, que je leur ay
   donne, de vostre bonne intention vers leur Mestresse, et vers
   eulx, et vers l'estat de ce royaulme. Et leurs responces m'ont
   assez contant, sinon en ce que l'ung d'eux m'a dict fort
   rondement que, voyantz la profession, que Vostre Majest avoit
   jusques icy faicte, de se monstrer adversayre de leur
   religyon, qu'ilz ne pouvoient interprter l'effaict de voz
   armes, sinon qu'elles estoient dresses et s'excutoient
   contre eulx, et que vous pouviez bien fre estat qu'ilz
   n'estoient pour se djoindre aulcunement de la cause de leur
   dicte religion. Et ne m'estant pas, en toutes choses, si bien
   accord avec eulx comme avec la dicte Dame, nous n'avons pass
   plus avant.




CCCCXXIe DPESCHE

--du VIIe jour de dcembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne Jumeau._)

  Ngociation de l'ambassadeur avec Mr de Mru.--Nouvelles de Marie
    Stuart; crainte qu'elle ne soit commise  la garde de l'un de
    ses ennemis.--Sollicitations des rfugis.--Retour de lord de
    North.--_Mmoire._ Dtails de la ngociation avec Mr de
    Mru.--Desir du roi qu'il serve d'intermdiaire pour procurer
    la paix.--Plainte de Mr de Mru contre la conduite tenue a
    l'gard des Montmorenci.--Leur justification.--Assurance de
    leur entier dvouement au roi.--Desir de Mr de Mru que Mr de
    Montmorenci, son frre, soit lui-mme choisi par le roi comme
    ngociateur.--Dclaration du capitaine La Porte.


    A LA ROYNE.

Madame, je pense que rien n'a est obmis, comme verrez par le mmoire
au Roy que je joins  ce paquet, de ce qui se pouvoit dduyre  Mr de
Mru, pour le ramener au sentiment des choses que desiriez luy estre,
de moy mesmes, et encores aulcunement de la part de Voz Majestez,
dclares touchant l'acheminement de la paix, et le divertissement des
forces estrangires, qui ne luy ayt est vifvement remonstr; et
encores qu'il ayt, du commancement, dcharg ung peu sa collre, si
est il revenu,  la fin,  la modration et  la cognoissance de son
debvoir vers Voz Majestez, et monstr d'estre tout dispos  vous
rendre entire obyssance. Il est bien vray qu'il demeure ferme en la
justiffication et innocence de ses deux frres, et de ne se vouloir
desjoindre de leur cause ny d'eux, mais il a opinyon que, sans
difficult, ilz se runyront toutz unanimement, et pareillement son
beau pre, et ceulx qui pourroient dpendre d'eux, au poinct que Voz
Majestez desireront, s'il vous plaist les rendre assurez de vostre
bonne grce.

Le milord de North n'est encores retourn, dont l'on s'esbahyt asss
qu'est ce qui le peut si longtemps retenir par dell.

Ceste princesse se tient si offance du mespris que la comtesse de
Lenox et le comte et la comtesse de Cherosbery ont tenu d'elle, en ce
mariage du jeune comte de Lenox, qui est parant de la couronne,
qu'elle dellibre de le leur fre bien sentir  toutz. Mais le pis est
qu'elle veut oster au dict comte la garde de la Royne d'Escosse, et
les ennemys de la dicte Dame l'en sollicitent instamment; de quoy je
say que la dicte Royne d'Escoce sera fort trouble et fort marrye, et
suis en grand peyne en quelles mains on la voudra mettre. Dont je
supplye trs humblement Vostre Majest de dire, ou fre dire 
l'ambassadeur d'Angleterre, que vous suppliez la Royne, sa Mestresse,
de ne la commettre  nul qu'elle ayt suspect, ny qui ne soit seigneur
de qualit pour respondre du traictement d'une telle princesse. L'on
m'a bien faict desj une honnorable promesse l dessus, mais je crains
les artiffices et menes de ses ennemys. J'ay obtenu une lettre 
l'ambassadeur d'Angleterre, par laquelle luy ay mand de bayller ung
passeport de luy  Nau, pour venir jusques icy, et il en prendra ung
aultre, icy, pour aller trouver la Royne d'Escosse.

J'ay octroy des certifficatz  des habitants de Roen, et de
Normandye, de leurs paysibles dportementz par de, sur des bons
tesmoignages qu'on m'a rendus d'eux, affin d'obvier  la saysie de
leurs biens. Et y a ung ministre, lequel, entre les autres, est plus
modr, et n'adhre poinct aulx violentz conseils de la guerre, ny
aulx invectives et praticques de ses compaignons, qui m'a faict aussy
demander ung certifficat pour luy; mais,  cause de sa qualit de
ministre, je ne luy ay poinct voulu octroyer sans en avoyr expresse
permission de Voz Majestez, dont vous plerra me commander comme
j'auray  en uzer: et semble que cella pourroit aulcunement servir de
tenir leurs opinyons parties et divises, en ne dnyant vostre faveur
 ceulx qui l'ont modre et paysible.

Le cappitayne Janeton, aprs s'estre excus de passer  la Rochelle,
ny d'aller trouver le Prince de Cond, s'est rsolu de se retirer 
vostre service, ou en sa mayson; et persvrer l, toute sa vye, en
l'obyssance de Voz Majestez, de laquelle il ne s'est jamays dparty;
et qu'il aymeroit mieulx estre mort que d'avoyr port les armes contre
vostre service. Il vous supplye trs humblement de luy fre envoyer
ung passeport: et je vous promectz, Madame, que, par ce que j'ay veu
et ouy de luy par de, il mrite vostre faveur. Je suis contrainct de
vous ramantevoyr tousjours mon cong, et vous supplye de le vouloir
fre rsoudre comme chose fonde en trs grande ncessit. Et sur ce,
etc. Ce VIIe jour de dcembre 1574.

   L'on me vient d'advertyr, toute  ceste heure, que milord de
   North arrive aujourd'huy  Douvre. Et je viens de fre une
   petite ngociation avec ung seigneur de ce conseil, suyvant
   laquelle il sera bon que diffriez de fre parler du faict de
   la Royne d'Escosse  l'ambassadeur d'Angleterre, jusques  ce
   que Vostre Majest ayt aultres nouvelles de moy.


   MMOIRE AU ROY.

   Sire, aprs que Mr de Mru m'a heu fort volontiers escout,
   sur tout ce que je luy ay voulu dire, conforme au postille de
   la lettre de Vostre Majest, du Xe du pass, et suyvant ce
   que la Royne, vostre mre, m'en avoit mand par le Sr de
   Vassal, avec plusieurs remonstrances que je luy ai faictes, de
   moy mesmes, de ne vouloir, ny luy ni ses frres, gaster une
   cause qu'ilz rputoient si bonne et juste comme la leur, et ne
   provoquer, en ce temps, l'indignation de Vostre Majest, ny
   celle  jamays de la couronne de France, de laquelle eulx et
   feu Mr le connestable, leur pre, et leurs prdcesseurs
   avoient mis peyne, jusques icy, de bien mriter d'icelle; et
   elle les avoyt plus obligs que nulz gentilzhommes du
   royaulme, dont luy monstreroient maintenant une horrible
   ingratitude, et la provoqueroient, durant tout vostre rgne et
   de voz enfantz, et quiconque y vnt  rgner aprs vous,  une
   trs juste indignation contre eulx, pour les avoyr et toutz
   les leurs  l'advenir trs suspectz, et ne cesser qu'elle n'en
   ait extermin la race, s'ilz suyvoient le chemin qu'ilz
   avoient commanc;

   Et pourtant qu'il voult embrasser l'honneste moyen qui luy
   estoit offert de pouvoir conserver, pour luy et ses frres,
   vostre bonne grce, et maintenyr la mayson de Montmorency en
   l'honnorable degr qu'elle a est jusques icy, et de pouvoir
   encores un jour recueillir  soy la succession d'icelle, et
   celle de son beau pre, et, possible encores, l'estat que son
   dict beau pre tient, s'il savoit bien uzer de la prsente
   occasion; oultre que ce, en quoy il avoit  s'employer
   maintenant, non seulement luy viteroit les dommages et
   dangers, et luy apporteroit les utillitez que je luy
   dduysois, mais luy acquerroit ung non petit mrite envers
   Dieu, et une grande faveur de Vostre Majest, et une trs
   grande louange par toute la France; et qu'il pouvoit esprer
   que sa dilligence et ses bons offices en cest endroict
   auroient tant d'heur qu'ilz nous produyroient une bonne et
   desire paix, sellon que je luy jurois, devant Dieu, que tout
   ce qu'il vous avoit pleu me fre sentir et cognoistre de voz
   intentions estoit entirement dress  la paix et repos de voz
   subjectz; et qu'il pest bien que luy ny ses frres ne
   pouvoient comparoistre en ceste guerre, parce qu'ilz
   n'estoient de la nouvelle religyon, sinon comme purs rebelles,
   et qu'ilz ne se donneroient la garde que les dictz de la
   nouvelle religyon auroient accept l'accommodement que Vostre
   Majest leur vouloit fre, et que luy et les siens
   demeureroient dehors, dlaysss de toutz les Franoys et
   nullement soubstenus d'aulcun prince, ny estat estranger, et
   que la fin ne leur en seroit que honteuse et pleyne de
   confusion, et d'une grande ruyne de leurs biens, de leurs vyes
   et de leur honneur,  jamays.

   Il m'a respondu, en une certeyne faon, qu'il est venu 
   conclurre tout au contrayre de son narr, car m'a parl en
   homme fort malcontant et tout oultr de courroux et de dheuil,
   de ce que son frre aysn et son beau pre estoient trop long
   temps dtenus prisonnyers, sans qu'on examint leur cause, et
   de ce que, contre la promesse que Vostre Majest avoit faicte
    Mr de Dampville  Turin, l'on s'estoit efforc de luy fre
   depuis son procs  Lyon, et l'avoit on contrainct, maugr
   luy, de prendre le party o il estoit  prsent;

   Et pour le regard sien, du dict Sr de Mru, qu'on savoit
   asss qu'il ne s'estoit absent pour offance qu'il et faicte,
   ains pour viter l'orage qu'il voyoit concit contre ceulx de
   sa mayson; et s'estoit retir en Allemaigne, et depuis, pour
   ne donner souspeon, pass icy, o il s'estoit comport en bon
   et loyal subject de Vostre Majest, et nantmoins ses biens
   estoient meintenant saysis, et deffanse faicte de luy apporter
   de l'argent par de.

   Ce qui les menoit, avec l'impression qu'on leur donnoit
   d'ailleurs que leur ruyne estoit desj jure,  ung si extrme
   dsespoir que force leur estoit de chercher des remdes pour
   ne prir du tout, soubz la violence de ceulx qui bandoient
   ainsy vostre authorit contre eulx; et que, sentans leur cause
   bonne et juste, et eulx munis de bonne conscience envers Dieu
   et Vostre Majest, ilz dellibroient de n'obmettre ung de
   toutz les moyens, dont ilz se pourroient prvaloyr, pour
   repousser plus courageusement ceste injure, que ceulx qui la
   leur procuroient, et qui les vouloient opprimer, ne pensoient
   qu'ilz le peussent fre;

   Adjouxtant plusieurs choses, de particullier, de luy et de ses
   frres, et plusieurs aultres, de gnral, du Royaulme, qui
   seroient par trop longues icy.

   Nantmoins le pressant de restreindre en brief ce que j'auroys
    vous fre entendre de sa dellibration, il m'a dict, et
   encores, aprs y avoyr mieulx pens, m'a mand qu'il supplioyt
   trs humblement Vostre Majest et la Royne, vostre mre, de le
   vouloir tenir pour vostre trs obyssant et trs fidelle
   serviteur, et que ce qu'il vous plerroit luy commander, pour
   paix ou pour guerre, qu'il seroit tout prest de trs
   humblement y obyr;

   Que ses frres et luy ne desirent pas tant leur propre vye
   comme la bonne grce de Vostre Majest et la paix de vostre
   royaulme; que trs volontiers, s'il se sentoit avoyr quelque
   moyen d'induyre voz subjectz  la dicte paix, ou bien de
   divertyr les forces estrangres qui se pourroient apprester de
   venir en France, qu'il le feroit, mais qu'il pouvoit si peu
   en l'ung ny en l'autre, estant mesmement si loing qu'il ne
   sauroit par o y commencer;

   Que Mr Dampville estoit l, beaucoup plus prs,  quy Vostre
   Majest en pourroit fre parler, et que, si estimiez que ceulx
   de sa mayson peussent aulcunement servir  ces deux choses, ou
    quelque autre de vostre intention, qu' son adviz Mr de
   Montmorency estoit le plus capable de toutz, plein de
   persuasion et de conseil, et qui avoit son desir du tout  la
   paix et  l'establissement de voz affres, et que, s'il vous
   playsoit le fre parler  Mr de Dampville, sellon que vous le
   cognessiez homme entier et de grande sincrit, et aviez mille
   expriences et mille bonnes cautions de luy, il s'assuroit
   qu'il vous serviroit droictement et sincrement, et avec
   honneur et conscience;

   Qu'il adjuroit la bont et clmence de Vostre Majest et de la
   Royne, vostre mre, de vouloir fre examiner par la rgle de
   justice, devant les payrs de France, la cause du dict Sr de
   Montmorency et de Mr le marchal de Coss, et s'ilz estoient
   trouvez coupables, que luy mesmes les rputoit dignes de mort,
   voyre la plus cruelle que nulz aultres subjectz de la terre;
   mais, s'ilz estoient innocentz, qu'il vous supplioyt, au nom
   de Dieu, de les remettre en libert;

   Que s'il vous playsoit de disposer des estats de ses deux
   frres et de son beau pre, et du sien, et mesmes prendre de
   leur bien, si pensiez qu'ilz en eussent trop, et leur
   commander de demeurer comme privez gentilzhommes en leurs
   maysons, sans se mesler de rien, ou bien de vuyder le
   royaulme, qu'ilz seroient prestz d'obyr  tout ce qu'il vous
   plerroit leur commander.

   Et c'est en substance tout ce que j'ay peu tirer de luy.


   Le cappitayne La Porte m'est venu dire qu'il juroit  Dieu de
   n'avoyr jamays pens qu' estre trs obyssant et trs fidelle
   subject et serviteur de Vostre Majest, et qu'il ne s'estoit
   absent pour chose qu'il et jamays dicte ny faicte au
   contrayre; mais, parce qu'il avoit est cherch et suivy pour
   le fre prisonnyer, aussytost que Mr de Montmorency ft prins,
   il avoit bien voulu sortir hors du royaulme, non que trs
   volontiers il ne ft all prsenter sa vye pour servir  la
   libert de Mr de Montmorency, mais qu'il voyoit bien qu'on ne
   le vouloit que tourmenter et questionner, pour tirer, par
   violence, quelque dposition de luy, pour nuyre au dict
   seigneur, dont estoit rsolu de ne retourner jamays en France
   qu'il ne ft hors de prison.




CCCCXXIIe DPESCHE

--du XIIe jour de dcembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Mounyer._)

  Communication de l'ambassadeur avec Walsingham.--Instances de
    Walsingham pour que la paix soit rtablie en France.--Dmarches
    de l'ambassadeur auprs de l'agent de la Rochelle afin de
    l'engager  rompre toute ngociation avec les Anglais.--_Avis 
    la reine-mre._ Nouvelles de Marie Stuart.--Arrive de la
    comtesse de Lennox  Londres.


    AU ROY.

Sire, estant milord de North arryv en ceste ville de Londres, le Ve
du prsent, il y a sjourn le VIe, et est all, le VIIe, trouver la
Royne, sa Mestresse,  Hamptoncourt, o j'ay aussytost envoy pour
savoyr en quelle disposition resteroit la dicte Dame, et ceulx de son
conseil, aprs qu'il aura faict son rapport. Il est encores l, et
croy que bientost il me viendra visiter, dont, de ce que je pourray
noter de ses propos, et de ce qui me sera rapport de ceulx qu'il aura
tenus  la court, je ne fauldray de vous en mander incontinent toute
la particullarit. Aulcuns de ces cappitaynes, qui estoient allez en
Hollande avec le vidame de Chartres, voyantz qu'il passoit oultre en
Hambourg, et qu'il dellibroit d'aller vivre, comme gentilhomme priv,
auprs du comte Palatin, sans s'entremettre trop avant de ceste
guerre, s'en sont retournez icy, et font semblant de vouloir passer 
la Rochelle.

Ceste princesse a bien mand, ces jours icy, toutz ses officiers de la
marine pour luy venir rendre compte des frays qu'ilz avoient faict,
ceste anne, pour l'apprest de ses navyres, et a rvoqu toutz
mandementz et commissions,  celle fin de n'y employer rien plus que
l'ordinayre accoustum  la garde et entretnement d'iceulx dans le
hvre, jusques  ce qu'elle y ayt aultrement ordonn, mais elle a
command de les tenir en estat, pour estre prestz  ung soubdein
mandement.

Et m'a l'on adverty qu'il y a une secrette dellibration de les mettre
en mer, et de dresser un gros armement,  ce prochain printemps, si,
d'avanture, la guerre continue en France, bien que, ayant envoy fre
par le Sr de Vassal une gracieuse ngociation avec le Sr de Walsingam
sur la continuation de l'amity et de la bonne intelligence d'entre
ces deux royaulmes, il m'a mand, aprs plusieurs honnestets de celle
dvotion qu'il dict avoyr plus grande vers vostre service et vostre
couronne, aprs celle d'Angleterre, que  nulle aultre de la
Chrestient, qu'il s'employeroit de toute son affection  nourrir et
fomanter par de, tant qu'il pourroit, ceste bonne amity, et
divertyr toutes occasions d'altration d'entre Voz Majestez; mais
qu'il vous supplioyt et adjuroit, au nom de Dieu, de commencer, en
l'endroict de voz subjectz, d'establyr, par tout le reste de la
Chrestient, une bonne paix, sellon qu'il estoit plus en vostre main
de le pouvoir fre qu'en celle de toutz les aultres princes chrestiens
ensemble; et que ne voulussiez mespriser en cella ny le conseil
honneste ny les admonitions cordiales que la Royne, sa Mestresse, et
les princes d'Allemaigne vous en faisoient: car vous ne le pourriez
rejetter sans vous nuyre beaucoup  vous et les offancer grandement 
eulx, et les bander toutz entirement contre voz entreprinses; et
qu'il savoit bien que, s'il vous playsoit octroyer quelques lieux de
refuge pour seuret  ceulx de vos subjectz qui sont en armes, et en
iceulx l'exercisse de leur religion, que la paix estoit faicte; et
qu'il avoit naguyres receu des lettres de Mr de La Noue qui ne
portoient en elles que le tesmoignage d'ung vray subject et serviteur.

Sur quoy, depuis, je luy ay mand qu'il ne doubtt nullement de vostre
bonne intention, et de vostre desir  la paix, mais qu'il admonestt
ceulx de voz subjectz, qui estoient opinyastres, de se contanter des
honnestes condicions avec lesquelles vous la leur pourriez donner. Et
ay envoy exorter le sire Bobineau, agent de la Rochelle, de ne
vouloir tromper ses citoyens soubz une feincte esprance de secours
d'Angleterre, car je luy obligeois ma vye que ceste princesse ne luy
en bailleroit nullement, ny mesmes, quand ilz luy consigneroient leur
vye entre ses mains, (ce que je m'assurois que, pour leur fidellit et
pour la recordation des anticques offances qu'ilz avoient faictes aulx
Angloys, avec l'exemple du Hvre de Grce, ilz ne le feroient jamays),
elle ne la voudroit pas accepter; et que, si ceulx cy monstroient au
dict Bobineau quelque disposition, en apparance, de faveur pour les
dictz de la Rochelle, que ce n'estoit que pour maintenir la division
et fre durer les troubles en France, d'o proviendroit,  la fin, la
ruyne de ses dictz citoyens et de leur ville, s'ilz ne se remettoient
bientost en l'obyssance et bonne grce de Vostre Majest.

Sur quoy il m'a mand, depuis, qu'il me remercyoit de mon
advertissement, et qu'il cognoissoit qu'il estoit vritable, dont
m'assuroit avoyr incontinent escript  ses dictz citoyens d'entendre
incontinent  la paix, et d'accepter les condicions que Vostre Majest
leur voudroit offrir, pourveu qu'ilz vissent de la seuret pour leurs
vyes, et qu'ilz puissent obtenir quelque exercisse de leur religyon
pour leurs consciences.

Il y a ung gentilhomme de Normandye, nomm Des Troyspierres, qui est
depuis huict jours pass en ce royaulme. Il semble qu'il a crainct
que,  cause de ceste praticque du Hvre, l'on ne voult courre sus 
ceulx de sa religyon, dont est venu  refuge par de.

Je continueray, Sire, aultant qu'il me sera possible, de veiller icy,
et d'y estre soigneux de vostre service; mais le deffault de sant et
mes aultres ncessitez me contreignent de vous supplyer trs
humblement pour mon cong, et en presser fort instamment Vostre
Majest. Sur ce, etc.

    Ce XIIe jour de dcembre 1574.

   ADVIS A LA ROYNE.

   Madame, je suis bien en peyne pour la praticque, que je sentz
   qu'on mne tousjours pour fre changer de gardien  la Royne
   d'Escosse. Vray est que la rsolution n'en est pas encores
   prinse, et je tiens le plus ferme que je puis qu'elle ne se
   face poinct. Dont j'espre que, si le comte de Cherosbery se
   rend ung peu difficile, de son cost, comme il y a grande
   apparance qu'il le fera, que les choses en demeureront  tant,
   et qu'on n'entreprendra poinct de la luy oster. La comtesse de
   Lenox vient d'arriver, laquelle yra demain en court. Elle
   crainct bien fort l'indignation de la Royne, sa Mestresse, et
   qu'elle ne la face remettre dans la Tour,  cause de ce
   mariage, mais elle s'appuye sur des amys qu'elle pense qui luy
   sauveront ce coup.




CCCCXXIIIe DPESCHE

--du XVIIIe jour de dcembre 1574.--

(_Envoye jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Desir du roi de rtablir la paix en France.--Vive
    assurance donne par l'ambassadeur que lord de North ne peut
    avoir qu'un compte favorable  rendre de sa
    lgation.--Emportement d'lisabeth contre la conduite tenue 
    son gard en France.--Ferme remontrance de l'ambassadeur sur
    les consquences qu'aurait pour elle une rupture avec le
    roi.--Danger qu'elle doit craindre en s'unissant aux protestans
    de France.--Dclaration de la reine qu'elle ne veut pas s'unir
     eux.--Entreprises formes sur Calais, Boulogne, Dieppe, Le
    Hvre et Cherbourg.--Irritation d'lisabeth  la suite des
    rapports faits par lord de North.--Efforts de quelques
    seigneurs anglais pour amener une dclaration de guerre.


    AU ROY.

Sire, ayant dduict  la Royne d'Angleterre, le XVe de ce moys, 
Ampthoncourt, les honnestes propos d'amity que, par vostre lettre du
XXIIIe du pass, il vous playsoit me commander luy tenir, avec le
rcit de vostre voage en Avignon, et de l'esprance qu'aviez de
mettre la paix en vostre royaulme, si les depputez des eslevez,
lesquelz vous attandiez de brief, se monstroient raysonnables en leurs
demandes, et  recevoyr les honnestes condicions qu'entendiez leur
offrir; auquel cas, s'ilz ne se vouloient, puis aprs, rduyre 
vostre obyssance, vous la vouliez bien prier que, en une si grande
opiniastret et arrogance que seroit la leur, et en ce maulvais
debvoir qu'ilz uzeroient vers leur Roy et Prince, elle, Royne et
Princesse, ne voullt les assister, ny permettre qu'ilz fussent
assistez en rien de son royaulme, ainsy que Vostre Majest luy
promettoit bien aussy qu'en tout ce qui concerneroit le bien et repos
d'elle et la tranquillit de son estat, elle ne sentiroit jamays que
faveur et support de vostre cost, et rien qui la pet ny ennuyer ny
fcher.

J'ay, pour occasion bien ncessayre, suivy, puis aprs,  luy dire
que, de tant que c'estoit toute la gloyre et flicit de ma
ngociation, qu'elle pet trouver en Vostre Majest les poinctz de
bienveillance et de vraye affection dont m'aviez cy devant command de
luy porter parolle de vostre part, et que pareillement vous
trouvissiez en elle celle vraye correspondance qu'elle m'avoit fort
expressment encharg vous escripre de la sienne, je venois maintenant
me conjouyr, avec elle, de ce que je vouloys croyre que milord de
North, s'il estoit gentilhomme d'honneur et de vrit, il luy avoit 
son retour rapport: qu'il avoit trouv en Vostre Majest tout ce
qu'elle pouvoit desirer en cest endroict, et encores plus abondamment
que je ne le luy avoys jamays sceu expliquer ny oz promettre; et que
je louoys Dieu que Vous, Sire, me randiez vritable vers elle, ainsy
que je la supplioys aussy, et l'adjurois aussy, sur l'honneur et
vrit de sa parolle, qu'elle ne me voult rendre menteur vers vous,
sellon qu'il n'y avoit rien de plus expdient en toute la Chrestient,
entre nulz aultres princes, qu'estoit le poinct de l'amity entre vous
deux; et que les utillitez s'en manifestoient si grandes, conjoinctes
avec quelque ncessit du temps prsent, pour le bien et repos de
touts deux, et la tranquillit de voz estatz, et encores pour
l'accomodement de la meilleure part de la Chrestient, que je ne
pouvois assez louer ny asss desirer ce grand bien.

A quoy la dicte Dame, par sa responce, m'a rcit aulcuns propos, que
milord de North luy avoit rapport, bien fort honnorables de Vostre
Majest et de la Royne, vostre mre, et telz qu'elle n'et sceu
desirer rien de mieulx que ce que voz parolles luy avoient signiffy
de vostre bonne intention vers elle; mais qu'il y avoit eu d'aultres
dmonstrations entremesles qui avoient entirement monstr le
contrayre.

Et s'est lors la dicte Dame, en haussant la voix, affin d'estre mieulx
ouye de ses conseillers et des dames principalles qui estoient dans sa
chambre, licencye en des parolles grosses, qui m'ont assez troubl,
et aulxquelles je n'ay voulu diffrer aussy, tout hault et en la mesme
prsence, de promtement et bien fermement y respondre, ainsy que, par
mes premires, j'en feray le rcit  Vostre Majest.

Et aprs luy avoir remonstr le tort, qu'elle se faisoit, de se
laysser ainsy transporter  l'artificieuse persuasion, pleyne de
malice, de ceulx qui la vouloient brouiller avec Vostre Majest, et de
leur vouloir tant complayre que, sur de petitz faulx rapportz, elle se
mt hors des honnorables termes qu'elle debvoit garder vers Voz Trs
Chrestiennes Majestez, je luy ay dict qu'elle avoit asss de preuves
comme il ne manquoit de ceulx qui ne cherchoient rien tant que
d'empescher l'establissement de l'amity d'entre vous et elle, et y
susciter tousjours de la meffiance; et qui estoient bien marrys qu'ilz
n'avoient de quoy vous pouvoir si bien picquer l'ung contre l'aultre
que vous en fussiez desj aulx mains; et qu'elle jugeoit bien que ce
n'estoit pas pour vostre commun bien qu'ilz le faysoient, ains pour
leur intrest, ou pour leurs passions et vengences, et pour leurs
malcontantementz; et que, si c'estoient princes, ilz creignoient
l'unyon de voz forces, et, si c'estoient subjectz, leur prtention
n'estoit plus ny pure ny simple pour la considration de la religyon
ny pour la seuret de vyes, ains avoient relev une aultre forme de
prtention, de laquelle nulle autre pouvoit estre ny plus odieuse, ny
plus adversayre  l'authorit des princes; et qu'elle penst, si l'on
la dressoit contre Vostre Majest, quelz aultres princes du monde s'en
pourroient saulver: car l'on ne pouvoit rien dbattre contre les
qualitez de vostre extraction, estant encores la mmoyre du feu grand
Roy, Franoys, vostre ayeul, et de la Royne Claude, vostre ayeulle,
fille du Roy Loys douxiesme et de la Royne Anne, duchesse de
Bretaigne, et la mmoyre pareillement du feu Roy Henry, vostre pre,
et de voz deux frres, Roys, et la prsence de la Royne, vostre mre,
encores toutes fresches, et Vostre Majest en fleur d'aage, garny de
toutes les plus excellantes qualitez pour rgner, que prince qui, en
plusieurs sicles, ayt mont  ce degr, et lesquelles une nation
loingtayne de Pouloigne les avoit tant prises qu'elle vous avoit
esleu pour son Roy; et aviez, en traversant l'Allemaigne pour y aller,
et puis l'Italye,  vostre retour, est partout approuv et recognu
pour ung si royal et accomply prince que ceulx, qui vous estoient
propres et mutuels subjectz, avoient maintenant ung trop malheureux
tort de ne se soubmettre de tout leur cueur  vostre obyssance, et
mesmes qu'ils ne pouvoient prtendre que vous eussiez encores rien mal
administr, car ne faysis que d'entrer au premier an de vostre rgne;
et que je supplioys la dicte Dame de vouloir, dez maintenant, fre
voyr au monde qu'elle estoit pour favorizer et maintenir, de toutes
ses forces, la juste et royalle cause de Vostre Majest, et rprimer
celle trop prsomptueuse des eslevez.

Sur quoy, la dicte Dame m'ayant dilligemment enquis de la qualit de
ceste aultre cause et s'estant reprsant en son esprit aulcunes
particullaritez, par lesquelles l'on s'estoit efforc de la luy fre
trouver meilleure et plus espcieuse qu'elle n'estoit, m'a respondu,
pour la fin, qu'elle vous rendoit toutz les plus grandz mercys,
qu'elle pouvoit, pour l'honneur et bon traictement qu'aviez faict 
milord de North, et pour les bons propos que luy aviez encharg de luy
apporter de vostre amity et persvrance vers elle; lesquelz, encor
que ne les eussiez estendus en beaucoup de langage, vous les aviez
nantmoins si bien ordonnez et en parolles de telle efficace qu'elle
les vouloit indubitablement croyre, et tenir vostre amity en tel priz
que vous rputeriez de ne l'avoyr mal colloque, ny mise en lieu d'o
vous n'en tiriez toute l'honneste et utille correspondance que
pourriez desirer de la meilleure et plus germayne bonne seur qu'ayez
au monde; qu'elle n'avoit garde de laysser rien procder d'elle, ny de
son royaulme, qui vous pet donner du trouble ez affres du vostre,
car se jugeroit elle mesmes digne d'estre trouble au sien, et qu'elle
ne boucheroit l dessus ses yeulx  doigtz ouvertz, ains seroit trs
soigneuse d'empescher, partout o elle pourroit, qu'on n'y commt de
l'abus; et qu'elle vous tesmoigneroit davantage de sa bonne et droicte
intention par le gentilhomme que dellibriez envoyer vers elle.

J'ay monstr que je demeuroys bien fort satisfaict de ses derniers
propos, mais qu'il me restoit d'avoyr quelque satisfaction de ceulx
qu'elle m'avoit tenuz auparavant.

Et estant desj bien fort tard je me suis licency, avec quelque
opinyon, Sire, d'avoyr beaucoup interrompu la trame qu'on avoit ordye
pour fre que ceste princesse rompt avecques vous. Et semble qu'il
sera bon que Vostre Majest face haster les deux personnages qui sont
ordonnez pour venir par de: car, si la ligue peut estre une foys
renouvelle et bien confirme, il y a grande apparance que les aultres
poursuyvans n'obtiendront sinon ce qu'on ne leur pourra honnestement
dnyer.

Je suis contrainct pour des nouveaulx advis qu'on me vient de donner,
touchant les cinq places, dont vous ay cy devant faict mencion: de
Callays, Bouloigne, Dieppe, le Hvre et Cherbourg; de vous supplyer,
de rechef, trs humblement, qu'il vous playse de renforcer les
garnisons et advertyr les gouverneurs de prendre bien garde  eulx,
car il y a entreprinse sur une chascune des dictes places.

Je remercye trs humblement Vostre Majest de la compassion, qu'il luy
a pleu avoyr enfin de moy, de m'ordonner ung successeur pour me
retirer de ce long exil. Je mettray peyne de laysser ceste ngociation
 celluy qui viendra, en si bon ordre, qu'il ne s'y pourra cognoistre
de mutation sinon en mieulx, en ce que je ne doubte qu'il n'y apporte
plus de suffizance que je n'en ay heu; et je rserveray ce qui me
reste de vye pour le mettre et exposer  jamays pour vostre service.
Sur ce, etc.

    Ce XVIIIe jour de dcembre 1574.


    A LA ROYNE.

Madame, par ung de ceulx que j'avoys envoy  Amthoncourt pour
observer ce que milord de North rapporteroit de France, et pour notter
quelle satisfaction il feroit prendre  la Royne, sa Mestresse, des
choses de dell, j'ay sceu qu'il avoit mesl, parmy les bonnes choses
et bien honnorables qu'il avoit dictes de Voz Trs Chrestiennes
Majestez, aulcuns si malplaysantz et si fascheux rapportz d'elle et de
la court, que la dicte Dame restoit extrmement picque et offance.
Et, sur cella, l'estant all trouver pour luy oster cette malle
impression, elle s'est advance de descharger son cueur, et monstrer,
par des parolles qu'elle a dictes, desquelles je ne suis demeur
contant, qu'elle l'avoit bien fort ulcr, et que la partye estoit
toute dresse, et aulcuns de son conseil l'avoient trame, pour fre
qu'elle passt  quelque poinct de ropture avec Voz Trs Chrestiennes
Majestez.

Dont, aprs luy avoyr, tout franchement et hault, respondu, mot par
mot,  ce qu'elle m'avoit dict, sellon que par mes premires je feray
le discours du tout  Vostre Majest, j'ay est contrainct de luy uzer
de la remonstrance que je dduictz en la lettre du Roy, laquelle m'a
sembl que luy a ouvert les yeulx, et luy a faict comprendre qu'on
vouloit artifficieusement l'attirer  ceste guerre des eslevez; si
bien qu'avant que je soye boug d'avec elle, j'ay emport une assez
bonne espoyr et encores une plus expresse dclaration de son
intention: que trs difficilement se layrra elle embrouiller en leurs
entreprinses, aulmoins elle y rsistera le plus longtemps qu'elle
pourra; et, si envoyez bientost requrir la confirmation de la ligue,
j'ay grande esprance que toutz les aultres poursuyvantz demeureront
exclus. Dont, pour mon regard, Madame, je prpareray  ces deux
gentilzhommes qui viendront, l'ung pour la dicte confirmation, et
l'autre pour rsider, tout ce qui se pourra fre pour obtenir l'effect
de ce qu'aurons  requrir pour le service de Voz Trs Chrestiennes
Majestez, vous remercyant trs humblement, Madame, de la souvenance
qu'il vous a pleu avoyr enfin de me fre ordonner ung successeur pour
me retirer d'icy. Et sur ce, etc.

    Ce XVIIIe jour de dcembre 1574.




CCCCXXIVe DPESCHE

--du XXIIIIe jour de dcembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Succs que l'ambassadeur espre de ses efforts pour dtourner
    lisabeth de dclarer la guerre.--Ncessit d'envoyer
    promptement les dputs de France qui lui ont t
    annoncs.--Nouvelles d'Allemagne et d'Espagne.--Mise en arrt
    de la comtesse de Lennox, de son fils et de sa bru.


    AU ROY.

Sire, je ne puis avoyr regret d'avoyr ung peu diffr de vous escripre
la male satisfaction que j'avoys rapport de ma dernire audience,
car, en lieu que les choses avoient commanc d'entrer en ung asss
maulvais train, et estoient en voye d'aller plus mal, elles ont,
grces  Dieu, depuis, reprins ung beaucoup meilleur chemin; et s'en
vont desj en termes que j'ay bien opinyon que vous n'aurez que
playsir de les entendre telles, comme, dans deux ou troys jours au
plus tard, j'espre que, par ung des miens, je les vous pourray bien
particullirement mander, sellon que j'en ay desj de bonnes erres. Et
j'espre de travailler encores si bien que je feray que la chose ne
parviendra qu'en bien bon estat et bien rabille, devant Voz Trs
Chrestiennes Majestez. Seulement je vous supplye trs humblement,
Sire, de fre apprester les deux personnages qu'avez propos d'envoyer
par de, affin que ceste princesse ayt par eulx, le plus tost que
fre se pourra, ung nouveau tesmoignage de vostre droicte persvrance
vers elle, car peu s'en faut que milord de North et les siens n'ayent
renvers tout celluy qu'elle en avoit auparavant.

J'entendz que, depuis cinq jours, ceulx cy ont dpesch ung personnage
de qualit en Allemaigne, sur le retour d'ung autre des leurs qui
n'en faysoit que d'arryver, avec ung nouvel agent du comte Palatin, et
avec ung Valfenyre, qui est encores icy; lequel on m'a dict qu'il
s'appreste pour passer  la Rochelle, et qu'il s'en va embarquer 
Hamptonne dans ung navyre du feu comte de Montgommery, et visiter la
comtesse, en passant, qui n'est sans qu'il ayt bien fort ngocy par
de.

Le ministre Calvart, agent du prince d'Orange, ayant est, toutz ces
jours,  Amptoncourt, s'en va aussy bientost trouver son maistre en
Ollande; et m'a quelqu'ung adverty qu'il porte parolle de promettre
par dell que, si ung nombre des meilleurs vaysseaulx du dict prince
se vuellent mettre en mer, comme advanturis, et s'aller tenir en
Brouage, et vers la Rochelle, qu'on leur donra, soubz main, de
l'entretnement. Il peut estre qu'on est rentr en allarme du nouvel
armement qu'on dict que le Roy d'Espaigne appreste en Biscaye, et
qu'il a desj dsign pour gnral celluy don Martin d'Alcandle, qui
soustint le sige d'Oran, en l'an soixante ung.

Je n'ay, longtemps y a, aulcunes nouvelles d'Escosse, et Me
Quillegreu, qu'on faysoit apprester pour y retourner, est encores icy.
La comtesse de Lenox et son filz, et sa belle fille, sont commands de
ne bouger de leur logys, et deffandu que nul ne parle  eulx que le
conseil ne les ayt ouys. La Royne d'Escosse a escript une bonne lettre
 la Royne, sa cousine, pour sa justiffication de ce qui est advenu,
touchant ce mariage du comte de Lenox; et m'a l'on dict qu'elle en
restoit asss satisfaicte, tant y a qu'on parle encores de remuer la
dicte Dame; mais je m'y oposeray aultant qu'il me sera possible. Sur
ce, etc.

    Ce XXIVe jour de dcembre 1574.




CCCCXXVe DPESCHE

--du XXVIIIe jour de dcembre 1574.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Joz, mon secrettre._)

  Dtails de la prcdente audience.--Rapports faits par lord de
    North  son retour de France.--Ses plaintes contre le duc de
    Guise et les autres seigneurs de la cour.--Insulte qu'il
    dclare avoir t faite par la reine-mre a la reine
    d'Angleterre.--Vive irritation d'lisabeth.--Ses
    emportemens.--Protestation de l'ambassadeur contre le reproche
    adress  la reine-mre.--Ses plaintes contre les intrigues qui
    ont pu engager lord de North  dnaturer les intentions du
    roi.--Dclaration d'lisabeth qu'elle n'a pas entendu faire
    injure  la reine-mre.--Ncessit de donner quelques
    explications sur le propos qui a t rapport.--Bons offices de
    Walsingham dans cette affaire.--Rapport confidentiel des propos
    rpandus par lord de North sur le mpris que l'on faisait
    d'lisabeth  la cour de France.--Ressentiment
    d'lisabeth.--Prire pour que la reine-mre fasse une
    dclaration crite qui puisse satisfaire la reine
    d'Angleterre.--_Mmoire gnral._ Bonnes dispositions
    d'lisabeth  l'avnement du roi.--Intrigues pour la dtourner
    de l'alliance de France.--Projets de l'Espagne.--Avis donn 
    lisabeth que le pape a fait cession de l'Angleterre au roi,
    qui a le projet d'envahir l'cosse, d'pouser Marie Stuart et
    de conqurir l'Angleterre.--Mesures arrtes par la reine pour
    former une ligue avec le prince d'Orange et les protestans de
    France.--Engagement pris  l'gard de Mr de Mru de soutenir la
    ligue du bien public.--Projet d'une guerre gnrale.--Avis
    donn  l'ambassadeur d'un complot dirig contre le
    roi.--_Lettre confidentielle au roi._ Dtails particuliers sur
    la conspiration.


    AU ROY.

Sire, pour rendre compte  Vostre Majest de ce que, par mes deux
prcdentes dpesches, j'ay rserv de vous escripre en ceste cy, je
vous diray que la Royne d'Angleterre s'est trouve extrmement
offance des maulvaiz rapportz que milord de North luy a faictz, qui,
 la vrit, luy touchent bien fort, sellon la faon qu'il les luy a
dictz, et la fascheuse interprtation qu'il leur a donne; non, qu'au
partir de Lyon,  mon advis, il eust pens d'en uzer ainsy, mais il en
a est embousch, en passant en ceste ville, affin de provoquer, par
toutz les plus picquantz moyens qu'il pourroit, la dicte Dame de
rompre avecques vous. Et aulcuns de son conseil, qui sont de ceste
mene, quand ilz l'en ont veu bien altre et en collre, l'ont
conforte d'en debvoir fre ung trs grand ressentiment, de faict et
de parolle, se persuadans que l'amity s'en pourroit bien rompre.

Dont la dicte Dame s'estant propose que, aussytost qu'elle me
verroit, elle m'en feroit ouvertement, et en prsence de ses dicts
conseillers, sentir son malcontantement, elle n'a pas failly (aprs
qu'elle m'a eu rcit aulcuns bien bons et bien fort gracieux propos,
de ceulx que le dict de North luy avoit rapportez de Vostre Majest et
de la Royne vostre mre, desquelz elle a dict estre trs bien
satisfaicte), de me dire qu'elle avoit  me fre savoyr que, si on
luy avoit signiffy, en France, quelque bonne volont de parolle, l'on
avoit bien prins aultant de peyne de l'oltrager et de l'offancer par
effect; car, rserv le comte de Charny, duquel  la vrit elle avoit
 se louer, il ne s'estoit trouv nul autre gentilhomme franoys, en
toute vostre court, qui et daign saluer ny entretenir, ny fre ung
seul bon semblant  pas ung des gentilzhommes angloix qui estoient
avec milord de North; et que Mr de Guyse, en mespris d'elle, et pour
fre honte aulx dictz gentilzhommes, leur avoit command, dans vostre
chambre, qu'ilz eussent  se descouvrir, bien que ce ne ft la
coustume de dell, et avoit uz d'aulcunes parolles et gestes vers
eulx, qui avoient bien monstr combien il avoit d'animosit vers elle;
de sorte que, s'il eust est aultre part, il y en avoit l qui eussent
entreprins de luy bien respondre; et, qui pis est, que la Royne,
vostre mre, en sa chambre, ayant faict venir ung bouffon abill 
l'angloyse, avoit dict, par drision,  milord de North, que c'estoit
proprement le feu Roy Henry d'Angleterre; de quoy elle avoit le cueur
plus serr, et se tenoit plus outrage que de nulle aultre chose qu'on
luy et dicte ny faicte, depuis qu'elle estoit au monde.

Et, l dessus, haussant sa voix, affin d'estre mieulx ouye de ses
conseillers et de ses dames, a poursuivy, en collre, le propos, avec
des parolles assez grosses, desquelles m'a sembl comprendre qu'elle a
dict que, s'il y et eu de l'honneur en la Royne, vostre mre, elle
n'et parl ainsy mal honnorablement, et en drision, d'ung si
honnorable prince qu'estoit le feu Roy, son pre, et qu'elle seroit
trs marrye d'avoyr faict ny dict rien de semblable d'elle, ny de
quelconque aultre prince que ce soit; et que le dict de North avoit
aulmoins respondu que les tailleurs de France avoient peu savoyr la
faon comme s'abilloit ce grand Roy, car quelques foys avoit il pass
la mer  bonnes enseignes, et avoit bien faict parler de luy par
dell.

Sur quoy, Sire, estimant que je debvois commancer ma responce par ce
dernier poinct, qui touchoit la Royne, vostre mre, j'ay address,
prsantz et oyantz les aultres, ma parolle en ceste sorte,  la dicte
Dame:

Que la Royne, ma Mestresse, mre du Roy, Mon Seigneur, estoit toute
pleyne d'honneur et aultant honnorable princesse qu'il y en ayt soubz
le ciel, sans rien rserver, et que je voulois dire, et maintenir
jusqu'au dernier souspir de ma vye, que milord de North n'avoit veu ny
ouy d'elle, ny de Vostre Majest, ny mesmes de Mr de Guyse, ny de nul
autre prince ny seigneur de vostre court, chose aulcune, procdant de
l'intention de Voz Majestez Trs Chrestiennes, qui et est dicte ny
faicte, ny qu'on la pet interprter, contre la dicte Dame, ny contre
l'honneur du feu Roy Henry, son pre, ny contre la dignit de la
couronne d'Angleterre; et que, si milord de North, ou aultre, le luy
avoient aultrement raport, qu'ilz ne l'avoient bien entendu, ny
n'avoient ainsy bien ngocy comme il convenoit de le fre entre
princes.

Et m'est venu, Sire, en l'esprit de sommer la dicte Dame qu'avant que
je sortisse de sa chambre, elle voult rabiller ce qu'elle avoit dit
de la Royne, vostre mre, ou bien qu'elle me donnt cong de sortir de
tout hors de son royaulme; mais, considrant que le prsent estat de
voz affres ne requroit cella, et que c'estoit le poinct auquel les
adversaires tendoient le plus, j'ay suivy l'autre expdient, de
remonstrer  la dicte Dame ce qui est port par ma prcdante
dpesche. Et ay adjouxt que, puisqu'elle mesmes advouoyt que, de la
part de Vostre Majest, qui faisiez exacte profession d'estre plus
soigneux de la vrit de voz parolles et promesses que de la propre
vye, milord de North luy en avoit apport de trs bonnes, avec la
confirmation d'icelles par une vostre lettre; et je les trouvois
encores trs confirmes par celles qu'il vous avoit pleu m'escripre,
depuis qu'il estoit party d'avecques vous; joinct qu'elle savoit bien
que la Royne, vostre mre, l'avoit tousjours fort respecte, et luy
avoit uz plus d'honnestes traictz d'amity que princesse qui ft au
monde, et ne l'avoit jamays offance; je m'esbahyssois par trop comme
elle, qui estoit prudente et advise, s'estoit laysse mener  dire
d'elle rien qui la pet offancer, et qu'elle ne cognoissoit qu'on la
vouloit tromper, car j'ozois dire librement que, si milord de North et
ceulx de sa suyte, au sortir de vostre chambre, fussent saultez dans
la sienne, qu'ilz ne luy eussent apport que tout contantement de Voz
Majestez; mais ilz avoient apprins ung aultre roollet par les chemins;
et qu'indubitablement la Royne, vostre mre, laquelle se souvenoit
trs bien que le feu Roy Henry d'Angleterre avoit est prince trs
estim de son temps, et aultant honnor et bien voulu en la court de
France que en la sienne propre, n'avoit aulcunement parl de luy,
sinon en la mesme faon qu'elle et voulu parler des feus Roys, ses
beau pre et mary; et que Mr de Guyse aussy estoit si modeste prince
qu'il n'avoit uz de parolle ny de dmonstration vers les Angloix,
dont elle et occasion de se tenir offance; car, oultre que ce
n'estoit son naturel, de dire ny fre choses semblables, il s'en ft
encores abstenu pour le respect du lieu et de la prsence de Vostre
Majest, bien que c'estoit son debvoir, comme grand maistre, de fre
advertyr les dictz gentilzhommes angloix de ne se couvrir, tant que
Monseigneur et le Roy de Navarre, et les aultres Princes et grands
seigneurs, qui assistoient  ceste crmonie, seroient descouvertz,
encor que, au dict de North, quand il vous explicquoit sa crance,
vous luy fissiez tenir le bonnet  la teste, car c'estoit pour
davantage l'honnorer  elle; et que Mr de Guyse avoit justement peu
supplyr en cella la faute, que ses dictz ambassadeurs avoient faicte,
de n'avoyr adverty les gentilzhommes comme ilz debvoient uzer en
vostre chambre, et nantmoins j'entendoys qu'il s'estoit retenu de ne
le fre pas; et qu'au reste, quand elle vous et bien dpesch le plus
grand de son royaulme, ou quand mme l'Empereur vous et envoy
quelqu'ung de ses enfantz ou de ses frres, archiducz, ilz ne
pourroient justement se plaindre que ne les eussiez faictz fort
honnorablement recevoir par Mr le comte de Charny et les
gentilshommes qui avoient receu le dict de North et sa trouppe; et que
je savoys bien qu'il n'avoit pas est faict davantage ny, possible,
tant,  ung comte que le Roy d'Espaigne vous avoit envoy: dont je la
supplyois de ne se vouloyr laysser transporter en cest endroict.

La dicte Dame, ayant prins de bonne part ma remonstrance, s'est
incontinent, en tout le reste de son parler, bien fort compose; et
avec beaucoup de modration est venue  dire plusieurs choses en bien
fort bonne sorte de Voz Majestez, et du desir qu'elle avoit d'establyr
une ferme amity avecques elles. Et depuis m'a mand, par troys des
plus grands et principaulx seigneurs de son conseil, qui estoient
prsentz, qu'elle n'avoit dict ny entendu dire de la Royne, vostre
mre, sinon que, si elle avoit dict ou faict, en mespris ou drision
du Roy, son pre, ce que le dict de North luy avoit rapport, qu'elle
n'y pouvoit pas avoyr beaucoup d'honneur; et me prioyt d'en escripre 
Voz Majestez affin qu'elle en pet estre satisfaicte, et en pet
satisfre ceulx de ses subjectz qui en estoient escandalisez; et
qu'elle ne demeurt offance par Voz Majestez, lesquelles elle ne
vouloit nullement offancer.

Sur quoy, Sire, je supplye trs humblement Vostre Majest me donner,
par voz premires, de quoy convaincre et ce que le dict de North a
dict, et la malice de ceulx qui le luy ont faict dire; et que ce qu'il
vous plerra m'en escripre soit en faon que je le puisse monstrer  la
dicte Dame. Et s'il plaist  la Royne, vostre mre, luy en escripre
ung bon mot de sa main, elle en restera extrmement contante.

Mr Walsingam a faict en cest endroit ung trs honneste office vers
elle. Il remercye trs humblement Vostre Majest de l'honneur que luy
avez faict de luy escripre, et promect qu'il employera tout son moyen
et pouvoir pour conserver droictement l'amity et bonne intelligence
qu'avez avec ceste couronne.

Pardonnez moy, s'il vous playst, Sire, si je continue de vous
importuner pour la venue de mon successeur, car plusieurs ncessitez,
et mesmement celles de vostre service pour le deffaut de ma sant, m'y
contreignent, mais j'espre que je luy lairay ceste ngociation en
trs bon estat. Sur ce, etc. Ce XXVIIIe jour de dcembre 1574.


    A LA ROYNE.

Madame, il ne fut onc  princesse du monde faict ung si fascheux et
malplaysant rapport, que celluy, dont milord de North et ceulx de sa
trouppe ont uz  leur Mestresse, sur la pluspart des choses qu'ilz
ont veues et ouyes en France; car, oultre les traictz que j'en rcite
en la lettre du Roy, vostre filz, j'ay sceu qu'ilz ont, d'habondant,
dict  la dicte Dame que, en leur faysant Vostre Majest voyr dans
vostre chambre deux petites neynes habilles comme elle, vous aviez,
et aulcunes de voz dames, jett tout plein de motz qui ne pouvoient
estre prins qu'en drision et mocquerie d'elle; et mesmes qu'il avoit
bien cognu, quand vous aviez faict semblant, en luy parlant de
Monseigneur le Duc, vostre filz, de luy louer la beaut et belles
qualitez d'elle, que ce n'avoit est que pour vous en mocquer; et
s'est efforc, par toutz les moyens qu'il a peu, de mettre au cueur de
la dicte Dame qu'elle estoit infinyement hae et mesprise de Voz Trs
Chrestiennes Majestez, et la moins respecte en vostre court qu'en
nulle part de la Chrestient; de sorte que, s'en trouvant elle bien
fort escandalize et quasy oultre d'une trs juste dolleur, de se
voyr desprise, injurye et touche en son honneur par ceulx qu'elle
s'esforoit d'honnorer, et dont elle recherche l'amity, elle ne s'est
peu tenir de respondre quelques mots pour revancher l'honneur et
dignit de son pre, dissimulant ce qui touchoit particullirement 
elle, non pour l'oublier, ains pour en rserver cache en son cueur
une indignation et vengeance pour lorsqu'elle verroit le poinct de
vous pouvoir bien nuyre.

Mais, aussytost que je luy ay eu fermement assur du contrayre, et que
je luy ay faict voyr qu'on la vouloit tromper, elle s'est ressouvenue
des tesmoignages d'amity que Vostre Majest luy avoit tousjours
monstr, qui l'ont, plus que nulle aultre chose, ramene incontinent 
modration, et lui ont faict sentir que les choses n'estoient telles
qu'on les luy avoit donnes entendre; et a protest que, si, par
collre, n'ayant bien la proprit de la langue franoyse, elle avoit
advanc quelque mot en deffance de l'honneur du feu Roy son pre, elle
n'avoit toutesfoys dict ny entendu dire, sinon que, si Vostre Majest
avoit ainsy faict ou parl en mocquerye et drision de luy, comme
milord de North luy avoit rapport, que n'y pouviez avoyr beaucoup
d'honneur; et qu'elle desiroit qu'il vous plet, Madame, luy fre voyr
que cella n'estoit auculnement advenu, et que aulmoins il n'avoit est
faict en ceste mauvayse intention de dnigrer la mmoyre du dict feu
Roy, son pre, affin qu'elle en pet satisferre ceulx des siens qui
avoient ouy le mesmes compte, et qui jugeoient que l'honneur d'elle,
et la dignit de sa couronne, et tout ce royaulme en estoient
grandement intressez.

En quoy, Madame, estant ce qu'elle demande bien fort juste, et mesmes
qu'il semble qu'il y auroit de l'injustice de le luy refuzer, j'espre
que Vostre Majest le luy accordera, jouxte la vraye vrit de ce qui
en est, qui m'assure qu'il ne y a rien eu de mal  propos contre elle
par dell, et que milord de North et les siens resteront confuz de ce
qu'ilz en ont dict, mesmement s'il vous plaist en escripre une bonne
lettre, de vostre main,  la dicte Dame, comme trs humblement je vous
en supplye.

Mr de Walsingam s'est monstr vertueux et honneste gentilhomme 
rejetter ces faulx rapportz; et a parl,  son tour, trs
honnorablement de Vostre Majest, ainsy que je l'ay bien certeynement
sceu. Il vous remercye trs humblement de l'honneur que luy avez faict
de luy escripre, et promect qu'il n'aura nul plus grand soing, en sa
charge, que de conserver l'amity d'entre Voz Trs Chrestiennes
Majestez et la Royne, sa Mestresse, et qu'il espre de voyr la dicte
amity plus ferme que jamays, si la paix succde en France. Sur ce,
etc.

    Ce XXVIIIe jour de dcembre 1574.


   ADVERTISSEMENT D'AULCUNES CHOSES
    Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres:

   Que ceste princesse, depuys l'advnement du Roy  la couronne,
   s'est rendue bien fort curieuse de monstrer que, pour chose
   qui ayt pass cy devant entre eulx, elle ne se tient offance
   de luy, et n'a opinyon qu'il se tienne aussy en rien offanc
   d'elle, affin que le fondement ne deffaille entre eulx de
   pouvoir mutuellement renouveller les traictez de paix et
   d'amity qu'ilz ont l'ung avecques l'aultre.

   En quoy, encor qu'il y ait ou y puisse avoyr, sellon aulcunes
   non lgres conjectures, de l'artiffice autant que de vrit,
   si est il bien certain que la rsolution a est une foys
   prinse par la dicte Dame, au cas qu'elle pet trouver de la
   correspondance au Roy, qu'elle persvreroit trs constamment
   vers luy, ainsi qu'elle avoit persvr vers le feu Roy, son
   frre;

   Mais l'on luy a suscit des escrupulles non petites pour la
   divertyr de ce bon propos, car, oultre la contrarit de la
   religyon et autres choses, que j'ay cy devant mandes, l'on
   luy a faict tomber ung advertissement entre meins, comme
   venant de Flandres, mais j'estime que quelque ministre l'ayt
   invent, que le Roy adhrant soubz main  la guerre que le
   Turc mne si aspre au Roy d'Espaigne, il prtend, aprs
   l'avoyr bien travaill par l, de luy courir sus au duch de
   Milan, et que desj la jalousie en estoit si grande, en
   Italye, qu'on n'avoit voulu octroyer le passage aux forces de
   pied et de cheval que le Pape luy offroit pour la guerre de
   France;

   Et que Mr de Savoye avoit donn parolle au Roy d'Espaigne
   qu'il ne les permettroit aulcunement passer par ses terres;

   Et ont mesl, parmy le dict advertissement, que, par aulcuns
   mmoyres du dict duc de Savoye, l'on avoit descouvert que
   vritablement le Roy avoit accept du Pape le droict de
   conqueste de ces isles de de, qui se sont substrettes de
   l'obyssance de l'glise rommayne, en la forme que le feu Pape
   et le consistoyre en avoient octroy l'investiture au Roy
   d'Espaigne, avant qu'il entrt en ceste guerre du Turc;

   Et qu'indubitablement le Roy avoit promis, pour l'effet de
   cella, de fre descendre en Escosse six mille harquebuziers
   italiens, quatre mille franoys et quinze centz chevaulx,
   pour, avec plus grandes forces, aprs qu'il auroit avec celles
   icy rduict l'Escosse, passer plus avant, et entreprendre, en
   personne mesmes, la plus forte et la plus aspre guerre en
   Angleterre, avec l'ayde des Catholicques, qu'on y ayt jamays
   veu;

   Et que, pour s'attribuer, le Roy, plus de droict en cella, il
   prtandoit d'espouser la Royne d'Escosse et fre valoir le
   transport du tiltre d'Angleterre que, de longtemps, elle luy a
   faict, et de poursuyvre si vifvement ceste entreprinse qu'il
   l'et mene  fin avant le bout de deux ans;

   Mais que le roy d'Espaigne se dellibroit de luy susciter tant
   d'affres d'ailleurs, et luy tirer la guerre intestine de la
   France en telle longueur, sellon qu'il en avoit assez de
   moyenz par le Languedoc, et par diverses intelligences dans le
   royaulme, que, si la Royne d'Angleterre se vouloyt aider, de
   son cost, on feroit aysment escouter au Roy ses forces et
   ses finances, et ses bons hommes, et tout l'effaict de ceste
   grande fortune, qui lui ryoit si fort  ce commancement, pour
   avoyr assez que fre dans son royaulme, sans s'estendre ny en
   Italye, ny en Flandres, ny en Angleterre.

   Et, l dessus, est arryv milord de North, qui a faict  la
   dicte Dame d'aussy fascheux et malplaysantz rapportz qu'il est
   possible, non du Roy, car il n'a oz estre si impudent, mais
   de tout le reste de sa court; et qu'il n'y avoit rien veu qui
   ne luy et signiffy une manifeste dclaration d'hayne et de
   malveillance contre elle et contre ce royaulme, racomptant ce
   que j'ay plus au long desduict ez lettres de Leurs Majestez,
   n'obmettant rien de ce qui pouvoit irriter et picquer jusques
   en l'me ceste princesse, et luy rendre trs suspecte l'amyti
   de Leurs Trs Chrestiennes Majestez.

   Sur quoy, elle, assez trouble et pleyne d'indignation, a
   mand ses plus privs conseillers pour leur communicquer ce
   fascheux rapport, et le juste malcontantement, qu'elle avoyt,
   que le Roy et sa court luy eussent rendu honte pour l'honneur
   qu'elle luy avoit envoy fre.

   Et l dessus se sont prinses des dellibrations que je n'ay
   peu toutes descouvrir; mais voicy ce qui en est venu  ma
   cognoissance:

   Que, en premier lieu, il a est mand  Me Wilson, 
   Bruxelles, de s'employer, le plus vifvement qu'il pourroit, et
   employer le nom et crdict de la dicte Dame, pour fre venir
   bientost les choses en accord avec le prince d'Orange, et de
   renouveller comment que ce soit, et le plus estroictement
   qu'il luy sera possible, les anciens entrecours d'entre ce
   royaulme et les Pas Bas;

   Que des cappitaynes angloix ont est mandez  Ampthoncourt
   pour leur accorder quelque entretnement, et les assurer
   qu'ilz seront bientost employez, et qu'ils ayent cependant 
   advertyr leurs gens de se tenir prestz; et a l'on aussy creu
   la pencyon  quelques cappitaynes italyens qui sont en ceste
   ville;

   Qu'on a envoy ung gentilhomme devers Mr de Mru, qui a
   longuement confr avecques luy; et, aprs qu'il a est
   dparty, le dict Sr de Mru s'est trouv si surprins d'ayse
   qu'il ne s'est peu tenir de dyre que la dicte Dame et ceulx de
   son conseil avoient envoy luy fre la conjouyssance de ce que
   milord de North rapportoit: qu'ung grand nombre de seigneurs,
   et gens de bonne mayson et gentilzhommes de France, avoient
   commanc de manifester la bonne affection qu'ils portoient 
   la mayson de Montmorency, et que Mrs l'admiral de Turenne et
   de Ventadour, de Carses, de Limreilh et plusieurs autres
   s'estoient dclarez ouvertement pour eulx; et que le marchal
   Dampville avoit troys mille chevaulx et dix huit mille
   harquebuziers en campagne, et que le mareschal de Retz, qui
   avoit voulu marcher vers ces quartiers l, s'estoit trouv si
   foible qu'il avoit est contreinct de se retirer, et mander au
   Roy qu'il le supplyoit de s'advancer pour renforcer son arme;
   que beaucoup de gens abandonnoient l'arme du Roy, et que
   Monsieur le Prince Daulfin s'estoit retir fort malcontant,
   que Monsieur le Prince de Cond armoit et avoit esprance
   d'entrer bientost avec dix mille reytres en France; et que, en
   Provence, Daulfin et Languedoc, ne restoit plus qu'une seule
   ville que toutes n'eussent adhr aulx eslevez, ou pour la
   cause de la religyon ou pour l'autre prtendue du _bien
   public_.

   Et,  deux jours de l, le dict Sr de Mru est all 
   Hamptoncourt, avec le cappitayne La Porte, et le cappitayne
   Chat, lesquels deux j'entendz qu'ont faict la cenne avec les
   Protestantz, mais luy demeure catholicque; et ont est fort
   bien et fort privement caressez;

   Que les ministres se sont assembls en conseil pour dellibrer
   de ce qui estoit  fre sur ung concours de tant de nouvelles;
   et m'a l'on rapport qu'il a est rsolu entre eulx qu'il sera
   dpesch ung homme exprs, vers ceulx qu'ils sentent estre de
   leur party et mesmement vers les principaulx et plus grands,
   pour les admonester de prendre,  ce coup, les armes, et que
   le poinct est venu qu'il n'y aura jamays plus envers Dieu et
   les hommes aulcune excuse pour eux, s'ilz ne se dclarent
   maintenant, et s'ilz ne sont dilligentz  susciter bientost
   les soublvations et rvoltes qu'ils savent estre
   secrettement formes en divers endroictz du royaulme, de sorte
   qu'il n'y ayt province o il n'y en apparoysse quelqu'une;

   Que, par mesme moyen, ils ayent  se saysir du plus grand
   nombre de places qu'ilz pourront, et, par exprs, d'aulcunes
   sur la mer de de, le long de Picardye et de Normandye, affin
   d'attirer les Angloix  ceste guerre, car lors ils se
   dclareront indubitablement pour eulx;

   Que les praticques qui sont trames, de longtemps, sur
   Callays, Bouloigne, Dieppe, le Hvre et Cherbourg, seront
   tantes; en quoy se parle qu'il y a des habitantz, aulxquelz
   on a promis cinq centz escus de rante  chascun, dans ce
   royaulme, pour introduyre les Angloix dans leurs villes; et
   qu'on doibt conduyre l'entreprinse par des navyres marchands,
   o y aura des harquebouziers et gens de guerre cachez,
   lesquelz, avec leurs intelligences, se rendront mestres des
   portes; et qu'en mesmes temps y aura partye faicte, dans les
   dictes villes, pour tuer les gouverneurs et cappitaynes;

   Et qu'en effect la guerre s'allumera par toutz les coings et
   endroictz du royaulme, pour obtenir ceste foys l'dict
   irrvocable de janvyer, avec de si bonnes places et lieux de
   seuret, qu'ilz n'auront jamays plus  creindre qu'on leur
   viegne forcer ny leurs vyes ny leurs consciences; et que le
   Roy et la Royne, sa mre, se trouveroient si perplex que, de
   la pluspart de ceulx qu'ilz se voudroient servir, ou qu'ilz
   voudroient retenir prs d'eulx, ou bien les employer en
   lgations et charges, ilz ne les rputeront fidelles; et, s'il
   est possible, ilz persuaderont ceulx de ce conseil de fre que
   ceste princesse monstre quelque ressentiment, de parolle ou
   d'effaict, sur les susdictz rapportz de milord de North, affin
   de venir en ropture avecques le Roy.

   Mais ce qui plus me griefve est que deux personnages
   catholicques, et bien fort vnrables, de ce royaulme, m'ont
   mand, sparment l'ung de l'autre, sellon qu'ilz sont aussy
   sparez, que la conjuration a est faicte contre la vye et la
   personne du Roy, et qu' prsent, plus que jamays, l'on la
   poursuyt; et qu'il faut que Sa Majest face prendre
   soigneusement garde  son boyre,  son manger,  ses
   vestementz,  ce qu'il touchera, et nommement au pommeau de
   la selle et aulx rnes du cheval qu'il montera.

   Et, depuis, les dessusdictz et ung autre personnage de bonne
   qualit, estranger, m'est venu confirmer le mesmes
   advertissement, par la relation d'aulcuns aultres, et comme il
   est ordonn d'employer de grands dons et prsantz pour
   corrompre quelqu'ung de la cuysine, ou d'autre office de la
   bouche du Roy, ou bien de sa garderobbe, ou de l'escuyerye,
   pour excuter l'entreprinse. Et n'ont deffally aussy aulcuns
   franoys de la nouvelle religyon qui m'ont adverty comme ilz
   avoient eu quelque sentiment de ceste dtestable conjuration,
   et, qu'en toutes sortes j'en debvois donner advis au Roy.

   Et les ungs et les aultres, tant plus je les ay examins des
   circonstances de ce faict, plus je les ay trouvez conformes et
   persvrantz en ce qu'ilz m'en avoient desj dict. Et m'ont,
   d'abondant, confirm qu'il y a secrette dellibration, entre
   les Angloix, d'armer et de tanter l'entreprinse des susdictes
   cinq places, ou de quelqu'une d'icelles; et que pareillement
   il y a grande conjuration contre la vye de la Royne d'Escosse,
   ce que la pouvre princesse a bien senty, ainsy qu'ung chiffre
   que j'ay dernirement receu d'elle le tesmoigne.

   Et y a grande apparance, aussy, que, si les escrupulles qu'on
   a imprim  la Royne d'Angleterre ne sont modrez, qu'elle
   tentera, de rechef, l'entreprinse d'avoyr le Prince d'Escosse,
   sellon qu'on m'a rapport que, depuis quelques jours en ,
   elle a dict qu'elle vouloit fre en sorte que le dict Prince
   et le chteau de Dombertrand fussent mis ez mains du comte de
   Morthon, parce qu'il rputoit Me Alexandre Asquin et ceulx qui
   gardent Dombertrand, et nommement Droucastel, traystres. De
   quoy seroit bon les advertyr de l'opinyon que la dicte Dame a
   d'eux, car cella les feroit du tout jetter ez bras du Roy.

   Et n'ont deffally aulcuns, mesmement des partisans de
   Bourgoigne, qui ont mis en avant  ceste princesse que, sans
   plus s'amuzer aulx belles parolles du Roy et de la Royne, sa
   mre, lesquelles n'estoient que pour la tromper, elle voult
   estroictement racoincter le Roy d'Espaygne; et avoyr agrable
   que Mr de Savoye envoyt la requrir de mariage, sellon que
   c'estoit ung prince d'ge comptant, qui avoit eu des enfans
   d'une princesse aussy advance en l'aage comme elle, et qui
   estoit prince d'une esprouve vertu, qui n'escandalizeroit
   rien par de, et qui savoyt supporter ceulx de la nouvelle
   religyon en ses terres, estant certain que le Roy d'Espaigne,
   en faveur de ce mariage, et pour paciffyer et saulver ses Pays
   Bas, comme indubitablement il le feroit avec la faveur de ce
   royaulme, il establiroit le dict Mr de Savoye gouverneur de
   Flandres, chose qu'il n'en pourroit advenir de plus heureuse,
   ny plus  propos, pour l'Angleterre que cella.

   Et m'est bien souvenu de ce que, par une dpesche du moys
   d'octobre dernier, Leurs Majestez m'avoient mand, que je ne
   fusse,  prsent, nullement endormy, parce que ce seroit le
   temps auquel l'on feroit les plus grands effortz de mettre la
   dicte Dame  la guerre; mais j'espre que Dieu fera la grce
   au Roy d'establyr la paix en son royaulme, par le moyen de
   laquelle il rendra esteinctes aulx malins leurs males penses
   dans leurs cueurs, et veynes toutes leurs entreprinses; et
   que, s'il luy playst d'envoyer requrir la continuation de la
   ligue avec ceste princesse, et la satisfre ung peu de ces
   impressions que milord de North luy a donnes, qu'il obtiendra
   tout ce qu'il voudra d'elle, et ne sentira de son royaulme que
   toutz offices d'amity et de bonne intelligence.


   AUTRE LETTRE A PART.

   (_Escripte de la main du Sr de La Mothe Fnlon._)

   --du XXVIIIe jour de dcembre  1574.--


    AU ROY.

Sire, il y a des personnes,  qui leur malice les presse si fort au
cueur qu'ilz ne l'y peuvent tenir cache, et manifestent souvant des
penses qu'ilz ont, qui sont plus malignes qu'il ne leur abonde le
moyen de les excuter, ainsy que, sur ce que je viens de vous escripre
par ung mmoyre de ceste dathe, touchant la conjuration faicte contre
la personne de Vostre Majest, j'ay envoy remonstrer au vieux vesque
catholicque de Lincoln, et  ung autre grand docteur trs catholicque,
qui sont toutz deux en arrest en ceste ville, et pareillement au Sr
Fogas, portugoys, et surtout au Sr de Languillier et au cappitayne
Bastian, provanal, et  quelques aultres franoys, (qui m'ont donn
le dict advertissement, et y ont mesl le danger de la Royne, vostre
mre, avecques le vostre), que je ne voulois lgrement, sur ung dire
si gnral et incertain que le leur, vous donner ceste tant fascheuse
impression, laquelle ne pourroit estre que ne vous esmet bien fort,
et ne picqut estrangement les cueurs de Voz Majestez; et que pourtant
je les prioys de me dsigner s'il y avoit, de prsent, prs de Voz
dictes Majestez, ou s'il y debvoit venir personne, de quelque qualit
que ce ft, qu'ilz l'eussent ouy nommer pour suspecte de cest acte,
affin que la puissiez fre mieulx observer et vous mieulx
contregarder.

Et ilz m'ont respondu le mesmes qu'ilz m'avoient desj mand, que,
par des propos qu'aulcuns, transportez de passion, avoient tenuz entre
eulx, il estoit vident que la dicte conjuration estoit faicte, et
qu'on poursuyvoit encores,  prsent, plus qu'on n'avoit encores
faict, de l'effectuer. Et ont adjouxt qu'il falloit prendre bien
garde que quelqu'ung, ayant une baguette en la main, avec ung noeud,
ou ung petit boucquet au bout, ne vous toucht, feignant de le fre
par mgarde, car le bouquet seroit empoysonn; et aussy que, pour
viter quelque malheureux coup de dague ou de pistoll par trahyson,
Vostre Majest n'admt prs de soy personnes incognues, et nommement
nul escossoys, qui ne ft bien advou.

Et m'ont, d'abondant, adverty que les ministres s'estant persuadez
qu'il n'y avoit bonne intelligence entre Vostre Majest et Monseigneur
vostre frre, avoient propos de mettre en avant que nouveau partage
luy ft baill, avec tiltre de Roy, ou aulmoins de souveraynet, affin
que ses terres fussent ung lieu de refuge  ceulx de leur religyon,
qui estoit la plus honneste seuret qu'ilz vous sauroyent demander;
mais qu'ilz ne savoient pas encores si Mon dict Seigneur le
trouveroit bon, car ce n'estoit chose qui ft provenue de luy. Qui
sont dellibrations, Sire, qui descouvrent plus de tourment en ceulx
qui les font, qu'il n'y a apparance qu'ilz les puissent ny ozent
jamays entreprendre, tant elles ont peu de fondement; dont n'en debvez
estre en peyne.

Et nantmoins je n'ay voullu fallir de les vous mander, puisqu'elles
concernent vostre personne, vous supplyant trs humblement, Sire, que,
de tant que ces gens ne cessent de vous dresser, dedans vostre
royaulme et partout o ilz peuvent, dehors, tout plein de fcheuses
praticques, sur l'apparance de ce qu'ilz imaginent debvoir estre ou
pouvoir advenir, qu'il vous playse, et  la Royne, vostre mre, pour
les rendre confus, unyr trs intimement et trs cordiallement
Monseigneur vostre frre  voz intentions, comme ung autre bras droict
de vostre force, et l'appuy de vostre authorit, et que faciez
paroistre qu'il est ainsy; et rputiez, au reste, trs honnorable, et
encores plus heureuse, la paix avec voz subjectz, en quelle faon que
Dieu vous donnera de la pouvoir fre avec vostre rputation, car elle
vous mnera  bout de toutz voz affres; et qu'il soit vostre bon
playsir de me renvoyer la prsente, qui est escripte de ma main: car
ceulx qui y sont nommez me l'ont ainsy faict jurer et promettre. Et
sur ce, etc. Ce XXVIIIe jour de dcembre 1574.




CCCCXXVIe DPESCHE

--du segond jour de l'an 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Assurances rciproques d'amiti.--Offre faite par
    lisabeth de sa mdiation pour procurer la paix en
    France.--Rponse vasive de l'ambassadeur.--tat des forces que
    le roi peut opposer aux rebelles.--Explications sur les propos
    rapports par lord de North.--Dclaration d'lisabeth  ce
    sujet.--Instances de l'ambassadeur en faveur de Marie
    Stuart.--Meilleure disposition d'lisabeth  l'gard de la
    reine d'cosse.--Recommandation au roi en faveur de Me
    Warcop.--Prire  la reine-mre de faire une rponse  la
    dclaration d'lisabeth.


    AU ROY.

Sire, estant,  l'occasion de vostre dpesche du Ve du pass,
all donner, le premier d'estui cy, les bonnes festes et le bon
an  la Royne d'Angleterre,  Ampthoncourt, elle s'est trouve
merveilleusement bien contante des propos que j'ay eus  luy tenir de
vostre part; et aprs qu'elle m'a eu, avec dmonstration de beaucoup
d'affection, dict qu'elle vous faisoit, de bon cueur, les mesmes bons
et honnestes souhaitz que je luy faisois, icy,  elle, et qu'elle
desiroit que ce segond an de vostre rgne ft en toutes sortes si
segond, et bien heureux, qu'il vous pet introduyre en plusieurs
aultres annes aprs, qui vous fussent pleynes de flicit, elle m'a
pri de vous escripre qu'elle vous remercyoit infinyement de celle
forme d'excuse que luy faysiez de ne l'avoyr encores envoy visiter,
laquelle luy estoit ung tesmoignage non petit que vostre intention
estoit de vous entretenir en bonne amity avec elle, puisqu'au milieu
des grands et trs urgentz affres de vostre royaulme, et mesmement de
ceulx o vous vous trouviez  prsent envelopp, ez confins d'icelluy,
vers le Languedoc, il vous playsoit d'avoyr en mmoyre ceste visite,
sur laquelle elle considroit assez vos empeschementz; mais elle vous
promettoit bien qu'en quel temps qu'elle vnt, elle tesmoigneroit au
monde qu'elle l'acceptoit de bon cueur, et qu'elle la recepvoit  trs
grand honneur, et pour une marque de la plus parfaicte intelligence
qu'elle desire avoyr avec quelconque aultre prince qui soit en la
Chrestient; et puisque luy offriez de luy garder sincrement les
droictz de vostre amity, qu'elle vous prioit de croyre qu'elle vous
conserveroit perptuelle et inviolable ceulx de la sienne, bien
qu'elle ne se pouvoit assurer qu'il n'y en et, prs de vous, qui vous
persuadoient aultrement, et qui desiroient vous voyr brouillez
ensemble, et la troubler  elle en son estat, mais qu'elle ne
layrroit, pour cella, de donner foy  ce que luy promettiez, et de
souhayter, de tout son cueur, l'establissement de voz affres et la
tranquillit de vostre estat; et que la mesmes offre, qu'elle avoit
faicte au feu Roy, vostre frre, aulx troubles de son temps, elle la
tournoit fre  Vostre Majest en ceulx qui se sont ressucitez du
vostre:

C'est que, si voyez qu'elle puisse quelque chose pour les rduyre  de
bons termes de paix, avec la conservation de vostre authorit et
rputation, et avec toutz les advantaiges qui doibvent estre rservez
 ung roy et prince souverain, qu'elle est preste de s'y employer en
la mesme forme qu'elle desire demeurer establie sur ses propres
subjectz, et non  rien moins que cella. En quoy s'il luy pouvoit
apparoir que eussiez offert aulx vostres, non toutes les condicions
qu'ilz voudroient, mais quelques unes, honnestes et tollrables, pour
satisfre  leurs consciences, et d'autres pour les rendre aulcunement
assurez contre les justes meffiances que vous mesmes jugs bien qu'ilz
ont occasion d'avoyr, et qu'ilz ne s'en voulussent contanter, qu'elle
les rputeroit lors substretz de la droicte religyon pour entrer en
une manifeste rbellion contre Dieu et contre leur prince naturel, et
comme telz elle ayderoit, de tout son pouvoir,  les chastier et
rprimer.

De quoy l'ayant bien fort remercy avecques une suyte de toutz les
honnestes propos que j'ay estimez convenir  l'expression de vostre
bon desir  la paix, sans m'arrester nullement  son offre, sinon de
l'assurer que je le vous signiffieroys le plus prs que je pourrois
des mesmes termes qu'elle me l'avoit dicte, je luy ay satisfaict  ce
qu'au reste elle m'a demand: s'il n'y avoit poinct cependant
suspencion d'armes? Que vritablement non, et que j'entendoys que Mr
de Bellegarde estoit devant Livron avec une bonne arme et vingt
canons; et Mr le marchal de Retz devant Riez, en Provence, avec une
aultre arme et avec une aultre bonne bande d'artillerye; et le duc
d'Uzs avec d'autres bonnes forces vers l'autre part de Languedoc; et
Mr le marchal de Monluc avec d'autres en la Guyenne; et Mr de
Montpensier continuoit le sige de Lusignan en Poictou: de sorte que
Vostre Majest avoit cinq armes aulx champs, et estiez prest
d'introduyre encores bien d'autres grosses leves de reytres et de
suisses, et estrangers, et joindre de trs grandes forces de voz
subjectz pour remdyer, par ce violent moyen,  la trop ostine
opiniastret  voz subjectz, si les remdes de vostre clmence et
doulceur n'y pouvoient estre applicquez.

De quoy la dicte Dame s'est donne beaucoup d'admiration, d'o, ny
commant, aprs tant de ruynes et de calamits de vostre royaulme, vous
pouvoient maintenant survenir tant de grands et esmerveillables
moyenz. Et a adjouxt qu'elle vous prioit, sur toutes choses, de ne
vouloir essayer l'extrmit, parce qu'aprs icelle n'y avoit plus, de
ressource. Et puis a faict venir  propos de me dire que, depuis huict
jours en , je l'avoys cuyd remettre en la mesme dtresse qu'elle
estoit, lorsque la feue Royne, sa seur, luy faisoit fre son procs
dans la Tour sur des parolles qu'on avoit mal entendues d'elle; et
qu'elle me pouvoit dire qu'encores jamays elle n'avoit,  son escient,
intress l'honneur de gentilhomme ny de dame, qui ft au monde, et
que pourtant je pouvois croyre qu'elle n'avoit touch ny entendu
toucher, en faon que ce ft,  celluy d'une telle princesse comme la
Royne, vostre mre; mais qu'elle n'avoit peu fre de moins, pour
l'honneur et rvrance du feu Roy, son pre, que de dire qu'il n'avoit
est honnorable  elle de se mocquer de luy, si, d'avanture, elle
l'avoit faict; et qu'elle verroit quelle interprtation elle y
voudroit donner.

Je luy ay respondu que,  dire vray, j'estois, l'autre foys, party
bien troubl de sa prsence, ayant entendu des parolles qui tendoient,
d'ung cost,  blasmer la Royne, vostre mre, et par consquent Vostre
Majest mesmes, et, de l'autre,  mettre de l'altration en vostre
mutuelle amity; et que pourtant j'avoys cherch quelque radresse en
cella, mais qu' prsent je demeuroys le plus satisfaict gentilhomme
du monde, et me soubscripvois  ce qu'elle m'en avoit mand, et  ce
que prsentement elle m'en disoit; dont esprois que bientost il luy
viendroit aussy  elle tant de satisfaction, de cest endroict, que les
mauvais rapportz en resteroient convaincus. Et suis pass  luy fre
une petite ngociation pour la Royne d'Escoce, et luy prsenter une
lettre qu'elle luy escripvoit, et une trs belle coyfure de rseil,
qu'elle luy envoyoit, fort mignonement ouvre de la main mesmes de la
Royne d'Escosse, avec le collet et manches, et aultres petites pices
appartenantes  cella, que la dicte Dame a eu autant agrables qu'il
est possible. Et pense avoyr rduit les choses, entre elles, 
quelques bons termes, pour n'estre besoing, Sire, que touchiez rien 
l'ambassadeur d'Angleterre du changement qu'elle creignoit, jusques 
ce que je vous en auray autrement escript. Et sur ce, etc.

    Ce IIe jour de janvier 1575.


   _Par postille  la lettre prcdente._

   Ceste princesse et les principaulx de son conseil m'ont si
   instamment pry de remmorer  Vostre Majest la promesse
   qu'avez faicte  milord de North, touchant l'affre de Me
   Warcop, que je vous supplie trs humblement, Sire, d'y vouloir
   fre regarder, et luy pourvoyr; car, avec l'quit de sa
   cause, il est gentilhomme de mrite, et qui est fort bien veu
   et bien fort estim de la Royne, sa Mestresse, et de toute sa
   court.


    A LA ROYNE.

Madame, je suis retourn, ceste foys, si satisfaict de la Royne
d'Angleterre, des honnestes et vertueux propos qu'elle m'a tenuz de
Vostre Majest, et de l'obligation qu'elle dict avoyr de vous aymer et
respecter par dessus toutes les aultres princesses de la Chrestient,
et de la ferme crance qu'elle veut avoyr, attandu les honnorables
offres d'amity et d'alliance qu'elle a eues plus expresses de vous
que de nul autre prince ny princesse qui vivent, qu'il ne peut estre
que vous l'ayez volue offancer ny injurier, en vous mocquant et
faisant ceste drision, qu'on luy a dict du feu Roy, son pre. Et a si
bien rabill ce que la collre et l'instigation d'autruy luy pouvoient
avoyr faict advancer quelque parolle, que j'estime, Madame, s'il vous
plaist luy escripre ung bon mot, de vostre main, sur l'interprtation
de ce qui peut avoyr est faict en cella; et que Vostre Majest
l'assure qu'il n'y a eu rien en drision ny mocquerie d'elle ny du feu
Roy, son pre, que toutes choses se rduyront entre vous deux en aussy
bons termes qu'elles ont est jamays. Et de tant que cella ne peut
estre, en ce temps, ny pour quelles occasions qui puissent survenir,
sinon trs commode et de beaucoup d'utillit aulx affres de Voz
Majestez Trs Chrestiennes, et au bien de vostre royaulme, je vous
supplye trs humblement, Madame, ne la vouloir mespriser. Et sur ce,
etc.

    Ce IIe jour de janvier 1575.




CCCCXXVIIe DPESCHE

--du VIIe jour de janvyer 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Mousnyer._)

  Ncessit d'envoyer promptement la lgation annonce pour
    complimenter lisabeth de la part du roi.--Maladie de
    l'ambassadeur.--Ses instances pour obtenir son
    rappel.--Nouvelles des Pays-Bas, d'Irlande et de la Rochelle.


    AU ROY.

Sire, ayant, par ma prcdante dpesche, donn ung bien entier compte
 Vostre Majest des propos qui ont est tenuz entre la Royne
d'Angleterre et moy,  ce nouvel an, j'ai depuis travaill, et fais
tousjours tout ce que je puis pour entretenir la dicte Dame et ceulx
de son conseil aulx meilleurs et plus exprs termes de vostre amity
qu'il m'est possible, affin qu'ilz ne se layssent conduyre,
d'ailleurs,  fre des dellibrations qui vous puissent estre
nuysibles, ny qui soient pour apporter de l'empeschement 
l'establissement de voz affres. Et bien qu'ilz s'assemblent assez
souvant pour traicter des entreprinses de l'anne o nous entrons, si
ne descouvr je qu'ilz se rsolvent, pour encores,  rien de bien
certain, jusques  ce qu'ilz puissent voyr quelle yssue prendra le
pourparl de paciffication que Vostre Majest a commanc avec ceulx de
leur religion, car il semble bien, Sire, que la dicte Dame, avec
aulcuns des mieulx intentionns de son conseil, vous desirent de bon
cueur la rduction de voz subjectz; mais il est bien certain qu'elle
ny pas ung d'eux ne voudroient, en faon du monde, qu'elle advnt par
une deffinition d'armes; et je crains par trop, si le dict pourparler
vient du tout  se rompre, que leurs dictes dellibrations, avec
celles des Allemantz, lesquels, par messagers ordinayres, confrent
quasy toutes les sepmaynes ensemble, ne se rsolvent, en faveur de voz
dictz subjectz,  vous susciter avec eulx une guerre plus longue et
plus pleyne de difficultez et de dangers que n'ont est les
prcdantes. Dont, affin, Sire, que, en tout vnement de paix ou de
guerre, l'on ne puisse ainsy facillement divertyr ceulx cy de vostre
intelligence, comme je voy bien que ceulx qui envyent vostre grandeur,
et ceulx qui la creignent, s'efforcent de le fre, je vous supplye
d'envoyer bientost visiter la dicte Dame, et la requrir de la
confirmation de la ligue; car j'espre, moyennant cella, que je
pourray bien, avec le gentilhomme qui viendra pour cest effect, et
avec celluy qu'envoyerez me succder, fre en sorte que les aultres
poursuyvans, qui sont  prsent icy, demeureront exclus de la pluspart
de leurs demandes; et que je pourray laysser  mon successeur les
choses de vostre service en trs bonne disposition par de.

En quoy, Sire, pour l'occasion de mon indisposition, laquelle me
rengrge si fort,  toute heure, qu' peyne oz je plus habandonner la
chambre, je suis contrainct de presser, plus qu'autrement je ne
ferois, Vostre Majest, de la venue des dictz deux gentilzhommes,
joinct que Me Wilson a naguyres escript de Bruxelles qu'il avoit
obtenu telle expdition qu'il avoit peu desirer sur toutz les poinctz
de sa lgation, et que le commerce d'Anvers estoit rouvert aulx
Angloix, et l'amity avec le Roy d'Espaigne s'alloit renouer plus
estroictement que jamays, se louant infinyement des bonnes chres et
des festins et accueils et bons trettementz que le grand commandeur et
le duc d'Ascot, et don Bernardin de Mendossa, et aultres seigneurs de
celle court luy avoient faict; ce que venant  estre mis en
comparayson des choses que milord de North a mal rapportes de France,
je sentz bien que quelques ungs s'efforcent d'en relever la part
d'Espaigne par dessus celle de Vostre Majest, dont est besoing de
quelque ayde et de quelque prompt entretnement pour y remdyer.

Les choses d'Irlande succdent,  ceste heure, assez heureusement 
ceste princesse depuis la rduction du comte d'Esmont, qui luy a remis
cinq fortz entre mains. Et le comte d'Essex en a gaign deux ou troys,
et en faict rdiffyer quatre; dont demande,  prsent, ung renfort de
soldatz, affin de les garnyr bien trs toutz; et si, a prins,  ce que
j'entends, Briant Mac O'Nel, qui est escossoys, prisonnyer. Et le
susdict comte d'Esmont promect qu'il fera bientost rduyre tout le
pas  une bonne tranquillit soubz l'obyssance de la Royne
d'Angleterre.

L'on dict qu'il est party de Flexingues une flote de dix huict bons
navyres de guerre pour aller courre la coste d'Espaigne, et se
retirer, puis aprs, en Brouage.

Il y a ung jeune homme, naguyres revenu de la Rochelle, qui rapporte
que Mr de La Noue en est party, avec quarante chevaulx, assez
malcontant des habitants; bien que les ministres font courir le bruict
qu'il est all, avec troys centz chevaulx, recueillyr aultres troys ou
quatre centz chevaulx en Prigort, et six centz harquebouziers; et
qu'avec ces forces, et aultres qu'il pourra assembler, il dellibre
d'aller combatre Mr de Montpensier, et secourir ceulx qui sont dans
Lusignan. Et sur ce, etc.

    Ce VIIe jour de janvier 1575.




CCCCXXVIIIe DPESCHE

--du XIIIe jour de janvyer 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne Jumeau._)

  Retards apports  la ngociation de la paix en
    France.--Dmarches faites auprs de Mr de Mru par les
    protestans.--Mort du duc de Bouillon et du cardinal de
    Lorraine.--tat de la ngociation de la paix.


    AU ROY.

Sire, avec les honnestes propos d'amity que j'ay tirs des deux
dpesches de Vostre Majest, du Xe et XIIIIe du pass, qui me sont
arryves le quatriesme et sixiesme d'estui cy, j'ay mis peyne
d'entretenir la Royne d'Angleterre, et ceulx qui guident ses
dellibrations, en la meilleure disposition que j'ay peu; et ay, par
l, asss faict suspendre les responces qu'aulcuns s'efforoient
d'avoyr d'elle sur les prsentz affres qui se dbatent en vostre
royaulme; qui, avec bonnes parolles, les a remys jusques aprs que,
par la procheyne lgation que luy envoyers, elle aura pu cognoistre
comme vous entendez de vivre avec elle. Il est vray, Sire, que je
sentz bien que, sur les difficultez que l'ambassadeur d'Angleterre a
escript qui se trouvoient si grandes, en la paciffication de voz
subjectz, que Vostre Majest perdoit quasy l'esprance de ne les
pouvoir plus rduyre sinon par la force, il a est donn quelque
parolle l dessus, qui a beaucoup contant les poursuyvans. Et a l'on
mis en avant je ne say encores bonnement quoy, sur la nouvelle qui
est arryve de la mort de Mr de Boillon[3], touchant ses deux places
de Sedan et de Jamays.

  [3] Henri Robert de La Mark, duc de Bouillon, mort le 2 dcembre
  1574.

Et le cinquiesme de ce moys est arryv, en ceste ville, ung provenal,
nomm Pierre Garnier, de Marseille, qui monstre estre asss habille
homme et homme d'affres; lequel dict que, voyant la guerre en son
pays, il avoit volontiers prins l'occasion de s'en esloigner, soubz
prtexte de marchandise, et qu'il attandoit de bref ung navyre sien
qui luy estoit de grande importance. Et incontinent est all trouver
Mr de Mru, feignant toutesfoys d'estre homme fort indiffrent, et de
n'avoyr poinct sceu que Mr de Mru ft icy, mais que, pour avoyr est
d'autresfoys fort cognu de Mr Dampville, il luy vouloit bien fre la
rvrance, et luy a faict les forces de son dict frre fort grandes,
de vingt mille harquebusiers et troys mille chevaulx. Dont, bientost
aprs, le dict sieur de Mru est all  Ampthoncourt ngocier quelque
chose l dessus avec ceste princesse et avec ceulx de son conseil; et,
encores depuis, il y est retourn, quand l'homme du docteur Dayl a
est arryv, avec la dpesche de son maistre, du XXIXe du pass, par
la quelle il assure que Mr le cardinal de Lorrayne estoit trespass le
jour de Nol, qui a est une nouvelle  ceulx cy non mal agrable, 
cause de la Royne d'Escosse, mais j'assure fort que je n'en ay poinct
de confirmation. Et semble que le dict Sr de Mru se prpare pour
retourner de bref en Allemaigne, et m'a l'on dict qu'il emmeyne
avecques luy le jeune Montgommery, frre puyn de celluy qui s'en est
retourn  la Rochelle avecques sa femme.

Le susdict ambassadeur d'Angleterre avoit desj escript, icy, du
deppart des depputez de Languedoc, en une certeyne faon qui faisoit
asss doubter que vous desirissis la paix; mais j'ay faict voyr que
nul ne debvoit trouver estrange si aviez renvoy les dictz depputez
sans leur accorder celle convoquation qu'ilz demandoient estre faicte
 Nismes; car, oultre qu'elle tiroit les choses en longueur, vous leur
avez propos d'autres expdientz qu'ilz n'avoient poinct rejettez,
lesquelz ilz estoient allez confrer avec ceulx qui les avoient
depputez, en intention d'incontinent aprs vous venir retrouver, et
que cepandant vous dellibriez, avec les depputez de Monsieur le
Prince, lesquelz vous attendiez d'heure en heure, de disposer la
matire pour la fre venir  quelque bonne conclusion. Ce qui a, de
rechef, remis ceulx cy en l'opinyon de la paix. Et le mesmes
ambassadeur leur a escript que, depuis la mort de Mr le cardinal de
Lorrayne, l'on en avoit plus d'esprance. Et sur ce, etc. Ce XIIIe
jour de janvier 1575.




CCCCXXIXe DPESCHE

--du XIXe jour de janvyer 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calays par Jehan Volet._)

  Injonction faite  l'ambassadeur d'intercder vivement auprs
    d'lisabeth pour Marie Stuart.--Crainte qu'une pareille
    dmarche ne soit inopportune.--Espoir que la reine d'cosse est
    pour le moment hors de danger.--tat de la ngociation de la
    paix en France.--Promesses faites par lisabeth aux protestans
    de France et d'Allemagne.--Armemens prpars secrtement 
    Londres.--Nouvelles de la Rochelle.--Ngociation de la paix
    dans les Pays-Bas.


    AU ROY.

Sire,  ce premier chef de vostre dpesche, du XXe du pass, que j'ay
receue le trziesme d'estuy cy, par o Vostre Majest me mande que je
m'opose au transport de la Royne d'Escosse, je ne fauldray d'y
satisfre, quand j'entendray, par elle, ou que je sentiray, icy, qu'il
en sera besoing, bien que nulle autre chose pourra estre prinse en
pire part, ny plus mal interprte de la Royne d'Angleterre et des
siens, que l'instance que j'en pourray fre, parce qu'elle et eulx ne
sont de rien au monde si jaloux que de tout ce qui, au nom de Vostre
Majest, vient estre dict ou faict en faveur de ceste princesse.
Nantmoins je n'obmettray rien de tout ce qu'il vous plaist m'en
commander avec la deue observance, toutesfoys, qu'y sera requise, pour
n'altrer rien de voz affres par de. Dont je loue Dieu que, pour
ceste heure, il n'y fault rien fre; car il est desj pourveu, si plus
grand accidant ne survient, qu'elle ne sera poinct change de la garde
du comte de Cherosbery.

Et pour l'autre segond chef de vostre dicte dpesche, j'ay mis peyne
de fre voyr, icy, de quelle bnignit vous avez commanc de tretter
avec les depputez du Prince de Cond, et combien vous desirez et avez
bonne esprance de mettre de bref la paciffication en vostre royaulme.
Qui vous promectz, Sire, que les aultres depputez des eslevez de
Languedoc ne furent pas plus tost dpartis d'Avignon, sans avoyr rien
faict, que les suppostz de la nouvelle religyon, qui sont icy,
n'allassent incontinent  Ampthoncourt, devers la Royne d'Angleterre
et devers ceulx de son conseil, y estant lors Mr de Mru, pour leur
donner entendre que, sur des difficultez non petites, et sur certeyne
forme d'articles qu'ilz leur monstreroient, toute l'esprance de la
paix estoit rompue, et que les eslevez se trouvoient sy gaillards
qu'ilz se mettroient bientost en campaigne; et que, dans peu de jours,
le Prince de Cond seroit prest de descendre, avec de grandes forces,
d'Allemaigne en France; dont supplyoient la dicte Dame de se vouloir,
 ce coup, bien rsoudre de leur donner, sinon ouvertement du secours
d'hommes, aulmoins celle faveur de son royaulme, par mer et par
terre, que le temps et l'occasion leur pourroit admener d'en avoyr
besoing.

A quoy j'entends qu'elle leur a respondu qu'elle estoit en bonne
amity et intelligence avec Vostre Majest, et ne leur pouvoit, pour
ceste heure, rien promettre  vostre prjudice, mais qu'elle se
rservoit de leur fre une bien plus expresse responce dans bien peu
de moys, qu'elle auroit veu comme vous dellibreriez de demeurer avec
elle, et comme vous entendriez de demeurer avec eulx; et que, si
cepandant elle pouvoit estre moyen de quelque rconciliation entre
Vostre Majest et eulx, elle offroit de s'y employer de tout le
pouvoir et moyen qu'elle en auroit. Et les a ainsy renvoyez.

Nantmoins il se poursuyt tousjours une secrette dellibration d'armer
bon nombre de navyres, et de mettre jusques  huict mille hommes
dessus, par apparance d'en vouloir secourir le Roy d'Espaigne, et
Guoras s'en entremet aulcunement; mais ceulx qui considrent l'affre
de prs jugent que c'est toute aultre chose qu'on couvre l dessoubz.
Dont je mettray peyne d'y avoyr l'oeil le plus ouvert qu'il me sera
possible.

Deux jeunes hommes partys de la Rochelle le segond de ce moys sont
arryvez, n'y a que troys jours, en ceste ville, avec quelque
commission de passer en Ollande; et ont apport diverses dpesches 
plusieurs, expciallement  Mr de Walsingam, lequel s'est retir pour
ung moys en ceste ville, affin de se fre panser de son accoustume
difficult d'urine. Et j'entends qu'ilz rapportent que le Sr de La
Noue estoit retourn  la Rochelle, le XXIXe du pass, et pareillement
le baron de Miraubeau, et le lieutenant de Poictiers en Brouage,
ayantz fally  deux entreprinses, pour lesquelles ilz estoient partys:
l'une, de Zainctes, o leurs eschelles pour estre trop charges
s'estoient rompues; et l'autre, de St Jehan d'Angely, o ceulx de
dedans, qui estoient de leur intelligence, pour l'esprance procheyne
de la paix n'avoient voulu interrompre leur repos, mais que, si la
guerre continuoit, ilz faysoient estat de s'en rendre facillement
maystres; et qu'ilz n'avoient, de plus prs que Barbesieux, approch
Lusignan, estantz hors d'esprance de le pouvoir secourir, de quoy ilz
vouloient advertyr ceulx de dedans, affin de prendre party, lesquelz
estoient en extrme ncessit de toutes aultres choses, ormis de bled
et de farine qu'ilz en avoient encores pour longtemps. Et ont les
dictz deux rochelloys asss dclar que ceulx de leur ville et les
aultres eslevez de tout ce quartier l inclineroient bien fort  la
paix.

Me Wilson a escript, de Flandres, que les choses s'y tournoient fort
disposes  la paix, s'estant le grand commandeur layss entendre que
le Roy, son Mestre, pourroit condescendre de retirer les Hespaignols,
et laysser  ceulx de la nouvelle religyon la libert de conscience
sans exercisse, et de remettre toutz les anciens privilges du pays,
et confirmer le gouvernement de Ollande et Zlande au prince d'Orange,
et de luy rendre son filz qui est en Espaigne; et qu' cest effect il
y avoit des depputs devers le dict prince tant de la part de
l'Empereur, comme entremteur, que ung du conseil d'estat du Pays Bas,
pour en dresser des articles. Et sur ce, etc.

    Ce XIXe jour de janvier 1575.

   Je viens d'estre adverty que quelques cappitaynes et
   gentilzhommes angloys, o y a des franoys meslez,
   s'apprestent  grand haste, comme de eulx mesmes, d'aller
   tanter quelque entreprinse par dell la mer. Dont je supplye
   trs humblement Vostre Majest d'envoyer tout promptement
   refrayschir aulx cappitaynes et gouverneurs de la frontire de
   de qu'ilz ayent  se tenir sur leurs gardes.




CCCCXXXe DPESCHE

--du XXIIIIe jour de janvyer 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Continuation des armemens pour une entreprise secrte.--Vive
    recommandation de l'ambassadeur en faveur du comte d'Oxfort qui
    passe en France.--Bruit rpandu  Londres d'une dfaite essuye
    par les catholiques dans le Dauphin.--Nouvelles des
    Pays-Bas.--Saisie de lettres qui paraissent concerner Marie
    Stuart.


    AU ROY.

Sire, suyvant l'advertissement dont, au pied de ma dpesche du XIXe du
prsent, j'ay faict mencion  Vostre Majest, comme aulcuns
gentilshommes et cappitaynes angloys s'apprestoient, comme d'eux
mesmes, de fre une entreprinse de par dell la mer, j'ay mis peyne de
le fre savoyr aulx gouverneurs plus voysins d'icy, qui ont la charge
des places au long de la coste de de, lesquels j'espre que s'en
tiendront plus apperceus. Et en confirmation de cella, je suis adverty
que, toutes les nuictz, l'on tire secrettement des armes et des
monitions de guerre de la Tour de Londres pour les envoyer ez portz,
et les distribuer aulx cappitaynes et soldatz qui sont volontayres, et
aulx vaysseaulx de l'entreprinse qui sont toutz de particulliers.

Il sembloit que le comte d'Oxfort det estre le chef de la dicte
entreprinse, mais il prend ung aultre chemin, ayant tant faict qu'il
a imptr de la Royne, sa Mestresse, son cong pour aller fre un
voage en Italye; et dellibre partir dans huict jours, et passer par
France, faisant estat de sjourner ung moys  Paris; et monstre, Sire,
d'estre grandement dvot  Vostre Majest, ayant voulu suplyer la
Royne, sa Mestresse, de trouver bon qu'il se pet offrir  vostre
service, mais l'on l'a adverty que, parce qu'il est notoyrement rput
fort partial pour la Royne d'Escosse et nepveu du feu duc de Norfolc,
qu'elle tiendroit cella pour trop suspect; nantmoins il dellibre de
bayser trs humblement les mains  Vostre Majest, et ne refuser
d'obyr  ce qu'il vous plerra luy commander. Et parce qu'il est quasy
le premier comte et grand chamberlan d'Angleterre, et comme le premier
de la noblesse du pays, et le mieulx suivy et de trop plus d'esprance
que nul aultre seigneur du royaulme, il vous plerra, Sire, commander
qu'il luy soit faict quelque honneur et luy soit port faveur et
respect, en passant par vostre royaulme; car, oultre son mrite, toute
l'Angleterre et ceste court mesmement s'en sentiront infiniement
gratiffiez. Les partisans de Bourgoigne luy promettent qu'il aura
charge au service du Roy d'Espaigne, aussytost qu'il arryvera en
Italye, et le pressent d'aller trouver dom Johan d'Austria, ne luy
manquant lettres de banque et crdict, et deniers contantz, pour fre
une honneste despence par dell; mais il monstre d'avoyr plus
d'inclination  vostre service qu' celluy du dict Roy d'Espaigne.

L'on a faict courir, icy, le bruict qu'il y avoit eu ung gros
rencontre en Daulfin, o avoit est, de chascun cost, asprement
combatu, avec si divers vnementz que les vostres avoient eu du pire;
et nantmoins Monbrun estoit demeur prisonnyer. Ceulx de ceste court
m'en ont envoy demander des nouvelles, mais je leur ay respondu que
je n'en avoys poinct.

Le ministre Feugr est depuis quatre jours retourn de Hollande,
duquel je ne puis encores bien descouvrir qu'est ce qu'il rapporte de
dell, sinon qu'il assure que, succdant ou ne succdant poinct la
paix en Flandres, ceulx de la Rochelle, premier que les gallres de
Vostre Majest sortent de la rivire de Nantes, auront des navyres, de
Ollande et Zlande, asss pour suffire pour garder le hvre de
Brouage, et leur rade de Chef de Boys.

Mr de Mru continue de s'apprester pour retourner en Allemaigne;
nantmoins quelques franoys qui le suyvent monstrent estre de
l'entreprinse des Angloix. Le provenal Pierre Grenier, de Marseille,
dont, cy devant, je vous ay faict de mencion, monstre de vouloir
passer en Ollande, et n'attend plus que le vent. Je ne say si c'est
pour y praticquer quelque chose ou pour y chercher son repoz; mais,
quoyqu'il se monstre personnage fort compos, il a nantmoins ngocy
avec ceulx qui s'entremettent des praticques.

J'entendz qu'il a est surprinz  Barwyc des lettres en chiffre, qui
venoient ou  la Royne d'Escoce ou  moy; de quoy il y a ung peu
d'altration en ceste court: et a l'on prins quelques ungs en ceste
ville qui sont rputez serviteurs secretz de la Royne d'Escosse,
lesquelz l'on a mis dans la Tour. Je ne say si cella produyra quelque
autre chose plus rigoureuse contre elle, mais je y pourvoyray du
meilleur remde qu'il me sera possible. Sur ce, etc.

    Ce XXIVe jour de janvier 1575.




CCCCXXXIe DPESCHE

--du XXIXe jour de janvyer 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne Jumeau._)

  Continuation des armemens.--Secours d'argent envoy d'Angleterre
    aux protestans d'Allemagne.--Projets d'lisabeth sur
    l'cosse.--Rclamation faite par l'ambassadeur au roi, en
    faveur des rfugis de Rouen, afin d'obtenir la restitution de
    leurs biens.--Instance auprs de la reine-mre pour l'engager 
    faire donner satisfaction  la reine d'Angleterre.


    AU ROY.

Sire, j'ay receu, le XXIIIIe de ce moys, deux dpesches de Vostre
Majest, l'une du dernier du pass, et l'aultre du second d'estuy cy,
par lesquelles j'ay eu asss de quoy esclarcyr les derniers bruictz
qu'on faisoit courir du maulvais succez des choses de Languedoc, et du
peu d'esprance de la paix; de quoy j'espre que, demain, je rendrai
ceste princesse plus capable de la vrit de ce qui en est, et mieulx
diffye de vostre intention vers elle, et de vostre desir  la
tranquillit de voz subjectz, et repos universel de la Chrestient, et
encores de la particullarit de Mr de Dampville, qu'on ne s'est
efforc de le luy persuader; et n'obmettray de luy relever d'autant
plus la rputation et bon progrs de voz affres qu'on met peyne de
les luy reprsanter bien bas et en ung fort maulvais estat; et feray,
en somme, tout ce qui me sera possible vers elle, que les
dellibrations et apprestz, que je voy fre par les siens, demeureront
interrompus, ou aulmoins que l'effaict n'en aille que le moins que
fre se pourra contre le service de Voz Majestez.

L'armement, dont je vous ay cy devant escript, se continue toujours
sans aulcun doubte, et pareillement le transport des armes et des
monitions vers les portz; et est advenu que, depuis quatre jours, sous
colleur d'ung festin, l'on a men essayer des armes dans la Tour de
Londres  plus de deux centz gentilshommes, comme pour une soubdeyne
et secrette entreprinse; de quoy j'ay prins ung peu d'allarme, et en
envoye prsentement donner aulx gouverneurs de voz places, qui sont
plus voysins d'icy. Et d'ailleurs j'ay entendu qu'on dresse
secrettement ung party, avec aulcuns marchands de ceste ville, pour
fre remettre en Allemaigne trente mille angelotz en espce; de quoy
j'ay mis gens aprs pour approfondir  qui et comment le payement s'en
fera. Et me vient on aussy d'advertyr que ceulx de ce conseil
dellibrent de proposer, avec invincibles argumentz,  leur Mestresse,
qu'elle doibt effectuer les praticques qui souvent ont est mises en
termes: de conclurre une ligue avec les Escossoys et s'attribuer la
protection du jeune Prince d'Escosse et de sa couronne, durant sa
minorit, et luy procurer le mariage d'une des filles d'Espaigne, en
le dclarant successeur de ce royaulme. Qui est cause, Sire, que je
supplye trs humblement Vostre Majest de fre passer promptement en
Escosse le gentilhomme qu'avez dellibr d'y envoyer rsider, affin
qu'il n'y laysse rien passer qui soit au prjudice de vostre ancienne
alliance de dell. Et sur ce, etc. Ce XXIXe jour de janvier 1575.

   Aulcuns de voz subjectz de Normandye, qui sont icy, me sont
   venus remonstrer que la cour du parlement de Roan, sans avoyr
   esgard  la rservation porte par voz lettres patentes du
   XXVIIe jour de dcembre dernier, ny aulx attestations que,
   suyvant icelles, je leur ay bailles de leurs paysibles
   dportementz, elle leur a faict saysir leurs biens; et sur la
   main leve que leurs procureurs ont demande, elle les a
   renvoyez  Vostre Majest. Dont je vous supplye trs
   humblement, Sire, que, de tant qu'ilz ont la promesse de
   Vostre Majest, et que voz lettres patantes contiennent
   nommement leur rserve, qu'il vous playse mander, par seconde
   jussion,  vostre dict parlement de Roan, de ne leur saysir
   leurs biens, et, si saysis estoient, leur en fre la main
   leve. Et j'estime que cela reviendra au bien et rputation de
   vostre service.


    A LA ROYNE.

Madame, attandant les aultres choses que je pourray recueillyr plus
amples des propos que j'auray demain avec la Royne d'Angleterre, je
mande cepandant  Voz Majestez celles qui me sont venues  notice,
lesquelles je metz sommayrement en la lettre que j'escriptz au Roy,
vostre filz. Et ne veulx rien adjouxter, icy, davantage sinon vous
supplyer trs humblement, Madame, que, sur la dpesche que mon
secrettre vous a apporte, du XXVIIIe du pass, il vous playse m'y
fre avoyr bientost quelque responce, par laquelle je puisse lever 
ceste princesse toute la male satisfaction que les fascheux rapportz,
qu'on s'est efforc de luy fre de Voz Majestez, luy ont peu mettre en
l'opinyon.

Et sur ce, etc. Ce XXIXe jour de janvier 1575.




CCCCXXXIIe DPESCHE

--du IIIIe jour de febvrier 1575.--

(_Envoye exprs jusque  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Questions faites par lisabeth sur l'tat des affaires
    de France.--Assurance donne par l'ambassadeur qu'il n'a point
    t livr de bataille en Languedoc.--Nouvelles du sige de
    Livron.--Persvrance du roi  desirer la paix.--Confiance que
    le prince de Cond partage ce desir.--Ignorance de
    l'ambassadeur sur la dclaration attribue au marchal de
    Danville.--Volont du roi de conserver l'alliance avec
    lisabeth.--Instances pour qu'elle refuse les secours qui lui
    sont demands par les rebelles.--Sollicitations d'lisabeth
    pour engager le roi  accorder la paix.--Offre de sa
    mdiation.--Nouvelles de la prise de Lusignan par Mr de
    Montpensier, et de divers assauts donns  Livron.--_Avis  la
    reine-mre._ Plaintes de l'ambassadeur sur le retard mis  lui
    envoyer de l'argent.


    AU ROY.

Sire, il a est facille, dimanche dernier,  Ampthoncourt, de juger
que je y venois desir de la Royne d'Angleterre pour luy compter des
nouvelles de Vostre Majest, et de celles de voz affres; car, de tout
le moys pass, elle n'en avoit poinct ouy de bien vrayes, et le bruict
en avoit sem de si incerteynes que, monstrant d'estre bien fort ayse
qu'elle pet,  ceste heure, savoyr ce qui en estoit, aprs s'estre
soigneusement enquise de vostre sant et du bon portement de la Royne,
vostre mre, elle m'a incontinent demand de ces combatz et rencontres
qu'on disoit estre advenuz en Languedoc? Et des termes en quoy vous
estiez de la paix? Et o estoit Mr le Prince de Cond? Et si les
leves, qu'on bruyoit si fort qu'il avoit toutes prestes en
Allemaigne, commanoient poinct de marcher? S'il estoit vray que le
mareschal Dampville et faict une dclaration qu'elle avoit naguyres
veue, ou bien si c'estoit chose suppose? Et si vous approchiez poinct
en , pour venir  vostre couronnation et sacre? Se pleignant bien
fort que son ambassadeur estoit paresseux, ou bien que ses dpesches
demeuroient en quelque part arrestes, car elle ne pouvoit rien
entendre de luy.

Je luy ay respondu que ce que j'avoys  luy dire, de la part de Vostre
Majest, estoit proprement la satisfaction des choses qu'elle venoit
de me demander; et que, grces  Dieu, Voz Majestez Trs Chrestiennes
estoient en bonne sant; et que de rencontre ny combat il n'y en avoit
poinct eu, parce que les eslevez n'avoient poinct de forces en
campaigne, ny de quoy y en mettre pour s'opposer aulx vostres; et
seulement au sige de Livron, ayantz quelques gentilshommes de bonne
volont voulu recognoistre la bresche, il y en avoit eu de ceulx du
dehors une vingtaine de blessez, mais beaucoup plus grand nombre de
ceulx de dedans; que, touchant la paciffication, vous persvriez en
ce qu'aviez faict cognoistre  voz subjectz, et l'aviez manifest 
toute la Chrestient, que c'estoit la chose que plus vous desiriez en
ce monde, luy particullarisant l'article, que me faisiez dans vostre
lettre, des alles et venues des depputez, et que vous luy promettiez
bien que vous condescendriez  de si bonnes et si honnestes condicions
vers voz subjectz, pour le faict de leurs consciences et pour leur
repos, et pour la seuret qu'ilz demandoient, qu'ilz ne les pourroient
refuzer, sinon qu'ilz voulussent du tout renoncer au respect et
rvrance, et  la fidellit et subjection qu'ilz vous debvoient, sans
qu'il ft besoing pour cella d'assembler voz Estatz, ainsy que les
ministres, lesquelz ne cherchoient que d'alonger les matires, et
d'esjamber tousjours quelque chose sur l'authorit des princes,
monstroient que, indiscrtement et contre tout ordre, ilz les
vouloient requrir, car vous le feriez bien de vous mesmes;

Que Mr le Prince de Cond estoit  Basle, inclinant bien fort  la
dicte paciffication, et ne hastoit guyres les leves ny les forces
d'Allemaigne; desquelles je voulois dire librement  la dicte Dame que
j'avoys opinyon qu'elles ne bougeroient nullement, si elle, ou son
crdit ou ses deniers contantz, ne les faisoit marcher, comme je
savoys qu'elle en estoit fort presse et fort sollicite toutz les
jours, et que pourtant vous auriez occasion d'en imputer  elle tout
le mal, si, d'avanture, elles descendoient en France;

Que je n'avoys poinct encores veue celle dclaration, dont elle
m'avoit parl, de Mr Dampville, laquelle pouvoit estre aussytost
suppose que vraye; mais, quoy qu'elle et ouy dire de l'occasion de
son malcontantement, il estoit certein, et Vous, Sire, l'affirmiez
ainsy sur vostre honneur, que ne luy aviez rien promis  Turin que ne
luy eussiez depuis invyolablement tenu. Dont ay fait peser  la dicte
Dame ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre, et qu'en effect il n'y
avoit, ny ez actions ny ez intentions de Vostre Majest, rien que ce
que convenoit d'avoyr  ung magnanime et trs excellent prince, et
autant orn de toute vertu qu'il y en et jamays eu en France; et que
Dieu vous avoit faict si gnreulx que vous ne pouviez estre vaincu
par force, et si clment qu' peyne seriez vous jamays surmont de
bnignit. Dont estant tel, et que d'autrefoys vous luy aviez est 
elle dvot serviteur, et maintenant estiez devenu son frre, je la
supplyois qu'elle voult nourrir une bien bonne et germeyne amity
avecques vous, sellon que vous luy en rendriez une semblable trs
constante et perdurable  jamays;

Et que desj sur ce qu'elle m'avoit faict vous escripre, le troysiesme
de dcembre, de la sincrit et droicture dont elle dellibroit de
procder vers vous, que vous veuillez tant honnorer sa parolle, et y
deffrer si grandement, que ne feriez difficult de vous y commettre
et vous y reposer sans escrupulle ny meffiance quelconque; et que
dsormays vous vous promettiez d'elle toutz les bons tours, de
vrayement bonne seur et bonne amye, que vous proposiez de les luy
rendre semblables de trs bon frre et de trs bon amy, et de ne
deffallir d'aulcun bon et honnorable office que verriez pouvoir fre
pour elle, qui ft digne de sa grandeur et non indigne de la vostre,
ainsy qu'ung gentilhomme de bonne qualit que faysiez desj prparer
pour l'envoyer visiter, aussytost que seriez, pour vostre sacre et
corronnation, arryv  Reyms, envyron la my febvrier, le luy
tesmoigneroit davantage. Qui ay bien voulu, Sire, luy fre ceste
expression de vostre bonne intention vers elle, affin de m'oposer 
ceulx qui s'efforoient de luy proccuper et engager la sienne contre
vous.

A quoy elle m'a respondu qu'elle estoit de tant plus ayse d'entendre
la bonne disposition de Voz Trs Chrestiennes Majestez qu'on luy avoit
rapport que la Royne, vostre mre, estoit bien malade, dont elle
prioit Dieu de bon cueur pour le bon portement de toutz deux; qu'elle
avoit playsir que ceulx qui avoient publy ces combatz et deffaictes
de Languedoc fussent trouvez menteurs, et voudroit de bon cueur qu'il
y et desj abstinence d'armes, affin que les nouvelles playes ne
rendissent celles du pass incurables;

Que, de plus en plus, elle louoit et approuvoit vostre saincte
dellibration de vouloir apayser les troubles de vostre royaulme par
la voye de douceur, et qu'en cella sentoit elle de vous porter tant
plus de bienvueillance par dessus toutz les aultres princes ny
princesses de vostre alliance, que plus que nul d'eulx elle desiroit
de bon cueur que, establissant trs bien vostre rgne, vous
espargnissiez le sang et la vye et la dsolation de ceulx qui, de l'un
et de l'aultre cost; sont toutz vostres;

Que j'avoys tort de la vouloir tant sonder, comme je faisois, sur le
secours que les pouvres protestantz cherchoyent d'avoyr de leurs
frres d'Allemaigne, car elle ne me sondoit pas de celluy que vous y
pourchassiez; et qu'elle ne vouloit nyer qu'elle n'y et du crdict
assez, mais que vous cognoistriez aussy bien qu'avoit faict le feu
Roy, vostre frre, que jamays les Roys de France n'avoient trouv tant
d'amity en la couronne d'Angleterre que quand elle l'avoit tenue; et
que, de tant auriez vous plus grand preuve d'elle, qu'elle estoit 
toute heure infinyement tente et sollicite contre vous;

Qu'elle ne doubtoit que les ministres ne demandassent la tenue des
Estatz, et que, possible, ilz n'eussent suppos celle dclaration de
Mr Dampville; car, puisqu'ilz s'eslevoient jusques  vouloir pntrer
ez secretz de Dieu au ciel et en ses jugementz, ilz s'atribuoient
encores plus licentieusement de s'entremettre des trnes des princes
en terre, mais qu'il n'y avoit poinct de besoing d'Estatz, l o vous
mesmes pouviez bien pourvoir; et qu'elle tenoit le mareschal Dampville
pour ung si gentil chevalier et si loyal serviteur,  l'exemple de ses
prdcesseurs,  vostre couronne, et si expciallement dvot  Vostre
propre Majest qu'elle ne faysoit doubte qu'il ne se rengeast
facillement  tout ce que luy commanderiez, pourveu que ne
cherchissiez la ruyne de luy ny celle de ses frres.

Et puis est retourne aulx leves d'Allemaigne, et comme princesse
fort presse de fournir deniers, ou d'employer son crdict, ou de fre
quelque aultre rsolution,  son regret, contre Vostre Majest, m'a
dict que, pour Dieu, elle vous prioit de fre la paix, car aultrement
vous ne pourriez viter beaucoup de grands inconvnientz; et que, si
avis besoing de quelque prince estrangyer, de vostre alliance, qui
s'en meslt, parce que maintesfoys les parties mesmes n'ozoient
proposer tout ce qu'elles desiroient, qu'elle ne vouloit pas
entreprendre de s'y offrir, mais que, si Vostre Majest l'avoit
agrable, c'estoit bien l'oeuvre aujourdhuy de ce monde  quoy elle
s'employeroit le plus volontiers, et pouviez estre trs assur qu'elle
vous y considreroit en tout et partout ainsy Roy et Maistre comme
elle desiroit demeurer Royne et Mestresse sur ses subjectz; et que,
sur ce que je luy avoys dduyt de vostre bonne et constante amity
vers elle, qui estoit ce qui l'avoit, plus que tout le reste,
souveraynement contante, qu'elle vous en remercyoit de tout son
cueur, et savoit qu'entre les particulliers mesmes les loix de
l'amity estoient vnrables et dignes de grande observance, mais
qu'elles l'estoient davantage sans comparayson entre les princes,
parce que, des bons effectz qui en provenoient, ilz en demeuroient
entre eulx trs contantz, et si, leurs communs subjectz en sentoient
de trs grandes commodictez; et que, s'il estoit intervenu l dessus
quelque premire coulpe entre vous et elle, qu'elle ne l'avoit
nullement commise, et que sans doubte ce ne seroit aussy elle qui
commanceroit de commettre la segonde; et qu'elle avoit grand plaisir
que vous approchissiez  Reyms pour vostre coronnation et sacre, d'o
celluy que luy envoyeriez seroit le trs bien venu, et qu'elle
mettroit peyne de le vous renvoyer contant.

Qui est en substance ce que, pour ceste foys, j'ay recueilly des
propos de la dicte Dame, remettant ce qu'il y pourroit avoyr de
surplus  la procheyne dpesche, parce que ceste cy est desj trop
longue. Et sur ce, etc.

    Ce IVe jour de febvrier 1575.

   Mr de Walsingam me vient de mander la reddition de Lusignan 
   Mr de Montpensier par composition, moyennant ostages qu'il a
   baillez pour la tenir; et qu'il a est donn trois assautz 
   Livron qui ont est bravement soustenuz, o le cappitayne de
   la place est mort, mais que soubdain il y en a est subrog
   ung autre, et que deux centz soldatz de la part des eslevez y
   sont entrez.


   ADVIZ, A PART, A LA ROYNE MRE.

   Parce que c'est icy le VIIIe moys que je n'ay receu nul
   argent, et que je vis sur le crdit que me faict le Sr Acerbo
   avec gros intrest, et que le Sr Sardiny luy a escript qu'il
   ne peut acquitter les mandementz dont Mr le trsorier de
   l'espargne m'a dress sur luy, parce qu'il ne reoit, ce dict
   il, rien des assignations que Voz Majestez luy ont baylles,
   je suys sur le poinct d'estre habandonn du dict Sr Acerbo, et
   d'estre press de ce que desj je luy doibs; et que je seray
   contrainct de cesser ma mayson, avec beaucoup de honte et avec
   dtriment du service de Voz Majestez. Dont je vous supplye
   trs humblement, Madame, commander au dict trsorier de
   l'espargne qu'il me vueille fre payer d'iceulx mandementz
   qu'il m'a desj baylls, ou m'en assigner de meilleurs, et
   qu'il mande que mes deniers ne soient plus retardez, car
   Vostre Majest sayt que je suis par trop pauvre pour pouvoir
   advancer.




CCCCXXXIIIe DPESCHE

--du Xe jour de febvrier 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Favorable disposition d'lisabeth  l'gard de la
    France.--Confrence de l'ambassadeur avec Leicester.--Ncessit
    de faire en France quelque dmonstration d'amiti.--Vive
    intercession pour qu'il soit satisfait  la plainte de Mr
    Warcop.--Bruits rpandus par les protestans pour exciter
    lisabeth  la guerre.--Nouvelles d'cosse.--Mesures prises
    pour dchiffrer les lettres saisies, adresses  Marie Stuart.


    AU ROY.

Sire, les propos d'entre la Royne d'Angleterre et moy, desquelz j'ay
donn compte  Vostre Majest par ma dpesche du IIIIe du prsent, ont
est de quelque moment  quiter ung peu l'esprit de la dicte Dame
contre la violence des malcontantz et passionnez qui s'efforoient de
l'agiter infinyement et de l'irriter contre vous: car, depuis ce
temps, elle a tousjours montr qu'elle avoit reprins nouvelle
confiance de vostre amity, et qu'elle vouloit qu'il demeurt en elle
d'incliner ou de n'incliner pas  leurs instances, jusques  ce
qu'elle vt plus avant comme vous procderiez vers elle. De quoy ceulx
de son conseil ont est fort esbahys, et aulcuns d'eux bien
malcontantz; mais le comte de Lestre, qui monstre d'en avoyr plaisir,
m'a dict que ce ne m'estoit chose fort difficile en l'endroit de la
dicte Dame, laquelle avoit bonne opinyon de moy et croyoit que je ne
ngocyois nullement faulx avec elle, de luy persuader ce qu'elle
desiroit le plus en ce monde: qui estoit de se rputer ayme et bien
volue de Voz Majestez Trs Chrestiennes; et que, par les mesmes
raysons qu'elle avoit apprinses en cella de moy, elle s'estoit
efforce de vaincre celles que son propre conseil luy avoit admenes
au contrayre, et de surmonter les argumentz desquels les princes
d'Allemaigne s'estoient efforcez de luy dessiller les yeulx sur les
dangereuses dellibrations qu'ilz disoient estre de longtemps faictes,
et se fre encores de prsent, contre elle, en France, pour les
excuter, aussytost que Vostre Majest aura ung peu desmell ses
affres; et qu'ilz luy reprochoyent que non seulement elle procdoit
avec peu d'advis, mais avec quelque forme d'injustice contre le bien
de sa couronne, de ne se prvaloyr du temps et de l'occasion, et des
advantages, que Dieu luy offroit, qui estoient si videntz que, quand
Vous, Sire, seriez beaucoup plus fort, et elle moins puissante, que
l'ung et l'autre n'estes, qu'encor vous pourroit elle maintenant assez
nuyre; et que, voyant le dict comte que, nonobstant cella, elle se
rendoit de plus en plus confidente et toute assure de vostre amity,
qu'il vous supplioyt que volussis adjouxter aulx bonnes parolles et
promesses, que luy faisiez donner, quelques bons effectz, qui fussent
semblables, affin que, par iceulx, luy et ceulx qui luy adhroyent, en
la dvotion et servitude qu'il vous porte, peussent confirmer la dicte
Dame en sa bonne opinyon, et rabatre  aulcuns d'auprs d'elle celle
qu'ilz avoient au contrayre;

Et que, pour le prsent, il me vouloit ramantevoyr ce qu'elle mesmes
m'avoit dict du faict de Me Warcop, gentilhomme singullirement aym
et bien voulu d'elle, que, suyvant la promesse qu'en aviez faicte 
milord de North, et l'ordonnance que le dict Warcop a devers luy,
signe de vostre main, dez qu'estiez devant la Rochelle, il vous
plaise luy fre avoyr rayson de ce navyre de bled qui luy fut lors
prins pour avitayller vostre camp; chose, Sire, qui,  la vrit, m'a
est aultant expressment recommande de la dicte Dame que nulle
aultre, depuis que je suis en ceste charge; et que je debvois
considrer que ceulx qui luy remettoyent en avant l'intelligence du
Roy d'Espaigne, pour la rfroidir de la vostre, avoient de quoy luy
reprsanter, toutz les jours, quelque nouvelle gratiffication du grand
commandeur de Castille vers elle et ses subjectz; et qu'il vous
supplioyt aussy, Sire, la fre esclarcyr d'ung advis qu'on luy avoit
donn qu'il y avoit mandement de Vostre Majest, en Bretaigne, de fre
tenir des navyres prestz pour trajetter bientost des forces en
Escosse; et, au reste, que ne prolongissiez plus de l'envoyer visiter,
car l'on en arguoyt desj une fort froide et mal fonde amity de
vostre part.

Sur lesquelles choses j'ay mis peyne de rendre le dict comte bien
diffy, et de le remplyr de toute bonne esprance de Vostre Majest,
s'estant nostre propos termin par une fort expcialle recommandation,
que je luy ay faicte, des affres de la Royne d'Escosse; en quoy je ne
l'ay trouv mal dispos. Et si, ay cognu qu'il n'y a pour le prsent,
en cest courte, rien de mal ordonn contre elle.

Or, ayant ainsy ramen la Royne d'Angleterre  meilleure disposition
vers Vostre Majest, et pareillement le dict comte, qui le lendemain
est all, pour dix jours, en sa maison de Quilingourt; et ayant,
possible, par l, avec la nouvelle de la reddition de Lusignan,
accroch les meilleures et les plus procheynes esprances de ceulx qui
sont icy poursuyvantz, ilz se sont advis de publier aussitost, affin
de ralumer le cueur  la dicte Dame et  ceulx de son conseil, qu'on
avoit descouvert que les propos de paix, du cost de Vostre Majest,
estoient simulez et pleins de fraude, et que Mr le Prince de Cond
armoit  furie pour entrer bientost en France avec douze mille
chevaulx, et qu'aprs troys assautz soubstenus par ceulx de Livron,
Vostre Majest en avoit faict lever le sige pour admener toutes ses
forces par de, et que deux cornettes de voz reytres s'estoient
tournes du cost des eslevez: auxquelles choses, lesquelles j'estime
pour la pluspart controuves, je mettray peyne, par la premire
dpesche qui me viendra de Vostre Majest, d'y oposer la vrit que
m'en manderez.

Il est naguyres arryv ung courrier d'Escosse, par lequel le comte de
Morthon a envoy certayne dposition, qu'il a tir d'ung des gens de
Mr de Glasgo et d'ung autre de Mr de Roz, avec les chiffres qu'il leur
a surprins; et l'on a mis, icy, ung jeune homme, qui est rput
serviteur secret de la Royne d'Escosse, dans la Tour de Londres, pour
le contraindre de les dchiffrer. Je ne say encores ce qui en
rsultera. Sur ce, etc.

    Ce Xe jour de febvrier 1575.




CCCCXXXIVe DPESCHE

--du XVIIe jour de febvrier 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Mounyer._)

  Annonce d'audience.--Instances des protestans d'Allemagne auprs
    d'lisabeth.--Continuation des armemens.--Explications
    transmises  l'ambassadcur sur les propos rapports par lord de
    North.


    AU ROY.

Sire, demain, Dieu aydant, je verray la Royne d'Angleterre, 
Richemont, pour luy fre bien entendre les particullaritez de
l'honneste responce que Vostre Majest, par la dpesche du XXIIIIe du
pass, m'a command de luy fre, touchant les fascheux rapportz de
milord de North, qui pense bien qu'elle jugera que les choses
n'eussent peu passer plus dignement de vostre cost, ny avec plus
d'honneur pour elle, ainsy que la sage dduction et bien ordonne de
vostre lettre luy en manifestera la vraye vrit; et le tout y est si
bien et si proprement comprins, que je n'auray  y rien adjouxter du
mien, sinon que, possible, je y mette quelque mot, non pour plus
grande satisfaction de la dicte Dame, mais pour en tirer encores
quelqu'une d'elle pour Voz Trs Chrestiennes Majestez. Et aprs que
j'auray bien recueilly ce qu'elle m'aura dict l dessus et sur le
propos que je luy tiendray davantage de voz prsentz affres, je vous
en feray, par mes premires, ung plus ample rcit; ayant  vous dire
cependant, Sire, que, du cost d'Allemaigne, et de la part des eslevez
de vostre royaulme, se poursuyt, icy, avec plus vifve instance que
jamays, une prompte provision pour continuer et maintenir la guerre.
Et je sentz bien qu'on leur faict, peu  peu, filer les responces,
sans leur accorder ny leur refuser aussy ce qu'ilz demandent, mais
l'on les entretient en bonne esprance, et mesmes l'on leur propose
comme prsant, et qui se trouvera bien prest au besoing, la pluspart
de ce qu'ilz pourchassent, attandant de voyr comme procdera le propos
de paix, aprs que les depputez auront est, de rechef, devers Vostre
Majest, et ce qui rsultera de la venue du gentilhomme qu'envoyers
pour visiter la dicte Dame. Cepandant ce que je vous ay cy devant
mand, de l'armement de de, se poursuyt tousjours avec la
description des hommes; et a l'on faict venir aulcuns cappitaynes, qui
estoient en Irlande, pour dresser, icy, des compagnyes affin d'aller
en ceste expdition, n'y ayant,  prsent, au dict pays d'Irlande,
depuis la rduction du comte d'Esmont, guyres de contradiction 
l'obyssance de ceste princesse; et mesmes que ung Artus Maurice,
qu'on avoit suspect, a est naguyres resserr, et luy faict on son
procs.

Mr de Mru est encores icy, qui va quelquefoys en ceste court, et les
ministres traictent ordinayrement avecques luy et il se tient prest
pour retourner bientost en Allemaigne; mesmes il ft party plus d'ung
moys a, sans quelque advertissement qui luy vint de France, sur le
poinct de son partement, et aussy qu'il semble qu'il attande la
responce que ceste princesse va ainsy temporisant pour l'aller
apporter luy mesmes  Mr le Prince de Cond.

J'entendz que, depuis cinq ou six jours, l'admiral d'Angleterre a
envoy des officiers de la marine visiter les grands navyres de la
dicte Dame, comme pour commancer de les apprester pour ce printemps.
J'auray l'oeil  ce qui s'y fera. Et persvrantz ceulx, qui portent,
icy, le party de Bourgoigne, au renouvellement de l'amity de ceste
princesse avec le Roy d'Espaigne, ilz sont fort aprs  pourchasser
que nouveaulx ambassadeurs soient envoyez pour rsider prs de l'ung
et de l'aultre prince. Sur ce, etc.

    Ce XVIIe jour de febvrier 1575.


    A LA ROYNE.

Madame, je mettray peyne d'exprimer bien  la Royne d'Angleterre, et
de ne luy obmettre ung tout seul poinct de ce que le Roy, vostre filz,
et Vostre Majest, par voz lettres du XXIIIIe du pass, me commands
de luy dire touchant les maulvais rapportz que milord de North luy a
faitz  son retour de France; et j'espre que la vrit du faict luy
fera avoyr regret de s'estre trop tost esmeue du mensonge, et qu'elle
se prendra  son ambassadeur de l'erreur qu'il a commis en matyre de
si grande consquence et entre si grandes princesses, comme sont Voz
Majestez. Et encores, Madame, que n'ayez jug d'estre aulcunement
expdient d'escripre  la dicte Dame de vostre main, affin de n'user
d'interprtation ny d'excuse, l o il n'en est besoing, si ne laysse
la satisfaction que luy donnez par les lettres qu'il vous a pleu
m'addresser, d'estre si ample, qu'elle aura occasion d'en avoyr tout
contantement; et je feray tout ce qu'il me sera possible qu'elle
viegne aussy, de son cost,  vous satisfre de ce qu'elle n'a mieulx
examin le faict, plus tost que de s'en courroucer. Et sur ce, etc.

    Ce XVIIe jour de febvrier 1575.




CCCCXXXVe DPESCHE

--du XXIe jour de febvrier 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Satisfaction d'lisabeth sur les explications qui lui
    ont t donnes au sujet des propos rapports par lord de
    North.--Menes des protestans sur lesquelles l'ambassadeur
    attend de nouveaux renseignemens.--Affaires
    d'cosse.--Ncessit d'envoyer promptement un agent franais
    dans ce pays.--Nouvelle du sacre et du mariage du roi.


    AU ROY.

Sire, j'ay apport de la satisfaction beaucoup de vostre lettre, du
XXIIIIe du pass,  la Royne d'Angleterre, et en ay aussy rapport
beaucoup d'elle pour Voz Trs Chrestiennes Majestez, ainsy que ce qui
s'est pass entre elle et moy vous le pourra tesmoigner par mes
premires, s quelles je vous en feray l'entier rcit avec d'autres
choses que j'ay ung peu esclarcyes, que je suis aprs  les
recueillyr, sellon qu'il est expdiant qu'elles viennent  la notice
de Vostre Majest, affin que puissiez mieulx juger comme elles
pourront, ou peu ou beaucoup, importer  vostre service. Et je feray
cependant, comme j'ay faict tousjours, tout ce qu'il me sera possible
pour traverser les affres de ceulx qui pourchassent, icy, les moyens
de traverser les vostres. Et j'estime de les leur avoyr desj beaucoup
retardez; mais ilz y sentent je ne say quelle esprance (et je crains
bien, si la paix ne succde, qu'elle ne leur sera vayne), qui les y
faict instamment persvrer; dont les quatre ministres, qui sont
prposez en ceste ville, pour le conseil d'estat de ceulx de la
nouvelle religyon de France et de Flandres, ayant est, par diverses
foys, en ceste court, et confr avec Mr de Walsingam et avec Me
Randolphe et Me Quillegreu, et aultres de leur faction, sont, il y a
six jours, depuis le matin jusques au soyr, tousjours aprs  dresser
quatre grosses dpesches, qui sont, l'une pour France, l'autre pour
Ollande, la troysiesme pour Allemaigne et la quatriesme, de quoy je
suis fort esbahy, pour Escosse; et font tenir prestz des hommes
d'affres et propres  ngotier, pour les aller porter; lesquelz
n'attandent plus,  ce que j'entendz, de partir, sinon que Mr de Mru,
avec lequel les dictz ministres communicquent ordinayrement, ayt est
encores une foys devers ceste princesse, et soit de retour avec une
plus entire responce qu'ilz n'ont eu encores d'elle; mais l'audience
luy a est desj remise deux foys, et je ne say qu'est ce qu'il
imptrera  la troysiesme.

Le filz ayn de milord de Sethon est venu trouver le comte de Lestre 
Quilingourt avec des lettres de recommandation de son pre, et
d'aultres lettres bien fort favorables du comte de Morthon, et monstre
qu'il veut suyvre quelque temps ceste court d'Angleterre; ce que je ne
puis avoyr sinon beaucoup suspect, considr mesmement que son pre a
tousjours est tenu pour catholicque et trs parcial serviteur de la
Royne d'Escosse, sa Mestresse; dont faut dire qu'il y a quelque
secrette praticque, qui se mne l dessoubs, depuis la mort du duc de
Chastellerault, lequel est naguyres dcd, et que milord Glaude son
filz se trouve  prsent gendre du dict milord de Sethon. Ung messager
qui avoit apport de mes lettres aulx seigneurs de dell est revenu
sans me rapporter nulle responce par escript, mais il m'a dict, de
bouche, ce que je rserve de vous mander bientost par ung des miens
qui, de bouche aussy, le vous dira; car ilz me prient de ne le vous
poinct escrire. Tant y a qu'il me tarde beaucoup de savoyr que le
personnage qu'avez ordonn pour aller rsider au dict pays y soit
arryv, car il pourra obvier  plusieurs inconvnientz que la longue
absence de voz ambassadeurs y pourroit avoyr causez; estant, au reste,
Sire, merveilleusement en peyne du bruict qu'on faict courir, icy, de
vostre indisposition, laquelle ilz disent que vous a arrest en chemin
et vous a retard de venir  vostre sacre. Je fay bien dvote prire 
Dieu qu'il en soit aultrement. Et sur ce, etc.

    Ce XXIe jour de febvrier 1575.

   Comme je fermoys la prsente, l'on m'a adverty qu'ung courrier
   de Mr le docteur Dayl vient de passer vers Richemont, qui
   porte la nouvelle du sacre et couronnement, et du mariage de
   Vostre Majest, de quoy je loue Dieu. Il y mesle je ne say
   quel rencontre en Languedoc, o Mr d'Uzez a heu du pire.
   J'espre qu'il ne sera ainsy.


    A LA ROYNE.

Madame, les choses n'eussent peu passer avec plus de satisfaction de
la Royne d'Angleterre, ny dont vous en eussiez peu tirer plus
largement d'elle, sur la faute que milord de North avoit commise entre
Voz deux Majestez, ainsy qu'elles ont est conduictes par l'ordre que
m'avez command d'y tenir. Qui espre, Madame, que Vostre Majest aura
plsir d'en entendre le discours, lequel, parce qu'il contient des
diversitez qui sont assez considrables, et qui conviennent avec
d'autres choses que je suis aprs  tirer d'aylleurs, je rserve de
vous mander le tout ensemble par mes premires, avec ung des miens qui
vous en rcitera ce qui seroit ou malays ou trop long de le vous
mander par escript. Et cepandant je vivray en peyne du bruict qu'on
faict courir icy de l'indisposition du Roy jusques  ce qu'il plerra 
Dieu m'en fre ouyr de meilleures nouvelles, et aussy de quelque
diffrant qu'on publye estre advenu entre le Roy de Navarre et Mr de
Guyse, jusques avoyr mis la main a l'espe l'ung contre l'aultre; mais
j'espre que ces nouvelles seront semblables  plusieurs aultres,
yssues de mesme bouticque, qui se sont trouves faulces, ainsy que
j'en prie Dieu de bon cueur. Et sur ce, etc.

    Ce XXIe jour de febvrier 1575.

   Ceste lettre estoit escripte et signe quand le courrier est
   pass qui porte l'heureuse nouvelle du sacre et couronnement
   et mariage du Roy, vostre filz, dont je loue Dieu de bon
   cueur.




CCCCXXXVIe DPESCHE

--du dernier jour de febvrier 1575.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Dtails de la prcdente audience.--Dclaration du roi de la
    fausset des propos rapports par lord de North.--Satisfaction
    d'lisabeth de cette dclaration.--Protestation de sa part
    qu'elle n'a voulu faire aucune offense  la reine.--Plainte
    d'lisabeth du silence gard par la reine-mre  ce
    sujet.--Communication de la lettre crite par Catherine de
    Mdicis  l'ambassadeur.--Explications donnes par
    lisabeth.--Assurances qu'elle veut maintenir l'amiti avec la
    reine-mre et le roi.


    AU ROY.

Sire, j'ay est bnignement et fort bien ouy de la Royne d'Angleterre
sur ce que je luy ay dict que jamays chose n'estoit tant venue hors
l'opinyon, ny contre l'opinyon de Vostre Majest et de la Royne,
vostre mre, que d'avoyr entendu que milord de North luy et peu fre
ung tout seul maulvais rapport de vous deux; car pensiez luy avoyr
donn argument de luy en fre plusieurs bons de la droicte et
cordialle amity que luy portiez, et de ce que, plus que nuls aultres
ses allis, vous l'aviez, autant et possible plus en honneur et
respect que nul aultre prince ny princesse de vostre alliance; et que
cella vous avoit beaucoup troublez de voyr que voz bonnes euvres,
voyre les meilleures et les plus pures et les plus courtoyses, dont
vous estiez peu advizer vers son ambassadeur, pour honnorer la dicte
Dame et honnorer la ligue et confdration qu'aviez avec elle, et la
magniffyer devant tout le monde, avec, possible, la jalousye des
aultres princes chrestiens, fussent non seulement tenues en peu de
compte, mais eussent est calompnyes et convertyes en une matire
d'offance et de courroux;  quoy ne se pouvoit fre que n'eussiez
beaucoup de regret, et que ne vous pleignissiez  elle d'elle mesmes,
d'avoyr voulu recepvoyr une si male impression de vous, voyre de
l'avoyr escoute, ou mesme d'avoyr souffert qu'elle luy et est
rapporte; car, encor que toutz deux vouliez librement confesser que
vous mriteriez mille et mille indignitez contre vous, si vous aviez
faicte ceste cy, dont est question, contre elle, ny contre la mmoyre
du feu Roy, son pre, si debvoit elle avoyr ainsy jug de Voz
Majestez, comme de princes qui n'estiez ny si mal honnorables, ny si
mal nays, ny si imprudentz, que d'avoyr jamays commis une telle erreur
que celle l, qui et est par trop grande; et que ne saviez comme
penser de l'amity qu'elle vous avoit promise, car vous trouveriez
trs mal appuyez si elle s'esmouvoit ainsy de si lgers rapportz, et
qu'il faudroit bien qu'allissiez chercher ailleurs d'autres amityez
qui fussent mieulx fondes et mieulx qualiffyes que la sienne; bien
avois je mis peyne, en vous tesmoignant son courroux, de vous mander,
par mesmes moyen, comme elle s'estoit modre, et comme, enfin, elle
mesmes avoit parl pour vous et pour la Royne, vostre mre, et avoit
faict l dessus une trs honneste dclaration, qui m'avoit rendu le
plus satisfaict gentilhomme du monde, de quoy pareillement Voz
Majestez avoient receu de la satisfaction, et pourtant m'aviez
command de luy en donner  elle une trs entire de laquelle
j'esproys qu'elle se contanteroit; et faudroit aussy qu'aprs qu'elle
auroit cognu que trop tost elle s'estoit esmeue contre Voz Majestez,
qu'elle s'effort de vous donner de sa part quelque contantement.

La dicte Dame, avec un peu de colleur qui luy est monte au visage,
m'a soubdain respondu que ce que je venois de luy dire luy faisoit
craindre que, possible, j'auroys adjouxt une nouvelle faulte  celle
de milord de North, de vous avoyr reprsant trop plus aigres les
choses qu'elles n'estoient.

Je luy ay rplicqu que, si j'avoys err, ce n'avoit est que pour
n'errer pas en une matire de si grande importance comme ceste cy, de
ne laysser ulcrer son cueur de chose qui procdt de Voz Trs
Chrestiennes Majestez, ni pareillement les vostres de chose qui
procdt d'elle, et qu'elle verroit, par le contenu de ce qu'il vous
avoit pleu m'en escripre, que je n'avoys, de mon cost, rien gast. Et
luy ayant l dessus faict lecture de vostre lettre, elle a
curieusement not les particullaritez, qui y estoient, de l'honneste
faveur et des advantages qu'aviez faict au dict de North, plus qu'
l'ambassadeur du Roy Catholicque, ny  celluy de l'Empereur. Et aprs
avoyr bien comprins le tout, elle m'a dict qu'elle seroit par trop
marrye, s'il vous restoit aulcune male satisfaction de chose qu'elle
et dicte; et qu'elle vous suplyoit de considrer qu'elle n'avoit peu
fre de moins, sur le rapport que son ambassadeur luy avoit faict,
duquel ceulx de son conseil et de sa court estoient participans, que
de m'avoyr privement dclar ce qu'elle en avoit sur le cueur, non
qu'elle se ft ds lors forme nulle mauvayse impression de Voz
Majestez, mais pour l'oster  ceulx qui la pouvoient avoyr, et aussy
pour ne monstrer qu'elle ne prnt  cueur ce qui touchoit l'honneur et
mmoyre du feu Roy, son pre; et qu' ceste heure elle sentoit en son
cueur une singullire consolation de voyr, par l'vident tesmoignage
de vostre lettre, que vostre intention et celle de la Royne, vostre
mre, et voz actions vers elle estoient ainsy nettes et pleynes d'une
vraye et droicte amity comme elle le pouvoit desirer, et comme elle
vous prioit bien de croyre que vous trouveriez les siennes vers vous
toutes semblables, sans qu'il y et jamays de manquement; et vous
remercyoit, de tout son cueur, du soing qu'aviez eu de luy en mander
ceste tant pleyne et entire satisfaction, sur laquelle elle desiroit
que voulussiez demeurer ainsy bien persuadez d'elle, qu'il n'y avoit
que l'extrme desir qu'elle a tousjours eu de se voyr bien ayme de
toutz deux, et le regrect qu'elle avoit qu'elle ne le ft, qui
l'avoient ainsy trouble et esmeue de ce fascheux rapport; et que
nantmoins elle n'y avoit advanc ung mot ny entendu d'en dire ung
autre qui pet tourner  vostre offance, car elle en seroit
dplaysante jusques en l'me, et qu'elle me promettoit bien qu'elle
parleroit  bon escient  milord de North; m'ayant la dicte Dame, en
toutes ses parolles et dmonstrations, fort expressment monstr
qu'elle ne vouloit entrer en aulcune mauvayse intelligence avec Voz
Majestez Trs Chrestiennes, si elle s'en pouvoit garder.

Dont je ne l'ay volue ny presser ny convaincre davantage de ce qui
estoit advenu, et sommes passez  ce que Vostre Majest trouvera
dduict en la lettre que j'escriptz  la Royne. Et puis, je l'ay ainsy
remercy de l'offre qu'elle vous avoit faicte de s'employer  la
paciffication de vostre royaulme, comme me le commandiez par le
postscripta de vostre dernire lettre. Sur quoy elle m'a respondu ce
que je vous supplye trs humblement de vouloyr ouyr du Sr de Vassal,
et vouloir bnignement entendre  la trs humble requeste qu'il
continuera de vous fre pour moy,  ce qu'il vous playse, et pour
l'importance de vostre service, et pour mon indisposition et
ncessit, acclrer le cong qu'il vous a desj pleu m'octroyer. Et
sur ce, etc.

    Ce XXVIIIe jour de febvrier 1575.


    A LA ROYNE.

Madame, aprs avoyr faict lecture  la Royne d'Angleterre de la lettre
du Roy, vostre filz, du XXIIIIe du pass, et aprs m'avoyr, elle, dict
avec sa grande satisfaction qu'elle se sentoit fort atenue  luy de ce
bon office qu'il faisoit entre Vostre Majest, qui estiez sa mre; et
elle qui estoit sa seur, et qui vous respondoit  fille, elle m'a pri
de luy vouloir librement dire qu'est ce que Vostre Majest
particullirement m'en mandoit.

Je luy ay respondu que, de tant que j'avoys address le rcit du tout
au Roy, vostre filz, que vous luy aviez layss fre toute la responce,
et que me commandiez d'en parler seullement sellon le contenu de sa
lettre.

Elle m'a rplicqu que cella seroit ung argument, ou que vous seriez
malcontante, ou que ne vous souciez pas beaucoup qu'elle le ft, et
qu'elle se trouvoit bien empesche que vous debvoir mander sur ce que
le Roy luy faysoit dire, si je ne luy disoys aussy quelque chose de
vostre part; et m'a, de rechef, fort conjur que je ne luy voulusse
rien dissimuler de ce que m'en escripviez.

J'ay tir lors vostre lettre de ma pochte, et, aprs avoyr pry la
dicte Dame, si, d'avanture, elle y trouvoit quelque marque de vostre
courroux, qu'elle voult considrer que c'estoit l'offance que milord
de North vous avoit trop indiscrtement faicte, et celle que depuis,
elle mesmes, pour y avoyr trop tost creu, y avoit adjouxte, qui vous
avoient touch le cueur de deux justes dolleurs, desquelles vous
demandiez avec rayson d'estre maintenant satisfaicte; dont failloit
qu'elle prnt de bonne part tout ce qu'elle y verroit. Et la luy ayant
ainsy tout franchement prsente, elle l'a incontinent et bien fort
curieusement toute leue jusques  la fin, ensemble l'addition qui
estoit au bas. Puis m'a dict qu'elle n'y trouvoit rien qui ne ft en
termes trs honnorables, et desquels elle ne vouloit fallir de vous en
rendre le plus exprs grand mercys qu'elle pouvoit, et qu'elle voyoit
bien que la lettre du Roy et la vostre non seulement luy rendoient ung
trs certain tesmoignage de la grande sincrit de toutz deux vers
elle, mais encores du grand soing que l'ung et l'aultre aviez qu'elle
demeurt bien esclarcye de tout ce qui y pourroit fre survenir du
doubte; et qu'elle ne se souvenoit pas bien si milord de North, en luy
faysant le compte du feu Roy Henry, son pre, luy avoit aussy parl du
feu grand Roy Franoys, mais que ce n'estoit pas aulmoins  elle, 
qui il avoit mal interprt le faict des deux neynes, car ne luy et
layss passer, ayant entendu qu'elles estoient fort jolyes et bien
fort proprement habilles, et qu'elle et desir de les pouvoir voyr,
et seroit chose qu'elle accepteroit, de bon cueur, s'il vous playsoit
luy en fre prsant d'une;

Et que, de l'article de Mr de Guyse elle avoit ouy dire jusques
aujourdhuy que la coustume de France en estoit aultre, mais, comment
que ce ft, si je n'avoys sur ce qu'elle m'avoit dict icy, ny son
ambassadeur sur ce qu'elle luy avoit escript par dell, bien
reprsant au Roy, et  Vostre Majest, l'obligation qu'elle
recognoissoit vous avoyr  toutz deux, pour la faveur et bon
traictement qu'avez faict au dict de North, que de nouveau elle vous
en remercyoit le plus grandement et du meilleur cueur qu'il luy estoit
possible; et que, de toute la faulte qui pouvoit estre advenue, depuis
son retour, elle s'en prendroit, ainsy qu'elle debvoit, entyrement 
luy; et que, pour vostre satisfaction, elle vous prioit, Madame, de
demeurer trs fermement persuade qu'elle n'avoit entendu ny entendoit
avoyr dict, sinon qu'elle ne pouvoit estimer que fussiez si mal
honnorable princesse que d'avoyr voulu mal honnorablement parler d'ung
si honnorable prince comme estoit le feu Roy, son pre; et que
c'estoit le moins qu'elle avoit peu ny deu dire, pour l'honneur de son
dict pre,  celle qu'elle honnoroit comme sa mre, et de laquelle
elle desiroit estre plus singullirement ayme et bien volue que de
princesse de tout le monde.

Et m'ayant fort pri de mesnager ainsy ce propos qu'il n'en pet
rester rien d'offance en vostre cueur, comme il n'en restoit ung seul
brin dans le sien, et aprs m'avoyr encores quelque temps entretenu
d'aulcunes aultres choses, dont le Sr de Vassal vous rendra compte,
elle m'a fort gracieusement licency. Et semble bien, Madame, que la
grande expression, dont elle m'a uz sur la dclaration du propos
qu'elle avoit tenu de Vostre Majest, monstre asss qu'elle ne se veut
aulcunement despartyr, si elle peut, de celle prive amity et
honneste entretien dont avez de loing uz l'une avec l'aultre. Et sur
ce, etc.

    Ce XXVIIIe jour de febvrier 1575.




CCCCXXXVIIe DPESCHE

--du VIIe jour de mars 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Excuse pour le retard apport  la communication du
    mariage du roi.--Mfiance inspire  lisabeth par l'alliance
    du roi  la maison de Lorraine.--Desir qu'elle tmoigne de
    recourir  des alliances hostiles  la France.--Remontrances de
    l'ambassadeur.--Assurance que le roi veut renouveler
    solennellement le trait de la ligue.--Plaintes  l'occasion de
    rjouissances faites  Londres par les rfugis pour clbrer
    une victoire remporte par le marchal de Danville.


    AU ROY.

Sire, affin que la Royne d'Angleterre ne pet penser que ne luy
eussiez voulu communicquer le propos de vostre mariage, sinon aprs
l'vnement, je luy ay dict que ce n'estoit nullement par vostre
coulpe, ny de la Royne, vostre mre, mais par la ngligence des
courriers, qu'elle recepvoit maintenant beaucoup plus tard ceste
nouvelle que Voz Trs Chrestiennes Majestez ne l'eussent voulu, et
qu'il n'estoit raysonnable qu'on la luy det tant diffrer. De quoy
elle ne vous en debvoit rien imputer, car n'aviez plus tost est
vaincu des sages persuasions et remonstrances de la Royne, vostre
mre,  vous debvoir maryer, affin d'avoyr bientost ligne; et
aulmoins n'aviez vous prins plus tost la rsolution de le fre
qu'incontinent, et devant le mander  nul aultre prince de la
Chrestient, Vostre Majest m'avoit escript, estant encores en chemin,
sur le retour d'Avignon, et deux journes devant qu'arriver  Reims,
que je ne faillisse de le notiffier  la dicte Dame; et que, pour la
grande et trs bonne opinyon que vous aviez de la fille ayne de Mr de
Vaudmont, de la mayson de Lorrayne, princesse en toutes sortes bien
ne et de trs illustre extraction, appartenant aulx plus grands
princes de la Chrestient, vous aviez bien voulu tant deffrer 
vostre propre jugement et  celluy de la Royne, vostre mre, qui
l'aviez, l'ung et l'aultre, assez souvant veue et aviez soigneusement,
et  loysir, considr la personne et les belles et excellantes
qualitez que Dieu avoit mis en elle, que de la prfrer  toute aultre
grandeur de party. De quoy vous espriez que la dicte Royne
d'Angleterre, pour le debvoir de sa bonne et sincre amity vers vous,
prendroit en elle mesmes ung double plsir de ce bien heureux mariage:
premirement, pour le contantement que vous vous en promettiez; et
puis, pour les successeurs qu'elle vous verroit bientost naystre, qui,
de pre en filz, et d'ayeul en petit filz, continueroient de luy
estre,  elle, bons alliez et parantz, et tousjours trs bons
confdrs de sa couronne.

A quoy la dicte Dame m'a soubdain respondu qu'il y avoit desj
plusieurs jours qu'elle avoit eu, et, possible, plus tost que moy,
quelque sentiment de ce propos, sur lequel l'on luy avoit donn de
bien diverses interprtations, dont les aulcunes estoient bien fort
subtilles, de l'occasion qui avoit meu la Royne, vostre mre, de se
pourchasser une telle belle fille; et les aultres estoient des
dellibrations que, en faveur de la Royne Trs Chrestienne  prsent
vostre femme, vous entreprendriez d'excuter ez isles de de, pour la
restitution de la Royne d'Escosse, sa parante; et que nantmoins, tout
ainsy qu'elle ne debvoit nullement, aussy ne vouloit elle parler sinon
bien fort honnorablement de l'lection qu'il vous avoit pleu fre en
cella, et la louer et approuver de tout son pouvoir, et vous
remercyer infinyement, comme elle faisoit, de la communicquation que
luy en aviez faicte; et que, pour le regard des deux poinctz que je
luy avoys touch, de vostre contantement et de la postrit
qu'espriez bientost de ce mariage, que nul, soubz le ciel, en sentoit
plus de playsir qu'elle, ny nul vous y souhaytoit plus de faveur et de
bndiction de Dieu, ny nul d'entre toutz voz alliez s'en conjouyroit
jamays plus cordiallement, qu'elle faysoit, avec Vostre Majest; bien
me vouloit dire tout franchement, et sans dissimulation aulcune,
qu'encor que toutes les plus excellantes et plus desirables
perfections, qui se puissent souhayter en une grande Royne, soyent
entirement, et, possible, plus habondamment en la Royne Trs
Chrestienne qu'en nulle aultre princesse qui vive aujourdhuy au monde,
sellon que vous ne l'eussiez aultrement choysie, si desireroit elle,
de bon cueur, que vostre lection eust est d'une aultre mayson, 
elle moins ennemye que celle de Lorrayne, et non tant prochayne
parante comme elle est de Messieurs de Guyse, lesquels avoient
tousjours faict expresse profession de vous pousser, et les feux Roys,
voz prdcesseurs,  la guerre contre elle et contre son royaulme; et
que aulcuns personnages de bon sens luy avoyent, par de bien sages et
bien vraysemblables considrations, videmment monstr que ce mariage
luy debvoit estre  elle trs suspect, comme estant ung article du
testament de feu Mr le cardinal de Lorrayne, o il ne l'avoit
nullement nomme pour l'ung de ses excuteurs; et qu'ilz la
conseilloient que, tout ainsy que vous aviez faict ceste alliance,
sans aulcun esgard  elle ny  son estat, qu'ainsy en pouvoit et
debvoit elle fre maintenant, sans aulcun respect ny  vous ny au
vostre.

A quoy je luy ay rplicqu que je l'estimois princesse de trop bon
jugement pour croyre que nulle autre considration au monde vous et
meu, en cest endroict, que la seule persuasion de la Royne, vostre
mre, et le beau et trs desirable object de la Royne, vostre femme;
et que, de tant plus debvoit elle trouver bon ce party que, en le
prenant, vous vous estiez si bien senty et appuy de l'amity qu'elle
vous avoit promise, que vous n'aviez tant regard  une alliance forte
et puissante comme  la fre trs honneste et trs honnorable; et que,
auparavant aussy bien qu' ceste heure, les troys maysons, de
Lorrayne, de Vaudmont et de Guyse, estoient entirement  vostre
dvotion, dont n'estoit depuis advenu chose aulcune de nouveau, d'o
elle se det donner aulcun souspeon; et qu'il avoit pleu  Dieu
joindre, de longtemps, de si bonnes et naturelles forces  vostre
couronne que vous n'aviez poinct besoing d'en aller mendier d'autres
par vostre mariage; et ne pensois fre tort  nulle aultre grandeur de
dire cella de la vostre, que tousjours les Roys de France avoient plus
est appuy et reffuge aulx aultres princes de la Chrestient qu'ilz ne
s'estoient appuyez ny fortiffiez d'eux; et quand  fre, elle, de son
cost, sans aulcun respect de Vostre Majest, quelque aultre alliance
pour elle, que, si c'estoit par mariage, vous le luy desireriez
tousjours trs honnorable et plein de trs heureux contantement, mais
si c'estoit par ligue ou confdration, que j'esproys que bientost
vous envoyeriez renouveller et confirmer si estroictement celle que
vous aviez avec elle, que je m'assurois qu'elle ne voudroit, comme
elle ne sauroit aussy, jamays en desirer de meilleure; et que j'ozois
jurer que ceulx, qui avoient ainsy interprt vostre mariage pour
dangereux  elle et  ses affres, n'estoient non plus vrays et purs
angloix qu'ilz se monstroient trs maulvays franoys.

Elle m'a respondu que voyrement estoient ce des partisans espaignols,
qui avoient parl  elle l dessus, lesquelz ne jugeoient ce qui
estoit advenu de vostre mariage estre moins suspect au Roy d'Espaigne
qu'ilz le remonstroient trs suspect  elle; en quoy, possible, ilz
passoyent vers toutz deux trop plus avant qu'ilz ne debvoient; et
qu'elle, pour son regard, se reposeroit, pour ceste heure, sur ce que
je luy venois de dire de vostre part, attandant que Vostre Majest
accomplyst par euvre ce que je luy avoys dduict de parolle.

Et m'estant l dessus plainct  elle des dmonstrations et
conjouyssances publicques que les ministres de l'glyse franoyse de
Londres avoyent oz fre d'une victoyre qu'ilz ont publy que Mr
Dampville avoit gaigne en Languedoc, o il avoit deffaict toutes les
forces de pied et cheval que Vostre Majest avoit au dict pays, et tu
le gnral et emmeyn l'artillerye, elle m'a dict que c'estoit chose
dont ilz ne luy avoient pas demand cong de la fre, et qu'elle ne la
trouvoit nullement bonne; et que, puisque je m'en pleignoys, elle leur
en feroit fre une si bonne rprimande que, s'ilz ne se monstroient,
dorsenavant, plus modrez, elle les chasseroit de son royaulme.

Et ayant ainsy layss la dicte Dame bien contante, je me suys pour
ceste foys retir. Et sur ce, etc.

    Ce VIIe jour de mars 1575.




CCCCXXXVIIIe DPESCHE

--du XIe jour de mars 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne Jumeau._)

  Dsignation de Mr de La Chtre pour passer en Angleterre, afin de
    renouveler le trait d'alliance.--Refus du commandeur de
    Castille d'accepter le secours propos par lisabeth au roi
    d'Espagne contre les Turcs; demande que ce secours soit employ
    pour la guerre de Hollande.--Dispositions d'lisabeth  l'gard
    de Marie Stuart.


    AU ROY.

Sire, j'espre que la venue de Mr de La Chastre confirmera grandement
ceste princesse vers Vostre Majest, et la gardera d'obtemprer en
beaucoup de choses aulx tant instantes persuasions et vifves
poursuytes que luy renouvellent,  toute heure, ceulx qui s'efforcent
de la bander contre voz affres. Je luy ay desj bien fort lou ceste
vostre lection comme trs digne, et en toutes sortes trs bien
faicte, sans rien obmettre des honnestes et bien fort bonne qualitez
de luy, qui espre qu'elle le recepvra avec toute faveur; et je
mettray encores peyne que, d'elle et des siens, sa lgation soit la
plus honnore, et qu'il en reviegne le plus d'utillit pour vostre
service qu'il me sera possible. Cella est bien  propos qu'il sera icy
plus tost que le conseiller de Flandres ny Me Wilson y arryvent,
lesquelz,  ce que j'entendz, apportent beaucoup d'ouvertures pour
remettre les anciennes entrecours et toutes aultres choses d'entre ces
deux pays en plus estroicte intelligence que jamays.

Je ne say toutefoys  quel prtexte ceulx cy pourront,  ceste heure,
poursuyvre davantage leur armement et appareil de mer, veu que le
commandeur de Castille a renvoy le cappitayne, qui luy en estoit all
apporter l'offre, avec une responce laquelle ne satisfaict ceste
princesse et encores moins ceulx de son conseil: car, en la remercyant
de sa bonne volont et de la bonne et prompte disposition de ses
subjectz vers le Roy, son Mestre, et la priant et eulx d'y vouloir
persvrer, il s'excuse que, de tant que l'offre est faicte pour la
mer du Levant contre le Turc, o il n'a nulle charge, qu'il ne la peut
accepter, mais qu'il la fera entendre au dict Roy, son Mestre, le plus
tot qu'il luy sera possible, en quoy y pourra avoyr de la longueur, 
cause que les chemins sont,  prsent, interrompus en France; mais
que, si c'estoit pour servir en la guerre des Pays Bas contre le
prince d'Orange, qu'il l'accepteroit incontinent, et appoincteroit
trs bien les cappitaynes et soldatz et marinyers et vaysseaulx
angloix, qui viendroient  ceste entreprinse, laquelle seroit trop
plus agrable au Roy, son Mestre, et non moins honnorable et utille 
la dicte Dame et aulx siens que si c'estoit contre le Turc. Sur
laquelle responce j'entendz qu'elle et ceulx de son dict conseil se
trouvent fort empeschez quelle dellibration y prendre; et nantmoins
leur appareil va tousjours en avant.

Les deniers qui ont demeur quelque temps ainsy dpositez, comme je
vous ay mand, devers ung marchand de ceste ville ont est, depuis
deux jours, apportez chez le grand trzoryer, montantz trente mille
escus, en angelotz; je ne say encores quel chemin ilz prendront.
J'entendz qu'on prpare une dpesche, icy, pour renvoyer Me Quillegreu
en Escosse, et qu'il y doibt apporter ung duplicata de celle que les
ministres ont est plusieurs foys assemblez pour la dresser, de
laquelle ne se peult encores avoyr aulcune notice quelz chapitres elle
contient.

J'ay eu ces jours passez  prsenter  ceste princesse, de la part de
la Royne d'Escosse, sa cousine, nonobstant la jalouzie que, sur vostre
mariage, elle a nouvellement reprins d'elle, troys petites coyfures de
nuict, ouvres de sa main, avec une lettre fort gracieuse et aulcuns
propos qu'elle m'a escript,  part, pour luy dire; qui n'a est sans
qu'il y ayt eu de la difficult et de la contradiction beaucoup, car,
aprs m'avoyr ouy et avoyr uz de quelque excuse tout haut de ne les
pouvoir accepter, elle m'a dict que je seroys trop esbahy, si je
savoys ce qu'on avoit compos sur les aultres petitz prsantz qu'elle
avoit desj receus d'elle par mes mains, et sur ce qu'elle avoit
dellibr de luy en envoyer ung de sa part, comme si desj la Royne
d'Escosse avoit tir promesse d'elle qu'elle entreprendroit de la
restituer par force, et qu'elles en baillassent ainsy de mutuels gages
l'une de l'aultre; de quoy, encor qu'il n'en soit rien, l'on n'avoit
layss de luy en escripre des lettres bien expresses d'Escosse et
qu'elle estoit en peyne comme en debvoir uzer.

Je luy ay rplicqu que ceulx qui luy escripvoient ainsy sellon leur
naturel barbare et meschant, ne savoient considrer qu'elle estoit
bonne et vertueuse et d'ung cueur si gnreulx et royal qu'elle ne
pouvoit avoyr  mespris une aultre Royne et princesse, sa parante, en
quelle fortune qu'elle se trouvt, ny ddaigner les petitz ouvrages
qu'elle luy avoit faictz de sa main, vrays tesmoings de sa sincre
affection vers elle, qui n'en pouvoit estre offert de nulles
meilleures mains qu'ilz partoient ny receus de meilleures qu'ilz
alloient; et que les dtracteurs de cella mritoyent tout le mal
qu'ilz creignoient leur en advenir et beaucoup davantage, sellon leurs
dmrites.

A quoy elle m'a dict que, vritablement, ilz parloient sellon eulx,
mais qu'elle ne lairroit de fre sellon elle, et qu'elle acceptoit
doncques son prsent; mais me prioit de ramantevoyr  la Royne
d'Escosse qu'elle avoit quelques ans plus qu'elle, et que celles qui
advancoient en l'ge, volontiers prenoient  deux mains, et ne
donnoient que d'ung doigt. Et ainsy je l'ay laysse asss bien
dispose vers sa cousine. Et sur ce, etc.

    Ce XIe jour de mars 1575.




CCCCXXXIXe DPESCHE

--du XIIIe jour de mars 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Olivyer Champernon._)

  Navires envoys d'Angleterre pour recevoir Mr de La
    Chtre.--Mfiances inspires  la reine contre sa
    lgation.--Rapprochement entre lisabeth et le roi
    d'Espagne.--Continuation des armemens.--Nouvelles d'cosse.


    AU ROY.

Sire, j'ay reeu, le XIIe de ce moys, environ les quatre heures aprs
midy, la dpesche de Vostre Majest du XXVIIe du pass et celle du IIe
d'estui cy, toutes deux,  la foys; et incontinent j'ay envoy
demander en ceste court ung des navyres de guerre de la Royne
d'Angleterre pour aller prendre Mr de La Chastre  Bouloigne, affin de
le passer plus seurement, et qu'il ne prnt mal sur la mer en venant
par de. Dont l'on m'a librallement accord d'y envoyer deux
vaysseaulx passagers de Douvre, les mieulx quippez, sellon le temps
et la haste, que fre se pourra: de quoy je fay prsentement un mot
de lettre au dict Sr de La Chastre affin qu'il temporise ung peu au
dict lieu de Bouloigne, attandant les deux vayssaulx, sans se
commettre  la discrtion de tant de pirates qui se tiennent
ordinayrement en ce destroict. Et sur ce, je vous diray, Sire, qu'il
n'a est plus tost sceu, icy, que Vostre Majest y dpeschoyt Mr de La
Chastre qu'incontinent ceulx qui se veulent formaliser contre voz
affres n'aient couru  la court, pour rfroydir ceste princesse et
ceulx de son conseil de la bonne rception qu'ilz prparoyent de luy
fre; et m'a l'on adverty qu'on y a faict de trs maulvays offices
contre luy, et qu'on n'a bien parl de luy. Je remdieray  cella, le
mieulx qu'il me sera possible, et, pour le moins, je m'efforceray
d'honnorer, autant que je pourray, et luy et la commission, qu'il
porte, de Vostre Majest, et de fre qu'il vous rapporte le plus de
satisfaction qui se pourra tirer, de la dicte Dame et des siens, sur
les choses qu'il aura  leur dire et proposer de vostre part.

Il est certain que le conseiller de Bruxelles vient en la compagnye de
Me Wilson, et dict on que c'est pour rsider,  bon escient,
ambassadeur, icy, pour le Roy d'Espaigne; ce qu'estant recherch de
luy, avec la soubmission qu'il promet de fre prester par les bannys
angloix  la dicte Dame, elle se laysse tirer asss de son cost, et
s'esloigne d'autant du vostre; et mesmes qu'on luy faict, ainsy que
j'en suys bien adverty, avoyr non moins suspect vostre mariage que
s'il estoit directement contre tout ce qu'elle pouvoit esprer de paix
et d'amity de Vostre Majest. L'on ne poursuyt plus, soubz celle
colleur de donner secours au dict Roy d'Espaigne contre le Turc, cest
armement qu'on avoit commanc, icy, depuis que le grand commandeur a
mand sa response, mais l'on le continue avec aultre tiltre,
d'entreprendre un voage au Cathay, ce qui ne m'est moins suspect que
le prcdant; dont j'y auray l'oeil le plus ouvert qu'il me sera
possible.

Me Quillegreu est desj tout prest pour aller en Escosse avec une
dpesche de ce conseil, et bonne somme de deniers qu'il emporte
avecques luy. Je ne puis encores descouvrir  quel effect ce peut
estre. Il y apporte aussy une de ces quatre dpesches, que je vous ay
desj escript que les ministres ont avec grande curiosit et
dilligence dresses: et me tarde beaucoup que le gentilhomme, qu'avez
ordonn pour aller rsider ambassadeur par dell, y soit arryv; car
aultrement je crains bien fort qu'il ne s'y face quelque prjudice 
l'ancienne alliance qu'avez avec la couronne d'Escosse. Et sur ce,
etc.

    Ce XIVe jour de mars 1575.




CCCCXLe DPESCHE

--du XXe jour de mars 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Efforts de l'ambassadeur pour dissiper les mfiances de la reine
    d'Angleterre.--Dlibration des seigneurs du conseil sur les
    affaires d'Irlande.


    AU ROY.

Sire, j'ay pourveu le mieulx qu'il m'a est possible  ce que le
rfroydissement, o l'on avoit voulu mettre ceste princesse et ceulx
de son conseil vers la venue de Mr de La Chastre, n'ayt poinct dur,
et m'a l'on desj promis que le dict sieur sera bien et favorablement
receu. Je l'attandz  demain ou aprs demain, car il y a desj six
jours que je luy ay redpesch son homme, avec l'ordonnance de prendre
deux vaysseaulx quippez en guerre  Douvre pour son passage; mais, de
tant plus qu'on le sent approcher, plus l'on s'efforce de presser, en
ceste court, les instances et sollicitations qui peuvent estre
contrayres  sa lgation, et ne puis encores bien juger ce qui en
ruscyra.

Il est vray que, sellon qu'une chose qui est maintenant en
dellibration dans ce conseil se dterminera, l'on pourra lors
cognoistre si ceste princesse voudra proprement entendre 
l'establissement de ses affres dans ses pays, ou bien si elle
continuera de s'embrouyller aulx guerres et troubles de ses voysins;
car le comte d'Essex luy a dpesch, d'Irlande, ung sien gentilhomme
pour luy venir remonstrer qu'il a descouvert, en poursuyvant la guerre
par dell, des moyens propres pour y establyr l'authorit d'elle, qui
sont beaucoup meilleurs et trop plus certains que ceulx qu'on y a
tenus jusques icy, mais qu'il a besoing,  ce commancement, de plus
grande provision de deniers et de plus grand nombre d'hommes qu'on ne
luy a encores ordonn, affin de mettre la chose promptement et bien 
entire excution. Ce que ayant, en l'assemble de plusieurs de ce
dict conseil, est fort vifvement dbatu, la dicte Dame n'a obmis de
leur mettre devant les yeulx que, par plusieurs foys et en maintes
faons, ceste entreprinse d'Irlande avoit est, avec de grands frays,
mais tousjours en vain, diversement tante; et qu'ilz examinassent, 
ceste heure, de bien prs, si ce que le comte d'Essex mettoit en avant
avoit fondement ou non, et si la despence qu'il demandoit y estre
faicte seroit bien employe, ou bien si l'on le rvoqueroit par de,
puisque les choses ne luy avoient ainsy succd au dict pays comme il
l'esproit, et luy ordonner, icy, des bienfaictz, pour le rcompanser
des frays et dommages qu'il avoit souffertz en son expdition. Sur
quoy j'entendz que les opinyons ont est contrayres, et mesmes qu'il y
en a de bien fort proccupes, tant pour la jalouzye particullire des
conseillers, que pour ce, qu'aulcuns d'eux voudroient bien que, toutes
aultres choses dlaysses, la dicte Dame entendt, pour ceste heure,
au seul secours des Protestantz comme  ceulx dont la victoyre, ainsy
qu'ilz disent, luy establiroit entirement son repos, et luy
accommoderoit trs bien ses affres, l o, aultrement elle ne pourra,
ce leur semble, estre, en l'ung ny en l'autre, jamays bien assure.
Nantmoins il semble que l'advis des plus authorisez tend 
l'entreprinse d'Irlande, dont, dans bien peu de jours, se sentira la
rsolution de l'ung ou de l'autre.

Et quand  ce que j'ay naguyres escript  Vostre Majest, de la venue
du conseiller de Flandres, l'on attand icy,  toute heure, son
arryve. Et, touchant l'armement, il se poursuyt tousjours; mais,
quand au voage de Me Quillegreu en Escosse, il est ung peu suspendu.
Nous verrons comme les choses procderont, et mettrons payne qu'en
soyez promptement adverty. Et sur ce, etc.

    Ce XXe jour de mars 1575.




CCCCXLIe DPESCHE

--du XXIIIIe jour de mars 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Mounyer._)

  Retard apport au passage de Mr de La Chtre.--Nouvelles
    d'Ecosse.--Assurances de dvouement au roi donnes au nom des
    seigneurs cossais.--Recommandation pour les rfugis de Rouen.


    AU ROY.

Sire, les deux vaysseaulx de Douvre, que la Royne d'Angleterre avait
faict ordonner pour Mr de La Chastre, ne fallirent de se rendre 
Bouloigne, le XVIe de ce moys, pour le passer de, mais il jugea
qu'ilz n'estoient suffisans ny assez bien quipps pour le saulver
devant les pirates qui l'attandoyent pour le piller: dont il renvoya,
le lendemain, ung sien gentilhomme, icy, pour obtenir d'aultres
vaysseaulx mieulx armez et plus fortz, ou bien quelque meilleur ordre
de ceste princesse pour assurer son passage. Sur quoy j'envoyay tout
aussytost fre ung mot de remonstrance l dessus  la dicte Dame, et
elle, sur l'heure mesmes, manda  milord Cobhan qu'il ne fallt de
dpescher son frre, ou quelque aultre gentilhomme de bonne qualit,
dell la mer, avec les meilleurs vaysseaulx et les mieulx quippez
qui, en ceste grande haste, se pourroient trouver, affin de conduyre,
seurement et sans danger, le dict Sr de La Chastre et sa compagnye par
de: ce qui a est incontinent excut. Et j'estime que, de prsent,
toute la troupe ayt pass, et que, au plus tard, ilz arriveront demain
en ceste ville, o la dicte Dame s'en vient aussy avec toute sa court
pour y solenniser ces Pasques: ce qui fera que le dict Sr de La
Chastre aura le moyen d'accomplir plus commodment et plus tost sa
commission; et j'espre qu'il vous rapportera tout contantement.

J'ay tant faict que le filz de milord de Sethon, qui est icy, lequel
n'est pas l'ayn, comme on me l'avoit dict, ains est le segond, m'est
venu trouver fort secrettement et de nuict, affin d'viter souspeon;
et m'a assur que son pre et les principaulx seigneurs, et mesmes la
pluspart de la noblesse d'Escosse, persvreront constamment vers
l'alliance de Vostre Majest et en l'affection de bons subjectz vers
la Royne, leur Mestresse, mais qu'ilz gardent ceste bonne volont
cache dans leurs cueurs, pour ne l'ozer manifester que au besoing, et
lorsqu'ilz verront que les choses seront en estat que, sans danger,
ils se pourront dclarer; et que de sa part, il n'estoit venu, icy,
sinon pour n'avoyr peu obtenir du comte de Morthon qu'il s'en pet
retourner en France, et m'a donn parolle de gentilhomme qu'il vous
demeurera tousjours trs dvot serviteur. Milord de St Jehan,
escossoys, lequel est depuis ung an en ceste ville, m'a faict aussy
secrettement remonstrer que, ayant trop plus agrable, pour la malice
du temps, d'estre hors de son pays que d'y habiter, et luy manquantz,
par la mort et par l'absence des deux Roynes, ses Mestresses, les
moyens qu'elles luy avoient donn en leur faysant service, il estoit
maintenant en sa viellesse contrainct de chercher nouveau mestre et
nouvelle protection; et que, pour la dvotion qu'il avoit tousjours
eue en vostre couronne, et les faveurs et grces que luy et sa nation
en avoyent receu par le pass, il ne vouloit fallyr d'offrir sa bonne
volont et son fidelle service  Vostre Majest, rputant  plus
d'honneur la moindre faveur qu'il pourra recepvoir d'ung si grand Roy
que tout aultre bien que nul autre prince luy pourroit fre; en quoy
j'entendz qu'il desireroit estre advou pour vostre domestique
serviteur, gentilhomme de vostre chambre, ce qui semble bien, Sire,
qu'il est personnage pour mriter que daignez le gratiffyer de cella.
Et sur ce, etc.

    Ce XXIVe jour de mars 1575.

   Ceulx de voz subjectz de la nouvelle religyon, qui vivent
   paysiblement icy, me viennent, tout maintenant, de prier que
   je rende trs humbles grces  Vostre Majest pour les lettres
   qu'il vous a pleu escripre en leur faveur  vostre court du
   parlement de Roan; mais que, de tant que leurs parantz et
   procureurs, qu'ilz ont sur les lieux, leur ont mand que la
   dicte court n'y veut avoyr esgard, parce que ne sont que
   lettres closes, qu'ilz supplyent trs humblement Vostre
   Majest de vouloir, par nouvelles lettres patantes, confirmer
   la premire dclaration et octroy, qu'il vous a pleu leur
   fre, de ne poinct saysir leurs biens, en se dportant
   loyaulment vers vostre service. Sur quoy je vous supplye trs
   humblement, Sire, de les fre jouyr de l'effaict de vostre
   promesse, sellon que ceulx,  qui j'ay donn mes certificatz,
   ont bon tesmoignage qu'ilz n'ont attempt ny attemptent par
   armes, par praticques ny par contribution, chose aulcune
   contre l'obyssance et fidellit qu'ilz vous doibvent.




CCCCXLIIe DPESCHE

--du dernier jour de mars 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Arrive de Mr de La Chtre  Londres.--Bonne rception qui lui
    est faite.--Arrive de l'ambassadeur du roi d'Espagne.


    AU ROY.

Sire, il n'et est bien  propos que Mr de La Chastre ft pass la
mer plus tost qu'il a faict, car il et trouv, ici, des difficultez
non petites, lesquelles je n'avoys peu encores vaincre, et de la
froideur que je ne pouvoys encores reschauffer; qui eussent, par
advanture, desrog assez  sa rception, et, possible, empesch le
meilleur effect de son voyage. Dont je loue Dieu qu'il m'a enfin est
plus octroy pour luy que je n'eusse oz demander, car ayant la Royne
command au frre de milord Coban et aultres gentilshommes anglois de
l'aller qurir jusques  Callays, pour le passer de, elle l'a depuis
faict fort honnorablement recepvoyr  Douvre et  Conturbery, et
partout o il a pass, avec le concours de beaucoup de noblesse du
pays; et a envoy le jeune Houdson, son parant, le rencontrer  une
journe d'icy, et ses propres barges le prendre  Gravesines pour le
porter en ceste ville, o la rception luy a est faicte encores plus
grande et plus honnorable qu'aylleurs. Et luy, avec toute sa troupe, y
sont bien logez et fort bien traictez aulx dpens de la dicte Dame, et
visitez souvant par les seigneurs et gentilshommes de ceste court,
lesquelz nous ont dj conduictz une foys, avec ordre et crymonie,
vers elle; et elle, avec ordre et magnifficence, l'a fort
favorablement receu, et luy a donn une bien bnigne audience, en
laquelle elle a monstr qu'elle avoit la lgation, et celluy qui la
luy portoit, fort agrable. Qui vous puis aussy trs certaynement
assurer, Sire, que luy, de son cost a commanc, et qu'il poursuyt de
l'accomplyr avec beaucoup d'honneur et de dignit, et avec tant de
bonne faon qu'il ne s'y peut desirer rien de mieulx, et faict
comporter bien modestement sa troupe, de sorte que toute ceste court
en demeure bien diffye. Dont j'espre qu'avec beaucoup de sa
rputation il rapportera beaucoup de contantement de son voage 
Vostre Majest; et ne me reste qu'un seul escrupulle, c'est la
traverse que nous pourra donner l'ambassadeur du Roy d'Espagne, lequel
en dilligence est arryv icy dans bien peu d'heures aprs que Mr de
La Chastre a est descendu; mais nous n'obmettrons ung seul poinct du
soing et dilligence que debvons  vostre service, ainsy que par luy
mesmes qui pourra, dans quatre ou cinq jours, s'expdyer d'icy, aurez
l'entire relation du tout. Et sur ce, etc. Ce XXXIe jour de mars
1575.




CCCCXLIIIe DPESCHE

--du VIIe jour d'apvril 1575.--

(_Envoye exprs par Mr de la Chastre._)

  Heureux rsultat de la mission de Mr de La
    Chtre.--Renouvellement de la ligue entre la France et
    l'Angleterre.--Assurance que la confiance est pleinement
    rtablie.--Instance pour que Mr de Mauvissire, successeur
    dsign de l'ambassadeur, se rende sans retard  Londres.


    AU ROY.

Sire, la bonne et digne faon de laquelle Mr de La Chastre s'est
conduict  fre la visite que luy avez command vers ceste princesse,
et  luy prsenter les lettres de Vostre Majest et de la Royne,
vostre mre, (mesmement celles qui estoient escriptes de voz mains,
lesquelles, avec l'acte d'acceptation de la ligue, qui a est trouv
fort bien couch, ont est de grand moment), et  luy bien explicquer
les poinctz de sa crance, et singulirement  luy ouvrir clrement la
droicte intention de Voz Trs Chrestiennes Majestez, et aussy  luy
admener de bien vifves raysons pour luy oster tout escrupulle qu'il y
ayt aultre chose que toute sincrit, bien esloigne de faintise et de
dissimulation, en l'amity que luy promettez, ont faict que la
confirmation de la dicte ligue, pour laquelle principallement l'aviez
dpesch par de, a heureusement succd, ainsy que luy mesmes vous
en fera le rcit, et vous en dlivrera l'acte et les lettres, que la
dicte Dame vous en escript. Qui me semble, Sire, que les choses en
sont venues  si bons termes que de meilleurs ny de plus honnorables,
pour ce regard, n'en pourroient estre desirez pour Vostre Majest. Et
j'en loue Dieu de bon cueur, car, avec l'utillit de vostre service,
je puis,  ceste heure, plus confidemment supplyer trs humblement
Vostre Majest de m'effectuer la promesse de mon cong, sans craindre
que le changement d'ambassadeur puisse rien altrer en la ngociation
de de, et commander de rechef  Mr de Mauvissyre de se rendre, icy,
le XVe de ce moys, ou au plus tard  la fin d'icelluy, sellon que, par
la dpesche du XVIIe du pass, j'ay veu que desj il en avoit receu
vostre commandement. Sur ce, etc.

    Ce VIIe jour d'apvril 1575.




CCCCXLIVe DPESCHE

--du XVe jour d'apvril 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Mousnyer._)

  Audience.--Remerciemens de l'ambassadeur pour l'honorable accueil
    fait  Mr de La Chtre et le renouvellement de la
    ligue.--Demande d'lisabeth que le roi prte serment pour la
    confirmation du trait.--Dclaration des armemens faits 
    Saint-Malo contre ceux de la Rochelle.--Adhsion de la reine 
    ces armemens qu'elle juge ncessaires pour rprimer les excs
    des protestans.--Affaires d'Irlande.--Rclamation de
    l'ambassadeur au sujet de son traitement.


    AU ROY.

Sire, je viens de dire  la Royne d'Angleterre que, quand il n'y et
eu aultre argument que celluy de l'obligation, que je luy avoys, de
m'avoyr rendu si heureux qu'avant la fin de ma charge elle et faict
ruscyr trs honnorable et pleyne de contantement la premire lgation
que Vostre Majest luy avoit envoye, qu'encores n'avoys je, pour ce
regard, voullu fallir de luy en venir trs humblement bayser les
mains, et la remercyer, d'abondant, de ce qu'elle avoit donn  Mr de
La Chastre, et aulx gentilshommes franoys de sa compagnye, de quoy
rapporter  Vostre Majest que, en nulle aultre part du monde, ilz
eussent peu estre mieulx veus ny plus caressez qu'ilz avoyent est,
icy, ny recepvoir tant d'honnestes gracieusetez qu'ilz avoient faict
d'elle, comme d'une des plus vertueuses et courtoises princesses que
le monde ayt, ny, possible, aura de longtemps; et que toutz ensemble
avions lou Dieu du prompt et franc desir dont elle avoit trs
volontiers, et de bon coeur, accept Vostre Majest en la continuation
de la ligue, que le feu Roy, vostre frre, avoit avec elle; et que le
dict Sr de La Chastre la pryoit bien de croyre qu'il n'avoit layss
tomber ung seul mot de tant d'honnestes propos qu'elle nous avoit
tenus de Vostre Majest et de la Royne, vostre mre, et de toutz ceulx
de vostre couronne, ny de toutes les responces qu'elle nous avoit
faicte, ny des honnorables signiffications d'amity qu'elle nous avoit
monstr vous porter, ny encores des aultres tant habondantes et
vrayement royalles faveurs que, pour l'honneur de vous, elle luy avoit
faictes, et  luy et  sa compagnye, qu'il n'et soigneusement
recueilly le tout pour en pouvoir donner bon compte  Vostre Majest;
et qu'il desiroit que quelque chose de ce qu'il avoit de plus cher au
monde, ou mesmes une partye de soy mesmes, se pet convertyr en
mercyement qui se trouvt digne de l'obligation qu'elle avoit gaigne
sur luy, et aulmoins luy layssoit il par de une trs dvote
affection de luy fre, aprs Vostre Majest et ce qu'il debvoit 
vostre couronne, plus de service qu' nul prince ny princesse de la
Chrestient;

Et que les aultres gentilhommes franoys, en leur disant adieu,
m'avoient pri, toutz d'une voix, que, en leur nom, je luy voulusse
aussy bayser ses royalles mains; et qu'ilz rputeroyent  grand heur
que, quelques jours, avec le bon cong de Vostre Majest, ilz peussent
estre employez en chose qui ft pour l'honneur et service d'elle; car
ilz n'y espargneroyent ny leurs vies ny leurs personnes; et que, en
expcial, Mr de Beauvoys luy rendoit trs humbles grces de ce qu'elle
avoit deign privment l'enqurir de plusieurs particullaritez de
Vostre Majest et fort famylirement l'en entretenir; et que celle
grande faveur, dont une si excellente princesse l'avoit voulu fre
digne, luy avoit raulc le cueur, pour esprer d'estre quelque chose
de meilleur  l'advenir qu'il ne s'estoit encores jamays oz
promettre; et qu'il avoit faict un registre, en soy mesmes, de toutes
les vertueuses parolles et honnestes dmonstrations de la dicte Dame,
et singullirement de celle trs expresse commission qu'elle luy avoit
donn pour ne faillir d'en entretenir, bien au long et  loysir,
Vostre Majest.

Lesquelz propos je vous promectz, Sire, que la dicte Dame a eu
souveraynement agrables, et, nonobstant la dilligence d'aulcuns, qui
s'estoient cependant efforcez d'attidyr nostre prcdante
ngociation, elle, d'une dmonstration de playsir et de contantement,
plus que ordinayre, m'a respondu que, quoyqu'on luy et voulu dire,
ny persuader de Vostre Majest, elle avoit trouv que, sur le voage
de Mr de La Chastre, aussy bien qu'en aultres choses, j'estoys plus
vritable que ceulx qui en avoyent mal rapport, et qu'elle ne se
souvenoit d'estre jamays demeure plus pleynement satisfaicte de nulle
autre ngociation qu'elle et faict en sa vye, que de ceste cy; et que
pourtant, si j'avoys jamays rien faict  sa pryre, que je voulusse, 
ce coup, avec plus d'expression que jamays, infinyement remercyer
Vostre Majest de sa part, pour l'effect de ceste ambassade, laquelle
vous luy aviez faicte fre en termes si honnorables qu'elle ne le
sauroit desirer davantage; et qui estoyent trs signifficatifs de la
droicte amity que luy ports; et puis il sembloit que eussiez choysy
l'ambassadeur, garny de toutes les qualitez dignes et propres pour
l'honnorer beaucoup  elle et donner grand contantement  toutz les
siens, et qu'elle avoit desj envoy  son ambassadeur par dell ung
pouvoir pour assister  vostre srement et requrir une plus ample
confirmation; jouxte le XXXIXe article du trait, et la lettre de
vostre main, affin de donner perfection  cest affre, duquel, si elle
voyoit que les choses se continuassent sellon ce bon commancement,
elle vous promettoit bien que vous auriez en elle une trs loyalle et
perptuelle confdre pour tout le temps de sa vye.

Sur quoy, Sire, je supplye trs humblement Vostre Majest de satisfre
premirement aulx deux premiers poinctz: du srement et confirmation,
et en fre dellivrer l'acte au dict sieur ambassadeur; mais, quand au
troysiesme, de la lettre de vostre main, il vous plerra me l'envoyer
pour la dellivrer  la dicte Dame, affin d'avoyr argument de parler
bien  elle et de tirer d'elle une bien expresse dclaration l
dessus.

J'entendz que la dellibration d'envoyer en Espaigne, et pareillement
de dpescher en Escosse, demeurent en quelque suspens jusques aprs
les prochaynes nouvelles qui viendront de France, aprs le retour de
Mr de La Chastre. Cependant j'ay communicqu  la dicte Dame une
lettre, que Mr de Boyll m'a escripte, du XIIe de mars, touchant
l'apprest que font ceulx de St Malo pour se revencher contre ceulx de
la Rochelle; de quoy elle m'a dict qu'elle ne pourroit dsormays
prendre meffiance d'aulcun appareil qui se ft en vostre royaulme, et
que les injures et larrecins, que font ces rformez, mritoient,  bon
escient, qu'on les aille bien rprimer.

Il est survenu en Irlande une grande altration entre le comte d'Essex
et Me Finguillien, prsidant au dict pays, pour rayson de quoy l'ung
et l'aultre ont dpesch en ceste court; et le conseil s'en est
assembl, par troys foys, devant la dicte Dame, laquelle, nonobstant
qu'elle porte grand faveur au dict d'Essex, qui a espous une sienne
fort proche parante, si entendz je qu'elle ne l'a voulu supporter, et
m'a l'on dict qu'il est rvoqu de sa charge. Et sur ce, etc. Ce XVe
jour d'apvril 1575.

   J'entendz que Mr le trsorier de l'espargne me veut roigner la
   moicty du prsent quartier, o nous sommes, de l'estat
   d'ambassadeur, bien que mshuy je ne pourray arryver vers
   Vostre Majest, non que me conduyre en ma mayzon, que ne
   soyons  la fin du dict quartier. Dont vous supplye trs
   humblement, Sire, luy commander de ne m'y fre de diminution,
   car le tout me faict bien besoing pour sortir d'icy.




CCCCXLVe DPESCHE

--du XXIe jour d'apvril 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Olyvier Champernon._)

  Emprunts et armemens faits par lisabeth.--Confiance de
    l'ambassadeur qu'elle n'a aucun projet hostile contre la
    France.--Nouvelles d'cosse.--tat de la ngociation de la paix
    dans les Pays-Bas.


    AU ROY.

Sire, je n'apperoy encores, pour aulcun semblant de ceste princesse,
qu'elle vueille, en l'endroict de Vostre Majest, ny du prsent estat
de voz affres, suyvre aultre dellibration que celle bonne qu'elle
nous a dclare, quand Mr de La Chastre estoit icy. Et, bien que
ceulx,  qui cella ne peut playre, n'obmettent aulcune dilligence pour
l'en cuyder divertyr, si espr je qu'avec les gracieulx termes, dont
Vostre Majest et la Royne, vostre mre, aurez desj gratiffi  son
ambassadeur les honnorables dmonstrations qu'elle a uz en la
confirmation de la ligue, nous pourrons fre qu'elle se tiendra assez
ferme contre les menes et instigations des poursuyvans; en quoy je ne
faudray,  la premire dpesche qui me viendra de Vostre Majest, de
l'aller encores, de plus en plus, confirmer en son bon propos. Il
m'est bien venu, Sire, d'ung mesmes lieu, et en une mesme heure, deux
et troys advis pour me fre asss doubter d'elle: l'ung est, qu'aprs
une assemble de son conseil,  laquelle ont concouru les ministres et
aulcuns des plus apparantz suppostz de ceulx de la nouvelle religyon,
la dicte Dame a soubdain mis sus ung emprunt de soixante mille livres
esterlin, la moyti sur ceste ville de Londres, un sixiesme sur le
clerg et les aultres deux sixiesmes sur le commun du royaulme; qui
sont deux centz mille escus en tout  estre payez, le plus tost que
fre se pourra, par ses lettres qu'ilz appellent _Privez Selz_,
lesquelz l'on dpesche en grand dilligence. Et l'autre advis porte
que, en mesme temps, Mr de Mru a eu  dire  quelque personnage de
ceste court, que, ayant chascung de ses deux frres bien pourveu, l
o ilz sont,  leur faict, et que n'ayant luy moins heureusement
ngoci, icy, de sa part, il dellibroit de s'en retourner,  ceste
heure, en Allemaigne, puisque Mr de Turenne s'estoit desj dclar,
affin de haster Mr le Prince de Cond aulx entreprinses qu'il a entre
mains. Et le troysiesme advis est qu'on poursuyt, en ceste court, plus
chaudement qu'on n'a encores faict, une description de cappitaynes et
de soldatz, et ung apprest de navyres de guerre; ce que aulcuns
veulent interprter que tout cella se faict en faveur des eslevez de
vostre royaulme.

De quoy, pour l'instabilit des Angloix et l'extrme passion qu'ilz
ont  leur religyon, et la peur qui les tient tousjours, de laquelle
ilz ne se peuvent jamays deffre, du faict de la Royne d'Escosse, je
ne me veulx trop persuader qu'il n'eu puisse estre quelque chose. Mais
je mezure bien aussy que tout cest appareil n'excde de guyres ce qui
faict besoing  la dicte Dame pour son entreprinse d'Irlande, 
laquelle elle est comme engage, et faut qu'elle y pourvoye
promptement pour ne rien perdre de la sayson de l'est; car les
aultres troys saysons de l'an sont inutiles  la guerre de del. Et
puis je veulx prsumer qu'elle ne voudra si tost aller contre ce
qu'elle vient tout freschement de vous promettre par la susdite
confirmation de la ligue. Et, au pis aller, il faudra avoyr l'oeil
bien ouvert sur ce qu'elle entreprendra, affin que rien ne s'en puisse
addresser contre Vostre Majest que n'en soyez auparavant apperceu.
Et, pour le prsent, je vous, diray, Sire, qu'il y a,  la vrit,
deux navyres, de la dicte Dame dehors, lesquelz sont allez convoyer la
flotte de Hembourg, et il s'en appreste quatre aultres, et puis il en
doibt sortir promptement six des particulliers. Et j'entends que, en
Ollande, l'on prpare  furie d'en mettre quelque nombre dehors; en
quoy je crains bien que l'ambassadeur d'Angleterre, par le courrier
qui est arryv, icy, le XVIe de ce moys, ayt escript que Vostre
Majest a une secrette dellibration d'aller promptement assiger par
mer et par terre la Rochelle, et qu'il ayt donn une grande allarme de
l'armement de Bretaigne. Dont,  toutes advantures, il sera bon, Sire,
que faciez promptement advertyr voz cappitaynes, qui sont sur mer, et
pareillement les gouverneurs, du long de la coste de de, qu'ilz se
donnent garde de ces deux appareils de Ollande et d'icy.

L'on m'a dict aussy que la dicte Dame a eu des lettres d'ung sien
serviteur secret, qui est en Escosse, lequel la mect en peyne des
choses de dell comme si la part franoyse y estoit plus releve que
jamays, et que le comte de Morthon soit pour s'y laysser ramener; ce
que j'estime luy avoyr est escript  poste par la praticque d'aulcuns
d'auprs d'elle. Tant y a qu'elle a faict une prompte dpesche 
Barwyc, par laquelle elle mande qu'on en examine bien le faict, affin
d'envoyer, puis aprs, Me Quillegreu par dell, s'il est cognu qu'il
en soit besoing.

L'ung des principaulx entremteurs de la paix des Pays Bas a escript 
ung sien amy, en ceste ville, et j'ay veu la lettre, que, encor que
les choses semblent estre accroches  des difficultez non petites,
et mesmement au poinct de la religyon, et  la tenue des Estatz, et 
fre sortyr les estrangers hors du pays, si voyoit il nantmoins qu'on
en viendroit,  la fin, en accord. Et semble bien  ceulx cy que la
nouvelle qu'ilz ont: comme l'Empereur s'en va conclurre le mariage du
roy de Hongrye, son filz ayn, avec la fille du duc de Saxe,
facilitera davantage le dict accord, et baillera ung grand moyen au
dict roy de Hongrye de parvenir  l'lection du roy des Romains. Et
sur ce, etc. Ce XXe jour d'apvril 1575.




CCCCXLVIe DPESCHE

--du XXVIe jour d'apvril 1575.--

(_Envoye jusques  Calais par le secrtre du prsident de
Toulouze._)

  tat de la ngociation de la paix en France.--Assurance que les
    prparatifs faits en Angleterre sont dirigs contre
    l'Irlande.--Confrence de l'ambassadeur avec l'envoy du roi
    d'Espagne.


    AU ROY.

Sire,  l'occasion du retour du Sr de Vassal et de la dpesche qu'il
m'a apporte, de Vostre Majest, du XIIIe de ce moys, j'ay estim
qu'il estoit expdient d'informer ung peu mieulx ceste princesse et
les siens de voz nouvelles et de l'estat des choses de dell, qu'il ne
sembloit que leur ambassadeur les leur et ainsy proprement escript
comme elles sont: car ilz tenoient entre eulx que le traict de
paciffication en vostre royaulme ne prenoit aulcun bon commancement;
et que Mr de Beauvoys La Nocle, qui estoit venu, jusques bien prs de
Paris, pour vous apporter les articles de la demande des eslevez,
ayant eu advertissement qu'on luy vouloit fre ung trs maulvais
tour, s'en estoit fouy en la plus grande haste qu'il avoit peu, et
qu'encor qu'on s'effort de traicter avec les aultres depputez, et
que l'on en corrompt quelques ungs, que nantmoins tout ce qu'ilz
feroient n'auroit point d'aucthorit, et qu'il estoit tout apparant
que, sans la libert des deux mareschaulx et sans le consantement des
aultres troys frres de Montmorency, l'accord ne succderoit jamays;
que cepandant la guerre continuoit tousjours, et qu'en la Guyenne au
comte Martinengue avoit est deffaictes quatre ou cinq compagnies
d'arquebuziers, et luy contrainct se saulver dans ung prochain fort;
et que Vous, Sire, sentiez plus et estiez beaucoup plus fasch que Mr
de Turne et prins les armes que de tout ce que Mr de Dampville, son
oncle, avoit faict jusques icy; et que ceulx de la Rochelle avoient
gaign une victoyre sur mer contre les Bretons; que Vostre Majest se
trouvoit en une extrme ncessit d'argent, et que mesme la Royne
Veufve, par faulte que ne luy en pouviez bailler, demeuroit d'aller
voyr sa fille jusques  Bloys, avec d'aultres particullaritez qui
n'estoient  l'advantage de voz affres.

A quoy, par le contenu de ce qu'il vous avoit pleu m'escripre, et de
ce que le dict Sr de Vassal m'avoit rapport de parolle, il y a est
satisfaict le mieulx que j'ay peu, de sorte que chascung demeure
maintenant plus capable de la vrit. Et ne sentz poinct, Sire, que
cella ayt faict, ny soit pour fre encores de mutation icy; ains
j'espre que, venant bientost, icy, l'acte de vostre srement et de
vostre plus ample confirmation du traict de ligue, et la lettre de
dclaration que ceste princesse attand de vostre main, qu'elle
persvrera plus constante que jamays vers Vostre Majest, se
commanant desj bien  cognoistre que l'emprunct des deniers et
l'apprest qu'elle a command de fre, ainsy que par ma prcdante je
le vous ay escript, est principallement destin pour l'Irlande.

J'ay, ces jours passez, pry le docteur fiscal de Bruxelles  dner en
mon logis, et l'ay honnor comme ambassadeur d'Espaigne. Nantmoins il
m'a dict que ceste princesse, avec beaucoup de faveur, l'avoit bien
receu, non  dire vray pour ambassadeur, mais pour agent, sur les
lettres qu'il luy avoit apportes du Roy, son Mestre, par lesquelles
il promettoit d'observer et tenir ce que desj avoit est, et seroit,
aprs, ngocy par luy; et que, en attandant la dtermination que le
dict Roy, son Mestre, et elle prendroient sur la mutuelle rsidence
des ambassadeurs de l'ung auprs de l'autre (et qu'en cas qu'ilz s'en
accordassent que seroit luy ou bien don Bernardin de Mendossa qui
seroit ordonn en ceste place), il continueroit de mettre  effect les
aultres bons accords, qui estoyent desj comme arrestez entre ces deux
pays pour leurs commerces et entrecours. Et en devisant avec luy, il
m'a discouru ce qui s'estoit pass jusques icy au traict de la paix
de Flandres, et que, encor que les depputez se fussent retirez, et que
le comte de Sualsembourg s'en ft retourn vers l'Empereur, ce
n'estoit que pour en venir tant mieulx  une bonne conclusion; et que,
ce matin mesmes, il venoit de recepvoyr des lettres de dell qui le
mettoient hors de tout doubte que la dicte paix ne det bientost et
bien heureusement succder, parce qu'on l'advertissoit qu'ung bien
honneste moyen de seuret avoit est mis en avant, lequel le Roy
Catholicque ne refuzeroit nullement de bayller; et que le prince
d'Orange et les eslevez s'en tiendroient pour bien contantz. Et sur
ce, etc.

    Ce XXVIe jour d'apvril 1575.




CCCCXLVIIe DPESCHE

--du dernier jour d'apvril 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Ngociation de l'ambassadeur pour Marie
    Stuart.--Arrive  Londres des dputs de Ble, chargs de
    solliciter des secours pour les protestans de France.--lection
    du roi comme chevalier de l'ordre de la Jarretire.


    AU ROY.

Sire, parce que la Royne d'Angleterre avoit monstr de ne prendre en
bonne part la ngociation que luy aviez faicte fre pour la Royne
d'Escosse, affin de mieulx cognoistre si ce qu'elle nous en avoit
respondu luy partoit,  bon esciant, de dedans du cueur, ou si
c'estoit artiffice, je luy suis all dire que j'avoys  luy fre ung
peu de querelle de la rude responce, qu'elle vous avoit mand, sur les
honnestes propos que luy aviez faict tenir par Mr de La Chastre en
faveur de ceste princesse.

A quoy soubdain, sans me laysser passer plus avant, elle m'a respondu
que je serois tout esbahy, si je savois ce qu'elle avoit faict
davantage, car, par la lettre qu'elle avoit escripte, de sa main,  la
Royne, vostre mre, elle luy avoit mand qu'elle ne luy layrroit
passer ceste grande faute d'avoyr permis que Vostre Majest ft entre
en renouvellement de ligue avec elle par ung si mal considr
commancement que celluy l; et mesmes s'estoit pleincte  elle que je
ne m'estois monstr, icy, guyres moins ambassadeur de la Royne
d'Escoce que le vostre.

A quoy aussy, en ryant, je luy ay dict que, en cuydant taxer d'erreur
Voz Trs Chrestiennes Majestez, elle ne prenoit pas garde qu'elle
manifestoit proprement le sien de vous reprocher les honnestes offices
que faisiez pour vostre belle seur et parante, et pour vostre
principalle allye; lesquels offices je savoys qu'elle mesmes jugeoit
assez que, sans grand reproche, vous ne les pouviez obmettre, et qu'il
failloit bien qu'elle penst de ne vous avoyr jamays pour amy, si elle
ne vous vouloit aymer avec toutes les circonstances de vostre honneur
et dignit; et que, pour mon regard, je n'avoys jamays attainct de
fre,  beaucoup prs, pour la dicte Dame, tout ce que Vostre Majest
m'en avoit command, dont je ne creignoys d'estre blasm de l'excez;
et que, de tant que je savoys qu' prsent elle n'avoit aulcune
matire d'offance ny de courroux contre elle, que je ne layrroys
pourtant cella de luy communicquer une sienne lettre que j'avoys
naguyres receue, laquelle luy feroit venir  regret que, pour son
regard, elle ne vous et plus agrablement satisfaict.

Et, la luy ayant baille, elle l'a fort volontiers serre dans sa
pochette, et m'a pry de la luy laysser pour la lyre  son loysir. Qui
ay bien cognu depuis, Sire, qu'elle y avoit trouv des particullaritez
qui l'avoient contante, dont elle a contant aussy de quelques
aultres la dicte Dame; et a permis que Me Jehan de Compigne, son
tailleur, avec plusieurs besoignes qu'il a apportes de Paris, la soit
all trouver.

Ceste difficult n'a est sitost vuyde qu'il s'en est prsent
incontinent une aultre, plus grande, de troys gentilshommes, l'ung
franoys, l'autre allemand et l'autre flammand, lesquelz, ayant est
naguyres dpeschs par l'assemble qui a est tenue  Basle, sont
venus incister  ceste princesse et au clerg de ce royaulme en des
demandes bien grandes pour ceulx qui ont prins les armes en faveur et
deffence de ceulx de la nouvelle religyon; lesquelles demandes je n'ay
peu encores bien approfondyr,  la vrit, quelles elles sont; tant y
a qu'il semble que les vesques d'icy y vont assez inclinant.
Nantmoins il a est si bien pourveu au reste, que je ne descouvre
nullement que ceste princesse ny ceulx de son conseil ayent, pour
encores, aulcune dellibration de leur rien accorder.

Et, au contrayre, il est advenu, contre ce qu'ilz esproyent, et au
regret de plusieurs aultres poursuyvantz en ceste court, que le jour
de St Georges, et tenant le chapitre de l'ordre de la Jarretyre, 
Grenvich, la dicte Dame a faict que Vostre Majest y a est esleu
chevalyer du dict ordre; dont le comte de Lestre s'en est incontinent
envoy conjouyr avecques moy, avant qu'il en ayt est rien divulgu.
Et, le jour ensuyvant, elle a envoy troys honnestes gentilshommes de
sa court, du nombre de ses pensionnayres, dont l'ung est son parant,
devers moy, pour me notiffyer la dicte lection, et comme elle n'avoit
voulu permettre que ce chapitre se passt sans qu'elle se ft; et
qu'aussytost qu'elle entendroit que Vostre Majest l'auroit agrable,
elle ne faudroit de vous dpescher ung personnage d'honneur et ung
seigneur de qualit pour vous aller apporter le dict ordre. Je l'ay
infinyement remercye de ceste marque, et de l'vident tesmoignage
qu'elle vous rend, en cella, de son indubitable amity, et que je ne
tarderoys de le vous fre bientost savoyr; luy osant desj bien
advancer cella, en vostre nom, qu'elle n'et peu fre eschoyr ceste
lection en l'endroict de nul autre prince de la Chrestient qui mt
plus de peyne d'honnorer son ordre, et de l'accepter en trs bon gr,
que Vostre Majest feroit: dont vous supplye trs humblement, Sire,
m'y fre promptement, et par voz premires, ung mot de responce. Sur
ce, etc. Ce XXXe jour d'apvril 1575.




CCCCXLVIIIe DPESCHE

--du VIe jour de may 1575.--

(_Envoye  Callais expressment par le Sr Biscop._)

  Vives instances des dputs de Ble  l'effet d'obtenir des
    secours pour les protestans de la Rochelle.--Rclamations des
    Anglais pour que justice leur soit rendue en France.--Nouvelles
    d'cosse.--Plaintes de l'ambassadeur  raison du dnuement o
    il se trouve.


    AU ROY.

Sire, comme ceste princesse estoit aprs  dellibrer, avec ceulx de
son conseil, si elle debvoit, ou si elle ne debvoit pas, fre
promptement mettre les douze navyres, dont je vous ay cy devant
escript, (savoyr est: six des siens, et les six aultres des
particulliers), en mer, il y en a qui sont expressment allez la
persuader que, pour occasion du monde, elle ne voult laysser de les
fre sortir, attandu que, de Normandye et de Bretaigne, il y en avoit
desj ung bon nombre sur mer dehors. Et s'en est bien peu failly, 
l'instance des depputez de Basle, et d'aulcuns venus de la Rochelle,
lesquelz se sont tout  poinct prsentez l dessus en ceste court,
lorsque Mr de Mru y estoit, que la rsolution n'en ayt est prinse,
et mesmes que aulcuns de ce conseil, qui inclinoyent  cella,
opinoient que ce seroit chose fort  propos pour favoriser
l'entreprinse d'Irlande. Mais, quand j'ay eu, soubz main, remonstr
qu'il ne pourroit estre que Vostre Majest n'en prnt de la jalousye,
attandu que vous aviez faict donner advis  la dicte Dame de tout ce
que vous aviez sur mer, et de ce qu'entendiez y mettre davantage,
ensemble de son armement; et que vous saviez assez que, pour
l'Irlande, il ne luy faisoit besoing d'aultres vaysseaulx que de
passagers pour y trajetter des hommes; et que je croy aussy que, en
mesmes temps, le conseiller fiscal de Bruxelles, (lequel est aprs 
renouveller les accords d'entre les pays du Roy d'Espaigne avec ce
royaulme, d'autant que leur trefve, qui n'avoit est prinse que pour
deux ans, est expire,  ce premier jour de may), a aussy remonstr
que son Mestre auroit cella pour suspect; il a est rsolu que, pour
ceste heure, cest armement ne passeroit plus oultre, et qu'il seroit
remis jusques  ce que la dicte Dame vt si, pour quelque occasion qui
luy pet cy aprs survenir, qui luy ft plus grande qu'elle n'en avoit
 prsent, elle seroit meue de le parachever.

Et sur cella j'entends qu'il luy est arryv, de son ambassadeur, ung
pacquet, lequel luy a donn asss de satisfaction du bon rapport qu'a
faict d'elle et des choses de de Mr de La Chastre, et comme il vous
a pleu commander  icelluy mesmes Sr de La Chastre, et  Mrs de
Limoges et de Chiverny, d'aller apporter beaucoup d'honnestes et
agrables mercyementz, de vostre part,  son dict ambassadeur; ce qui
l'a grandement contante. Mais il semble bien qu'il ne luy ayt donn
guyres d'esprance que vueills pourvoir aulx particullires demandes
qu'elle vous a mand fre pour aulcuns de ses subjectz. De quoy elle
et ceulx de son conseil demeurent fort escandalizs, et disent qu'il
n'est pas possible que l'amity se puisse conserver entre Voz deux
Majestez, si la justice n'est mutuellement, l et icy, administre 
voz communs subjectz. Et pour ceste occasion, ilz m'ont faict tomber
une lettre entre mains que Me Chambernon m'a escripte pour fre que,
par la presse que cestuy faict de son affre, Vostre Majest cognoisse
combien ceste princesse est presse, de plusieurs aultres des siens,
de leur pourchasser quelque rayson et restitution en France.

J'ay faict recepvoyr en bonne part  milord de St Jehan, l'escossoys,
la responce que m'aviez command de luy fre, lequel se contantera
qu'il vous playse luy envoyer une vostre lettre de protection; car il
proteste que ce n'a est pour gain ny pour ambition qu'il s'est
adress  Vostre Majest, ains pour la servitude qu'il vous porte, et
pour la naturelle affection qu'il porte  vostre couronne, et qu'il
espre bien de fre que ce tesmoignage de vostre faveur, que vous luy
donrez maintenant, servira de beaucoup  establir l'authorit de
vostre nom et celle de vostre alliance en Escosse, et qu'il vous y
regaignera cinq centz, voyre mille gentilshommes pour fre entirement
ce que vous leur commanderez. L'on m'a dict que, au dict pays, la
noblesse et le peuple sont aprs  dposer, toutz d'ung accord, le
comte de Morthon de la rgence pour la bailler  l'ung des enfans du
feu duc de Chastelleraut, ou bien au comte de Honteley: qui seroit
chose peu agrable en ceste court. Je mettray peyne d'en avoyr plus de
certitude, affin de le vous mander par mes premires. Et sur ce, etc.

    Ce VIe jour de may 1575.


   _Par postille  la lettre prcdente._

   Sire, vostre service souffre icy du dtriment beaucoup, et moy
   de la honte bien grande et une ncessit insupportable, pour
   le tort, que le Sr Scipion Sardiny me faict, de ne me vouloir
   payer les assignations que Mr le trzorier de l'espargne m'a,
   dez l'anne passe, baille sur luy; qui vous supplye trs
   humblement luy commander qu'il ayt  les acquitter tout
   promptement aulx Srs Macey et Cevany pour le Sr Acerbo
   Velutelly; lequel prtend de me fre mettre en arrest, pour
   troys mille escus qu'il m'a desj advancez, et pour l'intrest
   des troys foyres que le dict Sardiny a layss passer sans le
   vouloyr contanter.




CCCCXLIXe DPESCHE

--du XIIe jour de may 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Intrigues pour forcer lisabeth  prendre le parti des protestans
    de France.--Ngociation du roi d'Espagne avec
    l'Angleterre.--Affaires d'cosse.--Nouveau danger de Marie
    Stuart.--Poursuites faites  raison de lettres qui lui ont t
    adresses.--tat de la ngociation de la paix en France.


    AU ROY.

Sire, celluy secrettayre Wilx, angloys, qui accompaignoit le
secrettayre de Mr de Mru, quand il fut prins  Bouloigne, est
retourn, icy, depuis quatre ou cinq jours, avec plusieurs lettres et
dpesches qu'il a apportes d'Allemaigne et de Basle  ceste
princesse, et  ceulx de son conseil, et pareillement  Mr de Mru, et
aulx ministres franoys et flammantz qui sont en ceste ville. Et
soubdain, ceulx, qui sont superintendantz des affres de ceulx de la
nouvelle religyon, se sont assemblez pour dellibrer du contenu des
dictes dpesches; et, le lendemain, Mr de Mru, avec l'ung d'eux, est
all  Grenvich, o il a estroictement confr avec troys de ce
conseil: et y est convenu ung nomm le Sr de Martinez, agent de Mr de
Laval, et troys cappitaines ou gentilshommes franoys, de ceulx qui
souloyent suyvre le feu comte de Montgommery. Dont j'entendz qu'il y a
est mis en avant beaucoup de propositions pour essayer de tirer
d'icy, en une faon ou aultre, des deniers et des hommes et des
vaysseaulx, et aultres moyens, en faveur des eslevez de vostre
royaulme; et mesmes de fre que ceste princesse se voult dclarer
pour eulx en ce qui concerneroit la deffance de leur religyon, luy
assurant le dict Wilx, oultre la teneur des lettres, que, pour chose
trs certayne, le Prince de Cond armoit bien grossement. Et celluy,
que j'ay mis aprs pour descouvrir ce qui rsulteroit de toutes ces
dellibrations, m'a mand qu'il n'estoit pas possible, pour encores,
de le savoyr, parce que nulle chose au monde estoit mene plus
secrettement ny plus  couvert que ceste cy; nantmoins, sellon qu'il
le pouvoit comprendre pour la dmonstration que faisoyent les plus
passionnez, il sembloit bien qu'ilz ne peussent aysment mouvoyr la
dicte Dame  leurs desirs, mais qu'il estoit bien  craindre qu'enfin
ilz obtnsent d'elle qu'elle dissimuleroit ce que le clerg et les
particulliers de ce royaulme voudroient fre en cest endroict. Sur
quoy, Sire, au premier sentiment que j'auray de chose aulcune qui
puisse, tant soit peu, manifester leurs dictes dellibrations, je ne
faudray de vous en donner incontinent advis, vous voulant cependant
bien assurer que la dicte Dame n'a envoy aulcun nouveau mandement 
ses navyres, et qu'elle a faict suroyr, pour quelque temps,
l'emprunct des deux centz mille escus dont je vous avoys faict
mencion.

Les choses, que le docteur fiscal de Bruxelles avoit  ngocyer en
ceste court, ne sont si facillement venues  conclusion comme il
esproit; et semble qu'elles vont en longueur. Nantmoins il se
promect de fre que la mutuelle rsidance des ambassadeurs sera
accorde entre le Roy, son Mestre, et ceste princesse; par le moyen de
quoy toutes les aultres difficultez seront bientost vuydes entre
eulx; et il en est entr en plus d'esprance, depuis troys jours qu'il
a eu  prsenter  la dicte Dame une lettre, de la main de son dict
Mestre, qui la remercye sans fin de l'honneste offre qu'elle luy avoit
faicte de ses navyres et hommes contre le Turc; et y a adjouxt
beaucoup de bonnes et expresses parolles d'amity qui l'ont grandement
contante.

L'on a eu craincte, icy, de quelque altration vers le North, d'autant
que d'Escosse l'on avoit transport en la frontyre de de, ez mains
de milord de Scrup, gardien d'icelle, une jeune hrityre, bien riche,
contre le vouloyr du comte de Morthon, qui prtandoit d'en avoyr la
garde noble, et de la maryer  quelqu'ung de ses parantz; mais la
Royne d'Angleterre a mand qu'on la luy rendt, dont cella n'a pass
plus oultre.

Il se faict, icy, une grande recherche sur la Royne d'Escosse; et a
l'on mis desj cinq personnages de qualit dans la Tour, et examin
deux milords, et envoy qurir troys serviteurs du comte de Cherosbery
pour vriffyer par qui et commant ont est conduictz les pacquetz et
chiffres de la dicte Dame, et quelle ngociation elle en a mene avec
Guoaras; agent du Roy d'Espaigne. Je fay tout ce que je puis pour
modrer cella, et ne discontinue poinct, pour toutes ces traverses,
les gracieuses ngociations; et de fre ordinayrement tenyr de petitz
prsentz et des lettres et aultres honnestes entretiens, de la part de
la dicte Dame,  la Royne, sa cousine, laquelle ne les a encore
rejettez; mais je crains fort que ses ennemys parviendront enfin  ce
qu'ilz prtandent: de la fre oster des mains du comte de Cherosbery.
En quoy je feray bien tout ce qu'il me sera possible pour les en
garder.

L'on m'a dict que les ministres franoys, qui sont icy, ont receu
freschement une forme d'articles que les depputez, qui sont  Paris,
leur ont envoy, avec les responces de Vostre Majest; et qu'ilz
disent qu'ilz ne voyent pas, par l, que les choses aillent ainsy
clres et nettes, comme il seroit requis pour parvenir  une bonne
paciffication. Sur ce, etc. Ce XIIe jour de may 1575.




CCCCLe DPESCHE

--du XVIIIe jour de may 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Chevalyer._)

  Rsistance d'lisabeth aux sollicitations des protestans de
    l'Allemagne et de la Suisse.--Ngociation des
    Pays-Bas.--Poursuites  raison des lettres adresses  Marie
    Stuart.--Nouvelles d'cosse.


    AU ROY.

Sire, il a est,  ce coup, bien difficile de rsister  l'effort
qu'avec les dpesches d'Allemaigne et de Basle, et l'instante
sollicitation d'aulcuns, qui sont icy, l'on a faict  ceste princesse,
pour la cuyder tirer au contrayre party de voz prsentz affres; et me
suys trouv assez empesch comme y remdier, parce que je n'avoys de
quoy luy aller ouvrir aulcun propos, qui vnt de vostre part, pour
m'achemyner  ceulx qu'il y failloit oposer. Nantmoins il a pleu 
Dieu ne me deffaillyr en cest endroict par la bonne inclination que
la dicte Dame a de vous garder la paix, et de ne rompre d'amity
avecques vous. J'entendz qu'elle a pry aulcuns de ses plus expciaulx
conseillers d'adviser des expdientz honnestes comme la descharger
elle, et se descharger  eulx, de ces tant grandes importunitez; et
que, en quelle sorte que les choses puissent aller pour ceulx qui
recherchent de la faveur et du secours de son royaulme, elle ne
vouloit estre mesle avec eulx en rien qui luy pet susciter de
l'altration avec Vostre Majest ny avec le Roy d'Espaigne, jusques 
ce qu'elle vt mieulx comme, l'ung et l'autre, vous dporteriez vers
elle. Sur cella, l'on n'a pas oz la presser davantage de l'armement
de ses navyres, lesquelz demeurent en ung demy appareil; et si, s'est
contante, quand  l'emprunt de deux centz mil escuz, que ceulx de
Londres luy en ayent prest contant, pour ung an, soixante six mille,
affin de les employer en sa guerre d'Irlande.

Les ngociations de Flandres ne s'advancent guyres, parce que le
docteur de Bruxelles est ung peu malade; et ceulx cy ne veulent
procder  la publication contre les fuitifz des Pays Bas que le plus
tard qu'ilz pourront. Nantmoins aulcuns des principaulx de ceste
court monstrent de prendre bien  cueur que les choses demeurent
imparfaictes avec le Roy d'Espaigne.

L'examen se poursuyt vifvement et sans intermission contre ceulx qu'on
a mis dans la Tour par souspeon de la Royne d'Escosse. L'on m'a dict
qu'on ne tire encores que choses lgres et de peu de moment de leur
audition; nantmoins l'on est  dellibrer, dans ce conseil, si la
dicte Dame sera eschange des mains du comte de Cherosbery, ou bien si
l'on luy ordonnera  luy de la fre observer de plus prs qu'il n'a
faict jusques icy. Je ne say o en ira encores la rsolution, tant y
a que je incisteray, aultant qu'il me sera possible, qu'elle aille
tousjours au mieulx.

Les choses d'Escosse se maintiennent encores assez paysibles, et a
est tenu  Lislebourg une forme d'Estatz, o les principaulx de la
noblesse ont convenu, et s'en sont retournez assez contantz; et mesmes
le comte d'Arguil a satisfaict, en prsence des Estatz, aux bagues de
la couronne, que le comte de Morthon demandoit  sa femme et en a
emport son acquict. Il n'y a est,  ce que j'entendz, rien dict,
faict, ny ordonn, au prjudice de vostre alliance; et Quillegreu, ny
nul aultre, pour la part d'Angleterre, n'y a assist. Il semble que,
d'icy  quelques moys, l'on se doibt, de rechef, assembler au dict
Lislebourg pour adviser s'il sera bon que le jeune Prince commance de
prendre estat, et qu'il sorte d'Esterling, pour se monstrer au peuple,
et qu'il aylle se promener par le pays; en quoy ne se sayt encores
comme l'on en dellibrera, ny si l'on y peysera bien toutes les
circonstances et inconvnientz qui en pourroient advenir.

J'attandz avec grand desir mon successeur, et attandz avec trs grande
dvotion de voz nouvelles, s'esbahyssant ceste princesse que, depuis
le retour de Mr de La Chastre, il ne m'est arryv ung seul mot de
vostre part pour luy dire. Sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de may 1575.




CCCCLIe DPESCHE

--du XXVIe jour de may 1575.--

(_Envoye exprs  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Remerciement de l'ambassadeur pour l'lection du roi
    comme chevalier de la Jarretire.--Serment prt par le roi sur
    la confirmation de la ligue.--Demande afin qu'lisabeth
    remplisse les nouvelles formalits auxquelles le roi s'est
    soumis.--Son refus de prter un nouveau serment motiv sur ce
    qu'elle a dj jur le trait.--Renvoi au conseil de cette
    difficult.--Dclaration de la reine que, par suite du retard
    mis  acquitter en France une crance due  un anglais, il lui
    a t donn autorisation de se payer par lui-mme sur les biens
    des Franais.--Vives rclamations de l'ambassadeur contre cette
    rsolution.--Dlibration du conseil.--Instance pour que la
    reine dclare formellement  son ambassadeur auprs du roi,
    qu'elle desire la pacification en France.


    AU ROY.

Sire, la veille de la Pantecoste, j'ay est  Grenvich, o, d'arryve,
la Royne d'Angleterre m'a reproch que je l'avoys quasy oublye; et je
luy ay dict que je ne vouloys nullement excuser ma faulte d'avoyr est
plus longtemps que je ne debvoys  l'aller trouver, et que je
cognoissoys trs bien que ce que, depuis deux moys en , elle avoit
faict vers Vostre Majest, aultant honnorablement qu'il se pouvoit
dire ny desirer au monde, mritoit bien que je luy usasse de plus
grand debvoir, mais que j'avoys diffr de venir  elle pour attandre
qu'il me vnt quelqu'une de voz dpesches, aprs le retour de Mr de La
Chastre; et vous aviez si continuellement est occup  ouyr les
depputez de voz subjectz, que ne m'en aviez peu fre pas une, jusques
 celle de maintenant.

De laquelle, premier que de traicter rien de ce qu'elle contenoit, je
la vouloys bien fort humblement remercyer du soing qu'elle avoit eu,
au dernier chapitre de son ordre, de vous fre eslire ung des
chevalyers de la Jarretyre; qui estoit une suyte de ses bonnes
dmonstrations vers vous, par lesquelles elle faisoyt foy,  toute la
Chrestient, qu'elle vouloit avoyr beaucoup d'amity et de bonne
intelligence avecques Vostre Majest; et que les troys gentilshommes,
qu'elle m'avoit envoyez pour me le signiffier, n'avoyent rien, obmis
de ce qui pouvoit servir  l'ornement de ce propos, et de m'assurer
qu'aussytost qu'elle pourroit savoyr que vous l'auriez agrable,
qu'elle vous dpescheroit ung seigneur de qualit pour vous aller
apporter le dict ordre, ce que je vous avoys tout aussytost mand;
qu'elle ne sauroit avoyr faict eschoyr ceste lection sur prince de
la Chrestient qui mette plus de peyne, que vous ferez, d'honnorer son
dict ordre, et de l'accepter de trs bon cueur.

Elle m'a respondu que, voyrement, avoit elle voulu fre cecy pour ung
acte patant  ung chascung de la confirmation d'amity et de plus
estroicte intelligence qu'elle avoit avec Vostre Majest; et que, si
elle et eu quelque aultre chose de plus prsant et de plus grand en
sa puissance, elle et mis peyne de vous en honnorer; et que elle
esproit qu'ainsy que les feus Roys, voz bisayeul, ayeul, pre et
frre, ne l'avoyent refuz de la main des prdcesseurs Roys de ceste
couronne, qu'aussy Vostre Majest ne ddaigneroit de l'accepter
maintenant de la sienne.

J'ay suivy  luy dire que vous me commandiez, par ceste vostre
dernire dpesche, de luy bien tesmoigner l'ayse et grand plsir
qu'aviez eu d'entendre, par Mr de La Chastre, qu'elle avoit bien et
agrablement receu la premire ngociation que luy aviez envoye, avec
toutz les poinctz qu'elle contenoit, comme elle avoit grandement
caress et bien traict vostre ambassadeur et toutz les gentilshommes
franoys qui estoyent avecques luy; de quoy vous la vouliez, de tout
vostre cueur, infinyement remercyer, ensemble de la bonne et prompte
volont dont elle vous avoit, sans excuse ny difficult, ny sans
remise aulcune, accept en la ligue commance avec le feu Roy, vostre
frre, et de vous en avoyr expdy ung acte en termes de grande amity
et qui vous attribuoyent beaucoup d'honneur et de louange; et aussy
que, en beaucoup de sortes, et par plusieurs de ses propos, elle vous
avoit clrement signiffy son intention et la bonne affection qu'elle
vous portoit; mesmes, lorsque, voyant retirer ung dogue mort d'entre
les pattes de l'ours, elle avoit souhayt qu'_ainsy fussent toutz les
ennemys de Vostre Majest_. Qui estoyent toutes dmonstrations qui
vous avoyent extrmement contant, et vous la vouliez bien pryer de
croyre qu'elle les avoit colloques en l'endroict du meilleur et plus
certain de ses amys, et du plus recognoissant prince, d'entre toutz
ceulx de son alliance; et que  nulle aultre promesse, que vous
eussiez jamays faicte, vous n'aviez plus allgrement ny plus
volontiers oblig vostre foy et srement, qu' celle de son amity et
de la confdration que vous aviez avec elle; et que, tout ainsy que
vous la luy aviez sollennellement jure, qu'ainsy la luy garderiez
vous trs sainctement et de bonne foy; et n'y auroit occasion du
monde, ny persuasion de personne vivante, qui vous en pet destourner.
En confirmation de quoy, vous luy envoyez la lettre, de vostre main,
qu'elle avoit demande.

La dicte Dame, avec beaucoup de plsir, a soubdein prins, et leu, et
releu, fort curieusement, la dicte lettre, ensemble la soubscription
et la suscription d'icelle; et l'ayant trouve entirement sellon son
desir, elle m'a dict qu'elle avoit  se louer beaucoup de Mr de La
Chastre et de moy, des bons et honnorables raportz qu'elle cognoissoit
bien que nous avions faict et escript d'elle, et mesmes de ne vous
avoyr cell la particullarit de l'ours, qui estoit ung compte qu'elle
me vouloit confirmer, de rechef, qui n'avoit nullement est feinct, ny
prins d'aylleurs que de la vraye affection de son cueur; et qu'il vous
avoit pleu, de vostre cost, si parfaictement accomplyr tout ce  quoy
le traict vous obligeoyt vers elle, qu'elle restoit,  ceste heure,
trs estroictement oblige vers vous; de quoy elle avoit plus de
playsir que de nulle aultre bien qu'elle et en ce monde, et mettroit
peyne de le conserver soigneusement, tant qu'elle vivroit, et de vous
donner occasion que n'en sentissiez moindre bien ny moins de
contantement de vostre part.

J'ay continu de luy dire que, oultre les quatre choses que vous aviez
trs librallement accomplies en cest endroict, s'il en restoit
encores quelqu'une  fre, de vostre cost, pour la rendre davantage
assure de vous, que vous vous y offriez de bon cueur, et estiez prest
de l'accomplyr; et que, de mesmes, vous la priez qu'elle ne se grevt
de vous contanter de troys aultres choses qui estoyent bien
raysonnables, et d'une mutuelle satisfaction entre vous: la premire
estoit de vous renouveller son srement; la segonde, de vous escripre
ung mot de sa main, au mesmes sens que vous aviez escript  elle; et
la troysiesme, de procder  l'tablissement du commerce entre voz
deux royaulmes, sellon la teneur du traict.

Elle m'a respondu qu'elle, de son cost, ne mettroit nulle difficult
en nulle de ces troys choses, mais on luy avoit remonstr, quand aulx
deux premires, que vous aviez desj, devers vous, le srement qu'elle
avoit faict et la lettre qu'elle avoit escripte au feu Roy, vostre
frre, qui l'obligeoient tout de mesmes  vous qu'elle s'estoit
oblige  luy, et l'obligeroyent encores vers toutz les successeurs de
vostre couronne qui voudroyent continuer en la ligue avec elle, et,
par ainsy, qu'il n'estoit besoing de renouveller rien de cella; et
quand au commerce, qu'elle vouloit, de bon cueur, que les choses
s'effectuassent sellon le traict.

J'ay rplicqu qu'encor qu'elle et bien devers elle le srement et la
lettre du feu Roy, vous ne luy aviez pourtant dny vostre propre
srement et vostre lettre, bien que le traict ne vous obliget qu'
luy signiffier simplement vostre intention; et, que pour ne donner
lieu  nul escrupulles, je la supplyois qu'elle ne se voult rendre
difficile vers vous de ces deux choses, parce que l'une et l'aultre ne
luy estoyent d'aulcun intrest  elle, et qu'aprs avoyr, Vostre
Majest, ouy l dessus son ambassadeur, vous n'aviez layss de me
mander de luy en continuer  elle mesmes vostre instance. Et n'ay rien
obmis, Sire, de ce que j'ay estym la pouvoir mouvoyr  n'y fre
poinct de refus.

Sur quoy elle m'a pry que j'en volusse confrer avec ceulx de son
conseil, lesquelz avoyent aussy  me parler d'ung aultre affre,
duquel elle leur avoit command me fre part, affin que je ne
l'interprtasse nullement mal  Vostre Majest: c'estoit que, pour
satisfre ung de ses marchandz d'une certayne somme, de laquelle il
avoit l'ordonnance de vostre conseil et lettres de vostre grand sceau,
et vostre mandement au trzorier de vostre espargne pour en estre
pay, et n'en ayant, aprs une longue poursuyte et beaucoup de frays,
peu rien obtenir, elle luy avoit concd de pouvoir arrester par de
du bien de quelque franoys jusques  la concourrance de la dicte
somme, en transportant son debte au dict franoys, qui en pourroit,
puis aprs, aller poursuyvre son rembourcement vers Vostre Majest.

J'ay soubdain fermement incist au contrayre de cella, et l'ay fort
conjure de n'admettre telles ouvertes, et n'outrepasser les termes
des anciens traicts; mais je n'ay peu imptrer d'elle que le dellay
d'ung moys pour vous en advertyr, lequel pass, elle vous prioit de la
tenir pour fort excuse.

Les seigneurs de son conseil, qui estoyent assemblez en bon nombre,
m'ont, au partir d'elle, fort volontiers escout sur les remonstrances
que je leur ay dduictes touchant ce dessus. Et, aprs les avoyr
dbatues, ilz ont advis, quant  celles de la ligue, qu'ilz les
yroient rsouldre avec la dicte Dame pour, puis aprs, m'en fre avoyr
entire responce. Dont, depuis, Mr de Walsingam m'a adverty, par le Sr
de Vassal, qu'ilz s'opinyastroient, quand au srement, de ne se
debvoir poinct rytrer; et quand  la lettre, qu'ilz la
consentiroyent; et quand au commerce, qu'ilz le desiroient plus que
nous, nantmoins qu'il ne se pouvoit establyr parmy les armes, tant
que noz troubles dureront. Mais, pour le regard du faict du marchand,
ilz se sont toutz, en ma prsence, escriez qu'il n'y avoit rayson
aulcune qu'aprs les grandes dilligences et poursuytes qu'il avoit
faictes, et aprs les promesses de Mr le mareschal de Retz et aultres
seigneurs, qui avoyent est par de, lesquelles estoyent toutes
ruscyes vaynes, j'eusse maintenant extorqu de la dicte Dame ung
nouveau dellay contre luy; et que ny les dmonstrations, ny les
oeuvres, dont on usoit en France vers leur Mestresse, ne
correspondoyent en rien aulx bonnes parolles et persuasions dont je
l'entretenoys icy, ordinayrement; et que leur ambassadeur, aprs
avoyr, de temps en temps et de lieu en lieu, tousjours est remis de
toutes ses demandes jusques  ce qu'on seroit  Paris, ne pouvoit
avoyr communicquation avec Mrs de Chiverny et de Bellyvre, auxquelz
Vostre Majest l'avoit renvoy; et le renouvellement de la ligue
mritoit bien qu'on procdt d'une plus franche et meilleure affection
avecques luy.

Je verray ce que je pourray fre de mieulx en ma premire audience;
mais, de tant que la dicte Dame, pour quelque souspeon de peste, a
deslog, ds lendemain de Penthecoste, de Grenvich, et s'achemine
desj en son progrs, je vous supplye, Sire, commander bien
estroictement  Mr de Mauvissire que, sans excuse ny dellay
quelconque, il s'en vueille dilligemment venir, car, autrement, je
vous ay bien expressment escript qu'il en viendroit faulte et
manquement  vostre service. Et sur ce, etc.

    Ce XXVIe jour de may 1575.

    A LA ROYNE.

Madame, j'ay tesmoign  ceste princesse le grand playsir qu'avez eu
de la continuation de la ligue d'entre le Roy, vostre filz, et elle,
et comme vous promettiez bien que vous la rendriez d'ternelle dure
tant que vous vivrs, du cost de dell, si elle la sayt et veut
maintenir bien droicte, du sien; qui a est ung propos qu'elle a eu
fort agrable. Et m'a respondu qu'elle vouloit franchement
recognoistre de Vostre Majest la conservation de la paix et de
l'amity que, depuis son advnement  ceste couronne, elle avoit
tousjours eue avec la couronne de France, et qu'elle vous supplioyt de
ne vous lasser encores de ce commun bien, duquel elle mettroit peyne
que ne demeurissiez moins bien satisfaict d'elle qu'elle esproit de
l'estre tousjours bien fort de Voz Trs Chrestiennes Majestez.

J'ay suivy  luy dire que vous m'aviez command de la prier
confidemment, de vostre part, que, par la premire dpesche qu'elle
feroit  son ambassadeur, elle luy voult adjouxter ung mot de telle
expression qu'il cognt videmment qu'elle vouloit et desiroit, sans
feincte ny simulation aulcune, que la paix succdt en France: car on
vous avoit rapport que, ez secrettes confrances d'entre les depputez
et luy, il leur donnoit entendre le contrayre.

Elle m'a respondu qu'il ne se pouvoit fre qu'il et commis ung si
meschant acte que celluy l, car c'estoit contre ce qu'elle luy avoit
command de fre, et qu'elle savoit bien que les depputs avoient
cherch d'avoyr communicquation avecques luy, mais qu'il s'en estoit
excus, et estoit aulcunement souspeonn d'estre papiste, et que
c'estoit luy mesmes qui l'avoit incite de procurer la paix par dell,
et de offrir  Voz Majestez ce qu'elle y pourroit fre, comme elle
l'avoit desj faict; et qu'elle et bien pens de pouvoir mener ceulx
de la nouvelle religyon  se contanter de moins que, possible, ilz ne
feront; et qu'il y a quelque temps que le Roy d'Espaigne luy avoit
bien faict dire, soubz main, qu'il auroit grand playsir qu'elle se
voult employer  luy moyenner une bonne paix en ses Pays Bas, aprs
toutesfoys qu'il auroit essay de l'y fre luy mesmes, et que,
depuis, il l'avoit pourchasse, l'espace de deux ans, et si, ne
l'avoit pas encores; ny l'Empereur, lequel il y avoit employ, ne
l'avoit guyres advance; et qu'elle ne vous pouvoit, pour ce regard,
prier de prendre ung plus salutayre conseil que de fre, commant que
ce soit, et le plus tost que pourrez, la paix, ny vous offrir rien de
mieulx en cella que ce qu'elle vous avoit desj offert, qu'elle vous
offroit encores de bon cueur; et vous assurer, au reste, qu'elle
n'oublyeroit nullement l'article que demandiez, en la premire lettre
qu'elle escriproit  son ambassadeur. Et sur ce, etc. Ce XXVIe jour de
may 1575.




CCCCLIIe DPESCHE

--du IIe jour de juing 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Guybon._)

  Bruit rpandu  Londres que la ngociation de la paix est
    entirement rompue en France.--Affaires
    d'cosse.--Sollicitations de l'ambassadeur auprs d'lisabeth
    en faveur de Marie Stuart.--Espoir qu'il pourra bientt y avoir
    un rapprochement entre les deux reines.--Le comte de Killdare
    et sa famille conduits prisonniers  Londres.


    AU ROY.

Sire, parce que,  ce soubdain dlogement que la Royne d'Angleterre a
faict, le lendemain de Panthecoste, de Grenvich,  cause de la peste,
la pluspart des seigneurs de sa court et les principaulx de son
conseil se sont escartez en divers lieux pour prendre l'ayr des
champs, je ne puis, jusques  ce qu'ilz soyent rassemblez prs d'elle,
retirer la responce des choses que je luy proposay dernirement; mais
j'espre que, bientost, ilz y seront toutz de retour, et
qu'incontinent aprs je la vous pourray mander, n'estant sans quelque
apparence que les suppostz de la nouvelle religyon, lesquels, ces
jours passez, ont est en court, se soyent cepandant efforcez de m'y
susciter de la difficult. Et mesmes sur ce que l'ambassadeur
d'Angleterre a escript, du XXIe du pass, que le traict que Vostre
Majest avoit commanc entre les depputez de ceulx de la nouvelle
religyon estoit entyrement rompu, et eulx toutz retirez, sans aulcun
espoyr d'accord; et que, depuis ung moys, Vostre Majest s'estoit fort
rfroidye de la paix contre ce qu'elle avoit auparavant monstr
d'infinyement la desirer, je ne cesseray pourtant de solliciter la
responce que j'attandz de la dicte Dame, et de m'oposer aulx pratiques
d'iceulx suppostz aultant qu'il me sera possible, attandant la venue
de mon successeur, duquel la longueur n'est plus excusable pour vostre
service.

J'entendz que, de nouveau, l'on remect en terme le voage de Me
Quillegreu; et semble que ce soit pour deux occasions: l'une, pour
fre souscripre le comte de Morthon et le conseil de dell  la ligue
de la nouvelle religyon, laquelle on tche  renforcer plus que
jamays; et l'aultre, pour accommoder certein grand diffrent, que les
ministres et toute ceste sorte de clerg d'Escosse ont contre le dict
de Morthon, sur ce qu'il veut applicquer le tiers des bnfices du
royaulme au revenu de la couronne. Je ne say si le dict Quillegreu se
dportera avec plus de modration vers le nom et l'alliance de Vostre
Majest par dell qu'il n'a faict, les aultres foys qu'il y est all.

Il a est besoing, pour la trop curieuse et aspre inquisition, qu'on
faisoit icy contre la Royne d'Escosse, de fre une honneste et
gracieuse mencion d'elle  la Royne, sa seur, et luy tesmoigner que sa
droicte et bonne intention vers elle mritoit, en toutes sortes,
qu'elle et plus de respect  elle, et ne luy dnyt le premier et
meilleur lieu que justement elle desiroit avoyr en sa bonne grce. En
quoy m'a sembl qu'encor qu'elle m'ayt ramanteu aulcunes traverses et
empeschementz, que le susdict comte de Morthon, avec ses adhrentz,
s'efforoit d'y mettre, nantmoins elle n'a tant couvert ny dissimul
son cueur qu'elle ne m'ayt donn  cognoistre qu'elle n'estoit mal
dispose vers elle, et qu'encor que les ennemys puissent bien retarder
aulcunes de ses bonnes dmonstrations vers elle, qu'ilz ne pourront
toutesfoys jamays tant rompre les liens, dont Dieu et nature les ont
conjoinctes ensemble, qu'elle ne luy rende tousjours ung honneste et
honnorable debvoir de bonne parante. De quoy j'ay mis peyne d'en
resjouyr et consoler, par ung mot de lettre, la dicte Dame, et luy
conseiller qu'elle ne vueille discontinuer vers elle ses honnestes
escriptz et ses gracieulx prsantz; et j'espre que ceste aigreur,
aussy bien que les prcdentes, se rduyra  modration. Et mesmes y
en a qui pensent qu'elles se pourront voyr en ce progrs: sur quoy se
faict de bonnes et maulvaises interprtations.

Le comte de Quildar a est admen prisonnyer, d'Irlande, ensemble la
comtesse sa femme et ses enfans, et sont desj mis soubz diverses
gardes en ceste ville, attandant qu'ilz soyent examinez. Je mettray
peyne d'entendre davantage de leur faict, ensemble de l'estat du pays
de dell, pour vous en donner advis par mes premires. Et, sur ce,
etc. Ce IIe jour de juing 1575.




CCCCLIIIe DPESCHE

--du VIIe jour de juing 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Annonce d'une audience.--Ngociation de Mr de Mru avec les
    seigneurs du conseil.--Affaires d'Irlande.--Nouvelles des
    Pays-Bas.


    AU ROY.

Sire, sur l'occasion de vostre dpesche, du XXIIIe du pass, laquelle
j'ay recue le deuxiesme d'estui cy, j'yray demain trouver la Royne
d'Angleterre  Athfeild,  dix huict mille d'icy, pour luy fre bien
particullirement entendre tout ce qu'il vous plaist me commander de
luy dyre; qui espre qu'elle en recevra du contantement beaucoup, et
qu'elle cognoistra combien de plus en plus vous dellibrez de procder
sincrement vers elle, pour mriter qu'elle uze aussy de toute
sincrit vers vous. Et parce qu'il semble qu'on luy ayt donn
diverses interprtations d'aulcunes choses de Vostre Majest, et
mesmement de celles s quelles elle prtend d'avoyr quelque intrest,
et aussy des aultres qu'avez  desmeller avec voz subjectz, je mettray
peyne de luy toucher les principaulx poinctz des unes et des aultres,
affin que, des rponses qu'elle m'y fera, je puisse tirer tout ce
qu'il me sera possible de son intention pour vous en rendre, par mes
premires, bien inform, et que ne soyez sans cognoistre  quoy il
vous faudra prparer pour les dellibrations qu'elle y pourroit
prendre.

Mr de Mru a est luy bayser la main depuis troys jours, non sans
avoyr eu de la communicquation longuement et privement avec les
seigneurs de son conseil sur les advertissementz qui sont venuz de
l'ambassadeur d'Angleterre, et sur ceulx que les depputez luy ont
envoy  luy mesmes, avant qu'ilz soyent partis de Paris, touchant les
difficultez de la paix; desquelles il semble qu'ilz les raportent
toutes  celles de la seuret. Le cappitayne La Porte et le cappitayne
Chat ont est aussy bayser les mains de la dicte Dame; et, bien que le
dict Sr de Mru face semblant de ne bouger de ceste ville, je sentz
bien que l'ung des aultres deux ou toutz les deux prtandent de fre
bientost ung voage en Allemaigne. Cepandant quelques cappitaynes
font, icy, semblant d'armer, et de lever des soldatz, et quipper des
vaysseaulx de guerre, se continuant la voix que c'est pour aller aulx
Pays Bas, les uns trouver le commandeur, les aultres le prince
d'Orange. Je feray curieusement observer s'il y a rien contre la
France.

Le comte de Quildar a est ouy, et creignent, ses amys, qu'il sera mis
dans la Tour. L'on dict que, pour aultant qu'aprs qu'il a est party,
le prsidant d'Irlande a mis la main sur vingt ou trente aultres des
principaulx, qui habitent dans la Pallissade, le comte d'Esmond s'est
mis, quand et quand, aulx champs, creignant qu'on ne s'adresst aussy,
 la fin,  luy; dont les choses tournent se rebrouyller aulcunement
par dell.

Me Quillegreu est command de suyvre le progrs, et se tenir prest
pour aller en Escosse. Je ne puis encores proprement descouvrir
l'occasion de son voage, sinon ce que je vous en ay mand par mes
prcdantes; et, si j'en apprends davantage, je l'adjouxteray  mes
premires. Le docteur de Bruxelles continue toujours sa ngociation,
et mesmement sur le poinct d'envoyer ses ambassadeurs prs de l'ung et
l'autre prince, et m'a l'on dict qu'il a donn entendre que le Roy
d'Espaigne a nomm dom Loys de Sylva pour venir icy; mais ceste
princesse, encor qu'elle ait desj nomm Me Henry Cobhan pour aller en
Espaigne, elle ne se haste toutesfoys de le dpescher, et pense l'on
que, d'icy  quelques jours, elle l'y pourra bien envoyer, mais non
avec commission d'y rsider, sinon aprs que le Roy d'Espaigne l'aura
satisfaicte d'aulcuns poinctz qu'il aura charge, devant toutes aultres
choses, de luy demander.

Je feray entendre  ceulx de voz subjectz, qui sont encores icy, la
droicte et saincte intention que me mandez avoyr  la paix, et verray
quel contentement leur auront donn les depputez touchant les bonnes
responces que leur aviez faictes; et m'efforceray, au reste, en
attandant l'arryve de mon successeur, qui faict par trop le long, de
pourvoir, le mieulx que je pourray,  ce qui surviendra, icy, pour
vostre service. Sur ce, etc.

    Ce VIIe jour de juing 1575.




CCCCLIVe DPESCHE

--du XIIe jour de juing 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Mounyer._)

  Audience.--Acceptation par le roi de l'ordre de la
    Jarretire.--Instance de l'ambassadeur pour que Leicester soit
    envoy en France  cette occasion.--Excuse donne par la
    reine.--Mcontentement qu'elle tmoigne  l'gard de la
    France.--Demande qu'elle fait de la communication des articles
    proposs pour la pacification.--Sollicitations dont elle est
    entoure afin de la forcer de se prononcer en faveur des
    protestans de France.--Sa dclaration qu'elle a toute confiance
    dans le roi et la reine-mre.


    AU ROY.

Sire, j'ay est, ceste foys, assez favorablement receu de ceste
princesse, en la mayson de milord trsorier, o elle a sjourn huict
ou dix jours, et m'a faict invyter  ung festin qui s'y est faict
dimanche dernyer. Elle a est fort contante de vostre acceptation de
son ordre, et m'a pry que je vous en fisse ung singullier mercyement
de sa part, et que bientost elle vous dpeschera ung seigneur de bonne
qualit pour le vous apporter; qui aura la mesmes bonne affection 
l'entretnement de vostre mutuelle amity que le comte de Lestre
pourroit avoyr, lequel elle ne refuzeroit pas de le vous envoyer, si
c'estoit pour occasion qui importt  vostre service; mais, parce que
c'est luy qui a la principalle charge de son progrs, et qu'elle
dellibre de l'aller fre bien loing vers le North, et mesmes passer,
 l'aller et au retour, en la mayson du dict comte,  Quilingourt,
elle vous supplye de l'excuser de ce voyage.

Je luy ay fort incist qu'elle vous contantt de cella, et qu'il luy
rapporteroit,  son retour, de quoy estre plus contante et plus
joyeuse, et en plus de repos, toute sa vye; mais je ne l'ay peu
imptrer. Je ne says encores si elle se ravisera; nantmoins, Sire,
il est venu fort  propos que Vostre Majest l'ayt ainsy demand, car,
sans cella, je me trouvoys fort confus sur quelques poinctz que la
dicte Dame m'a touch, en passant, avec ung peu d'aygreur; desquels il
est besoing que je cherche de descouvrir, au vray, quel en est le
fondz, affin de le vous mander. Et je pense bien qu'une bonne partye a
procd de la dernire dpesche de son ambassadeur, et de la crance
que me mandez que Jacomo, qui la luy a apporte, a eu  luy
explicquer; dont bientost j'en auray quelque esclarcissement, et vous
manderay, par mesmes moyen, Sire, ce qu'elle m'a discouru sur le faict
de la paix, avecques voz subjectz. Qui ay bien cognu qu'elle n'avoit
encores eu la relation de la vraye vrit de voz responces, dont m'a
fort pry de luy vouloir bayller, par escript, le sommayre de ce que
vous accords  voz subjectz pour l'exercice de leur religyon; ce que
je ne luy ay oz promettre, et ne le luy ay pas refuz, aussy,  cause
du postscript de vostre lettre.

Nantmoins je supplye trs humblement Vostre Majest de donner tant de
foy  ce que j'ay trs soigneusement noth, et bien curieusement
recueilly, des propos et dmonstrations de la dicte Dame, qu'elle
desire, sans fiction ny ypochrisye quelconque, que puissiez mettre la
paix en vostre royaulme; et se trouve assez en peyne comme se
desmeller des violentes persuasions  quoy, de toutes partz, l'on la
sollicite contre vous, en cest endroict. Qui veulx bien confesser,
Sire, qu'elle ne m'a pas dissimul que, pour aulcunes occasions, et
mesmes pour quelque griefve matire d'offance, elle ne soit
aulcunement provoque  vous nuyre.

Mais, enfin, aprs luy avoyr admen des considrations qui sont venues
tout  temps, (et ne failloit pas qu'elles tardassent davantage), elle
m'a dict qu'elle ne deffaudra nullement  l'amity qu'elle vous a
promise, si vous ne luy manquez de la vostre; et qu'elle vous prye de
ne donner lgrement foy aulx rapportz qu'on vous fera d'elle, comme
aussy elle n'en donra poinct  ceulx qu'on luy fera de vous; mais que
vous reportiez toutz deux aulx mutuelles actions l'ung de l'aultre,
sellon qu'elle ne refuze poinct que vous examiniez bien les siennes;
car elle examinera bien fort curieusement les vostres.

Et, pour ceste foys, Sire, je ne veulx mettre Vostre Majest en
allarme d'aulcune chose apparante de ce cost, mais l'on m'a bien dict
qu'il s'y prpare quelques contributions de deniers d'aulcuns
particulliers protestantz pour envoyer en Allemaigne. Sur ce, etc.

    Ce XIIe jour de juing 1575.


    A LA ROYNE.

Madame, parce que, ds l'entre des propos, o la Royne d'Angleterre
et moy, aprs ceulx des honnestes complimentz, sommes ceste foys venus
 ceulx de la ngociation de de, j'ay bien cognu qu'elle estoit
esmeue, et avoit le cueur press et son esprit en perplexit
d'aulcunes choses de France, je l'ay temporise longtemps sans luy
rien contredyre. Et, aprs, je luy ay faict aulcunes remonstrances, en
partye grcieuses, et en partye avec quelque expression, pour la
conduyre peu  peu  parler de Vostre Majest. Et enfin luy ay dict
qu'elle se pouvoit bien souvenir que vous aviez tousjours mis bon
ordre que nulz de ses ennemys fussent ouys ny jamays bien venus en
France, et qu' prsent ilz en estoient plus reboutez que jamays; dont
le Roy et Vostre Majest la vouliez bien prier que ceulx, qui vous
estoyent malveillantz, ne fussent aussy ny bien receus d'elle, ny
escoutez de ceulx de son conseil, et qu'elle ne leur voult donner ny
foy ny crdict contre vous.

A quoy elle, aprs plusieurs argumentz et rplicques, m'a enfin
confess qu'elle ne pouvoit ny vouloit nyer qu'elle ne vous et plus
d'obligations qu' princesse de la Chrestient, mais que vous
cognoissyez aussy qu'elle n'en estoit ny ingrate ny mescognoissante,
et que ses bons dportementz n'avoient est moindres, ny de moins de
prouffit  Voz Trs Chrestiennes Majestez que les vostres vers elle;
et qu'elle me prioit de vous saluer trs cordiallement de toutes ses
meilleures recommandations, et de vous prier que voulussiez,  ceste
heure, plus que jamays, avoyr ung honneste respect  elle et  son
amity, ainsy qu'elle en avoit tousjours eu, et vouloit de bon cueur
avoyr,  vous et  la vostre, et au Roy, vostre filz, et  la sienne,
et qu'elle ne m'en diroit pas, pour ce coup, davantage.

Je pense desj avoyr comprins o cella va; dont par mes premires je
le vous manderay, ensemble ce que j'auray plus avant apprins d'aultres
choses. Et sur ce, etc.

    Ce XIIe jour de juing 1575.




CCCCLVe DPESCHE

--du XVIIe jour de juing 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne Jumeau._)

  Secours d'argent donn par les Anglais aux protestans d'Allemagne
    et de France.--Refroidissement entre lisabeth et le prince
    d'Orange.--Incertitude sur quelque vnement nouveau survenu en
    cosse.


    AU ROY.

Sire, parce que j'attandz encores une responce de ceste princesse et
des seigneurs de son conseil sur ce que j'ay dernyrement ngocy avec
elle et avec eulx, je remettray, jusques  mes premires, affin de
fre de tout ung, de vous mander les principaulx poinctz des choses
que je leur ay dbatues, et de celles que, par aulcunes conjectures et
de leurs parolles, je puis avoyr comprinses; lesquelles je mettray
peyne, entre cy et l, d'approfondir davantage, affin de les vous
escripre plus fondes, pour pouvoir mieulx asseoyr vostre bon
jugement. Et vous diray cepandant, Sire, que Mr de Mru est retourn
trouver la dicte Dame et iceulx du conseil, le lendemain que j'en ay
est party, sur l'occasion,  mon advis, d'ung qui est freschement
arryv de Basle, qu'on dict estre le mdecin du Prince de Cond.
J'espre qu'il ne m'y aura, quand il s'en sera bien essay, guyres
peu altrer les choses; ny les aultres poursuivantz qui ont est
depuis luy; et ce que je sentz qu'il a plus advanc, icy, est que, par
lettres de banque, et par le crdict qu'on luy donne de France et
d'Allemaigne, et encores de Flandres, aulx marchandz de Londres, il
pourra, avec la faveur d'aulcuns de ce dict conseil, trouver jusques 
neuf ou dix mille livres d'esterling, qui est envyron trente mille
escuz,  prester avec bon intrest. Et je say qu'il y a desj dix
mille angelotz, en espces, devers certains personnages de ceste
ville, que je crains y estre mis  cest effect; mais il n'y a ordre de
l'empescher, car la chose va fort secrette et entre personnages de
telle authorit et de tel commerce qu'elles peuvent facillement
coulorer et couvrir plus grand chose que cella. J'entendz que ceulx de
la Rochelle ont aussy faict quelque contract de sel avec ceulx de
Hembourg, pour quarante mille escuz, qui doibvent estre fournis en
Allemaigne; et disent les ministres que le Prince de Cond arrivera
sans doubte, sinon qu'il soit pourveu de plus amples seuretez, et pour
plus longtemps, aulx eslevez, que les responces de Vostre Majest ne
leur en donnent; et qu' ce seul poinct tient toute la difficult de
la paix.

Le sire Philippes Sidney, nepveu et hrityer du comte de Lestre, est
revenu, ces jours cy, d'Allemaigne, o il a demeur envyron deux ans,
en la court de l'Empereur, et aylleurs, pour voyr le pays; et a
apport lettres de crance d'aulcuns princes protestantz  ceste
princesse. Elle est sur le poinct de redpescher le secrettre Wilx
par dell; et seroit bon que Vostre Majest ft observer par
quelqu'ung,  Strasbourg, le Sr Sturmius; car il est  prsent agent
de ceste princesse en Allemaigne, depuis la mort du docteur Mont, qui
se tenoit  Francfort: et dict on que le dict Sturmius est bien savant
aulx lettres, mais qu'il est homme simple et peu entendu en affres
d'estat, et que, prs de luy, se pourroit descouvrir la pluspart de
leurs dellibrations.

Le prince d'Orange est merveilleusement venu suspect aux Angloix
depuis la nouvelle de son mariage avec madame de Jouare, et mesmes
qu'il estoit desj en quelque discord avec eulx sur ce qu'ilz
l'avoyent somm de leur laysser la navygation et le commerce libres en
Anvers, non seulement des marchandises de ce royaulme et aultres 
eulx appartenantz, mais de celles qu'ilz prendroyent,  conduyre, des
Hespaignolz et Portugoys et des aultres qu'ilz voudroyent colorer et
advouer pour ligues. A quoy le dict prince, nonobstant leurs bravades
et menasses, n'a voulu condescendre, sinon seulement pour les
marchandises proprement appartenant  iceulx Angloix et pour celles
des marchandz advanturiers de Londres; dont y a desj des lettres de
marque expdies sur quelque occasion contre ceulx de Fleximgues. Et
par ce, aussy, que le dict sieur prince ne reoit plus si volontiers
comme il souloit les soldatz angloix  sa soulde, il s'en appreste ung
nombre avec leurs cappitaynes pour aller au service du grand
commandeur de Castille contre luy. Vray est qu' ce que j'entendz,
l'on propose d'envoyer bientost ung personnage de qualit de ceste
court vers le dict prince, en Ollande, pour accommoder toutz ces
diffrandz avecques luy.

Le voage de Me Quillegreu en Escosse sembloit estre non seulement
diffr mais interrompu du tout jusques  ce que, depuis deux jours,
l'on l'a contremand en haste  la court, pour le dpescher par dell,
et pour mener avecques luy certain aultre personnage, qu'on nomme Me
Davidson, qu'on estyme qui demeurera rsidant prs du comte de
Morthon; ce qui monstre qu'il y doibt avoyr quelque nouveault
suscite au dict comte, ou qu'on commence de l'avoyr suspect. Et sur
ce, etc.

    Ce XVIIe jour de juing 1575.




CCCCLVIe DPESCHE

--du XXVIe jour de juing 1575.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Dtails de la prcdente audience.--Motifs qui engagent lisabeth
     refuser de prter un nouveau serment.--Instances au nom du
    roi pour qu'il ne soit donn aucun refuge en Angleterre  ses
    sujets rebelles.--Satisfaction d'lisabeth  raison de
    l'acceptation que le roi a faite de son ordre.


    AU ROY.

Sire, parmy les propos que j'ay dernirement tenus  la Royne
d'Angleterre, j'ay estim, pour aulcunes bonnes occasions, qu'il
estoit besoing de luy dire que Vostre Majest se trouvoit de plus en
plus trs contante de la ligue, naguyres renouvelle avec elle; et
que jamays,  quelconque aultre promesse qu'eussiez faicte en ce
monde, vous n'aviez plus volontiers adjouxt vostre foy et srement
qu' celle de son amity; et que, si elle desiroit encores quelque
aultre chose, pour s'assurer davantage de vous en cest endroict, que
vous la luy offriez de bon cueur et estiez prest de l'effectuer; et
que pareillement vous me commandiez de vous rendre responce des
particullaritez qui touchoient  elle de vous accomplyr, sellon que
j'en avoys baill la nothe par escript  Mr de Walsingam,  qui
j'avoys aussy communicqu le pouvoir que m'aviez envoy pour assister
 son srement; lequel srement je la pryois bien fort ne se grever de
vous renouveller, encor que possible le traict ne l'y obliget,
sellon que vous n'aviez diffr de le luy prester  elle, oultre
l'obligation du dict traict, affin qu'il ne demeurt aucun escrupulle
entre vous.

Elle m'a respondu qu'elle louoit Dieu de voyr que vostre contantement
correspondoit au sien sur la continuation de la ligue, et vostre desir
 celluy qu'elle avoit de la bien observer, chose qu'elle prioit Dieu,
et l'a dict ung peu en collre, qu'il vous ft quelquefoys cognoistre
combien elle vous estoit plus utille que vous ne le pensiez, et plus
qu'on ne s'efforoit de le vous persuader; et qu'elle ne vous voudroit
pas diffrer son srement, n'estoit que ceulx de son conseil luy
remonstroyent qu'il estoit impertinent de le fre, et que cella seroit
remettre en doubte tout le pass, et que son ambassadeur luy avoit
aussy mand que Vostre Majest demeuroit bien capable et satisfaicte
de ce poinct; et qu'au reste je l'excusasse si elle ne vous avoit
encores envoy la lettre qu'elle vous debvoit escripre, de sa main,
car, pour s'estre faict mal  un bras, en courant  la chasse, sur ung
cheval d'Espaigne, elle n'y avoit peu encores vacquer, mais que, dans
quatre ou cinq jours, je l'aurois sans aulcune difficult.

J'ay suivy  luy dire que, pour ceste heure, doncques, je ne la
presserois plus du srement, et me contanteroys de vous escrypre sa
raison, et m'efforceroys, avec la lettre de sa main et ses aultres
honnestes responces, de vous donner le plus de satisfaction d'elle
qu'il me seroit possible, et qu'elle se pouvoit vanter d'avoyr acquis
en Vostre Majest le plus grand et le meilleur de tous les amys
qu'elle et peu rencontrer en la Chrestient, et le plus ferme
confdr que sa couronne ayt eu depuis qu'elle est establye, et que,
dorsenavant, nul de ses ennemys, ny nul de ses rebelles, ny nul qui
luy voult mal, ne trouveroyent lieu ny place en France; et que de
mesmes vous desiris, Sire, que nul aussy, qui pourchasst de vous
nuyre, en pet trouver prs d'elle ny des seigneurs de son conseil, ny
faveur aulcune contre vous en ce royaulme; et que de cella vous l'en
priez trs affectueusement comme chose trs raysonnable, et sur
laquelle les parolles que me commandiez de luy en dire n'estoient ny
lgres ny communes, ains d'une grande expression, qui dclaroyent
bien que vous aviez une singullire bonne volont de persvrer 
jamays vers elle, et faisiez aussy estat qu'elle persvreroit trs
constamment vers vous; et que de cella vous aviez prins une plus
grande assurance par ce nouveau et trs agrable tesmoignage, qu'elle
vous donnoit, de vous avoyr esleu chevalyer de son ordre; de quoy,
pour n'emprunpter rien hors de vostre lettre, de ce que me commandiez
luy dyre du grand contantement qu'en aviez receu, et de l'infiny
mercyement que luy en rendiez, et du debvoir o vous vous mettriez
d'honnorer son ordre avec le plus de dignit qu'il vous seroit
possible, et du playsir que vous auriez qu'elle le vous envoyt
bientost, qui seroit redoubl si elle vouloit que ce ft par le comte
de Lestre, je la supplyois qu'elle mesmes voult lyre ce qu'il vous
playsoit m'en escripre, et elle trouveroit que son ordre estoit trs
bien employ en Vostre Majest, et que vous saviez honnorer
grandement ceulx qui vous honnoroyent et honnorer l'honneur qu'on
s'efforoit de vous fre.

Elle a distinctement leu tout l'article de vostre lettre, qui faisoit
mencion de cella, et, aprs, comme toute resjouye et bien fort
contante, m'a faict la responce que je vous ay sommayrement compte en
mes prcdantes. Et, d'abondant, m'a dict qu'elle vous remercyoit, de
tout son cueur, du grand et remarquable honneur que Vostre Majest
faisoit  elle et  son ordre de si favorablement l'accepter, et
qu'elle le vous envoyeroit bientost par ung personnage d'authorit,
bien inclin  vostre mutuelle amity, que vous n'auriez moins
agrable que le comte de Lestre; duquel elle me manderoit le nom,
incontinent qu'elle en auroit faicte l'lection; et nantmoins qu'elle
avoit grand plsir qu'eussiez demand le dict comte, car elle
cognoissoit par l que vous vouliez procder de grande sincrit vers
elle.

Dont de ce propos et d'aulcuns aultres que nous avons continu,
l'espace de deux heures, Vostre Majest en entendra davantage par le
Sr de Vassal, prsent porteur. Et n'adjouxteray rien plus icy, Sire,
sinon qu'encor qu'on et aulcunement altr la dicte Dame contre vous,
j'ay bien cognu qu'elle n'estoit preste, pour cella, de se destourner
de vostre amity s'il vous plaist continuer en la sienne. Je vous
envoye la lettre de sa main et la responce que ceulx de son conseil
m'ont faicte sur le reste de mes demandes. Et sur ce, etc. Ce XXVIe
jour de juing 1575.




CCCCLVIIe DPESCHE

--du premier jour de juillet 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Convalescence du roi.--Mort du marchal de Danville.--Dpart de
    Mr de Mru pour l'Allemagne.--Efforts de l'ambassadeur afin
    d'empcher lisabeth de donner des secours srieux aux
    protestans de France.--Assurance qu'elle a form la rsolution
    de s'en tenir avec eux  de simples promesses.


    AU ROY.

Sire, l'on a parl icy diversement de la qualit et de l'effect de
vostre maladye, et je loue Dieu, de bon cueur, et le remercye, bien
dvotement, qu'il vous en a bientost relev, et qu'il n'a permis
qu'elle ayt est si violente ni sy dangereuse comme on le disoit. Je
fay prsentement ung mot de vostre parfaicte gurison  la Royne
d'Angleterre, attandant que, sur l'occasion de quelque aultre vostre
dpesche, je l'aille trouver pour m'en conjouyr davantage et plus
expressment avec elle.

La mort de Mr de Dampville[4] estoit desj publie, icy, sur ung
advertissement de l'ambassadeur d'Angleterre, premier que j'ay receu
celluy de Vostre Majest, et n'a est petite l'motion qu'on s'est
donne de cella, creignantz les ungs que le party duquel il estoit se
doibve trouver,  prsent, beaucoup affoybly et dbilit par son
manquement, et les aultres estiment que, de ce qu'il s'estoit joinct 
la cause de la nouvelle relligyon, elle en estoit devenue plus foible,
et en recepvoit quelque deffaveur vers aulcuns princes protestantz.
Comment que ce soit, s'il estoit occasion que ne peussiez donner la
paix  voz subjectz ny la recepvoyr d'eux, Dieu, de qui les jugementz
sont toujours trs justes et sainctz, la luy vueille octroyer bonne
par dell.

  [4] Cette nouvelle tait fausse. Henri, marchal de Danville,
  frre pun du duc de Montmorenci, est mort  Agde, le 1er avril
  1614, g de soixante-dix ans.

Mr de Mru est desj embarqu pour passer en Hemden ou bien en
Hanbourg, affin d'aller trouver le Prince de Cond  Basle. J'entendz
que ceste princesse, quand il a prins cong d'elle, luy a faict
prsant d'envyron troys mille escus; et m'a l'on dict que Wilx va
avecques luy, dpesch par aulcuns particulliers de ce royaulme, avec
VII mille V{c} {#} d'esterling, qui sont vingt cinq mille escus, avec
quelque chayne d'asss grand pris pour fre prsent par dell: dont
quelqu'ung a comprins, de certain propos que le dict Sr de Mru a eu 
tenir, que ce seroit pour fre marcher bientost deux milles reytres et
quatre mille lansequenetz en France. Nantmoins il a faict
dmonstration, en mon endroict,  son partement, qu'il avoit desir et
esprance de la paix; et a dict que, si son frre de Dampville estoit
mort, ce qu'il ne vouloit encores croyre, la plus grande perte en
seroit  Vostre Majest, d'autant qu'il luy avoit naguyres escript
qu'il ne se trouvoit tant en peyne de combatre contre ceulx contre qui
il s'estoit mis, que de vaincre ceulx, avec qui il estoit, pour les
retenir en vostre dvotion.

Je rencontre, par toutz mes advis, qu'il n'a poinct obtenu aulcune
aultre provision de deniers, ny promesse d'hommes, ny de vaysseaulx,
de ceste princesse; et pour le moins ne me trouv je si veuffl d'elle
que, quand aulx hommes et vaysseaulx, je n'aye faict que ouvertement
elle a refuz aulx ministres et aultres poursuyvantz, qui sont icy,
d'en bailler; et, quand aulx deniers, si, d'avanture, elle consent,
soubz main,  quelque crdict de ses marchandz, ce ne peut estre de
grand somme. Et si, luy ay je protest, il y a plus de six moys, et le
luy renouvelle toutz les jours, que vous vous plaindriez d'elle, si
les Allemantz marchoient en France, parce qu'on sayt assez que le
Prince de Cond n'a de quoy les y fre marcher, si elle, de son argent
ou crdict, ne leur faict des jambes et des pieds. Et je vous supplye,
Sire, de ne donner trop de foy  ceulx qui vous cellbrent la facilit
de la dicte Dame  bailler son argent contre vous, ny  vous rompre le
traict; mais bien  ceulx qui la font libralle de bonnes parolles et
de promesses vers ung chascung. Sur ce, etc.

    Ce Ier jour de juillet 1575.




CCCCLVIIIe DPESCHE

--du IIIIe jour de juillet 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Mounyer._)

  Prises faites sur les Anglais par les navires de St Malo.--Vives
    plaintes des Anglais, qui veulent considrer cet acte comme une
    dclaration de guerre.--Assurance de l'ambassadeur qu'il leur
    sera donn satisfaction.--Menace de guerre de la part
    d'lisabeth contre ceux de Flessingue  raison de prises qu'ils
    ont faites.--Nouvelles des Pays-Bas.--Incertitude sur les
    affaires d'cosse.--Instance de l'ambassadeur pour qu'il soit
    donn satisfaction relativement aux prises faites par ceux de
    St Malo.


    AU ROY.

Sire, aulcuns particulliers de ce royaulme, qui favorisoient les
pyrateries, entendantz que ceulx de St Malo s'estoient mis sur mer
pour garder que ceulx de la Rochelle n'en peussent plus fre et
n'empeschassent la navigation, avoyent secrettement entreprins d'armer
dix ou douze grandz navyres de guerre, en divers portz de ce
royaulme, pour courre sus  ceulx de St Malo; de quoy, aussytost que
j'en ay eu vent, j'ay faict cognoistre que j'avoys descouvert
l'entreprinse. Dont la Royne d'Angleterre a incontinent mand aulx
justices du pays d'ung chascung endroict de fre incontinent cesser le
dict apprest, et garder qu'aulcun navyre ne sorte que pour faict de
marchandise; et si, d'avanture, il y en a quelqu'ung qui vueille
sortyr arm,  cause des pirates, qu'il donne caution de ne rien
attempter au prjudice des traits contre les amys et confdrez de ce
royaulme. Mais il n'a guyres tard, aprs cella, qu'ung
advertissement est arryv comme, depuis le XXe de may dernier, les
dictz de St Malo ont prins troys navyres marchands angloix, venant,
l'ung de la Rochelle, et les aultres deux d'Espaigne et du Portugal,
lesquels, aussytost qu'ilz les ont eus amenez en leur port, les ont
faict dclarer de bonne prinse et toute leur marchandise a est
dissipe: de quoy l'on m'a faict une extrme plaincte, et que l'on
vouloit savoyr de moy si Vostre Majest prtendoit par l d'ouvrir la
guerre  ce royaulme, car n'avoyent entendu qu'il ft prohib aulx
Angloix de traffiquer avec ceulx de la Rochelle, ny aylleurs.

A quoy je leur ay respondu que c'estoit ung faict nouveau, sur lequel
je ne leur pouvoys dire aultre chose, sinon que je les assuroys de
vostre bonne et droicte intention vers la paix et amity de ceste
couronne, et que, d'ouverture de guerre, il n'en y avoit poinct; dont
pourroyent fre leurs dilligences vers Vostre Majest, et que je les
accompaigneroys de mes lettres, et en escriproys aussy aulx
gouverneurs de Bretaigne et de St Malo pour leur en fre avoyr rayson
et justice; ce qui les a remis en quelque esprance de recouvrer leurs
biens.

Nantmoins, parce qu'il y a une semblable querelle contre ceulx de
Flexingues, lesquelz ont aussy naguyres prins des navyres angloix
bien riches, et qu' cause de cella ceste princesse les a envoys
sommer, par le docteur Roger de ceste ville, de fre entire
restitution de tout ce que ses subjectz leur pourroyent duement
vriffyer qu'ilz ont prins depuis troys ans en , aultrement qu'elle
leur dnoncera la guerre; l'on est sur le poinct de dresser ung grand
quippage de mer contre eulx. Il sera bon d'y avoyr l'oeil et de fre,
affin que cella ne s'addresse contre nous, que l'on sache au vrai, du
premier jour, comme aura pass le faict de la prinse de St Malo et en
donner quelque rayson par de.

Je croy bien que les nouvelles nopces du prince d'Orange, lesquelles
leur sont fort suspectes, font qu'ilz prennent plus  cueur qu'ilz
n'eussent pas faict les injures de ceulx de Flexingues. Et mesmes
j'entendz qu'il y a mille Angloix, prs de Bruges, qui se vont
enroller au service du grand commandeur de Castille, et qu'il
recouvrera dorsenavant beaucoup plus de marinyers de ce royaulme
qu'ilz n'ont pas faict; et que Me Henry Cobhan partira bientost pour
aller rsider ambassadeur de ceste princesse en Hespaigne.

Me Quillegreu n'est encores party pour Escosse, mais on le faict
suyvre pour le dpescher, d'heure en heure, et croy qu'on n'attand
plus sinon les nouvelles de la paix de vostre royaulme, si elle
succdera ou non, pour le fre acheminer. Et sur ce, etc. Ce IVe jour
de juillet 1575.

   Il court bruict qu'il est survenu quelque nouveault au comte
   de Morthon en Escosse, et le faict on mort. J'en entendray
   davantage, affin de le vous mander par mes premires; mais il
   y doibt avoyr quelque chose, car l'on s'en esmeut assez.


    A LA ROYNE.

Madame, il n'y a,  prsent, icy, aultre chose digne de Voz Majestez,
aulmoins qui soit encores venue  ma cognoissance, depuis mes
prcdentes dpesches, du XXVIe du pass, et premier d'estui cy, que
ce qu'il vous plerra voyr en la lettre que j'escriptz, de ceste dathe,
au Roy, vostre filz; en laquelle je luy touche ung faict duquel l'on
m'est venu fre grande plaincte, et sur lequel j'estime, Madame, qu'il
est expdient d'y fre bien regarder, affin que le cas n'en aylle 
plus d'altration; et que, sur ce renouvellement de ligue, les
subjectz de ces deux royaulmes, non seulement trouvent une mutuelle
seuret, mais qu'ilz sentent beaucoup de faveur et de support les ungs
des aultres en leurs communs traffics: aultrement le srement du Roy
et celluy aussy que ceste princesse a faict seroyent violez, au grand
mespris de Dieu,  qui ilz ont est sollennellement jurs, et 
l'offance des hommes, et mesmement des princes et gens de bien, qui en
demeureroyent fort scandalisez. Ce que je m'assure que le Roy, ny
Vous, Madame, ne voudriez pour aulcun pris que telle chose advnt. Et
sur ce, etc.

    Ce IVe jour de juillet 1575.




CCCCLIXe DPESCHE

--du VIIIe jour de juillet 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calays par Estienne Jumeau._)

  Confrence de l'ambassadeur avec Burleigh.--Ses plaintes au sujet
    des secours accords en Angleterre aux protestans de
    France.--Ferme assurance donne par Burleigh qu'lisabeth veut
    maintenir le trait.--Nouvelles d'cosse.--Rvolte  dimbourg
    contre le comte de Morton.


    AU ROY.

Sire, premier que de recepvoyr vostre lettre, du XXIe du pass,
j'avoys visit milord trzorier pour retirer de luy aulcuns
accomplissementz qui restoient du traict de la ligue, affin que je
les vous peusse envoyer, comme depuis je l'ay faict. Et, par mesme
moyen, j'estois entr bien avant avecques luy sur le peu d'observance,
qu'on faysoit icy, du dict traict, luy dclarant ouvertement que
Vostre Majest, par divers rencontres, trouvoit que la Royne, sa
Mestresse, en lieu de se trouver amye et bonne confdre en voz
affres, portoit entirement le party de ceulx qui estoient eslevez en
vostre royaulme, comme si elle avoit ligue et confdration avec eulx;
et que non seulement elle les admettoit favorablement  parler, icy, 
elle, et  ceulx de son conseil, et de s'accomoder de deniers, de
monitions et de beaucoup de moyens en son royaulme, mais que, jusques
en Languedoc,  la Rochelle et aultres lieux, o la guerre se faysoit,
et jusques  Basle, o le Prince de Cond estoit, et en Allemaigne, o
il pourchassoit des forces, elle leur faisoit sentir son support et
assistance; et que mesmes j'entendoys que Mr de Mru emportoit de
l'argent, ou du crdict, d'icy, pour fre marcher les reytres en
France, aussytost qu'il seroit arryv devers le Prince de Cond: ce
qui arguoit grandement l'intgrit d'elle et des seigneurs de son
conseil, et la rendoit et eulx inexcusables, devant Dieu et vers les
princes et gens de bien de la Chrestient, pour sa foy et srement
violez; et mesmes qu'elle savoit bien que les responces qu'aviez
faites  voz subjectz, pour l'exercice de leur religyon, et pour leurs
seurets, et pour tout aultre leur accomodement en vostre royaulme,
estoient si bnignes et amples, que je ne pouvois penser  quel aultre
tiltre, sinon de pure rbellion et infidellit, ilz vous pourroient
plus continuer la guerre; et que si, d'avanture, elle n'estimoit
beaucoup plus d'avoir une honneste et lgitime confdration avec
vous, que non une intelligence malhonneste et de pernicieulx exemple
avec eulx, qu'elle le dict ardiment; car il vous seroit moins
dommageable de l'avoyr ouverte que non pas secrette ennemye, ou que
dissimule amye.

Il m'a respondu que plusieurs choses du pass debvoient rendre bien
advertye la Royne, sa Mestresse, comme se conduyre sur celles du
prsent, et comme pourvoyr  celles d'advenir, et que jamays princesse
ne s'estoit plus franchement commise  l'amity de nul prince qu'elle
avoit faict  celle du feu Roy, vostre frre; duquel elle s'estoit
propose une trs grande seuret et un grand repos, soubz la bonne
opinyon qu'elle avoit de sa foy, et soubz la loyault qu'elle pensoit
estre ez promesses qu'il avoit faictes  ceulx de la nouvelle
religyon, avec lesquelz elle avoit sa propre tranquillit et celle de
son estat comme conjoinctes; et Dieu estoit tesmoing de ce qui estoit
depuis advenu, et en monstroit de grands jugementz, dont failloit
qu'ilz fussent,  ceste heure, bien soigneulx de fre leurs
descouvertes; et que, touchant les responces  voz subjectz, il ne
les vouloit dbatre, car estimoit que les leur aviez rendues toutes
honnorables; bien luy sembloit,  cause des accidantz passez, qu'elles
seroient encores plus honnorables et plus utilles, si elles estoient
moindres en concession des choses particullires, et plus amples en
octroy des seuretez; nantmoins, comment que ce ft, la Royne, sa
Mestresse, vous garderoit invyolablement l'amity et confdration
qu'elle vous avoit promise, si vous ne la rompiez de vostre cost;
auquel cas Dieu luy avoit donn et luy donroit les moyens et forces
pour se garder d'estre offance, et mesme pour fre offance  ceulx
qui la voudroient offancer; mais que vous ne debviez lgirement
croyre les advis et maulvais rapportz qu'on vous feroit d'elle: car,
parce que voz subjectz, qui estoient en armes, savoient qu'elle
estoit de leur religyon, ilz se proposoyent plusieurs grands
advantages d'elle, et se vantoyent d'avoyr souvant imptr beaucoup de
ce qu'ilz n'avoyent rien, affin de tenir leurs affres en rputation,
et tirer, par ce moyen, les plus seures et meilleures condicions de
paix, qu'ils pourroyent, de Vostre Majest; et qu'il ne pouvoit, ny
debvoit me rveller les secrettes dellibrations de sa Mestresse, mais
qu'il me promettoit bien qu'elle ne feroit, ny estoit pour fre chose
aulcune contre l'honneur et la grandeur, ny au prjudice de Vostre
Majest. Et s'est mis l dessus  discourir de plusieurs choses, et
comme il sembloit que vous en eussiez aulcunes, lesquelles ne vous
touchoient guyres en plus de considration que celle de vostre propre
bien et prouffit, et que, par ncessit, il failloit ou que prinsiez
bien le poinct de ce temps, qui se offroit maintenant, et la prsente
occasion pour establir ung ordre et ung rglement en voz affres, et
pour recueillyr toutz voz subjectz et esteindre leurs partialitez et
querelles, ou que fissiez estat de voyr vostre rgne augmanter, de
jour en jour, en plus de troubles et de dangers, et Vostre Majest
moins jouyssante, toute sa vye, de l'amplitude de son royaulme que nul
de ses prdcesseurs.

A quoy je luy ay satisfaict, sellon ce que j'ay estim convenir 
vostre rputation et grandeur, et la bonne intention qu'avez vers voz
subjectz, le mieulx qu'il m'a est possible. Et par ce, Sire, que,
dans ung jour ou deux, j'espre aller trouver ceste princesse pour
noter davantage comme elle persvre vers Vostre Majest, et pour luy
toucher, avec le plus de discrtion que je pourray, les poinctz de voz
deux dpesches du XIIe et XXIIe du pass, et aussy pour continuer vers
elle une gracieuse ngociation que je luy ay commance pour la Royne
d'Escosse, qui sont desj aulcunement racoinctes ensemble, je
remettray  vous mander, lors, tout ce que j'auray recueilly de ses
propos.

Et adjouxteray seulement icy, Sire, que le bruict continue de la mort
du comte de Morthon, et que c'est milord de Lentzay, prvost de
Lillebourg, qui, avec la commune de la ville, offance de l'oppression
des impostz, luy a couru sus. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour de juillet
1575.

   Depuis ce dessus, l'on me vient d'advertyr bien seurement que
   la commune de Lislebourg s'est vritablement esleve contre le
   comte de Morthon  cause de la monoye, mais qu'il s'est saulv
   dans le chasteau; et que ceste princesse, dans ung jour ou
   deux, faict acheminer Me Quillegreu par dell. Je desireroys,
   de bon cueur, qu'il y et quelqu'ung par dell, de la part de
   Vostre Majest.




CCCCLXe DPESCHE

--du XIIIe jour de juillet 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Communication de la rception faite en France  sir
    Jacques Fitz Maurice.--Dclaration du roi qu'il ne veut pas
    soutenir les catholiques d'Irlande.--Conseil donn par le roi 
    sir Jacques de solliciter sa rentre en grce.--Satisfaction
    d'lisabeth.--Remontrances de l'ambassadeur sur ce que l'on se
    conduit en Angleterre comme si la guerre tait rsolue contre
    le roi.--Dclaration qu'il a t fait droit en France  toutes
    les plaintes des Anglais.--Assurance donne par la reine
    qu'elle arrte les secours, et qu'elle a formellement refus de
    faire passer de l'argent en Allemagne.--Mme assurance
    confirme par les seigneurs du conseil.--Dpart de Me
    Quillegrey pour l'cosse.--Proposition secrtement faite de
    reprendre la ngociation du mariage d'lisabeth avec le duc
    d'Alenon.


    AU ROY.

Sire, m'estant approch, mardy dernier,  troys mille de ceste court,
la Royne d'Angleterre m'a incontinent mand, par ung de ses
pensionnayres, que je la vnse trouver  la prochayne forest, o elle
estoit desj, ds le grand matin,  la chasse, et qu'elle ne me
vouloit diffrer aylleurs, ny plus longtemps, mon audience, affin de
pouvoir tant plus tost ouyr des nouvelles de Vostre Majest,
lesquelles elle esproit et desiroit estre bonnes; et que, de l, elle
me mneroit disner chez ung gentilhomme, l auprs, qui luy faisoit
ung festin, o elle vouloit que je mangeasse ce jour avec elle. A quoy
ayant oby, et ayant, la dicte Dame, aussytost que je l'ay rencontre
au boys, dlayss ung peu sa chasse pour s'enqurir soigneusement de
vostre sant, et l'en ayant amplement satisfaicte, sellon le contenu
de vostre lettre du XIIe du pass, de quoy elle a monstr avoyr grand
contantement, le surplus des propos ont est remis jusques aprs la
dicte chasse, et jusques aprs le dner, qui a est somptueux; durant
lequel elle a tenu beaucoup de bien honnorables propos de Vostre
Majest et des troys Roynes Trs Chrestiennes; et aprs qu'elle a est
hors de table, elle m'a retir en ung coing de sale, o je luy ay
dict:

Que j'estoys venu luy signiffyer deux vrays tesmoignages de
l'indubitable affection que Vostre Majest avoit de vivre en trs bon
frre et trs parfaict confdr avec elle; l'ung estoit celle
communicquation, que je luy avoys desj faicte, de vostre
convalescence et de la bonne disposition o, grces  Dieu, vous vous
trouviez  prsent, aprs ce petit sentiment de fiebvre qu'aviez eu,
au commancement de juing dernier, qui estoit une singullire privault
que vous luy communicquiez, et qui desiriez l'avoyr mutuelle avec
elle, affin qu'ordinayrement elle vous ft aussy savoyr comme elle se
portoit; et l'autre estoit touchant le sire Jacques Fitz Maurice,
l'ung de ses fuitifz d'Irlande, lequel estant pass en France, Vostre
Majest ne luy avoit poinct aiguys le cueur contre elle, et ne
l'avoit anim  luy continuer la guerre ny luy troubler son estat, et
ne luy aviez offert vaysseaulx, ny hommes, ny monitions, ny deniers
pour le fre, ains l'aviez exort de retourner  son debvoir de bon
subject vers elle, et recourir  sa clmence et bont, et se remettre,
luy et ses partisans, en son obyssance et bonne grce; de quoy ne
l'ayant trouv alin, vous aviez bien voulu intercder pour luy par
voz propres lettres, lesquelles, avec celles que m'aviez escriptes l
dessus, je luy apportoys, affin qu'elle vt comme, par ce bon office,
qui ne pouvoit estre ny meilleur ny plus cordial vers elle, ny vers
le repos de ses affres, vous desiriez qu'elle pet tout de mesmes
recueillyr ses subjectz, qui estoyent escartez, et leur oster
l'espouvantement o ilz estoyent, comme vous le desiriez des vostres
propres, ainsy que ce temps requroit qu'on en uzt ainsy; et qu'elle
savoit assez que mesmement ceulx de la noblesse ne cessoyent jamays,
quand ilz estoient hors de leur pays, de praticquer tout ce qu'ilz
pouvoient, et de remuer aultant de besoigne qu'il leur estoit
possible, pour y estre remis; et quiconques le pensoit aultrement se
trompoit bien fort, et que pourtant vous aviez grand plsir de luy
fre regaigner ce gentilhomme avec ses partisans, aulx condicions
qu'il demandoit, qui estoient beaucoup plus facilles que celles que
vous offriez  voz propres subjectz.

La dicte Dame, avec une dmonstration de grand ayse sur cest affre,
duquel elle estoit assez en peyne, et n'en attandoit pas de si bonnes
nouvelles comme celle cy, a tout incontinent prins sa lettre et la
mienne et les a curieusement leues. Et puis m'a dict qu'elle vous
avoit beaucoup d'obligations, pour l'honnorable dportement dont elle
voyoit qu'aviez us en ce faict, tout aultrement qu'on ne le luy avoit
rapport, et aultrement que le dict mesmes Fitz Maurice ne s'en estoit
vant, et qu'il l'avoit escript  ceulx de son party, en Irlande, par
ses lettres de la fin de may dernier, o il les assuroit que Vostre
Majest luy avoit accord huict vaysseaulx de guerre et deux mille
harquebusiers, et luy avoit desj donn troys mille escuz contantz; de
quoy elle avoit maintenant trs grand playsir qu'elle vous pet
remercyer du contrayre, comme elle faysoit de bon cueur, et vouloit
bien que, du discours qu'elle m'avoit faict du dict Fitz Maurice,
lequel seroit trop long, je vous disse ceste particullarit: qu'il
s'estoit mis sur mer en intention d'aller trouver le Roy d'Espaigne,
mais que l'ayant le vent jett  St Malo, le cappitayne La Roche, qui
est,  ce qu'elle dict, ung terrible gallant contre elle, l'avoit avec
beaucoup de grandes esprances admen vers vous, o, grces  Dieu, il
avoit trouv que la matire n'estoit sellon sa disposition; et bien
que, jusques icy, il ayt monstr de ne vouloyr poinct de pardon,
toutesfoys qu'elle feroit voyr, par son conseil, sur vostre lettre,
les condicions auxquelles maintenant il le demandoit, et qu'elle me
prioit de communicquer aulx comtes de Lestre et de Sussex, qui
estoyent l prsantz, ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre.

J'ay suivy  luy dire que, le propre lendemain que Mr de Walsingam
m'estoit venu parler, de la part d'elle, du dict Fitz Maurice, j'avoys
receu ceste prsente dpesche, et avoys est infinyement ayse de voir
qu'avant que je vous en eusse escript, ny que l'ambassadeur d'elle
vous en et rien touch par dell, vous aviez desj procd de vous
mesme en cest endroict, comme prince d'honneur et de vertus, et comme
vray amy et bon confdr d'elle, et que je ne voulois doubter qu'elle
n'et la pareille intention vers vous, si toutz ceulx qui estoyent
auprs d'elle l'avoyent de mesmes, la priant de prendre de bonne part
si je luy disoys aulcunes choses qui l'argueroyent devant Dieu et les
hommes d'une grande coulpe, en vostre endroict, si, d'avanture, elle
les savoyt, ou bien d'une grande ngligence vers vostre amity, si,
d'avanture, elle en vouloit estre ignorante: c'estoit que, par divers
rencontres et par plusieurs advertissementz de diverses partz, Vostre
Majest trouvoit que, du cost d'icy, en lieu de procder droictement
vers voz affres sellon l'obligation de la ligue, c'estoyent les
eslevez de vostre royaulme qui estoient favorablement admis  parler 
elle et  ceulx de son conseil, et s'accomoder ordinayrement d'armes,
de vaysseaulx, de monitions de guerre, et aultres leurs provisions; et
que mesmes j'entendoys qu'il estoit freschement sorty quatre navyres
de guerre, et s'en apprestoit aultres quatre pour sortyr, du premier
jour, de divers portz de de, pour aller, en faveur des dictz
eslevez; et que, jusques aulx propres lieux, o ilz faisoyent la
guerre en France, et jusques en Allemaigne, o ilz procuroient d'avoyr
des forces, ilz sentoyent l'apuy et assistance de l'Angleterre; et
nommment, par aulcunes lettres, qui naguyres avoient est
surprinses, il vous apparoissoit que Mr de Mru, au partir d'icy,
debvoit emporter des deniers contantz, ou bien du crdict, pour fre
marcher les reytres en France, aussytost qu'il seroit arryv devers le
Prince de Cond; ce que, pour estre ces actes par trop ennemys en
l'endroict mesmement d'un prince qui la cherchoit d'amity, et par
trop contrayres  la foy et promesse que vous aviez d'elle, et qu'il
vous sembloit que ses conseillers n'oseroyent pas, de eulx mesmes,
attempter telles choses contre l'honneur de sa parolle, et mesmement,
 ceste heure, qu'ilz savoient combien vous aviez bnignement
respondu  voz subjectz touchant l'exercice de leur religyon, et
touchant leurs seuretez, et tout aultre accommodement en vostre
royaulme, pour ne pouvoir  nul aultre tiltre dsormays, que de pure
rbellion et infidlit, vous continuer plus la guerre, vous ne
vouliez si mal juger d'elle que cella, ains penser, selon qu'elle
n'avoit le cueur bas, qu'elle vous dclareroit plustost la guerre tout
ouvertement que de se porter ainsy couverte ennemye ou dissimule
amye vers vous, et que pourtant vous attandriez quelle preuve vous
auriez de ses effaictz, premier que d'adjouxter foy aulx lettres et
rapportz de ceulx qui vous vouloyent mettre en deffiance d'elle; et
que cepandant vous n'aviez layss de fre pourvoyr, de vostre propre
espargne, au marchand d'Ampthonne, dont elle m'avoit dernirement
parl, et aviez mand  vostre parlement de Paris d'expdyer
favorablement les librayres de Londres, et donn charge  Mr de
Chiverny de fre voyr toutes les aultres plainctes de son ambassadeur
en vostre conseil, affin d'y satisfre sellon l'obligation des
tretts; lesquelz vous vouliez que fussent droictement observez de
vostre cost, et desiriez aussy qu'elle les ft mieulx observer du
vostre, que jusques icy elle ne l'avoit pas faict.

La dicte Dame m'a respondu qu'elle vous remercyoit bien fort de ce que
ne la vouliez lgyrement arguer de parjure, et qu'elle vous
promettoit bien que l'intgrit de ses euvres vous rendroit assez
manifeste le mensonge de ceulx qui ozoient calompnier la foy et
promesse qu'elle vous avoit jure, sans qu'elle se mt en peyne
d'aultrement les convaincre, mais qu'elle ne savoit ce qui
adviendroit, aprs le retour de Mr de Mru en Allemaigne, sinon
qu'elle s'assuroit bien qu'il n'auroit  se vanter de rien d'elle
contre vous, ny  vous fre douloir d'aulcune chose qu'elle et uze
vers luy, non plus que vous vers elle, en l'endroict du Fitz Maurice;
que vous saviez assez la rsolution qui estoit prinse entre les
Protestantz d'Allemaigne de ne manquer de secours  ceulx de leur
religyon qui estoyent en armes en vostre royaulme, s'ilz ne pouvoyent
avoyr la paix, et qu'elle savoyt bien que les forces estoyent
prestes, et ne restoit, pour les fre marcher, que quelque argent, en
quoy ne me vouloit nyer qu'ung gentilhomme ne ft pass, depuis peu de
temps, en ce royaulme pour avoyr l'accomodement de la somme en deniers
contantz, ou bien par crdict; mais que, pour le respect de la ligue
qui estoit entre vous, quoy qu'on luy reprsentt l'obligation de la
religyon, et que ce n'estoit que pour contre cautionner aulcuns
seigneurs franoys bien riches, qui estoyent les premiers et les
principaulx obligez, elle ne l'avoit seulement volu ouyr; et,  dire
vray, ny la faulte de moyens, ny la faulte d'occasions, ny la faulte
de cueur, ne la retardoyent d'entreprendre contre vous, mais c'estoit
sa foy et son srement et l'amity qu'elle vous portoit, qui luy
faisoyent sentyr qu'elle ne sauroit, en honneur et conscience,
employer son pouvoir, ny mesmes se laysser venir la volont de vous
nuyre, et qu'elle n'yroit jamays que de plein jour et ouvertement en
voz affres, ainsy qu'elle desiroit la mesmes clart de vous vers les
siens; qu'elle estimoit que Mr de Mru se rendroit plus ministre de
paix que de querelle, quand il seroit avec le Prince de Cond, et
qu'elle voyoit bien que toute la difficult resteroit aulx seuretez,
lesquelles elle ne pouvoit cesser de vous supplyer que ne vous
sentissiez grev de les leur accorder bonnes; car ce vous seroit, puis
aprs, ung soulagement incomparable, et qui ne pourroit estre assez
pris, en l'estat de vostre personne et en celluy de voz affres;
qu'elle avoit grand plsir qu'eussiez command de pourvoyr aulx
plainctes de ses subjectz, car c'estoit de l d'o l'on prenoit
ordinayrement les plus fortz argumentz pour luy rendre suspecte vostre
amity, et pour bander tout ce royaulme contre voz affres; dont vous
supplioyt de n'en laysser la chose sans effect, ainsy que, de ce
cost, elle donroit ordre que voz subjectz demeurassent bien
satisfaictz et sans plaincte.

Au partyr de la dicte Dame, j'ay communicqu avec les comtes de Lestre
et de Sussex, lesquelz monstrans d'avoyr grand contantement que les
choses passassent bien, de vostre cost, vers leur Mestresse, m'ont
jur toutz deux que, du cost d'elle, elles estoyent pures et nettes
vers vous, et que les advis et rapportz qu'on vous avoit faict du
contrayre estoyent faulx, et que, de ces huict navyres dont je leur
avoys parl, ilz me promettoyent, sur leur honneur, qu'il n'y avoit
rien contre vous.

Me Quillegreu est party pour Escosse,  cause de ce tumulte de
Lislebourg contre le comte de Morthon, ainsy que je le vous ay cy
devant escript. Sur ce, etc.

    Ce XIIIe jour de juillet 1575.

   Le cappitayne Morguen, qui est des plus estimez de de se
   offre  vostre service, et dict qu'il fera, s'il vous plaist,
   que quelques entreprinses, o l'on le veut employer, soubz
   main, contre vous, seront converties si  propos  vostre
   prouffit que vous le rputerez  grand service, soit sur mer
   ou dans la Rochelle: dont vous plerra me mander comme j'auray
    luy en respondre.


    A LA ROYNE.

Madame, j'ay bien cognu que ceste princesse s'attendoit que je lui
deusse maintenant apporter quelque response du propos[5] que je vous
ay dernyrement mand par le Sr de Vassal; mais je luy ay touch, en
passant, que le gentilhomme, que j'avoys dpesch  cest effect vers
Voz Majestez, s'estoit, pour quelque accidant, retard en chemin, et
j'esproys qu'il seroit bientost de retour, icy, avec mon successeur;
dont je l'yrois retrouver  Quilingourt, au plus tost et aulx
meilleures journes que ma sant le pourroit permettre, affin de luy
fre entendre le tout. Et croy, Madame, que sur cella, quand je luy ay
demand si elle avoit encores nomm le seigneur qu'elle dellibroit
d'envoyer en France, et quand il partiroit, qu'elle m'a respondu que,
au dict Quilingourt, elle le nommeroit, et que, dans troys sepmaynes,
elle le feroit partyr. Dont depuis, le comte de Lestre m'a dict que,
si la response venoit bonne, il ne desproit pas d'estre celluy qui
feroit le voage en France. Et sur ce, etc.

    Ce XIIIe jour de juillet 1575.

  [5] Du mariage d'lisabeth avec le duc d'Alenon.




CCCCLXIe DPESCHE

--du XIXe jour de juillet 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Heureux effet produit sur les rsolutions d'lisabeth par la
    conduite du roi  l'gard de sir Jacques Fitz Maurice.--Arrt
    mis sur tous les navires marchands arms en guerre.--Retard
    apport au dpart de sir Henri Coban dsign pour passer en
    Espagne.--Nouvelles transmises par l'ambassadeur
    d'Angleterre.--Confiance que l'on peut avoir dans les
    intentions d'lisabeth.--Ses favorables dispositions  l'gard
    de Marie Stuart.


    AU ROY.

Sire, ceste princesse s'est trouve si console des propos qu'il vous
a pleu luy mander du Fitz Maurice, et d'autres que je luy ay tenus de
vostre droicte intention vers le repoz de ses affres, que, depuis,
elle a chang d'aulcunes dellibrations,  quoy sembloit qu'on l'et
desj comme toute achemine: de permettre  plusieurs gentilshommes
angloix de sortyr en ceste mer estroicte, avec leurs vaysseaulx
armez, pour maistriser la navigation, et se revencher des prinses que
les Franoys leur ont faictes, et, oultre cella, d'arrester les
navyres et biens des Franoys ez portz et endroictz o il s'en
pourroit trouver par de, y ayant encores l dessoubs d'aultres
choses caches, aulxquelles quelques ungs de ceste court vouloient,
peu  peu, embarquer leur Mestresse, sans qu'elle en sentt quasy
rien, pour vous remuer de la besoigne en France et en Escosse, en
faveur des eslevez, si, d'avanture, ilz eussent est creus; et
sembloit qu' cause de cella ilz la fissent temporiser ez envyrons de
ceste ville, sans advancer son progrs, affin de donner chaleur 
l'entreprinse; mais elle a mand que nul vaysseau ayt  sortyr, sans
donner caution de douze mille cinq centz escuz qu'il n'atemptera rien
contre les amyz et alliez de ceste couronne, et que, s'il y a quelques
navyres desj prests, qu'ilz les envoyent en marchandise affin de ne
perdre leur affret; et que le marchand d'Ampthonne aille recepvoyr le
payement que Vostre Majest luy a ordonn sans procder, icy,  nul
arrest: qui sont deux choses qui ont est incontinent excutes.

Et la dicte Dame a continu son progrs, faisant encores temporiser Me
Henry Cobham sur la dpesche d'Espagne, bien qu'il faict tousjours
achemyner ses besoignes  Plemmue, pour s'y aller embarquer; car
dellibre de fre son voage par mer, et croy qu'on luy fera encores
attandre la prochayne responce qui doibt venir de dell, pendant
laquelle le docteur fescal de Bruxelles s'est all promener vers la
contre, parce que toute sa ngociation demeure en suspens.

Et sont,  prsent, toutes choses, icy, si paysibles qu'il n'y
apparoit mouvement ny nouveault aulcune, que ce que les nouvelles de
dell la mer y apportent, qui semble que l'ambassadeur d'Angleterre y
ayt escript que Mourevert a failly de tuer le Prince de Cond d'ung
coup d'arquebouze et qu'il a est prins; que Vostre Majest dresse
deux grandes armes par terre, et une troysiesme par mer; que, en ung
rencontre en Daufin Montbrun a eu du meilleur contre M. de Gorden; et
que, le Ve du prsent, il a cuyd avoyr ung gros tumulte  Paris
contre les Italiens. Je ne say que pourra cella, ny les aultres
particullaritez qu'il peut avoyr escriptes davantage, produyre de
changement en ceste court; tant y a que j'espre qu' l'arryve de mon
successeur, lequel j'attendz en trs grande dvotion, nous
retrouverons la dicte Dame, en quelle part qu'elle soit, tousjours
bien persvrante vers Vostre Majest, sans qu'elle se laysse attirer
contre voz affres qu'aultant qu'elle ne le pourra dnier  sa
religyon.

Elle est sur le poinct d'envoyer visiter, par ung de ses
gentilshommes, la Royne d'Escosse, avec ung prsent, de sa part, et
luy fre parler de vouloyr elle mesmes fre la despence de sa table,
et de ses serviteurs domesticques, du douayre qu'elle a de France. Je
ne say comme elles s'en accorderont; nantmoins j'ay grand plsir de
les voyr mieulx racoinctes qu'elles n'estoyent.

Je n'ay nulle nouvelle d'Escosse, depuis le partement de Me
Quillegreu, mais j'attandz de brief, le retour d'ung homme qui me
doibt apporter toutes nouvelles de dell, et je ne fauldray tout
incontinent de les vous mander. Et sur ce, etc. Ce XIXe jour de
juillet 1575.




CCCCLXIIe DPESCHE

--du XXIIIIe jour de juillet 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Demande prsente au nom d'lisabeth d'une rparation  raison
    des prises faites par ceux de St-Malo.--Protestation de
    l'ambassadeur que la rparation sera accorde.--Prise faite par
    les Anglais d'un navire franais.--Voyage de Me
    Quillegrey.--Entre en cosse de plusieurs seigneurs
    anglais.--Attaque faite contre eux par les cossais.--Dtails
    sur le sjour d'lisabeth dans la maison de Leicester.


    AU ROY.

Sire, le XXe de ce moys, le juge de l'admirault de ceste ville m'est
venu communicquer une lettre, que la Royne, sa Mestresse, luy a
escripte, par laquelle elle luy mande de me signiffier l'extrme
plaincte que aulcuns de ses marchands luy ont faicte contre ceulx de
St Malo, qui les ont assaillys en mer, et les ayant combattus, blessez
et meurtris, les ont admenez, eulx, leurs vaysseaulx et marchandises,
 St Malo, o ne leur a est uz d'aulcuns termes de rayson, ny de
justice, ains procd contre eulx comme contre ennemys, prins de bonne
guerre. De quoy la dicte Dame se sent trs griefvement offance, ou
bien de Vous, Sire, qui n'avez faict savoyr  voz subjectz la
confdration qu'aviez avec elle, ou bien d'eulx qui, la sachant, ne
la veulent observer; et que j'aye  remonstrer  Vostre Majest que
cella, aprs plusieurs aultres injures, ne peut demeurer sans
rparation, et qu'il est expdient ou que Vostre Majest la luy face
fre par ceulx de St Malo, ou que ne trouve maulvais qu'elle la
preigne, le mieulx qu'elle pourra, sur eulx.

J'ay respondu au dict juge que j'estoys marry, et savoys que Vostre
Majest le seroit bien fort de quoy cest accidant estoit advenu, et
qu'il ne failloit que sa Mestresse se mt en peyne de la rparation,
car vous la luy feriez fre sans doubte, si ceulx de St Malo se
trouvoyent en coulpe, car leur aviez bien permis d'armer contre ceulx
de la Rochelle, affin d'assurer la navigation, et mesmes de se
revancher d'aulcunes prinses et violences qu'ilz leur avoyent faictes,
sellon que, de longtemps, j'avoys communicqu une lettre de Mr de
Bouyll l dessus  la dicte Dame, mais non de passer plus avant; en
quoy, s'ilz avoyent excd la permission contre quiconques et paix et
amity avecques vous, non que contre les Angloix, qui, oultre d'estre
amys, estoyent voz confdrez, que vous les en chastriez bien; et que
desj, ayant eu le vent de ceste plaincte, je vous en avoys escript,
et vous en escriproys, de rechef, sur la remonstrance de la Royne, sa
Mestresse, avec le plus d'efficasse que je pourroys, pour fre avoyr
rayson et restitution aulx dictz Angloix.

Le dict juge, se contantant assez de ma responce, m'a incontinant
introduyt iceulx marchandz, et les patrons des navyres qui, avec
beaucoup d'exclamations, m'ont bayll leurs plainctes par escript. Et,
le jour d'aprs, j'ay receu la dpesche de Vostre Majest du Xe du
prsent, contenant une aultre plaincte d'ung navyre franoys qui
venoit de Naples, lequel les Angloix ont prins, et l'ont men en
Irlande; dont je n'en agraveray moins  la dicte Dame le cas pour voz
subjectz qu'elle a faict  vous celluy des siens; et me comporteray
vers elle en toutz les aultres poinctz de la dpesche, sellon que
Vostre Majest me le commande;

Ayant  vous dire, Sire, que, sur ce que j'avoys adverty voz
partisans, en Escosse, de l'alle de Me Quillegreu par dell, et
qu'ilz l'observassent de bien prs, car je savoys qu'on avoit envoy
dix mille escuz devant luy,  Barwyc, pour quelque entreprinse, il est
advenu que le dict Quillegreu a temporis, quelques jours, au dict
Barwic; et ayant l receu les deniers, il a dpesch ung de ses gens
en Escosse. Et incontinent le filz du comte de Bfort, avec d'aultres
gentilshommes angloiz, est entr, comme par manire d'esbat, oultre
les frontyres, dans le pays; et a l'on opinyon que c'estoit pour
avoyr la personne du jeune Prince; mais j'entendz que quelques
Escossoys luy ont couru sus, et  sa compagnye, et qu'ilz l'ont
bless, et men prisonnyer. De quoy je ne say qui en adviendra, et
mettray peyne de savoyr mieulx ce qui en est, affin de le vous
mander; mais je vis ordinayrement en grand peyne des choses de dell,
parce qu'il n'y a nul, de vostre part, sur les lieux pour les
conduyre, et je ne les puis bien remdyer d'icy en hors. Et sur ce,
etc.

    Ce XXIVe jour de juillet 1575.


    A LA ROYNE.

Madame, en la lettre que j'escriptz prsentement au Roy, vostre filz,
Vostre Majest trouvera tout ce qui me occourt de luy dire, pour ceste
heure, des choses d'icy; et, aprs que j'auray veu ce qu'il vous a
pleu  toutz deux me mander par vostre dpesche du Xe du prsent,
laquelle je viens de recevoyr, et que j'auray pourveu au plus hast,
je vous y feray plus ample responce. Et n'adjouxteray  la prsente
sinon ce mot de la continuation du progrs de ceste princesse: c'est
qu'elle est arryve le neufvime d'estui cy  Quilingourt, o elle a
est fort honnorablement receue. Et le comte de Lestre l'a log, elle
et ses dames, et quatorze comtes, et dix sept aultres principaulx
milords, toutz dans son chasteau, et deffray toute la court  cent
soixante platz d'assiette, l'espace de douze jours, et despendu, entre
aultres choses, sze pices de vin et quarante pices de bierre et dix
beufs, chascung jour, avec une si grande abondance de toutes aultres
sortes de bons vivres et de fruictz et confitures, qu'on s'en est
esbahy; et quatre centz serviteurs habillez  neuf de livres, oultre
les gentilzhommes, vestus de velours pour servir; et les chasses et
playsirs des champs, et puis les commdyes et les danses au logis,
ordonnes si  propos qu'on n'a veu, de longtemps, rien de plus
magnifique en ce royaulme.

Sur quoy l'on faict de diverses interprtations; mais je croy que
c'est pour recognoistre ung octroy, que la dicte Dame luy a faict,
ceste anne, de quelques vaquanz, qu'on estime valoyr plus de deux
centz mille escus. Je me fusse trouv l, ainsi que le dict sieur
comte m'en avoit fort pry, mais je ne me suys estim avoyr assez de
sant pour l'ozer employer, sinon l o l'exprs service de Voz
Majestez le requerra; qui vous supplye trs humblement, Madame, 
ceste heure que Mr de Mauvissire s'est accommod de ses affres, et
qu'il m'a faict estendre ma paciance oultre mon extrmit, qu'il vous
playse ne luy comporter plus une seulle heure de dellay,  me venir
soulager et relever. Et sur ce, etc. Ce XXIVe jour de juillet 1575.




CCCCLXIIIe DPESCHE

--du premier jour d'aoust 1575.--

(_Envoye exprs  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Dtails de la querelle survenue sur les frontires
    d'cosse.--tat des armemens faits en Angleterre.--Rclamations
    rciproques au sujet des prises.--Instances des protestans de
    France auprs d'lisabeth.--Sa dclaration qu'elle ne peut
    accorder  sir Jacques Fitz Maurice rien de plus que ce qu'elle
    avait fait pour lui avant sa fuite.--Espoir que la paix sera
    bientt conclue.--Projet attribu au prince d'Orange de vouloir
    pntrer en France.--Assurance donne par Leicester qu'il sera
    dsign pour se rendre auprs du roi si l'on reprend la
    ngociation du mariage.


    AU ROY.

Sire, le diffrent, dont je vous ay naguyres escript, d'entre les
Angloix et les Escossoys, est advenu de ce que, en l'assemble et
convention des gardiens des deux frontyres, ayant les Escossoys
demand qu'ung gentilhomme des leurs, qui avoit est admen par de,
ft l reprsant sellon l'ordre des dictes frontyres, les Angloix
ont respondu qu'il estoit si malade qu'on ne l'y avoit peu admener, et
de cella ont exib incontinent des tesmoings, qui l'ont ainsy afferm;
mais interpells de l'assurer par srement, et y ayant faict
difficult, ilz sont venus en grosses parolles, et des parolles aulx
mains et aulx armes: dont quatre Angloix ont est tuez sur le lieu et
plusieurs blessez, et entre aultres le filz du comte de Bfort, qu'on
dict estre depuis mort. La Royne d'Angleterre a incontinent envoy
milord de Housdon sur le lieu, affin de pourvoyr, le mieulx qu'il lui
seroit possible,  ce dsordre. Il semble qu'il y et, je ne say
quoy, de cach l dessoubz, qu'aulcuns personnaiges d'honneur de ceste
court ne sont pas marrys qu'il ayt est ainsy descouvert,  la
confusion de ceulx qui l'avoient conseill et de ceulx qui le
vouloyent fre excuter.

Me Quillegreu a pass oultre jusques  Lislebourg. J'espre que
bientost j'auray quelque relation de ce qu'il faict par dell. L'on
dict que la fille de la comtesse de Mar, laquelle le comte de Morthon
avoit faicte pouser au comte d'Angoux, son nepveu, est morte, et que
le dict Morthon pourchasse de le remaryer avec une fille des
Amelthons.

Quand  l'estat des choses d'icy, la Royne d'Angleterre est encore 
Quilingourt; et vous puis assurer, Sire, que ces cinq grands navyres
de guerre, dont l'on vous a parl, ne sont poinct dehors. Il est vray
qu'il s'en appreste troys pour sortyr bientost, et dict on que c'est
pour aller contre les pirates franoys et flammantz, qui infestent
ceste mer; mais j'entendz que c'est pour se pourvoyr de bonne heure
contre les souspeons, que ceulx cy se donnent, de l'armement que
Vostre Majest faict fre en Normandye et en Bretaigne.

J'ay envoy reprsanter la plaincte du navyre franoys, nomm le
_Saulveur_, qui a est prins par les Angloix en revenant de Naples, 
la dicte Dame, sellon l'article que m'en avez faict en une lettre du
Xe du pass, et sellon une relation que ceulx de St Malo m'en ont
envoye, avec la justiffication de leurs derniers exploitz qu'ilz ont
faict sur mer, lesquels je ne say comme je les pourray fre bien
prendre  ceulx qui s'en pleignent icy fort amrement. J'estime, Sire,
qu'il est expdient de fre voyr cest affre  la justice, affin de
conserver la paix et entretenir le commerce d'entre ces deux
royaulmes.

Le voage de Me Henry Cobhan pour Espaigne avoit est rfroidy, mais
je viens de savoyr qu'il s'effectuera bientost, et qu'on l'a honnor
de quelque tiltre affin de luy fre tenir meilleur lieu par dell.
J'entendz que, le jour de la Madeleyne, un franoys, naguyres party
de Basle, est arryv en ceste ville, feignant qu'il y venoit chercher
Mr de Mru, nantmoins il a incontinent pass oultre vers Mr de
Walsingam,  la court. Je ne say qu'il y praticquera, et croy bien
qu'il y trouvera assez de ceulx qui vouldroyent favoriser la guerre en
vostre royaulme; mais j'espre qu'il n'imptrera, pour tout cella, ny
les hommes, ny les vaysseaulx, ny tant d'argent de ceste princesse
comme il voudroit; laquelle m'a faict prier, touchant ce que luy aviez
escript pour James d'Esmont, dict Fitz Maurice, que je vous veuille
mander comme elle, ayant cy devant envoy au gouverneur de la province
o il a commis la trahison contre elle, son pardon, et n'ayant, luy,
voulu ny daign aller vers le dict gouverneur pour le demander et
l'accepter, elle ne peut, avec son honneur, luy en concder ung
aultre, et que de cella elle remect  Vostre Majest d'en estre juge.

Je me resjouys infinyement du retour du Sr de Misery et de
l'acheminement des depputez. Je croy qu'ilz ne viennent pas, sans
apporter une modration de leurs premires demandes, et sans ung
suffisant pouvoir d'accepter les bonnes responces que Vostre Majest
leur a desj faictes, ou bien celles, si besoing est, que voudrez
encores leur fre. Et depuis deux jours, est arryv, icy, ung de la
Rochelle, qui assure avoyr veu partyr les Srs de Mirambeau et de
Bessons pour aller rencontrer les aultres depputs, portans bonne
instruction de ceulx de ce quartier l  la paix. Nantmoins il court,
icy, ung bruict sourd que, en Ollande, a est mis en dellibration,
touchant la guerre de vostre royaulme, que, si le prince d'Orange veut
entreprendre d'y marcher en faveur des eslevez, et passer en armes par
le Brabant, Aynaut et Artoys, affin d'eslever ces peuples l, que
iceulx de Ollande le secourront de deux centz mille florins contantz;
mais parce que Vostre Majest doibt avoyr notice de cella, s'il est
vray, par une plus seure voye que la mienne, je n'en toucheray, icy,
davantage. Sur ce, etc. Ce 1er jour d'aoust 1575.


    A LA ROYNE.

Madame, estimant qu'il n'y a poinct de mal que ceulx cy soyent dtenus
en quelque suspens de ne pouvoir, du premier coup, descouvrir le fonds
de l'intention de Voz Majestez Trs Chrestiennes touchant le propos
qu'ilz m'ont naguyres renouvell, je leur allgue tousjours quelque
occasion du juste retardement de vostre responce; qui seray bien ayse
que je ne soys press de ne leur en dire rien davantage jusques  ce
que Voz Majestez m'ayent ung peu plus expressment respondu aux
particullaritez que je leur en ay depuis escripte, du XIIIe du pass,
et mesmement sur ce que le comte de Lestre m'a fort considrment dict
que, s'il venoit aulcune bonne response de dell pour le dict propos,
il n'estoit pas hors d'esprance qu'il ne ft celluy qui iroyt
apporter la jarretyre au Roy, vostre filz. Et cependant je ne veulx
obmettre, Madame, de trs humblement vous remercyer pour la tant
expresse dclaration, qu'il vous a pleu me fre, du contantement que
Voz Majestez ont de mon service, et de l'assurance que me donnez de la
venue de mon successeur, et de me fre avoyr quelque rcompense: qui
sont troys choses que Vostre Majest adaptera  la ncessit d'ung
gentilhomme qui en a plus de besoing que nul aultre qu'ayez jamays
employ au service du Roy ny au vostre, et qui, sans me confier par
trop de mes mrites passez, desire encores de le mriter davantage par
nouveaulx services que j'essayeray de vous fre  toutz deux, les
meilleurs et avec le plus de soing et de dilligence que mon aage et ma
sant le pourront porter, et tousjours avec une singullire fidellit:
et par exprs, Madame, j'auray  jamays, pour l'effet que me ferez
sentir de ces troys choses que j'ay dict cy dessus, une immortelle
obligation  Vostre Majest. Et sur ce, etc. Ce 1er jour d'aoust 1575.




CCCCLXIVe DPESCHE

--du VIe jour d'aoust 1575.--

(_Envoye jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Communication confidentielle, faite par l'un des seigneurs du
    conseil  l'ambassadeur, de la bonne disposition d'lisabeth au
    sujet de son mariage avec le duc d'Alenon.--Ncessit de faire
    une nouvelle proposition de l'entrevue, si le roi desire que ce
    mariage s'effectue.--Rsolution prise en Angleterre d'attendre
    une rponse du roi  cet gard, avant de dsigner le seigneur
    qui portera au roi l'ordre de la Jarretire.


    AU ROY.

Sire, par la dpesche que je vous ay faicte, du premier du prsent,
j'ay rytr en la lettre de la Royne, vostre mre,  ce que, du
trziesme auparavant, je vous avoys escript, comme le comte de Lestre
m'avoit ouvertement dclar que, s'il venoit quelque bonne nouvelle de
France, sur la reprinse du bon propos de sa Mestresse, qu'il esproit
estre celluy qui vous yroit apporter la jarretyre. Sur quoy attandant
qu'il vous playse me mander ce que j'auray  luy respondre, je ne
m'advance pas de rendre encores l'autre responce que m'avez mande du
Xe auparavant, touchant le principal du dict propos, parce qu'il
semble que voz prsentz affres ne perdent rien de laysser cella en
quelque suspens, et aussy que l'on ne me presse beaucoup d'y
respondre. Nantmoins ung des premiers et fort principal personnage de
ce royaulme m'a secrettement adverty que la Royne, sa Mestresse, ayant
ung jour,  Quilingourt, faict appeller en sa chambre ceulx de son
conseil pour, entre autres choses, fre l'lection de celluy qui vous
apporteroit la dicte jarretyre, elle et eulx, par occasion, l
dessus, avoyent ramen en mmoyre l'estat de tout l'autre principal
propos, et que la matire en avoit est si avant dbatue qu'on avoit
jug expdient de ne nommer encores pas ung pour ceste lgation,
jusques  ce qu'on et ung peu mieulx cognu de quelle intention Vostre
Majest seroit vers le dict bon propos, affin que, sellon cella, elle
pet, de plusieurs seigneurs de sa court, eslyre lors celluy qu'ilz
estimeroyent le plus propre pour bien ngocyer cest affre; et qu'il
me vouloit bien dire qu'il avoit fort profondment sond le cueur de
sa Mestresse en cest endroict, et qu'il trouvoit, en somme:

Qu'elle ne savoit  quoy bonnement se tenir de l'intention de Vostre
Majest; car, parce qu'elle m'avoit tousjours cognu d'une prompte et
grande affection  l'entretnement de vostre mutuelle amity, et 
vouloyr, tout ainsy que Voz Majestez estoyent unis par la ligue, vous
unyr encores davantage par alliance; et que, toutes les foys que le
feu Roy, vostre frre, m'en avoit command quelque chose, je la luy
avoys non seulement fort volontiers communicque, mais luy avoys
tousjours admen beaucoup de raysons pour l'y persuader, voyant, 
ceste heure, que je ne monstroys plus nulle challeur en cella, elle
creignoit que Vostre Majest n'en y et poinct aussy; nantmoins
qu'elle vouloit croyre fermement que le feu Roy, et la Royne, sa mre,
avoient jusques icy, ainsy que je l'avoys tousjours assur, procd
d'une fort droicte intention  vouloir, avec leur honneur et dignit,
fre tout ce qu'ilz pourroyent pour conduyre l'affre  bonne fin, et
qu'ilz avoient demand ung saufconduict pour l'entreveue, lequel elle
leur avoit une foys accord, et depuis n'en avoit jamays faict de
refus; dont restoit maintenant en Vostre Majest d'y procder sellon
ces dernires erres, sinon que, pour aulcuns respectz et accidantz, il
vous ft survenue nouvelle occasion de ne le vouloyr poinct;

Et que c'estoit tout ce qu'il avoit peu tirer de la dicte Dame, par o
je pouvois voyr qu'elle estimoit avoyr bien accomply, de son cost, ce
qui touchoit  cella, et qu'elle attandoit,  ceste heure, comme vous
entendiez d'y cheminer, du vostre; et que, l dessus, il me vouloit
privement dclarer son opinyon, qui estoit: que, sans remmorer
l'amplitude de l'estat ny les excellantes grces de sa Mestresse, qui
estoyent choses notoyres, ny la cognoissance que Vostre Majest et la
Royne, vostre mre, aviez que celluy qui se vouloit rendre possesseur
d'une telle princesse, et possder avec elle toute sa grandeur, la
debvoit, avec beaucoup de soing et avec beaucoup de respectz, trs
dilligemment poursuyvre, il jugeoit ncessayre, puisque le poinct de
l'affre estoit maintenant tout en vostre main, si d'avanture je
pensoys que Vostre Majest y et encores de l'affection, que tout
promptement je vous escripvisse de demander encores l'entreveue, comme
chose avec laquelle le bon effaict s'en pourroit facillement
ensuyvre, et sans laquelle jamays ne s'ensuyvroit; et que, sellon la
dilligence que je vous ferois mettre en cella, se pourroit cognoistre
s'il restoit de la disposition, ou non, de vostre cost; car la
prolongation ne servoit que de confirmer aulx ennemys les argumentz
qu'ilz faisoient contre ce propos, et de mettre les amys en quelque
doubte de vostre sincrit; et confessoit estre l'ung de ceulx qui
avoient consult la dicte Dame de ne nommer poinct le personnage
qu'elle vouloit envoyer en France jusques  ce qu'elle scet
playnement le cueur de Vostre Majest, affin de fre allors plus
seurement l'lection; car jugeoit n'estre aulcunement raysonnable
qu'elle ft partyr ung qui seroit pour rsouldre cest affre, sinon 
bien bonnes enseignes; et, si elle perdoit la prsente occasion de la
jarretyre, elle n'esproit, de longtemps, d'en recouvrer une aultre
si honnorable, ny qui pet estre si  propos; et que, quand luy et
ceulx qui, comme luy, avoient grande dvotion  cest affre,
pourroient avoyr quelque cognoissance de la vraye et certayne
intention de Vostre Majest, je ne fisse nul doubte qu'ilz n'y
employassent lors tous les bons moyens et addresses qui s'y pourroient
desirer; me priant d'uzer bien secrettement et avec discrtion, de
cestuy sien conseil, qui estoit sans le sceu de nul aultre de la
compagnye; et qu'il avoit cong d'aller estre quelques jours en sa
maison, mais qu'il seroit tout  temps de retour  la court pour
servir, aultant qu'il luy seroit possible, en cest endroict.

Voil, Sire, la substance et les propres termes, en brief, de tout ce
qu'il m'a plus au long escript; qui ay retenu l'original de sa lettre
devers moy, et ne luy ay poinct faict de responce. Mesmes j'avoys une
foys dellibr de n'en rien mander  Vostre Majest, parce que celle
vostre aultre responce, du Xe du pass, sembloit assez y satisfre;
mais il ne faut rien tayre  son prince, comme je ne luy ay jamais
faict, ny suis pour jamays le fre. Sur ce, etc.

    Ce VIe jour d'aoust 1575.


    A LA ROYNE.

Madame, ceste dpesche, que je fay prsentement  Voz Majestez, est
pour leur fre entendre le contenu d'une lettre qu'ung des premiers et
principaulx milords de ce royaulme m'a escripte,  laquelle je ne luy
ay rien respondu, et si, ay est en doubte si je la debvoys
entirement rserver secrette devers moy, affin de ne remuer rien plus
en ung affre qui a est plusieurs foys en vain essay, et lequel je
ne say comme,  prsent, il est agrable de vostre cost. Mais
considrant qu'il fault rvler toutes choses  Voz Majestez, et
elles, puis aprs, en ordonneront comme il leur plerra, et que
d'ailleurs, le personnage qui m'a escript est de tel poix et gravit,
et si retenu, qu'il ne dict rien  la vole ny sans bon fondement,
j'ay enfin prins ceste rsolution qu'il ne vous en seroit rien
dissimul. Et seulement je me suis abstenu de vous y adjouxter rien de
mon adviz parce que Vostre Majest void tout  cler ce qui est de
dell, et juge mieulx de ce qui est icy que je ne sauroys fre; et ne
diray que ce mot que ceulx cy temporizeront indubitablement d'envoyer
l'ordre jusques  ce qu'ilz pourront avoyr eu quelque notice de
l'intention de Voz Majestez en cest endroict. Et sur ce, etc.

    Ce VIe jour d'aoust 1575.




CCCCLXVe DPESCHE

--du XIIIe jour d'aoust 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Nouveaux armemens faits en Angleterre.--Prochain dpart de sir
    Henri Sidney pour l'Irlande.--Temporisation de Me Quillegrey 
    Barwich.--Maladie de sir Henri Coban.--Excution  Londres de
    plusieurs Hollandais brls vifs pour cause
    d'hrsie.--Mfiance que doivent inspirer les nouveaux
    prparatifs des Anglais, et un envoi d'argent fait par
    lisabeth en Allemagne.


    AU ROY.

Sire, ayant sceu que l'admyral d'Angleterre et le gardien des cinq
portz, avec les principaulx officiers de la marine, s'estoyent
assembls, la sepmayne passe,  Rochester, o sont les grands navyres
de ceste princesse, comme pour y ordonner d'ung armement  fre
quelque entreprinse, j'ay envoy savoyr ce qui en estoit; et m'a l'on
rapport qu'on y avoit command de mettre promptement huict des grands
navyres en estat pour estre prestz de sortir dans dix jours, toutes
les foys que le commandement en seroit venu; mais qu'on n'avoit
encores rien ordonn de l'advytayllement, et que seulement le dict
admiral, estant au dict lieu, avoit envoy surprendre, en l'embouchure
de la Tamise, deux vaysseaulx, o y avoit sept ou huict gentilhommes
de bonne qualit, angloix, qui pensoient se desrober de ce pays,
lesquelz il a ramenez et sont rservez soubz quelque garde; et qu'il
s'apprestoit bien envyron vingt quatre ou vingt cinq vaysseaulx, en
demy quippage de guerre, dans ceste rivyre, par des particulliers,
qui disoyent vouloir aller, les ungs en Hespaigne, les aultres en
Portugal, et les aultres en Barbarye, pour faict de marchandise; dont
nous verrons, de jour  l'aultre, ce qui s'en fera. Il semble que, de
ceste anne, il n'y a pas grande flotte pour les vins  Bourdeaulx,
parce que ceste princesse a trs rigoureusement deffendu qu'on ne
puisse vendre ny achapter en Angleterre, toutz frays et subsides
payez, plus haut de dix livres d'esterling la tonne de vin, qui sont
cent livres tournoys, l o,  prsent, il se vent bien au double.

Le sire Henry Sidney s'en va, du premier jour, passer en Irlande, o
l'on pense qu'il y rduyra les choses, et qu'il remettra facillement
tout le pays en l'obyssance de ceste couronne, et le comte d'Essex
s'en retournera.

Me Quillegreu a temporis, plus longtemps qu'on ne m'avoit dict, 
Barwic,  cause de ce dsordre naguyres survenu entre les gardiens
des deux frontyres, et s'il n'en est party depuis dix jours, il y est
encores. La Royne d'Escosse se porte bien et cuydoyent aulcuns que la
Royne d'Angleterre, sa cousine, s'estant approche  une journe et
demye d'elle, la det voyr; mais j'entendz que seulement elle l'a
envoye visiter. Me Henry Cobhan, en attandant, icy, sa dpesche pour
Espaigne, est tomb malade; nantmoins il espre partyr, aussytost
qu'il se portera ung peu bien, et dellibre de fre son chemin par
France.

L'on a brull, ces jours passez, en ceste ville, aulcuns Ollandoys
pour cause d'hrsye, parce qu'ilz ne se sont voulus desdire,
soubstenans, entre aultres erreurs, qu'il n'estoit loysible aulx
Chrestiens d'exercer magistrat.

Je ne veulx pas, Sire, aprs tant de bonnes parolles et de bonnes
dmonstrations que j'ay naguyres eues de ceste princesse et des
siens, sur la continuation de la ligue, les souspeonner lgrement;
nantmoins ayant sceu que, de trente mille livres d'esterling, que la
dicte Dame a dernyrement emprunts de ceulx de Londres, en ayant
receu contant vingt mille, et icelles ordonnes pour la guerre
d'Irlande, je crains que des aultres dix mille, lesquelz elle a envoy
remettre en Hambourg, que, si elles ne sont distribues aulx
pensionnayres qu'elle a en Allemaigne, ou bien employes en l'acquit
de quelque vieulx partis qu'elle doibt encores par dell, qu'elles ne
soyent convertyes  fre une leve de reytres en faveur des eslevez de
vostre royaulme; et que ceste somme soit celle partye de deniers qu'on
dict qu'elle est oblige de contribuer en la ligue des princes
protestantz pour la deffance de leur religyon, sellon qu'on m'a assur
qu'il est convenu, par articles exprs, avec les dictz princes
protestantz que, toutes les foys et pour aultant de vingt mille escus
qu'on leur pourra fre fournir en deniers contantz, ilz seront tenus,
dans certains jours aprs, de fre marcher autant de troys mille
reytres ou en France ou en Flandres, l o le besoing en sera cognu
plus grand; dont Vostre Majest pourra, par quelqu'ung de ses
serviteurs en Allemaigne, fre observer cella.

Je ne puis vriffyer que Mr de Mru ayt emport plus grande somme de
ceste court que les douze centz angelotz que cette princesse luy a
donnez; et encores m'a l'on dict que le prsent,  la fin, a est
restreinct  six centz angelotz.

Je parachevoys cest article quand la dpesche de Vostre Majest, du
XXIXe du pass, est arryve, de laquelle j'uzeray en la faon qu'il
vous plaist me le commander, la premire foys que j'iray retrouver
ceste princesse; et incontinent aprs, je vous manderay ce qu'elle
m'y aura respondu. Sur ce, etc. Ce XIIIe jour d'aoust 1575.




CCCCLXVIe DPESCHE

--du XXe jour d'aoust 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Arrive de Mr de Mauvissire en Angleterre.--Refus du roi
    d'accepter les offres faites par le capitaine Bathe d'une
    entreprise contre l'Angleterre.--Prparatifs des Anglais pour
    se tenir prts  une expdition.--Rclamations rciproques 
    raison des prises.--Sollicitations de l'ambassadeur afin qu'il
    lui soit envoy de l'argent.--Mission qui lui est donne de se
    rendre auprs de Marie Stuart et de passer en cosse.


    AU ROY.

Sire, parce qu'il y a huict jours que je ne fay, d'heure  aultre, que
regarder si Mr de Mauvissyre arryvera, pour le conduyre incontinent
devers la Royne d'Angleterre, laquelle est encores bien loing en son
progrs, je temporise d'aller parler  elle du contenu de la dpesche
de Vostre Majest, du XXIXe du pass, jusques  ce qu'il soit icy,
affin de fre de tout ung; mais venant de savoyr par le Sr de Vassal,
lequel ne faict que d'arryver, que le dict Sr de Mauvissyre est desj
en Angleterre, de quoy je loue Dieu de bon cueur, j'espre que, dans
ung jour ou deux, nous yrons toutz deux trouver la dicte Dame.

Cependant je ne puis sinon bien fort approuver ce que la Royne, vostre
mre, a prudemment advys de rejetter les offres du cappitayne Bathe
comme malhonnestes, et louer infinyement vostre vertu de les avoyr de
mesmes mesprises; car c'est sellon que voz promesses et l'obligation
de vostre foy et de vostre srement le requirent, et je mettray peyne
de fre voyr  ceste princesse combien ces deux honnorables actes,
que luy avez uz touchant le sire James Fitz Maurice et cestui cy,
mritent qu'elle s'acquite de mesmes honnorablement vers Vostre
Majest. Et vous diray, Sire, que j'ay opinyon qu'il y avoit de
l'artiffice beaucoup ez offres du dict Bathe, et qu'il cherchoit comme
il pourroit trouver le moyen de provoquer sa Mestresse contre vous, et
non pas comme il pourroit nuyre  elle, sellon qu'il y en a assez, en
ceste court, qui luy en pouvoient avoyr bayll l'instruction; car,
aprs s'estre eschapp des mains du grand commandeur de Castille, qui
l'avoit dtenu dix huict moys en prison,  cause qu'il le
souspeonnoit d'estre pass en Flandres pour tuer, de guet  pens, le
comte de Vesmerland, aussytost qu'il a est de retour par de, l'on
l'a receu et favoriz en ceste court, et ceulx qui manyent les affres
ont persuad  ceste princesse de luy ordonner une pencion de deux
centz escuz, l'an, pour toute sa vye, et il ne venoit que de recepvoyr
ce bienfaict d'elle quand il est pass en France, avec ce, que je ne
pense poinct qu'il ayt eu communicquation avec le comte de Quildar,
car l'on l'observe de trop prs, ny le dict comte ne se ft jamays
commis  luy, car il n'est nullement lger. Mais, quand au cappitayne
Morguen, de tant que son offre ne tend  rien qui soit contre sa
Mestresse ny contre son pays, ains d'excuter quelque entreprinse
qu'il dict estre d'importance, et laquelle il estime pouvoir conduyre
 bon effect pour le service de Vostre Majest contre ceulx de la
Rochelle et les eslevez de vostre royaulme, elle semble avoyr plus
d'apparance que l'autre.

Nantmoins luy et les autres cappitaynes angloix, qui sont icy, sont 
prsent retenus pour la guerre d'Irlande, de peur que le dict sire
James Fitz Maurice n'y repasse pour y brouyller les affres. Et puis
il semble qu'encor que ceste princesse et les siens ne monstrent pas
qu'ilz soyent beaucoup offancez de ce que les Escossoys ont faict en
l'assemble des gardiens de la frontyre du North, ilz en rservent
nantmoins une vengeance dans le cueur contre eulx, et si, ont quelque
opinyon qu'ilz ayent est meus  uzer de ceste audace par quelque
conseil de France; ce qui faict qu'ilz caressent davantage leurs
cappitaynes et leurs soldatz, estimantz qu'ilz en auront bientost 
fre. Et depuis troys jours, ilz ont faict sortir troys grands navyres
de guerre, de ceulx que je vous ay mand qu'on apprestoit, et ont
envoy revisiter les fortz qui sont le long de la coste d'Ouest, qui
regarde la France, affin de les mettre promptement en deffance, et les
garnyr d'artillerye et de monitions et de gens de guerre, ung peu
mieulx que de l'ordinayre, sur quelque souspeon qu'ilz ont que ce,
que Vostre Majest a command d'armer des vaysseaulx par dell pour
assurer la mer contre les pirates, ayt quelque aultre chose de cach
l dessoubz; de quoy je les mettray bien hors de peyne sur l'assurance
de l'amity que leur avez jure, si, d'avanture, ilz daignent m'en
parler.

Mr de Walsingam me vient d'escripre, du XIIIe de ce moys, que je
vueille refraischir  Vostre Majest la plaincte des marchandz de
Londres contre les habitans de St Malo, parce que la Royne, sa
Mestresse, en est presse; et que, quand  la plaincte du sire
Lacheroy, de Roan, de laquelle Vostre Majest m'a naguyres escript,
il me mande que la dicte Dame a command  son ambassadeur par dell
d'y regarder, et d'en accommoder l'affre sellon que, par les preuves
et vriffications du procez, il cognoistra qu'il se debvra fre.

Au surplus, Sire, je reste le plus confus gentilhomme de toutz ceulx
qui sont  vostre service pour n'avoyr receu, par le Sr de Vassal,
aulcune provision d'ung seul denier de Vostre Majest, pour me
dsangager d'icy, qui suis en danger d'y souffrir une trs grande
honte au prjudice de la rputation de voz affres, par la rigueur que
justement m'uzeront,  ceste heure, ceulx  qui je doibs; qui vous
supplye trs humblement, Sire, y vouloir pourvoyr, et avec ce qui en
peut toucher  la dignit de vostre service, avoyr compassion de
l'extrme ncessit de vostre serviteur.

Je feray bien tout ce qu'il me sera possible pour avoyr la permission
d'aller visiter la Royne d'Escosse et Monsieur le Prince, son filz, de
la part de Vostre Majest, et vous y feray tout le service qu'il vous
plaist me commander, sans y espargner ma sant ny mesmes ma vye, s'il
est besoing; mais il n'est pas possible que, sans qu'il vous playse me
fre envoyer de l'argent, je puisse frayer au voage. Et sur ce, etc.
Ce XXe jour d'aoust 1575.




CCCCLXVIIe DPESCHE

--du XXVIIe jour d'aoust 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Callays par la voye du Sr Acerbo._)

  Nouvelle rpandue  Londres de l'entre en France du prince de
    Cond avec une arme.--Secours d'argent donn aux protestans de
    France et d'Allemagne par les glises d'Angleterre.--Incursion
    des Anglais sur les frontires d'cosse.--Craintes pour Marie
    Stuart.


    AU ROY.

Sire, depuis huict ou dix jours en , la Royne d'Angleterre n'a
poinct arrest en lieu de sjour, o nous ayons peu avoyr accez 
elle, et n'en y aurons jusques  mardy prochain, trentiesme de ce
moys, que nous l'yrons trouver  Wodstok,  cinquante mille d'icy, o
j'espre qu'elle acceptera agrablement Mr de Mauvissire en ma place,
ainsy que desj il a bien cognu, par des dmonstrations que mylord
trsorier luy a faictes, qu'il sera receu avecques toute faveur d'elle
et de ceulx de son conseil. Dont je juge bien que, sellon la
dilligence qu'il mect de s'instruyre et de se bien informer de toutes
choses d'icy, et pour la bonne affection qu'il monstre avoyr  vostre
service, qu'il vous en fera de trs bon et trs fidelle; en quoy de
tout ce que je say et que je cognoistray luy pouvoyr donner lumyre
en ceste charge que luy avez commise, je vous supplye trs humblement,
Sire, de croire que je n'y manqueray nullement. Et aprs que nous
aurons parl  la dicte Dame, nous vous ferons incontinent savoyr ce
que nous aurons apprins d'elle et des siens, sur les particullaritez
que nous avez command leur proposer.

Et vous diray cependant, Sire, que la nouvelle, qui court icy, que le
Prince de Cond est desj entr en vostre royaulme avec ung nombre de
reystres, donne quelque chaleur  des particulliers de ce royaulme de
s'esmouvoyr; et est certain que, oultre les trois navires de ceste
princesse, que je vous ay dernirement escript qui estoient sortis en
mer, il y en a cinq de Hacquens, de Thomas Cobhan, de Forbicher et de
quelques aultres cappitaynes de mer, qui, dans trois ou quatre jours,
doibvent sortir de ceste rivyre en quippage de guerre, et ne se
sayt encores o s'addresse leur entreprinse; nantmoins nous en
donnons prsentement advis aulx gouverneurs de dell affin qu'ilz en
demeurent apperceus.

Il a est faicte une secrette ceuillette de deniers par les glyses de
ce royaulme, qui monte envyron cinq mille livres esterling, c'est dix
huict mille escus, qui doibvent estre prestz en angelotz ez mains
d'ung marchant de ceste ville, le premier jour du moys prochain; et
prsument aulcuns que c'est pour secourir le prince d'Orange, lequel
n'a renvoy si malcontant le docteur Roger, naguyres envoy d'icy
devers luy, comme l'on le publioit; ains j'ay naguyres comprins de
certains propos que le docteur fiscal de Bruxelles m'a tenus, lequel
j'ay convy  dner avec Mr de Mauvissire, que le dict Roger avoit
port offre du dict prince de mettre des places de Hollande et Zlande
ez mains de ceste princesse, si elle vouloit prendre la protection du
pays, ou aultrement qu'il s'iroit getter ez mains de Vostre Majest,
parce qu'il ne pouvoit plus supporter la guerre; mais, de tant que je
n'ay encores la certitude de ce faict, et que, s'il est vray, vous en
avez assez de certitude d'aylleurs, je ne m'en estendrai davantage.

Et adjouxteray seulement, icy, que les Angloix sont entrs en armes
dans la frontire d'Escoce, pour revencher l'injure que les Escossoys
leur avoient faicte; dont, pour accommoder cella, j'entendz que le
comte de Houtinthon, prsident du North d'Angleterre, et le comte de
Morthon se doibvent bientost assembler, ce que j'ay grandement suspect
pour la personne de la Royne d'Escosse; car ce sont les deux plus
viollantz ennemys qu'elle ayt en ces deux royaulmes. Me Quillegreu a
desj veu le dict Morthon, et croy qu'il se trouvera  cest
abouchement; et m'a l'on dict qu'il praticque une nouvelle leve
d'Escossoys pour la fre passer du premier jour, en Hollande. Et sur
ce, etc.

    Ce XXVIIe jour d'aoust 1575.




CCCCLXVIIIe DPESCHE

--du Xe jour de septembre 1575,  Oxford.--

(_Envoye exprs jusques  Callays par Jehan Mounyer._)

  Audience de prsentation de Castelnau de Mauvissire.--Reprise de
    la ngociation du mariage.


    AU ROY.

Sire, le dernier du moys pass, j'ay prsent en ce lieu, de Vuodstok,
Mr de Mauvissire  la Royne d'Angleterre, et luy ay dict que,
m'ayant, Vostre Majest, octroy mon cong, vous l'aviez envoy pour
me succder en ceste charge, et espriez que l'lection luy en
playroit, sellon que vous l'aviez ainsy expressment faicte, affin
qu'elle luy plet en toutes sortes, et qu'elle cognet que vous aviez
bien voulu mettre ung ambassadeur prez d'elle, duquel, oultre l'estime
que vous aviez de sa suffizance, pour estre ung gentilhomme de
longtemps vers en affres d'estat, qui avoit eu de bien honnorables
commissions, en paix et en guerre, et aulcunes vers elle, dont il
s'estoit tousjours dignement acquit, et oultre, aussy, que vous le
tenis pour trs loyal serviteur, duquel vous aviez esprouv le cueur
estre bon et droict vers vostre service, et bien inclin aulx choses
bonnes, voyre,  celles qui estoient meilleures, vous saviez qu'il
estoit bien affectionn et dvot aux rares et excellantes vertus qu'il
avoit cognues, et souvant publies, de la dicte Dame; et que luy
ayant, Vostre Majest, fort expressment command de la rvrer, et de
luy complre en tout ce qu'il luy seroit possible, il estoit venu pour
nullement n'y faillyr;

Que, de ma part, je m'en retourneroys, avec son bon cong, retrouver
Vostre Majest, et que, si je ne m'estois rendu indigne des grces et
faveurs, dont elle m'avoit oblig, tout le temps que j'avoys rsid
par de, je la supplioys d'y obliger davantage le dict Sr de
Mauvissire.

Et l dessus, il luy a prsent voz lettres et recommandations, et luy
a, d'une fort bonne et fort agrable faon, expliqu la crance qu'il
avoit de Vostre Majest pour la continuation de vostre commune amity,
et pour la confirmation d'icelle, par le bon propos de Monseigneur
vostre frre, suyvant ce que la Royne, vostre mre, luy en escripvoit
de sa main. Et luy a dduict plusieurs raysons fort considrables pour
la mouvoir, et la rendre bien incline  vostre honneste desir.

A quoy, elle, aprs aulcunes parolles qu'il luy a pleu dire en quelque
recommandation de ma ngociation passe, lesquelles ne me siroient
bien de les escripre, elle en a dict plusieurs aultres bien bonnes du
gr, qu'elle vous savoit, de luy avoyr envoy Mr de Mauvissire, et
qu'elle le recevoit aultant agrablement que gentilhomme qu'eussiez
sceu mettre en ce lieu. Ce qu'elle a davantage tesmoign par des
caresses, faveurs et honnestes privauts, qu'elle luy a faictes.

Et sommes entrs en confrance des particullaritez du propos de Mon
dict Seigneur, vostre frre, avec la dicte Dame et avec les seigneurs
de son conseil; dont voicy la cinquiesme foys, aujourdhuy, que nous
sommes assemblez l dessus, avec elle et avec eulx, non sans beaucoup
d'oppositions et de difficultez qu'ilz nous font; lesquelles nous
essayerons d'oster, aultant qu'il nous sera possible, affin que nous
puissions tirer une bonne et aulmoins une clre rsolution d'eux. Dont
Mr de Mauvissire la vous escripra et je la vous iray apporter; vous
voulant bien assurer, Sire, qu'il a si bien et si heureusement
commanc sa charge, et les choses d'icy monstrent de luy debvoir si
bien succder que Vostre Majest en peut esprer beaucoup de bon
service, et beaucoup de bon contantement; aydant le Crateur auquel,
etc. Ce Xe jour de septembre 1575.


    A LA ROYNE.

Madame, vous entendrs par les lettres de Mr de Mauvissire, et par
celle que j'escriptz au Roy, les propos que nous avons eus avec ceste
princesse, le jour que je l'ay prsent, et que j'ay commanc de
prendre cong d'elle; qui, en substance, ont est parolles de
courtoysie et d'honnestet, qu'elle m'a uz pour signiffier sa
satisfaction de ma ngociation passe, et de quelque regrect de mon
partement, et d'aultres parolles non moins courtoyses ny moins
honnestes, ny de moindre faveur que celles l,  Mr de Mauvissire
pour luy dire qu'il ft le bien venu, et qu'elle avoit grand
contantement de l'lection que Voz Majestez ont faicte de luy; et que
trs agrablement elle le recevoit vostre ambassadeur pour rsider
prez d'elle. A quoy les principaulx seigneurs de ce conseil et toute
ceste court ont concouru d'une bonne dmonstration d'affection vers
luy, et d'avoyr trs bonne opinyon de luy. Il a expliqu fort
honnorablement sa crance  la dicte Dame, et luy a renouvell le
propos de Monseigneur, vostre filz, aux plus exprs et approchans
termes qu'il s'est peu souvenir de ceux que Vostre Majest a uz en la
lettre qu'elle a escripte  la dicte Dame. Et elle les a prins de fort
bonne part. Et desj nous avons, par quatre ou cinq foys, est l
dessus en confrance avec elle et avec ceulx de son conseil; qui,
parmy des facillits, vous opposent tousjours des difficultez non
petites, lesquelles nantmoins regardent plus  vouloir viter qu'
vouloir fre le refus; et quand nous en aurons tir quelque
rsolution, Mr de Mauvissire la vous escripra, et je la vous iray
apporter. Et vous promectz, Madame, que je luy layrray l'entire
instruction de ce qui m'a esclr icy, et qui m'a guid de vous fre,
en ce propos et aultres vnemens de de, le service dont monstrs
avoyr contantement: duquel je loue et remercye Dieu et le prye, etc.
Ce Xe jour de septembre 1575.




CCCCLXIXe DPESCHE

--du XXe jour de septembre 1575.--

(_Envoye exprs jusques  Callais par Jehan Vollet._)

  Rponse d'lisabeth sur la ngociation du mariage.--Son refus de
    permettre  l'ambassadeur de visiter Marie Stuart et d'aller en
    cosse.--Autorisation donne aux neveux de La Mothe Fnlon de
    se rendre auprs de Marie Stuart.--Dclaration d'lisabeth
    qu'elle n'a fourni aucun secours d'argent au prince de
    Cond.--Audience de cong accorde 
    l'ambassadeur.--Flicitations d'lisabeth sur toutes les
    ngociations dont il a t charg.--Vif desir qu'ont les
    Anglais de recouvrer Calais, et de profiter des troubles de
    France pour s'en saisir.--tat de la ngociation du mariage qui
    peut tre reprise pu abandonne sans qu'il y ait  craindre une
    rupture avec l'Angleterre.


    AU ROY.

Sire, pendant que nous estions  ngocyer,  Vuodstok, avec ceste
princesse et avec les seigneurs de son conseil, du propos de
Monseigneur, vostre frre, et de la visite que desiris estre faicte,
de vostre part,  la Royne d'Escoce et au Prince, son filz, il nous
est arryv deux dpesches de Vostre Majest, l'une du XXe d'aoust,
par l'ordinre, et l'aultre, du dernier du dict moys, par le Sr
d'Assas, qui la nous a rendue le Xe d'estui cy. Et vous dirons, Sire,
que nous trouvons avoyr procd, en toutes choses, ainsy proprement
que Vostre Majest le desiroit; et avons enfin, au bout de dix sept
jours, rapport de ceste princesse des responces, lesquelles, encor
que ne soient du tout telles que nous les demandions, elles ne
layssent d'estre bien honnorables et bien conformes  l'amity, que
dsirs continuer avec elle et ce royaulme; et si, vous mettent en
chemin de pouvoir estreindre davantage ceste amity par le propos de
Monseigneur, si les choses sont bien prinses, et qu'on y aylle par les
moyens qu'ung si excellent acte le requiert.

Celluy de nous, qui demeurera, vous escripra dans quatre ou cinq
jours, bien au long, les termes o nous en sommes  prsant; et
l'autre vous les yra apporter, et mettra peyne de vous reprsanter ce
que nous avons ensemblement veu et bien curieusement nott des
parolles et dmonstrations de ceste princesse et de tous les siens,
pour y pouvoir, par Vostre Majest, prendre une bien bonne et prompte
rsolution.

La visite de la Royne d'Escosse a est entyrement dnye d'estre
faicte par vostre ambassadeur; mais il nous a est octroy que moy, La
Mothe, puisse envoyer mes nepveus porter les lettres de Vostre
Majest, et satisfre en la meilleure et plus rvrante faon qu'ilz
pourront  cestuy vostre compliment vers elle; dont ilz y sont desj
allez, ensemble le Sr de Vassal, et ung des clercs de ce conseil qui
leur a est baill pour adjoinct; mais, quand au voage d'Escoce,
aprs que nous l'avons eu aultant vifvement dbattu qu'il nous a est
possible, la dicte Dame nous a faict respondre qu'elle supplioit le
Roy de le vouloir fre diffrer pour ung peu de temps,  cause des
diffrents qui estoyent naguyres survenus en la frontyre, ezquels
elle estoit sur le poinct d'y mettre quelque accomodement, l o, par
ce dict voyage, ilz pourroient estre rendus plus difficiles.
Nantmoins, dans ung moys ou six sepmaynes, elle octroyeroit de bon
cueur le passeport pour tel gentilhomme qu'il playroit  Vostre
Majest y envoyer.

Et touchant la remonstrance, que nous luy avons faicte, sur l'advis
qu'on vous avoit donn que le Prince de Cond commanoit de marcher
par les moyens qu'il avoit eus d'elle en deniers contantz, ou en
crdict, ce que vous ne pouviez ny vouliez si mal croyre de la foy et
promesse d'une telle princesse, elle nous a respondu qu'elle ne
pouvoit empescher qu'on ne fet courir tels bruictz, et qu'on ne se
vantt de beaucoup de choses d'elle, en parolles, et pour authoriser
les entreprinses qu'on faisoit l dessoubz, qui pourtant n'en estoit
rien en effect; et qu'elle promettoit  Dieu, et juroit, en sa
conscience, qu'elle n'avoit bayll argent ny moyens, ny conseil
aulcun, contre Vostre Majest, et n'avoit volont, ny intention, de le
fre, tant que seris en bonne intelligence et confdration avec
elle; mais qu'elle vous vouloit bien advertyr que d'aultres moyens
plus grands et meilleurs que les siens ne deffailloient  ceulx de la
nouvelle relligyon pour continuer la guerre; et, si les choses ne
venoient  la paix, que vous fissiez ardiment estat d'avoyr le plus
grand et le plus pesant affre, qui ft aujourdhuy au monde, sur les
bras, et qui estoit si appuy en vostre propre royaulme, et ez aultres
partz de la Chrestient, qu'il seroit pour affoiblir et miner le
propre empire romain, s'il estoit encores en estat; et que pourtant
elle ne pouvoit cesser de vous desirer la paix, et de vous prier qu'en
la prenant bonne et utille pour vous, vous la voulussis donner seure
et stable  toute la Chrestient, sellon qu'elle pensoit que vous le
pouviez fre.

Sur quoy, ayantz respondu  ung mot que nous savions certeynement que
Vostre Majest n'avoit aulcun plus grand desir, en ce monde, qu' la
paix, ny n'estis en rien plus rsolu, si ne la pouvis avoyr bien
honnorable, ny mieux prpar qu' la guerre, nous avons coupp cella
bien court.

Et nous ayant, la dicte Dame et tous les siens, uz de nouveau  toutz
deux beaucoup de courtoysie et bien honnestes faveurs pour la plus
ample rception de l'ung et le cong de l'autre, nous nous sommes fort
gracieusement licenciez d'elle. Et estans de retour en ce lieu, nous
avons eu aulcunement suspect ung payement de vingt mille livres
sterling, qui sont deux centz mille livres tournois, qu'on nous a
advertys qui se doibvent fournyr par lettres d'eschange, sur le
crdict de Me Grassen, facteur de ceste princesse, et d'aulcuns
aultres principaulx marchands de Londres, le premier jour d'octobre
prochain, en Anvers, ez mains d'ung Herv, angloix; et creignons asss
que cella aylle en Allemaigne pour le payement des leves du Prince de
Cond, bien que aulcuns nous assurent que non, et que ces deniers vont
 aultre effect, et qu'il ne y a rien contre Vostre Majest, mais nous
mettrons peyne de le mieux vriffier.

Il est bien vray que ceulx cy se monstrent,  ceste heure, sur ceste
descente des reystres en vostre royaulme, plus esmeus et eschauffs 
tenter quelque chose par dell, qu'ilz ne faisoient; et nous a l'on
dict qu'ung des plus authoriss de ce conseil prtend de se signaler,
 ce coup, par des entreprinses qu'il pense si bien conduyre au
prouffit de ceste couronne que, pour le moins, Callays y demourera.
Dont y a des vaysseaulx de ceste princesse et d'aultres particulliers
en mer, mais nous n'estimons pas, attandu le petit et foible quippage
en quoy ilz sont, qu'ilz puissent fre grand effort, ny ne voyons,
pour encores, qu'il se prpare aulcun nouveau avitaillement de navyres
pour les suyvre, bien qu' dire vray les navyres sont, de toutes
aultres choses, prestz. Nantmoins il sera tousjours bon que Vostre
Majest face advertyr au dict Callays et  Boulogne, et au long de la
coste de dell, qu'on s'y tienne bien sur ses gardes.

Tout le reste qu'aurions  vous escripre maintenant sera remis au
retour de moy, La Mothe, qui partiray aussytost que mes nepveus seront
de retour de devers la Royne d'Escoce, aydant le Crateur; auquel je
prie, aprs avoyr trs humblement bays les mains de Vostre Majest
qu'il vous doinct, Sire, en parfaicte sant, trs heureuse et trs
longue vie, et toute la grandeur et prosprit que vous desire.

    Ce XXe jour de septembre 1575.


    A LA ROYNE.

Madame, nous nous sommes conduictz en ceste ngociation du propos de
Monseigneur, vostre filz, avec ceste princesse, par le meilleur ordre
et la plus grande pacience qu'il nous a est possible; et avons est
bien ferme ez poinctz que nous aviez commandez, jusques avoyr men la
dicte Dame et ceulx de son conseil au fin bout de ceulx aulxquels ilz
sont rsolus de demeurer; et sur lesquels la conclusion ou la ropture
s'en prendra; qui avons est contans, pour aulcuns bons respects,
d'accepter les responces qu'elle mesme nous a faictes, qui sont bien
fort honnorables, et lesquelles, si on les considre bien, sont pour
vous apporter beaucoup de satisfaction et pour mettre en vostre main
de quoy parfre ou bien de quoy laysser ceste poursuite, sans
altration de l'amity; ainsy que Vostre Majest le verra par les
lettres que, moy, de Mauvissire, vous escripray, et que moy, de La
Mothe, vous iray apporter, et vous rciter toutes ces particullaritez
par le menu, aussytost que ceulx qui sont allez devers la Royne
d'Escosse seront de retour, qui sera bientost, Dieu aydant; auquel je
prie, aprs avoyr trs humblement bays les mains de Vostre Majest
qu'il vous doinct, Madame, en parfaicte sant, trs heureuse et trs
longue vie et tout le bien et prosprit que vous desire.

    Ce XXe jour de septembre 1575.


    FIN DU SIXIME VOLUME ET DERNIER DES DPCHES
    DE LA MOTHE FNLON.




TABLE

DES MATIRES DU SIXIME VOLUME.


ANNE 1574.

                                                                  Pages
    359e _Dpche._--5 janvier.--
      AU ROI.                                                        1
    Audience.                                                      _Ib._
    Ngociation du mariage d'Elisabeth avec le duc d'Alenon.      _Ib._
    Avis d'une entreprise.                                           5
    Nouvelles d'Ecosse.                                            _Ib._
    Et d'Irlande.                                                    6

    360e _Dpche._--12 janvier.--
      AU ROI.                                                      _Ib._
    Nouvelles de la Rochelle.                                        7
    Ngociation du mariage.                                        _Ib._

    361e _Dpche._--18 janvier.--
      AU ROI.                                                       11
    Mission du baron d'Aubigny.                                    _Ib._
    Affaires d'Irlande.                                            _Ib._
    Nouvelles de la Rochelle.                                       12
      A LA REINE.                                                   14
    Ngociation du mariage.                                        _Ib._

    362e _Dpche._--26 janvier.--
      AU ROI.                                                       16
    Audience.                                                      _Ib._
    Confrence avec l'agent de la Rochelle.                         18

    363e _Dpche._--3 fvrier.--
      AU ROI.                                                       20
    Audience.                                                      _Ib._
    Ngociation du mariage, consentement d'Elisabeth  une
    entrevue secrte.                                               22

    364e _Dpche._--9 fvrier.--
      AU ROI.                                                       24
    Audience.                                                       25
    Ngociation sur l'entrevue.                                    _Ib._
      A LA REINE.                                                   29
    tat de la ngociation du mariage.                             _Ib._

    365e _Dpche_.--15 fvrier.--
      AU ROI.                                                       31
    Succs du prince d'Orange.                                     _Ib._
    Affaires d'Ecosse.                                              32
    Nouvelles de Marie Stuart.                                      34

    366e _Dpche._--20 fvrier.--
      AU ROI.                                                      _Ib._
    Confrence avec Burleigh et Walsingham.                         35
    Affaires d'Irlande.                                             36
      A LA REINE.                                                   37
    Ngociation du mariage.                                        _Ib._

    367e _Dpche._--26 fvrier.--
      AU ROI.                                                       39
    Confrence avec Leicester.                                     _Ib._
    Discontinuation des armemens.                                   43
    Dnonciation contre Marie Stuart.                               44

    368e _Dpche._--5 mars.--
      AU ROI.                                                      _Ib._
    Confrence avec les dputs de Flandre.                         45
    Et avec l'agent de la Rochelle.                                 46
    Nouvelles d'Irlande.                                            48

    369e _Dpche._--7 mars.--
      AU ROI.                                                       49
    Reprise d'armes en France.                                     _Ib._
    Avis d'une entreprise sur Calais.                               51

    370e _Dpche._--17 mars.--
      AU ROI.                                                       52
    Audience.                                                      _Ib._
    Consentement du roi  l'entrevue.                               53
    Effet produit par la reprise d'armes en France.                 57
    Rponse d'Elisabeth sur l'entrevue.                            _Ib._

    371e _Dpche._--23 mars.--
      AU ROI.                                                       61
    Troubles de France.                                             62
    Craintes inspires par Montgommery.                            _Ib._
    Affaires d'Ecosse.                                              63
    Espoir pour Marie Stuart.                                       64

    372e _Dpche._--28 mars.--
      AU ROI.                                                       61
    Msintelligences  la cour de France.                           65
    Soupons contre Montgommery.                                    67

    373e _Dpche._--2 avril.--
      AU ROI.                                                       68
    Audience.                                                      _Ib._
    Descente de Montgommery en France.                              69
    Assurance d'amiti de la part d'Elisabeth.                      71

    374e _Dpche._--6 avril.--
      AU ROI.                                                       73
    Protestation sur l'entreprise de Montgommery.                  _Ib._
    Armemens de Londres dirigs contre I'Espagne.                   75
    Nouvelles de Flandre et d'Ecosse.                              _Ib._
    Bonnes dispositions pour Marie Stuart.                          76

    375e _Dpche._--15 avril.--
      AU ROI.                                                       77
    Prise de Carentan par Montgommery.                             _Ib._
    Ngociation du mariage.                                         78

    376e _Dpche._--19 avril.--
      AU ROI.                                                       80
    Motifs de Montgommery.                                         _Ib._
    Fuite du prince de Cond.                                       81
    Ngociation faite par La Noue.                                 _Ib._
    Armemens des Anglais.                                           82
    Arrestation du duc d'Alenon et du roi de Navarre.              83

    377e _Dpche._--24 avril.--
      AU ROI.                                                       83
    Audience.                                                       84
    Dlibration du conseil.                                        90
      A LA REINE.                                                   91
    Dsir d'Elisabeth de voir la paix succder en France.          _Ib._
    _Mmoire._ Ngociation de Montgommery et La Noue.               92

    378e _Dpche._--30 avril.--
      AU ROI.                                                       94
    Nouveaux dtails d'audience.                                   _Ib._
    Armemens faits  Londres.                                       95
    Nouvelles d'Irlande.                                            96

    379e _Dpche._--3 mai.--
      AU ROI.                                                       97
    Audience.                                                      _Ib._
    Dsignation du capitaine Leython pour passer en France.         99
      A LA REINE.                                                  101
    Recommandation d'un bon accueil pour le capitaine Leython.     102

    380e _Dpche._--10 mai.--
      AU ROI.                                                      103
    Audience.                                                      _Ib._
    Complot de Saint-Germain, arrestation de Coconas et La Mole.   104
    Arrestation de Mrs de Montmorenci et de Coss.                 109

    381e _Dpche._--16 mai.--
      AU ROI.                                                      110
    Changement d'Elisabeth.                                        _Ib._
    Excution de Coconas et La Mole.                               111
    Sollicitations de Montgommery.                                 112
    Audience.                                                      113
      A LA REINE.                                                  117
    Ngociation du mariage.                                        _Ib._

    382e _Dpche._--23 mai.--
      AU ROI.                                                      119
    Audience.                                                      120
    Continuation des armemens.                                     121
    Instructions de Leython.                                       _Ib._
    Nouvelles de Marie Stuart.                                     122

    383e _Dpche._--29 mai.--
      AU ROI.                                                      124
    Armemens contre l'Espagne.                                     _Ib._
    Nouvelles d'Allemagne et d'Ecosse.                             125
    Expdition du capitaine Montdurant.                            126

    384e _Dpche._--4 juin.--
      AU ROI.                                                      127
    Armemens de Me Grinvil.                                        _Ib._
    Rsolution des Anglais de combattre la flotte d'Espagne.       129
    Avis d'un complot contre le roi.                               130

    385e _Dpche._--8 juin.--
      AU ROI.                                                      131
    Audience.                                                      _Ib._
    Affaire de Coconas et La Mole.                                 133
      A LA REINE.                                                  138
    Nouvelle de la mort du roi.                                    _Ib._

    386e _Dpche._--13 juin.--
    A LA REINE, RGENTE.                                           140
    Retard d'audience.                                             _Ib._
    Montgommery prisonnier.                                        142
    Succs de Montdurant.                                          143
    Reprise des armemens.                                          144

    387e _Dpche._--18 juin.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         145
    Hsitation des Anglais.                                        146
    Nouvelles de France.                                           147
    Projet des Espagnols de s'emparer du prince d'Ecosse.          149

    388e _Dpche._--21 juin.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         150
    Audience.                                                      _Ib._
    Communication de la mort du roi.                               _Ib._
    Projet sur Calais.                                             156

    389e _Dpche._--27 juin.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         157
    Nouveaux dtails d'audience.                                   _Ib._
    _Mmoire._ Changement dans la politique des Anglais.           160

    390e _Dpche._--1er juillet.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         162
    Proposition faite  Elisabeth de renouer
      l'alliance d'Espagne.                                        _Ib._
    Mcontentement de Leicester.                                   164
    Menaces de reprsailles sur mer.                               166
    Affaires d'Ecosse.                                             _Ib._

    391e _Dpche._--3 juillet.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         167
    Retour de Leython.                                             _Ib._
    Prise de Saint-L.                                             _Ib._
    Excution de Montgommery.                                      _Ib._
    Intelligence de Marie Stuart et du roi d'Espagne.              168
    Plaintes des Anglais.                                          169
    Dclaration du conseil.                                        170

    392e _Dpche._--8 juillet.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         171
    Sance du conseil.                                             _Ib._
    Rsolution d'user de reprsailles sur mer.                     172
    Rponse de l'ambassadeur.                                      175

    393e _Dpche._--12 juillet.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         178
    Reprise des armemens.                                          _Ib._
    Intrigues des Espagnols.                                       179
    _Mmoire._ Confrence avec Burleigh,
     Leicester et Walsingham.                                      181

    394e _Dpche._--16 juillet.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         183
    Suspension des armemens.                                       _Ib._
    Affaires d'Ecosse.                                             185
    _Mmoire._ Communication avec Leicester.                       _Ib._

    395e _Dpche._--23 juillet.--
      AU ROI.                                                      187
    Flicitations sur le dpart de Pologne.                        _Ib._
    Audience.                                                      189
      A LA REINE, RGENTE.                                         190
    Nouveaux dtails d'audience.                                   _Ib._
    Rclamations sur les prises.                                   196

    396e _Dpche._--28 juillet.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         197
    Audience de Mendoce.                                           _Ib._
    Plaintes contre les Anglais attachs 
     l'ambassade en France.                                        199

    397e _Dpche._--3 aot.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         201
    Arrt fait  Rouen.                                            202
    Nouvelles d'Ecosse et de Marie Stuart.                         204

    398e _Dpche._--8 aot.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         _Ib._
    Plaintes sur les prises.                                       _Ib._
    Voyage du roi en Italie.                                       206
    Service en mmoire du feu roi.                                 _Ib._

    399e _Dpche._--13 aot.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         208
    Irrsolution des Anglais.                                      _Ib._
    Dispositions des rfugis.                                     210
    Nouvelles d'Ecosse.                                            211
    Ngociation des Pays-Bas.                                      _Ib._

    400e _Dpche._--17 aot.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         212
    Prparatifs pour la Rochelle.                                  _Ib._
    Ngociation des Pays-Bas.                                      213

    401e _Dpche._--24 aot.--
      AU ROI.                                                      214
    Retour du roi en France.                                       _Ib._
    Demande de rappel.                                             216
    _Mmoire gnral_. Dtails de la
      ngociation de Mendoce.                                      217

    402e _Dpche._--28 aot.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         225
    Voyage de la reine-mre au-devant du roi.                      _Ib._
    Annonce d'audience.                                            226
    Nouvelles d'Ecosse.                                            227

    403e _Dpche._--10 septemb.--
      AU ROI.                                                      228
    Audience.                                                      _Ib._
    _Mmoire._ Dtails de l'audience.
      --Etat des choses en France.
      --Arrive de Mr de Mru.                                     229

    404e _Dpche._--15 septemb.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         235
    Trait entre l'Angleterre et l'Espagne.                        _Ib._
    Nouvelles de la Rochelle.                                      237
    Affaires d'Ecosse.                                             238

    405e _Dpche._--19 septemb.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         _Ib._
    Sollicitations des protestans.                                 239
    Fabrique de fausse monnaie.                                    241
    Nouvelles d'Ecosse.                                            242

    406e _Dpche._--24 septemb.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         _Ib._
    Crainte des Anglais d'une ligue forme par le roi.             244
    Affaires d'Ecosse.                                             245
    Nouvelles d'Irlande.                                           246

    407e _Dpche._--29 septemb.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         _Ib._
    Nouvelles d'Ecosse.                                            _Ib._
    Ngociations de Mr de Mru.                                    248
    Arrive du roi  Lyon.                                         250

    408e _Dpche._--5 octobre.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         _Ib._
    Bonnes dispositions d'Elisabeth.                               251
    Prochain dpart de lord de North.                              252
    Pacification de l'Irlande.                                     253
    Nouvelles d'Ecosse.                                            254

    409e _Dpche._--10 octobre.--
      A LA REINE, RGENTE.                                         255
    Confrence avec lord de North.                                 _Ib._
    Ngociation des princes d'Allemagne.                           257

    410e _Dpche._--15 octobre.--
      AU ROI.                                                      258
    Inquitude des Anglais sur le passage du roi en Italie.        _Ib._
    Leurs efforts pour renouer l'alliance d'Espagne.               260
    Nouvelles d'Ecosse.                                            261

    411e _Dpche._--20 octobre.--
      AU ROI.                                                      262
    Instructions de lord de North.                                 263
    Ngociations avec l'Espagne.                                   _Ib._
    Sollicitations des protestans.                                 264

    412e _Dpche._--24 octobre.--
      AU ROI.                                                      266
    Dfiances d'Elisabeth contre le roi.                           _Ib._
    Confrence avec l'envoy d'Espagne.                            268
    _Avis  la reine._ Confrence avec Mr de Mru.                 269

    413e _Dpche._--29 octobre.--
      AU ROI.                                                      270
    Audience.                                                      _Ib._
    Dsir d'Elisabeth de conserver l'alliance de France.           272

    414e _Dpche._--3 novemb.--
      AU ROI.                                                      275
    Dclaration de Burleigh et Leicester.                          276
    Affaires d'Ecosse.                                             278
    Complots contre le roi.                                        279

    415e _Dpche._--8 novemb.--
      AU ROI.                                                      281
    Entreprises contre les ports de France.                        _Ib._
    Ngociation de l'Espagne.                                      284

    416e _Dpche._--13 novemb.--
      AU ROI.                                                      285
    Confrence avec Leicester.                                     _Ib._
    Affaires d'Ecosse.                                             287
    Succs remports par les protestans en France.                 288
    _Avis  la reine._ Dtails de la confrence.                   _Ib._
    Phnomne maritime.                                            289

    417e _Dpche._--18 novemb.--
      AU ROI.                                                      290
    Confrence avec des seigneurs.                                 _Ib._
    Nouvelles de la Rochelle.                                      292
    Mcontentement d'Elisabeth contre la comtesse de Lennox.       293
    _Avis  la reine._ Confrence avec Walsingham.                 294

    418e _Dpche._--22 novemb.--
      AU ROI.                                                      295
    Lord de North en France.                                       _Ib._
    Ngociation de la paix.                                        297
    Phnomnes atmosphriques.                                     298

    419e _Dpche._--27 novemb.--
      AU ROI.                                                      299
    Danger de Marie Stuart.                                        _Ib._
    Mene des protestans.                                          301
    Prise de Fontenay.                                             302
      A LA REINE.                                                  _Ib._
    Changement de rsolution des Anglais.                          303

    420e _Dpche._--3 dcemb.--
      A LA REINE.                                                  304
    Audience.                                                      305
    _Mmoire._ Dtails de l'audience.                              306
    Confrence avec le conseil.                                    309

    421e _Dpche._--7 dcemb.--
      A LA REINE.                                                  310
    Ngociation avec Mr de Mru.                                   _Ib._
    Nouvelles de Marie Stuart.                                     311
    Retour de lord de North.                                       312
    _Mmoire._ Dtails de la ngociation avec Mr de Mru.          _Ib._

    422e _Dpche._--12 dcemb.--
      AU ROI.                                                      316
    Communication avec Walsingham.                                 _Ib._
    Et avec l'agent de la Rochelle.                                318
    _Avis  la reine._ Nouvelles de Marie Stuart.                  319

    423e _Dpche._--18 dcemb.--
      AU ROI.                                                      320
    Audience.                                                      _Ib._
    Propos rapports par lord de North.                            321
    Emportement d'Elisabeth.                                       322
      A LA REINE.                                                  325
    Vive irritation d'Elisabeth aprs le retour de lord de North.  326

    424e _Dpche._--24 dcemb.--
      AU ROI.                                                      327
    Efforts pour empcher la guerre.                               _Ib._
    Nouvelles d'Allemagne et d'Espagne.                            _Ib._
    Mise en arrt de la comtesse de Lennox.                        328

    425e _Dpche._--28 dcemb.--
      AU ROI.                                                      329
    Dtails de la prcdente audience.                             _Ib._
    Demande d'explication.                                         334
      A LA REINE.                                                  335
    Confidences sur les rapports de lord de North.                 _Ib._
    _Mmoire._ Menace d'une guerre gnrale.                       337
    Complot contre le roi.                                         341
      AU ROI. (_lettre secrte_).                                  343
    Dtails sur le complot.                                        _Ib._


ANNE 1575.


    426e _Dpche._--2 janvier.--
      AU ROI.                                                      343
    Audience.                                                      _Ib._
      A LA REINE.                                                  350
    Demande d'une rponse pour Elisabeth.                          _Ib._

    427e _Dpche._--7 janvier.--
      AU ROI.                                                      351
    Maladie de l'ambassadeur.                                      352
    Instances pour son rappel.                                     _Ib._
    Affaires d'Irlande.                                            353
    Nouvelles de la Rochelle.                                      _Ib._

    428e _Dpche._--13 janvier.--
      AU ROI.                                                      354
    Ngociation de la paix.                                        _Ib._
    Mort du duc de Bouillon.                                       _Ib._
    Et du cardinal de Lorraine.                                    355

    429e _Dpche._--19 janvier.--
      AU ROI.                                                      356
    Affaires de Marie Stuart.                                      _Ib._
    Ngociation de la paix.                                        357
    Nouvelles des Pays-Bas.                                        359

    430e _Dpche._--24 janvier.--
      AU ROI.                                                      360
    Armemens.                                                      _Ib._
    Nouvelles des Pays-Bas.                                        362
    Saisie de lettres concernant Marie Stuart.                     _Ib._

    431e _Dpche._--29 janvier.--
      AU ROI.                                                      363
    Secours pour les protestans.                                   _Ib._
    Projets sur l'Ecosse.                                          364
      A LA REINE.                                                  365
    Instances pour une rponse.                                    _Ib._

    432e _Dpche._--4 fvrier.--
      AU ROI.                                                      366
    Audience.                                                      _Ib._
    _Avis  la reine-mre._                                        372

    433e _Dpche._--10 fvrier.--
      AU ROI.                                                      373
    Confrence avec Leicester.                                     _Ib._
    Nouvelles d'Ecosse.                                            375

    434e _Dpche._--17 fvrier.--
      AU ROI.                                                      376
    Continuation des armemens.                                     377
      A LA REINE.                                                  378
    Explications sur les rapports de lord de North.                _Ib._

    435e _Dpche._--21 fvrier.--
      AU ROI.                                                      379
    Audience.                                                      _Ib._
    Nouvelles d'Ecosse.                                            381
    Sacre et mariage du roi.                                       _Ib._
      A LA REINE.                                                  382
    Satisfaction d'Elisabeth.                                      _Ib._

    436e _Dpche._--28 fvrier.--
      AU ROI.                                                      383
    Dtails de la prcdente audience.                             _Ib._
      A LA REINE.                                                  387
    Communication faite  Elisabeth.                               _Ib._

    437e _Dpche._--7 mars.--
      AU ROI.                                                      390
    Audience.                                                      _Ib._
    Communication du mariage du roi.                               _Ib._

    438e _Dpche._--11 mars.--
      AU ROI.                                                      395
    Mission de La Chtre.                                          _Ib._
    Offres d'Elisabeth au roi d'Espagne.                           396
    Dispositions pour Marie Stuart.                                397

    439e _Dpche._--14 mars.--
      AU ROI.                                                      398
    Mfiances d'Elisabeth contre La Chtre.                        _Ib._
    Rapprochement avec l'Espagne.                                  399
    Nouvelles d'Ecosse.                                            400

    440e _Dpche._--20 mars.--
      AU ROI.                                                      _Ib._
    Meilleure disposition d'Elisabeth.                             _Ib._
    Affaires d'Irlande.                                            401

    441e _Dpche._--24 mars.--
      AU ROI.                                                      403
    Nouvelles d'Ecosse.                                            404
    Recommandation pour les rfugis de Rouen.                     405

    442e _Dpche._--31 mars.--
      AU ROI.                                                      _Ib._
    Arrive de La Chtre.                                          _Ib._
    Sa bonne rception.                                            406

    443e _Dpche._--7 avril.--
      AU ROI.                                                      407
    Ngociation de La Chtre.                                      _Ib._
    Renouvellement de la ligue.                                    _Ib._

    444e _Dpche._--15 avril.--
      AU ROI.                                                      408
    Audience.                                                      409
    Dtails de la ngociation de La Chtre.                        410
    Armemens faits  Saint-Malo.                                   412

    445e _Dpche._--21 avril.--
      AU ROI.                                                      413
    Armemens et emprunts.                                          _Ib._
    Nouvelles d'Ecosse.                                            415
    Ngociation des Pays-Bas.                                      _Ib._

    446e _Dpche._--26 avril.--
      AU ROI.                                                      416
    Ngociation de la paix en France.                              _Ib._
    Confrence avec l'agent d'Espagne.                             418

    447e _Dpche._--30 avril--
      AU ROI.                                                      419
    Audience.                                                      _Ib._
    Arrive des dputs de Ble.                                   420
    Le roi lu chevalier de la Jarretire.                         421

    448e _Dpche._--6 mai.--
      AU ROI.                                                      422
    Instances des dputs de Ble.                                 _Ib._
    Nouvelles d'Ecosse.                                            424

    449e _Dpche._--12 mai.--
      AU ROI.                                                      425
    Ngociation des Espagnols.                                     426
    Danger de Marie Stuart.                                        427

    450e _Dpche._--18 mai.--
      AU ROI.                                                      428
    Sollicitations des protestans.                                 _Ib._
    Poursuites au sujet de Marie Stuart.                           429
    Nouvelles d'Ecosse.                                            430

    451e _Dpche._--26 mai.--
      AU ROI.                                                      431
    Audience.                                                      _Ib._
    Dlibration du conseil.                                       436
      A LA REINE.                                                  437
    Dtails de l'audience.                                         _Ib._

    452e _Dpche._--2 juin.--
      AU ROI.                                                      439
    Affaires d'Ecosse.                                             440
    Sollicitations pour Marie Stuart.                              _Ib._
    Le comte de Killdar prisonnier.                                441

    453e _Dpche._--7 juin.--
      AU ROI.                                                      442
    Ngociation de Mr de Mru.                                     _Ib._
    Affaires d'Irlande.                                            443

    454e _Dpche._--12 juin.--
      AU ROI.                                                      444
    Audience.                                                      445
      A LA REINE.                                                  447
    Dtails de l'audience.                                         _Ib._

    455e _Dpche._--17 juin.--
      AU ROI.                                                      448
    Secours envoys aux protestans.                                _Ib._
    Refroidissement entre Elisabeth et le prince d'Orange.         450
    Nouvelles d'Ecosse.                                            451

    456e _Dpche._--26 juin.--
      AU ROI.                                                      _Ib._
    Dtails de la prcdente audience.                             _Ib._

    457e _Dpche._--1er juillet.--
      AU ROI.                                                      455
    Convalescence du roi.                                          _Ib._
    Bruit de la mort de Danville.                                  _Ib._
    Dpart de Mr de Mru.                                          456

    458e _Dpche._--4 juillet.--
      AU ROI.                                                      457
    Prises faites sur les Anglais par ceux de Saint-Malo.          458
    Menaces de guerre contre Flessingue.                           459
    Nouvelles d'Ecosse.                                            _Ib._
      A LA REINE.                                                  460
    Ncessit de donner satisfaction sur les nouvelles prises.     _Ib._

    459e _Dpche._--8 juillet.--
      AU ROI.                                                      461
    Confrence avec Burleigh.                                      _Ib._
    Nouvelles d'Ecosse.                                            464
    Rvolte contre Morton.                                         _Ib._

    460e _Dpche._--13 juillet.--
      AU ROI.                                                      465
    Audience.                                                      _Ib._
    Rsolution du roi  l'gard de Fitz-Maurice.                   466
    Assurance d'amiti donne par Elisabeth et le conseil.         472
      A LA REINE.                                                  _Ib._
    Proposition de reprendre la ngociationdu mariage.             _Ib._

    461e _Dpche._--19 juillet.--
      AU ROI.                                                      473
    Satisfaction d'Elisabeth.                                      _Ib._
    Nouvelles de France.                                           475
    Bonnes dispositions pour Marie Stuart.                         _Ib._

    462e _Dpche._--24 juillet.--
      AU ROI.                                                      476
    Demande de rparation pour les prises de Saint-Malo.           _Ib._
    Combat sur les frontires d'Ecosse.                            478
      A LA REINE.                                                  _Ib._
    Sjour d'Elisabeth dans la maison de Leicester.                _Ib._

    463e _Dpche._--1er aot.--
      AU ROI.                                                      480
    Affaires d'Ecosse.                                             _Ib._
    Instances des protestans.                                      481
      A LA REINE.                                                  483
    Ngociation du mariage.                                        _Ib._

    464e _Dpche._--6 aot.--
      AU ROI.                                                      484
    Communication confidentielle sur la ngociation du mariage.    _Ib._
      A LA REINE.                                                  488
    Doute sur les intentions de la reine au sujet
     de cette ngociation.                                         _Ib._

    465e _Dpche._--13 aot.--
      AU ROI.                                                      489
    Nouveaux armemens.                                             _Ib._
    Hollandais brls vifs pour crime d'hrsie.                   490
    Mfiance contre les Anglais.                                   491

    466e _Dpche._--20 aot.--
      AU ROI.                                                      492
    Arrive de Castelnau.                                          _Ib._
    Affaires de l'Irlande.                                         _Ib._
    Armemens.                                                      494
    Mission donne  l'ambassadeur de se rendre
      auprs de Marie Stuart et en Ecosse.                         495

    467e _Dpche._--27 aot.--
      AU ROI.                                                      _Ib._
    Nouvelles du prince de Cond.                                  496
    Secours pour les protestans.                                   497
    Incursion en Ecosse.                                           _Ib._
    Craintes pour Marie Stuart.                                    _Ib._

    468e _Dpche._--10 septemb.--
      AU ROI.                                                      498
    Prsentation de Castelnau.                                     _Ib._
    Ngociation du mariage.                                        499
      A LA REINE.                                                  500
    Dtails de l'audience.                                         _Ib._

    469e _Dpche._--20 septemb.--
      AU ROI.                                                      501
    Rponse sur le mariage.                                        502
    Audience de cong.                                             503
    Mfiance contre les Anglais.                                   504
      A LA REINE.                                                  505
    Etat de la ngociation du mariage.                             _Ib._


    FIN DE LA TABLE DU SIXIME VOLUME ET DERNIER DES
    DPCHES DE LA MOTHE FNLON.





End of the Project Gutenberg EBook of Correspondance diplomatique de
Bertrand de Salignac de la Motte Fnlon, Tome Sixime, by Bertrand de Salignac de la Motte Fnlon

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE ***

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